TOUT EST DIT

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dimanche 26 février 2012

Le paysage français, grand oublié des politiques d'urbanisation

Comme souvent, ce soir-là, Nicolas Sarkozy n'a pas fait dans la demi-mesure. Lors de son intervention, retransmise simultanément sur dix chaînes de télévision, dimanche 29 janvier, le président de la République annonçait son intention d'augmenter de 30 % les droits à construire sur "tout terrain, toute maison, tout immeuble". "Cela va donner un travail formidable à toute l'industrie du bâtiment, expliquait-il. Deuxièmement, cela va augmenter considérablement le nombre de logements, donc cela fera pression sur les prix. Et enfin les prix de l'immobilier à l'achat, à la vente, et les prix à la location vont pouvoir baisser."

Martingale immobilière propre à satisfaire tout le monde ? Avant d'être adopté le 22 février par l'Assemblée nationale, le projet de loi a déclenché l'hostilité d'une grande partie du secteur. Les promoteurs promettent une flambée du prix des terrains, les agents immobiliers redoutent une désorganisation du marché, les constructeurs de logements sociaux s'estiment oubliés. Quant aux maires, chargés d'instruire les permis de construire et d'établir les plans locaux d'urbanisme, ils voient leurs pouvoirs entaillés par le nouveau texte.
Surtout, la loi semble passer sous silence un des aspects essentiels de la construction en France : le paysage. Si les années 1950 à 1970 ont été celles des grands ensembles, les trois dernières décennies ont vu le triomphe de la maison individuelle, qui représente aujourd'hui les deux tiers de la production de logements en France. Les tours et les barres des cités abîmaient les paysages du val de Seine ou les hauteurs marseillaises. Dorénavant, lotissements et maisons isolées colonisent, partout en France, vallées et coteaux, plaines et forêts. Les identités des communes s'effacent, leurs contours se floutent. Les enseignes commerciales défigurent les entrées des villes. Ce n'est plus la campagne, ça ne sera jamais la ville. Néant urbain ou néant rural, au choix.
L'ESPACE, "UNE RESSOURCE NON RENOUVELABLE"
Certes, le projet de loi exclut du dispositif toutes les zones préservées au titre du patrimoine naturel, comme d'ailleurs celles inscrites au patrimoine historique. Mais, hors de ces terres sauvegardées, quel effet la mesure aura-t-elle sur le paysage ? Peut-elle ralentir son mitage ou risque-t-elle de l'accélérer ? A quelle situation vient-elle répondre ? Sur quels principes s'appuie-t-elle ? A cette dernière question, Benoist Apparu, ministre délégué au logement, a une réponse assez simple : "Nous ne voulons plus consommer d'espace naturel, nous ne pouvons pas continuer à consommer de l'espace agricole et il nous faut construire davantage de logements, donc il faut densifier."
Densifier : le grand mot est lâché. Il y a dix ans, le terme aurait fait hurler le pays à l'unisson. A l'exception de quelques urbanistes, chacun réclamait "de l'air". Créer des espaces verts dans les villes, abattre des tours dans les banlieues, fluidifier la circulation pour rapprocher les périphéries du centre, étendre les bourgs... "Aujourd'hui, chacun constate les ravages du paradoxe français qui veut que l'on consomme plus d'espace que tous nos voisins mais que l'on manque toujours cruellement de logements, explique le paysagiste Bertrand Folléa. On "artificialise" 60 000 à 70 000 hectares chaque année, essentiellement des terres agricoles. Cela correspond à un département français tous les sept à dix ans. Par comparaison, l'Allemagne consomme 20 000 à 30 000 hectares. Les Français voulaient des maisons individuelles ? On a fait le choix de l'étalement urbain, en oubliant que l'espace était une ressource non renouvelable."
Pour comprendre comment on en est arrivé là, Bertrand Folléa avance plusieurs explications. D'abord, "le mythe du petit château" : "On a voulu démocratiser le modèle bourgeois sans voir qu'en changeant d'échelle, on changeait de modèle." Puis la poursuite d'une organisation urbaine héritée du Moyen Age. "Des centre-villages très denses, très lisibles, et autour les terres agricoles qui nourrissaient les hommes. Quand l'agriculture est devenue moins essentielle, on a construit sur ces terrains de façon peu dense..."
Michel Lussault, professeur de géographie urbaine à l'Ecole normale supérieure de Lyon, va plus loin, et pointe la "culture urbano-sceptique nationale et la mythologie campagnarde". "En Italie, la città est partout. La plus petite des cités est urbaine. En France, c'est l'inverse, même certaines grandes villes sont campagnardes. Tout est "villageoïsé". Regardez nos présidents, tous ou presque ont mis en avant leur attache villageoise."
Son collègue de l'ENS, l'historien Jean-Luc Pinol, ajoute la dimension "mortifère" longtemps associée aux villes : "La densité provoquait la transmission des miasmes, on enviait Londres avec ses maisons de trois étages parce qu'elle était moins dense que Paris. D'ailleurs, au cours du XXe siècle, la population parisienne n'a fait que diminuer, passant d'environ 3 millions à 2 millions d'habitants. D'abord entre les deux guerres, où l'on a construit des pavillons dans la petite couronne, souvent à faible prix. Puis avec l'édification des cités-dortoirs et des grands ensembles. Enfin avec les lotissements bâtis hors des villes."
UN AMÉNAGEMENT POUR ET PAR LA VOITURE
L'architecte-urbaniste David Mangin a parfaitement analysé ce dernier phénomène dans son livre La Ville franchisée. Les vieux mythes, la tradition, l'Histoire se sont vus embarqués dans une révolution technologique : l'avènement de l'automobile. "Ça a tout changé : les modes de vie, les bâtiments, l'organisation urbaine, mais aussi l'économie, les services et évidemment les paysages." Missionné par la Ville de Nice pour réaménager la plaine du Var, il a cartographié l'espace. "Plus de 40 % de ce paysage sublime est occupé par la bagnole : parkings de l'aéroport ou de supermarchés, loueurs, garages, casses. C'est insensé." Une situation extrême, reconnaît-il. Mais le tout-venant, s'il est moins spectaculaire, relève de la même logique.
Un paysage réaménagé pour et par la voiture. Avec d'abord le réseau routier. Ce maillage de voies rapides qui, selon Charles Pasqua, ministre de l'aménagement du territoire entre 1986 et 1988, allait mettre "tout à moins de vingt minutes d'une autoroute". Puis la maison individuelle, qui depuis trente ans représente les deux tiers des logements construits. "Les grands ensembles avaient échoué, mais les maires avaient besoin de sauver les écoles et les services. Alors on a construit des lotissements, des sortes de grands ensembles à plat, monofonctionnels. Les parents conduisent leurs enfants à l'école en voiture, la prennent pour aller chercher le pain. C'est anti-écologique au possible, mais on est près de la nature... Tout ça avec la bénédiction des pouvoirs publics qui voulaient se désengager du logement collectif."
Troisième maillon de la chaîne, la grande distribution. Les terrains étaient bon marché, le bassin de population avait crû : "Les grandes enseignes ont saisi l'occasion, nourries par une conviction venue des Etats-Unis : no parking, no business. Et ils ont calibré le parking pour le samedi après-midi de Noël. Avec les rocades de contournement, la grande surface est effectivement accessible de partout. On tue ainsi les centres-bourgs, on défigure les entrées des villes, on pousse à la construction de nouvelles maisons qui attireront de nouvelles grandes surfaces. Un cercle vicieux mais qui satisfait beaucoup de monde. Y compris les paysans, car un terrain agricole qui devient constructible voit sa valeur exploser. Et c'est vrai partout en France." Schéma, cartes et photos à l'appui, David Mangin démontre ainsi comment, des alentours de Dinan, en Bretagne, à ceux de Chalon-sur-Saône, en Bourgogne, entre les années 1960 et les années 1990, le rural a fait place au rurbain.
LA MAISON "AVEC SON PETIT JARDIN AUTOUR"
La faute à la maison individuelle ? Economiste et directeur de recherche au CNRS, Vincent Renard réplique avec vigueur : "Je n'aime pas ce mépris, ce racisme, presque, envers ceux qui se font construire une maison individuelle. Le problème ce n'est pas la maison, c'est le système." Jean Attali, philosophe et professeur d'urbanisme à l'Ecole nationale d'architecture de Paris-Malaquais, renchérit : "Lorsque mes amis architectes critiquent la maison individuelle, il y a un léger biais qu'ils omettent de signaler, à savoir que ce marché leur échappe très largement. En France, le recours à un architecte n'est obligatoire qu'à partir de 170 m2. Je suis donc toujours un peu mal à l'aise quand je les entends prendre pour cible la maison individuelle." David Mangin, lui-même, affine le tir : "Ce n'est pas à la maison individuelle que j'en veux, c'est au lavage de cerveau des promoteurs qui ont réussi à ancrer dans la tête des Français que la seule solution était la maison "péripatéticienne" : isolée, sur une butte, avec son petit jardin tout autour."
L'urbaniste Philippe Panerai poursuit : "Les Hollandais ou les Anglais ont fait eux aussi le choix de la maison individuelle, mais avec une autre histoire, une autre organisation. Les Hollandais, qui avaient gagné leur terrain sur la mer, ne pouvaient pas le gaspiller ; les Anglais disposaient d'un produit industriel, rationnel, typé, et n'étaient pas propriétaires de leur terre. Les maisons ont donc été placées côte à côte, avec des jardins derrière, une solution beaucoup plus économe en espace."
Economiser l'espace. Longtemps inaudible en France, cette idée a peu à peu fait son chemin. Dans les travaux des chercheurs et les réflexions des paysagistes, d'abord. Puis, depuis dix ans, dans les lieux de débats institutionnalisés, comme le Grenelle de l'environnement ou lors de la compétition sur le Grand Paris. "On a pris conscience du coût économique, social, environnemental de l'étalement urbain, analyse Jean Attali. En termes de mobilité, de saturation des transports collectifs, d'embouteillages, de dégâts environnementaux. Les habitants eux-mêmes, qui rêvaient d'un mode de vie meilleur, proche de la nature, en perçoivent aujourd'hui les nuisances."
Vincent Renard abonde dans ce sens: "On a subi le contrecoup de la politique des grands ensembles, pas encore celui des lotissements. Mais avec la crise économique et l'augmentation du prix de l'essence, qui n'en est qu'à ses débuts, le piège est en train de se refermer. Et certains commencent à le voir." "Surtout, la hausse des prix a figé le système et touche maintenant tout le monde, dit dans un sourire David Mangin. Tant que les pauvres étaient les seuls à en souffrir, rien ne se passait. Aujourd'hui, même les cadres supérieurs ont du mal à loger leurs enfants. Appelons ça une prise de conscience..."
DENSIFIER
Les urbanistes ont donc proposé leurs modèles. Les uns rêvent d'un retour à la ville ancienne et à la marche à pied, les autres inventent de nouvelles circulations et plaident pour une "ville fluide". Dans le sillage du Hollandais Rem Koolhass, d'autres encore appellent à se libérer des contraintes réglementaires et à faire confiance au génie des architectes pour restructurer la cité. Enfin les derniers, comme Bertrand Folléa et sa femme Claire Gautier, tentent d'inventer une "ville durable".
Tous semblent toutefois partager dorénavant une conviction, presque un mot d'ordre : il faut densifier. Densifier les centres-villes, même si les terrains à bâtir manquent cruellement. Des usines, des casernes, des hôpitaux trouvent alors de nouvelles fonctions. "Il y a vingt ans, la biscuiterie Lu de Nantes aurait été rasée, constate l'écrivain Jean-Christophe Bailly, professeur à l'Ecole nationale supérieure de la nature et du paysage de Blois. A la place, on aurait construit un parking ou un supermarché. Au mieux un espace vert. La municipalité a choisi d'en faire un pôle artistique, Le Lieu unique. Comme quoi tout n'est pas perdu." Densifier les grands ensembles aussi, "car, contrairement aux idées reçues, les grands ensembles sont peu denses du fait des règles d'espacement entre les bâtiments, des parkings, des pseudo-espaces verts", poursuit Jean-Christophe Bailly.
Plutôt que céder à la mode de la destruction pure et simple de tours ou de barres, urbanistes et architectes proposent de les remplacer par des unités plus petites, d'y adjoindre des commerces, d'y ramener des professions libérales. Rennes, Grenoble ou Strasbourg ont emprunté ce chemin. Densifier en déqualifiant des voies rapides en villes pour libérer du foncier, ou en profitant de nouvelles techniques plus sûres pour construire en zone inondable. "Mais rien n'est simple, avertit David Mangin. Le hangar que vous voulez détruire pour créer des logements peut cacher la seule entreprise innovante de la ville. Ce sont toujours des opérations complexes, délicates, longues, qui imposent de négocier."
LE RÔLE DES HABITANTS
Et les 30 % chers à Sarkozy, dans tout ça ? Une mesure "électoraliste", "brutale", "démagogique", affirment en choeur tous nos interlocuteurs. "Peut-être pourrait-elle faire sens dans un ensemble qui reverrait le système de planification, qui imposerait les terrains sur leur valeur réelle, qui confierait les permis de construire aux communautés de communes ou aux agglomérations plutôt qu'aux maires, soupire l'économiste Vincent Renard. Mais seule, elle est absurde."
Pourtant, presque tous reconnaissent à la proposition deux mérites : celui de mettre le doigt sur un des maux de notre époque, ce que le géographe Michel Lussault nomme "la procéduralisation de la ville", ce maquis de lois, de règlements, de contraintes qui finit par étouffer toute dynamique urbaine. Et également celui de poser les questions du rôle des individus ordinaires dans la fabrique de la cité. De leur capacité à inventer ce qui, un ou deux siècles plus tard, apparaîtra comme pittoresque. Mais aussi de leur droit à penser, à concevoir, à décider de leur mode d'habitat.
Et Michel Lussault de poursuivre : "La ville-réseau hier, la ville durable, densifiée et décarbonée aujourd'hui, tout ça, ce sont des modèles faits sans les habitants. N'oublions jamais qu'avec leurs pieds, avec les roues de leur automobile et avec la bénédiction des autorités, les Français ont choisi la ville peu dense. Pas seulement par refus de la mixité sociale, mais aussi par rejet des nuisances de la densité mal maîtrisée. Pour réussir aujourd'hui une densification qui ne soit pas vécue comme une souffrance, il faut repenser les formes architecturales." La tour Bois-le-Prêtre, à Paris (dans le 17e arrondissement), réhabilitée par Lacaton et Vassal, prouve selon lui que l'objectif peut être atteint. Mais il se veut plus ambitieux encore. Il invite architectes, urbanistes, sociologues, juristes et économistes à changer de nature : "Qu'ils ne se vivent plus comme des dompteurs qui descendent dans l'arène expliquer aux fauves qu'ils ont tort de rugir, mais comme des accoucheurs de la co-construction."
Autrement dit, "il faut revoir les formes de démocratie urbaine. Pas cette démocratie participative devenue le cache-sexe de notre impuissance à faire évoluer la ville. Non, c'est l'ensemble de la procédure qu'il faut reprendre, y compris les permis de construire et les plans locaux d'urbanisme. Ça se fait dans les sociétés à faible encadrement par les pouvoirs publics, les bidonvilles d'Inde ou d'Amérique du Sud, ou dans une ville comme Seattle, aux Etats-Unis. Ça se fait dans des pays à traditions démocratiques différentes comme la Suisse ou la Scandinavie." Un projet pour un candidat à l'élection présidentielle ? "Plutôt un projet pour le siècle", conclut dans un sourire l'universitaire.

Le Nouveau centre choisit Sarkozy, sur fond de profondes divisions

Le Pavillon Baltard, à Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne), s'est rendu célèbre en accueillant les chanteurs et chanteuses en herbe de la "Nouvelle star", l'émission de télé-crochet de M6. C'est à une autre sorte de match que les militants du Nouveau centre ont été conviés, samedi 25 février.

La structure métallique du Pavillon n'a pas tremblé au son des chansonnettes mais à celui de bruyants règlements de compte, où le président du parti, Hervé Morin, est sorti vainqueur. Après son retrait de la course à l'Elysée, ses opposants ont donné de la voix. Dans un climat délétère, qui laisse augurer des lendemains difficiles pour cette petite formation de centre-droit né en 2007 à l'initiative des anciens de feue l'UDF qui n'ont pas voulu suivre François Bayrou sur sa route solitaire entre droite et gauche.
Initialement, ce congrès extraordinaire avait été convié pour faire valider par un vote des militants la candidature de M. Morin. Le retrait de l'ancien ministre de la défense, le 16 février, en faveur de Nicolas Sarkozy, a changé le menu. Trois motions ont été soumises, samedi, au vote des militants.
Deux d'entre elles appelaient à soutenir Nicolas Sarkozy. La première, portée par M. Morin, défendait l'idée qu'il fallait une candidature de centre-droit, même si elle n'a pas trouvé sa place. Elle a obtenu 67,63 % des suffrages exprimés. La deuxième, déposée par le député de la Somme Olivier Jardé, était un texte de soutien au président de la République, qui, cette fois, ne s'encombrait pas d'une défense de M. Morin. Elle a obtenu 16,51 % des suffrages. Enfin, un troisième texte, incarné par Jérémy Coste, le président des jeunes du Nouveau centre, appelait à soutenir M. Bayrou. Il a obtenu 15,86 % des voix.
"DÉMISSION ! DÉMISSION !"
Depuis le début de l'aventure de sa candidature, M. Morin a fait face à une fronde des ténors de son parti. Parmi ses opposants déclarés, le ministre de la fonction publique, François Sauvadet, celui de la ville, Maurice Leroy, ou encore le président exécutif du parti, Jean-Christophe Lagarde. Les troupes de ce dernier, notamment, ont copieusement hué le président du parti, samedi matin, au cri de "démission !", "démission !".
Dans le camp Morin, on ironise sur cette "claque" organisée "avec des gens qui ne sont même pas encartés" au Nouveau centre. "La famille semble beaucoup moins éparpillée cette après-midi que ce matin. C'est de la faute aux autobus, c'est vrai que ça pollue", a ironisé l'eurodéputé Jean-Marie Cavada, raillant l'affrètement, par les opposants de M. Morin, de cars de frondeurs. "A la démocratie des autobus, je préfère celle de la démocratie réelle, celle du vote des militants", s'est aussi félicité M. Morin. Dans l'entourage de MM. Lagarde et Sauvadet, on souligne cependant que seuls 2 499 personnes ont voté, sur les 7 319 militants à jour de cotisation inscrits.
La situation est complexe. S'affrontent violemment, en interne, des gens désormais pourtant acquis au soutien de M. Sarkozy. Et, au-delà, une seconde ligne de fracture existe avec ceux qui s'estiment plus proches des valeurs de M. Bayrou que de celles de M. Sarkozy. Dans ce parti d'élus, qui compte plus de trente parlementaires, les députés se rangent presque tous derrière le chef de l'Etat. Leur réélection, de fait, dépend d'accords passés avec l'UMP. En revanche, les sénateurs sont moins séduits. Mais beaucoup évitent encore d'afficher un choix public.
MORIN INCARNATEUR D'UN CENTRE TRÈS MOU, SANS IDÉE, SANS ATOUT, REMET SES DÉSIRS DANS SA CULOTTE ET RENTRE À LA NICHE.
IL N'A SU QUE SEMER LE TROUBLE À DROITE 
CE QUI EN SOIT EST UN LAMENTABLE EXPLOIT

samedi 25 février 2012

Le poids des mots 

Toutes les paroles ne s’envolent pas. Elles ont une force - ou doivent en avoir. Sinon, impossible de lutter contre la tentation de l’abstention. Cette question est au cœur de toute campagne électorale. Enlevez des estrades les écrans géants, les jeux de lasers et autres paillettes, que reste-t-il ? La parole du candidat. C’est par le verbe que l’on convainc. Les répliques qui sonnent juste, les protestations sincères, les indignations surjouées et même les «petites phrases» semées comme des hochets, tout cela compose une musique qui vous séduit ou vous hérisse. On n’est qu’à huit semaines du scrutin, un meeting chasse l’autre et le citoyen sollicité par ses fins de mois n’y fait guère attention. Pourtant, c’est bien à cet écho que l’on se référera au moment d’aller voter - ou de rester chez soi. Quelles que soient les mises en équation de la géographie électorale, la politique est une passion qui doit être partagée. C’est la passion la plus sincèrement exprimée (ou la moins hypocrite si l’on est d’un naturel méfiant) qui fera bouger les lignes. Que cesse la passion et la victoire est en danger. C’est le problème de Nicolas Sarkozy. Il assure qu’il a toujours le feu sacré, mais ceux qui se réchauffent à sa flamme sont moins nombreux qu’en 2007. Le voilà donc dans la position du challenger, obligé de riposter alors qu’il aimerait donner le tempo. La crise le rattrape à chaque coin de discours. Quand le président sortant chante les vertus du travail et quête l’approbation de «la France qui se lève tôt», François Hollande n’a pas de mal à dénoncer les pénuries d’emplois et le délai consternant auquel les jeunes diplômés sont confrontés avant de trouver leur premier emploi stable. On dit souvent avec dédain qu’une campagne électorale n’est que de la rhétorique. Il ne faut pas en sous-estimer le poids. Aristote le soulignait déjà: la logique n’est pas la meilleure façon de convaincre. Car la logique s’appuie sur la démonstration; c’est l’affaire de la science, non de la politique, qui, empruntant les chemins de la subjectivité, joue sur la persuasion. Voilà pourquoi tant de petits candidats ne font pas dans la dentelle et tablent sur les sentiments. C’est tout le succès de Mélenchon face à Joly. Et naguère de Le Pen face à Jospin ou plus anecdotiquement de Laguiller face à Krivine.

La “souris grise” a fait son trou

Il n’est pas le personnage le plus médiatique sur la scène européenne. Mais en deux ans, Herman Van Rompuy s’est imposé discrètement. Sans concurrent, il devrait être nommé le 1er mars pour un second mandat de président du Conseil européen. 


Herman Van Rompuy a peut-être l’image d’une souris grise. Mais en cette période de crise, la plus grave qu’ait connue l’Europe depuis longtemps, le président de l’Europe a tout de même réussi à obtenir un renouvèlement de son mandat sans que cela ne suscite la moindre controverse.
La semaine prochaine [lors du Conseil européen des 1er et 2 mars], selon certaines sources à Bruxelles, les dirigeants européens devraient reconduire Herman Van Rompuy dans ses fonctions pour deux ans et demi [il a été nommé en décembre 2009].
Quand on rencontre Herman Van Rompuy, 64 ans, ce qui frappe avant tout est le calme qui règne autour de lui. Il est installé dans un bâtiment aux ascenseurs vétustes et aux murs bruns.

Les intrigues glissent sur lui

Dans le reste du bâtiment, des diplomates venus de 27 pays essaient de négocier entre eux, avec les plus grandes difficultés, parfois en criant, une sortie de la crise. Le Nord et le Sud sont diamétralement opposés. Les intérêts nationaux et les émotions dominent. Mais les intrigues semblent glisser sur Herman Van Rompuy.
Herman Van Rompuy cultive son image de “souris grise”. Elle lui convient. En réalité, il est tout le contraire. Il est chaleureux, aime boire un verre de bière et sait, malgré une certaine raideur, mettre les gens à l’aise.
Il motive ses collaborateurs comme aucun autre – tout le monde à Bruxelles souhaite travailler pour lui. Mais il est également rusé, et suffisamment dur pour éliminer ses adversaires à distance. Silvio Berlusconi, Premier ministre italien à l’époque, lui avait par exemple envoyé une liste de réformes. Herman Van Rompuy a refusé de signer l’accusé de réception avant que cette liste ne contienne tout ce qu’il souhaitait.
C’est lui qui a trouvé une solution à l’impossible exigence de la Finlande, qui tenait à obtenir de la Grèce des garanties financières pour les prêts qu’elle lui accorderait. Quand beaucoup de chefs de gouvernement européens souhaitent des euro-obligations, mais que la chancelière allemande ne veut pas en entendre parler, Herman Van Rompuy s’arrange pour qu’ils conviennent d’en discuter plus tard – une fois résolues les affaires qu’Angela Merkel est prête à aborder.

Plus il est modeste, mieux c'est

Herman Van Rompuy filtre, met de l’ordre, adoucit. Le tout, à distance. En tant qu’ancien ministre du Budget, une des rares personnes qui sait de quoi elle parle. Selon ceux qui le côtoient, il joue un rôle crucial dans ce contexte de crise.
Il y a une chose qu’il a bien comprise : en tant que président des chefs d’Etat et de gouvernement, il doit prendre garde à ne pas trop se distinguer. Il ne peut pas les critiquer ouvertement. Il peut rarement exprimer le fond de sa pensée. Il ne peut nuancer son image du parfait élève ennuyeux que par les haïkus qu’il écrit.
Mais même ces haïkus deviennent culte. Plus Herman Van Rompuy est modeste, mieux c’est. Il doit être le président de tout le monde. Il a 27 employeurs à satisfaire tout en manœuvrant dans la bonne direction pour l’Europe.
M. Van Rompuy est devenu un refuge pour les dirigeants de grands pays comme l’Allemagne et la France, mais il doit s’assurer que ces pays ne commencent pas à tout régler en tandem. Les petits pays ne l’accepteraient jamais. Il pilote par conséquent les diplomates dans la “bonne” direction, en coulisses en toute discrétion.
 C’est sans doute de là que vient ce calme. S’il ne le créait pas, pour les autres mais aussi pour lui-même, il deviendrait complètement fou. Herman Van Rompuy est un homme spirituel. “Il faut savoir reconnaître que certaines choses vous dépassent”, a-t-il dit à une occasion dans une interview. “Il faut rester modeste par rapport à ce que l’on est, sinon on
devient agressif.”




Vu de Pologne

"Au service des dirigeants européens"

Alors que le premier mandat d'Herman Van Rompuy en tant que président du Conseil européen arrive à son terme, le correspondant à Bruxelles de Gazeta Wyborcza estime que les évaluations positives :
[...] sont en grande partie liées aux attentes révisées de ce poste créé par le traité de Lisbonne. Personne ne conçoit l'homme politique belge comme"président de l'Europe", car il est désormais très clair que cette fonction ne fait pas l'unanimité auprès des principaux acteurs européens. Au mieux, le chef du Conseil européen peut être, et c'est là que Van Rompuy fait du bon boulot, un habile diplomate au service des responsables européens.
Le quotidien polonais rappelle que Herman Van Rompuy, a récemment twitté sa photo accompagnée d'un petit texte "nous échangeons nos numéros" à l'ancien secrétaire d'Etat américain Henry Kissinger, dont l'ironique: "L'Europe, quel numéro de téléphone ?", est resté dans les annales. Pour le journaliste polonais, ceci est un exemple  :
D'auto-dévalorisation, car tandis que les défenseurs du traité de Lisbonne voient un "téléphone" sur le bureau du président du Conseil, la Maison blanche, elle, a en tête d'autres numéros. Ainsi, c'est Angela Merkel que Barack Obama a appelé pour la féliciter après l'accord trouvé sur le second plan de sauvetage grec.

La solidarité n’est plus ce qu’elle était

La solidarité, qui a toujours été au cœur du projet européen, est une question de réalisme intéressé. Si l’on veut que l’Union s’en sorte, il faudrait revenir à ce simple principe.
Certains mots n’appartiennent qu’aux Européens du continent. Vous n’entendrez pas souvent les Anglais ou les Américains vous parler de “solidarité”. L’idée est la propriété de l'esprit de consensus ramolli (d’après les Anglo-saxons) du capitalisme de marché social et des prophètes de l’unité européenne. Or, ce qui s’est passé ces dernières semaines, c’est que cette solidarité s’est dissipée. D’où les problèmes terribles que connaissent l’euro et l’Union européenne.
Semaine après semaine, les sparadraps s’accumulent. L’accord de renflouement de la Grèce a permis de gagner un peu plus de temps. Ce qui compte – du moins veut-on nous le faire croire – , c’est que la blessure a été cautérisée. Une fois de plus. Pourtant, ce devrait être une évidence pour tous, dans le grand agencement des choses, le dernier renflouement en date n’est qu’un détail.
Deux éléments sont nécessaires si l’on veut que la Grèce évite un effondrement économique et social catastrophique. Qu’Athènes se maintienne ou non dans la zone euro, ils restent applicables. Le premier est une volonté politique suffisante, en Grèce même, en faveur de réformes radicales de l’Etat et de l’économie. Le second est une volonté réciproque, de la part des autres Européens, de payer la facture considérable des errements et des fraudes des gouvernements grecs précédents.
La question essentielle est de savoir si un tel arrangement est envisageable. Les indices ne portent pas à l’optimisme. Les échanges de noms d’oiseaux qui sont désormais la norme dans les relations entre la Grèce et ses partenaires de la zone euro trahissent une absence totale de confiance. Beaucoup d’Européens – et je ne parle pas que des Allemands – ne croient pas que les politiciens à Athènes tiennent leurs promesses ; nombre de Grecs pensent que l’austérité draconienne exigée pour prix de l’allègement de la dette a pour but de les châtier plutôt que de les aider. Un observateur impartial en viendrait probablement à la conclusion que les deux camps ont raison.

L'exception grecque

Sous certains aspects, on peut voir la Grèce comme une exception. C’est un petit pays, différent. A des degrés divers, les autres nations à la périphérie de la zone euro ont profité de leur entrée dans l’UE pour devenir des états européens modernes. L’Irlande, en dépit de toutes les difficultés qu’elle traverse actuellement, a prospéré en tant que nation sûre d’elle, débarrassée de son obsession historique pour la Grande-Bretagne. L’Espagne a épousé la modernité avec enthousiasme. La classe politique grecque, elle, ne s’en est jamais vraiment souciée. Vue d’Athènes, l’UE a été une source de liquidités plutôt que d’inspiration politique.
La modernisation du Portugal a été plus lente. Son économie, comme celle de la Grèce, se trouve dans un sale état. Mais ses politiciens ont montré qu’ils étaient prêts à rattraper le temps perdu. Donc, ils n’ont pas dilapidé leur capital de confiance. Les décideurs à Bruxelles et Berlin vous diront qu’ils placent la Grèce et le Portugal dans deux catégories très différentes.
En réalité, il n’est pas aussi facile d’établir cette distinction que le souhaiteraient ces politiciens et autres hauts fonctionnaires. Si la Grèce a pris une telle importance – après tout, elle ne représente que quelques points du PIB global de la zone euro – , c’est parce que les décideurs l’ont laissée exercer une influence sur l’avenir de la monnaie unique. La contagion n’est pas un phénomène économique, mais politique. Si l’on avait persuadé les marchés que la Grèce était bel et bien une exception, il aurait été possible de la mettre en quarantaine il y a déjà quelques temps. Au lieu de cela, elle a fini par être considérée comme une mise à l’épreuve d’une intention politique plus vaste – un test, si vous voulez, de la solidarité au sein de la zone euro.

Deux sortes de solidarité

La solidarité, comme le notait récemment une remarquable étude du cabinet de consultants parisien Notre Europe, existe en deux versions. Il y a le simple accord transactionnel – sorte de police d’assurance commune contre telle ou telle calamité éventuelle – , et il y a le réalisme intéressé, mais éclairé, qui amène les gouvernements à identifier leurs objectifs nationaux dans le cadre d’une stratégie d’intégration commune et durable.
C’est sur cette dernière qu’a été bâtie l’Union européenne. Il y a une soixantaine d’années, c’était assez facile. Les horreurs des deux Guerres mondiales, la menace soviétique et l’insistance américaine conféraient une logique irrésistible à ce que les pères fondateurs appelaient le processus de la construction européenne. La solidarité n'était pas cette idée sentimentale des rêveurs fédéralistes. Elle relevait d'un calcul intéressé. Elle a permis à la France de se poser en leader, à l'Allemagne de reconstruire son économie tout en gardant l'espoir d'une réunification, et à l'Italie d'aspirer à la modernité, tandis que les petits états avaient leur mot à dire dans les affaires du continent. Certes, la solidarité pouvait aller de pair avec un altruisme de bon ton, mais dans le fond elle allait dans le sens des intérêts égoïstes des partenaires.
La monnaie unique aura été l'expression ultime de ce mariage des intérêts nationaux et collectifs – la croyance selon laquelle l'avenir économique et politique des membres étaient à ce point imbriqués qu'une dilution sans précédent des souverainetés en valait la peine. Pour son malheur, ce projet a été lancé au moment même où la plupart des autres sources de solidarité – souvenirs de la Seconde Guerre mondiale, menace existentielle du communisme, Allemagne divisée – commençaient à se tarir.

Parler d'une seule voix

Toutefois, les pays européens ont intérêt à continuer de travailler ensemble, et ce pour de nombreuses raisons. La plus évidente est la nécessité de parler d'une seule voix dans un monde qui appartient de plus en plus à quelqu'un d'autre. L'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne sont trop petites pour ce monde. Et des enjeux tels que la redéfinition des règles commerciales, le réchauffement climatique, l'accès à l'énergie ou la promotion de la démocratie, si importants soient-ils, ne sont pas aussi primordiaux que la préservation de la paix européenne.
La solidarité a certes joué dans la crise de l'euro, mais sous la forme transactionnelle d'un jeu à somme nulle – les pays créanciers ne font ceci que si les pays débiteurs font cela. C'est mieux que rien, force est de le reconnaître, car jusqu'à présent, cela a permis d'aller de l'avant. Mais cela ne nous dit pas pourquoi les contribuables du nord devraient rembourser les dettes du sud, ou pourquoi les pays du sud devraient considérer des réformes douloureuses comme une chance plutôt que comme une punition. Pour répondre à ces questions, il faudrait faire appel à l'autre sorte de solidarité.

La Grèce lance une opération hors norme d'effacement de dette

La Grèce a officiellement lancé vendredi la procédure d'échange des obligations détenues par ses créanciers privés pour parvenir à l'effacement de 107 milliards d'euros de dette, comme prévu dans le plan de sauvetage décidé par la zone euro pour éviter la faillite du pays.
Le ministère des Finances et l'Organisme de la dette grecque (Pdma) ont créé à cet effet un site internet dédié sur lequel l'offre d'échange du PSI (Private Sector Involvement) a été lancée peu avant 17h30 GMT.
Cette opération sans précédent dans l'histoire financière, vise à réduire de 53,5% la dette détenue par les banques, assurances ou fonds d'investissement afin d'alléger le fardeau de l'ensemble de la dette grecque (privée et publique) qui s'élève à 350 milliards d'euros.
Sur ces 350 milliards, "206 milliards de titres" détenus par des créanciers privés sont éligibles à l'opération d'échange, précise l'appel d'offre.
Le document ajoute également que si un seuil total de participation d'"au moins 75%" des détenteurs de titres, en valeur, n'est pas atteint, "la République (hellénique, ndlr) ne procèdera pas" à cette opération.
Pour les obligations de droit grec, la loi entérinant le PSI votée jeudi par la parlement grec a prévu la possibilité d'avoir recours à des clauses d'action collective (CAC) pour contraindre les créanciers réticents à prendre part à l'opération d'échange. Ces clauses pourront être déclenchées si "un quorum de participation d'au moins deux-tiers" des porteurs de titres grecs est atteint.
Les modalités du PSI, qui est l'un des leviers du plan de sauvetage du pays, ont été finalisées par les ministres des Finances de la zone euro lors d'une réunion à Bruxelles dans la nuit de lundi à mardi.
Le gouvernement a entrepris "un effort titanesque" pour mettre sur orbite dès vendredi cette procédure hors norme, avait expliqué dans la matinée le Premier ministre Lucas Papademos.
Le suspense réside désormais dans la proportion de créanciers privés détenteurs d'obligations grecques qui vont accepter une décote de 53,5% sur les titres qu'ils détiennent représentant une perte finale dépassant 70% de leur valeur initiale.
Charles Dallara, le président de l'Institut de la finance internationale (IIF), qui regroupe les grandes banques et institutions financières mondiales, s'est dit confiant vendredi dans l'issue de l'opération.
Le gouvernement grec également table sur une participation importante car les banques grecques détiennent la majorité des titres alors que les banques étrangères se sont débarrassées d'une grande partie des obligations grecques depuis le début de la crise de la dette grecque en 2010.
Les candidats volontaires pour l'échange de dette auront jusqu'au 9 mars pour se faire connaître et "l'opération elle-même devrait se dérouler d'ici le 12 mars pour les obligations de droit grec et les 5 et 6 avril pour celles du droit anglais et japonais", a précisé au parlement le ministre des Finances Evangélos Vénizélos.
Il a toutefois averti que ce serait une période difficile car il n'est pas exclu que "les marchés spéculateurs essaient de miner" l'opération.
Les agences de notation ont déjà averti que le lancement de l'opération pourrait automatiquement placer le pays en catégorie "défaut sélectif" ("selective défaut"), qui selon M. Vénizélos est une "évaluation et non pas une catégorisation" de la note souveraine du pays.
 Le PSI doit contribuer à ramener la dette grecque à 120,5% du PIB d'ici 2020 contre plus de 160% du PIB actuellement.
 Le record d'effacement de dette était jusqu'ici détenu par l'Argentine, débitrice de 82 milliards de dollars (73 milliards d'euros environ au cours de l'époque) lorsqu'elle avait fait défaut, en janvier 2002.
Cette restructuration de dette constitue l'un des deux volets du plan de sauvetage record de la Grèce, la seconde étant un prêt de 130 milliards d'euros sur trois ans qui vient s'ajouter à celui de 110 milliards d'euros accordé par la zone euro et le FMI en 2010 et dont une partie a été déjà versée.
La Grèce est entrée dans une course contre la montre afin d'éviter la faillite au 20 mars, date à laquelle le pays doit rembourser 14,5 milliards d'euros.
"La Grèce fait un effort titanesque pour finaliser les décisions sur le PSI et les conditions pour l'octroi du prêt à la Grèce, la procédure législative est satisfaisante mais il y a encore des questions en suspens", selon M. Papademos.
Dans les faits, le parlement grec doit adopter mardi et mercredi en procédure d'urgence deux projets de loi cruciaux réclamés par la troïka (UE-BCE-FMI) portant le premier sur des nouvelles coupes dans les salaires et les retraites et le second sur des réformes dans le secteur de la santé prévoyant la fusion des hôpitaux et la réduction des dépenses pharmaceutiques.
Ces ajustements requis par le plan de sauvetage et fortement contestées par les syndicats et l'opposition de gauche, comme d'extrême droite, passeront également par des "décrets et circulaires à finaliser et publier dans les prochains jours", a précisé le Premier ministre
"Tout doit être prêt d'ici mercredi 29 février", avant la réunion jeudi des ministres des Finances de la zone euro (Eurogroupe) qui doit faire le point sur les initiatives prises par Athènes, a-t-il ajouté.
Selon M. Vénizélos, la signature officielle entre la Grèce et ses partenaires de l'ensemble du plan de sauvetage du pays doit intervenir d'ici fin mars.

A Florange, François Hollande, la saucisse et les métallos

Le candidat du PS est le premier à s'être rendu au chevet des métallos d'ArcelorMittal qui luttent contre la mort programmée de leur usine, à Florange. Son discours a plu, mais il doit encore faire ses preuves. Les promesses non tenues des politiques, ils en ont déjà soupé. 
François Hollande s'est rendu ce midi à Florange en Moselle pour rencontrer les métallurgistes d'ArcelorMittal qui craignent la fermeture de ce site où travaillent plus de 2 500 salariés en CDI, 5000 y compris les intérimaires, CDD et sous-traitants.  
Cela s'est décidé à la dernière minute. La fédération de Moselle du Parti socialiste l'a annoncé le matin même. Les syndicalistes du site, eux, ne l'ont appris que la veille au soir, confie Jean-Marc Vécrin, délégué CFDT. "Il y avait urgence, la situation des salariés de Florange nécessitait qu'on s'en préoccupe", explique Michel Liebgott, maire de la commune voisine de Fameck et député PS de Moselle. 
[Retrouvez le duel à distance qui a opposé François Hollande et Nicolas Sarkozy, qui était au même moment face aux salariés de Petroplus en Seine-Maritime.
Autant dire que les métallos d'ArcelorMittal n'ont pas mis les petits plats dans les grands pour recevoir le candidat socialiste à l'Elysée. Dans la matinée, le blocage de la sortie des expéditions du site, entamé jeudi, se poursuivait, pendant que l'intesyndicale (CGT-CFDT-FO-CFE-CGC) se réunissait pour décider de la suite des événements. Les manifestants se réchauffent comme ils peuvent en buvant du café soluble et se serrant autour d'un grand feu allumé devant l'usine, alimenté par des pneus, morceaux de bois et autres matériaux. L'ambiance n'est pas à la fête. La visite de François Hollande ne suscite pas spécialement d'engouement. 
"François, c'est ici que ça se passe!"
Vers midi, peu avant l'arrivée du favori de la présidentielle, la foule se fait plus dense. Aux côtés des métallos d'ArcelorMittal se pressent désormais des élus locaux de gauche (maires, adjoints, représentants de la région). Le président divers droite du conseil général de Lorraine, Patrick Weiten, est aussi présent. Il se fait discret. La visite de Hollande? "Attention de ne pas récupérer politiquement la souffrance des familles qui craignent de perdre leur emploi", prévient-il. 
Vers 13 heures, François Hollande arrive sur le site. Mais il est bloqué par les hordes de journalistes, photographes et caméras qui l'entourent. "François, c'est ici que ça se passe, c'est nous que tu es venu voir!", crient les ouvriers qui ont formé une haie d'accueil. Les sifflets se multiplient. L'impatience monte. C'est la bousculade. Le candidat socialiste parvient avec peine à s'approcher du camion qui sert de porte-voix des délégués syndicaux. "François monte sur le toit du camion!", crient les ouvriers. Ce qu'il fait.  
Licenciements
Après avoir écouté les revendications des représentants syndicaux, François Hollande prend la parole. "Je suis candidat à l'élection présidentielle, je viens devant vous prendre des engagements avec toute la responsabilité nécessaire, je ne veux pas moi me retrouver dans la situation d'être élu sur une promesse et de ne pas revenir parce qu'elle n'aurait pas été tenue", lance-t-il en référence à la promesse non tenue de Nicolas Sarkozy aux salariés ArcelorMittal de Gandrange, en janvier 2008, celle de ne pas laisser fermer leur usine - promesse non tenue puisque le site a fermé un an après. 
Sous les cris de "Hollande président" - plutôt rares - et de "interdiction des licenciements" - très nombreux -, l'élu socialiste s'est engagé à déposer un texte de loi obligeant les entreprises qui veulent fermer à céder les unités de production à des repreneurs.  
Il a également vertement critiqué les accords compétitivité-emploi prônés par Nicolas Sarkozy. Il a rappelé être favorable à la représentation des syndicats dans les comités d'administration pour participer à la prise de décisions stratégiques, et promis d'augmenter les cotisations chômage des entreprises qui recourent à l'intérim pour lutter contre la précarité des salariés. Applaudissements.  
"Bien reçu"
François Hollande traverse ensuite la barrière de fumée qui entoure le feu et se rend à la buvette pour manger une saucisse avec les métallos d'ArcelorMittal, avant de repartir. Simplicité et proximité avec la classe ouvrière. C'est symbolique, mais "cela fait plaisir, ça prouve qu'il ne nous toise pas", confie Frédéric Weber, délégué CFDT. "Il a été bien reçu", ajoute-t-il.  
Si sa cote de popularité excède largement celle de Sarkozy, le candidat socialiste ne part pas pour autant avec un blanc-seing électoral. Car les salariés ont conscience d'être un enjeu de campagne, rien de plus. Hollande en a peut-être convaincu certains, mais la plupart restent inquiets pour l'avenir de leur usine et la pérennité de leurs emploi. "Des élus qui viennent faire des promesses, on en a déjà vu avant. C'est la période qui veut ça. On attend de voir si lui, il va vraiment tenir ses promesses", conclut Julien, 27 ans. Fondeur à Florange depuis cinq ans, il voit l'avenir en noir. 

vendredi 24 février 2012

Tic-tac, tic-tac… 

Comme un réactivateur de mémoire, la campagne nous ramène depuis quelques jours à la France de Rungis qui se lève tôt, au président du pouvoir d'achat et même à Rachida Dati, l'icône pourtant déchue de l'ouverture. À croire que rien n'a changé depuis cinq ans, que la scène politique s'est figée. Les Français, il est vrai, ont le souvenir ténu en politique, mais ils vont avoir du mal à imaginer que l'horloge s'est arrêtée. En repartant sur le scénario qui avait marché en 2007, Nicolas Sarkozy ne peut pas espérer réapparaître comme un homme nouveau qui n'aurait jamais gouverné. Son handicap dans cette campagne, c'est justement d'être le président sortant, exposé au sempiternel « Pourquoi ne l'avez-vous pas fait quand vous étiez au pouvoir ? », qui exigerait de lui innovation et imagination. La référence au peuple impose certes de ne plus apparaître comme le président des riches et des bailleurs de fonds rassemblés au Fouquet's. Mais elle impose aussi de ne pas dénoncer dans un même souffle les salaires choquants du CAC 40, les parachutes dorés, le RSA et la prime pour l'emploi. Cette présentation fort complexe, sans doute destinée à resserrer les rangs dans les troupes majoritaires, aura pourtant bien du mal à faire revenir la magie du pouvoir d'achat tant que les comptes ne sont pas assainis. Pas facile de convaincre que le verre est à moitié plein et d'être candidat contre le système que l'on a incarné au long du mandat. Nicolas Sarkozy aura du mal à prendre le costume « d'opposant » comme il avait réussi à le faire sous Jacques Chirac. Il avait alors épuisé ses concurrents en les entraînant sans cesse sur son terrain et il promettait cette fois que, dès son entrée en campagne, il allait « réveiller » François Hollande. Mais le rival ne relève pas le gant et la tactique se cogne aux parois du bocal. Ce manque de réaction oblige la garde rapprochée à taper sur l'adversaire plutôt que de faire le service après-vente des propositions du candidat. Il ne serait pas inutile pourtant d'expliquer pourquoi l'on baptise l'obligation de sept heures promise aux allocataires du RSA du même nom – travail d'intérêt général – que la peine de substitution à la prison régie par des articles du code pénal ?

Sarkozy: adieu bling-bling? 


La Grèce pourrait coûter 5 milliards à la Belgique

Le deuxième plan d'aide à Athènes est sur les rails… dans un scepticisme généralisé. Pour le moment, il ne devrait pas coûter (trop) d'argent supplémentaire à la Belgique. Mais quel est le risque ?

Le ministre belge des Finances, Steven Vanackere (CD&V), croise les doigts. Le nouveau plan d'aide à la Grèce négocié à Bruxelles lors d'une réunion des argentiers des pays de la zone euro, ne devrait pas affecter les finances du Royaume. Pas pour le moment. Enfin, pas trop...
 
Les pays de la zone euro et le FMI vont prêter 130 milliards de plus à la Grèce, moyennant des conditions très dures, dont la baisse de 22 % du salaire minimum, qui atteint actuellement 877 euros. Cette somme s'ajoutera aux 110 milliards d'euros prêtés dans le cadre d'un premier plan signé en 2010, dont 73 milliards ont déjà été versés (1,942 milliard par la Belgique).
 
Les négociations de ce deuxième plan prévoient aussi l'abandon, par les détenteurs d'obligations publiques grecques, de 53,5 % de leur valeur. La dette, qui atteint les 350 milliards d'euros, devrait ainsi fondre de 107 milliards. Cela ne touche pas les pays prêteurs du premier plan d'aide, qui devront toutefois accorder une ristourne rétroactive sur les taux pour ne pas dépasser une marge de 1,5 %. Notons qu'au départ, la Belgique pouvait espérer une marge de 3 %.
 

Pas de nouveaux transferts, mais une garantie

 
Dans le cadre du prochain plan, la Belgique ne sera pas amenée à prêter de l'argent. Le fonds européen de stabilité financière (EFSF) assurera la tâche, en empruntant des capitaux sur les marchés, avec la garantie des Etats de l'euro qui ne sont pas touchés par des plans. La Belgique prendra alors 3,72 % du risque à sa charge, soit plus de 3 milliards d'euros. L'exposition totale de la Belgique s'élèvera ainsi à plus de 5 milliards d'euros.
 
Si tout va bien, ce scénario ne présente pas de risque. Mais les optimistes se font rares. Les avis sont unanimes pour estimer nécessaire cette deuxième aide et d'autre part, nombreux sont ceux qui la jugent insuffisante. «Cela va régler le problème de la liquidité, pas de la solvabilté», résume Etienne de Callataÿ, chief economist à la Banque Degroof.
 
Jusqu'à présent, le remède de cheval imposé à la Grèce pour réduire son endettement n'a conduit qu'à une récession prolongée. Le rebond attendu ne vient pas. D'où ce second plan. «La Grèce a besoin de temps, on ne peut pas remettre le pays sur pied en un an, combattre la fraude, rendre les entreprises publiques efficaces et avoir une armée avec moins de pouvoir, dans un délai aussi court», continue Etienne de Callataÿ, qui aurait préféré un plan à long terme. Le but d'arriver à un endettement de 120,5 % du PIB en 2020 semble bien improbable.
 
Pourquoi valider l'accord, malgré tout ? Le précédent Lehman Brothers a rendu les Etats plus prudents ; mieux vaut gagner du temps. Du reste, l'accord est encore théorique : il doit subir quelques validations, passer devant certains parlements. Et être digéré par la Grèce, qui va bientôt voter.

Paillettes 

Nous formons, nous autres Français, un drôle de peuple. On nous dit égoïstes, et nous plébiscitons la générosité des « Intouchables ». On nous dit racistes, et nous mettons au panthéon de la popularité Noah et Zidane, avant d’offrir ce soir peut-être un César à Omar Sy — tous « Français de sang mêlé », résumerait notre Président. On nous dit vieux, et les réalisateurs vedettes de ces César, les Toledano, Nakache, Hazanavicius et autres Maïwenn ont la quarantaine, voire moins. On nous dit en déclin, et notre cinéma triomphe en France mais aussi à Hollywood, avec dimanche peut-être un Oscar pour Jean Dujardin… Sûr que quelques pellicules et paillettes ne font pas le printemps. Mais pourquoi bouder les bonnes nouvelles, quand la campagne électorale nous assomme de sombres perspectives, qui nous ont cette semaine précipités dans les salles pour voir — devinez quoi ? « La Vérité si je mens ! »

L’air de la guerre

En explosant dans le fracas que l’on sait en 1991, l’URSS a laissé derrière elles quelques pétaudières qui, à intervalles réguliers, viennent mettre en péril les déjà fragiles équilibres régionaux. Plus particulièrement dans le Caucase du Sud où la Russie ne s’est jamais privée de souffler sur les braises sécessionnistes.

Ces « conflits gelés » ont pour nom la Transnistrie, l’Ossétie (du Sud) ou l’Abkhazie, et plus encore le Haut-Karabakh, que se disputent Azerbaïdjanais et Arméniens.

Si cette guerre, qui a fait plus de 30 000 morts entre 1988 et 1994, a depuis longtemps été oubliée en Europe, elle est, là-bas, présente dans toutes les mémoires. Et elle porte en elle les germes d’un nouveau drame. Dix-huit ans après l’arrêt des combats, la plaie que représente la perte de ce territoire symbole et des sept régions adjacentes est toujours extrêmement vive en Azerbaïdjan. 

Un cessez-le-feu avec Erevan a bien été signé le 16 mai 1994, mais la ligne de front, dite de « contact », est actuellement l’une des zones chaudes de la région. Chaque année, des soldats, de l’un ou l’autre camp, y tombent sous les balles de snipers ou lors d’escarmouches plus ou moins violentes. Officiellement 25 ont été tués en 2010, près d’une centaine en 2011. L’an dernier, des tirs d’artillerie ont même été enregistrés et le budget militaire de l’Azerbaïdjan a explosé, passant de 150 millions de dollars en 2004 à à plus de 3 milliards en 2011. 

Autant de signes qui montrent que le risque de voir la guerre reprendre n’est pas que théorique. Les autorités azerbaïdjanaises se considèrent en effet comme étant toujours en état de guerre. Au moins aussi longtemps que les sept régions illégalement occupées et considérées comme «zone tampon» par l’Arménie ne seraient pas libérées. Le président Aliyev a quant à lui récemment expliqué qu’il n’excluait aucune voie au règlement de cette question. 

Cette rhétorique martiale est aussi une façon de s’adresser à ses compatriotes. Dans la dialectique nationaliste, il est toujours commode de se mobiliser contre le voisin.

La superstition des marins est-elle une légende ?

Dans le monde des marins, il est des superstitions qui résistent contre vents et marées. Alors que le progrès technique et le développement des moyens de communication ont considérablement amélioré la sécurité en mer, certaines croyances ont toujours le vent en poupe.

Le commun des mortels emploie le mot "lapin" ? Pas les skippers. "On dit la bête aux grandes oreilles", explique Jean Le Cam, qui sera au départ du prochain Vendée Globe, le 10 novembre 2012, avec un monocoque aux couleurs de Synerciel. Le Breton n'emploie jamais le nom du mammifère lagomorphe, aussi bien en mer que sur la terre ferme. "C'est assez mal vu d'utiliser ce mot ou d'avoir une image le représentant au sein des équipages français ", nous apprend Franck Cammas, qui participe actuellement à la Volvo Ocean Race, une course à la voile autour du monde en équipage et par étapes, avec son maxi-trimaran Groupama. "Quand quelqu'un prononce le mot 'lapin' à côté de moi lorsque je suis en mer, ça m'énerve, mais je n'enchaîne pas, parce que après on en parle trop..."
LE MOT "LAPIN" TABOU
Pourquoi un animal à l'apparence aussi inoffensive terrorise-t-il à ce point les peuples de la mer ? Il faut revenir quelques siècles en arrière pour en trouver l'explication. Lorsque les matelots partaient pour de longues traversées, ils embarquaient une quantité impressionnante de vivres. Des salaisons, des légumes secs, mais aussi des animaux vivants qu'ils mangeaient au fur et à mesure du voyage : des volailles, des porcs et les fameux lapins. Le souci avec le petit rongeur, c'est que s'il n'avait pas assez de nourriture dans son clapier, il allait se servir lui-même sur le bateau. Il commençait par grignoter sa cage en osier, puis s'aventurait pour se régaler de tout le chanvre qu'il trouvait à portée de dents. Ce chanvre servait à fabriquer les cordages avec lesquels les interstices entre les planches de la coque étaient colmatés ou les mats arrimés. Cette réserve décimée par les rongeurs aboutissait parfois à des naufrages, puisque cela occasionnait l'ouverture de voies d'eau et des démâtages.
Il est une autre croyance qui résiste à l'évolution des mœurs : la présence d'une femme à bord, qui a longtemps été considérée comme portant malheur. Pour comprendre l'origine de cette superstition, il faut également revenir plusieurs siècles en arrière, lorsque les équipages étaient uniquement composés d'hommes. Une longue traversée étant synonyme de privations et de frustrations sexuelles, une dame aurait pu susciter désir, querelles entre marins, voire tentative de viol pour l'infortunée. Afin d'éviter ces désagréments et pour que l'ordre règne en mer, il a été décrété que les femmes portaient malheur. De nos jours, si elles ne sont plus considérées comme des fléaux, elles ont toujours du mal à se faire une place à bord, car les croyances les concernant ont la vie dure.
MAUVAISE FORTUNE BON CŒUR
Sur le maxi-trimaran Banque Populaire V, Loïck Peyron a battu le record du Trophée Jules-Verne avec un équipage uniquement masculin, car la présence d'une femme aurait changé les rapports sur le bateau. "Pouvoir vivre à bord d'un bateau, pendant quinze jours, trois semaines ou un mois dans un petit espace, ça peut être plus compliqué pour un équipage mixte, en raison de la promiscuité", nous éclaire Armel Le Cléac'h (Banque Populaire). A l'instar de tous les concurrents qui participent à la Volvo, Franck Cammas ne fait équipe qu'avec des hommes, "parce que les femmes manquent de force physique. C'est comme si on demandait pourquoi il n'y a pas de femme en équipe de France de rugby ? C'est une évidence. On recherche des gabarits puissants".
Jeanne Grégoire, navigatrice sur le Figaro Banque populaire, a dû faire contre mauvaise fortune bon cœur et renoncer à la course en équipage lorsqu'elle a débuté dans le métier. "A mes débuts, je me suis dit que naviguer en solitaire, c'était le seul moyen pour moi de m'assurer une place à bord... ou alors il fallait faire de l'équipage féminin. Et cela n'a pas changé. Heureusement, j'ai rencontré des équipages masculins plus accueillants, mais il en existe très peu. Les raisons sont toujours les mêmes : le poids, à niveau égal un homme apporte forcément un avantage physique, la vie en promiscuité lors d'une course au large... Mais si vous demandez à tous les skippers connus si ça les embêterait d'embarquer une fille, ils vous diront que non... Mais le feront-ils ?" Ce ne sont pas non plus tous des vieux loups de mer. Jean Le Cam, par exemple, "ne partage pas cette superstition". Et le natif de Quimper de rappeler qu'il a "participé à la Transat AG2R avec Florence Artaud à une époque". C'était en 1996 et ils avaient terminé deuxièmes, derrière Alain Gautier et Jimmy Pahun.
CHAMPAGNE, VENDREDI ET TRISKAÏDÉKAPHOBIE
Quant à la sacro-sainte bouteille de champagne, tout est fait pour qu'elle se brise au bon moment afin d'éloigner le mauvais sort. "On scie un petit peu la bouteille pour qu'elle casse et nous préparons bien le parrain ou la marraine du bateau pour que la bouteille tape au bon endroit et explose du premier coup", reconnait Armel Le Cléac'h. Cette tradition est ancestrale. Dans l'Antiquité, une victime était sacrifiée et son sang était étalé sur la proue afin de s'attirer les bonnes grâces des divinités. Cela permettait d'éviter tempêtes, avaries et monstres marins. Le sang a ensuite été remplacé par du vin puis, plus récemment, par du champagne, boisson associée au bonheur et à la chance.
S'il n'y a plus grand risque de croiser un monstre, les marins continuent de baptiser leur embarcation de cette manière, ils refusent également de la mettre en mer le vendredi. "Même si je mets mon Figaro Banque populaire à l'eau pour la vingt millième fois cette année, je vais quand même me débrouiller pour que ce soit un jeudi et ne pas avoir de retard", avoue Jeanne Grégoire. Franck Cammas "évite aussi de mettre un bateau à l'eau un vendredi. Ça m'est déjà arrivé, mais si je peux choisir, je ne préfère pas". "On ne met jamais le bateau à l'eau un vendredi", affirme Jean Le Cam de façon catégorique, avant de reconnaître qu'il "ne connaît pas la raison exacte".
Cette superstition trouve son origine dans la religion. C'est un jour où de nombreuses calamités se sont produites : la crucifixion de Jésus Christ eut lieu un vendredi, le diable tenta Eve et Adam mangea le fruit défendu un vendredi, et ils furent expulsés du jardin d'Eden le sixième jour de la semaine…
Autre incongruité pour les marins : composer un équipage à treize. "Il y a souvent des courses à quatorze, mais treize nous préférons éviter", avance Armel Le Cléac'h. Ces superstitions semblent farfelues pour les terriens et pourtant… malheur à ceux qui ne les ont pas respectées : la White Star Line, la compagnie propriétaire du Titanic, n'inaugurait jamais ses bateaux, et la bouteille de champagne n'avait pas explosé contre la coque du Concordia le jour de son baptême.
Alexis Danjon

jeudi 23 février 2012

QU'EST CE QUI VOUS FAUT DE PLUS ??? 

"GJ1214b”, une “super-terre” inédite

Située à 40 années lumière de la Terre, l'exoplanète GJ1214b est composée essentiellement d'eau.

De l'eau dans tous ses états! Découverte en 2009 grâce au télescope spatial Hubble, l'exoplanète GJ1214b, située à seulement 40 années lumière de la Terre, ressemble à une immense piscine, un waterworld disent les Anglo-saxons. Mais il ne ferait pas bon s'y baigner…
Dans une étude à paraître dans la revue Astrophysical Journal , l'astronome Zachory Berta, du centre d'astrophysique de Harvard, aux États-Unis, révèle en effet que la température qui règne à la surface de ce nouveau monde serait de 232° C. «Les températures et les hautes pressions pourraient former des matières exotiques comme de la «glace chaude», ou de «l'eau superfluide», substances qui sont complètement étrangères à notre expérience quotidienne», explique le chercheur. Aucune chance donc d'y trouver la moindre trace de vie extraterrestre.

Une atmosphère épaisse et humide

Ces conditions extrêmes s'expliquent par la proximité de GJ1214b par rapport à son étoile: à peine 2 millions de km, soit 70 fois moins que la distance entre la Terre et le Soleil. Le diamètre de cette «super-Terre», située dans la constellation du Serpentaire est 2,7 fois supérieur à celui de notre planète et sa masse est sept fois plus élevée. Sa densité est donc deux fois moins importante, ce qui suggère qu'elle contient plus d'eau et moins de roche.
En fait, «GJ1214b ne ressemble à aucune planète que nous connaissons», conclut Zachory Berta qui a analysé les données transmises par la caméra à champ large (WFC3) de Hubble en collaboration avec d'autres scientifiques comme Derek Homeier, de l'École normale supérieure de Lyon, pendant que GJ1214b passait devant son étoile. La lumière de cette dernière étant alors filtrée par celle de la planète, les chercheurs en ont déduit la nature des composés présents dans son atmosphère. Selon M. Berta, ces mesures «ont fait pencher la balance en faveur d'une atmosphère humide».
Jusqu'à présent les astronomes avaient répertorié trois types de planètes: les planètes telluriques ou rocheuses, à l'image de la Terre, Mercure, Vénus et Mars, les géantes gazeuses (Jupiter, Saturne ainsi que la majorité des exoplanètes détectées à ce jour) et enfin les géantes glacées comme Uranus et Neptune. GJ1214b est bel et bien une planète d'un genre tout-à-fait nouveau.

Le sang de la Realpolitik

 Voilà des mois que les tueries continuent en Syrie : déjà 8 000 morts, surtout des civils, selon les ONG. Voilà des mois que les Européens et les Américains, rejoints par la plupart des pays arabes, s’indignent, condamnent, exigent… En vain. Le Conseil de sécurité de l’ONU reste bloqué par les Russes soutenus par les Chinois. De toute façon, une intervention militaire, voire simplement humanitaire, est totalement exclue. 

Car sur place la situation est incroyablement confuse. La décrire repose sur des témoignages contradictoires seulement unanimes sur un point : l’ampleur des massacres. Ainsi qui soutient Bachar al-Assad ? La minorité alaouite dont il est issu, une branche du chiisme plutôt hétérodoxe aux yeux des Iraniens mais apparemment plus plaisante aux mollahs que l’islam sunnite. Ce n’est un secret pour personne : des « pasdarans » (miliciens iraniens) participent à la répression. Des membres du Hezbollah libanais (chiites) aussi. Les opposants au système Assad, notamment au sein de l’« Armée libre syrienne », sont surtout sunnites, vivement encouragés par l’Arabie saoudite, les salafistes et même… par al-Qaïda ! Une autre importante minorité, celle des chrétiens (près de 10 % de la population), se réfugie dans la prudence. Par peur de subir le sort de leurs coreligionnaires irakiens. 

Seule une action coordonnée internationale pourrait venir à bout de ces horreurs. Elle nécessiterait une diplomatie américaine plus musclée. En premier lieu au Moyen-Orient, plutôt délaissé par l’administration Obama qu’a traumatisée l’aventure irakienne. Mais aussi auprès de Moscou et de Pékin pour l’affaire syrienne. Or rien ne se fera avant la présidentielle russe du 4 mars. Contesté par la population des villes, Vladimir Poutine fait toute sa campagne électorale auprès de la « Russie éternelle » sur un ton anti-occidental digne de la guerre froide, en répétant à l’envi que le Kremlin n’est pas aux ordres des Etats-Unis, des Européens et de leurs alliés arabes. 

Après son élection, le pragmatique Poutine changera de politique, tout en préservant les intérêts russes en Syrie. Parce que l’économie russe dans ses échanges ne peut se passer de l’Occident, surtout pas de l’Europe. Et il y a fort à parier qu’ensuite Pékin ne voudra pas être seul à dire non au Conseil de sécurité… Jusque-là, le bain de sang continuera. La Realpolitik est sans pitié.

Marine Le Pen n'a pas la « pétoche » de BB 

Nerveuse, Marine Le Pen. Visiblement irritée par une campagne qui lui échappe et des intentions de vote qui s'essoufflent (relativement). Aussi toutes les mauvaises occasions sont bonnes pour tenter de ramener vers elle les projecteurs. Coup sur coup, elle vient de lancer une croisade contre le halal, une offensive contre les journalistes, et de défendre la cause animale. A chacun ses priorités. Sitôt retoquée par le Conseil constitutionnel, Brigitte Bardot exhortait les maires de France à voler à son secours. Auparavant, la présidente du FN, actrice à ses heures, avait déclenché la polémique en soutenant que 100 % de la viande distribuée en région parisienne est halal. Curieuse manière qui consiste, pour dénoncer une « tromperie », à mentir. Hier, au prétexte que Mélenchon l'a traitée de « chauve-souris », elle décline un débat contre lui et dresse le procès de la télévision. Aurait-elle la « pétoche », comme le dit le Front de gauche ? A moins qu'elle entende revenir à la télé du Général ou démontrer qu'elle serait maltraitée par les médias, un peu comme les animaux le sont par les humains. Personne ne peut le croire. Chacun voit bien qu'elle est omniprésente dans les médias. Elle y pousse la chansonnette, se paie la tête d'une présentatrice. Une stratégie délibérée tendant à montrer la prétendue connivence entre les élites politico-médiatiques. Stratégie du rideau de fumée : pendant ce temps, Jean-Marie Le Pen déclame sur un auteur collaborationniste et confie avoir rencontré un ancien chef de guerre serbe accusé de crimes contre l'humanité. Et si on rappelait à Marine Le Pen les vrais enjeux de l'élection...

TOUT EST BON POUR RACOLLER : 
Gérald Dahan fait une blague à Nicolas Dupont-Aignan

National 

C’est un programme clair et toujours populaire, de bouter l’étranger hors de France. Il y a chez tout Français, que la pucelle nous pardonne, un enfant de Jeanne d’Arc et d’Astérix : si même les Allemands disent qu’on est « heureux comme Dieu en France », pourquoi aurions-nous besoin d’étranger ? Le problème est que ces Allemands qui nous envient ont aussi un constructeur automobile nommé Volkswagen, qui roule loin devant nos constructeurs nationaux. Il est également que notre vieille régie Renault a dû aller chercher un moteur de relance au Japon chez Nissan, ce dont elle se trouve fort bien. Notre problème est enfin d’apprendre que PSA, entreprise familiale qui prétendait défendre seule la fierté nationale, pourrait demain être contrainte d’appeler au secours l’Américain General Motors. Ce ne serait d’ailleurs pas la première fois que les Ricains nous sauvent, n’est-ce pas ?


Grèce : un déficit plus grave que prévu

Le gouvernement grec mise désormais sur un déficit public de 6,7 % du PIB en 2012 contre 5,4 % prévu initialement. La cause ? " Des écarts sont intervenus avec les prévisions initiales et les résultats de 2011, c'est pourquoi il faut réviser les chiffres de 2012 ", indique le projet de loi concernant les mesures de rigueur imposées à la Grèce par le nouveau plan d'aide européen. Très attendu, ce dernier devrait être voté ces prochains jours. 
L'agence de notation Fitch Ratings vient d'abaisser la note à long terme de la Grèce de CCC à C. Aux yeux de Fitch, le pays n'est désormais plus qu'à un cran seulement au-dessus du défaut.

Pour retrouver le chemin de l'équilibre budgétaire, la Grèce vient de signer une convention internationale contre l'évasion fiscale de l'OCDE. "Cela permettra que les particuliers et les entreprises internationales paient le montant adéquat d'impôt, au bon moment et au bon endroit", souligne Angel Gurria, le secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économique, à la manœuvre dans ce dossier.
COUPLES CLAIRES
Le Parlement grec a validé la semaine dernière le principe d'un programme d'économies de 3,2 milliards d'euros, réclamés à grands cris par les créanciers du pays pour rattraper les dérapages des comptes publics. Le projet de loi prévoit des réductions budgétaires dans plusieurs ministères dont la santé, l'emploi, la défense, l'éducation et la culture et par conséquent des coupes dans les salaires et les retraites.
La Grèce subit sa cinquième année de récession. En 2011, Athènes avait d'abord anticipé une baisse de son produit intérieur brut de 5,5 %. Finalement, ce fut 6 %, d'après les dernières estimations.

“Nous n’avons plus le droit à l’erreur” 

 Dans la nuit du 20 au 21 février, l’Eurogroupe a enfin adopté un second plan de sauvetage de 130 milliards d’euros, auquel s’ajoute une remise de dette de 107 milliards. Mais sans un vrai plan de développement économique, cette somme ne suffira pas à redresser le pays, prévient Ethnos. La négociation pour la finalisation de l'accord n'était ni simple ni gagnée d'avance et a retenu les ministres des Finances de l'Union monétaire jusque tard dans la nuit. Les obstacles qu'il a fallu dépasser étaient nombreux et difficiles. Bien entendu, le prix à payer sera lourd pour cette nouvelle chance qui nous a été accordée hier. Dans un sens, la balle est désormais dans notre camp. Les objectifs non atteints des deux années précédentes et les tâches à accomplir pour combler ce retard sont tellement importants qu'au final le poids que nous sommes invités à soulever est encore plus lourd que celui que nous avons accepté en adoptant le plan de rigueur au Parlement le dimanche 19 février. [Un plan d'économies de 3,3 milliards d'euros pour cette année a été voté, prévoyant une réduction du salaire minimum et une limitation des retraites.] Il ne suffit pas d'arrêter l'hémorragie Cette fois-ci, nous n'avons plus de marge de manœuvre, plus le droit à l'erreur. Et c'est d'ailleurs la préoccupation première de nos partenaires et créanciers, qui nous imposent un plus strict contrôle des réformes que nous sommes obligés de mener à bien. La manière dont ont été menées les négociations est un signe qu'ils agiront plus sévèrement en cas de défaillance de notre part. Cependant, nos partenaires devraient tout de même réaliser que s'ils veulent nous aider vraiment il ne suffit pas d'arrêter l'hémorragie de la dette et du déficit, mais aussi de freiner la récession. Car il est évident que les coupes dans les revenus ne seront en aucun cas la seule solution pour sortir de la crise. Nous sommes de facto invités à nous comporter cette fois-ci avec plus de sérieux et de responsabilité que nous l'avons fait ces deux dernières années. Il faut aussi mettre l'accent sur le développement. Si on ne le fait pas, on nous demandera très bientôt de faire de nouveaux efforts d'austérité.

Expulser la Grèce, un remède pire que le mal

Pousser la Grèce hors de la zone euro, dresser un mur pour s’en protéger et construire l’Europe fédérale ? L’idée semble séduire certains dirigeants européens. Mais elle ne réglerait pas la crise, et le prix à payer serait la fin de notre culture commune, prévient l’éditorialiste Barbara Spinelli.
Nous nous sommes trop facilement habitués à dire que, après tout, la faillite grecque n’est pas le désastre que nous redoutions depuis tant d’années. Que ce mal incurable, il suffit de l’éloigner, et donc de couper Athènes de la zone euro comme on pratique une appendicectomie.

L’important est d’éviter la contagion, et ce n’est pas un hasard que l’on parle de pare-feu au sujet du nouveau fonds de sauvetage européen, car un pare-feu sert à protéger les systèmes informatiques contre les intrusions : ceux qui restent à l’intérieur seront sauvés de ceux qui, frappés de disgrâce, sont en train de passer par-dessus bord.
Comme la ligne Maginot construite par les Français pour se protéger des attaques allemandes dans les années 1920 et 1930, le pare-feu évoque l’univers fermé de la clinique et de la guerre : le mirage d’un mur inviolable rassure, même si nous connaissons le destin de la ligne de défense française. Elle est tombée d’un coup. L’historien Marc Bloch a parlé d’une "étrange défaite" parce que la débâcle avait eu lieu dans les esprits avant que ne tombe la ligne Maginot, "dans les arrière-gardes de la société civile et de la politique" avant le front.

Personne ne croit à ce pare-feu illusoire

En réalité, personne ne croit à ce pare-feu illusoire qui nourrit l’imagination en affaiblissant la raison. Sinon, l’Union européenne n’aurait pas pris la décision, le 21 février, de consentir un énième prêt colossal à la Grèce. Sinon, nul ne penserait à doter l’Union d’une nouvelle architecture : plus fédérale, sous la houlette d’un gouvernement européen auquel les Etats membres délègueraient davantage de souveraineté.
Les choses avancent lentement, et nul ne s’attelle au nœud du problème (à savoir les ressources dont disposera l’Union pour mener à bien un programme d’investissement efficace).
Il y a des jours où l’on a l’impression que les "grands" gouvernements attendent la faillite grecque pour construire l’Union qu’ils disent vouloir. Telle est la thèse avancée par l’économiste Kenneth Rogoff, interviewé par le Spiegel : une fois qu’Athènes aura été expulsée de l’Union, les Etats-Unis d’Europe pourront mener plus rapidement à bien ce qu’ils ont prévu, grâce à la crise. Mais une nouvelle Union pourra-t-elle vraiment émerger sur les cendres de la Grèce ? Et de quelle Union s’agira-t-il sans la pression de la crise grecque ?
Pour l’heure, Athènes est dans la tourmente et multiplier les plans à court terme fragilise la zone euro et l’idée même d’une Europe solidaire dans l’adversité. Cette dernière aura du mal à former une fédération si le premier acte consiste à jeter à la baille les pays qui ne s’en sortent pas. Si l’opération "pare-feu" n’est pas indolore pour la Grèce, elle ne l’est pas non plus pour l’Europe.
C’est ce que Mario Blejer et Guillermo Ortiz, deux anciens banquiers centraux d’Argentine et du Mexique, ont écrit dans les colonnes de The Economist en rappelant aux Européens le coût de la faillite de Buenos Aires en 2002, et les différences entre l’effondrement argentin et celui qui est redouté en Grèce. L’Argentine a en effet connu six années de croissance après la dévaluation du peso et sa désindexation du dollar, mais le monde ne traversait pas la récession qu’il traverse actuellement.
Le redressement de la situation financière a été étalé sur une dizaine d’années, et le peso existe encore. A l’inverse, la drachme n’existe plus, et sa réintroduction serait un coup terrible pour le pays (les dettes grecques étant libellées en euros, comment les rembourser avec une drachme dévaluée ?). Enfin, ajoutent les banquiers centraux, on a oublié la courte vue du Fonds monétaire international et la dureté du krach argentin.

Une rancoeur pleine d'agressivité

Comment se fait-il que l’Europe aille aussi mal ? Est-ce l’économie qui vacille, sa classe politique est-elle malade, à moins que ce ne soit sa culture ? En réalité, les trois chancellent, et l’Europe sortira de cette épreuve renforcée ou bien dégénèrera, selon les remèdes appliqués simultanément aux trois maux – l’économie, la culture, la politique.
Sur le plan culturel, nous faisons un bond en arrière de 90 ans dans nos rapports entre Européens. En écoutant les citoyens, on a l’impression de revenir aux schémas nationaux des années 1920 et 1930. Une rancœur pleine d’agressivité reprend racine. Depuis des mois, les unes des journaux grecs dépeignent les dirigeants allemands comme des nazis.
Dans le même temps, Athènes déterre la question des réparations de guerre que Berlin doit encore payer à l’Europe occupée par Hitler. C’est oublier l’épisode de 1945, lorsque nous avons réaccordé notre confiance à la nation allemande et que nous avons entrepris d’unifier l’Europe. Cette confiance avait une signification précise, y compris financière.
Les réparations de guerre, qui avaient été la malédiction de l’Allemagne après la Première Guerre mondiale et l’avaient plongée dans la dictature, ne devaient plus exister (Israël étant un cas à part).
Ce que nous avons accordé à l’Allemagne en 1945, pour des raisons stratégiques, et parce que la culture politique avait changé, nous ne sommes pas capables de l’accorder aujourd’hui à la Grèce. Les erreurs d’Athènes ne sont pas des crimes, et pourtant la Grèce doit expier en plus de payer. Même ses élections sont vues d’un mauvais œil.
Les réparations qui lui sont demandées sont sévères et engendrent colère et ressentiment. Manifestement, on ne voit pas quelles raisons stratégiques pourraient motiver le maintien de la Grèce en Europe : il faudrait pour cela avoir une vision du monde, et la culture actuelle n’est plus celle des années 1945-1950.
Cette régression a des effets désastreux sur la politique. Comment une Europe fédérale peut-elle émerger si s’impose une culture déconnectée des enseignements que les Européens ont tirés de deux guerres mondiales ? Le choix d’un président comme Joachim Gauck, en Allemagne, est une bonne nouvelle, car la population allemande a contribué à ce climat de suspicion, même s’il n’est pas toujours injustifié. L’Europe a besoin de citoyens éclairés, et non de boucs émissaires.
Elle a besoin d’un croissance différente, commune, et non d’années de récessions, d’hostilités intestines, de vacillements de la démocratie. Sinon, elle est vouée à connaître à son tour une "étrange défaite", née dans les arrière-gardes de la société civile avant de se déclarer dans la ligne de défense mise en place le long des murs anti-contagion.

Vu d'Irlande

Le plan de sauvetage grec : "Une illusion"

L'économiste irlandais David McWilliams n'est pas convaincu par le plan de sauvetage grec de 130 milliards d'euros décidé le 21 février. Dans The Irish Independent, il rappelle que :
Sigmund Freud a écrit : 'Les illusions nous rendent le service de nous épargner des sentiments pénibles et de nous permettre d'éprouver à leur place des sentiments de satisfaction. Aussi devons-nous nous attendre à ce qu'elles en viennent un jour à se heurter contre la réalité, et le mieux que nous ayons à faire, c'est d'accepter leur destruction sans plaintes ni récriminations.'
L'Europe et l'UE vont bientôt "se heurter à la réalité". La réalité du dernier sauvetage grec est qu'il enlise le pays de plus en plus profondément. Et avec une économie grecque qui se contracte toujours plus, les roues de ce sauvetage vont finir par se décrocher.