Libération contre Bernard Arnault : troisième round ! A la
une de son édition du mardi 11 septembre 2012, le quotidien s'adresse
encore une fois à l'homme le plus riche de France, qui a demandé la double nationalité franco-belge
: "Bernard, si tu reviens, on annule tout !". Un titre qui fait
allusion à un texto qu'aurait envoyé Nicolas Sarkozy à son ex-femme
Cécila, comme le rapportait L'Express, en 2008.
La veille, Libération avait
présenté le patron de LVMH une valise à la main, écrasé par le
titre "Casse-toi riche con !". Le quotidien raconte mardi dans ses pages
la fabrication de cette une, partie d'une plaisanterie, qui a "fait le tour des étages" dimanche où "les rares présents ne peuvent s'empêcher de rigoler". Jusqu'à ce qu'un chef lance, en voyant la photo choisie, "ça fait un peu tabloïd, mais faut y aller".
Le principal intéressé lui, n'a pas du tout apprécié et a décidé d'assigner le quotidien en justice pour injures publiques "compte tenu de l'extrême vulgarité et de la violence du titre".
mardi 11 septembre 2012
"Libération" à Arnault : "Si tu reviens, on annule tout !"
Impôts : les classes moyennes durement frappées
Le gel du barème augmentera l'impôt pour 16 millions de foyers. Et
l'alignement de la fiscalité du capital sur celle du travail sera très
pénalisant.
• Gel du barème: 1 à 1,5 milliard
C'est la mesure qui frappera le plus les classes moyennes. François Hollande a annoncé dimanche que le barème de l'impôt sur le revenu (IR) ne serait pas indexé sur l'inflation pour les revenus de 2012, imposés en 2013. Reniant une des promesses de campagne du PS, le gouvernement poursuit donc la voie ouverte par l'équipe Fillon, qui avait gelé le barème dès cette année. La mesure de la précédente majorité a entraîné cette année une hausse de l'IR d'environ 2 % pour les 27 millions de foyers qui en payent. En outre, 100.000 à 200.000 ménages qui échappaient auparavant à l'IR se sont retrouvés imposés. Il a suffi que leurs revenus augmentent un peu pour franchir le seuil d'imposition, désormais figé. Pour que ce phénomène ne se reproduise plus, le gouvernement va mettre en place une décote permettant d'annuler ou de réduire l'impôt à payer. Ce système s'appliquera aux ménages de la première tranche (ceux dont le taux d'imposition est de 0 %) et de la deuxième tranche (taux d'imposition de 5,5 %). Soit à 20 millions de foyers, qui échapperont ainsi à l'effet du gel. En revanche, les 16 millions de ménages des trois dernières tranches actuelles - on est loin ici des seules classes aisées, puisque cela commence à 11.897 euros de revenu fiscal - verront bel et bien leur IR augmenter de 2 % en 2013. «La recette devrait être comprise entre 1 et 1,5 milliard en 2013», estime Vincent Drezet du Syndicat national Solidaires finances publiques.![]() |
| Je vous préviens Mickey y va se fâcher ! |
• Alignement de la fiscalité du capital: 4,5 milliards
Cette fois, ce sont les 3,3 millions de ménages des deux dernières tranches actuelles qui seront pénalisés. Avec l'alignement de la fiscalité du capital sur celle du travail, leurs dividendes, leurs intérêts, plus-values de cession d'actions ou de ventes de biens immobiliers seront taxés au barème de l'IR, c'est-à-dire au taux marginal de 30 %, 41 % et 45 % (quand cette nouvelle tranche sera créée), selon leurs revenus. Or actuellement, les plus-values sont imposées à 19 %. Les dividendes peuvent l'être à 21 % et les intérêts à 24 %. Ce coup de massue fiscal devrait rapporter 4,5 milliards. En outre, l'abattement de 40 % sur les dividendes passerait, selon nos informations, à 20 %.• Tranche à 45 %: 0,7 milliard
Une tranche d'IR à 45 % sera créée pour les revenus dépassant 150.000 euros par part. 700 millions de recettes attendues.• Niches fiscales et quotient familial: 1,8 milliard
Le plafond des niches fiscales sera ramené à 10.000 euros par foyer fiscal, contre 18.000 euros et 4 % du revenu actuellement. De ce plafonnement et d'autres rabotages, le PS attendait 1,3 milliard de recettes. La baisse du plafond du quotient familial, de 2336 à 2000 euros par enfant, concernerait un million de foyers et rapporterait 450 millions à l'État d'après l'Institut Montaigne.• Surtaxe à 75 %: 0,3 milliard
Cette surtaxe s'appliquera à toute personne gagnant plus d'un million d'euros, qu'elle soit célibataire ou en couple. Face à la bronca, le gouvernement est revenu sur l'aménagement envisagé pour les couples (imposition à partir de 2 millions). Sportifs et artistes seront taxés. Mais les revenus du capital seront exonérés (et donc les plus-values pour la revente d'une entreprise). Au total, 2000 à 3000 personnes seraient concernées. La mesure rapporterait 300 millions d'euros.Les jours passent et rien ne change. Les décennies aussi. Si Jean-Marc Ayrault croit vraiment ce qu'il dit, il vaut mieux qu'il parte tout de suite, comme les éléphants de Bali, avant l'arrivée du tsunami. Le Premier ministre a néanmoins une excuse : il ne veut pas accabler davantage les Français, qui sont entrés dans une nouvelle étape de leur grande dépression nerveuse commencée il y a plusieurs années déjà.
Il veut rassurer. Dormez bien, les petits. Mais si le président et lui n'entament pas au plus vite le travail de pédagogie qui s'impose auprès des Français, leur cause est entendue : elle est perdue d'avance. Le jour venu - on peut prendre tous les paris -, le pays n'acceptera pas les efforts qui lui seront demandés par un nouveau chef de gouvernement, tamponné conforme par le FMI.
En ce début de règne, même s'il n'y a plus d'argent pour la payer, la corbeille de mariage se remplit tous les jours. Il suffit de demander, vous aurez ce que vous voulez. Les Français sont retombés au stade de la becquée, comme au temps où l'Etat distribuait ses largesses à tout-va, le comble étant la baisse du prix de l'essence annoncée la semaine dernière et financée essentiellement par l'argent public. Pourquoi ne pas subventionner, dans la foulée, l'eau minérale ou le blanc de poulet, en attendant un retour au bon vieux contrôle des prix d'avant Giscard ?
L'assistanat, maladie infantile du socialisme et de la social-démocratie, est aujourd'hui leur maladie sénile. Il part pourtant d'un bon sentiment qui fait l'unanimité, à quelques lamentables exceptions près : il s'agit d'aider tous ceux qui sont dans le besoin, les humiliés, les offensés, les misérables. N'en déplaise aux vestales de l'ultralibéralisme, la solidarité est la raison d'être de toute politique digne de ce nom.
Tout se complique quand on passe aux moyens de subvenir aux besoins des nécessiteux. Faut-il les assister les yeux fermés et à perpétuité ou bien les aider à s'aider eux-mêmes ? Depuis des années, les politiques publiques françaises, de gauche ou de droite, s'enferrent dans la première méthode, avec les résultats que l'on sait : si l'on excepte quelques bonnes réformes comme le RSA, notre système social s'est transformé peu à peu, sur le mode grec, en tonneau des Danaïdes.
C'est la dictature de l'assistanat. Avant que François Hollande, bien inspiré, la jette aux oubliettes, le PS avait même inscrit dans son programme une hallucinante allocation jeunes qui aurait permis à la jeunesse de France de toucher un revenu fixe pour finir de plomber les finances publiques. On peut déjà parier que la gauche du parti la ressortira, le jour venu, avant de nous inventer, par la suite, une allocation bébés : tant qu'à faire, autant commencer l'assistance dès le berceau. Sans oublier, par la suite, une allocation pour les animaux de compagnie, les cochons d'Inde ou une autre espèce à trouver.
Accablée sous le poids de son endettement et en passe de devenir le premier emprunteur de la zone euro, la France est entrée dans une nouvelle phase. Son rêve : bénéficier de l'assistanat d'un autre pays pour continuer à financer ses folies sans avoir à se remettre en question. C'est tout le sens du combat de notre pays pour la mutualisation des dettes européennes : faire porter par l'Allemagne, bon élève du Vieux Continent, la charge de notre philanthropie d'Etat, sous prétexte que nous consommons ses produits et contribuons à sa croissance.
L'Allemagne n'entend pas récupérernos dettes sans engagement de notre part sur nos politiques budgétaires à venir. Elle a raison. Sinon, une fois vidées les caisses germaniques, l'Europe droguée au laxisme serait condamnée à tendre la sébile en direction de la Chine ou de Dieu sait quelle puissance bienfaitrice. Soit dit en passant, il est comique d'observer que les tenants de cette ligne ("L'Allemagne paiera !") sont surtout des souverainistes. Il ne leur est pas venu à l'esprit qu'elle transformerait la France en sous-nation assistée, en voie de colonisation économique. C'est dire si leur prétendu amour de la patrie passe après leur thyroïdal antigermanisme.
Il y aurait de quoi déprimer si des voix courageuses ne s'élevaient parfois pour évoquer le "redressement", mot cher à François Hollande, qui passe d'abord par la baisse du coût du travail, l'urgence des urgences si l'on veut exporter, relancer, se désendetter et embaucher. C'est un leader syndical, et de gauche par-dessus le marché, qui a osé le dire : François Chérèque (1). Merci à lui.
1. Le Journal du Dimanche, 2 septembre 2012.
Il avait révélé sa nature dans sa péroraison, lors du fameux débat qui l'avait opposé à Sarkozy avant le second tour. On se le rappelle : "Moi, président de la République...". Ce côté "on va voir ce qu'on va voir !" Après quatre mois, on a vu. Croyez-vous qu'il en ait tiré la leçon ? Allons donc, il a récidivé hier soir, comme si de rien n'avait été, sans vergogne, avec un cynisme tranquille, cauteleux. D'un trait de plume, il efface allègrement les quatre premiers mois de son mandat. C'était pour voir, comme au poker. Il a le culot de nous dire : "Les cafouillages, c'est fini." Et il ajoute : "Le temps est à la mobilisation." Enfin !
"Le changement, c'est maintenant." Voyons, c'était une blague, on dit assez que je suis un blagueur sympa. Le changement, c'est pour dans deux ans, et encore, c'est plus exactement pour dans cinq ans. Donnez-moi cinq ans, vous verrez le résultat. Certes, "je m'étais préparé", mais l'urgence était de détruire ce qu'avait fait Sarkozy, "ce sale mec". Ça n'a coûté que six milliards d'euros, ce qui est peu de choses.
L'urgence ? On verra...
La priorité aujourd'hui est d'élaborer un calendrier, on n'a plus de temps à perdre, un agenda, à l'instar de ce qu'avait fait Schröder il y a douze ans. Les réformes annoncées ? Je vais m'y mettre. Le marché du travail d'abord. Mieux protéger les salariés et soutenir les petites entreprises. Une gageure. Comment faire ? Ouvrir un dialogue social, bien sûr. Quand ? D'ici à fin 2012. Mais le financement ? On verra. Le financement de la protection sociale, ensuite. Par quelles ressources nouvelles ? Les entreprises et les ménages, évidemment. À quel terme ? Oh, d'ici à fin 2012.
L'urgence est de trouver de l'argent. Plus de trente milliards. Je vais le prendre où il est : chez les riches. Dix milliards dans les entreprises. Tant pis pour la compétitivité et pour l'investissement. Dix milliards chez les particuliers, mais je ne sais pas encore exactement selon quels critères. D'ici à fin 2012 en tout cas. Et enfin les économies. Dix milliards également. Quelles économies ? On y travaille, on trouvera la solution.
Voilà, à peine caricaturé, ce qu'on a entendu hier soir de la bouche de François Hollande, "moi, président de la République", moi qui "m'étais préparé", moi le changement, la justice, le redressement et la morale".
lundi 10 septembre 2012
@Libé : je suis jeune et je ne vous ai pas attendu pour me "barrer"
La semaine dernière le quotidien Libération a publié
une provoc', incitant les jeunes de France à "se barrer". Voici la
réponse d'un de nos nouveaux contributeurs, qui n'a pas attendu les
conseils de Libé.
La France est dirigée par une petite élite qui, sauf scandales majeurs (quelques condamnations en justice ne suffisent pas à vous faire bannir), se maintient au fil des années, parvient à conserver ses privilèges envers et contre tout et a, sur le fond, la même recette de potion magique : plus d’État, plus de moyens, plus de réglementation, plus d’intrusion dans tous les domaines de la vie des citoyens.
Je ne peux donc que partager le constat d’un pays ultracentralisé. L’État est omniprésent et s’est intéressé avant vous à la jeunesse : au-delà de l’aspect électoraliste (la jeunesse, c’est l’avenir), des mesures sont prises pour favoriser son insertion dans la société, son accès à l’emploi, son bien-être au quotidien avec des concepts surprenants à défaut d’être innovants comme les CDI à durée déterminée. Ça n’a, jusque-là, pas l’air de fonctionner, et on peut même l’expliquer assez facilement. Pour qu’un emploi se crée, il faut qu’un employeur décide d’en créer un et, pour cela (sauf si c’est l’État et qu’il dispose de ressources qu’il n’a pas à créer mais à prendre des poches des contribuables) il faut que cet emploi soit rentable, et dans la France d’aujourd’hui, c’est plutôt difficile.
Il suffit effectivement de quelques minutes dans d’autres endroits dans le monde, ou devant des statistiques économiques, pour comprendre que la France n’est pas le pays le plus dynamique. D’ailleurs, cela pourrait vous surprendre, mais les Français, jeunes et moins jeunes, ne vous ont pas attendu pour bouger. Évidemment, ce n’est pas très altruiste de partir quand on est plein d’avenir : le système français repose sur la solidarité, donc sur la redistribution de la richesse de ceux qui la créent vers les autres. Si les jeunes partent, qui paiera les retraites de nos parents ? Qui financera la protection sociale de ceux qui seront restés ? Dans votre article, comme souvent dans les médias français, il y a deux poids, deux mesures : « trop souvent, ceux qui prétendent défendre les intérêts des classes populaires en France le font sans une pensée pour les 3 milliards d’êtres humains qui vivent avec 2 dollars par jour ou moins… Ce qui, si le progressisme est encore un humanisme, est au mieux illogique, au pire rien de moins qu’immoral. » N’est-il pas immoral de ne pas avoir une pensée pour ceux qui financent leurs mesures populistes ? Ne sont-ils pas les dirigeants d’entreprise, évoqués plus haut, qui ne demandent qu’à créer, innover, réussir et attendent légitimement de s’enrichir par l’utilisation de leurs compétences et talents et leur prise de risque ?
Qu’un pays demande aux jeunes de rester ou, comme dans les pays du Maghreb que vous évoquez, de revenir plus tard, est un bon indicateur qu’il ne faut certainement pas rester et sans doute pas revenir. Votre appel au départ incite les jeunes à partir pour leurs enfants, ou pour faire bénéficier la France de leurs expériences à leur retour, et même lui apporter des solutions enfin nouvelles :
« Trop souvent encore, notre pays fonctionne en effet en vase clos, la topographie du débat public y relevant d’une curieuse forme de schizophrénie où les grands bouleversements planétaires ne donnent lieu qu’à de petits débats gaulois. Le gouffre de plus en plus béant entre la situation réelle de la France et les propositions de ses dirigeants ne sera pas comblé par d’autres que vous, qui, à force de voyages, de rencontres et de découvertes, pourrez sortir ce pays de l’abrutissement engendré par l’autarcie intellectuelle qui est la sienne depuis une trentaine d’années au bas mot. »Je vous recommande de voyager encore, pour vous ouvrir de nouvelles perspectives et sortir de ce vase clos de la pensée en France, car vous avez identifié le problème mais la solution que vous proposez repose sur les mêmes fondements.
Le système français dans son ensemble repose sur l’idée que tout le monde peut vivre aux dépens des autres via l’État, le tout avec l’accord et la collaboration de tous. Mais les jeunes de ce pays ne doivent rien à la France. Les Français ne doivent rien à la France. Les Français ne doivent rien aux Français. Partez, Français, partez, allez créer ailleurs, réfléchir ailleurs, innover ailleurs. Il en va de votre avenir ; celui de la France, ce n’est pas votre problème. Partez, cherchez des pays où vous ne vivrez aux dépens de personne et où personne ne vivra à vos dépens. Vous êtes des ânes sans oreilles, devenez des ânes sans maître.
Euro : Bienvenue en Stagflation
En lançant le mécanisme de rachat de la dette publique par la
Banque Centrale Européenne, Mario Draghi vient d'esquisser le futur de
la zone euro : le marais saumâtre de la stagflation.
Mario Draghi a parlé. La BCE imprimera ce qu'il faudra pour sauver l'illusoire monnaie unique européenne.
Pour une première analyse assez vraisemblable des conséquences, il fallait évidemment lire Contrepoints.
Les marchés financiers ont reçu la nouvelle avec champagne et cotillons ; outre-Rhin, la nouvelle est passée, disons, un peu plus difficilement.
Cela a même conduit le ministre allemand des Finances Wolfgang
Schäuble, véritable père-la-rigueur de l'orthodoxie financière, à se
fendre d'une protestation, clamant que les médias exagéraient et que le plan de la BCE ne financerait pas la dette des États :
Ce n'est pas le début d'un financement monétaire de la dette publique. Ce ne serait pas acceptable, mais ce n'est pas cela.Le fameux humour allemand, sans doute.
Examinons le nouveau mécanisme de la BCE, Outright monetary transactions (OMT):
Ce programme sera soumis à la stricte condition que les États qui souhaitent en bénéficier aient auparavant fait appel à l'aide des fonds de secours européens, le FESF, provisoire, et le MES, son futur successeur. Ce qui implique des efforts accrus d'assainissement des finances publiques de la part des pays demandeurs.Le programme sera donc ouvert à tout pays qui en fait la demande, ne demandant en gage que la mise en œuvre de mesures d'assainissement - sans aucun examen de leur efficacité - et portera sur n'importe quel montant d'emprunts sur des échéances jusqu'à trois ans. Rajoutons que rien dans sa définition n'empêche l'OMT d'être reconduit éternellement. Cerise sur le gâteau, le déclenchement pourra se faire lorsque la BCE estimera qu'il y a un écart "trop important" entre les taux allemands et les taux de tel ou tel pays selon des critères parfaitement arbitraires, et assumés comme tels.
M. Draghi a indiqué que ce nouveau programme (...) allait se concentrer sur les obligations de maturité courte et moyenne. Entre un et trois ans, a-t-il déclaré, précisant que trois ans était la maturité la plus efficace pour atteindre les objectifs.
Contrairement au scénario qui avait circulé dans la presse, la BCE ne va pas viser de niveaux spécifiques sur les écarts de taux d'emprunt (spreads) entre les États de la zone euro au-delà desquels elle interviendrait en achetant des titres de dette.
Nous n'avons pas d'objectif d'écart de taux spécifique, a déclaré M. Draghi. L'écart observé est celui entre les taux d'emprunts des pays de la zone euro et les taux d'emprunt de l'Allemagne, pays qui fait référence dans la zone.
Les hurlements de la presse allemande n'ont rien d'incompréhensible.
Toutefois, la crainte (émise par de nombreux intervenants) d'un scénario inflationniste "à la Weimar" semble selon moi prendre du plomb dans l'aile.
Non pas que l'OMT ne se mette jamais en marche. Il le sera forcément à un moment, simplement à cause de la dégradation continue de la balance des finances publiques de nombreux pays de la zone euro. Et celle-ci n'est pas près de s'arranger.
La situation d'un pays se dégradant, il appellera la BCE à l'aide, qui acceptera : il faut bien sauver l'Euro. On demandera au gouvernement du pays aidé des mesures de "rigueur" en contrepartie, qu'il s'empressera de mettre en œuvre. Parallèlement à cela, il se dépêchera de raccourcir la maturité moyenne de sa dette pour permettre à un maximum d'obligations de passer sous la barre des trois ans permettant à la BCE de les monétiser.
Nous aurons donc un mélange de "rigueur" et de "planche à billets".
Lorsque des gouvernements font face à des difficultés financières, ils ont deux manettes à disposition : tenter de diminuer les dépenses, ou tenter d'augmenter les recettes (la procrastination n'est plus une option, crise de la dette oblige). En réalité, ils tentent au mieux 20% de l'un et au moins 80% de l'autre, pour d'évidentes raisons de clientélisme politique. Et comme nous le montre l'exemple d'Hydra en Grèce, nous avons atteint les limites du système : l’État n'est de plus en plus qu'un outil de matraquage fiscal pur, une main de fer sans gant de velours.
Un peu partout sur le continent, les impôts ont dépassé les limites du supportable et deviennent carrément contre-productifs, mais les experts aux manettes n'en ont cure. Un retour sur impôt décevant provoquera au pire une petite gêne auprès d'un ministre - rassurez-vous, pas de quoi lui couper l'appétit - et certainement pas une remise en cause de sa stratégie.
Le résultat est tout de même au rendez-vous : les faillites s'enchaînent, les chômeurs s'accumulent, les rentrées fiscales s'étiolent.
En deux mots : Adieu, croissance.
Or, pour qu'il y ait hyper-inflation, il faut un minimum de croissance. Les beaux billets neufs crachés par des imprimantes en surchauffe doivent bien terminer quelque part, mais où aller lorsque rien ne bouge ? Ceux-là n'entrent qu'au compte-goutte dans un circuit économique anémié. Ils finissent dans quelques bulles immobilières absurdes, en art contemporain ou autres impostures, mais rien qui ne fasse "tourner" l'économie, même selon les dogmes keynésiens.
Aussi, nous allons plutôt entrer dans le marais saumâtre de la stagflation :
La stagflation est la situation d'une économie qui souffre simultanément d’une croissance économique faible ou nulle et d'une forte inflation (c’est-à-dire une croissance rapide des prix). Cette situation est souvent accompagnée d'un taux de chômage élevé.
On dirait presque la carte de visite de la zone euro.
L'inflation n'est pas encore "forte" mais elle monte gentiment - alors même que la monétisation officielle de la dette n'a pas encore commencé. Quant à la croissance faible et au taux de chômage élevé, c'est carton plein.
Le Japon connaît bien la stagflation, il s'y débat depuis vingt ans. Ceci dit, les différences culturelles entre les deux entités (ne serait-ce qu'entre la "diversité" européenne face à "l'uniformité" japonaise) ne permettent pas de tracer tous les parallèles souhaitables. La longue stagflation japonaise a ainsi été accompagnée d'un chômage plutôt faible eu égard aux standards européens, et de peu de troubles de l'ordre public.
Entre l'explosion régulière des banlieues, les mouvement sociaux violents et les divergences fondamentales entre États européens sur la conduite à tenir, la stagflation made in Europe risque d'être un poil plus sportive. Qu'on imagine seulement ce que deviendrait la France si on devait fermer le robinet des subventions...
Toutes choses étant égales, la stagflation semble évidemment un meilleur scénario qu'une inflation à trois ou quatre chiffre dans la ligne de celle de la République de Weimar et de ce à quoi elle a mené. Mais c'est aussi le choix d'une mort lente.
En lançant le mécanisme de rachat de la dette publique par la Banque Centrale Européenne, Mario Draghi vient d'esquisser le futur de la zone euro : elle ne s'effondrera pas d'un coup, non. Elle s'enfoncera dans une apathie désagréable et sans espoir, vraisemblablement pour de nombreuses années. En fait, aussi longtemps que les Allemands le supporteront.
Les "banques du temps" : une échappatoire à l'impôt ?
Phénomène en pleine expansion en Espagne, les "banques du
temps" permettent à ses utilisateurs d'échapper complètement à l’impôt
et aux diverses règlementations.
Alipio, un espagnol un peu baba cool et au demeurant fort
sympathique, pense que la crise qui frappe si durement l’Espagne est
l’occasion d’un retour à la terre et veut donc créer une coopérative agricole autonome [1].
Pour ce faire, il a réuni une petite équipe – composée notamment de
María, une architecte au chômage et d’Alberto, un comptable qui a du
temps libre – qui accepte de l’aider gratuitement à donner vie à son
ambitieux projet. Quoique « gratuitement » n’est peut être pas tout à
fait le bon terme : Alipio paye les membres de sa petite équipe mais il
ne les paye pas en euros ; il les rémunère en temps. En effet, Alipio,
María et Alberto ne sont pas de vieux amis – il y a quelques mois encore
ils ne connaissaient pas ; ils se sont rencontré sur un site
communautaire d’un genre nouveau : Comunitats.org.
« Notre monnaie à nous, ce n’est pas l’argent. »
À vrai dire et sans vouloir aucunement dévaloriser l’initiative des créateurs de Comunitats, les banques du temps n’ont pas grand-chose de nouveau. Plusieurs systèmes parfaitement analogues ont vu le jour un peu partout dans le monde sous des noms différents. En France, par exemple, les banques de temps se sont développées à partir des années 1990 : on appelle ça un Système d'échange local (SEL) et il y en aurait pas moins de 300 qui continuent à fonctionner sur l’ensemble du territoire. La plupart de ces petites communautés d’échange ont été fondées par des gens qui, à l’image d’Alipio, María et Alberto, souhaitaient abandonner un modèle économique qu’ils jugeaient inhumain – le capitalisme et l’économie de marché – et le remplacer par un système d’échange qui n’est pas sans rappeler furieusement les utopies socialistes du XIXème siècle. Ce fut notamment le cas du premier d’entre eux, créé en Ariège fin 1994 : comme María aujourd’hui, ses membres affirmaient sans doute avec une pointe d’espoir mêlée d’orgueil que « notre monnaie à nous, ce n’est pas l’argent ». [2]
C’est vers la fin de ces mêmes années 1990 que j’ai entendu parler pour la première fois des SEL. Ce n’était pas dans un article altermondialiste ni au journal de 13h mais lors d’un cours d’économie où mes camarades d’université et moi-même étudions les questions monétaires. À l’époque, pour ceux de nos professeurs qui s’étaient spécialisés dans ce domaine ô combien ardu, la création des premiers SEL était une source d’excitation intarissable et un sujet d’étude prioritaire. Il faut dire que cette agitation était bien compréhensible : ce que nos professeurs avaient parfaitement compris, contrairement aux fondateurs des SEL eux-mêmes [3], c’est que les unités de temps que s’échangeaient les membres de ces systèmes n’étaient rien d’autre que des monnaies, des monnaies privées, des monnaies parallèles créées dans la plus parfaite illégalité au nez et à la barbe du législateur mais des monnaies à part entière. Aussi improbable que cela puisse paraître, les créateurs des SEL, alors qu’ils pensaient avoir réalisé une forme d’utopie socialiste, avaient donné vie au vieux rêve de bien des économistes libéraux.
Une monnaie, c’est un bien physique ou virtuel qui remplit trois fonctions : c’est un intermédiaire général des échanges qui nous permet de dépasser les nombreuses difficultés techniques que pose le troc, c’est une réserve de valeur qui nous permet de différer nos dépenses dans le temps et c’est une unité de compte qui nous permet d’exprimer la valeur des biens et des services sur une échelle commune. Les francs, comme que le sel (i.e. chlorure de sodium) qui servait à payer les soldes des légionnaires romains ou le riz avec lequel on versait celles des samouraïs remplissaient ces trois fonctions et étaient donc, de plein droit, des monnaies au même titre que nos euros actuels. Fort de cette définition, considérez maintenant les unités de temps qui sont créditées ou débitées des comptes de nos amis espagnols : elles leur permettent d’échanger des biens et des services entre eux, elles conservent leur valeur dans le temps et servent d’unité. Ce sont des monnaies, des monnaies virtuelles qui, exactement comme nos euros modernes, n’ont de valeur que parce que leurs utilisateurs ont confiance en leur pouvoir d’achat.
De l’État-providence à l’État-gendarme, il n’y a qu’un pas…
Ce n’est un mystère pour personne : le succès des banques de temps tient au simple fait que, leurs monnaies n’étant pas officiellement reconnues comme telles par l’État espagnol, les utilisateurs échappent complètement à l’impôt et aux diverses règlementations. Lorsque vous vendez un service payé en unités de temps, vous ne facturez aucune TVA, vous ne serez pas assujettis à l’impôt sur le revenu et vous pouvez tout à fait travailler pour un taux horaire inférieur au salaire minimum imposé par la loi. Si quelques dizaines de milliers d’espagnols ont jugé bon de participer au développement des banques de temps, c’est essentiellement que l’économie officielle – celle qui est taxée et réglementée – ne leur offrait aucune autre option que le chômage. Autrement dit et au risque de choquer les plus sensibles d’entre nous, il y a deux économies en Espagne : l’officielle, celle qui est administrée par l’État et qui est en chute libre et l’officieuse, celle qui s’est développée sans l’État et même en dépit de lui qui explose et pèse désormais près d’un bon quart du PIB officiel.
Les cyniques et les libéraux déduiront sans doute de ce qui précède que la survie des banques de temps ne tient plus qu’à un fil. Tôt ou tard, l’État espagnol – comme l’État français il y a une vingtaine d’année – cherchera à remettre la main sur cette économie parallèle qui a le front de se développer sans ses bons services et surtout, sans s’acquitter de l’impôt. On voit déjà quelques économistes – qui se trouvent être par ailleurs fonctionnaires – s’alarmer de la dangerosité de cette économie informelle qui réduit les recettes fiscales de l’État et donc sa capacité à gaspiller l’argent des contribuables. Plus sérieusement, on comprendra la multitude des petits artisans espagnols qui, écrasés d’impôts et de réglementations, doivent en plus subir la concurrence forcément déloyale d’une véritable économie de marché. La reprise en main fiscale n’est qu’une question de temps : de l’État-providence à l’État-gendarme, il n’y a qu’un pas et il est vite franchi.
Oh bien sûr, me direz-vous, il suffirait au gouvernement de Madrid de taxer les revenus payés en unité de temps au même taux et sur la même assiette que ceux qui sont rémunérés en euros. Détrompez-vous : c’est beaucoup plus complexe que ça ! Si le gouvernement espagnol devait un jour étendre ses filets fiscaux à cette économie réputée informelle, cela reviendrait ipso facto à reconnaître officiellement que les unités de temps sont bel et bien ce qu’elles sont : des monnaies concurrentes de l’euro. Or ça, voyez-vous, aucun gouvernement ne peut le souffrir parce qu’admettre l’usage d’une monnaie autre que celle de l’État c’est priver ce dernier de son instrument fiscal absolu : le monopole monétaire.
Ultima Ratio Regum
Je ne doute pas un instant, ô lecteurs, que ces choses de la vie vous sont familières mais une petite piqûre de rappel ne peut pas faire de mal. Lorsqu’un État est endetté – c'est-à-dire qu’il a durablement dépensé plus qu’il ne collectait d’impôts – il est naturellement tenté d’user de son pouvoir souverain pour envoyer paître ses créanciers. Techniquement, cela ne pose aucune difficulté [4] et la banqueroute (i.e. le défaut de paiement dit-on aujourd’hui) est un usage largement répandu chez les princes dispendieux. Néanmoins, ces derniers s’exposent alors à deux désagréments majeurs : le premier, c’est qu’ils devront se passer de créancier pendant quelques décennies ; le second, c’est que lorsque ses sujets réaliseront qu’en ultime analyse, les marchés financiers qu’ils vouaient si volontiers aux gémonies c’était eux, ils risquent d’avoir quelques difficultés à avaler la pilule. Mais le génie créatif de l’administration fiscale n’ayant pour ainsi dire pas de limite, nos gouvernants se sont dotés d’une arme qui règle définitivement le problème : le monopole monétaire et son corollaire naturel, l’inflation.
Le monopole monétaire, bien plus que l’artillerie, c’est l’ultima ratio regum, l’argument ultime des rois. Si, par hypothèse, le prince s’est engagé à rembourser un certain nombre d’euros selon un échéancier fixé à l’avance, il peut tout à fait réduire la valeur réelle de sa dette tout en honorant ses obligations : il lui suffit de réduire la valeur des euros. Pour ce faire, il n’a besoin que de deux instruments : une monnaie dont il contrôle la production et un dispositif légal qui interdit à quiconque, sur son territoire, d’utiliser une autre monnaie – i.e. le cours légal de la monnaie. Une fois en place, il suffit de dévaluer la monnaie en augmentant la teneur en bronze des pièces en or ou en faisant tourner la planche à billet – cela dépend des époques. L’opération permet non seulement de rembourser vos créanciers en monnaie de singe et de pomper la richesse réelle des épargnants en toute discrétion [5] mais offre aussi l’immense avantage de n’être visible du commun des mortel qu’au travers d’une hausse généralisée des prix… qui sera fort opportunément mise sur le dos des commerçants, banquiers et autres spéculateurs.
C’est là la principale vertu de l’euro (peut-être même la seule) : nos gouvernants n’ayant plus d’accès direct à la planche à billet, ils sont obligés de nous fiscaliser de manière relativement transparente. Sauf que, par les temps qui courent et au vu de la situation financière des États européens, l’hypothèse d’un grand mouvement d’inflation de l’euro ou d’une explosion pure et simple de la zone du même nom (suivie d’une dévaluation massive des monnaies qui en résulteraient) se fait de plus en plus probable. Nos très dispendieux gouvernements ont donc, plus que jamais au cours de la dernière décennie, toutes les incitations du monde à préserver leur monopole monétaire. Nous allons donc très prochainement assister à une reprise en main des banques de temps espagnoles ; Alvaro, Teresa, Alipio, María et Alberto se verront expliquer – à leur plus grande surprise – que leur petite expérience ultralibérale manque cruellement de patriotisme fiscal. Comunitats fermera ses portes ou verra son domaine d’activité sévèrement restreint et nos amis espagnols pourront goûter encore un peu plus aux délices du chômage de masse et de l’appauvrissement généralisé sous perfusion étatique.
Notes :
- Cet exemple est tiré d’un reportage diffusé par Arte en début d’année (Tabea Tiesler, René Gorski et Robert Bohrer, Espagne : des banques de temps communautaire). ↩
- Si cette distinction sémantique entre argent et monnaie vous perturbe, rassurez-vous : vous n’êtes pas le seul. ↩
- À l’exception, peut-être, de M. Franck Fouqueray qui avait créé un système équivalent au Mans en 1990 (Troc Temps) mais se gardait bien de parler d’autre chose que de troc. ↩
- On rappellera ici et fort opportunément que l’État, par définition, contrôle la police et l’armée ; les marchés financiers ? Combien de divisions ? ↩
- Puisque ces derniers n’ont pas d’autre choix que de conserver leur épargne dans la monnaie de l’État. ↩
- La banque du temps autre méthode
Le lobbying à la papa, c’est maintenant !
Les promesses n’engagent que ceux qui y croient, c’est
désormais entendu. Mais elles donnent quand même une réponse à la
question : pour qui roule le Président ?
Je conseille à tout le monde de se replonger régulièrement dans le désormais mythique « projet présidentiel #FH2012 » du candidat Hollande.
Avec le recul, on peut discerner également des ambitions très forte. Par exemple, quand on lit la promesse 43 : « Je lancerai un vaste plan qui permettra à 1 million de logements par an de bénéficier d’une isolation thermique de qualité.», on a tendances à se demander : « qui va payer » ? Mais peut-être que la bonne question serait : « qui va encaisser ? ».
On sait qu’en France, Saint Gobain a réussi à faire croire à bon nombre de personnes que la seule façon de réduire notre consommation d’énergie, c’est de refaire son isolation. Et on sait également que ladite isolation, bien que très chère, n’a pas encore vraiment démontré sa capacité à faire des économies. D’ailleurs, les isolants en couche mince, que Saint Gobain ne commercialise pas, sont moins souvent recommandés dans les régulation et normes diverses, à efficacité supérieure avérée… Bizarre. Ce que l’on sait moins, c’est que le conseiller à l’énergie de François Hollande n’est autre qu’Olivier Lluansi qui n’est autre que l’un des dirigeants de… Saint Gobain! Saint Gobain sur le site duquel il apparait toujours dans la rubrique « Equie dirigeante ».
Deux question se posent à nous : est-il l’inspirateur de la proposition 43 (très, très, TRES couteuse en bon gros argent public) ? Est-il encore salarié de Saint Gobain ? En effet, nommé le 22 mai 2012, il a résisté à la mise à jour du site de Saint Gobain qui est du 10 juin…
Les gros sous pour les copains, c’est maintenant ?
La BCE indépendante est morte
Le programme de rachat de dette annoncé par Mario Draghi
signe la soumission de la Banque centrale européenne au pouvoir
politique, s’insurge la presse allemande, qui s’inquiète d’une dérive de
la politique monétaire en Europe.
François Hollande a marqué hier sa grande rentrée sur TF1 en démontrant qu'il avait bel et bien endossé les habits et les responsabilités de président. Sérieux, presque austère, il a montré qu'il était le patron, qui « fixe un cap », parlant à la première personne d'ambition, d'assumer, de responsabilité : « ce que j'ai dit doit être la règle ». Travaillant à sa nouvelle stature, il a surtout veillé à tenir un discours rassembleur, sans montrer du doigt les mauvais élèves. Insistant sur les termes de combat ou de bataille, il a appelé à l'effort de tous, notamment en terme d'impôts, au patriotisme, à l'exemple, à la responsabilité des partenaires sociaux pour négocier vite. Se montrant ferme avec la menace du bâton de l'État, mais aussi rassurant, il a distribué les propos aimables pour les chefs d'entreprises, évoquer la priorité à la sécurité. Il a même un agenda pour fin 2012, puis 2014 et même un objectif 2017 ! Le programme est confirmé, malgré la croissance revue à la baisse et le chômage en hausse, les efforts à faire pour les ménages ou les administrations. Et les réformes, fiscales, du financement de la protection sociale et du marché de l'emploi n'ont pas été masquées. Pas de vraie annonce donc, l'objectif n'était pas là, mais plutôt l'affirmation d'un leadership réaliste, serein, comme pour démonter toutes les récentes critiques. C'était donc bien la rentrée, le prof veut montrer qu'il connaît son boulot, les devoirs s'amoncellent déjà et l'année s'annonce longue avec un programme chargé, sans qu'on en voie le bout. Il va vraiment falloir qu'il explique bien, parce que les leçons vont avoir du mal à rentrer si les bonnes notes n'arrivent pas bientôt.
RIEN DE NEUF, LA NULLITUDE
C'EST MAINTENANT
Combien de fois n’a-t-on souligné qu’il a été élu autant par rejet de Nicolas Sarkozy que par adhésion à sa personne et à son projet. Très logiquement, il n’a bénéficié d’aucun état de grâce, les Français se faisant peu d’illusions sur la solidité de son projet et de sa majorité pour résister aux assauts d’une crise dont la facture s’est sacrément alourdie depuis le 6 mai. Et s’alourdit encore, l’hypothèse de croissance étant revue à la baisse pour 2013.
La seconde explication tient à sa méthode – gouverner dans la durée – qui prend des allures d’impuissance, voire d’inaction, lorsque se déversent, sans discontinuer depuis son élection, des avalanches angoissantes de statistiques et de plans sociaux. Nécessaires aux acteurs pour s’approprier des décisions douloureuses, les négociations peuvent vite devenir contre-productives. François Hollande en a conscience, qui presse les partenaires sociaux de conclure en quelques mois.
Enfin, ces multiples concertations contrastent avec la réactivité sarkozienne, quelle que fut son efficacité. Elles impatientent l’opinion et déclenchent la fronde de médias pour qui la politique doit offrir son lot quotidien de surprises et autoriser un bilan au bout des quatre premiers mois d’un quinquennat qui en compte soixante. Ce n’est évidemment pas le travail présidentiel, obscur et dilué, pour sauver l’euro par exemple, qui offre un spectacle croustillant !
En appeler au pays tout entier
François Hollande est donc coincé entre une méthode, qui trouve sa justification, et une urgence accrue au fil des semaines. Faute d’avoir su, au lendemain de son élection, se dépasser pour en appeler au pays tout entier, il est contraint de le faire à retardement, en essayant de ne pas se renier sur le fond des promesses ni sur la manière de les appliquer.
Pour s’en sortir, il lui fallait répondre à plusieurs questions. Au risque d’apparaître à la remorque des événements, allait-il annoncer de nouvelles mesures ? En dehors de quelques précisions, il s’en tient à la logique de son programme de campagne, mais alourdi par le ralentissement de la croissance.
Pour concilier traitements de fond et urgences de la crise, allait- il accélérer le rythme des décisions ? Oui, pour dire que toutes les grandes réformes – fiscalité, flexibilité et sécurité de l’emploi, banque publique d’investissement… – seront engagées avant la fin de l’année pour permettre le redressement du pays en deux ans et pour inverser la courbe du chômage d’ici un an.
Allait-il dire qui allait payer la facture ? Pas davantage qu’hier, mais sans cacher le montant de la douloureuse, laissant le soin au Parlement de réformer la fiscalité et aux partenaires sociaux celui de trouver des compromis.
Quand on a annoncé, durant la campagne, tout ce que l’on ferait pendant cinq ans, ce n’est pas dans le factuel qu’il faut chercher l’originalité de cette intervention télévisée. En revanche, François Hollande s’est voulu convaincant pour montrer qu’il tenait les manettes, pour reconnaître qu’il y avait un problème de compétitivité et pour appeler à la mobilisation très audelà de son électorat.
On attend la traduction concrète de cette inflexion.
QUELQUES RÉACTIONS :
Hollande poursuit dans le cinéma et il continu dans la médiocrité. Hollande est l'homme de l'appauvrissement des français et de la fuite des investisseurs et des industriels, Il incarne le pire de la nullité. Deimos
Le plus vite possible sera le mieux
MÊME LIBÉ N'Y CROIT PAS !
François Hollande a annoncé ce dimanche soir une «accélération» des réformes pour «inverser la courbe du chômage d'ici un an» en fixant un «agenda du redressement» sur deux ans. «Je dois fixer le cap et le rythme, a-t-il déclaré au début d'une interview accordée au journal de 20 heures de TF1. Vous me dites il faut accélérer, j’accélère.» En plus des emplois d'avenir et du contrat de génération, largement évoqués durant la campagne, le Président a insisté sur deux propositions nouvelles. Une grande réforme du marché du travail, pourqu'il soit à la fois «plus souple et plus protecteur». Les partenaires sociaux devront se mettre d'accord d'ici la fin de l'année sinon «l'Etat prendra ses responsabilités». Et une réforme du financement de la protection sociale pour que ce ne «soient plus les salaires qui soient les seules bases» du prélèvement. Sur ce sujet, François Hollande a précisé que la CSG «peut faire partie de la discussion», mais que ce n'était pas la seule piste. Sur ces deux dossiers, le chef de l'Etat souhaite une mise en application en 2013.
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| Mr nullitude au pouvoir ? |
«Pas d'exception» à la tranche d'impôt à 75%
Concernant la croissance, il a déclaré avoir demandé au gouvernement d'établir le projet de loi de finances 2013 en fonction d’une prévision de croissance «réaliste», «sans doute 0,8%» après une croissance «à peine supérieure à zéro» cette année. Pour tenir l'objectif de réduction du déficit, il a annoncé 10 milliards d'économies dans les dépenses et confirmé que les impôts augmenteraient l’an prochain de 10 milliards d’euros pour les ménages et de 10 milliards d’euros pour les entreprises: «On va demander 10 milliards d’euros aux ménages, aux plus favorisés notamment», a-t-il précisé. Cela passera notamment par un gel du barème de l’impôt sur le revenu (sauf pour les deux premières tranches), par l’alignement de la taxation des revenus du capital sur celle des revenus du travail et par la fameuse taxe exceptionnelle sur la part des revenus dépassant un million d’euros, prévue pour deux ans et qui ne souffrira, a assuré le Président «pas d'exception».Bernard Arnault «aurait dû bien réfléchir»
Interrogé sur la polémique née après la demande de Bernard Arnault d'obtenir la nationalité belge, François Hollande a estimé que le président de LVMH «aurait dû bien réfléchir à ce que signifie demander une autre nationalité. [...] Je pense qu'il faut appeler au patriotisme dans cette période.» «Je note, a poursuivi le Président, que Monsieur Arnault a dit lui-même qu'il prendrait sa part. Donc ce n'est pas la mesure des 75% (la tranche d'impôt supérieure pour les très hauts revenus) qui est en cause.»Cette intervention télévisée conclut une semaine de rentrée chargée où le président s'est exprimé à plusieurs reprises sur fond de sondages peu flatteurs pour l'exécutif - hier encore, 59% des personnes interrogées s'estimaient «plutôt mécontentes» des débuts du quinquennat selon une enquête BVA pour le Parisien. Vendredi, devant la Cour des comptes, François Hollande avait notamment réaffirmé son engagement à tenir les objectifs budgétaires, maintenant le cap de la rigueur et l'objectif de ramener le déficit sous les 3%. «Ce sera l’effort budgétaire le plus important consenti depuis trente ans», a-t-il prévenu.


















