vendredi 10 janvier 2014
Sur les traces de la troïka indomptable
Selon les informations des média, la délégation de la commission, formée par le Parlement européen en vue de contrôler les activités de la troïka financière – Commission Européenne, Banque centrale européenne, Fonds Monétaire International – a entamé une tournée dans quatre pays à problèmes de la zone euro : Portugal, Grèce, Chypre, Irlande.
La commission a été créée suite aux évaluations négatives des recommandations de la troïka, censées faire sortir l’économie et les finances des dits Etats de la crise. Or d’après les déclarations de plusieurs politiques et experts, ces recommandations ont empiré davantage leur situation. Tous les analystes, il est vrai, ne partagent pas de telles assertions.
En juin dernier la presse européenne est allée jusqu’à évoquer une crise de la troïka elle-même. El Pais espagnol, en particulier, a cité les propos d’un haut fonctionnaire de l’UE tenus après son voyage au Portugal et en Grèce : « On peut considérer la troïka comme morte ». Les paroles du chef de la Commission Européenne José Manuel Barroso, suivant lesquelles il était temps que l’Europe renonce aux services du FMI, dont les recommandations rencontrent une opposition particulièrement âpre, ont mis de l’huile sur le feu. Aussi le comité pour l’économie et les finances du Parlement européen a-t-il proposé en octobre dernier de mener une enquête sur les résultats des activités de la troïka.
D’ailleurs, les contradicteurs prétendent à leur tour qu’en absence de cette triple structure de contrôle les pays à problèmes de la zone euro auraient déjà connu une faillite. Le professeur de l’Ecole supérieure russe de l’économie Ivan Rodionov estime qu’en dépit de la critique de la part des parlementaires, les recommandations de la troïka, y compris du FMI, sont justifiées.
« En général, toute activité peut être critiquée, - dit le professeur. – D’autre part, les députés représentent une population et défendent ses intérêts, liés au taux des revenus, au taux du chômage. Et même si l’Europe sort de la crise, celle-ci continue, et dans certains pays la situation est assez compliquée. On comprend donc pourquoi le FMI est tout le temps critiqué. Mais en son absence la situation serait devenue tout simplement incontrôlable. »
Quoi qu’il en soit, le député européen de la gauche Jürgen Klute croit possible d’apporter des changements aux activités prioritaires de la troïka.
« Les réformes, comment doivent-elles finalement être appliquées ? – s’interrogea-t-il lors d’une interview à la radio. – C’est en fait le grand objectif que nous nous fixons. C’est-à-dire que si un jour nous avons à nouveau besoin de former une telle structure, elle devra alors fonctionner sur une base parlementaire – légalement, sous contrôle et de façon responsable. »
Comme on l’apprend, les membres de la commission parlementaire n’ont pas pu se rendre de Lisbonne à Athènes, la Grèce ayant demandé d’ajourner ce voyage. Soit dit à propos, ce pays a pris ce janvier la présidence tournante de l’UE. On ignore les motifs pour lesquels la Grèce a refusé de rencontrer les « inspecteurs » parlementaires.
Humour, provocation, haine... Quelles frontières ?
La première date de la tournée de Dieudonné, ce jeudi soir à Nantes, où plus de 5 000 personnes étaient attendues, a été suspendue... dans l’attente d’une décision des juges ce jeudi. La liberté d’expression, brandie par le polémiste, peut-elle l’emporter sur le trouble à l’ordre public, invoqué par les autorités ?
Dieudonné fait-il encore de l’humour ou transforme-t-il ses spectacles en tribunes politiques lors desquelles il tient des discours condamnables ? La réponse ne semble souffrir aucune contestation. Les autorités, en tout cas, ont tranché : Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur, a qualifié ses propos de « racistes et antisémites » ; Aurélie Filipetti, la ministre de la Culture, a parlé dans Le Parisien de « propagande négationniste » ; et la préfecture de Loire-Atlantique a justifié l’interdiction du spectacle, ce soir, par « le trouble à l’ordre public constitué par les atteintes au respect de la dignité de la personne humaine ».
En cause, certains propos contenus dans les sketchs de son nouveau spectacle, Le Mur, qu’il a rodé au théâtre de la Main d’Or, à Paris : sa chanson Shoah Nanas par exemple, pour laquelle il a déjà été condamné, ou ses propos sur le journaliste de France Inter Patrick Cohen (« Quand je l’entends parler, j’me dis, tu vois, les chambres à gaz... dommage. »).
Le ministre de l’Intérieur, soutenu par le président de la République et le Premier ministre, a donc engagé un bras de fer avec l’ancien complice d’Élie Semoun. Il a pressé les préfets de prendre des arrêtés d’interdiction des spectacles en cas de risque de « trouble à l’ordre public ». Ce qu’a fait le préfet de Loire-Atlantique.
Liberté d’expression
Un arrêté aussitôt attaqué au tribunal adminsitratif par les avocats de Dieudonné. Ils ont déposé un référé, qui doit être examiné ce matin, à 10 h 30.
Au pays des Droits de l’homme, peut-on condamner a priori des propos en interdisant un spectacle d’avoir lieu ? C’est la question à laquelle devront répondre les juges ce matin. Lors des précédentes tournées, à chaque fois qu’un maire a tenté d’annuler une représentation de Dieudonné, les juges lui ont donné tort, arguant de la nécessaire préservation de la liberté d’expression.
Le fait que l’ancien humoriste traîne aujourd’hui derrière lui plusieurs condamnations, notamment pour injure et provocation à la haine raciale, peut-il faire basculer la balance ?
Les juges nantais vont trancher ce matin. Et, après eux, ceux de Tours, Orléans, Bordeaux... Des villes où le spectacle de l’ancien humoriste a été interdit. Et où ses avocats ont ou vont déposer des recours en référé. Le bras de fer ne fait que commencer.
MATTHIEU DELCROIX
Hier mercredi, le tribunal administratif de Pau s’est déclaré incompétent, soulignant que le contrat de location de la salle de Biarritz, où un spectacle de Dieudonné est prévu le 14 mars, est un contrat privé et relève donc d’un tribunal judiciaire.
jeudi 9 janvier 2014
Hollande, l'homme de toutes les sauces
Le "virage libéral" annoncé par le président lors de ses voeux est la preuve que, comme pour Mitterrand, "le socialisme à la française n'est pas une bible".
Le coup de l'indignation quant à l'overdose fiscale, Mitterrand nous l'avait déjà fait. On a encore en mémoire l'une de ses interventions où il feignait de découvrir et de s'offusquer d'une réalité dont il était l'auteur. Il y a trop d'impôts, disait-il en substance, c'est intolérable. Hollande n'a rien inventé, ils sont très forts à ce jeu-là. C'est une manie socialiste : ils s'engagent avec arrogance dans une politique, elle rate, ils changent alors de direction sans vergogne, sans états d'âme, sans s'excuser, ce n'est pas de leur faute, ce n'est jamais de leur faute. En général, pour se déjuger il leur faut un an et demi.
On est frappé en effet de cette régularité d'horloge. Rappelez-vous la fin de l'année 1982. Dix-huit mois après mai 81. Dès l'été, les ennuis commencent pour Mitterrand et Mauroy. L'automne venu, dans un contexte comparable à beaucoup d'égards à celui d'aujourd'hui (croissance inférieure à 1 %, faillites multiples des PME, endettement et chômage en hausse, problèmes relatifs à l'immigration, etc.), Mitterrand fait à Figeac, dans un discours resté célèbre, une caresse aux entreprises, non sans avoir naturellement rendu Giscard et Barre responsables de la situation. Il demande au gouvernement Mauroy d'"agir pour écarter" un alourdissement des charges patronales. Deux mois plus tard, le blocage des prix et des revenus est suspendu. Le CNPF (Conseil national du patronat français, ex-Medef, NDLR) respire ! Quelques semaines plus tard, Mitterrand, dans ses voeux aux Français, s'engage à "modérer les charges sociales et financières des entreprises".
Du Sarkozy tout craché
Exactement le même schéma qu'emprunte aujourd'hui Hollande, selon le même calendrier : dans les deux cas au bout de dix-huit mois de pouvoir, dans les deux cas à quelques semaines des élections municipales. Avouez que la coïncidence est troublante. Depuis quelques mois, Hollande s'efforce de donner des gages aux patrons jusqu'à se présenter comme le "président des entreprises" (sic !) après les avoir accablés de sa morgue pour conquérir le pouvoir. Et mardi dernier, lors de ses voeux, il franchit le Rubicon : "Moins de charges sur le travail, moins de contraintes sur les activités des entreprises." Et le Medef respire ! Dans Le Monde de samedi, Pierre Gattaz exulte. Un peu imprudemment ?
Reste à savoir si, à l'instar de Mitterrand qui garda Mauroy à Matignon au lendemain des municipales de mars 1983, Hollande maintiendra Ayrault. C'est une autre affaire, secondaire au demeurant, puisque, si l'on a bien compris le sens de ses propos de mardi dernier, François Hollande prend le pouvoir et n'a plus besoin d'un Premier ministre : "J'assumerai moi-même la responsabilité et le suivi de ce programme d'économies durant tout le quinquennat." Du Sarkozy tout craché, on croit rêver ! Intéressant, cet apprentissage du pouvoir, ce reniement effronté de soi-même !
L'ère du social libéralisme
Et les électeurs socialistes dans tout ça ? Bof, ils sont habitués. Cocus par nature, cocus par inceste. Lors du changement de cap des années 82-83, Lionel Jospin disait : "Les socialistes vivront mal ce plan, mais ils vont s'inoculer le réalisme." Version élégante de l'aveu cynique de Mitterrand en septembre 82 : "Le socialisme à la française, je n'en fais pas une bible." Nous, nous ne ferions pas une histoire de cette souplesse d'échine, qui après tout est une marque d'intelligence politique, s'ils ne nous fatiguaient pas, jusqu'au mépris, avec leurs protestations de vertu morale et de cohérence idéologique.
Le Hollande nouveau est donc arrivé. Miracle de Noël : nous entrons dans l'ère du social libéralisme. La gauche de la gauche y trouvera, une fois de plus, motif à l'écoeurement. Mais que peut-elle, privée de représentation, sinon tenter de soulever une opinion que la crainte du chômage rend frileuse ? Pour leur part, les ministres les plus hostiles à ce virage avaleront la couleuvre, comme à l'ordinaire. On leur donnera quelques gages compensatoires. Des réformes en trompe-l'oeil dans le domaine sociétal, de quoi faire jouir l'électorat bobo.
Quitte ou double décisif
La seule question qui vaille concerne les chances de succès de cette nouvelle donne. Et d'abord celles de la conclusion de ce pacte de responsabilité entre le gouvernement et les entreprises. Les positions de chacune des parties semblent pour l'heure très éloignées. Les exigences et les objectifs patronaux sont bien ambitieux. Ils vont faire grincer les dents du peuple. Leur réalisation suppose de la part de Hollande des efforts considérables en matière de budget social et de réduction de la dépense publique. Sa conversion soudaine au libéralisme va-t-elle suffire à lui donner l'audace nécessaire ? Dispose-t-il de l'autorité qu'il faut, au point désastreux où est tombé son crédit ? C'est un quitte ou double décisif qu'il joue là. Qu'il s'engage personnellement et en solitaire sur la conduite de sa nouvelle stratégie en est la preuve.
À moins qu'il ne trompe tout le monde par une manoeuvre en forme de rideau de fumée, en attendant un hasard incertain qui lui permettrait de se dégager du bourbier où il est enlisé, au prix d'une nouvelle volte-face. Hollande, ou l'homme de toutes les sauces. Le socialiste qui ne fait une bible ni du socialisme ni de la fidélité à soi-même.
France : problème réel de liberté ou politique de double standard ?
France : problème réel de liberté ou politique de double standard ?
Dernièrement, deux événements ont déclenché une vive polémique sur la liberté dans la France actuelle. Ou plutôt sur la façon « d’appliquer » cette même « liberté ». Vraisemblablement une politique plus que contradictoire règne sous le gouvernement Hollande sur une question pourtant essentielle et tellement mise en avant par les décideurs de l’Hexagone, prêchant à chaque bonne occasion leur attachement aux valeurs démocratiques et ce aux quatre coins du monde.
D’un côté, le 20 décembre dernier, nouvelle « action » des FEMEN. Une certaine Eloïse Bouton avait alors mimé un « avortement de Jésus » dans l’Eglise de la Madeleine, à Paris. Le tout devant toutes les personnes présentes à la messe. Un « geste », si l’on peut appeler ainsi, vivement condamné aussi bien par la communauté des croyants, catholiques en premier lieu, mais également de toutes les personnes censées. Le curé de l’Eglise de la Madeleine, le père Bruno Horaist, avait alors porté plainte. Jusqu’ici, sa plainte n’avait pas eu de suites. Inna Schevchenko, la cofondatrice de la branche française des Femen, a même eu le culot d’en rigoler : « Rien ne s’est passé, Eloïse n’a pas été appelée par la police. Cela montre combien l’Eglise est devenue faible en France ».
Monseigneur Vingt-Trois, archevêque de Paris, a lui regretté le peu de réactions au plus haut niveau de l’Etat, et plus particulièrement de Manuel Valls, ministre de l’intérieur et des cultes… Il a fallu attendre ce 7 janvier pour que la responsable de cet acte soit enfin placée en garde à vue au commissariat du 8ème arrondissement de Paris. Néanmoins et connaissant l’amour des autorités françaises pour ce mouvement ouvertement extrémiste, les FEMEN n’ont vraisemblablement pas à s’inquiéter quant à leur avenir sur le sol français. On ne peut pas en dire de même de l’humoriste franco-camerounais Dieudonné, inquiété quant à lui plus que sérieusement et notamment via le même Manuel Valls, si silencieux (voire supportant) face aux activités des FEMEN mais qui dans le cas Dieudonné en a fait une affaire pratiquement personnelle, à savoir à tout prix faire interdire les spectacles du talentueux comédien.
La faute de Dieudonné ? Etre devenu et ce depuis plusieurs années l’ennemi et la bête noire du lobby sioniste sur le sol hexagonal. Et ça bien évidemment, aucun représentant du pouvoir français ne le laissera passer. Mais si l’on regarde la vérité en face, l’humoriste attire beaucoup plus de sympathie de la part de ses concitoyens que les fameuses sextrémistes, pour certaines call-girls à leurs heures perdues. Pour revenir donc à Dieudonné, à en croire Valls et compagnie, il serait un dangereux extrémiste attisant la haine dans la société. Un « extrémiste » pourtant si apprécié par nombreux représentants de la société française, que ce soit de la part des Français de souche que ceux issus de la diversité. Ainsi, plusieurs associations, notamment de jeunes issus des banlieues, ont exprimé ouvertement leur soutien à Dieudonné face à l’hypocrisie des tenants du pouvoir en France.
Effectivement, on se rend compte une fois de plus de l’application pratiquement non-voilée de doubles standards et ce sur un thème considéré comme sacré dans la République française : celui de la liberté… Une valeur qui soi-disant ne se négocie pas. Et pourtant dans la France actuelle on voit une nouvelle fois que cette « liberté » n’est pas accordée à tout le monde de la même manière, en fonction du « thème » abordé. Certains donneurs de leçon parlent aussi beaucoup d’égalité, l’autre valeur « inébranlable » de la cinquième république. Mais cette valeur a elle aussi un double sens et visiblement on n’est pas tous aussi égaux que cela. Du moment qu’un pseudo-mouvement, financé par des sources obscures attaque une église et insulte ouvertement les croyants, qu’ils soient chrétiens ou musulmans, on parle alors de la « liberté d’expression ». Mais lorsqu’une personne attaque un lobby raciste, intolérant et ultra-puissant, alors il devient le paria à éliminer à tout prix…
Libellés :
Mikhail Gamandiy-Egorov,
Rédaction en ligne
Les Américains préparaient une guerre insensée en Syrie
En 2013, c’est tout juste si le président Barack Omaba n’a pas précipité son pays dans une nouvelle guerre insensée au Proche-Orient. Pourtant, c’est lui qui s’est vu décerner en 2009 le prix Nobel de la paix pour « les grands efforts en matière de renforcement de la diplomatie internationale et de coopération entre les nations ». Cette nouvelle a provoqué la perplexité générale dans la mesure où Obama était président depuis moins d’un an et n’avait eu le temps de faire quoi que ce soit qui mériterait une si haute récompense.
Les Etats-Unis n’ont jamais sympathisé avec le régime de Bachar Assad mais Washington préférait rester à l’écart des événements syriens. En effet, l’expérience des campagnes en Irak, Afghanistan et Libye lui suggérait que s’interposer dans le conflit entre le pouvoir syrien et l’opposition ne présageait rien de bon pour les États-Unis. Les militaires, c’est-à-dire ceux qui étaient directement impliqués dans ces campagnes, le comprenaient mieux qui quiconque.
Mais certains alliés des Etats-Unis les poussaient à intervenir militairement en Syrie, estime Sergeï Demidenko, expert de l’Institut d’évaluations et d’analyse stratégique :
« C’était précisément les États se tenant prêts selon le chef de la diplomatie américaine John Kerry à assumer les frais de cette campagne, qui se montraient les plus intéressés à attaquer la Syrie. Je pense aux États du golfe Persique, et au premier chef à l’Arabie Saoudite et au Qatar. Les États-Unis et l’Occident dans son ensemble étaient plutôt réticents parce que tous se rendaient compte que le régime d’Assad ne présentait aucun danger pour les pays occidentaux malgré son caractère autoritaire et ses tendances indépendantistes. »
« Au moment où le Congrès américain délibérait de la possibilité d’une frappe contre la Syrie, Kerry a caractérisé les plans militaires de la Maison Blanche comme « des efforts très limités ». Cela signifiait que la Maison Blanche préparait une opération plus retentissante que vraiment efficace. Si cette opération était approuvée et mise en oeuvre, elle aurait l’air de celle de « Canyon Eldorado » lancée en 1986 contre Kadhafi. Les Américains se sont sont alors limités à porter des frappes contre plusieurs sites militaires et le palais présidentiel à Tripoli. »
Ce scénario n'aurait pas changé la donne en Syrie mais aurait été en revanche le moins coûteux pour les États-Unis. En même temps, Washington et personnellement le prix Nobel Obama, auraient vu leur image passablement ternie. C’est alors que les diplomates russes lui ont fait un cadeau inespéré. En effet, alors que la décision sur la frappe contre la Syrie semblait être prise, Kerry a fait comprendre que les États-Unis étaient prêts à renoncer à l’attaque si Damas détruisait ses armes chimiques. Ces paroles du secrétaire d’État ont été entendues au Kremlin qui a immédiatement proposé un contre-plan. L’accord sur cette question a finalement été réalisé à la suite des longues et laborieuses consultations entre les ministres des AE des États-Unis et de la Russie. Finalement, Damas a procédé à la destruction de ses armes chimiques, Washington a évité la nécessité de s’impliquer dans une nouvelle aventure militaire et Moscou a pu renforcer ses positions dans l’arène internationale.
Présidence spartiate
Présidence spartiate
Depuis le 1 er janvier, le drapeau européen flotte sur Athènes. Et si elle évite de trop pavoiser, la Grèce a quand même pris officiellement hier la présidence de l'UE pour six mois. De prime abord, on croit rêver. Donner les manettes de l'Union à la Grèce, c'est comme si l'on confiait les clefs du camion à un chauffard privé de permis pour conduite dangereuse. Mais arrêtons là le sarcasme, en dépit du caractère tragi-comique de la situation. Priver Athènes d'une présidence tournante prévue de longue date aurait ajouté l'humiliation à la crise. Et cela aurait également constitué un dramatique aveu d'impuissance de l'Union à quelques mois des élections européennes. Sauver le malheureux soldat grec, c'est peut-être aussi sauver l'Europe.
Bien sûr, il ne faut pas être dupe. Si la Grèce va un peu mieux et espère un faible retour de la croissance (0,5 %) en 2014, si elle pense même pouvoir réapparaître sur les marchés, les Grecs, eux, souffrent toujours autant des plans successifs d'austérité. Il est grand temps de leur redonner des raisons d'espérer.
En effet, si 60 % des Grecs veulent rester dans l'Union, ils sont seulement 10 % à lui faire confiance. Le Premier ministre, Antonio Samaras, à la tête d'une coalition fragile, entend bien sortir son pays de son statut « d'assisté » pour en faire « un État vraiment membre » de l'Union. Mais il appartiendra à tous ses partenaires d'aider la Grèce à réussir cette « présidence spartiate » s'interdisant toute dépense superflue.
Les signaux positifs envoyés par Athènes en matière budgétaire, sont une invite à un assouplissement des programmes d'assainissement de la dette (réduction des taux d'intérêt ou allongement de la période de remboursement). L'Allemagne, longtemps inflexible, y est prête. Il y va de l'intérêt de tous avant des élections qui pourraient voir le triomphe des populismes et des extrémismes. Dans la crise, il faut bien admettre que l'Europe n'a guère su se donner un visage avenant. Qu'il incombe aujourd'hui à une Grèce en souffrance de corriger cela n'est pas le moindre des paradoxes.
Pour un « Pacte de responsabilité » syndical
Pour un « Pacte de responsabilité » syndical
Au quatrième jour du blocage et de l’occupation par la CGT de l’usine Goodyear d’Amiens, on attend toujours une condamnation solennelle des méthodes du syndicat. Seul Arnaud Montebourg a émis une protestation, expédiée en quelques mots à l’Assemblée nationale. Mais au ministère du Travail, pas une voix ne s’est élevée, pas un mot même pour condamner la séquestration et les gestes d’intimidation exercés contre les deux cadres otages de cette violence syndicale. Pas un communiqué officiel, pas davantage de déclaration du ministre en charge, Michel Sapin, spectaculairement absent.
Un silence lourd de sens, aussi glaçant que les propos d’un Jean-Claude Mailly, le leader de FO, pour qui cette affaire « n’est pas un drame », aussi pesant que le déni du patron de la CGT, Thierry Lepaon, qui comprend-sans-cautionner-tout-en-refusant-de-condamner. Le ferait-il d’ailleurs que ça ne changerait probablement rien. Avec un mélange d’évidente mauvaise foi et de faiblesse intrinsèque, les organisations syndicales camouflent en effet derrière le paravent de leur statut confédéral un manque criant d’autorité de la tête sur les jambes, du centre national sur les sections locales et professionnelles.
A la recherche des clefs qui pourraient lui permettre un jour de déverrouiller l’emploi et de réduire le chômage, François Hollande avait déjà trouvé qu’il fallait réduire le coût du travail. Il vient de dénicher le deuxième passe en s’adressant directement, le 31 décembre au soir, aux entreprises et au patronat. Mais il lui manque toujours la troisième clef, indispensable elle aussi : celle qui permettrait enfin à la France d’avoir des syndicats à la hauteur du défi réformateur qui l’attend. Des syndicats responsables. C’est à eux que François Hollande doit maintenant proposer un « Pacte de responsabilité ». Ce serait là le vrai virage du chef de l’Etat.
mercredi 8 janvier 2014
Municipales 2014 : c’est (re) parti !
Municipales 2014 : c’est (re) parti !
A Paris, malgré les intempéries qui ont soufflé durant le mois de novembre sur la campagne de Nathalie Kosciusko-Morizet, le score de cette dernière, toujours certes défavorable, demeure néanmoins stable. Les dernières enquêtes d’opinion lui donnent, dans le flou d’une abstention grandissante, 47 ou 48 % contre 52 ou 53 % à son adversaire, la socialiste Anne Hidalgo. L’enfantement dans les douleurs de certaines listes UMP, ponctué de dissidences fracassantes, ne semble pas avoir pesé sur les intentions de vote. Il est vrai qu’à Paris, depuis une quinzaine d’années maintenant, les électeurs de l’UMP sont habitués aux chicayas de basse-cour et aux gesticulations palinodiques, avec revirements et volte-face, de la part de leurs candidats.
Parmi les dernières dissidences en date : celle de Roxane Decorte, élue du XVIIIe arrondissement éjectée des listes de NKM à cause d’une condamnation, en décembre 2011, à « quatre mois de prison avec sursis et 6 000 euros d’amende ». La justice sanctionnait ainsi l’élue du XVIIIe arrondissement, reconnue coupable d’avoir détourné « plusieurs dizaines de milliers d’euros de la caisse d’une association d’aide au maintien à domicile de personnes âgées… ». Aujourd’hui, ce sont les voix de NKM que, par ressentiment, cette conseillère indélicate essaie de détourner.
De la dissidence à la « concurrence complémentaire »
Il y a bien sûr l’ineffable Charles Beigbeider, toujours furieux d’avoir été évincé de la liste du VIIIe arrondissement au profit d’un vieux cheval de retour de la droite parisienne, Pierre Lellouche. Beigbeider confirme sa nuisible intention de présenter des listes concurrentes, cautionnées par son mouvement (tout aussi fantomatique pour l’instant que ses listes virtuelles) : Paris libéré. Et NKMoutragée ? NKM brisée ? Nous sommes chez les pitres.
Pour l’heure, l’homme d’affaire a proféré lundi, au micro d’une radio périphérique, l’une des phrases les plus imbéciles de cette campagne parisienne qui en compte déjà beaucoup, décrétant à propos d’Anne Hidalgo « qu’il ne voulait pas qu’une inspectrice du travail (…) devienne maire de Paris ». C’est sans doute le patron qui parlait en lui. A cœur ouvert. Etrange ukase. Mme Hidalgo a sans doute des défauts, dont le plus rédhibitoire est d’être socialiste. Mais pourquoi son ex-profession lui interdirait-t-elle de briguer la mairie de Paris ? Charles Beigbeder préférerait sans doute un PDG (comme lui-même) à la tête de la capitale ? Ou peut-être un inspecteur (ou une inspectrice) des travaux finis ? Autre trouvaille stylistique de Beigbeder : il ne se sent pas « dissident » par rapport à NKM, préférant se définir en « concurrent complémentaire » de cette dernière. Vive, certes, la concurrence ! Mais concurrencer son chef de file en pleine élection, est-ce bien raisonnable ?
Et puis, il y a toujours l’épineux problème du Ve arrondissement. Si la candidate de l’UMP s’est fait photographier la semaine dernière en jean et blouson de cuir en train de griller démocratiquement une clope au milieu de SDF hilares, NKM n’a toujours pas, en revanche, fumé le calumet de la paix avec la tribu des Tibéri.
Dans le livre que lui a consacré Soazig Guéméner, NKM présidente, celle-ci confie : « Mon grand-père n’a jamais réussi à être député. Il était trop correct, trop bien élevé, trop clean. Eh bien, moi, je ne serai pas clean. » Pour rompre avec cet atavisme familial trop grand-bourgeois, Nathalie prend le métro (pour la première fois ?), s’affiche avec des SDF (et des photographes en beaucoup plus grand nombre), grille une cibiche… Bref, faisant la nique à son grand-père, elle s’encanaille. Demain, peut-être prendra-t-elle son petit-déjeuner, façon Giscard, avec des éboueurs africains ? Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour être élu…
Le ragoût peu ragoûtant du MoDem
Parmi les gens de son camp – ou censés l’être – qui lui cause des tracas, il y a bien sûr le conseiller Jean-François Martins, seul élu du MoDem à Paris, – où il remplaçait Marielle de Sarnez partie en 2010 au Parlement européen – et qui a rejoint Hidalgo après la signature d’un accord, pourtant si difficile à obtenir, entre Jean-Louis Borloo, François Bayrou et Nathalie Kosciusko-Morizet. Le président du MoDem avait alors tonné : « C’est un ralliement médiocre qui n’a aucun intérêt. Jean-François Martins est suspendu du MoDem et il en sera prochainement exclu. » Las… Le transfuge voit sa suspension prolongée jusqu’en décembre prochain, date à laquelle il pourra, s’il le désire, demander sa réadmission au sein du MoDem. Suspendu, mais pas exclu.
Devant les instances de son parti, Jean-François Martins a plaidé sa cause de façon très argumentée (et sans doute convaincante), s’efforçant de démontrer combien « l’ADN du MoDem » lui paraissait « incompatible » avec « les pratiques politiques et le programme » défendus par Nathalie Kosciusko-Morizet. De cette dernière, Martins réprouve tout d’abord « sa participation à un gouvernement dont nous avons condamné les excès, la brutalité de la pratique politicienne, le goût pour les conflits d’intérêts ou l’obsession de l’argent et des puissants ». C’était effectivement l’implacable réquisitoire dressé par le procureur Bayrou contre Nicolas Sarkozy. Le remplaçant de Marielle de Sarnez (numéro 2 du MoDem) s’est également étonné que Mme Kosciusko-Morizet, qui se dit « républicaine », ait pu rester en 2012, « le porte-parole d’un candidat (…) qui avait pillé le programme de Marine Le Pen ». Ce n’est pas tout : l’accusé accusateur reproche également à NKM « ses récentes déclarations sur les Roms, son apologie du travail du dimanche, auquel le MoDem est opposé, sa réticence au logement social » et même « sa volonté de doubler les places de stationnement ». Une sensibilité très gauche écolo, mais visiblement plutôt bien partagée au MoDem puisque Jean-François Martins semble avoir, pour l’essentiel, convaincu ses pairs du CCC(Comité de conciliation et de contrôle). Au fait, se sont sans doute interrogés certains d’entre eux, est-il plus grave de rejoindre une liste d’Anne Hidalgo que d’appeler à voter François Hollande, comme l’a fait François Bayrou en 2012 ?
Le MoDem continue par ailleurs ses alliances à la carte. Dans beaucoup de villes, entre autres Dijon, Montpellier, Lyon, Lille, Roubaix, Tourcoing, malgré un retour annoncé par François Bayrou au centre droit, beaucoup d’élus du MoDem siégeant dans des majorités municipales de gauche entendent bien y demeurer. Centre droit, centre gauche, quelle différence ? A Marseille le MoDem, allié avec le PS, serait plutôt tenté par une liste avec les écolos. Comme s’exclamait récemment un responsable de l’UDI : « Le MoDem, quel salmigondis ! » Un salmigondis dont, à Paris, NKM, avec Jean-François Martins, déguste le morceau le plus amère.
Jamais avec le Front
Mais cette dernière a aussi une autre préoccupation. Mesuré dans plusieurs sondages, aux environs de 10 %, (trois fois plus que lors des précédentes municipales parisiennes) le Front national, si les urnes confirment cette estimation, pourrait se maintenir au second tour dans plusieurs arrondissements traditionnellement « acquis à l’UMP ». Or si NKM côtoie, cigarette au bec, des SDF (le temps d’une photo) elle refuse en revanche obstinément tout contact avec des représentants de la droite nationale, jugeant celle-ci « infréquentable ». A Paris, NKM va dans le mur, en klaxonnant à s’en déchirer les tympans (et quelques milliers de bulletins de vote) son mépris pour les électeurs nationaux. Ça tombe bien puisque ces derniers, de leur côté, entendent bien demeurer sourds aux appels à voter pour la boboïsante candidate UMP…
Politique spectacle
Politique spectacle
Et voici qu'en plus, Dieudonné, sans le moindre complexe, nous offre sa tournée ! À partir de cette semaine, il entreprend en effet son tour de… bras d'honneur en commençant par Angers, où Serge Klarsfeld appelle à manifester devant le Zénith, puis Tours et Orléans, où les maires s'interrogent sur une interdiction de son spectacle. Dans l'urgence, Manuel Valls prétend vouloir être efficace dès les premières représentations. Autrement dit, obtenir de la justice administrative une interdiction par anticipation au motif que le « show » de Dieudonné, en lui-même, constitue un trouble à l'ordre public.
Jusqu'alors, cette interprétation a toujours été refusée. Seuls des risques avérés pouvaient justifier une interdiction. On voit bien que dans son souci de briser « la petite entreprise de haine » de M. M'Bala M'Bala, Manuel Valls est prêt à maltraiter une jurisprudence constante. Confronté aux actuelles limites des moyens de droit, le ministre de l'Intérieur flirte avec la tentation de la censure. Pour quel résultat ? On peut craindre qu'il ne soit l'inverse de celui recherché.
Dans la vacuité de l'information, en cette période de fêtes, Dieudonné est devenu l'ennemi public n°1. C'était sans doute lui faire trop d'honneur. Il n'a fait qu'y gagner en notoriété. Il n'est pas question ici de contester que Dieudonné soit un provocateur obsessionnellement antisémite. On ne doit pas être dupe des grossières ambiguïtés qu'il entretient. Mais il existe un moyen très simple de le sanctionner sans le « victimiser » : c'est obtenir sa condamnation en justice à chaque fois que ses actes ou propos contreviennent à la loi.
Le seul problème est que, condamné à plusieurs reprises, Dieudonné a organisé son insolvabilité pour se soustraire au paiement des amendes. À quoi servent dès lors les moulinets de Valls si la justice est impuissante ? Plutôt que d'ouvrir dangereusement la porte à une censure aux limites incertaines, mieux vaudrait que notre État de droit fasse appliquer la loi. Si Dieudonné est coupable d'avoir transformé son show en indigne spectacle politique, nos dirigeants ne sauraient, en revanche, travestir leur action en politique spectacle !
mardi 7 janvier 2014
La Culture mène à tout, surtout à de nouveaux impôts
Quelle ne fut pas ma surprise récemment lorsque, feuilletant virtuellement la presse subventionnée de Franchouillie, je découvrais l’étonnante multiplication des articles relatant avec force détails toutes les richesses que le pays créerait au travers de ses nombreux projets et industries culturels. Voilà en effet une bien étonnante préoccupation en ce début d’année où l’on aurait pu croire que tout le gouvernement serait studieusement penché sur le rétrécissement des budgets.
Mais non : apparemment, il préfère se regarder le nombril et y déceler les joies de la création de richesse dans le domaine culturel. En effet, les ministères de Pierre Moscovici (qui est pour rappel en charge de l’Économie De Bouts De Chandelles) et Aurélie Filipetti (elle-même occupée au ministère de la Communication et de la Communication – et un peu de la communication sur les bords) ont confié à l’Inspection Générale des Finances et à celle des Affaires Culturelles une étude conjointe — parce qu’à plusieurs, on est plus fort pour produire des rapports — pour répondre à la question qui brûlait toutes les lèvres au gouvernement : Combien c’est-y que c’est le poids économique de la Culture en France ?
Importance de l’emplacement des adjectifs, c’est bien le poids économique de la culture en France qui a donc été laborieusement évalué, et non le poids de la culture économique en France, ce qui aurait été très rapide et aurait abouti à un chiffre beaucoup beaucoup plus petit. Et finalement, publié vendredi dernier, ce document montre, après le calcul précis du Bulotron 2000 du ministère de la Culture et une confirmation du Pipovac 5000 du ministère de l’Économie, que la valeur ajoutée des activités culturelles en France s’élevait en 2011 à 57,8 milliards d’euros.
Voili, voilà, c’est dit, et il faut que cela se sache. En avant donc pour une brouettée d’articles plus ou moins bien troussés pour nous expliquer que la culture, en France, c’est du sérieux qu’on réussit même à mesurer, au laser s’il le faut.
Et pourquoi diable faut-il subitement calculer combien rapporterait la culture en France, aussi vague ce terme soit-il et aussi vaste puisse être l’étendue de ce qu’on colle sous ce dernier ? Parce qu’à mesure que les finances du pays s’appauvrissent, la levée des impôts correspondants passe de plus en plus mal auprès des contribuables dont les fins de mois deviennent assez âpres l’hiver aidant. Et comme, question coupes budgétaires, tous ces contribuables attendent encore tous qu’un début, même timide, d’efforts soit fait, le gouvernement sent qu’il va devoir justifier ses postes de dépenses un peu plus que les années précédentes.
Moyennant quoi, on a le droit aux délicieux articles de la propagande officielle. Celui duMonde, pas du tout caricatural pour un rond de saucisson, se permet même le luxe de débuter son brossage du poil de contribuable dès les premiers paragraphes, qui déboulent à temps pour justifier un titre alléchant, « L’État dépense plus de 13 milliards pour la culture » :
Non, la culture n’est pas le domaine de saltimbanques gourmands en subventions que l’on décrit parfois. C’est un secteur productif, crucial pour la « marque France ».
Et il va de soi que ces 13 milliards injectés sont absolument indispensables puisque sans cela, la culture disparaîtrait rapidement du pays, comme le montrent tous ces pays qui ne subventionnent pas leur culture (ou pas autant que la France, disons) et qui ont disparu de la scène culturelle internationale comme – par exemple – tous les autres pays européens qui dépensent tous moins que nous pour ce ministère (les cons, s’ils savaient que c’est tout simplement grâce à ça qu’on rayonne tant dans le monde comme le prouve la domination des films de Pariwood !).
Mais plus sérieusement, même l’article du Monde est obligé de convenir que le rapport évoqué par le ministre Moscovici et l’onomatopée Orélifilipéti tient surtout de l’auto-justification : c’est un exercice avant tout politique pour faire passer l’idée qu’on va devoir continuer à abonder largement à ces puits sans fonds, d’une part parce que, mon bon monsieur, c’est de la créativité et donc de la richesse qui sont ainsi créées (etBastiat avec sa vitre cassée peut aller se rhabiller, le sot) et d’autre part, pragmatiquement, si on fait même semblant de vaguement frémir sur le robinet à subvention, les intermittents de l’emploi et les cultureux de combat déboulent dans vos journaux, dans votre télé, sur vos plateaux de théâtre ou dans vos salles d’animations communales en plein spectacle des CM2 pour pleurer sur le sort ignoble qu’on leur fait subir. Politiquement, c’est très risqué pour la majorité, surtout à quelques mois d’élections, d’autant qu’elles risquent d’être un naufrage amoindri seulement par la médiocrité consternante d’une opposition à l’intermittence intellectuelle patente.
En pratique, tout est donc fait pour polir et redorer le blason du ministère de la Culturepassablement amoché les mois passés grâce aux déclarations pitoyables de sa minustre, et montrer que ces tombereaux d’argent public ne servent pas à rien, et que même s’ils sont prélevés sur un peuple qui aurait eu nettement mieux à faire avec que des crottes bigarrées en PVC de six mètres de haut sur une place de gare perdue, au moins, ils génèrent de l’activité, de l’agitation, des mouvements, des spasmes. Et dans un pays qui se rigidifie tous les jours un peu plus, ces petits tressautements sont, quelque part, un peu rassurants.
Mais surtout, et c’est de looooooin le plus important pour nos petits commis étatiques, toute cette manœuvre médiatico-politicienne est une excuse plus ou moins solide pour aller tabasser ouvertement Apple, Google, Amazon, Steam et autres géants de l’internet parce que, d’après ce même rapport – comme c’est pratique – cette richesse culturelle ne retrouve pas sa part d’abondement chez ces géants-là. Ils échapperaient à la juste ponction, les vilains !
Eh oui : comme le notent les tâcherons inspecteurs qui ont pondu le fier rapport, avec tout ce numérique partout qui envahit l’espace culturel des gens, les chaînes traditionnelles de création de valeur sont toutes bouleversifiées. C’est attendrissant et cela se lit ainsi :
(…) avec la généralisation des jeux dématérialisés, les chaînes de vente de jeux vidéo physiques doivent réinventer leur modèle économique ; avec la consommation en ligne de programmes audiovisuels ou cinématographiques, les chaînes de télévision sont susceptibles de faire face à une baisse potentielle de leurs recettes publicitaires. (…) dès lors que les créateurs de séries télévisées ou de jeux vidéo peuvent s’adresser directement à leurs consommateurs via des plateformes numériques (Netflix, Facebook, AppStore), la définition d’un nouveau modèle économique (…) leur permettrait de s’affranchir du financement par les « éditeurs » (chaînes de télévision, éditeurs de jeux vidéo).
Et ça, voyez-vous mes petits amis, c’est über-mal parce qu’ainsi, Apple est devenu le plus grand fournisseur de jeux vidéos, alors qu’ils n’ont pas de boutiques partout et qu’ils ne vendent pas de jolis boîtiers physiques avec plein de TVA à tous les étages. Zut et flûte. Autrement dit, ce qui avant était par nature fort concentré dans certains réseaux et certains points de passage obligés, facilement taxables par l’État, se retrouve maintenant disséminé un peu partout, et… c’est un casse-tête pour alpaguer de la taxe là-dessus, ma brave dame.
Ne vous y trompez pas : nos socialistes trouveront un moyen (mauvais mais baste, passons) pour taxer aussi ces nouveaux échanges. L’État est aux abois et ne peut plus rien laisser passer. Mais si ce rapport, ces recommandations et ces nouveaux impôts montrent une chose, c’est que tous les jours, de plus en plus de domaines échappent maintenant aux doigts rapaces de l’État.
Et pas de doute : ça rend nerveux les minustres.
Le billet de Michel Schifres
Notre auto à La Havane
Le frère de Fidel l’avait promis, le frère de Fidel l’a fait : depuis vendredi les voitures sont en vente libre à Cuba. Le système étant quelque peu essoufflé, il s’agit par ce biais aussi d’y introduire quelques doses d’économie de marché. Evidemment comme on ne se refait pas, l’Etat a ajouté quelques taxes. Tant et si bien que les autos ne sont pas données. Ainsi une berline est vendue 239 500 dollars alors que le prix catalogue de son constructeur est de 46 000 dollars. Des Cubains se plaignent. Ils craignent de ne pas y arriver avec un salaire moyen mensuel d’environ 20 dollars. Ce sont des aigris, incapables de comprendre le triomphe du socialisme. Car enfin, comment ne pas voir que si les tarifs sont à ce point élevés, c’est que là-bas, tout le monde est riche ?
François Hollande précipite la chute de la France selon Newsweek
Newsweek a publié un article particulièrement sévère sur la France ce week-end : The fall of France, comparant l’exil des étudiants et des entrepreneurs à celui des Huguenots à la suite de la Révocation de l’Edit de Nantes… Il rejoint des papiers internationaux récents, dont la conclusion commune est que la politique économique (et particulièrement fiscale) du Gouvernement est en train de précipiter la France vers le déclin économique (voir celui-ci sur la politique fiscale et celui-là sur l’exil des Français à Londres dans The Telegraph ; celui-ci par Bloomberg qui s’intitulait "Is France the New Italy?"; celui-là dans le FT sur la dette )
But the past two years have seen a steady, noticeable decline in France. There is a grayness that the heavy hand of socialism casts. It is increasingly difficult to start a small business when you cannot fire useless employees and hire fresh new talent. Like the Huguenots, young graduates see no future and plan their escape to London.
L’article comporte un certain nombre d’imprécisions et la comparaison avec la Révocation de l’Edit de Nantes est pour le moins osée, mais il révèle malheureusement le ton général de ce qui se dit de la France à l’étranger, pente très critique accélérée depuis l’élection de Monsieur Hollande (mais pas commencée avec lui, évidemment).
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