TOUT EST DIT

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vendredi 25 mars 2011

Apple retire une application dénoncée comme homophobe

L'organisation américaine Exodus International, qui s'est donné pour mission d'aider les personnes souhaitant être "libérées de l'homosexualité", a annoncé mercredi que son application avait été retirée de la boutique en ligne d'Apple. 

"Nous sommes extrêmement déçus d'apprendre qu'Apple nous a refusé une présence équitable sur la place publique", a déclaré le président d'Exodus International, Alan Chambers, dans un communiqué. L'auteur de l'application d'Exodus a été prévenu mardi soir par Apple que ce programme serait retiré de sa boutique en ligne parce qu'elle avait été jugée "insultante par un large éventail de personnes", selon l'association. Exodus International s'était donné pour mission d'aider les personnes souhaitant être "libérées de l'homosexualité".
 Apple était sous pression, une pétition signée par plus de 146.000 personnes lui ayant demandé de supprimer cette application, accessible jusqu'alors sur ses téléphones iPod, ses tablettes iPad et ses baladeurs iPod Touch. "Nous avons retiré l'application d'Exodus International de l'App Store puisque, rejetée par beaucoup de gens, elle allait à l'encontre des règles que nous avons fixées pour les développeurs", a déclaré à l'AFP un porte-parole d'Apple, Tom Neumayr.
 
Désinformation, haine, intolérance...

"Apple a pris une décision sage et responsable en abandonnant une application qui diabolisait les gays et lesbiennes", s'est félicité l'organisation Truth Wins Out, qui avait lancé la pétition avec le site Change.org. Le groupe estimait que ce programme véhiculait de la "désinformation et des stéréotypes" et appelait à la "haine et à l'intolérance".

Pour Exodus en revanche, "cette application est conçue pour être utile aux hommes, femmes, parents, étudiants et responsables religieux", et la décision d'Apple viole son droit à la liberté d'expression. "Il ne s'agit pas de liberté d'expression, mais d'empêcher une organisation qui est violemment anti-gay de répandre de fausses informations aux dépens de jeunes gens vulnérables de la communauté LGBT" (lesbiennes, gays, bi-sexuels et transexuels), a rétorqué un porte-parole de Truth Wins Out, John Becker.

jeudi 24 mars 2011

Le commentaire politique de Christophe Barbier




Inquiétudes

La première menace qui pèse sur l'intervention aérienne en Libye c'est l'oubli de ce qui l'avait justifiée : le sauvetage in extremis de la population de Benghazi. Avec les jours qui passent au rythme des frappes contre les moyens militaires du colonel, c'est maintenant l'incertitude sur la suite de cette aventure qui constitue la menace essentielle. Le large soutien des parlementaires lors du débat d'hier, n'est pas exempt d'inquiétudes auxquelles François Fillon et Alain Juppé ont répondu. En partie du moins.

Les divergences qui se sont exprimées en Europe, en Afrique, dans certains pays arabes ont provoqué une sorte de brouillard dangereux qui risque de saper la légitimité de cette opération, donc d'encourager Kadhafi pourtant affaibli militairement. Le flou sur le commandement, source de bien des réticences, devrait être levé prochainement par la mise en place d'un pilotage politique, associant notamment les états arabes. Même si ses capacités sont utilisées, ce n'est donc pas l'Otan qui dirigerait cette intervention annoncée de courte durée.

Le risque d'enlisement, ou même de semi-échec, menace pourtant la coalition. Intervenue au titre de la protection du peuple libyen, elle dispose d'un mandat assez extensible, du moins à court terme, pour autoriser des actions militaires offensives, mais dont les limites vont vite apparaître. Car ce ne sont pas les frappes qui vont automatiquement obtenir le départ de Kadhafi ni instaurer par magie la démocratie. Tout va donc dépendre, une fois restauré un meilleur équilibre des forces, des protagonistes eux-mêmes.

Là est l'incertitude la plus lourde. Pour la rébellion, la reconquête ne s'annonce pas facile. Car, s'il survit, Kadhafi peut avoir les moyens de jouer l'embrouille. La coalition lui propose la fin des opérations militaires en échange d'un cessez-le-feu et du retrait de ses troupes. En somme, il lui est demandé de laisser les insurgés regagner partout le terrain perdu. Comme on le voit mal, sauf heureux imprévu, prêt à ce genre de reddition, le scénario de la paix et de la démocratie n'est ni écrit ni visible sur les écrans radars des avions.

Course en avant

Le ministre de l’Industrie, Éric Besson, ne manque pas d’air. Il dément « catégoriquement » la perspective d’une hausse de 30 % des tarifs d’EDF, d’ici 2015… en annonçant, en même temps, une « légère augmentation » pour l’été prochain. Augmentation qui s’ajoutera aux 6,4 % déjà appliqués depuis un an ! À ce rythme, les 30 % visés par EDF sur cinq ans seront pulvérisés… avec la bénédiction du gouvernement. Mais chut, il ne faut pas le dire. Pierre Gadonneix, l’ancien PDG d’EDF, a été remercié parce qu’il réclamait 20 % d’augmentation sur trois ans. Son successeur Henri Proglio a des exigences encore plus élevées, sauf qu’il s’arrange plus discrètement pour obtenir gain de cause.

EDF et le gouvernement expliquent les besoins d’argent de l’électricien national par les investissements dans les énergies renouvelables et par la nécessaire modernisation du parc de centrales nucléaires. Ils oublient volontairement de citer deux autres motifs d’inflation beaucoup moins avouables : la privatisation partielle d’EDF a fait entrer des investisseurs qui veulent être – fortement – rémunérés. Et la libéralisation du marché de l’électricité tire les prix vers le haut. Grâce au nucléaire, nous payons notre électricité 30 % moins cher que nos voisins européens. Comme c’est bizarre : c’est justement ces 30 % qu’EDF réclame pour s’aligner sur ses concurrents. Il s’agit, pour le groupe français, de lutter à armes égales pour acquérir des participations dans d’autres pays. La priorité de la société nationale n’est plus de proposer le meilleur service au meilleur prix possible en France. Elle est d’arracher des parts de marché aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Pologne…

EDF a déjà connu beaucoup de déboires dans la conquête des Eldorados étrangers, notamment américain. Elle risque d’en connaître encore beaucoup plus à l’avenir. La catastrophe de Fukushima, au Japon, n’est pas une publicité pour l’énergie nucléaire, qui est le point fort du groupe. Celui-ci va être, très vite, engagé sur deux fronts, avec une mise en sécurité sans doute plus coûteuse que prévu pour ses centrales déjà en service, et des pertes de contrats à l’étranger, au profit d’autres énergies. Les tarifs n’ont pas fini de grimper. Malheureusement, les investissements en France ne justifient qu’une partie de cette course en avant dans la libéralisation effrénée du marché de l’électricité.

Nuage invisible, peurs perceptibles

Il est passé par ici, il repassera par là. Le « nuage » de Fukushima poursuit sa rotation autour de la terre, dispersant ses poussières dont la dangerosité diminue avec la distance. Autant on a pu mesurer hier une inquiétante hausse de la radioactivité près du site nucléaire, autant le risque sanitaire que son survol de la France pourrait entraîner est a priori « négligeable ». Les scientifiques sont formels. Ils ont déclenché la contre-offensive des mots. Qu'on se le tienne pour dit, il ne faut plus parler de « nuage » ou de « panache » mais de microparticules, tellement infimes qu'on n'est pas sûr de pouvoir les détecter ! Pour preuve, elles se sont promenées incognito au-dessus de l'Amérique. Il n'empêche... Depuis le mensonge de Tchernobyl, lorsqu'on avait, comme dans un manga, stoppé le vrai nuage pile à nos frontières, la confiance dans les experts est rompue. L'accident du Japon soulève de légitimes inquiétudes, le danger nucléaire étant loin d'être écarté. Pour en revenir à l'intriguant « nuage », force est de nous en remettre aux... experts. Ils n'affirmeront certes jamais le risque zéro mais ils banalisent le phénomène. Si la peur qu'il suscite parfois chez nous n'est pas raisonnée, quoique compréhensible, l'angoisse des Japonais est, elle, des plus rationnelle, tant la situation se révèle critique. Le danger de contamination sur la chaîne alimentaire est sans comparaison. Pensons que 35 millions d'habitants de la région de Tokyo sont suspendus au sens du vent, victimes potentielles de substances redoutables. Aussi l'achat de précaution observé en France avec les pastilles d'iode ressemble-t-il à une farce franchouillarde à une heure où les Tokyoites, stoïques dans la catastrophe, ne peuvent plus donner de l'eau du robinet aux bébés ni consommer de légumes.

Fukushima, centrale mondiale

Qui aurait pu l’imaginer il y a seulement quinze jours ? Hier, les Français ont regardé le ciel tout bleu avec une pointe d’inquiétude et cette nuit combien ont-ils été, avant de se coucher, à scruter le ciel étoilé en se demandant quel danger invisible il pouvait dissimuler ? Car on n’a parlé que de lui, le « nuage » radioactif venu du Japon, à la représentation presque enfantine dans notre imaginaire, et de son passage au-dessus de la France, en vérifiant encore et encore qu’il serait, de toute façon, parfaitement inoffensif.

On a calculé et recalculé les niveaux potentiels de radioactivité. Il paraît même que les compteurs Geiger sont introuvables. Rupture de stock… Sans compter les ventes de pastilles d’iode, qui ont explosé depuis quelques jours.

Une psychose évidemment grotesque, consternante de nombrilisme, mais qui suffit à montrer à quel point le flou qui entoure encore les risques de l’énergie nucléaire, et les approximations de l’information officielle sur les accidents de sa production, peuvent générer des peurs irrationnelles. Les mensonges de Tchernobyl — dont les retombées ont été près de 1 000 fois plus importantes que celles en provenance du Japon — ont laissé des traces dans les esprits européens. La confiance dans les messages rassurants reste fragile et relative.

Cette anxiété hexagonale met en évidence la dimension planétaire de la centrale de Fukushima. A plus de 10 000 kilomètres de l’Europe, elle reste perçue comme une menace presque voisine. Plus rien ne sera jamais comme avant ce 12 mars, où son explosion a réveillé les doutes sur une énergie qui ne déclenchait plus les passions depuis longtemps. Beaucoup moins en tout cas que les périls du réchauffement climatique… Il y aura un avant et un après. Voilà qu’Angela Merkel déclare, et répète, que « plus tôt on sortira (du nucléaire), mieux ce sera ». Et même le gouvernement de Silvio Berlusconi — un ultra du nucléaire s’il en est — instaure un moratoire d’un an dans le programme de construction des centrales qui doit marquer le retour de l’Italie dans le club atomique.

Jour après jour, le doute s’installe, y compris dans les propos des ministres français, nettement plus prudents qu’il y a… une semaine sur la pérennité du choix nucléaire. La contamination des légumes de la région d’Ibaraki, et de l’eau de Tokyo, impropre à la consommation pour les bébés, a surpris par leur intensité inattendue. Le monde mesure que les conséquences de l’accident de Fukushima sont bien plus rapides et plus incontrôlables que prévu. Quelque chose est en train de se rompre dans l’idée que l’humanité se faisait jusque-là d’une énergie qu’elle pensait maîtriser.


Fatigues électorales


Et si on revenait au vrai débat ? Au lieu de s'effrayer, à longueur de temps, du « raz-de-marée » FN, la classe politique devrait s'inquiéter des causes de son spectaculaire désaveu.

Le seul vainqueur, l'abstention, fait monter, en pourcentage, le score des partis les plus mobilisés. Plus la marée participative descend, plus on voit affleurer les récifs. En nombre de voix, les grandes formations s'effondrent, l'UMP surtout, le Parti socialiste dans une moindre mesure. Le Front national gagne, mais seulement en apparence, surtout par défaut.

Juste quelques chiffres pour confirmer ce constat ignoré des observateurs : entre les cantonales de 2004 et celles d'aujourd'hui, le FN ¯ il est vrai avec moins de candidats ¯ a perdu 110 000 voix ; le PS, 940 000 ; et l'UMP un million. Ainsi, le parti « majoritaire » n'a réuni, dimanche, que 1,5 million de suffrages, sur un corps électoral de vingt et un millions d'inscrits ! Leurs alliés fondent dans les mêmes proportions.

Même si les écologistes améliorent un peu leur score, mais avec davantage de candidats, la vérité est nette et cruelle : les Français se sont détournés massivement de cette élection et de la politique. Beaucoup de raisons objectives expliquent que les cantonales les découragent. Il n'empêche que notre démocratie, dont on fait miroiter les charmes dans les pays en révolution, est malade de cette abstention croissante au fil des scrutins. L'idée que tout aurait été essayé conduit soit à l'abstention, soit à l'extrémisme.

Un sentiment d'abandon

La confusion des jours derniers autour de l'attitude à adopter au second tour risque même d'être terrible. Les artifices tactiques renforcent l'idée que les grands partis sont incapables de se déterminer par eux-mêmes et tout juste capables de petites connivences pour se sauver des eaux. Ils valident la thèse de « l'UMPS » chère à l'extrême droite. Ils font oublier que si l'on gagne une élection avec un pourcentage, on ne peut durer sans adhésion de l'opinion.

Les électeurs se fichent pas mal qu'untel, dimanche, vote PS, blanc ou s'abstienne. Ils se moquent de consignes de désistement de moins en moins suivies. Ils ne demandent pas, en priorité, que l'on débatte ¯ autre aveu d'incapacité à agir ! ¯ de laïcité ou d'identité. Ils veulent des réponses précises à des problèmes concrets de pouvoir d'achat, de logement, de chômage, d'inégalités, de sécurité.

Le dernier rapport du Médiateur le confirme : les Français ne croient plus guère en leurs institutions et en leurs représentants. Ils sont fatigués, depuis de nombreuses années, de promesses non tenues, de mises en scène trompeuses, de réformes tourbillonnantes, de calculs électoraux, d'administrations kafkaïennes... Le sentiment d'abandon, d'isolement, d'impuissance et d'injustice gagne toutes les couches de la population.

Qu'une majorité, de droite ou de gauche, soit désavouée fait partie de la démocratie. Le plus inquiétant, c'est que l'alternance ne suscite pas davantage d'espoir. De ce point de vue, majorité et opposition portent la même et lourde responsabilité devant les attentes des citoyens. Mais les électeurs, au lieu de se lamenter des résultats qui sont de leur fait, ont aussi le devoir de sortir d'une certaine paresse pour s'informer ¯ jamais les projets des partis n'ont été aussi accessibles ¯ et pour courir voter en connaissance de cause.





Dernière


Frédéric Mitterrand, notre ministre de l’Emphase creuse et Prince du Lieu commun, n’a laissé hier à personne d’autre le soin de prononcer l’oraison funèbre: Elizabeth Taylor, a-t-il pleuré de sa voix de théâtre, était «la dernière star»... Nous ne discuterons pas ici des talents d’Elizabeth Taylor, ni de la beauté de ses yeux. Mais pourquoi «la dernière», Monsieur Mitterrand ? Curieuse époque, qui à chaque décès d’un grand salue le départ du «dernier» - comme si le partant refermait derrière lui la porte d’accès à la grandeur. Non, Elizabeth Taylor n’est pas la dernière star. Il en est d’autres qui brillent aujourd’hui, et il en naîtra d’autres encore, heureusement. Ainsi va la vie, même chez les étoiles. Et si nous comprenons que vous pleuriez votre jeunesse, Monsieur Mitterrand, pourquoi confondre votre ministère avec la célébration d’une culture de nostalgie de midinette ?

mercredi 23 mars 2011

Kadhafi réapparaît à la télé libyenne




Le commentaire politique de Christophe Barbier




Primates


Monsieur Goasguen, qui a jadis fait le coup de poing avec l’extrême droite, a cru bon hier de taxer ses anciens amis de «primates». Puis il a rectifié: il voulait dire «primaires» - ce qui n’est guère plus aimable. L’injure rappelle ces tribuns de gauche qui traitent notre Président d’apprenti dictateur inculte. Ou ces tribuns de droite qui dénoncent en Martine Aubry une sadique communiste. Comme si le mépris dans l’excès valait argument... Bien sûr que le Front national professe des idées d’extrême droite, xénophobes et dangereuses pour la démocratie française. Mais elles sont d’autant plus dangereuses qu’elles ne sont pas «primaires». Et elles séduisent d’autant mieux qu’elles sont portées par une politicienne de grand talent: les idées de Marine Le Pen peuvent être dangereuses, elles n’en font pas une «primate» ni une «primaire» - en tout cas moins primaire que Monsieur Goasguen.

Les trois solidarités de notre temps

En temps de crise et de catastrophes, un mot revient comme un rappel aux consciences : solidarité. Le terme, dans son usage politique, remonte à la révolution de 1848, révolution sociale après la révolution bourgeoise de 1789. Mais le rappel de ce devoir des individus à l'égard des autres trouve sa source dans la tradition chrétienne d'une part, dans la tradition des socialistes non marxistes d'autre part. Depuis, il a souvent été la référence de tous les discours justifiant que l'État intervienne dans le social, aux lieu et place des individus, des familles ou des institutions privées.

Mais, aujourd'hui, la signification de la solidarité s'est considérablement élargie. Au départ, il s'agissait de faire face à la misère des classes pauvres, qualifiées aussi, au XIXe siècle, de « classes dangereuses ». La charité ne suffisant plus à faire face à l'ampleur du problème, des mécanismes collectifs de solidarité durent être mis en place sous l'égide de l'État (assurances sociales, retraites, etc.).

Progressivement, ce filet protecteur fut étendu. En bénéficièrent d'abord les plus démunis ou les plus revendicatifs (mineurs, ouvriers du Livre, etc.). L'Allemagne de Bismarck fut une pionnière en la matière. Bismarck n'était pourtant pas un philanthrope et la protection offerte aux prolétaires allemands était moins un effet de sa bonté d'âme que d'une appréciation réaliste de la situation. Il fallait éviter la révolution !

Le cœur et... l'intérêt

Plus d'un siècle plus tard, la réédition du même mécanisme se réalise au niveau européen. Et l'Allemagne est de nouveau en première ligne. À sa demande expresse, le traité de Maastricht avait exclu toute forme de solidarité au sein de la zone euro en cas de défaillance financière d'un État. L'Allemagne, qui avait jusque-là financé largement l'intégration européenne, refusait d'éponger les dettes des cigales grecques ou autres, afin de les contraindre à la discipline.

On connaît la suite : contraints et forcés, les Allemands et les autres Européens ont dû manifester leur solidarité financière, non seulement aux Grecs, mais aussi aux Irlandais et demain, peut-être, au Portugal et à l'Espagne. L'Allemagne aurait-elle eu des remords ? Pas du tout, mais son intérêt lui commandait d'arrêter un jeu de massacre qui pouvait mettre toute l'économie de l'Europe, y compris la sienne, en péril. Dans le futur, un mécanisme de solidarité financière européenne sera mis en place. L'histoire démontre à nouveau que la solidarité n'est pas seulement affaire de coeur, mais aussi d'intérêt bien compris.

Un troisième événement vient illustrer une autre exigence de solidarité. Les émeutes en Tunisie, en Égypte, en Libye, mais plus généralement la situation économique et sociale en Afrique sont autant d'appels à la solidarité des Européens. Certains rétorqueront : « Qu'on les rejette à la mer ! » Soit, on ne peut forcer personne à être généreux. Mais alors, entendons au moins le discours réaliste et égoïste de l'intérêt. Ne pas venir en aide à nos voisins du Sud signifie une immigration massive, incontrôlée et ingérable et/ou des troubles politiques et sociaux à nos portes.

Dans le monde global d'aujourd'hui, l'interdépendance mutuelle est incontestable, pour le meilleur ou pour le pire, et cela a un nom : solidarité. Que ceux qui ne veulent pas y mettre de la générosité aient au moins la conscience que « charité bien ordonnée ne commence PAS par soi-même ».



Fillon bétonne, Kadhafi fanfaronne

Ici au moins, il n’y aura pas eu de combat. Le Premier ministre a remporté une victoire facile... au Palais Bourbon. A quelques voix discordantes près, la représentation nationale a apporté son soutien à la politique libyenne du gouvernement. Sans broncher et sans bronca. François Fillon n’a même pas eu à batailler pour convaincre les députés de la nécessité d’une intervention militaire destinée à épargner un massacre aux victimes désignées du colonel Kadhafi.

Le Premier ministre a pris bien soin de cibler sa frappe sémantique. Au cas où on n’aurait pas bien compris, il a répété, à coups de références à la Charte des Nations-Unies, que l’action de la France restait dans le cadre de la résolution 1973. En fait, c’est plus à l’ONU qu’aux députés français qu’il s’est adressé, sur un ton de justification. Une déclaration solennelle au moment où les intentions de la France sont mises en doute par la Ligue arabe, recadrées par Washington et par avance désaprouvées par Berlin qui, déjà, prend ses distances et commence à se retirer.

Pas question donc, vraiment pas, d’afficher la moindre intention de débarquer le colonel Kadhafi. Il appartiendra au peuple libyen et à lui seul - deuxième message en boucle - de décider de son destin. Une promesse diplomatique qui peine à dissimuler l’impatience de l’Élysée et du Quai d’Orsay de voir tomber rapidement le guide illuminé de Tripoli.

Car hier, trois jours après le début des frappes, c’est bien une certaine inquiétude qui a commencé à percer des déclarations françaises. Une crainte, même: celle de l’enlisement. Henri Guaino, le conseiller spécial du chef de l’État a beau répéter que l’engagement de l’aviation française durera «le temps qu’il faudra», c’est bien un succès rapide qui était espéré, sinon escompté. Or cette perspective s’éloigne... Malgré les destructions, Kadhafi résiste, fanfaronne à la télévision où, comme cette nuit, il se montre tragiquement provocateur. Cela ne l’empêche pas de jouer assez habilement: il immobilise ses troupes obligeant du même coup les avions ennemis, soumis au mandat restrictif de l’ONU, à tourner en rond..

Chaque jour qui passe désormais jouera pour un statu quo défavorable à la coalition. Les Français ne veulent pas entendre parler d’un conflit long quand, en pleine crise économique, la guerre apparaît comme un luxe que nos démocraties n’ont plus vraiment les moyens de s’offrir. Quand on se mettra à faire les comptes, la facture passera sans doute difficilement. Quant aux opinions publiques des pays arabes, elles commencent à voir d’un mauvais oeil ce déploiement de l’Occident dans lequel l’Otan - que la France avait voulu tenir à l’écart - joue désormais un rôle clé. L’évidence s’impose, douloureusement: le rapport de forces très favorable à la coalition ne suffira pas à la faire gagner vite. Aïe, aïe, aïe...


Kadhafi a les moyens de financer une longue guerre

Même si les Occidentaux ont gelé les avoirs libyens, le colonel a entassé une montagne d'or et de billets.

Le colonel Kadhafi promet aux alliés une guerre longue. Du point de vue financier, il en a les moyens. Certes, les États occidentaux ont gelé les avoirs du clan du dictateur, du Fonds souverain national et de la Banque centrale. Selon certaines estimations, Kadhafi ne pourrait plus accéder à près de 200 milliards de dollars.
De même, les placements effectués dans les autres régions du globe, comme dans les pays du Golfe, ne devraient pas revenir à Tripoli. «Où que se trouve l'argent placé à l'étranger, il devrait demeurer où il est: vue la pression politique exercée par les Occidentaux, il est peu probable que les pays arabes, par exemple, rendent à Kadhafi ce qu'il aurait placé chez eux», estime Gordon L. Clark, spécialiste des fonds d'investissement souverains.
Kadhafi a prévu cette situation de blocus économique et financier. Il a pris soin d'amasser un tas d'or en Libye, grâce à la Banque centrale libyenne. L'institution, dont il détient les clés, possède 143,8 tonnes de lingots dans ses coffres, selon le décompte du Fonds monétaire international. Ces réserves, qui représentent environ 4,6 milliards d'euros, placent la Libye au 24ème rang mondial des détenteurs de métal jaune, juste devant la puissante et très prospère place financière de Singapour.

De l'or contre des armes

Cet or, Kadhafi peut l'écouler principalement en Afrique, via les frontières sud de la Libye avec le Niger, le Tchad et le Soudan. «Ces zones désertiques sont très poreuses et équipées de nombreux aérodromes», souligne le chercheur Olivier Pliez. Par ce chemin, les lingots peuvent être acheminés vers les filiales nigériennes ou tchadiennes de la Libyan Foreign Bank, qui dépend elle-même de la Banque centrale. Cet établissement possède, entre autre, plus de 80% de la Banque commerciale du Niger et 50% de la Banque commerciale du Chari, au Tchad. Tripoli pourrait également échanger son or directement contre des armes.
Avant d'avoir à écouler son or, Kadhafi peut probablement piocher dans de profondes réserves de cash. Ces dernières ont été constituées probablement au fil des ans en écoulant sur le marché noir un tiers de la production de pétrole libyenne, selon Hasni Abidi, directeur du centre d'études et de recherches sur le monde arabe (Cermam). Près de 130 milliards de dollars auraient ainsi été siphonnés par le clan Kadhafi en l'espace de trente ans. Impossible cependant de savoir la part de cette somme détenue en liquide par Tripoli.

Hôtel de luxe, diamants et pétrole

Il est également probable que Kadhafi puisse toujours toucher, d'une manière ou d'une autre, une partie des revenus tirés des investissements effectués en Afriquesub-saharienne. La Libya Arab african investment company (Laaico) y a placé 5 milliards de dollars dans les hôtels de luxe, les mines de diamant ou les télécoms. La Libya Oil Holding, qui regroupe les avoirs dans le secteur pétrolier et de la distribution d'essence, est elle-même présente dans 21 pays africains.
Dans ce contexte, le contrôle de la frontière sud de la Libye s'annonce crucial. Fin février, des rebelles disaient avoir pris le contrôle de Koufra, au sud-est du pays, et de son aéroport. Ils y ont intercepté un avion envoyé par les maîtres de Tripoli. Dans les soutes de l'appareil, 2000 kalachnikovs et 18 millions de dinars (10 millions d'euros). Un petit aperçu de la puissance financière du régime.

mardi 22 mars 2011

Le front commun des hypocrisies

On savait depuis longtemps que le système approchait de son point de rupture. Cela faisait des années qu’il imposait au paysage politique de telles contorsions qu’il avait fini par le redessiner sur un mode très artificiel. Que sa boussole indiquant la droite, la gauche et les extrêmes s’affolait de plus en plus rendant illisible la carte des convictions et des idéologies. Et voilà qu’il se fissure au moment où l’on ne s’y attendait pas, au lendemain d’un premier tour des cantonales sans grand enjeu aux résultats déformés par l’abstention.

Elle est tellement dérisoire cette allumette «Front républicain» dont le soufre porte tout à coup à incandescence les contradictions, qui ne sont pas nouvelles, entre le chef de l’État et son Premier ministre ! Tellement décalée... Surtout aujourd’hui, au moment où on la ressort de la vieille boite à surprises de la présidentielle de 2002. Presque dix ans ont passé ! Complètement périmée, la flamme inquiétante qui avait mobilisé plus de quatre Français sur cinq derrière Jacques Chirac pour faire barrage au candidat Front national. Elle chauffe mais elle ne brûle plus.

Que d’énergie gaspillée à se déchirer sur l’opportunité du vade retro FN. Trop tard ! La frontière entre la droite dite républicaine et celle qui ne le serait pas n’existe déjà plus. Pourquoi redresser, au moment des élections, des barrières qui sont déjà tombées ? A l’UMP, de nombreuses voix et les esprits de milliers d’électeurs les ont renversées pour aller vagabonder sans complexe sur les territoires jadis interdits où l’étranger, forcément trop en nombre, est responsable de tous les maux, où la préférence nationale est revendiquée, où la méfiance envers la différence est proclamée, où le scepticisme envers l’euro et la mondialisation est décliné, où l’identité nationale veut résister à la diversité, où les boat people, hors la loi, pourraient être rembarqués sur leurs bateaux et renvoyés à la mer sans état d’âme... Existe-t-il vraiment une si grande distance entre les propos d’un respectable Claude Guéant évoquant - sincèrement ? - le sentiment des Français de «n’être plus chez eux» et ceux d’une Marine Le Pen qui, après son père, dénonce inlassablement «l’invasion maghrébine»?

Alors il est temps, pour la société française, de tomber les masques, de disloquer ce front commun des hypocrisies. Il est temps de mettre au jour la vraie frontière des valeurs qui sépare les uns et les autres au risque de faire exploser les confortables entités politiques. Pas pour empoisonner le débat public, déjà moribond de toute façon, mais pour le refonder, au contraire, sur des bases claires : il a besoin de repères authentiques. N’est-ce pas, après tout, le message que les électeurs de ce mois de mars 2011 - qui n’ont que faire de la polémique du ni-ni ou du «tous contre le Front» - ont glissé dans les urnes ?



Cantonales : le vrai score du Front National

Compte tenu du fait que le parti de Marine Le Pen n'avait présenté de candidats que dans 1.400 cantons, le cumul de ses voix au plan national ne reflète pas intégralement sa puissance de feu à quatorze mois des élections présidentielles. Les résultats fournis par le ministère de l'Intérieur ont permis à l'institut Viavoice de calculer que le FN a bénéficié, dans l'ensemble des circonscriptions où il disposait d'un candidat, de 19,2% suffrages soit deux points de plus que l'UMP.

Quel aurait été le score national du FN s'il avait présenté des candidats dans l'ensemble des 2026 cantons où les Français étaient invités à voter lors de ce premier tour des élections cantonales ? Difficile de répondre à cette question. Mais on peut en revanche avoir une bonne idée du véritable potentiel électoral du parti de Marine Le Pen en étudiant le rapport de forces dans les seuls cantons où il était présent. D'autant que ces derniers représentent 80% des électeurs convoqués à ces élections. Mécaniquement, le score du FN y apparaît à un niveau nettement supérieur aux 15% obtenus nationalement. Mais à combien ? L'institut Viavoice a procédé à un calcul des résultats fournis par le ministère de l'Intérieur en excluant les cantons où ce parti n'avait pas de candidats.
Le Front National est à 19,2%, l'UMP à 17,2%
Le score du FN (19,2%) y reste inférieure à celui du PS (24,10%) mais surpasse celui des candidats de l'UMP (17,2%). Si on y ajoute les suffrages obtenus par les candidats divers droite et centristes (NC et Modem), la droite républicaine se maintient néanmoins au-delà des 30%. Un score inférieur à celui, cumulé, des socialistes, des radicaux, des Verts (europe Ecologie) et des divers gauche qui atteint un peu plus de 38%.
Ces niveaux sont très différents des performances respectives des partis au plan national. Selon le dernier décompte du ministère de l'Intérieur, le PS arrive en tête avec 2.284.912 voix soit 24,94%, suivi de l'UMP (1.554.726 voix, 16,97%) et du FN (1.379.933 voix, 15,06%).  "En 2004, le FN faisait 12,1% au niveau national. Et 13,8% dans les seuls cantons où il était présent", souligne Bruno Jeanbart, directeur général adjoint de Viavoice interrogé par La Tribune. Et ce dernier de préciser que la performance du FN dans ces conditions est finalement tout à fait conforme celle que réalise Marine Le Pen dans les sondages où les Français ont été interrogés sur leurs intentions de vote au premier tour de l'élection présidentielle.
Plus de 30% des voix à Marseille
L'autre information importante de ce scrutin, c'est la très nette remontée du FN dans certaines régions de France. Il dépasse la barre des 20% dans plus de vingt départements, renouant avec des scores qu'il n'avait plus connus depuis le milieu des années 1980 dans certaines régions. Sa percée est surtout notable dans l'est, le centre et le nord du pays, ainsi que dans certains départements d'Ile-de-France, comme le Val d'Oise ou le Val-de-Marne.
A Metz, la candidate du Front national Françoise Grolet (26,4%) arrive même en tête devant le maire socialiste de la ville Dominique Gros (26,1%). A Marseille, le FN retrouve ses scores historiques du milieu des années 1980 en réalisant plus de 30% des voix. Et il sera présent au second tour dans la totalité des 11 cantons.
Cette situation pousse les dirigeants du FN à juger possible leur victoire dans plusieurs cantons. "Nous aurons très certainement des conseillers généraux" a insisté ce lundi Louis Aliot, le vice-président du FN qui est également le compagnon de Marine Le Pen.

Front républicain, ces mots qui fâchent

À droite, que de circonlocutions pour tenter de nier, ou de minimiser, la sanction des cantonales ! Parmi les éléments de langage distribués : vote défouloir, primauté de l'enjeu local, nécessité de relativiser le résultat au regard de l'abstention. Une secousse tellurique s'est pourtant produite dans le paysage politique, dont le centre de gravité s'est déplacé vers la droite. Et que d'embarras pour asseoir la stratégie de second tour ! Le « ni-ni » - ni front républicain, ni alliance avec le FN - sera la ligne officielle… de l'Élysée. En somme, l'électeur de droite est invité à se débrouiller, à godiller. Son application relèvera du numéro d'équilibriste, beaucoup se jouera dans la nuance. Renvoyer dos à dos extrême droite et socialistes, les mettre dans le même panier idéologique, c'est assumer le risque que la première tire les marrons du feu. Et s'il s'agit de refuser le front républicain parce qu'il inspire un sentiment de connivence avec l'adversaire PS, comme l'argumente l'UMP, l'absence de consigne de vote claire induit un sentiment de complaisance envers l'adversaire FN. Lequel sera opposé au PS dans 200 cantons, ce n'est pas un détail électoral. Décidément, l'UMP a un problème avec ces cantonales. Avant le premier tour, elle cachait son étiquette ; pour le second, elle ne dit pas explicitement comment il faut faire barrage au FN. De la part d'un Président qui revendique le parler vrai, et d'un patron de l'UMP qui se targue de délaisser la langue de bois, voilà qui ne manque pas de sel. Comme quoi la ligne Sarkozy-Copé jette le trouble : l'UMP a aussi un problème avec le chef de la majorité puisque François Fillon, hier soir, a donné un coup de canif dans le « ni-ni » et appelé à voter contre le FN. Droite républicaine en déroute cherche boussole…

La droite piégée par le FN

Le 1er tour des cantonales fut baroque : sur fond de guerre en Libye et de nuage radioactif japonais, un peu plus d’un électeur concerné sur deux s’est abstenu. Le Parti socialiste s’est bien tenu sans que l’on puisse parler de vague rose et la gauche tout entière rassemble de 48 à 50 %, comme elle l’a fait souvent par le passé à des élections locales. Le seul véritable événement se situe au sein de la droite et de l’extrême droite où l’on a assisté à un phénomène de vases communicants au profit du Front national. L’UMP proprement dite perd 3 ou 4 points et le parti de Mme Le Pen engrange en passant 15 %.
Le problème c’est que la droite de gouvernement est maintenant piégée par le FN. Dans un peu plus de 200 cantons il y aura dimanche un duel Parti socialiste-Front national. La gauche réunie a proclamé qu’elle adopterait une attitude de front républicain en votant le cas échéant UMP pour faire barrage au FN. L’UMP, par la voix de Jean-François Copé, a refusé de faire de même pour le PS.
Ce qui conduit un socialiste modéré, comme Manuel Valls, à évoquer « le déshonneur » de l’UMP, et ce qui provoque une divergence avec plusieurs ministres de culture chiraquienne et des centristes comme M. Borloo qui se déclarent prêts à voter PS pour battre le FN.
Le piège fatal c’est pour 2012. Si l’UMP fait un barrage strict au FN celui-ci se vengera contre Nicolas Sarkozy. D’où l’ambiguïté de M. Copé pour ne pas claquer la porte au nez des candidats FN. Sachant depuis le cardinal de Retz « qu’on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ».

Confusion

Après trois jours de bombardements aériens sur la Libye, un premier objectif a été atteint. La ville de Benghazi n'a pas subi le massacre qu'une intervention des forces loyalistes au colonel Kadhafi rendait imminent. Des vies humaines ont été épargnées. Un bain de sang évité. La résistance libyenne protégée. On comprend la liesse et le soulagement de ses habitants. C'est un premier résultat, qu'il faut saluer.

Ce pourrait être, hélas, le seul si la confusion qui règne depuis quarante-huit heures autour de cette opération devait se prolonger. Sur la nature du commandement, le cadre opérationnel et les objectifs de cette mission autorisée par la résolution 1973 du Conseil de Sécurité, des divergences notables ont été exprimées dans les principales capitales concernées. Et même au sein de certains gouvernements.

À cette heure, la coalition, née pour une bonne part sous la forte impulsion politique donnée par la France, n'a toujours pas de commandement général défini. Ce qui a amené la Norvège à suspendre sa participation dès hier. Le nom même de cette opération n'est pas unifié. La nécessité de « faire vite », pour empêcher la chute de Benghazi, peut expliquer une certaine précipitation. Compte tenu de ses conséquences, elle ne peut justifier l'absence d'un cadre clair, dès lors que l'on s'engage dans une opération belliqueuse.

Sur le rôle de l'Otan, comme au sein de l'Union européenne, les positions divergent également. L'Allemagne et la Turquie ne veulent pas entendre parler d'une implication belliqueuse de l'Alliance. L'Italie, très exposée aux répercussions du conflit et aux possibles rétorsions libyennes, demande un commandement atlantique sous peine de repenser la mise à disposition de ses bases militaires, essentielles au dispositif. Paris, en revanche, plutôt isolée sur ce point, ne veut pas du sceau atlantique sur une opération censée accompagner et protéger le printemps arabe, et souhaite confiner l'Otan au rôle de « soutien ».

Quant aux objectifs, l'ambiguïté qui domine provoque déjà les premières fissures au sein de la coalition. Le mandat onusien parle de protection des populations civiles et rejette explicitement une intervention au sol. Pas un mot n'est dit sur le renversement du régime de Kadhafi, pourtant dans tous les esprits. C'est le point crucial de cette affaire. Paris et Londres ont dit, ici ou là, que c'est en fait le réel objectif. Washington, après tergiversation, ne l'explicite que comme but de long terme et veut réduire son rôle. La Ligue arabe, dont le soutien à la coalition a une valeur symbolique importante, freine sous la pression de ses membres.

À peine commencée, l'opération Libye laisse déjà poindre chez ses propres participants la crainte d'un enlisement. Le temps diplomatique, vital pour la légitimité de l'opération, a empêché de porter le coup qui aurait, peut-être, permis de tourner la page Kadhafi. La volonté d'agir vite, elle, a provoqué la confusion, déjà attisée par l'instabilité galopante du monde arabe. C'est sur la trahison de proches de Kadhafi et la montée en puissance des rebelles que reposent, en fait, les espoirs de succès de cette opération, qu'on ne peut que souhaiter. Sous peine, sinon, de devoir une fois encore négocier avec lui.

Fissures


Sale temps pour notre Président. Printemps maudit, qui menace d’en annoncer un autre. Président impopulaire, il espérait regagner du crédit en chef de guerre, menant la coalition des démocraties contre l’infâme Kadhafi. Las ! les coalisés se débandent, ses alliés prennent leurs distances les uns après les autres : d’abord Angela Merkel, dont il s’est tant moqué, puis Silvio Berlusconi, maintenant David Cameron qui s’interroge... Fissures en Libye, fissures en Sarkozye. La majorité présidentielle fuit la défaite cantonale en ordre dispersé, et notre Président voit là aussi ses soutiens se dérober : Jean-Louis Borloo, qu’il croyait à sa main, Valérie Pécresse, qu’il avait tant louée, jusqu’à son collaborateur François Fillon... Ce n’est peut-être, pour notre Président, qu’un mauvais moment à passer. L’homme de la rupture a surmonté bien d’autres fissures. Tout de même, quelle usure...

FN, le plus grand commun diviseur

On ne parle plus de “peste brune”, l’heure de la diabolisation étant passée, mais d’un prurit fort tenace. La famille Le Pen, de père en fille, reste l’éternel poil à gratter de la politique hexagonale.

Le parti de “la France aux Français” n’aura sans doute, dimanche prochain, aucun élu dans aucun conseil général du pays. Avec 15,2 % des voix, présent au second tour sur près de 400 cantons, il va pourtant peser lourd.

Qu’entreprendre face au FN ? La droite classique tourne autour, comme une poule ayant découvert un couteau. L’objet paraît si étrange que nul ne sait comment l’appréhender.

Nicolas Sarkozy, rompant avec la stratégie chiraquienne, ne veut plus entendre parler de “front républicain”. Certes, les valeurs portées par “les gars de la Marine” ne furent jamais les siennes. Mais il refuse aussi de nourrir le score d’une gauche ennemie, à qui “les leçons de morale” ne coûtent pas cher.

En cas de duel entre un socialiste et un frontiste, le président recommande donc de ne pas choisir. Ni pour, ni contre, bien au contraire… Copé, sans lever l’ambiguïté, laisse le militant “libre de son bulletin.”

Au sein de l’UMP, l’affaire crée de sérieuses divisions. François Fillon et plusieurs ministres, brisant la ligne de l’Élysée, appellent à “faire barrage” aux candidats lepénistes — quitte à voter rose. Il faudrait savoir ! À l’horizon 2012, ce flottement des consciences et des tactiques ne présage rien de bon pour la majorité.

lundi 21 mars 2011

Va-t-on aller jusqu’au bout ?

L’opération « Aube de l’odyssée » est la plus importante intervention militaire dans le monde arabe depuis l’invasion de l’Irak en 2003. On ne pourra plus dire que la France est le dernier pays à soutenir les révolutionnaires arabes face aux dictateurs. Mais maintenant la coalition mandatée par la résolution 1973 de l’ONU instaurant une zone d’exclusion aérienne et un cessez-le-feu en Libye est condamnée à réussir. Or ce n’est pas gagné, car la résolution ne permet pas à la coalition d’intervenir au sol ou de renverser le régime de Kadhafi. Le président américain, Barak Obama, s’est clairement opposé à une intervention terrestre. Aussi les exemples de l’Afghanistan ou de la Somalie voisine nous rappellent-ils que de puissantes armées occidentales peuvent échouer face à plus faible si elles n’ont pas l’appui de leurs opinions publiques et si elles ne sont pas mandatées pour aller « jusqu’au bout », faute d’unité de vue au sein des Nations unies et d’objectifs militaires partagés. Or l’Europe est comme d’habitude divisée, l’Allemagne joue cavalier seul, tandis que la Chine et la Russie font pression pour ne pas renverser Kadhafi. Dans ce contexte, le dictateur libyen tente de rallier le tiers-monde en dénonçant une « agression croisée et coloniale », et menace de frapper « tout objectif civil ou militaire » en Méditerranée afin d’intimider l’opinion publique européenne. Rappelons qu’en 1986 Tripoli lança un missile contre l’île italienne de Lampedusa. Enfin, la Libye, qui a des armes chimiques, réactive les réseaux terroristes internationaux par lesquels elle perpétra les attentats de Lockerbie (270 morts) en 1988 ou contre l’avion DC10 d’UTA (Niger, 170 morts) en 1989. Enfin, ses troupes (entre 50.000 et 60.000 hommes) professionnelles ou d’élite sont supérieures en nombre et en équipement à celles des insurgés et sont bien préparées à la guérilla urbaine… Certains estiment donc que l’on pourrait interpréter de façon « extensive » la résolution onusienne, qui exclut l’occupation mais non les « incursions » militaires, d’autant que la coalition a déjà détruit des tanks libyens et que des forces spéciales occidentales ou des instructeurs égyptiens sont déjà sur place…