TOUT EST DIT

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jeudi 7 avril 2011

Non au suicide des agriculteurs


Savez-vous que 400 agriculteurs ont mis fin à leurs jours en 2009, soit plus d'une personne par jour ? C'est deux fois plus que la moyenne nationale . Ce scandale se déroulait, jusqu'à présent, dans l'indifférence générale.

La société Saint-Vincent de Paul a organisé, récemment à Rennes, une table ronde sur la solitude en milieu rural. À cette occasion, le ministre de l'agriculture, Bruno Le Maire, a lancé un plan contre le suicide des agriculteurs, en cette année où la lutte contre la solitude est grande cause nationale.

Bien sûr, une partie du monde agricole est dynamique et va bien. Mais le désarroi d'une autre partie du monde agricole est immense. On l'ignore. Pire, on l'entretient par toutes sortes de comportements, d'images dévalorisantes, de soupçons, de moqueries envers les enfants d'agriculteurs...

L'isolement des agriculteurs grandit. On les accuse de tous les maux de la terre, en particulier de la pollution. En plus du mépris, on rajoute sur leurs épaules des contraintes qui demandent des investissements longs à amortir, alors que leurs revenus varient brutalement à cause de la fluctuation des cours mondiaux et qu'ils n'ont pas fini de rembourser les investissements précédents. On oublie que beaucoup sont économiquement fragiles.

Souvent plus pauvres, ils sont aussi moins aidés par leur entourage. Hier, le mari et la femme travaillaient souvent ensemble. Aujourd'hui, 75 % des jeunes femmes d'agriculteurs déclarent n'exercer aucune activité dans l'exploitation. « L'agriculteur se retrouve de plus en plus seul », constate le sociologue Jacques Rémy.

Une responsabilité collective

De plus, l'écart se creuse entre le mode de vie des agriculteurs et la manière de vivre générale : être toujours là, attaché à la terre, est difficile dans une société qui a fait des loisirs et du divertissement le passeport de la reconnaissance sociale. À mesure que la société sombre dans l'immédiateté, la noblesse du travail des agriculteurs se voile. On en oublierait presque que le pain que l'on mange chaque jour est « le fruit de la terre et du travail des hommes ».

Comment combattre le sentiment d'échec qui envahit peu à peu certains agriculteurs ?

Il y a « une responsabilité collective, explique François Régis Lenoir agriculteur et psychologue. Il faut détecter les territoires à risque car il existe des zones où les suicides sont contagieux. » Le plan décidé va s'y employer.

Au-delà, il s'agit, selon Bruno Le Maire, de « remettre les agriculteurs au premier plan de la société » en apportant les réponses économiques, sociales et humaines à leur désarroi. Dans le cadre du G20, le gouvernement lutte contre la spéculation qui provoque la volatilité des cours des marchés agricoles. Au niveau européen, il travaille pour que les produits agricoles importés répondent aux mêmes normes que les produits européens, afin d'éviter une concurrence inégale. En France, il plaide pour le juste prix d'achat des denrées agricoles. Sur le plan social et humain, un dispositif d'écoute et d'accompagnement va être mis en place.

Il est aussi un remède à la portée de tous : respecter ceux qui cultivent la terre. « On fait un beau métier. Nous méritons d'être pris en considération », déclarait un agriculteur. Être attentif à leur détresse cachée, y remédier sans attendre, est de la responsabilité de tous.



Cruauté


Les juges de la Cour de révision n’ont pris qu’une poignée de minutes et quelques mots pour renvoyer Dany Leprince en prison – et puis ils sont vite partis, comme des voleurs... Il y a neuf mois, leurs collègues de la chambre d’à-côté avaient rendu sa liberté à Dany Leprince, après seize années derrière les barreaux. Et ils lui avaient donné l’espoir, c’est humain, d’une innocence enfin reconnue. Mais non, la révision n’aura pas lieu, et en prime, Dany Leprince devra remâcher sa déception en prison. Cruauté, ou inconscience ? On plaint le simple juge du rang, soucieux de son métier, qui subissait déjà le souvenir d’Outreau, l’hostilité de notre Président et le manque de moyens. Il devra demain assumer en plus la scandaleuse incohérence de la Cour de révision. Quant aux juges de cette Cour, on leur enverrait volontiers le gorille Georges Brassens – sans cruauté aucune.

La saison de la chasse au Rom n’est pas finie

Au moment où l’UE appelle les Etats membres à davantage d’efforts afin d’intégrer les Roms qui vivent sur leur sol, les intimidations de l’extrême droite magyare contre la "criminalité tzigane" continuent, sans que le gouvernement de Viktor Orbán, qui préside pourtant l’Union, ne réagisse. 

Sans son église médiévale et ses caves à vin blotties à flanc de colline, Gyöngyöspata ressemblerait à tant d'autres villages hongrois : la mairie datant de l'époque communiste, la supérette Coop, les jardinets bien sarclés où pointent les premières jacinthes, les rues boueuses du ghetto rom.
Pourtant, un peu de l'avenir de l'Europe s'est joué, au mois de mars, dans cette localité de 2 850 habitants, à une heure de route au nord-est de Budapest. Encadrée par le parti Jobbik (entré au Parlement avec 16,8 % des voix, en avril 2010, mais en chute dans les sondages), l'extrême droite a fait de Gyöngyöspata un laboratoire contre la "criminalité tzigane", patrouillant jour et nuit avec l'appui de nombreux villageois, qui ont logé et nourri pendant plus de deux semaines les miliciens.
Le 6 mars, le dirigeant national du Jobbik, le député Gabor Vona, y a parlé devant 1 500 paramilitaires. La plupart portaient l'uniforme noir de Szebb Jövoert ("Pour un plus bel avenir"), une organisation placée sous le parapluie légal des milices villageoises d'autodéfense. On voyait aussi des individus agressifs, treillis et crâne rasé, brandissant des haches ou des fouets, flanqués de pitbulls. Les premiers jours, les familles roms n'osaient même plus envoyer leurs enfants à l'école.

Viktor Orbán exalte le "courage magyar"

La police locale n'est pas intervenue, malgré la ressemblance de Szebb Jövoert avec la Garde hongroise, une milice proche du Jobbik qui s'était livrée aux mêmes manoeuvres d'intimidation de la minorité tzigane, avant d'être dissoute par la Cour constitutionnelle en juillet 2009. Il a fallu attendre que les miliciens aient quitté les lieux de leur propre gré, le 16 mars, pour que le gouvernement du premier ministre conservateur, Viktor Orbán, commence à réagir.
Le 15 mars, pour la fête nationale hongroise, M. Orbán a prononcé à Budapest un discours dans lequel il a exalté le courage magyar face aux diktats des puissances étrangères, y compris l'Union européenne (UE), dont il assume ce semestre la présidence tournante. Il n'a pas soufflé mot de Gyöngyöspata.
Ce jour-là pourtant, une poignée de contre-manifestants, conduits par Aladar Horvath, du Mouvement pour les droits civiques des Roms, s'étaient rendus sur place. Parmi eux, le pasteur Gabor Ivanyi et deux députés du LMP, le petit parti Vert libéral (qui n’a obtenu aux législatives de 2010 que 314 voix malgré 6000 électeurs roms potentiels).
"Ici, nous avons voté massivement Fidesz (le parti de M. Orbán, qui jouit d'une majorité des deux tiers au Parlement), rappelle Janos Farkas, le chef de la communauté tzigane de Gyöngyöspata, soit 500 personnes. Parce qu'il nous avait promis du travail." Un an après, le taux de chômage en Hongrie n'a pas baissé, sauf que l'on ne touche plus qu'une allocation par famille. Et le gouvernement a réduit le budget accordé aux "administrations autonomes" des minorités.

"Nous sommes Hongrois avant d'être tziganes !"

Depuis la reprivatisation des forêts, en 1992, les Tziganes n'ont plus le droit d'y cueillir les champignons ni de ramasser le bois pour se chauffer. "Nous avons offert, en échange de ce paiement en nature, d'assurer le nettoyage des domaines forestiers. Les propriétaires ont refusé, constate M. Farkas. Mais nous vivons ici depuis cinq siècles, nos ancêtres ont défendu ce beau pays contre les Turcs, nous sommes Hongrois avant d'être tziganes !"
La délinquance augmente dans les campagnes, dont les habitants se sentent abandonnés. Certains meurtres ont profondément choqué l'opinion, tel celui d'un enseignant, lynché fin 2006 à Olaszliszka (nord-est) sous les yeux de ses enfants, parce qu'il avait effleuré avec son véhicule une petite fille rom. Le Jobbik lui a érigé un monument. A l'inverse, la série d'attaques meurtrières contre des Roms, menées en 2009 par un groupe de néonazis actuellement jugé à Budapest, n'a guère ému la population.
A Gyöngyöspata, la source du conflit semble avoir été l'achat, par la Croix-Rouge hongroise, de maisons pour reloger des familles de Roms sinistrées lors des inondations de 2010. La perspective de les voir s'installer au coeur du village a suscité de vives résistances. Des habitants ont écrit à Gabor Vona, explique Oszkar Juhasz, le président de la section locale du Jobbik (26 % aux législatives de 2010).

Le taux de natalité des Roms fait peur

M. Juhasz est viticulteur, descendant d'une de ces familles de petits nobles qui vivaient jadis à peine mieux que les serfs mais croyaient être la chair et le sang de la Hongrie millénaire. Il affiche, dans l'entrée de sa maison, la carte du pays avec les frontières d'avant 1920.
Pour l'extrême droite, obsédée par la perte historique de deux tiers des territoires nationaux, la natalité des Tziganes est une menace : "Depuis 1898, leur nombre a été multiplié par plus de cent, dit-il. Nous ne sommes pas racistes, mais la politique d'intégration des Roms signifie, trop souvent, baisser le niveau de vie des non-Roms."
Samedi 2 avril, vêtu de son uniforme noir, Oszkar Juhasz a défilé dans les rues de Hejöszalonta (nord-est), 900 habitants, aux côtés d'autres "patriotes hongrois". La veille, le chef de la fraction parlementaire du Fidesz, Janos Lazar, avait évoqué devant des journalistes la possibilité d'assouplir la législation sur les armes, au bénéfice de l'autodéfense. Une revendication du Jobbik.


Discriminations

La feuille de route de l’UE relève du vœu pieux

"L’intégration des Roms dans les pays membres sera supervisée par la Commission européenne" : Hospodářské noviny résume ainsi la feuille de route pour lutter contre les discriminations dont sont victimes les Roms présentée le 4 avril par la commissaire à la Justice et aux droits fondamentaux Viviane Reding. La Commission souhaite que chaque pays adopte une nouvelle stratégie d’intégration, qui tienne compte des spécificités de chaque communauté rom. Par la même occasion, Mme Reding a reconnu que les Etats membres traînent des pieds pour dépenser les ressources disponibles : sur les 2,6 milliards d’euros alloués à des projets pour l’intégration des Roms, seuls 100 millions ont été dépensés. La plupart des 12 millions de Roms qui vivent dans l’UE sont victimes de discriminations — notamment en Roumanie et en Bulgarie —, constate une étude récente menée dans six pays de l’UE (Bulgarie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Roumanie et Slovaquie), selon laquelle 42 % des enfants rom achèvent l’école primaire contre 97,5 % en moyenne pour les autres enfants européens. Selon la communication de la Commission, l’intégration des Roms dans chaque pays devrait concerner l’éducation avant tout, mais aussi le logement, le santé et l'emploi, explique encore -, qui cite une étude de la Banque mondiale selon laquelle "la pleine intégration pourrait rapporter près de 500 millions d’euros par an aux pays concernés, grâce à des gains de productivité, à la réduction des dépenses sociales et à l’augmentation des recettes fiscales". C’est en revanche la déception du côté des associations qui travaillent pour l’intégration des Roms : interrogé par EUobserver, un représentant du réseau ERGO qualifie de "décevante" la communication de la Commission car, explique le site bruxellois, "elle confie à chaque Etat membre le soin de gérer les discriminations à l’encontre de cette minorité — ce que certains gouvernements comme celui de Budapest n’ont pas vraiment envie d’assurer".

mercredi 6 avril 2011

L'Espagne "n'a pas besoin d'aide", selon le directeur général du FMI

L'Espagne "n'a pas besoin d'aide financière" internationale et a pris des mesures "correctes" pour rassurer les marchés sur sa situation financière, a assuré dans un entretien publié mercredi le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn.
"Nous n'avons reçu aucune demande d'aide de la part du gouvernement espagnol. Je pense que le gouvernement espagnol n'a besoin d'aucun type d'aide financière", a déclaré le directeur général du Fonds monétaire international (FMI) au quotidien espagnol El Pais.
"Je pense que les politiques mises en place par le gouvernement espagnol, tant au niveau fiscal que concernant la réforme des retraites, du marché du travail ou bancaire, sont des politiques correctes", a ajouté M. Strauss-Kahn dans cet entretien également accordé aux quotidiens américain The Washington Post et italien La Repubblica.
"Je constate que ces derniers mois, l'Espagne a été mise dans le même sac que d'autres pays, comme la Grèce, alors que la situation n'est clairement pas la même. Les marchés répondent car ce qui doit être fait est fait. C'est difficile pour le pays et le gouvernement de prendre les mesures correctes mais elles sont en cours", a-t-il ajouté.
L'Espagne, qui peine à sortir de la crise dans laquelle elle est tombée en 2008, continue d'être l'objet de craintes des marchés sur sa capacité à redresser ses comptes publics et à relancer son économie.
Signe de cette défiance, le 10 mars l'agence de notation financière Moody's a abaissé d'un cran la note souveraine du pays, à "Aa2" avec perspective négative, se disant toujours sceptique sur l'amélioration de ses finances et s'inquiétant du coût de la restructuration bancaire.
Plombée par la crise financière internationale et l'éclatement de sa bulle immobilière, l'Espagne a vu son PIB fortement baisser, de 3,7%, en 2009, puis stagner en 2010, avec un léger repli de son PIB, de 0,1%.
Pour 2011, le gouvernement prévoit une croissance de 1,3%, chiffre optimiste alors que le Fonds monétaire international (FMI) table sur 0,6% et l'OCDE 0,9%.
Le chômage est le véritable point noir de l'économie espagnole avec un taux de 20,33% fin 2010, un record dans les pays de l'OCDE.

Le commentaire politique de Christophe Barbier




Coût


Vous connaissez tous Jean-Pierre Pernaut, l’homme qui demande à tout propos : combien ça coûte ? Une bonbonne de gaz, Dieu, une livre de steak haché, un avocat, tout a un prix pour Monsieur Pernaut, qui exige la transparence (sauf sur son salaire). Nous sommes tous devenus, peu ou prou, des petits Pernaut. La France est en guerre, nos soldats prennent des risques et parfois meurent en Afghanistan, en Libye, en Côte d’Ivoire - combien ça coûte ? chante le chœur des contribuables. On discute du prix d’une bombe (250 000 euros), d’une heure de Rafale (13 000 euros), ou d’une journée en Afghanistan (1,3 million) Après la guerre propre, nous réclamons la guerre gratuite. Mais alors, la Côte d’Ivoire, combien ça coûte ? Selon Monsieur Longuet, notre ministre de la Défense, « beaucoup moins cher que le déshonneur de voir un peuple se faire massacrer». Qu’en pense Monsieur Pernaut ?

Convaincre sans tromper

Peut-on faire rêver lorsque la dette atteint 26 500 € par habitant et que la mondialisation dicte nos décisions ? Autrement dit, dans un contexte aussi contraint, qu'est-ce qu'un projet crédible et comment peut-il séduire ?

La question se pose à l'UMP, qui dispose d'un candidat probable, mais pas encore de projet. Au PS, qui s'offre un costume programmatique avant tout le monde, mais sans savoir qui le revêtira. Et à leurs alliés qui devront aussi distinguer le possible et le souhaitable. Faute de pouvoir évaluer un projet à ses ambitions quantitatives, il faut regarder comment la combinaison des mesures proposées répond ou pas aux attentes de la société.

Toute construction politique devrait concilier deux contradictions majeures : entre l'immédiat et le long terme, d'une part ; entre l'individuel (ou le catégoriel) et le collectif, d'autre part. Exemples : le contribuable aspire à payer moins d'impôt, mais le pays a besoin d'équipements publics et de désendettement. L'automobiliste veut rouler autant que nécessaire, mais nous devons collectivement améliorer notre bilan carbone. Le retraité défend sa pension, mais une jeunesse paupérisée ne peut pas cotiser plus. L'actionnaire veut être récompensé tout de suite, mais l'investissement nécessite du temps.

Entre le « moi, tout de suite » et le « nous, demain », il faut une régulation pour éviter que la jeunesse ne se révolte, que l'urgence écologique n'impose un totalitarisme d'un genre nouveau, que l'impasse budgétaire n'entraîne une rigueur massive ou que l'âpreté au gain rapide ne tue l'innovation.

Cette régulation suppose au moins deux conditions. D'abord, il ne peut y avoir de démocratie solide sans une prise de conscience aiguë et collective des enjeux. Attention au jeu des intérêts particuliers, à l'instantanéité de l'information et à la confusion des débats qui n'aident pas toujours à les comprendre ! Ensuite, la participation de chacun au redressement général ne peut réussir que sur la base d'une justice fiscale et sociale, et dans le cadre d'une gouvernance irréprochable. Ceux qui proposent un rééquilibrage social par l'impôt l'ont compris.

C'est à l'aune de cette grille de lecture que l'on vérifiera si le projet socialiste - et demain celui des autres formations - est bien de nature, comme l'assure Martine Aubry, à dépasser les intérêts particuliers pour nourrir des réussites et des fiertés collectives. À calmer les avidités immédiates au profit d'un vivre ensemble aujourd'hui dégradé. À combattre les égoïsmes pour être mieux collectivement, dans son entreprise, dans sa ville, dans son pays.

Cette réflexion montre toute l'inconséquence d'une médiatisation consistant - et le reproche vaut pour tous les camps - à ne retenir que quelques propositions extraites d'un projet déjà enterré par ceux... qui ne l'ont pas lu ! Quand elle agit ainsi, la politique se saborde toute seule et brouille plus qu'elle n'éclaire.

Car seule la clarté du projet - et celui du PS a au moins le mérite d'exister - peut ramener à l'essentiel, déjouer l'habileté du Front national à dicter l'ordre du jour politique et médiatique, et donner aux abstentionnistes des raisons de se remobiliser. Convaincre sans tromper : la défiance née des promesses non tenues supposerait que l'on en fasse la règle d'or de la présidentielle.



mardi 5 avril 2011

Le principe de loyauté

Loyauté ! C’était la devise d’un grand soldat, le maréchal Lyautey. C’est aussi le principe qui doit prévaloir à la tête de l’exécutif, comme l’a rappelé dimanche dernier Jean-Pierre Raffarin. Le sénateur Raffarin ne fut sans doute pas le plus éclatant des Premiers ministres, on s’est moqué parfois de ses « raffarinades », mais il connaît bien la politique et, comme il s’est entretenu avec le président Sarkozy dans l’avion de retour du Japon, on a compris que son message avait été encouragé au sommet. Ce principe de loyauté est la condition nécessaire pour permettre à Nicolas Sarkozy de retrouver des chances de réélection en 2012. Cela s’applique aux trois responsables du triangle dirigeant : le président, le Premier ministre et le chef du parti majoritaire. Le rappel à l’ordre vise au premier rang François Fillon, qui a cru bon à plusieurs reprises de se démarquer de la ligne officielle. « Il n’y a pas d’espace contre le Président dans le camp du Président », rappelle donc à juste titre M. Raffarin. Mais le rappel à l’ordre vise également un Jean-François Copé qui aurait dû éviter de s’en prendre à François Fillon sur un plateau de télévision. Peut-être même s’adresse-t-il à Jean-Louis Borloo, qui a des démangeaisons de candidature pour 2012. Nicolas Sarkozy par personne interposée serre les boulons, mais il devra aller au-delà, car la discipline n’est pas la condition suffisante de son éventuelle réélection. Il devra appliquer à lui-même la phrase d’Hernani, de Victor Hugo, en étant « une force qui va »… et qui sait où elle va !

La France piégée

Paris ne voulait pas se laisser entraîner dans la tourmente ivoirienne. Nicolas Sarkozy, qui a reconnu sans attendre la légitimité d’Alassane Ouattara, le président élu en novembre, avait refusé par la suite, avec constance, de jouer au gendarme, laissant à l’Onu et à l’Union africaine le soin de faire respecter le suffrage universel. Peine perdue. Comme lors des précédentes crises de la catastrophique ère Gbagbo, la diplomatie et l’armée française ont à nouveau dû monter en première ligne. Dimanche la Force Licorne a pris le contrôle de l’aéroport d’Abidjan. Elle ne cesse de recevoir des renforts et a ouvert le feu, hier soir, sur les troupes fidèles à Gbagbo.

Cinquante ans après les indépendances des anciennes colonies françaises, voici une nouvelle démonstration que la souveraineté africaine a des limites. Le néocolonialisme — la « françafrique » — n’est pas un vain mot, et Gbagbo a longtemps assis son pouvoir en exploitant les sentiments anti-français d’une partie de sa population. C’est pourtant lui qui est le grand responsable de cette crise qui ponctue dix ans de règne au cours desquels la Côte d’Ivoire n’a pas avancé d’un pas vers un avenir meilleur.

Pour se maintenir au pouvoir contre la volonté des électeurs, Gbagbo a misé sur la haine raciale, dressant les ethnies (il y en a une centaine en Côte d’Ivoire) les unes contre les autres. Diviser pour régner : la recette est vieille comme le monde. À Duékoué, elle s’est traduite par des massacres. Les deux camps ont du sang sur les mains, mais c’est incontestablement le mauvais perdant de la présidentielle qui a enclenché le mécanisme des tueries.

L’Onu et l’Union africaine se sont montrées impuissantes sur le plan politique, les troupes républicaines de Ouattara semblent incapables, après avoir conquis 90 % du pays, de faire tomber, seules, les derniers bastions d’un clan bunkérisé. La peur d’un carnage sans fin – et, il ne faut pas le cacher, la nécessité de protéger les 12 000 Français du pays — ne pouvaient que mener à une intervention militaire extérieure, finalement réclamée par l’Onu. C’est un constat d’échec pour la communauté internationale, et notamment pour Paris, piégé par les événements. Mais c’est aussi une assurance-vie pour des dizaines de milliers d’Ivoiriens. Que diraient les bonnes âmes d’un immobilisme des troupes françaises si le scénario du génocide rwandais se reproduisait en Côte d’Ivoire ?


Réalisme politique

Après l’effet bleu Marine des cantonales, les commentaires vont bon train sur les blogs et dans les revues cathos (de Famille chrétienne à Civitas, des Manants du roi à Liberté politique et bien d’autres encore). En vue des prochaines élections et en des sens souvent différents. Voici la réflexion que nous inspire globalement la lecture de cette revue de presse intéressante mais quelque peu contrastée. Jusque dans « la famille », comme aurait dit Serge de Beketch.
Les théories sont nécessaires mais ne font pas naître les institutions ici et maintenant. Il y a un discours philosophique et chrétien portant sur la concorde (le bien commun national) et la chrétienté, autant dire sur l’actuellement impossible, voire l’inopportun, mais qui deviendra un jour opportun et possible avec le concours des « militants » chrétiens, si Dieu le veut. Prenant acte de la dissociété aggravée de la nation depuis la Révolution et de sa sécularisation croissante, le réalisme chrétien commande aujourd’hui, en prudence politique, de ne pas s’en tenir qu’au discours, à la juste doctrine et à l’idéal, sans toutefois les oublier et les trahir.
Dans la division des croyances, le fameux « compromis nationaliste » de Maurras, souvent mal compris mais inspiré de son « empirisme organisateur », proposait justement une politique qui ne soit plus déduite des principes d’une philosophie ou d’une religion de plus en plus impuissantes à convaincre et rassembler les Français, mais induite de l’expérience historique et politique plus à même de mobiliser efficacement les hommes de bonne volonté qui croient encore charnellement à la France.
Par la même démarche inductive (qui part non pas d’une idée générale pour en tirer des conséquences mais des faits observés pour en tirer une idée générale), nous avons tenté d’expliquer pourquoi, dans la décadence accélérée de la culture (mondialiste) de mort conjuguée à l’invasion islamiste, le nationalisme à la française, malgré sa doctrine pertinente, ne suffisait plus lui-même à la tâche. Non pas, certes, pour rassembler et représenter les Français qui s’aiment encore, mais pour les protéger concrètement ici et maintenant. Et qu’il fallait descendre encore en deçà, si l’on peut dire : leur proposer plus outre, par la force des choses, la discipline et le comportement d’un sain et légitime communautarisme, national et chrétien. Comme dernier rempart précisément après la destruction des frontières et le polycommunautarisme (malsain) déduit de la laïcité ouverte au pouvoir…
Mal compris encore, ce nouveau concept pratique et analogique a été critiqué par des catholiques un peu trop dépendants d’une pensée univoque sinon unique, exclusivement déductive voire dialectique : ils ont prétendu qu’il n’était pas catholique (pour tous). Mais pas plus qu’il ne s’oppose au nationalisme à la française (ouvert à la civilisation universelle), le sain et légitime communautarisme bien compris ne s’oppose à la philosophie politique d’Aristote ni à la doctrine sociale de l’Eglise (à son principe de subsidiarité notamment et à sa civilisation de l’amour). Pas plus, par exemple, qu’il n’y a de contradiction interne chez Benoît XVI quand il développe d’une part une doctrine sociale très déductive jusqu’à la promotion idéale d’un bien commun temporel international (dans Caritas in veritate) et qu’il invite concrètement d’autre part les catholiques et les hommes de bonne volonté à la création d’îlots ou d’arches de chrétienté (dans Lumière du monde)…
« Nous savons, disait Maurras, que les besoins peuvent changer. Il peut y avoir un moment où les hommes éprouvent la nécessité de se garantir contre l’arbitraire par des articles de loi bien numérotés. Il y a d’autres moments où cette autorité impersonnelle de la loi écrite leur paraît duperie profonde. Dans le premier cas, ils réclament des constitutions. Dans le second, les statuts leur paraissent importer de moins en moins, c’est à la responsabilité effective et personnelle qu’on s’intéresse » (Action française, 10 avril 1913).
Entre l’idéal constitutionnel déduit de la philosophie chrétienne (actuellement inaccessible) et la possibilité concrète (personnelle ou communautaire) induite empiriquement, il n’y a pas contradiction même s’il n’y a pas, à l’évidence, équivalence. L’erreur est d’opposer dialectiquement les deux modes de besoin ou de n’en retenir qu’un à l’exclusion définitive de l’autre. Entre les micro-chrétientés vicariantes qui agissent tant bien que mal comme des anti-corps dans une dissociété nationale et le désir légitime d’un meilleur régime institutionnel pour tous, il y a la même préoccupation chrétienne du bien commun temporel et surnaturel. Et il peut même y avoir au confluent des deux démarches (à certaines conditions relatives au moindre mal et aux principes non négociables) un front national commun qui ne néglige évidemment pas l’élection républicaine…

Kadhafi envisagerait une issue diplomatique

Muammar Kadhafi semble chercher une voie diplomatique pour sortir du conflit, alors que les États-Unis ont cessé leurs frappes qui avaient été prolongées pendant le week-end, plus de deux semaines après le début de l'intervention internationale en Libye. Dans la nuit de lundi à mardi, le porte-parole du gouvernement libyen a affirmé que le régime était prêt à négocier toute forme de réforme politique, comme des élections ou un référendum, tout en rejetant un départ du colonel Muammar Kadhafi. "Le leader (Moammar Kadhafi) est la soupape de sécurité pour le pays et pour l'unité de la population et des tribus. Nous pensons qu'il est très important pour toute transition vers un modèle démocratique et transparent", a averti Moussa Ibrahim.
Lundi soir, le dirigeant libyen a fait une apparition en public dans sa résidence de Bab el-Aziziya, à Tripoli, qui a été la cible, le 20 mars, d'un missile de la coalition, a rapporté la télévision nationale libyenne. Il s'agissait de la première apparition publique du colonel Kadhafi depuis le 22 mars. La veille, le New York Times a rapporté que deux des fils de Kadhafi, de plus en plus isolé, Seif al-Islam et Saadi, avaient proposé une transition vers une démocratie constitutionnelle qui prévoirait le retrait du pouvoir de leur père. Selon le quotidien américain, citant un diplomate sous le couvert de l'anonymat et un responsable libyen informés du projet, la transition serait pilotée par Seif al-Islam.
Défections
Le Conseil national de transition (CNT), qui représente les rebelles, a aussitôt rejeté cette idée. "Kadhafi et ses fils doivent partir avant toute négociation diplomatique", a déclaré un porte-parole du CNT, Chamseddine Abdulmelah, à Benghazi (est), fief des insurgés. Le chef de la diplomatie italienne Franco Frattini a, lui aussi, estimé que Muammar Kadhafi et sa famille devaient quitter le pouvoir en Libye et que la communauté internationale devait rester unie contre les tentatives diplomatiques du régime Kadhafi de s'en sortir.
Il se référait à la tournée qu'effectue actuellement le vice-ministre libyen des Affaires étrangères Abdelati Laabidi, qui a rencontré dimanche soir à Athènes le Premier ministre grec Georges Papandréou, lundi à Ankara le chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu et dans la soirée à La Valette le Premier ministre maltais Lawrence Gonzi. Après la France et le Qatar, l'Italie a décidé de reconnaître le CNT comme "le seul interlocuteur légitime", alors que le pouvoir libyen a connu un nouveau revers avec la démission, dimanche, d'un conseiller du colonel Kadhafi, Ali Triki, doyen des diplomates, quatre jours après la défection du chef de la diplomatie Moussa Koussa. Le département du Trésor des États-Unis a par ailleurs annoncé que l'ancien ministre des Affaires étrangères libyen n'était plus visé par les sanctions économiques américaines contre le régime de Tripoli.
Redéploiements
Sur le plan militaire, depuis lundi soir, plus aucun avion de combat américain n'a effectué de sortie, a annoncé un porte-parole du Pentagone, qui a toutefois souligné que les appareils se tenaient prêts à intervenir "au cas où l'Otan en ferait la demande". L'armée américaine ne devrait plus fournir désormais que des avions destinés à effectuer des ravitaillements en vol et des missions de brouillage et de surveillance. Des combats entre insurgés et loyalistes ont de nouveau eu lieu lundi près du port pétrolier de Brega, à 800 km à l'est de Tripoli, où des familles entières fuyaient les bombardements en voiture. Les rebelles ont réussi à avancer jusqu'aux abords est de la ville avant d'être repoussés par des tirs d'artillerie et d'obus des forces pro-Kadhafi, mieux armées et mieux organisées.
Le régime du colonel Kadhafi, au pouvoir depuis près de 42 ans, est la cible depuis le 15 février d'une révolte populaire qui s'est transformée en guerre civile entre insurgés et forces loyales au dirigeant. Une coalition internationale, avec à sa tête les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne, est intervenue en Libye le 19 mars, dans le cadre d'une résolution de l'ONU. L'Otan a pris, jeudi, le commandement des opérations. Le groupe de contact sur la Libye, chargé du "pilotage politique" de l'action militaire, se réunira "la semaine prochaine à Doha", a annoncé le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague. La Grande-Bretagne va renforcer les moyens aériens qu'elle a engagés, avec le déploiement dans "les prochains jours" de quatre avions supplémentaires, a indiqué le Premier ministre David Cameron, qui a effectué une visite-surprise lundi sur une base italienne où sont stationnés des appareils de la Royal Air Force, qui participent à l'opération internationale en Libye.
Misrata oubliée
Dans l'ouest du pays, les combats se poursuivaient dans le Jabal al-Gharbi, au sud-ouest de Tripoli, et à Misrata (200 km à l'est de Tripoli), ville assiégée et bombardée depuis 40 jours par les forces pro-Kadhafi où la rébellion réclame un appui aérien international. Les forces de Kadhafi bombardent "aveuglement" Misrata alors que "les avions de l'Otan, dont la mission est de protéger les civils, ne survolent même pas la région", a déploré un porte-parole des insurgés sous le couvert de l'anonymat. Dans le Jabal al-Gharbi, les pro-Kadhafi ont réussi à reprendre la ville de Ketla "après des bombardements intensifs, et maintenant, ils veulent prendre Nalout", a indiqué un habitant de Nalout.
Un navire affrété par Médecins sans frontières a quitté dimanche Misrata pour Sfax, en Tunisie, avec 60 blessés à bord. Un ferry turc, transformé en hôpital, a par ailleurs évacué dimanche 460 blessés et réfugiés de Libye, selon la presse turque, depuis Misrata et Benghazi. Les rebelles ont accusé les troupes de Kadhafi d'avoir endommagé un lieu de stockage du diesel sur l'installation pétrolière de Mislah (sud). Les prix du pétrole ont atteint de nouveaux sommets lundi à New York comme à Londres, où le baril a dépassé 120 dollars pour la première fois depuis août 2008 face à l'enlisement du conflit en Libye.

Le syndrome du hachis Parmentier

Qui eût cru que le sujet cent fois recuit pouvait encore réserver quelques surprises tardives comme un court-bouillon indéfiniment réchauffé ? La controverse sur la laïcité à la française réserve quelques instantanés savoureux.

Hier sur les ondes de France Inter, d’une bouchée fugitive, Nathalie Kosciusko-Morizet a tranché la question de l’opportunité du débat organisé ce matin par l’UMP : c’est la faute au hachis Parmentier ! C’est lui, dit-elle, qui empoisonne tant de maires confrontés à la problématique de la cantine laïque. Certains enfants ne mangeraient pas, soupçonnant la viande de ne pas être halal (ou cacher), et on apprend derechef qu’ils ne toucheraient même pas à la purée, elle-même jugée impure faute de séparation nette dans ce plat unique.

Une situation si insupportable, si on suit bien la ministre de l’Ecologie, qu’elle mérite à elle seule d’être inscrite tout en haut du menu des réflexions du parti majoritaire.

Vite, une disposition législative pour contraindre les récalcitrants à ne pas faire les difficiles — il faut empêcher les petits de s’affamer — ou une directive d’en haut pour proposer des préparations végétariennes ! La laïcité est en danger, citoyens, et le gouvernement doit intervenir, c’est ça ? Avec des décisions prises place Beauvau dès la semaine prochaine ?

Mais qui croira sérieusement que des solutions simples et respectueuses de tous ne peuvent être trouvées avec les prestataires de service à l’échelon de chaque collectivité locale ? Il est vrai que l’Education nationale n’a pas l’habitude de faire des efforts pour se préoccuper du contenu de l’assiette de nos enfants, et notamment de sa qualité diététique.

Pour que la recette concoctée ce matin par l’UMP soit bien cadrée, le ministre de l’Intérieur, lui, a été encore plus réducteur, comme on dit en cuisine.

« L’accroissement du nombre de musulmans pose problème », et il n’y a aucune raison « pour que la République leur accorde plus de droits qu’elle n’en a accordés » aux croyants des autres religions en 1905. On ne pourra pas reprocher à M. Guéant d’avoir pris des pincettes.

Il suggère sans périphrase que les musulmans pratiquants sont en faute. Qu’ils abusent. S’ils occupent la rue pour prier, c’est parce qu’ils veulent l’envahir, au mépris de leur propre dignité… Marine Le Pen avait déjà dit que l’ancien secrétaire général de l’Élysée était membre d’honneur du Front national. Il peut désormais prétendre à la carte Gold. Brice Hortefeux, décidément, n’était qu’un amateur.

Tous les arabophobes du pays — et au-delà ceux qui pensent gentiment « je n’ai rien contre les immigrés mais je trouve qu’il y en a trop » — applaudiront les petites phrases du ministre. Aideront-elles la France de 2011 à s’assumer comme elle est, et à être fière de ce qu’elle est ? C’est une autre affaire…

Le casse-tête nucléaire

Fukushima, la centrale maudite, fuit toujours. Et le pire peut encore advenir au Japon. Mais, quelle que soit l'ampleur finale du désastre, il interpelle tous les pays engagés dans le nucléaire civil ou qui s'apprêtaient à l'être.

L'Allemagne stoppe ses réacteurs les plus âgés. La Chine décrète un délai de réflexion. Les États-Unis hésitent. L'Inde suspend ses commandes à la France. L'Europe va revoir ses normes de sûreté. Quant au Japon, troisième pays nucléarisé au monde, troisième économie mondiale, il vacille.

En France, en pleine prébataille présidentielle, le débat est lancé. Le dogme national - c'est l'énergie la plus sûre, la plus propre et la moins chère - est ébranlé. André-Claude Lacoste, le patron de l'Autorité de sûreté nucléaire, qui n'est pas l'ennemi d'EDF, l'a rappelé : « On ne peut garantir qu'il n'y aura jamais d'accident grave en France. »

Une question se pose donc naturellement : le jeu nucléaire en vaut-il la chandelle ? Autrement dit, ne doit-on pas remettre en cause ces 58 réacteurs qui fournissent 75 % de l'électricité du pays, au prix le plus bas d'Europe, quoique le prix du kilowattheure, facturé au consommateur, soit déjà en surchauffe.

Nicolas Sarkozy, qui, comme tous ses prédécesseurs, tient à son sceptre nucléaire, militaire et civil, a répondu par avance. Et depuis le Japon afin de marquer les esprits. « La France a pris des engagements de réduction des gaz à effet de serre. Pour les remplir, il n'y a pas cent cinquante solutions, il y a le nucléaire. »

Le président de la République vise deux objectifs. Ne pas affaiblir les industriels français sur leur sol. Faire de la France le premier exportateur mondial de réacteurs, quand la vague émotionnelle de l'après-Fukushima sera dissipée. Illusion ?

Des conséquences planétaires

Après Tchernobyl, le nucléaire civil est entré en hibernation. Et, après Fukushima, il est menacé de glaciation. Mais rien n'est écrit, particulièrement dans notre pays, où l'opinion est circonspecte. Il est vrai qu'on ne lui a jamais demandé son avis.

Tous les partis de gouvernement ont indéfectiblement défendu l'option nucléaire, décidée la veille de la mort de Georges Pompidou, en réponse au premier choc pétrolier. L'électricien national, EDF, a, jusqu'à présent, maîtrisé ses centrales. Et son président, Henri Proglio, a beau jeu de rappeler que l'accident de Bhopàl en 1984, et ses milliers de morts, n'avait pas pour autant condamné l'industrie chimique tout entière.

Avec Fukushima, on entre toutefois dans une autre dimension, celle d'une catastrophe aux conséquences planétaires. La question de la sortie du nucléaire est donc parfaitement légitime.

Mais quel casse-tête, politique, économique, écologique. Nous allons assister à un affrontement central entre une UMP pronucléaire et une alliance socialistes et Verts, cette fois d'accord pour une sortie du « tout nucléaire » et une transition écologique.

En combien de temps ? Vingt, trente ou quarante ans. Le délai change singulièrement l'ambition initiale. Le programme des réacteurs de troisième génération sera-t-il stoppé ? Comment, budgétairement, préparer la relève tout en renforçant la sûreté des installations existantes ?

Le coût de l'énergie est le centre névralgique de ce débat. Le renchérissement des prix de l'électricité et du gaz frappe avant tout les classes populaires. Subir le risque du nucléaire, sans bénéficier de prix bas, est intenable. Et choisir la voie écologique, au détriment du social, est politiquement suicidaire.

Une nouvelle équipe à la direction des rédactions du "Monde"

Erik Izraelewicz, directeur du Monde, a présenté, lundi 4 avril, son équipe de direction pour la rédaction. "Cette équipe, renouvelée, rajeunie et diversifiée a pour mission de mettre en œuvre rapidement les priorités du projet sur lequel j'ai été désigné", explique-t-il dans un courrier.

Responsable éditorial du Monde, Erik Izraelewicz prend directement en charge la direction des rédactions du quotidien (Le Monde) et du site (lemonde.fr). Pour mener à bien les transformations du journal et du site, il a formé une équipe associant des journalistes du Monde et plusieurs renforts qui rejoindront le journal dans les jours ou les semaines qui viennent.
Sont ainsi nommés à ses côtés trois directeurs adjoints des rédactions : Serge Michel, Didier Pourquery et, le temps de la transition, Sylvie Kauffmann. Enfin la rédaction en chef sera constituée d'Eric Béziat, de Sandrine Blanchard, de Luc Bronner et de Jean-Baptiste Jacquin.
La nouvelle direction des rédactions ainsi constituée assurera la bonne marche du journal et du site au quotidien avec, en outre, les responsabilités suivantes :
  • Serge Michel est notamment chargé du rapprochement entre les rédactions papier et Internet
  • Didier Pourquery supervisera les transformations de l'offre du week-end
  • Eric Béziat aura la charge des changements dans le déroulé du journal
  • Sandrine Blanchard veillera à l'ouverture du journal à de nouvelles thématiques
  • Luc Bronner coordonnera le nouveau pôle société et le pôle politique
  • Jean-Baptiste Jacquin travaillera au renforcement du traitement de l'économie dans le journal
Sylvie Kauffmann, actuelle directrice de la rédaction, renforcera, une fois la transition assurée, l'équipe des éditorialistes. Elle réalisera des analyses, des éditoriaux, de grandes interviews internationales, des portraits, des enquêtes et reportages, en priorité sur l'international et supervisera les opérations spéciales internationales comme elle l'a fait avec WikiLeaks.
Cécile Prieur est chargée de créer au sein de la rédaction un service Société. Chef de ce service, elle aura aussi la responsabilité d'une équipe Investigation constituée, dans une première étape, de trois enquêteurs – Gérard Davet, Fabrice Lhomme et un troisième journaliste en cours de recrutement.
Franck Nouchi, rédacteur en chef, est nommé directeur du développement éditorial. Il aura en charge le développement des activités "hors-média" (conférences, voyages, édition, etc.) que le groupe souhaite développer activement ainsi que la coordination des déclinaisons papiers de la marque Le Monde, notamment la publication des hors séries et du mensuel.
Dans les jours qui viennent, l'organisation de la rédaction sera complétée et étoffée par de nouveaux recrutements afin de concevoir les transformations de l'offre week-end. Cette offre, remaniée et étoffée, sera un des axes importants du projet éditorial et l'occasion, en mariant les cultures du Monde Magazine et de M, de faire venir au Monde un public plus large – les jeunes et les femmes en particulier.
D'autres renforts seront également assurés très vite de manière à renforcer certains secteurs, et notamment la politique en vue de l'élection présidentielle.

lundi 4 avril 2011

Admettons-le : La Grèce, l'Irlande et le Portugal ont fait faillite

Les politiciens européens semblent être passés maîtres dans l’art de s’en laisser conter. Angela Merkel a ainsi décrit le dernier sommet européen comme un "grand pas en avant", alors qu’un "gros ratage" aurait certainement mieux convenu à la situation, selon "The Economist". Certes, ils se sont mis d’accord sur la mise en place d’un mécanisme permanent pour 2013, mais n’ont pas su le financer pleinement. Bien peu de choses ont été faites pour aider la Grèce, l’Irlande et le Portugal, et la situation de ces pays empire.
La notation du Portugal s’est effondrée le 29 mars, et les taux d’intérêt des obligations à 10 ans se sont élevés de 8% tandis que les investisseurs redoutent de plus en plus que le pays ne soit contraint de réclamer l’aide du FMI et de l’Union Européenne pour obtenir davantage de prêts. Les économies de la Grèce et de l’Irlande, qui, elles, ont déjà bénéficié d’un plan de sauvetage, se réduisent plus rapidement que prévu, et les taux d’intérêt des obligations restent encore très élevés, à presque 13% pour la Grèce et 10% pour l’Irlande, témoignant du manque de confiance des investisseurs dans leurs capacités à reprendre le dessus.
Pour The Economist, ils ont raison, malgré leurs plans de rigueur draconiens, héroïques, même, selon le journal. Sur l’insistance des pays de l’Europe, ils se sont concentrés sur la réduction de leurs déficits budgétaires sans trop envisager ses conséquences sur la croissance. Mais tandis que l’austérité fait plonger leurs économies, leurs dettes astronomiques (160% du PIB pour la Grèce, 125% pour l’Irlande et 100% pour le Portugal), semblent encore plus impossibles à rembourser, alimentant une spirale infernale fondée sur ce doute qui provoque l’emballement des taux de rendement des obligations. Et comme si cela ne suffisait pas, la Banque Centrale Européenne a décidé de relever ses taux d’intérêts le 7 avril prochain, ce qui va renforcer l’Euro et miner en conséquence la compétitivité des pays de la zone.
Les dirigeants européens imposent à tous les pays qui auront besoin d’aide en 2013 de restructurer leurs dettes, et ces dettes rééchelonnées, ou les emprunt les plus récents, seront alors prioritaires dans le dispositif de prêt. Mais ces mesures alimentent davantage les inquiétudes des investisseurs, qui craignent que leurs prêts n’en fassent pas partie, et les incitent à conserver les taux de rendements des obligations à un niveau élevé.
The Economist a toujours prêché pour une réduction rapide de la dette de la Grèce, de l’Irlande et du Portugal. Et il considère que cela est plus nécessaire jamais, non seulement parce que la politique menée jusqu’ici a échoué, mais aussi parce que les possibilités de restructuration s’éloignent. La possibilité de contagion à un autre pays, comme l’Espagne, s’est affaiblie, et la plupart des banques pourraient parfaitement supporter le choc, selon lui. Mais tant que les politiques y seront opposés, y compris dans les pays concernés, comme la Grèce, qui pense pouvoir encore faire face à ses dettes, cette restructuration de la dette ne pourra pas avoir lieu. A moins que le FMI, dont certains de ses économistes affirment déjà en coulisse qu’ils n’envisagent plus d’autres choix, n’adopte ouvertement ce choix, en refusant de prêter en l’absence de renégociations.

En attendant mieux...

La communication finira par tuer la politique. Si ce n’est déjà fait...

Le parti socialiste a réussi le tour de force de rendre parfaitement fade la présentation de son programme pour la présidentielle. Il attendait ce moment clé depuis des mois et voilà qu’il le banalise en laissant le JDD en dévoiler le contenu deux jours avant la date prévue. Il faudra rappeler à Martine Aubry, si prompte à critiquer l’avidité de la presse, les vertus de la patience et les lois du teasing...

L’événement de mardi n’en sera donc pas un et la trentaine de propositions mises au point par les élus et les responsables du mouvement après de longs mois de débats et de forums aura, déjà, la tiédeur des plats laborieusement réchauffés.

Quand elle s’achève, l’attente, on le sait bien, génère souvent de la frustration . Le texte du PS n’échappe pas à cet effet pervers. Sur le fond, surtout, il souffre de l’approximation des manifestes généraux: des tissus de bonnes intentions dont on peine à mesurer la faisabilité réelle. Même si les experts de la rue de Solferino ont pris bien soin de prévoir, fût-ce à grands traits, le financement des principales mesures, le document reste dans un flou artistique qui rappelle la prose allégorique de feu l’union de la gauche des années 70. Sur la forme, c’est une édition supplémentaire des bons vieux catalogues électoraux, dont la crédibilité s’est pourtant érodée au fil des consultations et des alternances.

Tant de mois pour concocter ce manuel qui reste superficiel, cela fait beaucoup. Sur la méthode, il a le parfum vintage de... 1997, comme une profession de foi qui voudrait prendre le contre-pied du quinquennat Sarkozy. La limitation des hauts salaires des PDG des entreprises publiques est assurément un thème porteur mais essentiellement symbolique. Quant aux 300.000 emplois d’avenir promis aux jeunes, ils produisent invariablement un effet père Noël qui n’offre pas pour autant une vision durable de la lutte contre le chômage. Et laisse planer la problématique du remboursement de la dette française.

Il y a toutes les chances, de toutes façons, que ce programme reste purement indicatif. Le candidat qui sortira vainqueur des primaires en fera ce qu’il voudra: en 2007, Ségolène Royal l’avait royalement ignoré. Le PS ne peut même pas spéculer sur le profil du champion qui pourrait le porter tant François Hollande, qui gagne rapidement du terrain et dépasse désormais la première secrétaire du parti, est loin d’avoir partie perdue contre DSK.

Les nécessaires alliances pour le second tour compliqueront un peu plus la rédaction finale. Car Cécile Duflot, par exemple, a annoncé la couleur: elle monnayera la participation des Verts à un gouvernement de gauche contre un engagement de ses partenaires à sortir du nucléaire. Le type de condition-massue qui promet, à coup sûr, de sérieuses turbulences.


Un programme pour quel candidat ?

C'est ce lundi que le bureau national du Parti socialiste prendra connaissance de l'embryon de programme que Martine Aubry a dévoilé aux jeunes socialistes et au Journal du dimanche, hier. Alors comme ça, pendant que les ténors - souvenez-vous, on les appelait les éléphants face à Ségolène Royal, en 2007 - se déchirent pour déterminer lequel sera le meilleur candidat, la patronne travaille sur le fond. Un programme pour quoi ? Pour habiller le candidat ? Les idées ne sont pas très neuves et on retrouve même le recyclage des emplois jeunes. Les idées sont résolument roses, avec un État très présent, incitateur et stratège. Sans aller jusqu'aux nationalisations d'entreprises des années quatre-vingt cependant, mais en renforçant son pouvoir de contrainte, par exemple en obligeant les jeunes médecins à démarrer dans un désert médical. Les idées sont écolos aussi, mais opportunistes, avec l'idée d'une sortie du « tout nucléaire » à programmer. Les idées sont sociales enfin, sans oublier la sécurité, la justice ou l'éducation. Bref, les idées « sérieuses » fusent et sont assez ouvertes pour être portées par tout candidat, déclaré ou non. Or l'élection présidentielle est celle d'un nom. D'une figure. D'un personnage incarné. Le projet est moins important - qu'on le veuille ou non - que celui qui le porte. Car il faut que les Français sentent que l'élu(e) sera capable de mettre en œuvre sa politique. L'être - ou le paraître - pèse plus que le contenu. Martine Aubry le sait. Son projet en vingt pages concises est un coup fin pour garder le contrôle du parti, capter l'attention, et maîtriser l'impatience des troupes en attendant le vrai scoop : la désignation de celui ou celle qui ira seul au charbon en 2012.

Des fils de Kadhafi évoqueraient le départ de leur père

Selon le New York Times, deux fils du dictateur libyen auraient proposé une transition vers une démocratie constitutionnelle.

Au moins deux fils du colonel Kadhafi proposent une transition vers une démocratie constitutionnelle qui prévoirait le retrait du pouvoir de leur père, rapporte dimanche soir le New York Times. Citant un diplomate sous le couvert de l'anonymat et un responsable libyen informés du projet, le quotidien américain indique que la transition serait pilotée par l'un des fils de Kadhafi, Saif al-Islam el-Kadhafi.
Le Times ne précise pas si le colonel Kadhafi, 68 ans, souscrit à cette proposition appuyée par ses fils, Seif et Saadi el-Kadhafi. Mais une personne proche de ses fils a indiqué que le père semblait être d'accord, poursuit le journal. Les deux frères "veulent avancer pour faire changer le pays" sans leur père, relève le Times, citant une personne proche de Seif et de Saadi.
Selon le Times, la proposition d'une transition peut traduire les différences existant de longue date entre les fils de Kadhafi. Alors que Seif et Saadi ont été à l'école occidentale, leurs frères, Khamis et Mutuassim, sont considérés comme des partisans de la ligne dure, indique encore le journal. Khamis Kadhafi est à la tête d'une milice pro-gouvernementale. Quant à Mutuassim, conseiller de la sécurité nationale, il est considéré comme un rival pour Seif dans la compétition à la succession de leur père, ajoute le New York Times.

La France Maginot

De ces cantonales poussives seule Marine Le Pen, avenante et carnassière, sort à son avantage.

Sous sa tutelle, le Front national devient le premier haut-parleur du mécontentement populaire. Il reste le premier de ces partis tribuniciens qui, à droite et à gauche, asticotent les deux grands partis de gouvernement sans jamais être parvenus à les chasser du pouvoir. Dans le duel final d'une présidentielle, l'adversaire, quel qu'il soit, du FN aurait partie gagnée.

Nous en sommes encore là. Mais le Front national s'étoffe. Il sème à droite dans les sillons de l'antisarkozysme, à gauche dans les plates-bandes de la classe moyenne. Le Front national change de visage et aussi de génération, avec la fille succédant au père. Il change également en profondeur. Il laisse ses bottes au vestiaire. Cependant, son néonationalisme, moins sulfureux mais plus démagogue, veut sortir la France de l'Europe. Le FN moins dangereux ? Non, plus !

Le Front national se familiarise. S'efface dans l'opinion l'aura d'un parti contaminé par une extrême droite française qui sombra dans l'Occupation et l'antisémitisme. Pendant un demi-siècle, la dénonciation, chez le Front national, d'un "fascisme" rampant s'alimentait chez Jean-Marie Le Pen de l'à-peu-près révisionniste et de boutades de mauvais aloi. Mais 80 % de Français sont nés dans l'après-guerre...

Et surtout, Marine Le Pen ne cesse de gratter les "tags" du père."La Shoah, dit-elle,est un sommet de la barbarie", et non "un détail de la Seconde Guerre mondiale". Quant à l'opinion, elle ne voit pas qu'en cinquante ans le Front ait songé, dans la rue, à renverser la République. Il agit en parti dit républicain, acceptant les élections et leurs verdicts. En fait, l'opinion se lasse du microsillon rayé ressassant le péril "fasciste". Elle ne voit plus très bien pourquoi l'hygiène républicaine permet de fréquenter Besancenot et pas Marine Le Pen.

Cela dit, le Front national sent encore le fagot dans sa dénonciation des ravages de l'immigration. Il flatte ce courant d'opinion qui épouse les anxiétés ou fantasmes anti-islamiques de plusieurs populismes européens. Sur l'immigration, Marine Le Pen pose, disait Fabius à propos du père, de "bonnes questions". Mais ses réponses ne sont pas crédibles.

Car, si la direction du FN défend à bon droit les résistances laïques contre les prétentions minoritaires d'un islamisme militant, son refus obstiné d'une immigration nécessaire tourne à l'obsession xénophobe. Le FN refuse toujours cette évidence que "l'identité française" n'est pas un bloc défini et intangible, mais qu'elle n'a cessé et ne cessera d'évoluer au fil de l'Histoire. Il se monte le bourrichon en suggérant que 10 % de Français musulmans menacent la cohésion nationale des 90 % restants.

Il faut dire que la guérilla forcenée des sentinelles de la bien-pensance fortifie le Front national, tant sont insupportables les censures acides infligées aux esprits libres qui, sur l'islam ou l'immigration, ne pensent pas "dans les rails". Elles donnent des ailes à la "droite Zemmour". Et si les thèses simplistes du Front national reçoivent, hélas, de plus en plus d'adhésion, on mesure que l'anathème ne suffit pas pour les combattre.

Enfin, et surtout, le peuple français, recordman avéré du pessimisme, remâche une séquelle d'adversités : la crise économique, le chômage de masse, le risque nucléaire, le remue-ménage mondialisé, la couche d'ozone, le djihadisme, et j'en passe... Contre ces fatalités, le FN crie "Aux abris !". Il ouvre le sien.

C'est le néonationalisme ! Loin du libéralisme anti-étatique de son père, Marine Le Pen veut "un retour à l'Etat, composante essentielle de l'âme de la France". Elle se réclame d'une République patriote, qui prêcherait le social-étatisme d'un Mélenchon ou d'un Chevènement. Son slogan, c'est "Mort à l'euro, mort à l'Europe !".

Ce credo-là n'est pas, hélas, sans écho dans la gauche. Et au-delà, chez notre peuple devenu craintif, casanier et qui a peur du grand large. Déjà, d'autres nations européennes surendettées, qui, comme nous, vécurent au-dessus de leurs moyens, bronchent devant la diète. L'Europe, qui les sauva, devient le bouc émissaire de leurs misères.

Marine Le Pen, parlant, ces jours-ci, de son projet d'une France délivrée de l'Europe, m'évoquait étrangement la tentation de François Mitterrand. Lui aussi, à l'autre extrême, fut durant deux ans tenté d'installer sa "rupture d'avec le capitalisme" sur une navigation nationale et solitaire. Dans une France aux abois, il y renonça en 1983 afin de ne rompre "ni avec l'Europe ni avec l'Alliance atlantique"...

Marine Le Pen ne croit pas, elle, à la ruine - pour moi certaine - d'une France Maginot. Elle veut rallier les flageolants du sarkozysme. A moins, bien sûr, qu'elle ne mette, pour finir, du compromis dans son europhobie. Comme l'huile dans le vinaigre de papa.

Sortir du cycle de la violence


Les troupes d'Alassane Ouattara ont mis à peine quatre jours pour gagner Abidjan. L'information sur les tueries perpétrées dans leur sillage, à Duékoué, une semaine. La vérité est plus lente que les armes, mais les témoignages finissent toujours par arriver. Ce que tout le monde redoutait, ces dernières semaines, est en train de se produire. Le refus de Laurent Gbagbo de quitter le pouvoir et de se conformer au résultat des urnes, aux résolutions des Nations unies et aux pressions de la communauté internationale, est en train de rallumer le terrible incendie des violences intercommunautaires.

Avec un million de personnes déplacées, plus de 100 000 réfugiés au Libéria, une économie totalement déprimée et la peur qui habite à chaque coin de rue, la Côte d'Ivoire est dans un état de délitement particulièrement préoccupant. Ce processus ne date pas des derniers rebondissements électoraux. Il est, en grande partie, à mettre au compte du cycle de violences inauguré par la crise déclenchée en 2002, mais aussi de la dérive inégalitaire et de l'éclatement du sentiment d'appartenance nationale qui a caractérisé l'après-Houphoët-Boigny, mort en 1993.

À cet égard, la Convention de la société civile ivoirienne, qui regroupe de nombreuses associations et ONG, rappelle quelques éléments utiles. Depuis l'accession à l'indépendance, la superficie fertile a été divisée par cinq, pendant que la population était, elle, multipliée par cinq. Le nombre de pauvres, en une génération, a été multiplié par dix. Après l'Afrique du Sud, la Côte d'Ivoire est l'un des pays les plus inégalitaires du continent.

Si la fin du monopartisme, dans les années 1990, ne pouvait qu'être saluée comme une bonne nouvelle sur le chemin de la démocratie, il faut bien reconnaître que l'avènement du multipartisme a favorisé les prédateurs de l'économie.

La politique, en Côte d'Ivoire, dopée par la rente des revenus des matières premières et les soutiens étrangers sans le contrepoids d'une stabilité institutionnelle, génère de la violence. Pour accéder au pouvoir, et pour s'y maintenir. C'est ce qu'est en train de faire le sortant Laurent Gbagbo, assiégé avec ses fidèles dans Abidjan. C'est malheureusement ce que fait aussi Alassane Ouattara. Il devait être l'homme de la rupture de ce cycle, celui qui allait accéder à la présidence par la seule force des urnes. Ce formidable tournant a été raté. C'est par les armes qu'il est en train de réclamer son dû électoral. Avec maintenant, en sus, des soupçons de massacres perpétrés par ses fidèles.

Au coeur de ces violences, la France est dans une position délicate et contradictoire. Elle ne pouvait mettre Ouattara sur le trône sans être accusée d'ingérence et redevenir une cible, comme elle le fut en 2004. Elle ne peut à présent regarder, inerte, les violences perpétrées, alors que 12 000 Français et près de 1 500 soldats sont présents sur le sol ivoirien. Il faut désormais tout faire pour chasser Gbagbo. C'est ce à quoi, manifestement, Paris s'emploie tout en protégeant nos compatriotes. Mais il faut aussi conditionner toute aide à Ouattara au seul engagement qu'attendent, d'abord, les Ivoiriens : la sortie du cycle de la violence.

Raser


L’augmentation du gaz n’aura plus lieu. Après les 5,2 % d’aujourd’hui, les prochaines hausses seraient gelées… C’est Noël ? Non, c’est les élections, dans un an. Et tous ceux qui en rêvent le matin en se rasant sont tentés de nous promettre dès aujourd’hui qu’ils vont nous raser gratis. C’est juré, le chômage baissera, le soleil brillera, le pouvoir d’achat croîtra… Évidemment, nous avons un peu de mal à y croire. Car nous avons bien entendu jeudi que notre dette s’élevait maintenant à mille milliards et demi d’euros, que nos déficits atteignaient 136 milliards, et qu’il allait falloir éponger tout ça en quatre ou cinq ans… Dur d’imaginer qu’on y parviendra sans souffrir. Alors, si vraiment le gaz n’augmente pas ces prochains mois, un conseil : mettez l’économie réalisée de côté, elle servira à payer l’augmentation d’après la présidentielle.

La politique de bistrot

Alors que Georges Clemenceau était à l'article de la mort, son ancien disciple Georges Mandel décida de lui rendre visite. A la gouvernante qui lui annonçait son arrivée, le Tigre répondit, avec son sens de la formule qui tue : "Déjà les vers !"

L'univers des politiciens est si impitoyable que les vers s'attaquent souvent à eux de leur vivant. C'est ce qui donne sa dimension shakespearienne au vaudeville qui se joue actuellement dans la majorité. On dirait que l'heure de la succession de Nicolas Sarkozy a sonné alors même que la nouvelle de sa mort politique semble très exagérée, en tout cas prématurée.

Tels sont les retours du destin ou, ce qui revient au même, de bâton. Après avoir beaucoup humilié les siens, le chef de l'Etat récolte aujourd'hui ce qu'il a semé. Il ne fait plus peur. Et tout le monde se lâche. Notamment à propos de son idée de grand débat sur l'islam.

La ficelle était certes très grosse. Jadis, les empereurs romains organisaient les jeux du cirque pour occuper le bon peuple. Désormais, sous le 6e président de la Ve République, le peuple a droit à des débats. Des débats d'Etat fixés en haut lieu, sous le contrôle d'un ministrion, dans le plus pur style jacobin.

Après le débat sur l'identité nationale, voici le débat sur l'islam, rebaptisé débat sur la laïcité. Demain, pourquoi pas des débats d'Etat sur le sexe des anges, sur celui des mille vierges ou sur les racines chrétiennes de l'Europe? S'ils fréquentaient plus souvent les bistrots, les princes qui nous gouvernent sauraient que les Français ne les ont pas attendus pour parler de tout cela. C'est pourquoi cette conception de la politique, illustrée par les propos de Claude Guéant, ne peut se résumer qu'en une formule: la politique de bistrot.

Les couacs du calendrier politique

Les Verts sont enfin d’accord sur leur calendrier politique : les primaires des écologistes auront lieu en juin. Eva Joly est soulagée : il lui tarde d’en découdre avant que sa cote de popularité ne crève le plancher. En revanche Nicolas Hulot fait la grimace : avant de se pencher sur les affaires de la planète, l’animateur doit liquider les siennes. Septembre lui aurait permis de se retourner avant la séquence élection. D’ici à ce que ses concurrents lui reprochent de soigner ses sponsors avant de sauver l’humanité…

Au PS, le calendrier fait également des grincheux. Et vu le nombre de candidats, cela fait du monde. Le plus marri est DSK. S’il se lance enfin, Dominique Strauss-Kahn ci-devant patron du FMI sera présent au G8 de Deauville en juin mais le G20 de novembre à Cannes se passera de lui. Les Grecs qu’il vient d’accuser “de truander un maximum” et “d’être dans la m…” tiennent leur revanche… Il est vrai que de Sarcelles, la voix porte moins que depuis Washington.

Même Carla Bruni-Sarkozy paye son écot au calendrier politique. La Première dame commence à connaître la musique politicienne. Pour éviter le télescopage avec la campagne électorale, elle repousse la sortie de son prochain album à l’année prochaine. Et que l’on n’aille pas s’imaginer que l’enthousiasme soulevé par son précédent opus dicte cet excès de précaution. Elle s’épargne simplement tout risque de couac. L’année présidentielle sera suffisamment riche en fausses notes…