TOUT EST DIT

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vendredi 10 janvier 2014

Sur les traces de la troïka indomptable

Selon les informations des média, la délégation de la commission, formée par le Parlement européen en vue de contrôler les activités de la troïka financière – Commission Européenne, Banque centrale européenne, Fonds Monétaire International – a entamé une tournée dans quatre pays à problèmes de la zone euro : Portugal, Grèce, Chypre, Irlande.

La commission a été créée suite aux évaluations négatives des recommandations de la troïka, censées faire sortir l’économie et les finances des dits Etats de la crise. Or d’après les déclarations de plusieurs politiques et experts, ces recommandations ont empiré davantage leur situation. Tous les analystes, il est vrai, ne partagent pas de telles assertions.
En juin dernier la presse européenne est allée jusqu’à évoquer une crise de la troïka elle-même. El Pais espagnol, en particulier, a cité les propos d’un haut fonctionnaire de l’UE tenus après son voyage au Portugal et en Grèce : « On peut considérer la troïka comme morte ». Les paroles du chef de la Commission Européenne José Manuel Barroso, suivant lesquelles il était temps que l’Europe renonce aux services du FMI, dont les recommandations rencontrent une opposition particulièrement âpre, ont mis de l’huile sur le feu. Aussi le comité pour l’économie et les finances du Parlement européen a-t-il proposé en octobre dernier de mener une enquête sur les résultats des activités de la troïka.
 D’ailleurs, les contradicteurs prétendent à leur tour qu’en absence de cette triple structure de contrôle les pays à problèmes de la zone euro auraient déjà connu une faillite. Le professeur de l’Ecole supérieure russe de l’économie Ivan Rodionov estime qu’en dépit de la critique de la part des parlementaires, les recommandations de la troïka, y compris du FMI, sont justifiées.
« En général, toute activité peut être critiquée, - dit le professeur. – D’autre part, les députés représentent une population et défendent ses intérêts, liés au taux des revenus, au taux du chômage. Et même si l’Europe sort de la crise, celle-ci continue, et dans certains pays la situation est assez compliquée. On comprend donc pourquoi le FMI est tout le temps critiqué. Mais en son absence la situation serait devenue tout simplement incontrôlable. »
Quoi qu’il en soit, le député européen de la gauche Jürgen Klute croit possible d’apporter des changements aux activités prioritaires de la troïka.
« Les réformes, comment doivent-elles finalement être appliquées ? – s’interrogea-t-il lors d’une interview à la radio. – C’est en fait le grand objectif que nous nous fixons. C’est-à-dire que si un jour nous avons à nouveau besoin de former une telle structure, elle devra alors fonctionner sur une base parlementaire – légalement, sous contrôle et de façon responsable. »
Comme on l’apprend, les membres de la commission parlementaire n’ont pas pu se rendre de Lisbonne à Athènes, la Grèce ayant demandé d’ajourner ce voyage. Soit dit à propos, ce pays a pris ce janvier la présidence tournante de l’UE. On ignore les motifs pour lesquels la Grèce a refusé de rencontrer les « inspecteurs » parlementaires.

vendredi 6 décembre 2013

Qui lèvera le gant jeté par les eurosceptiques ?


Les politiciens et les experts allemands et européens commentent largement le rapport rendu public par la Fondation Konrad Adenauer (KAS). Les auteurs envisagent les perspectives des partis de droite aux élections au Parlement européen fixées à mai 2014 et sont en quête de recettes contre l’« épidémie de radicalisme de droite » en Europe.

Selon les auteurs de l’ouvrage Karsten Grabow et Florian Hartleb, les partis populistes de droite « se sont fait valoir pratiquement partout en Europe en tant que force politique sérieuse ». Ils ont réussi, selon les experts, à répandre leur influence dans leurs pays et en Europe en général.
Les forces radicales de droite constituent une menace non négligeable et les partis « solides » sont contraints d’y réagir.
Les partis populistes, est-il indiqué dans le rapport, font en Suisse, en Autriche, aux Pays-Bas, au Danemark et en Finlande partie intégrante du contexte politique. Or, même dans les Etats clés de l’Europe unie les radicaux de droite, par exemple le Front national (FN) français pour le Parti de l’indépendance du Royaume uni (UKIP) ont réussi à se doter du soutien de plus en plus important. 24% des sondés se montrent depuis plusieurs semaines prêts à voter aux élections au Parlement européen pour Marine Le Pen, leader du Front national.
Les experts invitent les conservateurs à s’opposer aux slogans populistes en expliquant les avantages de l’euro, de l’intégration, etc. Or, il est peu probable que les électeurs qui ne font plus confiance aux politiciens y prêtent attention, estime le vice-directeur de l’Institut d’analyse politique et militaire Alexandre Khamtchikhine. 
« Dans le contexte de la crise la réaction des gens ne dépend pas de la propagande de la part des partis traditionnels. D’autant plus que les nouveaux partis gagnent le scrutin vu la méfiance aux partis traditionnels. Cependant, l’élection des radicaux au Parlement ne sera pas une catastrophe, cet organisme n’ayant pas de vastes prérogatives », estime Alexandre Khramtchikhine.
Le membre du Comité du Parlement européen pour les droits civiques le député allemand du parti des Verts Jan Philipp Albrecht l’explique comme suit :
« Les Européens sont pour une large part déçus de la politique, a dit Jan Philipp Albrecht dans une interview. Ils ont l’impression que les joueurs financiers ou les services spéciaux se dressent derrière leurs gouvernements. Les électeurs ne comprennent pas quelle influence pourraient-ils exercer, disons, sur les actes de la Troïka. Il faudrait répondre à toutes ces questions à l’issue des débats sérieux et approfondis. »
Force est de constater : les radicaux européens ont jeté le gant. Y aura-t-il quelqu’un pour le lever .

mercredi 25 septembre 2013

Elections en Allemagne et scepticisme européen

La CDU/CSU a remporté, comme cela était prévu par la majorité des analystes, l'élection du dimanche 22 septembre au Bundestag allemand. Cela signifie qu'Angela Merkel, chef de file des démocrates-chrétiens, conserve le poste de chancelière fédérale pour un troisième mandat. L'entrée au Parlement du parti anti-euro Alternative pour l'Allemagne, AfD, qui a gagné en vigueur ces derniers temps et qui était redouté par beaucoup à Berlin et au siège de l'Union européenne à Bruxelles, ne s'est pas réalisé.


Peu avant les élections en Allemagne, le Rheinische Post et certains autres quotidiens européens ont communiqué, se référant au journal français La Croix, les résultats d'un sondage Ifop auprès de 4 000 résidents de l'UE. Les questions portaient sur leur attitude envers l'Union européenne. D'après le sondage, depuis juin 2012, le nombre d'eurosceptiques est passé de 26 à 37 % en Espagne, de 38 à 43 % en France, de 39 à 45 % en Italie et de 36 à 44 % en Allemagne.
Le pessimisme est cependant moins présent en Allemagne. Seuls 31 % des Allemands ont répondu par l'affirmative sur la question de savoir s'ils croyaient possible que leur pays se retrouve dans la même situation que la Grèce. Une perspective qui n'est pas cependant exclue par 54 % des Français, 56 % des Espagnols et 58 % des Italiens. 37 % des Allemands estiment que leur pays reste à l'épicentre de la crise tandis qu'en France, en Espagne et en Italie, cette idée est partagée par au moins les deux tiers de la population.
Inutile de discuter avec les analystes, qui expliquent la raison principale de la montée de l'euroscepticisme par une situation économique détériorée et les mesures d'austérité qui en découlent. N'oublions pas qu'Angela Merkel était l'adepte principal de ces mesures parmi les dirigeants européens. D'après certains commentateurs, le fait que le parti AfD susmentionné ne soit pas entré au Bundestag a provoqué un soupir de soulagement dans la zone euro. Les pays serrés dans l'étau des réformes en échange d'aide financière placent leurs espérances dans la Grande coalition des démocrates-chrétiens et des sociaux-démocrates.
Les capitales des pays en question espèrent que ces derniers pourront pousser la chancelière réfractaire à appliquer une politique dans laquelle il y aura « davantage de carotte et moins de baton ». Ce sont plutôt des illusions. Selon Vladislav Belov, chef du centre des études germaniques à l'Institut de l'Europe, il n'y a pas d'alternative à la politique de réformes :
 « Le danger de l'euroscepticisme persiste. Angela Merkel le constate et elle poursuivra les réformes compte tenu de ce facteur. La Grande coalition est saluée à Bruxelles et dans plusieurs pays. Pour ce qui est des Etats d'Europe du Sud, on n'y aime traditionnellement pas l'Allemagne et tous ceux qui leur imposent des réformes de rigueur. »
Joachim Fritz-Vannahme, directeur du programme « Avenir de l'Europe » à la Fondation allemande Bertelsmann, n'est pas enclin à tout réduire à la personnalité d'Angela Merkel.
« Je pense que les tendances anti-européennes dans les pays de l'UE ont une histoire plus longue que le gouvernement d'Angela Merkel, a-t-il dit dans un entretien à La Voix de la Russie. Il est cependant hors de doute que la politique de rigueur appliquée ces dernières années dans les pays en question a favorisé l'exacerbation de ces tendances. En l'occurrence, il faut retenir deux aspects. Premièrement, Mme Merkel n'a jamais appelé à appliquer seulement un régime d'économies. Deuxièmement, elle a toujours pensé qu'il fallait économiser pour rétablir la compétitivité des pays membres. »
Les institutions européennes adoptent des programmes toujours nouveaux visant à la sortie de crise. Cependant, le fardeau principal est, comme toujours, endossé par la population, constate le portail Internet EurActiv. Dans la lutte contre la crise, l'UE ne perdra-t-elle pas l'essentiel, à savoir la confiance des Européens, s'interroge le portail. Il est peu probable que quiconque puisse donner une réponse exacte à cette interrogation.  

mardi 11 juin 2013

Un optimisme qui tombe mal

Le président français François Hollande a déclaré, le dernier jour de sa visite au Japon, que la crise en Europe était terminée. Mais il a préféré ne pas parler de la récession économique, du chômage grandissant et du problème du sauvetage des banques, rappellent les médias et des experts dubitatifs.

Les experts et les commentateurs des médias européens essaient de comprendre pourquoi le chef de l'une des locomotives de l'intégration européenne donne une appréciation aussi optimiste de la situation actuelle au moment où la zone de l'euro connait une situation difficile.
Ainsi, la déclaration du président français, selon la plupart des experts, tombe mal à propos. Une semaine avant son intervention, les milliers des citoyens sont sortis dans les rues des villes européennes, protestant contre la politique d’austérité. Et, selon le portail Internet d’Euronews à Athènes, à l’initiative de la Confédération européenne des syndicats (ETUC) a eu lieu un « Sommet alternatif » qui a réuni les représentants des mouvements de gauche de Grèce, d’Italie, d’Espagne et de certains autres Etats européens, dont la France. La devise principale de la manifestation finale du Sommet alternatif était « Nous sommes pour une autre Europe ! ».
On sait bien pour quelle Europe se prononçaient les membres du Sommet. Dans la zone de l’euro, il y a 19,4 millions de chômeurs. Un jeune sur quatre (entre 15 et 24 ans) n’a pas de travail, soit 24 % des jeunes ou 7,5 millions de personnes. 
Entre-temps, selon les pronostics de la Commission Européenne publiés en mai, la dette des Etats de la zone de l’euro augmente. La Commission Européenne prédit à la France une baisse de l’économie en 2013 de 0,1%, de 0,2% d’après le pronostic du. Les désaccords entre Berlin et Paris aggravent la situation en France et dans la zone euro. Hollande prône de dynamiser l’économie, et la chancelière allemande Angela Merkel s’en tient à une politique d'austérité. Les solutions rapides dont rêve Hollande sont impossibles, croit le chef du secteur de l’intégration européenne de l’Institut de l’économie mondiale Sergueï Outkin.
« Les autorités de différents niveaux, des Etats séparés ou de toute l’UE, ne peuvent pas influer sur tout, dit l’expert. Et lorsqu’on parle d’une hausse, on n’arrive pas à l’assurer administrativement. Ce sont les tendances profondes qui deviennent décisives, en fin de compte. Il faudra du temps pour que l’économie se redresse ».
Selon le docteur ès sciences économiques du Fonds allemand de la science et de la politique Ognian Hishow, « une grande question » pour l’avenir de l’économie européenne est la situation en France.
« Comment la France pourra-t-elle venir à bout de ses problèmes (si c’est le cas) et quel impact aura l’aggravation de la situation économique en France sur la crise ? » – s'interroge le chercheur dans un entretien avec La Voix de la Russie. Pour être honnête, il faut l'avouer : cet impact sera plutôt négatif.  N

mercredi 5 juin 2013

Espace Schengen : l’UE renforce les contrôles aux frontières

Il a été récemment décidé de changer les règles de contrôle frontalier à l’intérieur de l’espace Schengen. C’est le résultat de l’accord conclu à l’issue des négociations entre les représentants de la Commission européenne, du Parlement européen et du Conseil de l’UE à Bruxelles. « Les barrières automatiques reviennent », « La fermeture des frontières comme dernier moyen», « Le principe de la libre circulation est oublié », commentent les médias européens.

Il faut préciser tout de suite que le changement de règles, c’est le durcissement des contrôles frontaliers.
 Les nouvelles règles élargissent les prérogatives des Etats. Ils ont maintenant le droit d’instaurer un contrôle urgent aux frontières pour des délais de six mois maximum, mais seulement en cas de menace à la sécurité interne ou d’événements importants. La barrière automatique peut être fermée si des immigrés illégaux arrivent en masse dans le pays et si aux frontières externes de l’UE, on n’a pas réussi à les arrêter.

Les nouveaux accords doivent être validés à la séance plénière du Parlement européen qui aura lieu à Strasbourg du 11 au 13 juin. La plupart des experts sont convaincus que c’est une simple formalité. Et les critiques adressées aux négociateurs de Bruxelles se font déjà entendre. En premier lieu, elles viennent des adeptes de l’inviolabilité du droit capital des habitants de l’Europe unie à la libre circulation des personnes. Les critiques des amendements à la législation émanent surtout du parti des Verts. Rebecca Harms, co-présidente de la fraction des Verts au Parlement européen estime que la fermeture des frontières ne résoudra pas le problème de l’immigration.
« On ne résoudra pas ces problèmes d’un seul coup. Si les normes de l’espace Schengen sont rejetées et si on demande de nouveau les passeports aux frontières, la situation ne s’améliorera pas pour autant. On ne pourra résoudre les problèmes que grâce aux efforts conjugués paneuropéens à l’égard de la politique des pays où ces problèmes surgissent. »
Serguei Outkine, chef du secteur de l’intégration européenne de l’Institut de l’économie mondiale et des relations internationales ne pense pas que le renforcement temporaire du contrôle aux frontières soit un coup porté à l’espace Schengen.
« Si on lit attentivement les conclusions de l’UE sur l’espace Schengen, il est souligné partout que ces restrictions ne seront appliquées qu’en cas ne nécessité sérieuse, et qu’elles seront temporaires. »
On se demande si les 400 millions d’habitants de l’espace Schengen, appelé parfois « Schengenland » pourront éviter l’arrivée des invités indésirables ? On ne connaît pas encore les réponses à ces questions. T