TOUT EST DIT

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mardi 8 octobre 2013

La tentation de Brignoles

La tentation de Brignoles

Rien n’est plus hypocrite que la vraie-fausse diabolisation du FN par l’intelligentsia et le parti socialiste. Tout en extrémisant ce courant politique au niveau du discours, le PS ne cesse de lui tendre la main dans l’espoir d’anéantir l’opposition modérée et de s’assurer mille ans à la tête de la France. D’où la jubilation de M. Désir au vu des sondages selon lequel « le FN est en train de dévorer la droite ». Le FN se présente en réalité comme un objet politique non identifié, un courant attrape-tout destiné à rafler des voix (cfMon programme pour la France et les Français). Il est protectionniste avec sa taxe de 3% sur les importations, sans  tenir compte de l’impact gigantesque pour les entreprises du surcoût des produits importés et des représailles évidentes sur les biens exportés par l’économie française. Il est socialiste quand il annonce son intention de créer « une tranche de 46% sur l’impôt sur le revenu » pour que « les foyers très aisés payent davantage », une « TVA majorée sur les produits de luxe », trois catégories d’impôts sur les sociétés pour financer « au deux tiers l’Etat et un tiers les collectivités territoriales », « sortir de la logique purement comptable » en matière de santé, « rétablir la retraite à 60 ans pour 40 ans de cotisations». Il est étatiste quand il annonce son intention de  créer un « revenu parental équivalent à 80% du SMIC ». Evidemment, on n’a pas la moindre idée de la manière dont seront financées ces "belles" mesures, auxquelles s’ajoutent « la réouverture de toutes les lignes régionales de la SNCF et de la totalité des bureaux de poste ».  Il est enfin écologiste puisque « à long terme, il est souhaitable de pouvoir sortir du nucléaire , mais sans la moindre option de remplacement. Le FN tire sa force électorale de l’exaspération des Français envers les forces politiques classiques, la faillite des socialistes au pouvoir et l’incapacité actuelle de l’opposition modérée, rongée par ses querelles nombrilistes,  à incarner une alternative et à apporter des réponses crédibles sur l’Europe, le chômage, l’insécurité, l’immigration. L’esprit du FN, son programme, semblent par certains côtés s’inspirer du parti communiste d’avant 1980, profondément anti européen et  ambigu sur immigration. Le ton agressif, sans nuance et vengeur est  le même.  Jamais le FN n’est allé aussi loin que le PCF dans ses réticences vis-à-vis des populations migrantes, ce dernier joignant les actes à la parole lors de la destruction au bulldozer d’un foyer de travailleurs maliens à Vitry le 24 décembre 1980. Le PCF qui atteignait alors des scores comparables à celui du FN aujourd’hui (15 à 20%), s’est effondré avec l’Union soviétique et le FN, d’une certaine manière, à repris sa place de parti protestataire. Nous n’avons bien entendu pas à juger nos compatriotes qui, comme à Brignoles, exaspérés et accablés par la situation de leur pays, placent leur espoir dans ce parti. Mais simplement, en toute simplicité, nous pouvons les renvoyer à une pensée de bon sens de Michel Montaigne : « Le bien ne succède pas nécessairement au mal ; un autre mal peut lui succéder, en pire. » (Essais , tome III, chapitre 9).

Sarko avec Liliane, c’était pas du sérieux !

Sarko avec Liliane, c’était pas du sérieux ! 

Sur l’affaire Bettencourt, les juges Jean-Michel Gentil et Valérie Noël désorientent l’opinion. Alors que la chambre de l’instruction valide enfin leur enquête, ils effectuent une surprenante volte-face. Les deux magistrats bordelais, hier, ont décidé de ne pas renvoyer Nicolas Sarkozy devant un tribunal. Motif ? Les charges retenues contre le candidat à L’Élysée en 2007 ne sont pas “suffisantes”. D’accord. Mais l’étaient-elles davantage au printemps, lorsqu’ils le placèrent en examen pour “abus de faiblesse” ?
A l’époque, sans disposer de plus d’indices, l’infamante incrimination leur semblait pourtant raisonnable. L’ancien président aurait donc profité de l’état psychique défaillant d’une vieille dame pour lui extorquer de l’argent… Pourquoi imaginer pareil scénario, plutôt qu’un don volontaire (bien qu’illégal) de la richissime Liliane à l’UMP ? Peut-être parce qu’un éventuel “financement occulte de campagne électorale” se trouvait couvert par la prescription. Pas “l’abus de faiblesse”, qui permettait de laisser courir encore un peu la très médiatique procédure…
Et tout ça pour se raviser in extremis, en accordant un “non-lieu” à l’illustre suspect ! Va comprendre.
M.Sarkozy, “victime” soulagée, récupère ici un argument pour crier à l’acharnement politico-judiciaire. Pas trop fort quand même. D’autres embrouilles – Tapie, Karachi, Libye et tutti quanti – se bousculent déjà au calendrier…

Les Tondus : "le mouvement fonctionne, ne payez plus vos cotisations patronales !"

Cette semaine se tenait la conférence de presse du collectif Les Tondus, dirigé par Guillaume de Thomas, qui était notre invité lors de la conférence du 21 septembre sur les révoltes. Protestant contre la hausse continue des charges sociales, le mouvement connaît un succès fulgurant. Le gouvernement commence à s'inquiéter. Faites comme eux, ne payez plus, c'est légal !

La conférence de presse commence par un rappel de l’objet du mouvement des Tondus. Ce mouvement rassemble, au moment de la conférence, 350 000 micro et petites entreprises. Cela correspond à 10% du nombre d’entreprises comptabilisées par l’Insee. Il y aurait 2,4 millions de micro-entreprises (0 salarié) et près d’un million de petites entreprises (moins de 20 salariés). Ces deux catégories d’entreprises représentent 97% des entreprises. Elles embauchent presqu’autant de salariés (8-9 millions, selon Pôle Emploi) que les 3% restant. Or, si les moyennes et les grandes entreprises sont bien défendues par le MEDEF et la CGPME, les petites et micro-entreprises n’ont pas vraiment de représentants pouvant les défendre. Cela explique donc l’émergence quasi-simultanée de mouvements spontanés contestataires : Les Tondus, Les Poussins et Les Plumés partagent le même combat. Combattre cette fiscalité trop lourde (charges patronales, CFE, taxe foncière) qui nuit à leur développement et donc à l’embauche de nouveaux salariés.

Le mouvement rend Pierre Moscovici nerveux .

Au sujet du Medef et de la CGPME, Guillaume de Thomas pointe du doigt la part importante de subventions de l’État dans leurs ressources financières. S'appuyant sur certaines sources, Les Tondus affirment que la CGPME touche 6,8 millions € et le MEDEF 12 millions € de l’État. Pour Guillaume de Thomas, cela ne fait aucun doute que si les entreprises ne parviennent pas bien à se défendre, c’est qu’elles ont ce couteau sous la gorge que sont les subventions de l’État. Le représentant du mouvement des Tondus suggère donc au gouvernement de faire des économies en coupant le robinet pour ces deux organisations patronales.
Guillaume de Thomas souhaite se montrer ferme et déterminé. Il refuse de céder aux appels de Pierre Moscovici, ministre de l’Économie et des Finances, à reprendre le paiement. Le message est clair : il n’appellera à reprendre le paiement que si le gouvernement prend des mesures concrètes pour ces entrepreneurs, qui pèsent autant que les moyennes et grandes entreprises sur le marché de l’emploi. Cependant, si ces dernières sont plutôt solides, notamment le CAC40, les premières font très souvent faillite. Pierre Moscovici serait nerveux et peu serein face à l’ampleur du mouvement. Le ministre ne semble pas avoir de volonté de sortir du conflit. La proposition du gouvernement de négocier autour d’une table où seraient présents des syndicats de patrons, de salariés, des partis politiques n’intéresse pas Les Tondus. Ce type de négociation n’a jamais abouti. Guillaume de Thomas en veut pour preuve la mobilisation annuelle des syndicats de salariés qui appellent à la grève chaque année et qui reportent le combat. Les Tondus sont d’autant plus fermes sur leur proposition de négocier en tête-à-tête entrepreneurs (1 profession libérale, 1 commerçant, etc.) et ministres qu’ils sont en rapport de force. En effet, 350 000 entreprises ont décidé de ne plus payer les cotisations patronales, et l’échéance trimestrielle du 15 octobre approche à grand-pas. Les Tondus vont alors voir l’ampleur de ce mouvement contestataire. Pour sa part, Guillaume de Thomas estime que le manque à gagner serait de plusieurs millions, voire milliards.

Ils nous ont proposé une réduction ridicule de 0,4% des charges .

Le gouvernement dénonce des actions illégales. Or, Me Martine Baheux, avocate, a affirmé que ce mouvement est parfaitement légal. D'ailleurs, Guillaume de Thomas indique que les statuts de l’association ont été déposés. Cela va permettre d’agir sur les ministères dans une stratégie de court-terme. Il a déjà contacté 5 ministres : Commerce Extérieur, Redressement Productif, Santé et Affaires sociales, Budget et Économie-Finances. Il déplore la qualité de l’accueil et l’absence d’écoute de la part de ces ministres. M. Montebourg s’est comporté en véritable élu local, et Mme Touraine lui a dit qu’il était tout simplement mauvais gestionnaire. Il dénonce également la proposition ridicule, faite au téléphone, d’une réduction de 0,4% sur les cotisations sociales. Cette réduction aurait été répercutée sur les ménages et les salariés. Guillaume de Thomas appréhende ces négociations avec l’URSSAF et les ministres socialistes. Aucun d’eux n’a créé d’entreprise et peut donc difficilement comprendre les problèmes que rencontrent les micro et petites entreprises. Lors d’un débat sur RMC, une députée socialiste a voulu défendre les actions du gouvernement en faveur des entreprises, en avançant que celui-ci avait augmenté le crédit impôt recherche. Mais ce dispositif fiscal n’est accessible qu’aux entreprises faisant de la recherche, soit 1% des entreprises.
Les Tondus entendent également dénoncer ce sentiment anti-patron généralisé et banalisé par les socialistes. Il y a un amalgame fait entre le patron d’une petite entreprise et le patron d’une multinationale. Les petits entrepreneurs sont agacés d’être considérés comme malhonnêtes ou très riches. C’est le message que semble avoir voulu faire passer Marisol Touraine à Guillaume de Thomas lors de leur entrevue. C’est le même climat qui est entretenu dans les Cours de Prud’hommes où l’employeur est supposé coupable d’emblée selon le président des Tondus. Guillaume de Thomas a indiqué, au cours de la conférence de presse, que les chefs de micro et petites entreprises entendent trop souvent que les petits patrons s’en mettent plein les poches. Ceux-ci au contraire, vivent très souvent cette activité comme une passion au détriment de leur portefeuille. Ainsi, un chef d’entreprise peut travailler 70h par semaine et gagner le même revenu qu’un salarié travaillant 35 heures.
Guillaume de Thomas et Les Tondus appellent donc à :
  • Continuer à ne pas payer les cotisations à l’URSSAF,
  • Ne pas payer la contribution financière (plus lourde que la taxe professionnelle) et la taxe financière, qui peut rapporter 200 milliards aux collectivités locales,
  • Engager une démarche juridique pour se faire rembourser les cotisations sociales versées au titre de l’employeur. Un site a été mis en place : il y aurait entre 3 et 4 milliards de cotisations injustement payées.
C’est pourquoi Les Tondus considèrent que le gouvernement doit permettre aux employeurs de cotiser pour leur retraite, pour leur sécurité sociale et pour leurs droits au chômage, car en cas de faillite, le petit patron n’a droit à rien. L’esprit de l’État est de s’imaginer que le patron a forcément de l’argent. Même s’il a fait faillite, il a mis de l’argent de côté... à moins qu’il ne soit mauvais gestionnaire, comme le suggère Marisol Touraine.

Notre mouvement fonctionne, nous sommes invités à l’Assemblée Nationale.

Les Tondus exigent du gouvernement qu’il :
  • Supprime le crédit Impôt-compétitivité emploi, et les subventions aux entreprises,  qui bénéficient souvent aux grandes entreprises présentant un faible risque de faillite. Elles peuvent donc se permettre d’assumer l’argent investi dans la recherche. Cela permettra une économie de 110 milliards (bien milliards) d’euros.
  • Revoit les modalités de recouvrement de l’URSSAF, dont l’esprit semble dater du XIXème siècle. Pour Guillaume de Thomas, il est temps de passer au XXIème siècle. Il faut arrêter de penser que si l’employeur ne paie pas, ce n'est pas qu’il ne veut pas, mais c’est qu’il ne peut pas. L’URSSAF doit arrêter d’engager une démarche juridique contre l’employeur : cela fragilise l’entreprise, et vu le nombre d’entreprises concernées, l’économie, donc l’emploi.
  • Revoit le coût du travail. En France, lorsque le salarié perçoit 10€ l’heure de travail, l’employeur a payé selon lui 33€. En Allemagne, le coût d’une heure de travail serait de 11€. Les charges sociales sont trop lourdes, et personne, si ce n’est le comptable, ne sait de quoi parle la fiche de paie. Les coûts administratifs pour le salarié sont trop élevés : visite médicale (avant même d’embaucher), la réalisation et l’impression de la feuille de paie. Le tarif de la visite médicale est très variable selon les régions. Guillaume de Thomas dénonce également le fonctionnement des OPCA, qui sont financés par les salariés. Or, seuls 200 000 sur les 27 millions y ont accès.
Pour conclure la conférence de presse de Poitiers, Guillaume de Thomas indique que, pour la première fois, un mouvement protestataire, comme les Tondus, est invité à l’Assemblée Nationale, par 120 députés pour une audition sur le coût du travail, le 17 octobre. Les Tondus ont également reçu une demande du Sénat. Une réponse leur sera bientôt apportée.
Enfin, Guillaume de Thomas indique que ce combat n’est pas sa passion. Il ne souhaite qu’une stratégie de court-terme. Il entend retourner rapidement dans ses entreprises pour s’occuper de la gestion, qui est sa véritable passion. L’association continue toutefois à se développer avec 68 représentants départementaux et un déplacement prévu outre-mer : Guadeloupe, Martinique, Saint Pierre-Et-Miquelon. Guillaume de Thomas reste à la disposition de tout ministre et de tout parlementaire national.
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Ces enfants mendiants qui ne choquent plus personne

Ces enfants mendiants qui ne choquent plus personne

Et ça n’avait choqué personne jusque-là ? De voir chaque jour dans la saleté du métro ou dans le froid glacial de la rue, des enfants de 3-4 ans, des nouveaux-nés parfois, passer des journées entières à même le sol, les mains bleues de froid, à côté de « parents » roms qui vous réclament la piécette en mettant ces petits en avant ? C’est quelque chose d’insupportable et de très concret à chaque coin de rue ou à chaque rame de train. On n’en parle pas. Personne ne dit rien de particulier à ce sujet. C’est culturel ça aussi ? Il a fallu attendre 2013 et Claude Bartolone pour suggérer qu’il s’agissait bien de mauvais traitements à enfants et réclamer l’interdiction de ces pratiques barbares.
Pour être honnête, en 2003, devant l’ampleur du phénomène, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, avait souhaité punir la mendicité avec enfant dans sa loi de sécurité intérieure. Depuis l’entrée en vigueur de ce texte, le code pénal considère que « le fait de maintenir un enfant de moins de six ans sur la voie publique ou dans un espace affecté au transport collectif de voyageurs, dans le but de solliciter la générosité des passants » constitue un délit de privation de soins, passible de sept ans d’emprisonnement et de 100 000 euros.
Mais selon une jurisprudence de la cour de cassation de 2005, ce délit ne peut être constaté que si l’on prouve que la santé de l’enfant accompagnant le mendiant est altérée. Les magistrats avaient arbitré en ce sens après la double relaxe d’une mère de famille rom qui mendiait sur les Champs-Elysées avec son fils de deux ans. En première instance, puis en appel, les juges – particulièrement de bonne foi – avaient estimé qu’il n’était pas démontré que la santé de l’enfant avait été compromise par son maintien quotidien sur la voie publique… Ils ont purement et simplement rendu la loi inapplicable.

La conscience du bobo

Il y a déjà des années, en prenant le train sur la ligne Saint-Lazare-Saint-Nom la Bretèche, je croisais presque tous les jours à la même heure un rom particulièrement crasseux d’une bonne soixantaine d’années et une petite fille d’environ 6 ans. Chaque fois qu’il est venu me demander de l’argent (assez vite il m’a repérée et évitée soigneusement en me lançant des regards furibards depuis l’autre côté du wagon) je lui ai dit à voix forte que c’était scandaleux (et illégal) d’exploiter des enfants, que cette petite fille devrait être à l’école et qu’il y avait des services sociaux en France pour s’occuper d’elle.
La plupart du temps, les voyageurs plongeaient craintivement leur nez dans leurs portables ou regardaient ailleurs sous les grommellements de plus en plus insultants et agressifs du vieux. Un jour un bobo parisien s’est dressé pour prendre sa défense en me disant :
« Il n’a pas le choix madame, il n’a pas le choix de mendier et d’être pauvre, ce n’est sûrement pas la bonne méthode de se révolter comme vous le faites. Vous êtes choquante madame ».
C’était moi la plus choquante dans le tableau. Et lui de descendre dignement à la Celle-Saint-Cloud avec son bagage Vuitton et son sac écolo de chez Monde Ethique. Sans avoir donné d’ailleurs au passage la moindre pièce ni le moindre ticket restaurant aux pauvres en question.
Quelques semaines après sur cette même ligne, un réseau rom était démantelé. Ces criminels réduisaient des enfants à l’état d’esclaves pour mendier. Une quinzaine de mineurs déscolarisés étaient forcés à voler en remplissant des quotas journaliers précis. Onze suspects ont été interpellés. Mais les faire arrêter par la police était encore sûrement ce qu’il y avait de plus choquant.

Une famille qui vivrait comme l’État, ça donnerait quoi ?


Lorsqu'on a un gros, un énorme déficit budgétaire chronique et une dette abyssale, babylonesque, voire une hippopodette, il est difficile d'appréhender l'ampleur du désastre. Cependant, celui-ci devient évident lorsqu'on ramène l'exercice budgétaire du pays à l'échelle d'un ménage.
Le droit français a longtemps fait du comportement d'un bon père de famille la norme comportementale de bon usage et de saine gestion ; le bon père de famille est soucieux des biens et intérêts qui lui sont confiés comme s'ils étaient les siens propres. Pour connaître le statut de nos chers dirigeants, ramenons la politique budgétaire de la France à l'échelle d'un ménage.
L’État français disposait, dans le budget 2013, de 240 milliards d'euros de ressources pour 302 milliards d'euros de charges. La dette publique, elle, se montait à 1 912 milliards d'euros. Ces chiffres, pleins de zéros difficiles à lire et dans des unités de mesure, la dizaine ou la centaine de milliards, assez difficiles à appréhender, sont des chiffres prévisionnels ; ils ont été votés par les parlementaires, en toute décontraction. Comme chaque année, il est parfaitement raisonnable d'attendre que la réalité sera encore pire. Oui.
Comparons cela à un ménage moyen. Avec ses 2 410 euros de revenu net mensuel, notre ménage moyen, s'il se comportait comme l’État français, dépenserait 3 032 euros chaque mois - avec un découvert mensuel de 622 euros. Ramené à l'année, les 28 920 euros de revenus sont loin de suffire pour dépenser 36 391 euros, et le ménage doit donc emprunter 7 471 euros - alimentant un total d'endettement de 230 396 euros. Oui, 8 fois son revenu annuel. C'est un ménage qui sait vivre, que voulez-vous : on ne vit qu'une fois, autant le faire bien surtout si c'est avec l'argent du banquier.
On comprend mieux, au regard de ces chiffres, la gestion que font les hommes politiques de leur propre patrimoine et leur incapacité à épargner - si tant est que leurs déclarations puissent être crues. Compte tenu du respect qu'ils ont pour la parole publique et les engagements qu'ils prennent, rien n'est moins sûr ; entre Jérôme Cahuzac qui, lui, a su épargner, et la pause fiscale dont tout le monde, meurtri, attend l'arrêt aussitôt que possible, l'honnêteté de nos dirigeants pose question.
Et à bien y réfléchir, la lucidité des créanciers également.
Aucun ménage ne parviendrait à faire accepter un découvert de 25% de ses revenus chaque mois, surtout compte-tenu de son profil d'endettement. Les ménages français sont, en moyenne, endettés à hauteur de 80% de leurs revenus, pas 800%, comme l’État actuellement (230 396 euros de dettes pour 28 920 de revenus). Mais il est vrai qu'aucun ménage n'a la bombe atomique, une armée d'inspecteurs du fisc secondée par une armée de policiers, de gendarmes et de soldats outillés et entraînés pour éviter toute confusion maladroite entre "contribuable" (qui paye et se tait) et "citoyen" (qui est armé et entend se défendre tout seul comme un grand).
Au passage, cette dette génère un coût important pour la famille France ; elle paye chaque mois 563 euros pour éponger les intérêts de sa dette, sans même songer à rembourser (rappelons que la famille France s'endette chaque mois, et qu'il lui est impossible, par on ne sait quelle misère, de mettre le moindre sou de côté - le prix du caviar s'envole, dirait-on).
Sur 3 033 euros de dépenses au total, cette hypothétique (mais dépensière) famille France consacre 382 euros à l'achat d'armes diverses, dont des drones dépassés qui font un peu pitié, en plus de 177 euros pour sa sécurité pure, ce qui fait déjà 559 euros. S'y ajoutent 641 euros pour l'enseignement scolaire et 260 pour l'enseignement supérieur et la recherche, avec un résultat qu'on qualifiera pudiquement de mitigé, pour un total atteignant déjà 1 460 euros sur ces seuls trois postes. Avec les 563 euros de la dette, c'est déjà plus des 2/3 que la famille France aurait déjà dépensée.
Les autres petits postes de dépense sont aussi édifiants : 26 euros pour la culture (sachons vivre), plus 12 pour les médias, le livre et l'industrie culturelle (sachons vivre) ; 5 euros pour le sport, la jeunesse et la vie associative (sachons vivre, que diable !) ; à côté, 13 euros pour la santé (sachons tomber malade ?) paraissent bien insignifiants à la famille France, qui dépense 103 euros pour favoriser l'emploi. Sans grand succès.

Si la famille France était notée par des agences de notation, le ménage "État français" serait vraisemblablement assez loin du triple A. Heureusement, rassurez-vous : l’État français n'est pas vraiment un ménage, et personne n'entend considérer que le gouvernement français pourrait se rapprocher d'une gestion de "bon père de famille". Faut pas déconner. Car le ménage "État français" dispose d'une arme secrète pour se renflouer : le patrimoine de tous les ménages français. Si le ménage France n'existe pas et fait à peu près n'importe quoi de l'argent qui lui est confié, ce n'est heureusement pas le cas de l'écrasante majorité des ménages français, ménages politiciens inclus. Et ça, l’État l'a bien compris : non content de leur prélever pas loin de la moitié de leurs revenus, il peut à tout moment leur confisquer tout ou partie de leur patrimoine. Ça s'est déjà vu, dans le passé en France, et récemment en Europe ; les Chypriotes s'en souviennent.
Non, décidément, la gestion que font les hommes politiques du budget ne correspond pas à celle qu'en ferait un bon père de famille. Ou alors, "bon père de famille" comprend l'homme bourru et alcoolique, vivant d'expédients et de petits larcins minables d'une journée à l'autre, frappant femme et enfants lorsque l'argent ne rentre pas assez - ce qui étend la notion très au-delà de ce qu'elle pourrait signifier intuitivement...
Les politiciens comptent sur vous pour, un jour ou l'autre, éponger les dettes, leurs dettes, celles qu'ils ont contractées en votre nom pour non pas vous aider, vous servir, mais pour rester au pouvoir. Et ce jour approche plus que vous ne le croyez.
À vous de voir si vous êtes d'accord, mais sachez qu'il faut agir vite : ils ne vous demanderont pas votre avis.

Langues déliées, ambitions décomplexées


L’ombre de Tapie n’a pas fini d’attirer la lumière des enquêteurs. Naguère c’était celle des projecteurs : « Ambitions » qu’il s’appelait son show télé des années 80. Synthèse carnassière de l’entreprise et de la politique, mélange de séduction et d’autorité, son message explicite disait : visez haut, clamez-le et poussez-vous du col.
L’ode à l’arrivisme de l’âme damnée de la République agirait-elle sur l’inconscient de ses élus ? Voilà les loups libérés de la langue de bois et des devoirs de réserves. A peine élu ou battu leur action est guidée par l’élection d’après, la place à prendre au-dessus. 61 % des Français voient Valls à Matignon, mais lui songe déjà à l’Élysée, sans attendre les municipales. Quel sens de l’anticipation ! Les bobos le traitent de raciste ? Même pas mal, le peuple est avec son shérif au parler vrai. Une France en mal de patron.
Aujourd’hui Fillon force sa nature réservée, et à quatre ans de l’échéance le dit fort : il est en compétition avec Sarkozy. Même Bayrou repenche à droite, non sans suite dans les idées. Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent. Rendons grâce à notre Premier ministre, égal à lui-même, donc effacé. On rit de ses postures affectées de matamore avec ses ministres. Même le gentil Drucker chez Ruquier y est allé de sa pique : « Vous imaginez Fabius lui demander l’autorisation de parler à la presse en levant le doigt ? » Et de glousser avec le public. En politique, la pitié n’inspire rien de bon.

Fillon sans coquards

Fillon sans coquards


À quoi pense Fillon tous les matins en se coiffant ? À la présidentielle ! Et à qui pense-t-il en se rasant ? À Nicolas Sarkozy ! Ses déclarations au JDD en témoignent. Et il faut avouer qu'il y a de quoi être surpris. François Fillon aurait-il oublié que 2017, c'est dans quatre ans ? Et ignorerait-il que Nicolas Sarkozy, en délicatesse avec la justice, n'est pas encore candidat ? François Fillon souffrirait-il du « syndrome de Don Quichotte » pour se lancer ainsi à l'assaut des moulins à vent ? Ce serait lui faire insulte, mais alors pourquoi cette soudaine envie de « casser la vaisselle » ? Il faut reconnaître que depuis quelques semaines, on ne reconnaît plus l'ancien Premier ministre.
Lui qui fut, pendant cinq ans, le « collaborateur » discipliné de Nicolas Sarkozy a choisi de se « libérer » et d'assumer la rupture. Lui dont on appréciait la pondération a décidé de s'installer dans la transgression. Il y a eu l'épisode ambigu « du moins sectaire entre candidat PS et FN », puis ce « cher Poutine » pour le moins incongru. François Fillon en avait assez d'être « lisse », sauf que sa mutation paraît trop radicale pour être naturelle. Cela sent manifestement le plan de com'.
Il n'est pas sûr que François Fillon en tire un quelconque bénéfice. Sa chute dans les sondages le prouve. Ce gaulliste social déconcerte ses partisans en affichant un libéralisme totalement décomplexé. De plus, il n'échappera pas au reproche de trahison envers son ancien « patron ». Il est vrai que si la situation était, pour lui, à ce point intenable, il n'aurait pas dû faire des pieds et des mains pour interdire l'arrivée de « l'hurluberlu » Borloo à Matignon.
Il est certain en revanche que ce cavalier seul de Fillon va un peu plus discréditer l'UMP. L'ancien Premier ministre, qui se dit « de facto en compétition avec Sarkozy », en viendrait presque à enterrer la primaire en se définissant comme la seule alternative à droite. L'ennui est que l'on ne s'autoproclame pas « chef de guerre » mais qu'on le devient à force de combats victorieux. Et sur ce plan, il manque encore à François Fillon quelques balafres ou coquards.

lundi 7 octobre 2013

L'avertissement de Brignoles

La cantonale partielle de cette localité du Var, où le Front national arrive en tête, est instructive à plus d'un titre.

Première observation: le vainqueur est l'abstention. C'est une tradition dans les partielles, spécialement dans les cantonales. Mais cette abstention ne se ventile par n'importe comment.
Seconde observation: la gauche perd la moitié de ses voix par rapport à 2012, passant de 3 100 à moins de 1 500 voix. Cette évaporation de l'électorat de la majorité est une constante dans toutes les partielles depuis l'élection de François Hollande.
Troisième observation: la droite dite de gouvernement régresse, et notamment l'UMP. La désaffection des électeurs pour la gauche ne crée par de désir de droite. Ca ressemble à un discrédit de la politique en général.
Sauf que - quatrième observation - l'extrême droite progresse. Pas le Front national: il conserve le même nombre de voix. Mais si l'on y ajoute la candidature de Jean-Paul Dispard, la droite de la droite gagne 600 voix.
Conclusion provisoire: quand la gauche perd, ce n'est pas forcément au profit de la droite de gouvernement mais souvent au bénéfice de la droite nationaliste. Et quand la droite dit qu'elle gagne, ce serait plus juste de dire que c'est surtout la gauche qui s'effondre pour cause d'abstention.

L'avenir de l'humanité

L'avenir de l'humanité


C'est la vraie révolution du XXIe siècle. Personne n'en parle. L'humanité est en train de se redéployer sur les cinq continents. Et de transformer complètement la répartition entre les générations. Il en résultera des bouleversements dans les courants d'échanges, dans l'équilibre des forces et dans les rapports sociaux. Sous cet angle, la lecture de la récente publication de l'Institut national d'études démographiques « Tous les pays du monde » devrait être obligatoire dans toutes les écoles et les universités.
Cette lecture nous confirme que la population mondiale a dépassé 7 milliards d'êtres humains cette année, soit une augmentation de 800 millions en dix ans et de 5 milliards en 80 ans ! Pour l'avenir les prévisions sont toujours très délicates et souvent contredites dans les réalités. Les spécialistes se contentent de prolonger les tendances récentes, or il y a toujours des surprises. À l'horizon 2050, les prévisions sont encore assez fiables, on table sur 9 milliards d'habitants de la Terre à cette date. Mais au-delà il y a beaucoup d'incertitudes. En effet, le passé nous enseigne que deux révolutions démographiques sont à l'oeuvre dans le monde, toutes deux inattendues dans leur ampleur : la chute de la fécondité des femmes et celle de la mortalité. Deux révolutions de sens contraires, ce qui ne veut pas dire qu'elles s'annulent.
La baisse de la fécondité se mesure au fait que le nombre d'enfants par femme, en moyenne dans le monde, est tombé à 2,5 enfants. Il se rapproche du nombre de naissances nécessaires pour assurer le renouvellement de l'humanité. En Europe, il est déjà très inférieur à ce taux avec seulement 1,6 enfant par femme. Et même 1,4 en Allemagne. Ce pays cessera d'être plus peuplé que la France vers 2030.
Moins d'enfants et plus de personnes âgées
Chez nous, à la surprise générale, le taux de fécondité est le plus élevé d'Europe, avec deux enfants par femme, ce qui plaide pour notre politique familiale et même pour notre moral collectif... Sinon, la fécondité baisse partout dans le monde. Elle n'est plus que de 1,5 enfant par femme en Chine, laquelle ne sera plus le pays le plus peuplé du monde au milieu du siècle ; il aura été dépassé par l'Inde. L'Afrique semble faire exception à cette tendance générale, avec un taux de fécondité de 4,8 enfants par femme (7,6 au Niger !) mais, là aussi, la baisse est enclenchée, notamment en Afrique du Nord (2,2 enfants par femme en Tunisie).
L'autre révolution majeure, et de sens inverse, est la baisse de la mortalité. À la fois chez les enfants et chez les personnes âgées. C'est chez les enfants qu'elle est la plus spectaculaire grâce à la vaccination généralisée, notamment en Afrique. Chez les personnes âgées, les progrès de la médecine et l'amélioration des conditions de vie ont des effets comparables. Si bien que l'espérance de vie à la naissance s'est envolée partout dans le monde. Elle s'est accrue de deux ans en seulement dix ans pour atteindre 70 ans à l'échelle mondiale (80 ans en France).
Parmi les conséquences de tous ces bouleversements, il y aura une nouvelle répartition des êtres humains dans le monde. Avec une forte poussée de l'Afrique : c'est ainsi que le Nigeria se hissera à la troisième place des pays les plus peuplés, devant les États-Unis. Tout cela nous imposera une gestion nouvelle des ressources naturelles et des restructurations politiques. Le XXIe siècle n'a pas fini de nous secouer.

L’Europe coupable?

L’Europe coupable?
Le Monde de ce weekend dénonce « l’indifférence coupable de l’Europe », à l’unisson de quasiment tous les commentaires de l’abominable tragédie de Lampedusa. Il est toujours commode de s’en prendre à la culpabilité de l’Europe, ancienne puissance coloniale qui a dominé le monde pendant un demi siècle, sur le plan des idées, des technologies, de la puissance économique et militaire. A vrai dire, on ne voit pas en quoi l’Europe, qui n’est plus la puissance dominante, serait coupable de ce drame. Elle accueille environ un million et demi de migrants chaque année et 250 000 demandeurs d’asile. On ne peut raisonnablement exiger d’elle, qui est l’une des premières zones d’accueil dans le monde, qu’elle s’ouvre encore davantage, avec 30 millions de chômeurs et des problèmes incommensurables d’exclusion et de communautarisme, de cohésion sociale qui la rongent dans quasiment tous ses grands pays d’accueil. Une ouverture générale entraînerait sans aucun doute une explosion de l’extrémisme, de la haine et une déstabilisation globale de sa vie politique pouvant conduire à un retour du fascisme sous d’autres formes sans doute, mais aussi effroyables. Est-elle coupable de ne pas avoir suffisamment aidé l’Afrique à se développer ? La vérité, c’est que quelques pays d’Afrique s’en sortent admirablement bien par eux mêmes comme le Ghana, l’Ouganda ou le Rwanda, grâce à des gouvernements solides et responsables, des politiques fermes et adaptées aux réalités. Bien sûr que la coopération au développement, les transferts de technologie, la quête d’une plus grande justice du commerce international sont indispensables. mais pour leur avenir et leur salut, les Africains, nous le savons, doivent avant tout compter sur eux-mêmes, leur jeunesse, leur intelligence, leur dynamisme potentiel, et non sur l’assistance internationale qui ne règle rien au fond. Les vrais coupables, ce n’est pas l’Europe mais les réseaux mafieux d’immigration clandestine qui prospèrent sur le malheur et la manipulation de masse. C’est eux qu’il faut dénoncer et frapper. En se trompant de cible, on évite d’avoir à relever les vrais défis et on ne fait qu’aggraver un drame de notre époque.

Tapie : "Sarkozy n'a rien à craindre des affaires"


Pour Bernard Tapie, "s'il y avait une présidentielle aujourd'hui, le match serait Sarkozy-Le Pen". Et les démêlés judiciaires de l'ancien chef de l'Etat en changerait pas ce pronostic.

"Sarkozy, il y a longtemps que les gens ont une opinion arrêtée sur lui. Les affaires n'y changeront rien. Ceux qui le détestent continueront de le détester… Et les autres continueront de l'apprécier. Au final, si des dossiers se dégonflent, il pourra même dire, à juste titre, qu'il a été victime d'acharnement." Bernard Tapie en est persuadé : "Sarkozy n'a rien à craindre des affaires, même d'éventuels procès. D'ailleurs, s'il y avait une présidentielle aujourd'hui, le match serait Sarkozy-Le Pen… et je le regrette!"
Sur son propre front judiciaire, Bernard Tapie demande à être entendu au plus vite par les juges : il compte réclamer un aménagement des mesures financières prises à son encontre. "D'abord pour pouvoir entretenir les actifs dont je dispose, dans l'intérêt aussi de ceux qui me poursuivent, et ensuite pour pouvoir honorer mes promesses d'entrepreneur, notamment vis-à-vis des journaux du Sud", dit-il. Concernant le signalement Tracfin de mouvements bancaires au Luxembourg révélés par Le Parisien de samedi, Tapie renvoie sur une société de son fils Laurent. "Un total non-sujet", jure-t-il…

‪Fabrice Luchini au sujet de François Hollande chez Drucker‬

‪Fabrice Luchini au sujet de François Hollande chez Drucker‬


L’immigration en France, un enjeu de longue date.

Le sujet de l’immigration est aujourd’hui perçu comme un sujet tabou. C’était déjà le cas vers la fin des années 80 quand la France a redéfini son rôle de pays ouvert au multiculturel en endossant le fier titre de « pays d’accueil ». Toute approche plus ou moins critique de cette politique largement idéalisée par les générations post-soixante-huitardes relevait de l’inadmissible. Or, une politique que l’on ne peut critiquer est toujours une idéologie. La France n’a pas compris que l’ambiguïté qui marquait cette dernière allait à terme se transformer en cercle vicieux.

En effet, la reconstruction du pays - à partir des années Pompidou - supposait une main d’œuvre importante et peu exigeante sur les conditions de travail. Les ressortissants du Maghreb étant des candidats idéaux, ce sont eux qu’on fit venir. Une génération plus tard, ils devinrent Français et beaucoup ont transmis cet esprit d’imprégnation à leurs enfants. Ces gens-là n’ont jamais posé aucun problème. En revanche, comme l’effort d’intégration est terriblement ardu lorsque les membres d’une société fraîchement débarqués doivent adopter non pas les normes d’une culture mais bien d’une civilisation qui leur est foncièrement étrangère, on s’imagine qu’une partie assez considérable des personnes concernées ne s’est francisée que formellement. Il s’agissait déjà à l’époque d’une bombe à retardement.
La loi sur le regroupement familial votée par le Conseil d’Etat en 1978 fragilisa encore davantage un équilibre bien piètrement acquis jusqu’à poser les fondements d’un véritable choc des civilisations. Je reprends une notion certes discutable, qui a valu à son fondateur, Samuel P. Huntington, bien des diatribes, mais qui explique pourtant bien le phénomène des cités. La question qui s’est alors posée, aussi lancinante qu’insoluble, se résumait à cela : qui sommes-nous ? Le retard d’intégration qu’ils avaient pris dès le début de leur arrivée ne pouvant plus être compensé, ce facteur significatif a en un certain sens déterminé leur intérêt pour un islam qui n’était cependant pas celui que professaient leurs grands-parents et qui tend souvent à celui qui est combattu dans les pays musulmans laïcs. La religion perçue sous un angle totalitaire faisant office d’échappatoire et l’esprit de défiance vis-à-vis de ceux qui représentent la République (la police par exemple) allant crescendo, la conjonction de ces deux aspects pourrait à terme conduire à une guerre civile.
Voici donc la portée de cette ambiguïté qui n’a pas été prise en compte et dont nous récoltons maintenant les fruits. Il n’est en aucun cas xénophobe d’en parler puisque, si le Maghreb était travaillé par la même problématique que la France, sa réaction immédiate, saine et logique aurait été de se préserver en tant qu’ensemble de pays nord-africains et musulmans.
J’ai demandé à M. Thibault Gobet, auteur d’une analyse géopolitique édifiante intituléeFrance : les véritables enjeux, spécialiste de la géopolitique et expert en géoéconomie, d’exposer sa vision des racines du malaise de la politique migratoire appliquée en France et des mesures salutaires à mettre en œuvre pour y remédier.
LaVoix de la Russie. « Dans votre livre, vous parlez de contrôler l’immigration qui, selon les dires de certains analystes, s’apparente notamment à une immigration de remplacement ethnique et donc culturel, voire civilisationnel. A ce titre, vous évoquez la nécessité d’établir des accords bipartites avec les pays d’Afrique. Pourriez-vous nous expliquer ce que vous entendez par de tels accords ?
Thierry Gobet. « Ces pays ont de gros problèmes économiques depuis qu’on les a abandonnés, notamment sous la pression des USA, pour pouvoir accéder à leurs matières premières. Je pense à l’Algérie, par exemple, qui d’ailleurs n’était pas une colonie mais un territoire conquis faisant partie de la Constitution française. Ce type de territoires étaient des départements depuis la fin du XIXème et après la guerre de 46. On a trouvé du pétrole en Algérie. C’est ainsi que les Américains ont tout fait à partir de 42, c’est-à-dire à partir du débarquement en Afrique du nord, pour nous pousser hors de ce continent, notamment donc de l’Algérie. Cette mesure figurait dans le Constitution du traité de l’Atlantique de 41, date de la fin des empires coloniaux aussi bien pour les Anglais que pour les Français. Il s’agissait d’une ouverture des territoires pour pouvoir récupérer les matières premières, ce qui était l’objectif numéro un, et, éventuellement, vendre divers produits. La production de pétrole et de gaz en Algérie équivaut à 120 % de la consommation française. Cela signifie que nous aurions pu garder l’Algérie avec des accords dans le style des pays du Commonwealth (Canada, Australie, etc.), c’est-à-dire garder un accord avec des pays qui étaient totalement dépendants de nous sur tous les plans. On l’a vu récemment puisque le Président d’Algérie qui ne cesse de cracher sur la France est pourtant venu s’y faire opérer à plusieurs reprises. Cela veut dire que certains pays ne peuvent pas se gérer eux-mêmes contrairement à des pays d’Asie du sud-est qui eux ont très bien réussi à s’en sortir. Il y a 37 % de chômeurs en Algérie. Alors tous les malheureux viennent en France pour se faire soigner, pour toucher des allocations, etc. Donc, le sens de l’accord que l’on pourrait conclure serait d’aider ces pays pour empêcher les populations de venir chez nous et les aider de manière à ce que les quelques personnes qui viennent faire leurs études retournent chez eux. M. Sarkozy a dit un jour qu’il faut limiter l’immigration et la sélectionner. D’abord, c’est impossible. Deuxièmement, si on prend des gens qui ont des diplômes, on appauvrit les pays dont ils sont issus. Vous voyez bien qu’il s’agit d’une politique débile, ce qui n’a d’ailleurs pas toujours été le cas pour M. Sarkozy. Un pays ne peut pas vivre en autarcie, tout seul, sans s’occuper de ce qu’il y autour de lui. Il est obligé de veiller aux pays qui l’entourent, sans quoi ces derniers, s’ils ont faim, vont venir déborder sur ses frontières. Idem pour les pays où la guerre civile fait des ravages. Le contexte de mondialisation suprême dans laquelle nous nous trouvons ne fera que favoriser ce mouvement des peuples. Pour éviter ce processus, il faudra donc commercer et travailler avec ces gens-là, cela d’autant plus qu’ils ont été francisés entre 1830 et 1960. Par conséquent, il convient de conclure des accords un peu comme le ferait le FMI. Au temps de la colonisation, phénomène qui est tellement vilipendé par les Américains et qui l’a été pendant fort longtemps par les communistes, il y avait des obligations telles que celles qui figuraient dans le traité de Berlin dans les années 1878-188, telles que celles qu’avaient les pays occidentaux d’aider ces pays.
Alors quand on pense que M. Bouteflika vient se faire opérer en France, ça veut dire que chez lui il n’y a pas de système pour pouvoir se soigner, alors on imagine ce qu’il en est de tous les malheureux pour qui l’Occident, c’est déjà les soins médicaux ! Ces accords ne relèvent donc pas essentiellement d’un élan humanitaire. Pareil pour la Russie. S’il y a un foyer d’insurrection à ses frontières, celles-ci vont déborder sur le pays. Il faut souligner au passage que l’existence, dans l’idéal, de ces accords, ne sous-tend aucun complexe d’ancien colonisateur, bien au contraire. Ca doit être fait pour le peuple du pays mais dans l’intérêt aussi des nations occidentales, car l’Europ est à l’heure actuelle envahie par ces gens qui d’ailleurs sont sans formation, ce qui coût cher, c’est-à-dire les charges sociales dans leur ensemble, facteur qui influence l’importance de la dette de l’Etat français. »
LVdlR. La France se défrancise. Que faire des gens qui, tout en étant juridiquement français depuis deux, voire trois générations, ne se reconnaissent pas dans l’histoire et les valeurs de la République ?
Thierry Gobin. « Il y a eu un match de football il y a quelques années, match très emblématique qui a opposé la France à l’Algérie. Ceux qui avaient été naturalisés français agitaient les drapeaux algériens. Les gens qui s’expatrient, qu’ils soient riches ou pauvres, sont toujours très malheureux de s’expatrier. Pareil pour les Français qui quittent la France parce qu’on leur fait payer trop d’impôts. On est habitué à sa nourriture, à ses coutumes, au pays des ancêtres, aux souvenirs d’enfance. Alors oui, c’est toujours un drame que de s’expatrier. Il ne s’agit pas de rejeter ces gens-là, de les renvoyer de force en les mettant dans un avion. Ceci dit, tous ceux qui sont illégaux à partir du moment où ils sont reconnus comme tels doivent être invités à regagner leurs pays où du travail leur sera proposé. D’après Baverez, qui est un très grand économiste du système, et non pas un monsieur d’extrême-droite, près de 3 à 400.000 étrangers rentrent chaque année, ce qui correspond à quatre villes comme Orléans. Il faut donc construire des logements, chose qui induit des coûts absolument effroyables, cela dans l’intérêt de personnes qui sont sous-formés, qui souvent parlent mal français, etc. Mais ce programme est voulu, je l’explique dans mon livre. C’est une façon d’affaiblir l’Europe par l’intermédiaire de nos grands suzerains les Américains en augmentant les charges sociales. Alexandre Zinoviev l’a lui aussi expliqué, c’est une volonté parfaitement réfléchie d’affaiblir l’Europe sur deux points. D’abord sur le plan militaire parce qu’on ne cesse d’augmenter les budgets sociaux en abaissant les budgets militaires, car à partir du moment où vous les abaissez, vous affaiblissez votre puissance en politique étrangère, effet constamment recherché par les USA. Deuxième effet : en augmentant les dépenses sociales, on augmente le coût de la production et c’est ainsi que vous tuez un concurrent. »
LVdlR. Question délicate. Il y a islam et islamisme, ce sont deux notions d’ordre différent. Relevez-vous une exacerbation des tendances islamistes en France sans doute liées à une dénaturation plus ou moins majeure de l’islam originel et à la mainmise de l’Occident, ces dernières années, sur le Proche-Orient ?
Thierry Gobet. « Tout à fait. Pour ce qu’il en est de la différenciation islam-islamisme, il y a des gens qui dénoncent une boutade en niant toute différence. Non, pour moi ce n’est pas la même chose. Je l’ai déjà relevé récemment via Radio Courtoisie, après être passé avec un islamologue dans une émission qui dénonçait dans le Coran certaines sourates d’une grande violence. Les Français ont vécu plus d’un siècle en Algérie, les enfants allaient à l’école sans se faire égorger, on a des musulmans qui se sont battus du côté des Français dans les deux guerres et même au moment de la dite guerre d’Algérie, des gens qui aimaient la France et qui se sont faits tuer pour elle. En réalité, l’islamisme radical est fort parce que l’Occident est faible. Or, la nature a horreur du vide. C’est ce qu’a remarquablement bien expliqué Soljenitsyne : l’Occident est affaibli, il est émasculé, il refuse de se battre. Cette thèse a été reprise par un Américain, Brzezinski, un mondialiste. Selon lui, l’Europe a remonté sur le plan économique mais pas sur le plan politique et sur le plan de sa propre confiance en elle. Il faut constater que l’Europe est constamment attaquée et c’est pour cette raison que beaucoup de Français regardent vers Poutine qui a osé dire : « Je suis nationaliste », ce qui veut dire qu’il défend les intérêts de son peuple, de son pays. Concernant l’immigration, voici ce qu’il a dit : « La Russie n’a pas besoin de minorités, ce sont les minorités qui ont besoin de la Russie. Les minorités doivent respecter les coutumes de la Russie ou la quitter ». Nous n’avons rien contre les musulmans mais la France doit rester française, l’Europe doit rester européenne et se respecter. Or, la différence entre la France et la Russie, c’est que la France est terriblement endettée suite à l’application de la politique socialo-marxiste lancée en 81. 1974 fut la dernière année où le budget français était en équilibre. Et voilà qu’en 1983, on a emprunté énormément à l’Arabie Saoudite puisque, en matière de PIB, ce qu’on a emprunté est supérieur au Plan Marshall, en 1947. On a donc une dette qui augmente chaque année alors que M. Poutine a réussi à faire en sorte à ce que son pays ne soit plus endetté, ce qui lui permet une politique internationale indépendante, ce qui n’est plus le cas de la France car nous sommes rachetés (…) ».

Les Roms européens s’installeront en Ukraine

Des centaines de milliers de Roms de l’Union européenne pourraient trouver refuge en Ukraine. Le pays s'est engagé à accueillir ces populations dans le cadre d’un accord d’association avec l’UE. Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a signé un décret sur cette question en avril. Le délai de 6 mois que le chef d’Etat ukrainien a laissé au gouvernement pour l’élaboration d’un projet spécial de réinstallation et l’intégration des Roms, expire bientôt.
Les détails du projet de relogement des Roms seront discutés probablement en novembre, lors du sommet du Partenariat oriental à Vilnius. Lors de e sommet l’accord sur l’association de l’Ukraine avec l’Union européenne pourrait être signé. Ce rapprochement tant souhaité par l’Ukraine l’oblige toutefois à de nouvelles obligations. L'une d’elles, c’est l’accueil chaleureux des campements tsiganes de l’Ancien Monde. La « question tsigane » a toujours été un défi pour l'Europe. Mais ce n’est qu’après l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l’UE en janvier 2007 que les Roms sont devenus un problème. On a même surnommé cette adhésion de deuxième « chute du mur de Berlin ». La seule différence, c’est que cette « chute » ne réjouit personne en Allemagne ou en France. Les Roms, principalement originaires de Roumanie, de la Bulgarie et de la Hongrie ne se sont pas intégrés dans la société européenne. Les campements continuent à mener une vie nomade et vivre grâce aux prestations sociales, qui leur sont fournies par les contribuables. Les autorités ukrainiennes sont convaincues que c’est la discrimination des Roms qui pose le plus grand problème. Et elles sont prêtes à proposer un programme qui offrirait les mêmes conditions pour la participation des Roms à la vie sociale, économique et culturelle de l’Ukraine qu’aux Ukrainiens, est persuadé le député de la Verkhvna Rada (le parlement ukrainien) Vladimir Oleynik. « Nous devons prendre des mesures juridiques. Notamment adopter la législation qui correspond et exiger d’appliquer la législation en vigueur en Ukraine concernant tous ceux qui arrivent dans notre pays. Nous devons également communiquer étroitement avec nos homologues de l'UE. » Cette interaction sera-t-elle réellement bénéfique à l’intégration des Roms ? Les pays de l’Europe ne sont pas parvenus à un consensus sur cette question. Ainsi, en France, la discussion sur cette question au niveau des ministres du gouvernement s’est terminée par un scandale. Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a proposé d'expulser les Roms du pays, et ses déclarations furent sévèrement critiquées par ses collègues. Mais Valls a bénéficié du soutien de la majorité des Français. Selon les derniers sondages, la majorité des Français, près des trois quarts, se prononcent pour le retour des Roms dans leurs pays d’origine. Et les Européens sont même prêts à dépenser des milliards d'euros pour le rapatriement des gens du voyage. Ce programme est déjà mis en œuvre en Allemagne, en Autriche, en Suisse et au Danemark. Pourquoi l’Ukraine veut-elle devenir le pays d’accueil de tous ces migrants ? Il est peu probable qu’on puisse expliqué cette décision par la seule volonté de se rapprocher d’Europe. « Selon vous, à qui cela pourrait être bénéfique ? », s’interroge le directeur du Centre d’information russo-ukrainien Oleg Bondarenko. « Apparemment, les partisans du parti raciste Svoboda (Liberté) vont affirmer à la voix haute que l’Ukraine s’est transformée en un pays d’accueil pour qui le veut. Une véritable stratégie de transformation d’Oleg Tiagnibok en un rival principal de Ianoukovitch En général, il y a toute une stratégie de transformation Oleg Tiagnibok en rival principal de Ianoukovitch aux élections présidentielles de mars 2015 a lieu. Cette technique est élaborée par le cabinet de Ianoukovitch et il est clair que peu importe la situation, Ianoukovicth va gagner contre Tiagnibok dans cette course électorale. » Ni Timochenko, ni Klitschko ne pourront participer à ces élections, et ce renforcement du mouvement nationaliste joue en faveur du président ukrainien, souligne l’expert, en rappelant que le parti radical-nationaliste Svoboda a déjà obtenu 37 sièges à la Verkhovna Rada lors des dernières élections parlementaires. Il s'avère que l'Ukraine a besoin des Roms. Ou alors c’est son président qui a besoin d’eux. Rédaction en ligne,