TOUT EST DIT

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vendredi 27 mai 2011

Tombé dans le panneau

En voulant réagir très vite à l’augmentation de 20 % en avril du nombre de morts sur les routes, le gouvernement a confondu vitesse et précipitation et il est tombé par sa faute dans le panneau !

La politique engagée par Jacques Chirac et continuée par Nicolas Sarkozy pour réduire le nombre des victimes de la route de manière drastique est une politique de salut public qui doit être maintenue et renforcée : de 10.000 morts il y a vingt ans, on est passé à 4.000, et l’objectif de 3.000 est atteignable dès lors que l’exécutif démontre une volonté sans failles. L’assouplissement du mode de récupération des points a été une erreur car elle a été interprétée à tort ou à raison comme un signal de pause dans l’effort, aussitôt suivi d’une flambée des accidents. La réaction hâtive du Premier ministre et le conseil interministériel du 11 mai ont abouti au cafouillage des radars et des panneaux. L’insuffisante coordination entre MM. Fillon et Guéant, l’absence de concertation avec un groupe parlementaire UMP, toujours prompt à des éruptions de populisme routier, ont conduit à cette cacophonie, et l’ancien ministre des Transports, Dominique Bussereau, a eu raison de tancer ses collègues, accusés de « gérer cette affaire comme des amateurs et des débutants en politique ». Même si le président de la République a réaffirmé sa fermeté en disant « qu’on ne fait pas d’électoralisme quand il s’agit de vie ou de mort », il y a du flottement dans l’opinion à la veille des week-ends à haut risque de l’Ascension et de la Pentecôte, et c’est regrettable.

Un procès très délicat

«Justice est faite», avait déclaré le président Obama après la liquidation de ben Laden. « Justice sera faite », devrait-on dire, lorsque Ratko Mladic comparaîtra devant le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye, et seulement lorsque le jugement sera rendu. Deux approches de la justice vraiment très différentes, l’une américaine, l’autre européenne ! Il est vrai que si ben Laden et Mladic ont tous deux le sang de milliers d’innocents sur les mains, le dernier est hors d’état de nuire depuis 1995 tandis que le chef d’al-Qaïda continuait son djihad. Et à l’encontre du général bosno-serbe, il ne s’agit pas d’assouvir une vengeance. Mais de stabiliser les Balkans toujours fragiles, en mettant du baume sur les plaies des guerres civiles yougoslaves, en prouvant que les crimes de guerre ne restent pas impunis et en montrant les nationalismes sous leur forme la plus hideuse qui va jusqu’au génocide.

Ces considérations politiques et morales à l’origine du TPIY vont-elles atteindre leurs buts ? Pas sûr ! Selon un récent sondage, Mladic reste un héros pour 40% des Serbes, de même que Slobodan Milosevic. Encore le mois dernier, des manifestants ont violemment réclamé à Zagreb la libération du « héros » croate, le général Ante Gotovina, « purificateur ethnique » de la Krajina condamné à 25 ans de prison par le TPIY...

Qu’il ait fallu seize ans pour arrêter Mladic - en réalité vraiment recherché par la Serbie depuis 2008 seulement - prouve à quel point les « réseaux » de la guerre civile restent puissants, et partout dans les nouveaux États des Balkans, que les criminels présumés soient serbes, bosno-serbes, croates ou bosniaques musulmans. Partout, les complicités sont évidentes. Le cas Mladic est même exemplaire: l’homme ne se cachait guère et physiquement il n’a pas beaucoup changé depuis 1995. Parfaitement reconnaissable, Mladic a profité de protections haut placées, vraisemblablement dans l’armée...

Pour la Serbie, qui aura peut-être pour prix de sa coopération le statut de «candidate à l’UE», son arrestation est particulièrement délicate. Le procès pourrait prouver que le général accusé du massacre de Srebrenica n’était pas aux ordres du fantasque président bosno-serbe Radovan Karadzic mais dépendait de Belgrade dont il recevait les ordres, donc directement de Slobodan Milosevic et indirectement d’une kyrielle d’irrédentistes. Or ces hommes qui étaient pour le moins au courant jouent aujourd’hui encore un rôle non négligeable dans les partis politiques (reconvertis en « démocrates » ou non) et dans la société serbe. Un procès Mladic pourrait déraper dangereusement en devenant celui de la Serbie des années 1990. Avec les protagonistes de l’époque toujours aux affaires.

Un écueil à éviter absolument pour la tranquillité des Balkans. Et de toute l’Europe.

Justice pour Srebrenica

Le 11 juillet 1995, la ville de Srebrenica tombe aux mains des forces serbes de Bosnie. La population civile est alors regroupée. Puis contrainte de marcher durant quatre kilomètres vers la zone industrielle. Les soldats de Ratko Mladic procèdent alors au tri. D'un côté, les femmes et les enfants sont déportés pour « nettoyer » le territoire. De l'autre, les hommes âgés de 16 à 70 ans sont poussés vers des hangars. Dans les quatre jours qui suivent, près de 8 000 musulmans bosniaques vont être assassinés, puis enterrés dans les fosses communes que les soldats de Mladic leur ont fait creuser. L'Europe assiste, inerte, au retour des horreurs du passé, dans une « zone de sécurité » de l'Onu.

Ce massacre, le crime de guerre le plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale, est alors le point culminant de la politique de nettoyage ethnique en cours dans les Balkans. Les Serbes n'en sont pas les seuls responsables, mais Srebrenica devient rapidement un symbole de barbarie. D'autant plus douloureux qu'il est perpétré sous le regard impuissant de 400 casques bleus hollandais, censés protéger les populations civiles.

C'est cette horreur, et cet affront, que l'arrestation, hier, du « boucher des Balkans » vient, en partie, de laver. Les mères, les veuves, les soeurs, les filles de ces hommes massacrés pour leur seule appartenance ethnique ont exprimé leur sentiment que justice pouvait enfin être faite. Car Mladic, avec la caution du président serbe Slobodan Milosevic, et surtout celle du chef des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, était le principal responsable de la stratégie de découpage ethnique en Bosnie.

L'oeuvre de justice que permet l'arrestation et la rapide extradition de Mladic à La Haye vaut pour les victimes. Elle vaut aussi pour la Serbie, les Balkans et l'Europe. Le message lancé aux criminels en cavale est sans équivoque. Même quinze ans après les faits, crimes de guerre et génocides ne connaissent pas de prescription. C'est un signal important qui renforce les juridictions pénales internationales. De façon encore plus éloquente que la mort de Ben Laden, récemment.

Pour la Serbie, engagée depuis quelques mois dans un effort de pacification vis-à-vis du Kosovo et demandeuse du statut de candidate à l'adhésion à l'Union européenne, c'est aussi un signal politique. La cavale de Mladic ¯ et les soutiens au sein des forces armées qui l'ont favorisée ¯ constituaient un obstacle majeur sur la route de Belgrade vers Bruxelles.

Saisie par le conseil des ministres européens, la Commission européenne doit rendre, en octobre, un rapport sur le respect ou non par la Serbie des critères à remplir pour l'obtention du statut de candidat. En novembre dernier, la Commission soulignait ses réserves en matière de corruption, de réforme du système judiciaire, de réconciliation avec le Kosovo. Des progrès ont été récemment accomplis sur ce dernier volet, mais Bruxelles attend des résultats concrets.

L'arrestation de Mladic n'est pas tout, mais elle donne un élan politique considérable au rapprochement de Belgrade et de l'Europe. « La Serbie a vocation à entrer dans l'Union européenne », a très clairement affirmé, hier, Nicolas Sarkozy. L'élargissement n'est certes pas un thème porteur actuellement dans l'opinion européenne, mais la pacification des Balkans est vitale pour les populations qui furent durement frappées par la guerre il y a quinze ans. Elle l'est aussi pour l'Europe.

Restructuration de la dette grecque : Berlin change son fusil d'épaule

Le ministre allemand des Finances a assuré dans un entretien au Handelsblatt que la restructuration de la dette grecque aurait des conséquences encore plus dramatiques que l'effondrement de Lehman Brothers.

Ce n'est pas l'un des membres de la Banque centrale européenne, fermement opposés à la restructuration de la dette grecque et dont les commentaires se sont durcis ces derniers jours, qui a tenu ses propos. Mais le ministre de Finances allemand, Wolfgang Schäuble, au quotidien économique allemand Handesblatt. Pour lui, une restructuration pourrait provoquer une ruée des créanciers de la Grèce pour récupérer leur argent et donc précipiter le défaut. Or une faillite de la Grèce pourrait avoir "des conséquences encore plus dramatiques que l'effondrement de Lehman Brothers".
La semaine dernière, celui-ci avait pourtant envisagé un allongement des délais de remboursement de l'aide internationale si les créanciers privés participaient. Une restructuration douce ou un reprofilage. Difficile pour les marchés de s'y retrouver dans ces conditions.
Ces derniers commentaires ne seront toutefois pas pour déplaire aux représentants de la BCE qui ont à maintes reprises ces derniers jours appuyé les risques d'une restructuration, appuyant tantôt le "scénario de l'horreur", tantôt la "catastrophe" ou "l'effondrement du système" encouru. La BCE a même abattu, ces derniers jours, sa carte maîtresse : la menace de ne plus accepter de titres de dette grecs en dépôt de garantie lors de ses opérations de prêts aux banques de la zone euro. Une menace réitérée aujourd'hui par Christian Noyer au micro de BFM.
"Tous les scénarios pour soutenir la Grèce n'ont pas encore été épuisés" assure Schäuble
Berlin tente-t-il d'éviter le conflit avec la BCE ? "Nous avons toujours été bien inspirés de respecter l'indépendance" de la BCE, déclare notamment Wolfang Schäuble au Handelsblatt. Et d'ajouter : "tous les scénarios pour soutenir la Grèce n'ont pas encore été épuisés" au sein de l'Union européenne. Reste que pour le ministre, "les mesures de disciplines budgétaires seules ne pourront pas résoudre les problèmes" du pays qui a besoin d'améliorer sa compétitivité. "Il faut une perspective de croissance à moyen et long terme".
De son côté, Christian Noyer a balayé le risque d'un effet domino menaçant la France dans la crise des dettes souveraines qui sévit actuellement en zone euro." Tous les cas sont différents. C'est facile pour les opérateurs de marché de dire 'c'est un effet domino, l'un tombera après l'autre', tout cela n'a pas de sens", a-t-il déclaré, citant les exemples grec, irlandais et portugais. "Cette assimilation est très factice."

153 FRANKLIN STREET  THE NEW DSK'S JAIL











Non, le G8 n'est pas inutile

Cette réunion nous ramène aux sujets essentiels, comme Fukushima. Et, pour la France, réussir une année de G8 nous permet de rester parmi les pays qui comptent vraiment.


jeudi 26 mai 2011

Radars


Merci, Monsieur Guéant, vous nous faites redécouvrir les vertus de la prévention contre la délinquance. Grâce à vous, nous voici préservés du zèle de Monsieur Fillon, qui prétendait faciliter la répression de nos excès de vitesse par des radars inopinés. Vous vous rendez compte, il prétendait nous sanctionner sans prévenir, juste pour avoir roulé trop vite ! Avec vous, il y aura un panneau de limitation de vitesse, puis un radar pédagogique, et enfin seulement le radar répressif. On devrait d’ailleurs songer à mettre entre les deux un gendarme pédagogique, qui clignoterait sans verbaliser… Bien sûr, il paraît que la vitesse est souvent cause des accidents. Mais les autres n’ont qu’à faire attention. Et les parents n’ont qu’à pas laisser leurs bambins passer sous nos roues. Encore merci, Monsieur Guéant, grâce à vous, les chauffards français se sentent partout chez eux.

Le ministre du Travail n'a pas chômé hier

Xavier Bertrand n'a pu retenir sa joie. Sans attendre l'annonce officielle, faite par Pôle Emploi en fin de journée, le ministre du Travail avait annoncé dès le matin sur RTL « la » bonne nouvelle : un recul du chômage pour le quatrième mois consécutif (une évolution également perceptible sur le plan régional). De quoi même pronostiquer dans la foulée un début de sortie de crise… Une fois le détail des statistiques connu, l'enthousiasme devait être un peu tempéré. Certes, la baisse du nombre global de demandeurs d'emploi, d'un mois sur l'autre, est préférable à la situation inverse. Mais des points noirs demeurent. Ainsi, la situation des seniors et des chômeurs de longue durée se dégrade. Et le nombre de chômeurs « ayant exercé une activité réduite » est à la hausse. Deux signes, d'une hausse de la précarité et d'une aggravation du fossé entre « inclus » et « exclus », qui ne donnent guère motif à se réjouir. Enfin, si Xavier Bertrand peut affirmer qu'« on n'avait pas connu ça depuis le début 2008, c'est-à-dire avant la crise », les effets de celle-ci sont toujours perceptibles en matière de destruction d'emplois. Un constat rappelé aussi par l'OCDE hier : si une reprise modeste est en marche en France, la récession laissera des traces durables sur le marché du travail. À défaut d'être un vrai signe de retournement de tendance, l'information d'hier est au moins bonne… pour le gouvernement, qui peut y voir la démonstration que sa politique paye. D'où l'empressement ministériel à surfer sur la nouvelle. Dans cette bataille-là aussi, il n'y a pas de petites avancées.

Washington, vu de Paris...

Vu de Paris, ce serait une excellente opération. Comment ne pas se réjouir à l’idée qu’une Française puisse succéder à un Français à la direction générale du Fonds monétaire international? Au fond, ce serait presque un miracle si Christine Lagarde parvenait à s’asseoir à Washington dans le fauteuil de Dominique Strauss-Kahn, aujourd’hui l’un des hommes les plus décriés en Amérique. Comme elle l’a dit elle-même: être Français n’est pas vraiment un avantage pour briguer le poste...

Mais la ministre de l’Économie et des finances, d’ordinaire peu connue pour son audace, fait montre d’un certain culot. À 55 ans, l’ambition aidant, voilà la locataire de Bercy conquérante, elle qui resta si longtemps effacée dans l’ombre du président qui l’avait promue au- delà de ses espérances. Aujourd’hui, après avoir attendu le meilleur moment pour se découvrir, elle brave le scandale mondial créé par le sulfureux démissionnaire auquel elle prétend succéder. Mieux, elle souligne son incontestable réussite à la tête d’une institution en déclin sinon moribonde quand il en avait pris les rênes en 2007.

Si elle n’a pas la surface, ni l’épaisseur politique de DSK, elle a indiscutablement le profil de la fonction. Proche des milieux de la finance, plutôt à l’aise, par tempérament, dans les négociations internationales, parlant un anglais parfait qui ravit les journalistes de télé des États-Unis, et disposant de l’expérience d’une puissante avocate d’affaires à Chicago, elle est bien armée pour assumer les responsabilités auxquelles elle se destine.

Une carte inespérée pour le chef de l’État. Après s’être mordu les doigts d’avoir soutenu, à ses dépens, son concurrent, il tient une occasion de rattraper une stratégie perdante avec une postulante directement issue de sa propre écurie. Contrairement à leur première secrétaire, Martine Aubry, les socialistes, eux, ne se grandissent pas en dénigrant une femme qui, assurément, fera très correctement le job en défendant les intérêts de l’Europe. Les dirigeants de l’Union ne s’y sont d’ailleurs pas trompés en apportant un soutien unanime à leur très libérale petite camarade. Et si elle risque de traîner les casseroles de l’affaire Tapie, soyons justes, c’est le président qui les lui a accrochées dans le dos avec une incroyable légèreté...

On pourrait chanter l’hymne à la joie, sans état d’âme, si l’accession de Mme Lagarde à la tête du FMI n’était qu’une affaire de cocorico, de prestige national ou de résistance de la vieille Europe. Ce serait oublier la légitimité des pays émergents à convoiter un pouvoir qui les concerne directement. Quel signal de modernité et d’ouverture serait donné au monde du XXI e siècle si l’un des leurs était finalement choisi! De quoi se consoler largement de la perte de ce qui a fini par être considéré, insolemment, comme une chasse gardée.



Le G8, club de puissants ?


Un sommet informel. Quelques puissances invitées, les plus grandes. Des échanges discrets. C'est ainsi qu'en 1975 débuta l'histoire des G (5, puis 6, 7 et 8), à l'initiative de Valéry Giscard d'Estaing. Deux éléments dominaient alors le monde : la guerre froide, et le choc pétrolier qui, brutalement, venait de mettre un terme aux Trente Glorieuses. Adossé au Rideau de fer, ce club occidental était le plus riche, le plus représentatif d'un modèle économique capitaliste sur le point de triompher.

Trente-six ans plus tard, changement de décor. Le club en tant que tel est plus ou moins le même, rejoint en 1998 par la Russie. Un climat de crise économique est de nouveau d'actualité. Mais tout le reste a changé. La discrétion a cédé le pas à l'hypermédiatisation. La causerie informelle s'est muée en sommet blindé. Les puissants de ce monde sont contraints, depuis longtemps, de tracer des périmètres de sécurité de plus en plus vastes, pour se prémunir des attentats et de la société civile.

Mais, au fait, sont-ils toujours aussi puissants ? En 1975, près des deux tiers de la richesse mondiale étaient assis autour de la table. Aujourd'hui, les deux cinquièmes. C'est encore beaucoup. Suffisamment pour rendre utiles ces échanges entre Grands, même si, depuis deux ans, il a bien fallu se résoudre à élargir la table et à créer un autre club, le G20, pour juguler la crise économique et financière.

Car la division Est-Ouest des débuts, qui répondait à des critères économiques mais pas seulement, a laissé la place à un clivage Nord-Sud, facilement assimilable à un fossé riches-pauvres. C'est ce qui a provoqué, au fil des sommets, la montée de la contestation altermondialiste, pour rappeler les puissances économiques non plus seulement à une logique de puissance, mais à un devoir de responsabilité. Aujourd'hui, les données ont encore évolué, car le fait majeur de la décennie écoulée, c'est l'arrivée des émergents : Chine, Inde, Brésil. Admis au G20, pas au G8.

On mesure l'ambiguïté de l'exercice, dans cette ère où aucun modèle stable de gouvernance n'a encore été trouvé. On assiste, sommet après sommet, à une sorte de gouvernance à géométrie variable, en fonction des sujets, des intérêts. L'Onu n'est impliquée que lorsque les Cinq du Conseil de sécurité cherchent une caution juridique et morale, comme dans l'opération anti-Kadhafi. À Deauville, la tentation sera grande de créer même des sous-groupes au sein du G8, Américains, Britanniques et Français n'ayant pas les mêmes vues que les Russes sur le dossier libyen ou la Syrie.

Ce sommet, pourtant, a une opportunité à saisir, s'il veut briser cette image de club de vétérans des équilibres de 1945. Apporter un soutien franc et massif aux évolutions en cours dans le monde arabe. La Tunisie et l'Égypte comptent parmi les invités. La hauteur du financement et la force du soutien politique que le G8 leur accordera, pour aider leur transition démocratique fortement menacée par l'effondrement du tourisme, sera à cet égard un signal important.

De même, la présence de plusieurs chefs d'État africains engagés sur une voie plus démocratique, dont le tout nouveau président ivoirien, ne doit pas seulement servir à rendre la photo de groupe plus décente. Elle doit rappeler aux Huit que développement et démocratie sont des valeurs partagées. Surtout au moment où les échanges Sud-Sud sont en plein essor. Sous peine, sinon, de s'enfermer dans un club nordique.

L’Ecosse, une indépendance à inventer

La récente victoire électorale des nationalistes relance l'idée d'une indépendance de l'Ecosse. Mais si l'on regarde l'exemple de la Catalogne et du Pays basque, c'est une Europe des confédération qui se profile, estime El País. 

La  victoire écrasante et inattendue du Scottish National Party [SNP, Parti national écossais] aux élections régionales du 5 mai, où il a raflé contre toute attente 69 sièges sur les 129 en jeu, ouvre la voie à la tenue d’un référendum sur l’indépendance de l’Ecosse. Considérée comme une chimère il y a 10 ou 15 ans, la possibilité de l’indépendance commence à être prise au sérieux, même si de récents sondages révèlent que paradoxalement, les Anglais souhaitent davantage la rupture que les Ecossais.
Le système d’autonomie de l'Ecosse, appelé "dévolution" ou transfert de compétences, a été mis en place par les travaillistes en 1997. Cette décentralisation partait du principe que plus les Ecossais auraient d’autonomie, moins ils aspireraient à l’indépendance. Beaucoup estiment aujourd’hui que c’est l’inverse qui s’est produit. D’autres font valoir qu’il est trop tôt pour tirer des conclusions.

L'identité nationale n'est pas au coeur des revendications

La victoire du SNP a frappé les esprits en Espagne. Car enfin, comment ne pas faire le parallèle avec les aspirations à l’indépendance d’une partie de la population basque et catalane ? Il existe pourtant d’énormes différences. Le Royaume-Uni s’est constitué il y a quatre siècles avec l’accession de Jacques VI d’Ecosse au trône d'Angleterre, l’union étant consacrée par la fusion volontaire des parlements anglais et écossais un siècle plus tard, en 1707.
Contrairement au Royaume-Uni, l’Espagne offre un ensemble complexe de 17 régions autonomes, ayant différents degrés d’ambition autonomistes. Pour revenir au cas de l’Ecosse, c’est le pauvre, et non le riche, qui veut partir [à la différence de l’Espagne, où la Catalogne et le Pays basque sont des régions riches]. Et l’identité nationale des Ecossais et des Anglais n’est pas au cœur des revendications.
Quelle qu’en soit la raison, la possibilité qu’Alex Salmond, le charismatique leader indépendantiste, appelle à un référendum, ne provoque pas un tollé politique au Royaume-Uni. "Il est un peu optimiste de la part du SNP de penser qu'il peut gagner un référendum sur l’indépendance, estime l’historien Sebastian Balfour, professeur émérite d’Etudes contemporaines espagnoles à la London School of Economics. Le SNP subirait gravement les conséquences d’un résultat négatif, car la situation de l’Ecosse est très particulière et tout à fait différente de celle de l’Espagne, dans la mesure où il y a bien plus d’Anglais que d’Ecossais en faveur de l’indépendance de l’Ecosse, et moins d’Anglais contre que d’Ecossais. Bon nombre d’Ecossais souhaitent préserver l’union avec l’Angleterre. C’est comme si les Anglais avaient troqué leur identité nationaliste-impérialiste contre une identité post-nationale, une identité civique disons moins locale, ou régionale. Et je doute fort que le SNP, pour l’instant, pose la question du référendum. En revanche, et ce n’est pas du tout la même chose, je crois que sa stratégie à long terme est de démontrer sa capacité à gérer ses affaires dans le sens des intérêts de l’Ecosse".

L'Ecosse plus écossaise que la Catalogne n'est catalane

Dans quelle mesure cette victoire écrasante du SNP peut-elle avoir une incidence sur l’Espagne ? "Elle peut renforcer jusqu’à un certain point le courant indépendantiste dans l’opinion, mais je ne pense pas qu’elle ait beaucoup de répercussions, commente Balfour. Cela ne me paraît pas si important. Il y a de grandes différences, et en réalité aujourd’hui l’Ecosse se rapproche davantage de la Catalogne et du Pays basque, en ce sens qu’elle possède un parti nationaliste ayant la majorité au Parlement. En Espagne, cette situation ne date pas d’hier".
L’Ecosse est nationaliste "dans le sens où les gens se sentent avant tout écossais ; mais ils sont aussi britanniques", renchérit David McCrone, co-directeur de l’Institut de gouvernance de l’Université d’Edimbourg. "En Catalogne, cette question se situe sur une échelle à cinq degrés : être catalan, mais pas espagnol ; être plus catalan qu’espagnol ; être aussi catalan qu’espagnol ; être plus espagnol que catalan ; être espagnol, mais pas catalan. A cet égard, l’Ecosse est plus écossaise que la Catalogne n’est catalane. Ce phénomène est très lié à l’immigration depuis le reste de l’Espagne. Et il n’est peut-être pas non plus sans rapport avec la question linguistique".
En ce qui concerne l’Ecosse, la langue n’est pas un problème. "La langue a été éliminée en tant que péage que les gens doivent payer pour être écossais, explique McCrone. Etre écossais est une question territoriale, pas une question linguistique ou ethnique. Résultat, les gens qui viennent en Ecosse se sentent plus facilement écossais. La langue ne devient pas une raison d’être, un élément essentiel de l’identité nationale ou une manière d’exprimer ses différences comme c’est le cas avec la langue au Québec". Ou bien au Pays de Galles, où le nationalisme est plus faible qu’en Ecosse, mais où presque un Gallois sur quatre parle gallois.

Le degré d'autonomie en question

Pour toutes ces raisons, le débat sur l’indépendance en Ecosse est plus pragmatique qu’au Pays basque ou en Catalogne. A en croire McCrone, la victoire du SNP n’est pas vraiment celle de l’indépendantisme face à l’unionisme : elle est surtout révélatrice du degré d’autonomie que souhaitent les Ecossais."Ces vingt dernières années, certains d’entre nous se sont moins concentrés sur la distinction entre indépendance et autonomie et ont davantage réfléchi à la question de l’évolution de l’autonomie proprement dite. Le débat porte en réalité sur le degré d’autonomie et les moyens d’en obtenir davantage".
McCrone se moque de l’attitude simpliste de Londres face à la question écossaise. "La vision de la métropole tend à privilégier deux points de vue : soit l’Ecosse ne sera jamais indépendante, soit l’indépendance est inévitable, explique-t-il. Je pense que c’est bien plus compliqué que cela. Nous vivons dans un monde où la signification de l’indépendance est problématique. En réalité, le débat porte sur des degrés d’autonomie. Si par indépendance on entend le classique Etat indépendant du XIXe siècle, avec une armée, des frontières, etc., évidemment on est loin du compte. Ce n’est pas le monde dans lequel nous vivons".
Et McCrone d’ajouter : "Nous vivons dans un monde où l’autonomie se partage à différents niveaux. Tant l’Etat espagnol que l’Etat britannique sont membres de l’Union européenne. Et l’UE a du pouvoir. Ce n’est pas une question de souveraineté absolue, mais de souveraineté partagée".
"Ma prédiction personnelle, c’est que le Royaume-Uni va s’engager dans une voie confédérale, poursuit le chercheur. En d’autres termes, le moment venu, il y aura des degrés d’autonomie plus importants. De même qu’il y en a, pour des raisons très différentes et dans un autre contexte, en Belgique. Le transfert de compétences en Flandres et en Wallonie est considérable. Nous nous orientons vers un monde confédéral, et non pas un monde d’Etats absolument indépendants. Un monde où l’Ecosse, la Catalogne, et bien sûr le Pays basque, vont aller plus loin dans l’autonomie. Les choses changent. Et le comportement qu’auront les gouvernements centraux est absolument essentiel. En Grande-Bretagne, les conservateurs ont tiré quelques enseignements de ce qui s’est passé. Il ne sont plus aussi agressifs et bornés que lorsqu’ils avaient autrefois le pouvoir. Reste à savoir si cela va durer".
Le Royaume-Désuni de Grande-Bretagne est-il pour demain ? Comme le rappelle Alex Salmond, "on nous disait qu’il n’y aurait jamais de Parlement écossais, et il y en a un. On nous disait que nous ne remporterions jamais d’élections, et nous en avons gagné en 2007. On nous disait que nous n’aurions jamais la majorité absolue, et nous l’avons. Aujourd’hui, on nous dit que nous ne gagnerons jamais un référendum sur l’indépendance". Qui sait !


  Economie

Le pétrole ne garantit pas l'indépendance

Selon la Neue Zürcher Zeitung, "une indépendance de l'Ecosse ne serait pas raisonnable d'un point de vue économique", même si elle dispose "d'autre biens que le pétrole, le whisky et les cornemuses." Avec 15 453 milliards de livres (17 811 milliards d'euros) générés en 2007, l'énergie reste la source principale de revenus, précise le quotidien zurichois. Mais avec les variations des prix et la baisse des réserves de pétrole, établir un budget stable à moyen terme "présenterait un réel défi pour l'Ecosse". L'énergie éolienne, capable de modérer ces pertes est certes "en plein développement mais reste pour l'instant une opération à perte". Les finances, l'autre pilier de l'économie écossaise, est également instable en temps de crise, explique la NZZ. La Royal Bank of Scotland et la HBOS ont dû être sauvées par les contribuables britanniques. "Le rêve d'indépendance mènerait donc à un réveil brutal pour les Ecossais. Une plus grande autonomie financière, en revanche, pourrait dynamiser leur économie", conclut le journal.

Jean-François Kahn quitte le journalisme

Jean-François Kahn, figure de la presse française, va annoncer qu'il quitte le journalisme, dans son bloc-note à paraître dans la prochaine édition vendredi de Marianne, selon la rédaction de l'hebdomadaire qu'il a fondé.
Le journaliste de 72 ans, évoquera dans ce dernier point de vue, la polémique suscitée par le commentaire qu'il avait fait à la radio sur l'affaire Strauss-Kahn: "si c'est "un troussage de domestique, c'est pas bien". Il s'est ensuite excusé de cette déclaration.
Le directeur de Marianne, Maurice Szafran, reviendra lui aussi sur l'affaire DSK et ce commentaire dans la prochaine édition de l'hebdomadaire.
L'annonce de cette retraite de Jean-François Kahn a fait l'objet d'un mail interne à la rédaction de l'hebdomadaire, a révélé le site lepoint.fr.

De l'Algérie au Centre

Reporter pendant la guerre d'Algérie, il sera un des journaliste qui révélera l'affaire Ben Barka, homme politique marocain disparu mystérieusement alors qu'il devait être protégé par les services français.
Il a été notamment chroniqueur sur Europe, directeur de la rédaction des Nouvelles littéraires et a participé à la célèbre émission politique L'Heure de vérité avant de créer en 1984 L'Événement du Jeudi et ensuite Marianne qu'il a dirigé jusqu'en 2007 avant d'y tenir son "bloc-note". Il est l'auteur de nombreux ouvrages, surtout des livres politique. Il a fait un bref passage en politique, élu centriste en 2008 à la députation européenne à laquelle il avait renoncé aussitôt.

mercredi 25 mai 2011

Si Claude Guéant avait raison

Chaque fois que Claude Guéant, en tant que ministre de l’Intérieur, aborde le sujet de l’immigration, c’est un tollé, on voit l’opposition socialiste se dresser contre lui, l’accuser quasiment de racisme ou de xénophobie et de faire la course aux électeurs du Front national. Pourtant, lorsqu’il souhaite réduire de 10 % le nombre d’immigrés légaux entrant chaque année en France, soit 20.000 sur 200.000, le ministre pose un vrai problème. Il y a actuellement en France environ 500.000 offres d’emploi non satisfaites. Il s’agit d’emplois manuels peu qualifiés et mal rémunérés : dans de nombreux secteurs comme la restauration, le bâtiment, les services à la personne, les employeurs doivent recourir à des immigrés parce que « les Français de souche refusent les emplois difficiles où il faut se lever tôt et qui sont rémunérés aux alentours du SMIC » (Charles Melcer vice-président de la CGPME). Dans le même temps, le nombre de personnes vivant des aides sociales et de l’assistance avoisine les 4 millions, avec 1.7000.000 assujettis au RSA, nombre qui ne cesse de grandir.
Est-il inconcevable de réfléchir et de réaliser une certaine forme d’ajustement entre ces deux données ? Ne peut-on pas imaginer que 10 % des personnes touchant le RSA puissent trouver un emploi dans les secteurs déficitaires. Est-il honteux d’imaginer qu’un jeune au chômage devienne ne serait-ce que pour quelques années serveur de restaurant, manutentionnaire ou téléconseiller dans un centre d’appels ? Pour une partie de la gauche, poser ces questions est indécent. Mais qu’en pensent les Français ?

Lagarde au FMI: les conséquences

Christine Lagarde sera sans doute l'héroïne de ce mois de juin. Mais attention, sa situation est périlleuse à cause de l'affaire Tapie, qui n'est toujours pas réglée. De plus, si elle s'en va, il faudra la remplacer au ministère de l'Economie. L'édito vidéo de Christophe Barbier.


Tristiane Banon : Hollande et Fabius auraient couvert DSK

A en croire Christophe Dubois, un des auteurs de Sexus Politicus, non seulement le PS savait pour au moins une tentative de viol supposée de DSK, mais Laurent Fabius et François Hollande auraient fait pression sur la mère de Tristiane Banon pour étouffer l’affaire et éviter le dépôt d’une plainte : « Laurent Fabius et François Hollande, à tour de rôle, ont fait en sorte que cette jeune fille, dont ils connaissaient la mère, une élue socialiste, ne porte pas plainte pour tentative de viol et contribue à ce que tout se règle à l’amiable et sans bruit. Mais la presse aussi était au courant et n’a rien dit. »
Christophe Dubois jette également la pierre aux médias, accusés de complaisance: « De manière très factuelle, nous avons constaté, lorsque le livre est sorti, et alors que nous avons bénéficié d’une très grande couverture médiatique, des bonnes feuilles ayant été publiées, que les infos concernant Dominique Strauss-Kahn n’ont jamais fait l’objet d’une seule ligne dans les médias. Cela confinait à l’omerta. »
Des propos qui vont dans le même sens que ce qu’écrivait France Soir, cité par Vincent Bénard : « Or les « affaires » se seraient succédé en France et à l’étranger. La quasi-totalité n’aurait jamais débouché sur le plan médiatique ou judiciaire à l’exception de deux d’entre elles. L’une concernait en France une journaliste et l’autre aux États-Unis une haut fonctionnaire du FMI. Les autres se seraient déroulées en l’absence totale de la moindre procédure de police ou judiciaire ainsi que de la moindre allusion dans la presse. Elles auraient eu pour victimes plusieurs jeunes femmes, dont des militantes du PS et des Beurettes, selon nos informations émanant de proches, pourtant bienveillants à l’égard de DSK. Toutes ces affaires se seraient réglées à l’amiable entre les parents de ces victimes et des responsables du PS. Ces derniers auraient réussi à calmer, avec beaucoup de difficultés, ces sympathisants socialistes (certains s’étaient armés d’une hache ou d’un couteau, selon notre source) les persuadant de ne pas déposer plainte. »
Ces révélations, si confirmées, risquent d’entacher sérieusement l’image du Parti Socialiste. Nicolas Sarkozy semble en tout cas s’en réjouir : « En privé, le chef de l’État estime que l’affaire est un désastre pour le Parti socialiste, qui aurait perdu une partie du combat pour la présidentielle : celui de la morale.

Le commentaire politique de Christophe Barbier




Avec Obama, l’amour est aveugle

Ni corruption, ni ego boursouflé : les Européens admirent Barack Obama parce qu’il incarne un chef d’Etat intelligent et ouvert, très loin de ce qu’ils connaissent. C'est pour cela qu'il préfèrent fermer les yeux sur son vrai bilan. 

Dans son livre L’Audace d’espérer [Presses de la cité, 2008], Barack Obama se décrit comme un test de Rorschach, cette expérience de psychologie bien connue où l’on présente une série de taches d’encre à des sujets qui doivent dire ce qu’ils y voient. Il n’y a pas de bonne réponse. Mais chaque réponse, à sa façon particulière, est censée dévoiler les obsessions et les angoisses du patient. "Je suis l’écran sur lequel des gens de tendances politiques tout à fait différentes projettent leurs propres idées, dit-il. A ce titre, je ne peux qu’en décevoir certains, sinon tous."
Mais une des choses les plus curieuses, à propos de ceux qui soutiennent Obama, n’est pas qu’ils soient déçus – compte tenu des formidables espoirs qu’ils avaient placés en lui, c’était inévitable –, mais qu’ils lui vouent encore une dévotion fervente en dépit de ces désillusions. C’est comme si chaque déception était vécue individuellement, puis discrètement oubliée.

Le chômage et la misère plus élevés que du temps de Bush

Cela a longtemps été le cas des électeurs noirs aux Etats-Unis, qui continuent malgré tout à être plus optimistes que jamais pour l’Amérique, alors que leur sort ne s’y est guère amélioré. Le chômage, la misère et le nombre des saisies ont dépassé, et de loin, les chiffres du temps de George Bush, et l’écart entre Noirs et Blancs ne cesse de se creuser en termes de perspectives d’avenir. Et pourtant les Africains-Américains restent la base la plus fidèle d’Obama. Victimes d’un taux de chômage de 16 %, ils continuent de l’approuver à 80 % dans les sondages.
On retrouve la même contradiction dans l’attitude des Européens vis-à-vis du président des Etats-Unis. Elle n’a pratiquement pas changé depuis sa candidature à la présidentielle. Un sondage réalisé par le Pew Research Center en juillet 2008, avant l’élection, avait montré qu’Obama était plus populaire en Europe que n’importe où ailleurs, y compris en Amérique du Nord.

Guantanamo toujours ouverte

En Allemagne, en France, en Espagne et en Grande-Bretagne, ils étaient plus de 70 % à dire qu’ils lui faisaient confiance "pour faire ce qu’il faut dans le domaine des affaires internationales" et plus de la moitié pensaient qu’un nouveau président bouleverserait favorablement la politique étrangère américaine. Si, dans une enquête menée en 2008 par le Fonds Marshall allemand, 19 % seulement des Européens interrogés soutenaient la gestion par Bush de la situation internationale, un an plus tard ils étaient 77 % à approuver la politique étrangère d’Obama.
En septembre 2009, Craig Kennedy, le président du Fonds, affirmait : "Je me doute que, quand de véritables décisions politiques auront été prises, nous constaterons une évaporation de cette ‘euphorie Obama’, les Européens commençant à le voir davantage comme un Américain et moins comme l’un d’entre eux." Or, cela n’a pas été le cas.
Trois ans plus tard, il part de chez lui – où, même après l’assassinat d’Oussama Ben Laden, sa cote de popularité se situe aux alentours des 50 % – et se pose sur un continent où plus de 70 % des habitants estiment qu’il fait du bon boulot.
Ce qu’il y a d’étrange, c’est que beaucoup de ce que les Européens détestaient du temps de Bush est toujours en place à la veille de la candidature d’Obama à sa réélection. Guantanamo n’a pas fermé ses portes, les transferts clandestins de terroristes présumés se poursuivent, il y a plus de troupes déployées en Afghanistan, et il y en a encore en Irak.
De plus, l’Europe est en partie responsable de l’enlisement dans certains secteurs de la politique étrangère. Le problème de Guantanamo tient entre autres au fait que les gouvernements européens ont refusé de prendre nombre des détenus en charge. Certains ont salué l’intensification des opérations américaines en Afghanistan, tout en se disposant à retirer unilatéralement leurs propres forces.

De "Yes we can" à "Ça pourrait être pire"

Le principal argument invoqué à décharge par Obama, tant à l’étranger qu’aux Etats-Unis, c’est que la situation était catastrophique quand il est arrivé, et qu’elle ne ferait que s’aggraver s’il s’en allait. C’est vrai. Mais on est bien loin de la rhétorique flamboyante qui avait accompagné son ascension au pouvoir. C’en est fini du "Yes we can". Aujourd’hui, c’est plutôt : "Ça pourrait être pire."
Les élites politiques européennes sont frustrées depuis longtemps. "J’exagère peut-être, mais je pense que [cette tournée européenne] devrait être l’occasion de remettre à plat les relations avec l’Europe", déclare au Washington Post Heather Conley, directrice du Programme Europe au Center for Strategic and International Studies. "Les leaders européens ont du mal à se positionner par rapport à Obama. Il a suscité beaucoup d’attentes, mais maintenant ils se demandent : 'En quoi est-il différent ?'"
Cette attitude tarde encore à gagner le discours ambiant. Alors pourquoi les Européens l’aiment-ils tant alors que son bilan est si maigre ? Pour une bonne part, ils aiment chez lui les qualités qu’ils lui ont toujours prêté. Il n’est pas George Bush, même si l’on peut se demander combien de temps cette définition négative tiendra la route. Il est apparu à un moment où les dirigeants européens faisaient grise mine.
Les Européens aiment Obama plus que les Américains eux-mêmes. Mais surtout ils l’aiment plus que leurs propres gouvernants. Moins d’un tiers des Italiens et des Français, respectivement, approuvent Silvio Berlusconi et Nicolas Sarkozy, seulement un Allemand sur deux trouve Angela Merkel crédible. La cote de David Cameron n’est pas tellement meilleure.

L'obamaphilie européenne : reflet des faiblesses de l'Europe

Brillant, charismatique, télégénique, Obama n’a aucun scandale sexuel à se reprocher, si bien que par comparaison il représente la possibilité d’une démocratie conduite par des citoyens intelligents et soucieux de l’intérêt général, par opposition aux opportunistes, aux égocentriques et aux dépravés. Tout se passe comme si sa capacité démontrée à poser les vrais problèmes dans toute leur complexité avait permis à certaines personnes de ne faire aucun cas de son incapacité à y apporter des solutions.
Mais, à bien des égards, l’obamaphilie européenne a toujours reflété aussi bien les faiblesses que les forces du continent. Comme les royalistes en quête d’un monarque éclairé, en lequel ils pouvaient placer de grandes espérances mais sur lequel ils n’avaient aucun contrôle démocratique, ils ont décidé de ne pas se servir de leur propre pouvoir, mais au contraire de compter sur celui d’un autre.
Et ces faiblesses se sont aggravées. Tandis que les effets de la crise financière continuent de se faire sentir, le continent s’efforce de rester soudé. La Grèce et l’Irlande sont au bord du défaut de paiement, le Portugal va devoir être renfloué, les Espagnols sont dans la rue. L’avenir de l’euro a été ouvertement remis en cause.
Et, tandis que bon nombre des problèmes touchant les relations transatlantiques demeurent, presque tout le reste a changé. Le printemps arabe a mis à nu le déclin de l’influence des Etats-Unis et de l’Europe sur le monde, tandis que la volonté des Européens de conserver la présidence du FMI a quelque chose d’anachronique face à la montée en puissance d’économies en développement plus dynamiques.
L’attitude des Européens envers Obama en dit plus long sur l’Europe que sur le président des Etats-Unis. Et ce qu’elle révèle, que ce soit sur les Européens ou sur Obama, n’est pas vraiment glorieux.

mardi 24 mai 2011

Radars: ne cédons pas !

Claude Guéant doit tenir bon face à la fronde des 73 députés UMP qui s'opposent à la suppression des panneaux avertisseurs de radars. L'édito vidéo de Christophe Barbier.



Un retour forcé à plus de modestie au PS

La page DSK se tourne, mais le show des primaires continue au PS. C'est désormais le possible duel Aubry-Hollande qui est à l'affiche. De quoi rebattre les cartes. De challenger, François Hollande récupère le rôle de favori des sondages et de candidat « extérieur » à l'appareil. Martine Aubry, elle, est pour l'instant dans la position d'un Dominique Strauss-Kahn forcé par ses responsabilités à ne pas se déclarer trop tôt, et plus contrainte que réellement désireuse de s'engager dans la campagne présidentielle. Une distinction plus marquante que leur positionnement politique respectif. François Hollande cultive ouvertement un modèle « démocrate » plus que socialiste. Et si Martine Aubry apparaît depuis le congrès de Reims plus à gauche que son prédécesseur, c'est surtout pour avoir été la candidate du « Tout sauf Royal », - associant l'aile gauche et l'aile droite du parti - même si rien ne l'éloigne d'une ligne sagement social-démocrate. Un autre point, pour l'heure, les rapproche : une certaine modestie. Il est sûr que Martine Aubry ne pense pas à devenir présidente chaque matin en se rasant. Elle en est à assurer qu'elle « prendra ses responsabilités » ; un sens du devoir déjà mis en pratique avec succès depuis son arrivé à la tête du PS. Et François Hollande se veut un « candidat normal ». Acceptons en l'augure. Il s'agirait d'un signe positif après la personnalisation à outrance de ses dernières années, à droite comme à gauche. Si cela devait remettre au centre le projet et l'engagement collectif plutôt que la quête de l'homme providentiel, le séisme DSK n'aurait pas eu que des effets négatifs.

Le cas DDV

Où est-il dans l’univers électoral tourmenté de la France de l’avant 2012 ?

On croyait que le procès en appel de Dominique de Villepin permettrait de clarifier sa situation et débarrasserait son chemin des obstacles dressés par la sale affaire Clearstream. Mais quel que sera le verdict final, il ne lèvera pas le doute politique qui accompagne comme une traînée de poussière lumineuse et sombre la trajectoire singulière du dernier Premier ministre de Jacques Chirac.

Cet homme est un mystère et une question. Ou plutôt une somme de questions. Comment prévoir les comportements de cet ovni qui évolue dans une galaxie dont lui seul connaît les repères ? Car cet héritier du gaullisme au verbe haut cultive instinctivement une forme de solitude qui le met à l’écart du reste de la classe politique. Et une soif de grandeur que la temporalité de l’action ne parvient pas à étancher.

Le prix d’un positionnement aussi risqué ne le dérange pas vraiment. Il ne peut concevoir le rassemblement qu’autour de lui. Qui l’aime le suive ! Et tant pis si l’audace de ses stratégies est dangereuse ! Et si le goût du panache désoriente jusqu’à ses plus fidèles grognards. Le programme charpenté mais iconoclaste, présenté en avril, n’a-t-il pas provoqué le départ d’un de ses collaborateurs les plus proches, désertant par désaccord avec la surprise du chef.

Un tel tempérament ne pouvait s’accommoder d’un rival aussi différent que Nicolas Sarkozy. C’est bien la détestation entre les deux hommes, une détestation à mort submergeant tout, une détestation romanesque et désormais cinématographique - elle donne son rythme à «La Conquête» - qui est au cœur de l’affaire Clearstream. C’est bien elle qui a motivé l’appel interjeté par le parquet, probablement soufflé par l’Élysée, après l’acquittement de DDV en première instance. C’est elle, aussi, qui a inspiré le commentaire assassin de l’intéressé, hier soir, après les six heures du réquisitoire prononcé contre lui.

Cet épisode judiciaire a mis en évidence l’inutilité de ce nouveau procès. Tout ça pour prolonger la torture d’un homme dont on a manifestement juré la perte et qui proteste de son innocence. Tout ça pour que le procureur réclame 15 mois avec sursis, trois de moins qu’en première instance... Tout ça pour qu’on ne connaisse pas vraiment, non plus, la vérité, et qu’on ne sache jamais si un Premier ministre a fermé les yeux sur une machination destinée à salir son rival. Tout ça, surtout, pour que l’ancien chef de gouvernement ne puisse, ni ne veuille, se présenter à la présidentielle...

S’il le peut, DDV «ira» pourtant, comptez sur lui pour ça. Il n’a déjà plus rien à perdre, même pas sa femme qui a pris le large. Alors, même sans un sou vaillant ni aucune chance de l’emporter, il ira. 5 % lui suffiraient. Ce serait juste assez pour faire trébucher l’adversaire. Le petit caillou de la haine.

Révoltes arabes : l'isolement d'Israël


Au Proche Orient, les aiguilles de l'horloge ont beau tourner, l'heure est toujours la même. Bloquée. Refus de dialogue. Confrontation. Déni d'existence. Violence. Humiliations. Depuis soixante-quatre ans, Israéliens et Palestiniens ne sont pas parvenus à s'entendre sur un partage équitable de la terre. Même lorsqu'ils furent à deux doigts de le faire, sous la présidence Clinton.

Pourtant, aussi immuable que puisse paraître ce statu quo, les bouleversements en cours dans le monde arabe viennent de changer les paramètres de cette confrontation israélo-palestinienne. Les équilibres de l'après 11-Septembre ont vécu, tout comme certaines alliances. Un compte à rebours vient même d'être lancé avec le projet de reconnaissance d'un État palestinien, en septembre prochain, par l'Assemblée générale des Nations unies.

Pas davantage que ses partenaires occidentaux, le gouvernement israélien n'avait vu venir la révolte des jeunes arabes et sa rapide diffusion. Il n'en a pas moins mesuré immédiatement ses répercussions potentielles, jugées généralement négatives pour la sécurité d'Israël.

Ainsi, l'allié égyptien, qui, sous Moubarak, cogérait le bouclage de Gaza, ne sera plus aussi bienveillant à l'égard d'Israël, quelle que soit l'issue de la transition. La déstabilisation du régime syrien, plaque tournante dans la région, irradie chez tous les voisins sensibles (Liban, Iran, Irak, Turquie). Elle vient de perturber jusqu'à la tranquillité (certes blindée) du Golan. Enfin, le rapprochement de circonstance entre les factions palestiniennes ennemies, le Hamas et le Fatah, prend Tel-Aviv à contre-pied.

La peur du vent démocratique

Si on ajoute la menace iranienne et le refroidissement des relations israélo-turques depuis plus de deux ans, on mesure l'isolement considérable, et croissant, d'Israël. Avec une bonne raison, évidente : l'impossibilité de négocier tant que le Hamas menace son existence. Mais aussi avec un paradoxe nouveau : Israël, qui s'est longtemps targué d'être la seule démocratie de la région, a peur du vent démocratique.

À l'heure où le concept d'autodétermination des peuples et des sociétés civiles reprend sens, les arguments sont rares pour s'opposer à la reconnaissance par l'Assemblée générale de l'Onu, en septembre, de l'État palestinien. C'est ce qui inquiète les Israéliens, qui redoutent une troisième intifada (dont on a peut-être vu les prémices le 15 mai aux frontières d'Israël), et les Américains, qui rechignent à utiliser un veto qui serait plus impopulaire que jamais.

Dans ses récents discours à l'occasion de la venue à Washington du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, Barack Obama a posé les conditions d'une reprise du dialogue. Il demande aux Palestiniens de renoncer à la procédure onusienne, d'accepter un État démilitarisé ; au Hamas de reconnaître Israël ; aux Israéliens de travailler à partir des frontières de 1967.

Netanyahou a paru s'en offusquer. En fait, cette base de travail n'a rien de scandaleux ni de vraiment nouveau. En affichant aussi publiquement ses désaccords, le Premier ministre israélien a surtout voulu rappeler à Obama les contraintes qu'impose sa réélection. Il le redira probablement aujourd'hui, devant le Congrès. Au risque de continuer à s'accrocher à un statu quo injuste, chimérique et dangereux.




Baroin assure que la Chine est favorable à la candidature Lagarde au FMI

Le ministre français du Budget et porte-parole du gouvernement François Baroin a assuré mardi que la Chine voyait d'un oeil favorable une éventuelle candidature de la ministre française de l'Economie, Christine Lagarde, à la direction du Fonds monétaire international (FMI).
"Les Chinois sont favorables à la candidature de Christine Lagarde", a déclaré M. Baroin sur la radio Europe 1.
Interrogée à Pékin, une porte-parole du ministère des Affaires étrangères n'a pas fait de commentaire directement sur Mme Lagarde.
Elle a renvoyé à des propos tenus la semaine dernière par le gouverneur de la banque centrale chinoise, Zhou Xiaochuan, qui avait déclaré que la nouvelle direction du Fonds devrait "mieux refléter les changements dans la structure économique mondiale et mieux représenter les marchés émergents".
François Baroin a précisé que ce n'était pas à la France de s'exprimer en premier sur ses souhaits pour la succession de Dominique Strauss-Kahn à la tête de l'institution de Washington.
"Ce qui est en train de se dessiner, c'est un consensus européen (...), mais vous comprendrez aisément, compte tenu des circonstances de la démission du directeur général du FMI (accusé d'agression sexuelle aux Etats-Unis, ndlr), et qu'il n'y a pas d'orgueil national, que ce n'est pas à la France de se positionner en premier", a déclaré M. Baroin.
Les soutiens internationaux à une éventuelle candidature de Christine Lagarde se sont multipliés, mais cette candidature n'a pas encore été officialisée.
"C'est encore trop tôt pour dire" si Christine Lagarde sera candidate, a déclaré M. Baroin, qui a refusé de dire si le président américain Barack Obama soutiendrait une telle option.
"Nous ne voulons adresser aucun geste qui pourrait être interprété comme une forme de mépris des pays émergents, et aucun geste ou signe d'arrogance, compte tenu des circonstances", a dit le ministre.
Interrogé sur les implications pour une éventuelle candidature d'une possible procédure judiciaire contre la ministre dans le cadre du règlement controversé de la complexe affaire Tapie/Crédit Lyonnais, M. Baroin a dit "ne pas être inquiété par cette affaire".

Dettes : Grèce, Italie, Belgique... l'effet domino se poursuit

L'euro a accéléré sa baisse hier soir face au dollar, de retour au plus bas depuis la mi-mars, sous la zone des 1,40, à 1,3965/$ entre banques, avant de tenter de s'accrocher à cette barre symbolique des 1,40. La pression est venue cette fois de l'agence Fitch Ratings qui a placé la note de la dette souveraine de la Belgique sous surveillance négative, contre "stable", ce qui signifie qu'une dégradation est probable d'ici 12 à 18 mois.
Les analystes ont ainsi expliqué que cette note pourrait être abaissée si le gouvernement ne rejoignait pas les objectifs budgétaires qu'il s'est assignés. Or, l'agence considère qu'il sera difficile pour Bruxelles d'atteindre sa cible sans consensus politique sur la réforme constitutionnelle...
Dès vendredi soir, la dégradation par Fitch de 3 crans de la note de la dette à long terme de la Grèce, à "B+", contre "BB+", avec une perspective 'négative', avait mis la pression sur les marchés. De quoi souligner selon les analystes le challenge qui attend ce pays, les experts évoquant notamment les risques accrus de voir reporté le versement des fonds prévus par le plan d'aides de 110 MdsE par le FMI et l'UE.
En Italie, l'abaissement de la perspective de Standard & Poor's de la note du pays ce week-end a aussi contribué à plomber l'ambiance... L'agence a expliqué qu'il convenait de rester vigilant sur la situation transalpine, de quoi faire se tendre l'écart de rendement entre le papier obligataire italien à 10 ans et les taux allemands, à environ 190 pdb lundi...