TOUT EST DIT

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mercredi 13 avril 2011

Le “fardeau” n’est pas si lourd à porter

Face à l’arrivée de plusieurs milliers de migrants d’Afrique du Nord, l’Italie invoque la solidarité de ses partenaires. Mais le 11 avril, les ministres de l’Intérieur et de la Justice des Vingt-Sept ont rappelé à Rome qu'en matière d'immigration, la règle du chacun pour soi s’impose. 

L’Italie, si l’on en croit le gouvernement de Silvio Berlusconi, est confrontée à un véritable tsunami d’immigrés illégaux, essentiellement Tunisiens. Elle réclame à cor et à cris un partage du "fardeau" entre les Etats membres de l’Union européenne et menace de laisser ces clandestins passer librement chez ses partenaires en les dotant de "permis temporaires de séjour" valables trois mois ce qui, selon elle, les obligerait à les accueillir…
Lesdits partenaires, en particulier l’Allemagne, l’Autriche et la France, n’ont guère apprécié ce chantage et l’ont clairement exprimé le 11 avril, à Luxembourg, lors d’une réunion du Conseil des ministres de la Justice et de l’Intérieur, au représentant italien, Roberto Maroni – membre éminent de la Ligue du Nord, un parti régionaliste et xénophobe.
"Nous ne pouvons accepter que de nombreux migrants économiques viennent en Europe en passant par l’Italie. C’est pourquoi, nous attendons de l’Italie qu’elle respecte les règles juridiques existantes et fasse son devoir", a lancé le ministre allemand de l’Intérieur, Hans-Peter Friedrich, qui s’est dit prêt à rétablir des contrôles aux frontières intérieures de l’UE. Le Français Claude Guéant a annoncé dans la foulée qu’il allait renforcer les contrôles à la frontière franco-italienne afin de renvoyer de l’autre côté des Alpes les clandestins tunisiens. Pas question, donc, de céder au chantage italien. Maroni a laissé éclater sa colère et a franchi un pas de plus dans l’escalade verbale : "L’Italie est laissée seule. […] Je me demande si cela a vraiment un sens, dans cette position, de faire partie de l’UE."

"De la pure agitation électoraliste"

"Tout cela, c’est de la pure agitation électoraliste, en Italie, mais aussi en France", estime Patrick Weill, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l’immigration. "Car il n’y a pas d’arrivée massive, contrairement à ce qu’affirme le gouvernement italien et ce que laissent croire les images spectaculaires provenant de l’île de Lampedusa", porte d’entrée de la plupart des sans-papiers tunisiens.
De fait, depuis la révolution tunisienne, en janvier, 25 800 personnes ont débarqué sur les côtes italiennes, ce qui est très peu au regard de la situation économique en Tunisie et de la guerre en Libye. Ce chiffre est d’autant moins spectaculaire en ce qui concerne la Botte, que l’Italie – devenue terre d’immigration – a régularisé, en plusieurs vagues, plus d’un million de sans-papiers ces dernières années. La dernière opération de ce genre date de 2009. "Il n’y a en réalité aucun 'fardeau' à partager, ironise Patrick Weill, cet afflux est dans la norme et gérable."
Mais Rome veut faire de cette question un problème européen, en laissant croire que l’UE est une passoire. Elle fait ainsi coup double en flattant à la fois la xénophobie et l’euroscepticisme d’une partie de l’électorat italien. Or, contrairement à ce que le gouvernement Berlusconi affirme, la délivrance de titres de séjour temporaire ne permet pas de s’installer librement dans un autre pays de l’Union, comme l’a rappelé la Commission européenne, furieuse de ce détournement des règles.
En effet, si une directive de 2003 accorde un droit de séjour aux étrangers non communautaires dans l’ensemble de l’UE, c’est à condition qu’ils aient un titre de longue durée (et non de trois mois) et qu’ils aient les moyens de subvenir à leur besoin (travail ou économies). De même, si un étranger non communautaire en situation régulière a le droit de circuler librement dans l’UE, c’est aussi à condition qu’il en ait les moyens. Des étrangers munis de simples autorisations temporaires de séjour et n’ayant pas d’argent pourront donc être renvoyés dans le pays de premier accueil, en l’occurrence l’Italie…

Une nouvelle coopération des autorités tunisiennes

Le fait que les contrôles fixes aient été supprimés entre les Etats membres de l’espace Schengen ne signifie pas non plus que les Etats ont renoncé à tout contrôle : les contrôles mobiles sont parfaitement légaux et, en cas de menace à l’ordre public ou à la sécurité publique, les frontières peuvent être temporairement rétablies. Bref, Claude Guéant sait qu’il joue sur du velours en affirmant qu’il utilisera "tous les moyens de droit pour faire respecter la convention de Schengen".
L’Italie est d’autant plus mal venue de critiquer ses partenaires que Frontex peut l’aider à gérer ses frontières. Cette agence européenne permet, en effet, de mutualiser les moyens des différents Etats membres en cas de problème. C’est déjà largement le cas aux frontières orientales de l’UE.
D’ailleurs Guéant et Maroni ont convenu, vendredi à Rome, "d’organiser des patrouilles communes sur les côtes tunisiennes pour bloquer les départs", et ce, dans le cadre de Frontex. Enfin, l’UE, qui a promis d’aider financièrement la Tunisie à gérer sa transition, va exiger en contrepartie une coopération des nouvelles autorités dans la lutte contre l’émigration clandestine, ce qu’elles ont déjà commencé à faire. Beaucoup de bruit pour rien ?


Vu d'Italie

Les Européens sourds aux appels de Rome

Les Européens sourds aux appels de Rome
Sorti bredouille du Conseil des ministres de l'Intérieur et de la Justice de l'UE de Luxembourg, où il avait réclamé la solidarité des partenaires européens dans l'accueil des milliers de migrants débarqués en Italie ces dernières semaines, le ministre italien de l'Intérieur Roberto Maroni a affirmé qu'il valait mieux "quitter l'UE", rapporte La Stampa. Ses confrères ont également critiqué la décision italienne d'accorder des permis de séjour temporaires aux migrants pour soulager les camps de rétention italiens surchargés. "22 000 réfugiés indésirables sont-ils suffisants pour gâcher en l'espace de 48 heures des dizaines d'années de construction européenne ? " se demande le quotidien turinois. Pour La Stampa en effet, la proposition italienne "a mis en avant les nouvelles angoisses profondes de l'Europe des gouvernements. On a en effet l'impression que la perspective de devoir accueillir les migrants crée davantage d'inquiétudes que de payer le sauvetage financier de la Grèce ou du Portugal". Son confrère Il Sole 24 Ore estime toutefois qu'il ne faut pas parler d'"égoïsmes nationaux", car "cette fois, les Européens ne sont pas en ordre dispersé : les Français et les Allemands ont fait bloc, avec le soutien du Royaume-Uni. Plus que d'égoïsmes nationaux, il faudrait plutôt parler d'un pacte continental, ou mieux, nord-européen, dont l'Italie est restée exclue, trop faible sur le plan politique pour faire valoir ses raisons". L'humiliation de l'Italie s'explique également par l'absence de Silvio Berlusconi : le chef du gouvernement est occupé par son procès à Milan pour prostitution de mineure et abus de pouvoir. "Dans des conditions normales, l'Italie aurait négocié au niveau des chefs de gouvernement un compromis honorable. Cela n'a pas été le cas et nos représentants ont été laissés seuls".

L’islam, une épine dans le pied de l’Europe

Tandis que la communauté musulmane française a perçu le débat sur la laïcité organisé par l'UMP comme une attaque contre l'islam, la gauche y a vu une manoeuvre électoraliste pour récupérer des voix au FN. Mais ne pas débattre de la laïcité revient à faire le lit des extrémistes en Europe, assure un éditorialiste polonais. 

Abderrahmane Dahmane, ancien conseiller du président Sarkozy pour la diversité, a déclaré que l’islam en France était devenu un “objet de stigmatisation”. En signe de protestation, il a entrepris de distribuer des étoiles vertes à ses coreligionnaires, en souvenir des symboles que les juifs d’Europe avaient dû porter pendant la Seconde Guerre mondiale.
La campagne de l’étoile verte n’est pas tant la preuve de la stupidité de son auteur que de son insolence crasse, d’autant plus que ce seraient plutôt les Français qui pourraient se sentir mal à l’aise dans certains quartiers de leurs villes, confrontés à des bandes de jeunes Algériens et Marocains.
Quant à la notion de “stigmatisation”, elle paraît grotesque, quand on voit comment les catholiques sont tournés en ridicule sur les bords de la Seine et dans bien d’autres pays d’Europe de l’Ouest. Ce n’est pas à la Grande mosquée de Paris, mais dans la cathédrale Notre-Dame qu’un groupe d’activistes gays a orchestré une "cérémonie de mariage" homosexuel il y a six ans, au cours de laquelle le pape Benoît XVI a été insulté.
Le débat sur la laïcité se concentre effectivement sur l’islam. Mais il porte aussi sur l’avenir de l’islam dans toute l’Europe. Le parti de Sarkozy s’interroge sur des questions concrètes qui concernent également l’Italie, les Pays-Bas et la Suède. Que faire des musulmans qui organisent des prières de masse dans les rues des villes ? Faut-il proposer des repas halal dans les cantines scolaires ? Que faire des élèves originaires d’Afrique du Nord qui protestent contre les leçons sur l’Holocauste, qui n’est selon eux qu’une invention des sionistes ? Les piscines publiques devraient-elles prévoir des horaires séparés pour les jeunes musulmanes ?
Pour la gauche européenne, toute tentative de débattre de ces problèmes n’est que l’expression du racisme, pour les musulmans radicaux, c’est de la stigmatisation. Mais si l’on n’en débat pas, voilà ce qu’il adviendra : d’ici une dizaine d’années, la majorité des pays du Vieux Continent seront gouvernés par les clones de Marine Le Pen et Geert Wilders.

 Le commentaire politique de Christophe Barbier




Pour saluer Jean-Louis Trintignant

La nouvelle était tombée comme une petite bombe d’indécence : l’annonce que Bertrand Cantat, la brutasse qui a tué Marie Trintignant, allait se produire au Festival d’Avignon, puis en 2012 à Montréal (1). Dans une pièce fagotée par le metteur en scène libano-québécois (sic) Wajdi Mouawad, Des Femmes (une compilation de trois pièces de Sophocle).

L’apprenant, le père de la victime de Cantat, Jean-Louis Trintignant, qui est lui-même programmé à Avignon, pour le spectacle Trois poètes libertaires du XXe siècle, avait immédiatement réagi :

— Je ne peux pas accepter de dire des poèmes dans le cadre du Festival alors que Bertrand Cantat va s’y produire. Je ne comprends pas cet homme. Je ne comprends pas qu’il puisse se présenter sur une scène cet été à Avignon (…). C’est un homme que je déteste. Il s’est conduit comme une merde et il est l’homme que je déteste le plus au monde.

Une prise de position confirmée par un communiqué de son agent, Olivier Gluzman : « Refusant d’être programmé à une manifestation où se produit également l’homme qui a tué sa fille, le comédien Jean-Louis Trintignant (…) a décidé d’annuler la représentation. »

Même levée de bouclier du côté canadien. Présidente du Conseil du statut de la femme, Christiane Pelchat déclare que la présence de Cantat sur scène reviendrait à « banaliser la violence faite aux femmes. » Même refus de la part de Gérard Detell, leader de l’Action démocratique du Québec : « Cantat n’est pas le bienvenu au Québec. Sous aucun prétexte. » Et de la directrice du Théâtre du Nouveau Monde où Wajdi Mouawad doit se produire, Lorraine Pintal : « Il est assuré que Bertrand Cantat ne jouera pas sur les scènes du Québec et du reste du Canada. Il va de soi que, s’il y avait une demande de sa part pour fouler le sol du Canada, ce permis ne serait pas accordé. » En effet : interdit de séjour au Canada en raison de sa condamnation, Cantat devrait obtenir une dérogation pour passer la frontière.

Cette mobilisation a payé. Cantat annonce qu’il renonce à se produire sur scène à Avignon. Bertrand Cantat fait cale. Bertrand Cantat fécal. On ne saurait mieux résumer le dégoût que nous inspire – et, a fortiori, au père de sa victime – ce tabasseur qui, au lieu de se faire oublier, prétendait s’afficher sur scène. Et, de surcroît, dans une pièce intitulée Des Femmes.

Inutile de dire que les mangiacagas du show-biz et des médias s’étaient mobilisés pour défendre la petite frappe : « Il a déjà été jugé. On ne va pas lui interdire de vivre. » Ah bon ? Sauf que, en d’autres temps, Cantat aurait pu être condamné à mort (alors qu’il n’a fait qu’un temps de prison très symbolique) pour ce qu’il a fait. Que c’est lui, et personne d’autre, qui a interdit de vivre à Marie Trintignant. Cantat sur les planches et Marie Trintignant entre quatre planches ? Il y avait là une indécence heureusement corrigée.

(1) Et aussi au Théâtre des Amandiers (qu’on devrait rebaptiser « des Maronniers » pour le coup…) à Nanterre, en novembre prochain.

Tirs nourris d’hypocrisies

Ce n’est pas une nouveauté ivoirienne: le mensonge fait partie intégrante de la diplomatie. Encore faut-il qu’il soit crédible dans la bouche de ceux qui le profèrent avec un talent d’arracheurs de dents, et que ceux qui le dénoncent ne fassent pas semblant d’y croire sur le grand air du secret d’État. Hier, cette délicate figure de style a été ridiculisée par les uns comme par les autres. Au regard de cette séquence, on ose espérer que la majorité comme l’opposition travailleront un peu leur art du camouflage sémantique car la prestation a été proche du risible, ce qui est toujours embarrassant quand la situation est grave. S’il faut mentir, autant le faire bien. C’est un devoir aux yeux de l’Histoire...

Mais qui pourra croire le Premier ministre sans sourire quand il affirme que les soldats français sont sagement restés sur le seuil de la demeure de Laurent Gbagbo? Alors, c’est ça, ils ont dit, comme dans un sketch des Inconnus: «Ça ne nous regarde pas», on n’y va pas, et ils ont détourné pudiquement les yeux? François Fillon joue sans doute sur le mot «soutien» tant il apparaît clair que l’appui des troupes françaises a été décisif pour faire tomber l’ancien président ivoirien.

Soyons clairs: la France n’avait pas le choix. Elle a pris ses responsabilités en mettant les mains dans le cambouis et elle a été logique avec sa stratégie en finissant le travail à Abidjan. Mais qui le chef du gouvernement pense-t-il abuser en tentant de faire croire que la France n’est pour rien dans l’arrestation finale de celui qui a empoisonné les relations franco-ivoiriennes depuis dix ans? Tout le monde a bien compris à Paris comme dans toute l’Afrique qu’il n’est dans l’intérêt ni de l’ancien colonisateur, ni du président Ouattara de voir la main de la France derrière la chute de Gbagbo. Mais était-ce nécessaire de jouer à ce point les innocents sous couvert de neutralité onusienne? Les chefs d’État africains ont dû sourire en entendant cette langue de bois en teck massif, tellement énorme, qu’elle cache forcément quelque chose.

L’opposition n’est pas en reste. Pour avoir exercé le pouvoir, la gauche sait parfaitement que M. Juppé ne pouvait pas dire la vérité et claironner partout que la France avait fait ce qu’il fallait jusqu’au bout pour arriver à déboulonner Gbagbo. Le quai d’Orsay n’allait tout de même pas tirer une balle dans le pied de son protégé Ouattara, qu’il avait eu tant de mal à porter jusqu’au pouvoir.

Les gesticulations auxquelles on a assisté à Paris ne sont que des postures d’amateurs. Sauf une: pourquoi le pouvoir exécutif persiste-t-il à mettre systématiquement le parlement hors-jeu sinon pour lui faire approuver le fait accompli? Un débat - un vrai celui-là - serait pourtant justifié pour faire réfléchir la représentation nationale sur la place de la France, qui reste à trouver, dans l’Afrique du XXI e siècle.

Des trublions dans la campagne

Quel jeu pratiquent Nicolas Hulot, l'écolo-social, et Jean-Louis Borloo, le social-écolo ? Personnages politiques atypiques, on a peine à les imaginer assez suicidaires pour se lancer dans une aventure sans lendemain, fût-ce au nom de vraies convictions.

En passant de témoin médiatique à acteur politique, le créateur d'Ushuaïa va vite découvrir qu'une cote d'amour ne se traduit pas mécaniquement en intentions de vote. Pour Nicolas Hulot, peu habitué à ce qu'on le critique et peu rompu à la dureté d'une campagne, les déboires pourraient commencer aujourd'hui, avec l'annonce de sa candidature.

À gauche, la concurrence qu'il représente au premier tour et ses amitiés de droite vont en indisposer plus d'un. À droite, son attelage avec Eva Joly lui vaudra quelques sarcasmes et des demandes d'explications de l'UMP qui considère avoir exaucé ses souhaits de 2007 à travers le Grenelle de l'environnement. Chez Europe-Écologie, il reste à démontrer que la greffe peut prendre entre un homme épris d'indépendance et une turbulente famille d'adoption, aux règles compliquées et à l'électorat volatile.

Bref, pour un bébé dauphin de la politique, l'océan de la présidentielle est immense. Pourtant, après avoir soldé ses contrats avec TF1 et organisé l'autonomie de sa fondation, Nicolas Hulot a franchi un point de non retour et forcément flairé toutes sortes d'abysses. S'il persiste à écrire le chapitre politique de sa vie, parions que son aura et sa quête d'efficacité le guideront vers un futur gouvernement écolo-compatible.

Le pari de Borloo

Pour Jean-Louis Borloo, l'aventure est plus incertaine encore. En fédérant les centres hors de l'UMP, il prend le risque de dévitaliser le parti présidentiel déjà concurrencé par Marine Le Pen et affaibli par la distance critique instaurée par Christine Boutin, Philippe de Villiers, Nicolas Dupont-Aignan, Dominique de Villepin, Hervé Morin, François Bayrou... La droite, qui ironise un peu facilement sur la primaire socialiste, semble tout faire pour transformer le premier tour de 2012 en finale éliminatoire.

Avec un Front national à un haut niveau, Jean-Louis Borloo, mais aussi Dominique de Villepin qui présente son programme demain, prendraient le triple risque de s'isoler - on comptera les députés UMP qui oseront les suivre avant les législatives - d'empêcher leur camp d'accéder au second tour et d'emmener droit dans le mur ceux que leur panache séduit.

Accélérateurs de défaite, bouées de sauvetage, mouches du coche ou simples guetteurs d'aubaines ? Jean-Louis Borloo et ses amis font le pari que Nicolas Sarkozy peut perdre et que le clivage idéologique entre une UMP droitisée et une large alliance républicaine, écologiste et sociale est tellement cristallisé que leur électorat, de toute façon, ne voterait pas pour le président sortant.

Sauf si Nicolas Sarkozy renonçait à se présenter - tabou levé depuis la semaine dernière - il sera intéressant de voir, à l'heure des choix, si « l'horloger de Valenciennes », constant allié de la droite et ministre pendant neuf ans, lève l'ambiguïté. On ne fait pas trébucher celui dont on souhaite la victoire. D'ailleurs, hier, on l'a vu applaudir l'appel à l'unité lancé par François Fillon. Comprenne qui pourra !



La chute de Gbagbo et l'increvable Françafrique




mardi 12 avril 2011

Sarkozy acteur du changement en Afrique

Isolé par la diplomatie, abandonné par l'armée, lâché par son propre camp, il opposait une résistance acharnée pour se maintenir coûte que coûte au pouvoir. La contre-offensive lancée depuis sa résidence-bunker aura été le stade ultime de sa folle fuite en avant. Laurent Gbagbo a été cueilli comme un fruit mûr. Lui que l'on surnommait le boulanger, pour sa capacité à rouler tout le monde dans la farine, ne pouvait plus reculer l'échéance de la bataille d'Abidjan. Il était temps. La capitale ivoirienne était devenue un champ clos dévasté, théâtre de combats à l'arme lourde. Les atrocités se multipliaient, semble-t-il pour des raisons ethniques et à l'initiative des deux camps. La Côte d'Ivoire était au bord de la guerre civile. Il faut retenir que sa souveraineté aura été respectée et que celui qui a usurpé le résultat des urnes sera tombé dans le cadre d'un mandat légal de l'ONU, l'un des rares potentats à être chassé par les armes. De ce point de vue, cette « guerre » pourrait peser sur l'avenir de la démocratie sur le continent africain où dix-huit scrutins doivent encore avoir lieu en 2011. Voilà les dictateurs et les jusqu'au-boutistes prévenus. Est-ce à dire que le vainqueur, reconnu par la communauté internationale, aura été installé par la force, fût-elle légitimée par une résolution de l'ONU ? La réponse est oui et ce sera peut-être aussi la faiblesse d'Alassane Ouattara, à qui il appartient de réconcilier un pays meurtri. La tâche est immense. Quant à la France, à défaut de connaître sa contribution exacte, elle aura joué un rôle de premier plan dans l'assaut conduisant à la capture de Gbagbo. L'ancien pays colonisateur, arbitrant politiquement et intervenant militairement en appui dans un conflit interne en Afrique de l'Ouest, il s'agit bien d'une rupture du dogme de non-ingérence édicté par Nicolas Sarkozy.

« Le cauchemar est terminé » Pas sûr, hélas...

« Le cauchemar est terminé. » On voudrait tellement croire cette affirmation de l’ancien Premier ministre ivoirien Guillaume Soro ! On voudrait tellement croire que l’arrestation de Laurent Gbagbo mettra fin à la guerre civile. Et on voudrait tellement croire que dix années d’instabilité ne seront bientôt plus qu’un mauvais souvenir, et que le pays retrouvera rapidement le chemin du développement.

Le vainqueur de l’interminable duel qui a mené la Côte d’Ivoire au bord de l’abîme a voulu donner des gages de l’avenir de la réconciliation nationale en se proclamant, à la télévision, comme « le président de tous les Ivoiriens ». Émanant d’un homme qui a loin d’avoir un charisme capable de soulever les montagnes, à la Mandela, cette incantation ne suffira probablement pas.

L’opposition entre le nord majoritairement musulman et le sud, dominé par les catholiques, est sans commune mesure, c’est vrai, avec le type de haine ancestrale que se vouaient Hutus et Tutsies au Rwanda. La déchirure ethnique qui a eu le temps de s’infecter depuis 2000 reste réductible et soignable. En revanche, la violence du conflit va laisser des traces qui ne s’effaceront pas sous l’effet de la volonté de l’ONU. Tout laisse redouter que les massacres, viols et autres exactions perpétrés par les deux camps - qu’on redoute de découvrir maintenant que les armes vont se taire - attisent des pulsions de vengeance que la diplomatie et la logique du rapport de forces peineront à contenir.

Vaincu, le président déchu n’était pas isolé, comme l’étaient Ben Ali et Moubarak. Non seulement, il reste le chef d’un clan mais aux yeux de ses partisans il va continuer d’apparaître comme le porte-flambeau de la résistance d’un nationalisme ivoirien face à la puissance coloniale française. Il incarne aussi le symbole d’une « ivoirité » dont il s’est autoproclamé le héraut et dont les ressorts continuent de jouer dans une nation jeune toujours à la recherche d’une identité collective.

Les conditions de la défaite finale de Gbagbo affaiblissent, paradoxalement, la légitimité de la victoire de son vainqueur. Toutes les précautions oratoires prises par Paris n’y changeront rien : Alassane Ouattara restera, dans les esprits, un président installé par les bombardements et les hélicoptères français... Qu’ils aient pris le soin d’opérer à la demande express du secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki Moon, n’y changera rien !

La France a tout fait pour ne pas être piégée dans ce rôle tutélaire qui est loin d’être un atout diplomatique d’avenir pour compter dans l’Afrique de demain. En vain. Trop d’intérêts économiques et humains étaient en jeu... Il ne lui reste plus qu’à aller jusqu’au bout de son statut en inspirant un règlement apaisé et conciliant du cas Gbagbo, pour faire retomber la pression. Ce n’est pas gagné.

Gbagbo, l’exemple à ne pas suivre

Celui qui bafouait le verdict des urnes depuis quatre mois a donc subi la loi des armes. C’est la fin de l’élection en Côte d’Ivoire, dont le “troisième tour” a provoqué destructions et carnages. Combien de massacres, perpétrés par les deux camps, avant que ne s’impose la volonté populaire ? On le saura plus tard, lorsque le dernier mort sera exhumé du dernier charnier. Le président sortant, refusant de sortir, a permis et encouragé ce déchaînement de violences. Un jour, peut-être, il en rendra compte devant la justice internationale.

En attendant, l’arrestation de Laurent Gbagbo provoque des vagues. Officiellement, les forces d’Alassane Ouattara en revendiquent le mérite. Mais sans l’apport de l’armée française, nul doute que le tyran fanfaronnerait encore sur les ruines d’Abidjan. Tel Néron, jadis, dans Rome incendiée…

Il a bien fallu l’apport des blindés de Licorne pour boucler victorieusement l’opération. Doit-on, pour autant, hurler au “néocolonialisme” ? Sans doute pas. D’abord parce que Gbagbo n’a jamais contrarié les intérêts économiques de la France. Avec lui, au contraire, Total, Bouygues, Bolloré et consorts faisaient de bonnes affaires.

Ensuite parce que Nicolas Sarkozy, même si quelques arrière-pensées l’habitent, a toujours agi sous mandat de l’Onu. Ne pas intervenir, ici, revenait à enterrer la démocratie en Afrique. Alors que dix-huit scrutins présidentiels, pas moins, s’annoncent sur le continent noir en 2011…

Marcel


Ah ! les belles âmes... A peine Gbagbo tombé, elles se sont levées, drapées d’indignation, pour accuser notre Président d’avoir aidé à la chute. Bien sûr qu’il y a aidé, et il a bien fait : voilà des années que Gbagbo narguait la « communauté internationale », comme on dit. Des années qu’il jouait avec le feu sur le baril de poudre des rivalités ethniques. Et des mois qu’il s’accrochait à son fauteuil, poussant son pays vers la guerre civile... Gbagbo est tombé, enfin. Et si le spectacle d’un homme déchu est toujours pitoyable, qui pleurera devant les images de l’ancien dictateur en « marcel » blanc, et de la terrible Simone son épouse, décoiffée et muette ? Les belles âmes diront leur manque de confiance en Ouattara, leur regret d’une issue trop violente. Elles couperont en quatre les cheveux de la Licorne... N’empêche : Gbagbo est tombé, notre Président y a aidé, et c’est une bonne nouvelle.

L'espoir revient à Abidjan


Un grand port, Abidjan. Deux présidents, Gbagbo et Ouattara. Quatre mois d'attente et de manoeuvres en coulisse. Ce sont les éléments du drame ivoirien qui vient, en partie, de se dénouer, hier, avec l'arrestation de Laurent Gbagbo. La Côte d'Ivoire a désormais un seul Président, reconnu internationalement : Alassane Ouattara. Le pire, une guerre civile sans frein, a sans doute été évité. Le plus difficile commence pourtant : la pacification.

Au lendemain de l'élection présidentielle, Alassane Ouattara était dans une situation étrange. Reconnu par Paris, Washington, l'Onu et bientôt l'Organisation de l'unité africaine, épaulé par le ralliement du Premier ministre Guillaume Soro, acteur central du processus politique ivoirien, il était isolé dans Abidjan. Cloîtré, même, à l'Hôtel du Golf, sous la protection des Casques bleus. Contraint d'engager une bataille de légitimité qui semblait devoir rouvrir inexorablement les profondes divisions ivoiriennes.

En quatre mois, Ouattara est parvenu à renverser ce rapport de force. En obtenant d'abord des soutiens extérieurs pour isoler diplomatiquement, politiquement, financièrement, son adversaire. Puis en oeuvrant sur la scène intérieure pour rallier des militaires, avant de porter, à la fin mars, une offensive décisive. Il ne restait plus qu'à prendre le président sortant, cloîtré à son tour dans Abidjan. Avec suffisamment de force pour ne plus lui permettre de jouer la montre. Avec suffisamment de doigté pour ne pas commettre de faux pas.

Ainsi racontée, la stratégie du président élu s'est révélée subtile et payante. Mélange de force et de patience. Ancien fonctionnaire du Fonds monétaire international, Alassane Ouattara a parfaitement saisi l'importance des alliances internationales. Il a compris que, même si sa victoire dans les urnes risquait d'être confisquée, sa reconquête sur le terrain devait être encore plus légitime que le vote.

De ce point de vue, le rôle de Paris a été déterminant. Dès le lendemain de l'élection, avec la reconnaissance immédiate du nouveau Président. Aux Nations unies, où la France a fait adopter des textes décisifs. Auprès des instances africaines, pour isoler financièrement Gbagbo. Sur le terrain, enfin, au moment de l'encerclement final. Un rôle si déterminant qu'il va rester, aux yeux de la population ivoirienne, associé à l'installation du nouveau pouvoir. Pour les douze mille expatriés français qui résident sur le sol ivoirien, c'est un facteur qui peut peser, voire inquiéter, notamment à Abidjan où le camp Gbagbo était majoritaire.

L'arrestation de Gbagbo donne raison à la stratégie déployée depuis quatre mois. Elle ne peut, toutefois, faire oublier les populations civiles victimes de massacres, notamment à Abidjan et dans l'ouest du pays. Dans les deux camps, des crimes ont été commis. Alassane Ouattara a promis de faire juger tous les responsables, quel que soit leur bord. C'est là que va maintenant se jouer sa légitimité.

L'espoir reste fragile, les clivages profonds et les blessures ouvertes. Mais une majorité d'Ivoiriens sont sans doute soulagés de voir la décennie Gbagbo et ses violences prendre fin. Il revient à Ouattara de donner corps à cet espoir, en oeuvrant immédiatement à la réconciliation. Son chantier le plus difficile.





La chute de Gbagbo en huit actes

Après l'arrestation de Laurent Gbagbo ce lundi, retour sur la crise, déclenchée par l'élection présidentielle ivoirienne le 28 novembre 2010 qui a dégénéré en guerre civile.

Acte 1: une élection sous tension
Après six années de report, l'élection présidentielle ivoirienne se déroule dans le contexte d'un pays divisé. Pendant la campagne électorale, les prémices des tensions à venir sont palpables. Le premier tour, organisé le 31 octobre 2010, en porte les traces. Mais c'est au second tour, le 28 novembre, qui oppose le président sortant Laurent Gbagbo à l'ex-Premier ministre Alassane Ouattara, que la situation se détériore. La veille, une manifestation de l'opposition contre le couvre-feu instauré par le président Gbagbo a fait trois morts.  

L'attente des résultats du vote plonge le pays dans la confusion, comme l'illustre cet incident: le 30 novembre, deux jours après l'élection, des représentants de Laurent Gbagbo au sein de la commission électorale empêchent l'annonce de résultats partiels à Abidjan. Cette crispation au sein de la commission retarde l'annonce des résultats; les partisans d'Alassane Ouattara accusent le président sortant de bloquer l'annonce avant le délai initialement prévu, le 1er décembre à minuit.  
Acte 2: deux présidents pour un Etat
Un premier verdict tombe le 2 décembre: la commission électorale indépendante donne le challenger de Gbagbo vainqueur, avec 54,1% des voix. Ces résultats sont aussitôt invalidés par le Conseil constitutionnel, proche de du président sortant. Le Conseil estime que les chiffres, qui ont été annoncés après l'expiration du délai de trois jours prévu par le code électoral, sont nuls. Le lendemain, le Conseil constitutionnel proclame Laurent Gbagbo président de la République. 
Les deux hommes revendiquent alors chacun de leur côté la victoire. Le 4 décembre, Laurent Gbagbo se fait investir président et son opposant prête serment "en qualité de président de la République". Le lendemain, après avoir reconduit comme Premier ministre Guillaume Soro, Alassane Ouattara forme un gouvernement. Son rival réplique en annonçant la nomination de Gilbert Marie N'gbo Aké au poste de Premier ministre. 
Acte 3: Condamnation de la communauté internationale
Dès le 3 décembre, les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne reconnaissent la victoire de Ouattara. Le 7, la Cedeao --la Communauté des Etats d'Afrique de l'ouest-- suspend la Côte d'Ivoire. Le lendemain l'ONU appelle au respect des résultats annoncés par la Commission électorale indépendante, sous peine de sanctions. Même la Russie, après quelques jours d'hésitation, adopte la déclaration du Conseil de sécurité de l'ONU. Le 9 décembre, c'est au tour de l'Union africaine (UA) de suspendre la Côte d'Ivoire, avant de durcir le ton le 18: le président de la Commission de l'Union africaine, Jean Ping, remet à Laurent Gbagbo une lettre qui lui demande de quitter le pouvoir.  
Le 17 décembre, l'Union européenne (UE) appelle l'armée ivoirienne à se placer sous l'autorité de Ouattara et le président français Nicolas Sarkozy lance un ultimatum à Laurent Gbagbo: il exige son départ avant la fin de la semaine, sous peine d'être frappé par des sanctions de l'UE. C'est chose faite le 20 décembre: Laurent Gbagbo, son épouse ainsi que 17 proches (puis 59 fin décembre), sont privés de visas d'entrée en Europe. Le lendemain, ceux-ci sont interdits de voyager aux Etats-Unis. 
Acte 4: sanctions et bataille pour les leviers financiers
Le 22 décembre, le président de la Banque mondiale annonce que les crédits accordés à la Côte d'Ivoire ont été gelés. Plus important, le lendemain, sept ministres des Finances de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa) demandent à la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest (BCEAO) d'autoriser uniquement les représentants du président ivoirien "légitimement élu", Alassane Ouattara, à gérer les comptes du pays. 

Les avoirs de Laurent Gbagbo sont gelés le 6 janvier aux Etats-Unis, tandis que l'UE gèle les avoirs du président sortant et de 84 membres de son camp, le 14. 
Dès lors s'engage une bataille entre les deux rivaux sur les leviers financiers du pays. Le 24 janvier, Alassane Ouattara ordonne l'arrêt des exportations de cacao dont le pays est 1er producteur mondial, espérant étrangler financièrement Gbagbo. En réaction, Laurent Gbagbo prend le contrôle de l'achat et l'exportation du cacao, le 8 mars.  
Le 22 février Ouattara obtient le départ du gouverneur ivoirien de la BCEAO, proche de Laurent Gbagbo qui refusait de lui donner la signature au nom de son pays. Laurent Gbagbo ordonne alors la "réquisition" des agences en Côte d'Ivoire de la BCEAO, mais Alassane Ouattara réplique en annonçant leur "fermeture". Cette stratégie d'asphyxie finit par bloquer le système financier du pays. 
Acte 5: Navettes africaines et menace d'intervention militaire
Le 24 décembre, la Cedeao organise à Abuja (Nigeria) un sommet extraordinaire sur la Côte d'Ivoire. Les pays d'Afrique de l'Ouest annoncent l'envoi d'émissaires dans le pays et menacent de déloger par la force Laurent Gbagbo.  
Alors que la pression internationale sur Gbagbo s'accroît, Alassane Ouattara, prône, le 6 janvier, une action commando "non violente" de l'Afrique de l'Ouest pour chasser Laurent Gbagbo de la présidence. mais l'option d'une intervention militaire suscite des interrogations: "Qui est prêt à envoyer des troupes dans un centre urbain comme Abidjan ?", s'interroge un spécialiste nigérian du dossier. Mêmes réserves côté français: une opération militaire de la Cedeao pour chasser Laurent Gbagbo "ne peut être qu'un dernier recours que nous voulons absolument éviter" selon selon la ministre des affaires étrangères française Michèle Alliot-Marie, interrogée le 28 janvier. 
Dans le même temps, l'Union africaine demande au Premier ministre kényan, Raila Odinga, de tenter de résoudre la crise politique, puis met en place un "panel" de chefs d'Etat sur la crise. Plusieurs navettes de la Cedeao et de l'UA se succèdent à Abidjan, en vain. Finalement, le 31 mars, le Conseil de sécurité des Nations unies vote à l'unanimité la résolution 1975 qui exhorte Laurent Gbagbo à se retirer et soumet le président sortant et ses proches à des sanctions. 
Acte 6: montée de la violence
Des affrontements éclatent peu après le scrutin: 173 personnes sont tuées entre le 16 et le 21 décembre, selon l'ONU.  
Les partisans de Gbagbo s'en prennent aussi à l'ONU qu'ils accusent d'être favorable à Alassane Ouattara: Charles Blé Goudé, leader des "Jeunes patriotes" appelle, le 25 février, les jeunes à "s'organiser en comités pour empêcher "par tous les moyens", la force de l'ONUCI de circuler à Abidjan.  
Au mois de janvier, les violences se propagent, en particulier dans l'ouest du pays, région la plus instable du pays, et à Abidjan, La situation se dégrade sérieusement en février et en mars. Après que des manifestants aient été tués par les Forces de Défense et de Sécurité (FDS), dans les quartiers d'Abobo, Koumassi, et Treichville, un "commando invisible" est formé dans les quartiers pro-Ouattara qui mène des embuscades contre les FDS.  

Après la mort d'au moins six femmes, tuées par balles par les forces pro-Gbagbo qui dispersaient une manifestation à Abidjan, le 3 mars, l'ONU craint la "résurgence de la guerre civile" de 002-2003
Des témoignages confirment l'instauration dans le Grand Abidjan d'une terreur milicienne, incarnée par les Jeunes Patriotes, qui, armés de gourdins et de machettes, dressent des barrages sauvages ou incendient maisons, échoppes et minibus. Dans le camp d'en face, l'ex-rebellion des Forces nouvelles (FN) qui durcit sa riposte, se livre elle aussi à des exactions
Les agences humanitaires de l'ONU estiment que près d'un million de personnes ont du quitter leur domicile pour fuir les violences qui ont fait, depuis l'élection présidentielle du 28 novembre, des centaines de morts.  
Acte7: l'offensive des Forces républicaines de Côte d'ivoire
Les ex-rebelles du nord alliés à Alassane Ouattara ont prisdeux localités de l'ouest sous contrôle du camp Gbagbo le 25 février, puis les villes de Toulépleu, le 6 mars et Doké le 13 mars. Le 17 mars, Alassane Ouattara crée les Forces républicaines de Côte d'ivoire (FRCI), composées de de soldats des FDS ayant fait défection et d'ex-rebelles des Forces nouvelles.  
Le 28 mars, les FRCI lancent une grande offensive militaire, quatre mois jour pour jour après le début de la crise post-électorale. Ils progressent rapidement rencontrant peu de résistance, en raison des défections au sein de l'armée notamment, et atteignent Yamoussoukro, la capitale administrative le 30, puis Abidjan le 31. Mais les FRCI se heurtent à la résistance des partisans de Laurent Gbagbo dans leurs bastions d'Abidjan, livrée au pillageet aux violences. Le 4 avril, L'Onuci et la force française Licorne frappent les derniers bastions de Gbagbo, tirant sur des camps militaires et des batteries situées à la résidence et au palais présidentiel. Des négociations sont entamées avec Laurent Gbagbo pour demander sa reddition, mais malgré l'écroulement de son régime, celui-ci, retiré dans sa résidence du quartier de Cocody, s'y refuse.  
Acte 8: la chute de Gbagbo
Après que les forces pro-Gbagbo aient réussi à regagner du terrain à Abidjan à partir du 8 avril, reprenant le contrôle de plusieurs quartiers, les forces françaises de l'opération Licorne et l'Onuci lancent une campagne de frappes sur les bastions du président ivoirien sortant, le 10 avril.  
Le 11 avril, en début d'après-midi, Laurent Gbagbo est arrêté par les forces d'Alassane Ouattara et conduit au Golf hôtel, QG du camp Ouattara dans Abidjan. 

lundi 11 avril 2011

Martine Aubry ou le programme Pirandello

Le PS a dévoilé ses propositions pour 2012. Difficile de croire aux mesures économiques avancées.
C'était il y a quelques jours. Martine Aubry présentait les 30 propositions phares du PS pour la présidentielle de 2012. Au menu : la création d'une banque d'investissement, l'encadrement des loyers, un "big bang" fiscal, le plafonnement des salaires des patrons des entreprises publiques ou encore la création de 300 000 emplois d'avenir.
Ça n'a pas manqué, Nicolas Sarkozy a dit tout le mal qu'il en pensait en deux trois phrases. François Fillon aussi (il a évoqué une "anesthésie nationale", rien de moins). Au-delà des 30 grandes mesures et de la "com'" autour de celles-ci, le document de travail sur lequel les experts du PS ont planché mérite d'être lu. Car c'est en réalité un bien drôle d'objet. Ceux qui y ont contribué ont travaillé. Ils ont aussi alimenté la bête avec toute sorte de choses. Ici, une petite phrase pour tacler Nicolas Sarkozy et sa nuit du Fouquet's. Là, deux paragraphes pour pointer du doigt les ratages diplomatiques de l'hiver. Un peu plus loin, un diagnostic solide et implacable sur la peur du déclassement des classes moyennes. Ailleurs, une analyse bien sentie sur l'impérieuse nécessité de réindustrialiser la France.
Le problème, c'est qu'il manque une chose essentielle pour que cela ressemble à quelque chose qui pourrait s'appeler "une ambition" (le PS a préféré "le changement", c'est le titre de ses propositions). C'est "le" personnage qui va porter ce texte, celui qui va l'incarner, lui donner un souffle, une voix, et donner envie à ceux qui le souhaitent d'y croire vraiment. Luigi Pirandello avait imaginé "six personnages en quête d'auteur". Martine Aubry fait le contraire. Elle a écrit un texte. Mais comme elle n'a pas encore sous la main son personnage, celui qui va habiter le texte, tout cela ne sonne pas juste. Avec ce résultat, comme dans la pièce de Pirandello (sauf que, lui, c'était son intention), le spectateur est laissé de côté. On lui passe un texte, à lui de se débrouiller avec. Tant que le PS n'aura pas son champion, il pourra promettre la lune ou de la sueur et des larmes, ce sera difficile d'y croire.

LA COCHE DES GRANDS SOIRS SOCIALISTES, MERCI LA GROSSE !!!!!

Le commentaire politique de Christophe Barbier




Fort séisme ressenti dans le nord-est du Japon

À cause d'une accumulation de radiations, de nouvelles évacuations sont prévues autour de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi.

 Le Japon va procéder à des évacuations au-delà de la zone d'exclusion établie autour de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, où les efforts des ingénieurs pour la remettre en état ont été retardés lundi par une forte réplique sismique. Un mois jour pour jour après le séisme et le tsunami du 11 mars, un tremblement de terre de magnitude 6,6 a frappé le nord-est du Japon lundi soir, faisant trembler les immeubles de Tokyo et privant d'électricité 220 000 foyers supplémentaires.L'épicentre était situé à 88 kilomètres à l'est de Fukushima-Daiichi et l'alimentation électrique des pompes de refroidissement des trois premiers réacteurs a été coupée. La secousse a également forcé les ingénieurs de l'opérateur Tokyo Electric Power (Tepco) à remettre à plus tard l'évacuation de l'eau radioactive du réacteur n° 2. Les ingénieurs n'ont pas terminé de reverser dans l'océan Pacifique l'eau de mer utilisée pour refroidir les réacteurs et désormais contaminée. Ils ont déclaré dimanche qu'ils n'avaient pas progressé dans leurs tentatives de remise en état de marche des systèmes de refroidissement de la centrale, une étape indispensable pour la maîtrise des six réacteurs.
Zone d'évacuation
Le secrétaire général du gouvernement, Yukio Edano, a annoncé lundi que les villages et villes situés hors de la zone d'exclusion de 20 km et qui présentaient une accumulation de radiations allaient être évacués. Le gouvernement recommande aux enfants, aux femmes enceintes et aux personnes hospitalisées de quitter la zone dans un rayon de 20 à 30 kilomètres autour de la centrale, a-t-il dit. "Nous avons pris une nouvelle décision concernant les évacuations en nous fondant sur des données d'accumulation de radiation", a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse. "Il n'est pas nécessaire de procéder à une évacuation dans l'immédiat", a-t-il ajouté, tout en jugeant souhaitable que le nouveau plan d'évacuation intervienne dans un délai d'un mois. Le gouvernement avait jusqu'à présent résisté aux appels en ce sens de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Des pays comme les États-Unis et l'Australie ont invité leurs ressortissants à ne pas s'approcher à moins de 80 kilomètres du site.
L'ONG Greenpeace International plaide pour une zone d'évacuation de 30 kilomètres, arguant que "la radiation ne se propage pas de façon circulaire", a indiqué Jan Van de Putte, conseiller en sécurité du groupe. Les quelque 5 000 habitants du village de Iitate, situé à 40 kilomètres de la centrale, ont reçu l'ordre de se préparer à une évacuation qui, selon la presse locale, n'interviendrait pas avant un mois. Le Japan Times affirme que les autorités vont bientôt complètement boucler la zone d'exclusion pour empêcher les habitants de venir rechercher des éléments personnels chez eux.
Minute de silence
Le gouverneur de Fukushima, Yuhei Sato, a critiqué cette politique d'évacuation. Il a rappelé que les riverains habitant à une distance comprise entre 20 et 30 kilomètres avaient initialement reçu pour consigne de rester cloîtrés chez eux avant d'être incités à partir sur une base volontaire. "Les habitants de la zone située entre 20 et 30 kilomètres ont été complètement perdus sur ce qu'il fallait faire", a-t-il dit dimanche à la télévision NHK.
Le président de Tepco s'est rendu sur le site lundi pour la première fois depuis le 11 mars. "Je voudrais présenter une nouvelle fois mes profondes excuses pour avoir fait subir des épreuves physiques et psychologiques aux habitants de la préfecture de Fukushima et près de la centrale nucléaire", a déclaré Masataka Shimuzu. Il s'est recueilli aux côtés d'autres responsables de Tepco lors d'une minute de silence observée à 14 h 46, heure locale (6 h 46 à Paris), un mois après le séisme.
Tepco peine à reprendre le contrôle du site de Fukushima. Elle injecte de l'azote dans les réacteurs, dont certains ont subi une fusion partielle, pour éviter une trop forte concentration d'hydrogène susceptible de provoquer des explosions qui libéreraient des particules radioactives. Le déversement d'eau dans les réacteurs a en outre entravé les efforts visant à remettre en état de fonctionnement le système de refroidissement de la centrale, pourtant indispensable.

Euphorie socialiste

Les socialistes sont euphoriques. Ils ont un programme (ou plutôt un « projet », ce qui est beaucoup plus vague) et ont passé une semaine sans se tirer des rafales de petites phrases assassines dans le dos, pendant qu’à droite ça flingue à tout va. C’est assez rare pour les inciter à crier victoire. Pour François Hollande, « le prochain président ne peut être que socialiste ». À se demander s’il est vraiment nécessaire d’organiser le scrutin de l’année prochaine ou si la primaire au sein du PS suffira…

Les rendez-vous des prochaines semaines devraient conduire à plus de prudence. Hier, Hollande, Aubry et Royal étaient côte à côte. Dès ce matin ils seront en campagne et se démarqueront les uns des autres.

Le projet socialiste est censé être applicable par n’importe lequel des nombreux candidats à l’investiture. C’est évidemment une illusion. D’abord, le texte ne tranche pas les sujets qui fâchent, comme le nucléaire. Ségolène Royal est contre, François Hollande est pour. Ensuite, certaines mesures ne seront applicables… par personne : le retour de la retraite à 60 ans sera impossible sans une baisse drastique du montant des pensions. Les socialistes le savent et ils ont repris la revendication des syndicats sans insister sur ce dossier pourtant emblématique. Quelle discrétion, moins de six mois après que les retraites ont été l’objet de toutes les manifestations ! Est-ce une façon d’entamer… la retraite sur les retraites ?

Et puis, il y a DSK… Aujourd’hui gendarme des économies mondiales, le directeur général du FMI impose des cures d’austérité tous azimuts pour sauver l’euro. En Grèce, en Irlande, au Portugal, en Espagne, les salariés sont sommés de travailler plus pour gagner beaucoup moins. Strauss-Kahn prônera-t-il le contraire en France, qui est également surendettée et en déficit chronique ? Ses camarades socialistes Papandréou (Grèce), Socrates (Portugal) et Zapatero (Espagne), à qui il a mis le couteau sur la gorge, réclamant, et obtenant, la baisse du salaire des fonctionnaires, le recul de l’âge de la retraite et la hausse des impôts, seront très intéressés de savoir par quel prodige le docteur DSK exclurait la France de ces mesures « d’assainissement ».

Que les socialistes profitent bien de l’euphorie actuelle, les débats qui les attendent vont la faire retomber vite.

L’enlisement

Il faut se rendre à l’évidence : les interventions militaires ne sont pas une promenade de santé. Voilà trois semaines que les aviateurs français, désormais placés sous la coupe de l’Otan, sont engagés en Libye, et après avoir encaissé les premiers coups, Kadhafi reprend du terrain. Voici une semaine que la force Licorne a ouvert le feu en Côte d’Ivoire, et Gbagbo fait plus que redresser la tête depuis que les frappes initiales l’ont obligé à se terrer dans la cave de sa résidence. Ses troupes ont tiré samedi sur le QG du président élu Ouattara, ce qu’elles n’avaient pas osé faire pendant quatre mois : c’est l’escalade.

Il n’y a pas eu (et il n’y aura pas) de guerre « fraîche et joyeuse » en Libye et en Côte d’Ivoire pour faire oublier l’embourbement afghan. La France s’enlise, et cet enlisement a un prix élevé, qui ne sera pas sans conséquences budgétaires pour une armée mise au régime sec depuis quatre ans, ainsi que pour des finances publiques exsangues. En d’autres termes, le temps ne joue pas forcément en faveur des « gendarmes » venus mater les dictateurs africains. Obama, échaudé par l’Irak et l’Afghanistan, était réticent à s’engager en Libye. Il a retiré ses avions de combat dès qu’il en a eu la possibilité. Quant à Nicolas Sarkozy, il serre les dents : au lieu de lui redonner un souffle perdu, les deux guerres qu’il vient d’engager ont tout pour ajouter à ses difficultés intérieures.

Officiellement, la France n’intervient que dans le cadre de résolutions très strictes de l’Onu « pour protéger les populations civiles ». Mais ne soyons pas hypocrites : les frappes ne visent que les troupes de Kadhafi et de Gbagbo, et l’objectif final – qui ne sera jamais entériné par une résolution de l’Onu, mais auquel tout le monde pense avec ferveur – est bel et bien de se débarrasser des deux potentats. Malheureusement, Paris se heurte, comme les autres capitales occidentales, à une réalité gênante : les troupes libyennes et ivoiriennes qui sont dans le collimateur appartiennent à deux armées régulières, équipées et formées, entre autres, par la France. Celle-ci s’acharne à démolir des machines de guerre que ses gouvernants de droite et de gauche ont patiemment mises sur pied, en faisant semblant de croire qu’elles n’avaient pas vocation à être utilisées, et surtout pas contre les civils. Vieille contradiction occidentale, dont nous ne sortirons donc jamais…

Le rayon vert de Fessenheim

D’ordinaire, les dictons se promènent si innocemment dans nos agendas qu’ils passent inaperçus. Pas celui d’hier, qui sifflotait sur un air de chlorophylle «Quand arrive la Saint-Fulbert tout est vert» avant d’aller planer, comme l’âne assonancé de Bashung, «autour des tours» de Fessenheim.

Dans son vol dominical, il a télescopé une actualité régionale qui, elle-même, avait largement décollé des bords du Rhin pour rejoindre un espace planétaire. Nulle autre région française, en effet, ne se sent aussi concernée par la tragédie de Fukushima que l’Alsace. Voilà tant d’années qu’elle s’interroge sur la sécurité nucléaire au rythme des incidents que collectionne la plus vieille centrale de France.

Aujourd’hui «Fessenheim» est devenue le double symbole d’une inquiétude et d’une attente. La question de sa fermeture - annoncée, repoussée, réclamée - coïncide avec la réouverture d’un débat fondamental sur l’avenir énergétique français. Selon un sondage récent (Ifop/ France Soir) plus de huit Français sur dix - dont 90% des sympathisants de gauche et 66% des sympathisants UMP! - souhaitent désormais que d’ici vingt ou trente ans, la France diminue de manière significative la part du nucléaire au profit d’autres sources d’énergies.

A Fukushima, le spectacle de l’impuissance d’une grande puissance à maîtriser les conséquences d’un accident nucléaire et la durabilité de ses dégâts, a instillé un doute nouveau, en même temps qu’on découvre que même les démantèlements les plus simples, comme à Brennilis, ne sont pas si évidents.

Les politiques ont été totalement pris de court par cette crise de confiance massive. En France, la question du nucléaire était quasiment classée, et même supplantée dans les thèmes écologistes par l’urgence climatique. Mis à part quelques centaines de militants verts ou alternatifs, et les élus locaux concernés, qui se souciait du scandale des trains chargés de déchets radioactifs traversant Strasbourg en pleine nuit?

Mais dans l’imaginaire collectif, le nucléaire a brutalement rejoint les hydrocarbures au registre des polluants dépassés dont il faut à tout prix apprendre à se passer. Sa contestation n’est plus assimilée à un archaïsme de pensée contre un progrès obligatoire. Quand le président de la République recourt à l’argument commercial de la sécurité technologique française et au prétexte éternel de l’incontournable - «sauf à dire aux Français qu’ils vont maintenant se chauffer et s’éclairer à la bougie...» - il peine à convaincre son propre camp. Quant au PS, qui a longtemps adhéré lui aussi à ce dogme consensuel, il hésite maintenant entre la fin du «tout nucléaire» et la sortie du nucléaire tout court.

Chacun pressent qu’un enjeu de civilisation surpasse les défis économiques les plus graves. Synonyme d’une fin, Fessenheim sera peut-être celui d’un commencement.

Renault, qui va porter le chapeau ?

Ce soir, les administrateurs de Renault se réunissent pour couper une tête. Voici venue l’heure de punir le responsable de l’immense pantalonnade qui a ridiculisé la marque au losange. Et réjouit la concurrence, les carrossiers de Volkswagen s’en gondolent encore…

À quel haut dirigeant, mêlant l’incompétence à la paranoïa, doit-on ce lamentable fiasco ? Qui, se fiant à une enquête interne bidon, a cru bon de virer quatre cadres pour un “espionnage industriel” parfaitement imaginaire ? Les malheureux, vite catalogués “traîtres à la patrie”, se retrouvèrent aussitôt sur le carreau. Le capitalisme sait donc aussi organiser des procès staliniens.

Mieux, le puissant PDG du groupe alla lui-même claironner la sentence au journal de TFI. On voyait bien alors, à sa mine altière, que Carlos Ghosn ne laissait à personne — même pas à la justice — le soin de décider. Un patron de pareille envergure, qui reçoit 9 millions d’euros par an, assume seul et tranche dans le vif. En pleine lumière, bravo !

Au moment de payer les pots cassés, pourtant, l’omnipotent manager s’efface volontiers. Si Renault souhaite faire “porter le chapeau” à quelques-uns de ses proches collaborateurs, il n’émettra aucune objection. Pourvu que lui, pétri de tant de qualités, reste en place. Face au réalisme économique, la morale devient secondaire.

Enfin, au nom de “l’intérêt supérieur de l’entreprise”, M. Ghosn accepte de déléguer. Non pas son pouvoir, mais ses erreurs…

Pléthore


Ils étaient seize en 2002, puis douze en 2007 - combien seront-ils en 2012 à briguer nos suffrages ? Plus, sûrement beaucoup plus, à les voir tous ces jours se bousculer au portillon. Jeudi, ce sera au tour de Dominique de Villepin, qui s’est déclaré hier en mal d’incarnation. Il aura sans doute été précédé la veille par Nicolas Hulot, sur le thème «maintenant ou jamais». La semaine dernière, nous avions jeudi entendu la grosse envie de Jean-Louis Borloo, et samedi l’émotion de Jean-Luc Mélenchon. Sans oublier François Hollande et sa déclaration de Tulle... Oui, si loin de l’échéance, cela fait déjà pléthore de prétendants. Le signe d’une fin de cycle, quand les chefs ont fait leur temps. Ou plutôt le signe d’une époque où le temps va plus vite, où le chef d’un jour est rarement celui du lendemain. De la pléthore actuelle, il n’en restera qu’un - mais il sera précaire, forcément précaire.

Le jour où le PS s'est redécouvert uni

On ne pouvait rêver meilleure photo de famille au Parti socialiste : Martine Aubry entourée par Ségolène Royal et François Hollande, tout sourire et approuvant tous le nouveau programme dévoilé mardi. Il manquait juste Dominique Strauss-Kahn pour que cet instant soit définitivement historique. De quoi presque faire oublier que leur « Projet 2012 » - adopté à l'unanimité hier - tient plus du plus petit dénominateur commun acceptable pour l'ensemble des présidentiables que d'une vision d'avenir pour la société et qu'il est surtout remarquable par ses oublis. Deux ans et demi après le calamiteux congrès de Reims qui avait vu la maire de Lille prendre la tête d'une formation déchirée par la haine et proche de l'explosion, le chemin parcouru est cependant remarquable. Tout comme le talent politique qu'a su déployer Martine Aubry afin de redonner au PS une colonne vertébrale et un fonctionnement à peu près collégial. Cette unité retrouvée est d'autant plus éclatante à la fin d'une semaine qui a vu la droite retrouver ses vieux démons de la division, avec l'annonce du départ de Jean- Louis Borloo de l'UMP, et les écologistes s'engager vers un duel tendu entre Eva Joly et Nicolas Hulot. Dans le même temps, la direction du PCF est parvenue dans un relatif consensus à afficher sa préférence pour Jean-Luc Mélenchon. Ce samedi, c'est donc l'image d'une gauche se mettant en ordre de marche qui s'imposait. Le Parti socialiste peut savourer l'instant. Mais il aurait tort d'en être grisé, car il n'est pas certain qu'il dure. Les primaires, parfaite machine à perdre, sont le prochain obstacle à l'horizon.

La « responsabilité de protéger »


L'intervention en Libye a relancé le débat autour du prétendu « droit d'ingérence humanitaire », que nombre de pays du Sud et de l'Est asiatique voient comme une notion parfaitement idéologique pour habiller les prétentions hégémoniques de l'Occident.

En réalité, il s'agit de mettre en oeuvre la « responsabilité de protéger », dont l'assemblée générale de l'Onu a fait, en 2005, un principe applicable aux situations de génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Dans cette hypothèse, si l'Etat concerné ne s'acquitte pas de sa mission de protéger sa population, et a fortiori s'il se rend coupable de l'un de ces crimes, le Conseil de sécurité de l'Onu peut décider une intervention protectrice. C'est ce qu'il vient de faire par sa résolution 1793.

Le choix qui s'offrait à l'Onu était assez simple : ou bien laisser la communauté internationale assister en témoin passif à l'écrasement de Benghazi et, au-delà, de tout un pays par un despote illuminé ; ou bien, mobiliser la force au service du droit.

Certains ont soupçonné la coalition occidentale de vouloir préserver une source d'approvisionnement énergétique et d'être animée de préoccupations de politique intérieure. Mais la grande majorité de la population des pays intervenants approuve l'initiative (66 % des Français), qui nous épargne le déshonneur, ressenti en d'autres temps lors de l'abandon des Républicains espagnols en 1937 et des Sudètes en 1938, au moment des accords de Munich.

Il ne s'agit pas seulement de manifester notre solidarité active avec les peuples opprimés, mais de tirer toutes les conséquences du fait de croire à une réelle « communauté des valeurs » (1). Cette conviction, adossée à la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, finit par s'imposer dans les faits, malgré les sceptiques ou négateurs, prompts à voir dans les droits humains le « pagne des classes capitalistes » ou de l'impérialisme. Le « printemps arabe » leur inflige un cinglant démenti.

Il est d'ailleurs frappant que les États contestataires soient, presque sans exception, ceux-là même qui bafouent sans vergogne les droits fondamentaux. De là à penser que leur discours ne relève que d'une stratégie de camouflage et d'habillage des violations... Le soupçon se justifie lorsque la voix de leurs peuples parvient à se faire entendre. Ils revendiquent, eux, l'application intégrale des engagements internationaux souscrits par leurs pays. À les entendre, apparaît, en deçà des différences culturelles, le caractère universel de la souffrance d'hommes et de femmes injustement incarcérés, détenus sans procès, suppliciés, écrasés par la force ou privés de leurs droits sociaux et culturels. Ces droits, universels, devraient s'appliquer en Libye, en Syrie, en Côte d'Ivoire, ou en Chine.

Enfin, écoutons l'opposante birmane Aung San Suu Kyi : « Si l'on devait nier la validité des idées et des convictions, en dehors de l'aire géographique et culturelle où elles trouvent leur origine, alors le bouddhisme serait confiné au nord de l'Inde, le christianisme à une étroite bande de terre au Moyen-Orient et l'islam à l'Arabie » (2). L'humour est aussi une façon de résister.

(1) Sous-titre du livre de Mireille Delmas-Marty, (Seuil).
(2) Rapport annuel 1998 d'Amnesty International.