Une commission de la ville de New York, chargée de la préservation du patrimoine, a levé mardi 2 août un obstacle majeur à la construction d'une mosquée controversée à quelques pas de l'emplacement où se trouvaient les tours jumelles détruites par les attentats du 11 septembre 2001.
La commission a décidé à l'unanimité de
retirer de la liste des monuments historiques le bâtiment du 45-47, Park Place, près de Ground Zero, où la mosquée doit être construite. L'immeuble datant de 1850 n'abrite plus désormais qu'un magasin de vêtements à l'abandon. "La commission a voté par neuf voix contre zéro pour retirer le bâtiment" de la liste, a déclaré son président, Robert Tierney.
Les neuf membres de la commission ont expliqué à tour de rôle la raison de leur choix, ce qui a donné lieu à des applaudissements dans la salle tandis qu'une autre partie du public criait : "Honte". Un classement aurait empêché la démolition du bâtiment et par là-même la construction de la mosquée et d'un centre islamique, projet très controversé. La construction de cette mosquée avait été approuvée en mai par le conseil municipal de New York.
Outre la mosquée, le futur complexe doit abriter des terrains de sport, un théâtre, des restaurants et potentiellement une crèche. Les partisans du projet soutiennent que la "Maison Cordoba" aidera à surmonter les stéréotypes négatifs dont continue à souffrir la communauté musulmane de la ville depuis les attaques contre les gratte-ciel du World Trade Center, qui avaient fait quelque 3 000 morts.
Les opposants soutiennent que construire une mosquée si près de Ground Zero est une insulte à la mémoire des victimes. Le projet, qui dispose du soutien du maire de New York, Michael Bloomberg, est notamment dénoncé vigoureusement par l'ex-candidate républicaine à la vice-présidence, Sarah Palin.
mercredi 4 août 2010
Le projet de construction d'une mosquée près de Ground Zero tout près d'aboutir
VIDEO Découvrez le BlackBerry qui doit rivaliser avec l'iPhone
A la traîne face à l'iPhone d'Apple et aux téléphones utilisant le système d'exploitation Android de Google, Research in Motion a dévoilé ce mardi son dernier smartphone. Un lancement clé pour le groupe canadien.
Research In Motion (RIM) a dévoilé mardi le BlackBerry Torch, un nouveau smartphone à écran tactile conçu pour séduire la clientèle grand public et rivaliser avec l'iPhone d'Apple .
Disponible à partir du 12 août aux Etats-Unis, ce combiné multimédia est équipé d'un clavier coulissant, d'un nouveau système d'exploitation baptisé "Blackberry 6" et, selon RIM, d'un navigateur internet plus facile d'utilisation.
Le fabricant canadien a présenté l'appareil mardi à New York, précisant qu'il serait vendu 199 dollars (150 euros) avec deux ans d'abonnement chez l'opérateur américain AT&T, déjà opérateur exclusif de l'iPhone.
Néanmoins, "la technologie redevient compétitive et si elle parviennt à le rester avec l'efficacité et la stabilité qui font la réputation de RIM, alors c'est positif", a-t-il ajouté.
UN LANCEMENT CLÉ POUR RIM
Aux yeux des analystes, RIM est dans l'obligation de remanier sa gamme pour séduire au-delà de la clientèle professionnelle et concurrencer l'iPhone et les smartphones utilisant le système d'exploitation Android développé par Google , comme le Droid de Motorola .
Le BlackBerry a longtemps fait figure de smartphone de référence pour les entreprises et les institutions grâce à son système de messagerie électronique rapide et sécurisée. Mais ses détracteurs jugent une refonte nécessaire pour séduire le grand public.
"C'est l'un des lancements de produit les plus importants de notre histoire", a reconnu Mike Lazaridis, co-directeur général de RIM. "C'est un produit vraiment très spécial du fait de toutes les nouveautés qu'il inclut."
Le Blackberry 9800 Torch permet aux utilisateurs de choisir s'ils veulent taper leurs sms sur l'écran tactile ou sur le clavier coulissant. Il est doté d'un appareil photo de 5 mégapixels, d'un flash, et d'un système GPS intégré destiné aux applications basées sur la géolocalisation.
Son lancement en août a pris de court la plupart des analystes, qui s'attendaient à une sortie plus tardive.
"Je suis ravi de voir qu'ils le sortent plus tôt", a dit Nick Agostino, de Mackie Research Capital. "Le fait que cet appareil soit adapté à la fois pour les entreprises et les consommateurs sera un plus, car les gens penseront (...) pouvoir faire d'une pierre deux coups."
De son côté, Shaw Wu, de Kaufman Brothers, a jugé le nouvel appareil "remarquable".
"Il réduit vraiment le fossé qui existe avec (les combinés) Android et l'iPhone (...) RIM a vraiment remanié l'interface d'utilisation. Je crois qu'ils ont retrouvé leur place de numéro deux en terme de technologie" derrière l'iPhone, a-t-il ajouté.
Ce lancement intervient alors que les Emirats arabes unis et l'Arabie saoudite ont fait part ce week-end de leur volonté de bloquer l'utilisation de certains services du téléphone BlackBerry, s'inquiétant de ne pouvoir surveiller une partie des données cryptées.
Le quotidien Economic Times a rapporté mardi que RIM avait donné pour la première fois son accord aux autorités indiennes pour le partage des données cryptées transitant sur les serveurs de ses smartphones.
mardi 3 août 2010
Obama quitte l'Irak mais sans avoir fini le travail, estime la presse étrangère
En annonçant, lundi 2 août, la fin de la "mission de combat américaine" en Irak, Barack Obama
respecte là une de ses principales promesses de campagne. Si la presse le reconnaît, elle n'oublie pas de rappeler que le conflit n'est pas pour autant terminé en Irak et que c'est désormais en Afghanistan que la guerre peine le plus à trouver une justification aux yeux de la population.
"Le but de ce discours était de rappeler aux électeurs américains que [Barack Obama] allait respecter la promesse qu'il leur avait faite lors de son élection : terminer la guerre en Irak", écrit Kevin Connolly pour la BBC. Le journaliste estime qu'il s'agit là d'un "exploit logistique sur une échelle de temps stupéfiante" mais que "le président a pris soin de ne pas répéter l'erreur de son prédécesseur, George W. Bush, qui avait déclaré que la mission américaine en Irak avait été accomplie il y a sept ans".
Cette fois-ci, la mission est-elle véritablement accomplie ? Rien de moins évident pour Ruper Cornwell, du journal The Independent. Il rappelle que d'ici à septembre, après le retrait des troupes de combat d'Irak, il restera 146 000 soldats en tout (Irak et Afghanistan), dont environ 50 000 en Irak. Ces derniers seront chargés de former les forces irakiennes, de conduire des opérations anti-terroristes et d'assurer la sécurité des projets de reconstruction.
UNE "INQUIÉTANTE BOÎTE DE PANDORE"
"Si tout se passe comme prévu, ils seront rentrés dans 17 mois", écrit Ruper Cornwell. "Mais il s'agit là d'un gros 'si', comme le montre la querelle des chiffres sur le nombre de victimes civiles irakiennes". "Pour la Maison Blanche, soucieuse de respecter le calendrier de retrait pour focaliser son attention sur l'Afghanistan, 222 civils ont été tués le mois dernier. Les autorités irakiennes parlent elles de 535 morts, ce qui ferait du mois de juillet le plus meurtrier depuis deux ans", analyse-t-il. "Le véritable coût de la guerre – et la question de savoir si finalement ça valait le coup – ne sera pas connu avant plusieurs années".
Même impression pour Baudoin Loos, journaliste au Temps de Genève. "Alors, certes, le pouvoir extrêmement oppressif du parti Baas cher à Saddam Hussein n'existe plus, reconnaît-il. Mais, outre que ce dernier assurait tant bien que mal à la population les services sociaux de base, la démocratie balbutiante à l'irakienne se trouve tempérée par l'impéritie patente des nouvelles élites politiques, la corruption générale et la lancinante préséance des intérêts communautaires ou ethniques – les chiites, majoritaires, privés de pouvoir par les sunnites pendant des décennies, n'entendent plus le quitter, pendant que les Kurdes cherchent d'abord à consolider leur autonomie de fait dans les montagnes du nord-est", accuse-t-il.
Des "élus incapables de s'entendre pour former un gouvernement", un pays qui "vivote à l'ombre des appétits concurrents de ses voisins" : loin d'avoir terminé leur mission, "les Américains ont ouvert une inquiétante boîte de Pandore".
UN "RELATIF SUCCÈS"
Pour Peter Baker, du New York Times, et pour d'autres éditorialistes, "en voulant consolider ses soutiens à l'intérieur, le président américain dessine également les limites de ses ambitions en Irak et en Afghanistan". A l'approche des élections législatives de mi-mandat, prévues pour le 2 novembre 2010, la Maison Blanche a voulu "montrer qu'elle avait respecté une des principales promesses du candidat Obama", écrit le journaliste qui estime que le président américain a finalement géré le dossier avec un "relatif succès".
Un dossier d'autant plus important pour les électeurs américains puisqu'il se situe dans un domaine – la guerre – qui a une "forte signification émotionnelle", comme l'écrivent deux journalistes du Washington Post. "Les soutiens 'anti-guerre' qui avaient élu Obama ont ensuite été déçu par le plan mis en place après son élection, bien moins ambitieux que promis", rappellent-elles.
"DOUTES CROISSANTS SUR LA GUERRE EN AFGHANISTAN"
Une manière de "détourner" l'attention, selon Chris McGreal, du Guardian. Mais Barack Obama "doit maintenant faire face à un test bien plus difficile que l'Irak". "Les pertes américaines en Afghanistan le mois dernier ont atteint un niveau sans précédent dans ce qui est désormais le conflit le plus long de l'histoire des Etats-Unis", écrit le journaliste britannique. "Le président doit faire face aux doutes croissants sur la bonne conduite de la guerre, aggravés par les révélations des 90 000 pages de documents militaires secrets publiés par Wikileaks".
"La stratégie du président est de commencer à faire rentrer quelques-uns des soldats d'ici à un an, mais il a dit qu'il ne permettrait pas aux terroristes de faire un pas de plus en Afghanistan pour attaquer les Etats-Unis", conclut, sceptique, M. McGreal. Et les journalistes du Washington Post d'indiquer également que les opinions sont partagées entre "ceux qui souhaitent un retrait du conflit, au vu de l'importance des pertes, et les autres qui estiment que le plan d'Obama, qui prévoit un retrait pour juillet 2011, est trop risqué et encouragera les groupes extrémistes de la région, dont les talibans".
Pour en savoir plus
– L'intégralité du discours de Barack Obama
– Un débat d'experts organisé par le New York Times sur les avantages et les inconvénients du retrait d'Irak
Europe : la rigueur menace les projets d'infrastructures
La lutte contre les déficits publics oblige les Etats européens à tailler dans les investissements notamment d'infrastructures. En Espagne, le gouvernement a annoncé, lundi 2 août, des baisses jusqu'à 45% des tarifs de rachat de l'électricité photovoltaïque, ce qui pourrait mettre en difficulté quelque 600 opérateurs à travers le pays. Le secteur éolien est aussi touché, mais le coup le plus dur a été porté, le 22juillet, par José Bianco, ministre de l'équipement, qui annonçait le gel, pour un à quatre ans, de près de 200 projets d'infrastructures dont 112 concernent les routes et les autoroutes, et 87 le chemin de fer.
Baptisé pudiquement "plan d'ajustement", il reporte 17% des programmes, mais 40% des fonds, soit 6,4 milliards d'euros, en 2010 et 2011. A ces gels s'ajoutent 32 annulations pures et simples d'appels d'offres pourtant déjà attribués, dont une douzaine sera, toutefois, transformée en partenariats privé-public, mais leur liste n'est pas encore arrêtée. Seuls sont préservés les ports et aéroports et quelques lignes TGV.
"Ces coupes budgétaires vont perturber l'économie espagnole et toute la filière des travaux publics", alertaient cinq organisations professionnelles espagnoles, le 28 juillet. La restructuration brutale du secteur menace 115 000 emplois directs et 1,1 million emplois indirects. De grands groupes, Sacyr, Acciona ont déjà annoncé des résultats semestriels en forte baisse.
Et les solutions financières ne peuvent venir des collectivités locales, dont les ressources sont laminées par la crise immobilière. Les taxes sur les transactions, qui avaient représenté jusqu'à 16,7 milliards d'euros, en 2006, vont, en 2010, chuter à 1,8 milliard d'euros! Et du côté de l'Europe, le robinet des fonds structurels est désormais fermé. Seule perspective pour financer les autoroutes espagnoles, une taxe sur les poids lourds est envisagée, le recours à des péages mais surtout une réduction de 22% du coût moyen de construction.
UNE MAUVAISE NOUVELLE POUR LES GROUPES DE BTP
La Grande-Bretagne est l'autre grand pays européen soumis à une cure d'austérité budgétaire sans précédent. Danny Alexander, secrétaire d'Etat au Trésor, annonçait, le 12 juillet, l'annulation de 12 projets publics pour un montant total de 2 milliards de livres (2,4 milliards d'euros) et la suspension de 12 autres, pour 8,5 milliards de livres.
La liste est hétéroclite et va du nouvel hôpital à Wynyard, au nord-est de l'Angleterre (540 millions d'euros) à un centre touristique dans le site historique de Stonehenge (30 millions d'euros), en passant par un tribunal à Birmingham (112 millions d'euros). Le budget pour la construction de cinq nouvelles prisons, pourtant une priorité pour les conservateurs, va être réduit à deux bâtiments. C'est une mauvaise nouvelle pour les groupes de BTP, engagés dans ces programmes, comme les britanniques Balfour Beatty, Carillion, le français Bouygues et le suédois Skanska.
Les infrastructures sont en revanche relativement préservées, bien que l'agrandissement des aéroports londoniens Heathrow, Gatwick et Stansted soit abandonné, à la grande satisfaction des écologistes. Aucune décision n'est en revanche prise sur le Crossrail de RER londonien (19 milliards d'euros).
Le programme de construction d'écoles va lui souffrir, en perdant 1,2 milliard d'euros, en 2010. Depuis 2004, le pays était en effet engagé dans une vaste remise à niveau de 3500 collèges, qui devait mobiliser 66 milliards d'euros d'ici 2023. Aujourd'hui, 58 projets portant sur 715 établissements sont abandonnés et un audit doit trancher sur la poursuite de plusieurs autres, tandis que les opérations sur 700 écoles, pour 1,8 milliard d'euros, sont maintenues.
Les grands groupes de construction, Bouygues en tête, s'attendaient certes à des économies, mais pas de cette ampleur: "C'est catastrophique! Plusieurs constructeurs ont dépensé des millions pour obtenir ces contrats. Cela va affecter tous les grands noms du secteur", indique un cadre d'un de ces groupes, cité par Le Bulletin européen du Moniteur du 19 juillet.
En France, les grands projets, notamment les grandes lignes de TGV, sont épargnés. Seul le tram-train et la Maison des civilisations, sur l'Ile de la Réunion, sont abandonnés, pour cause, de changement politique à la tête de la région. Sans être officiellement gelés, certains projets ont cependant du plomb dans l'aile, comme la ligne RER Charles de Gaulle Express, ou les autoroutes A51, entre Gap et Briançon, A24, d'Amiens à la Belgique, et A32, de Nancy à Thionville. Le Canal Seine-Nord, un partenariat privé-public de 4,2 milliards d'euros peine à réunir son financement.
Le Schéma national des infrastructures de transport (SNIT), que Jean-Louis Borloo, ministre de l'écologie, a dévoilé le 12 juillet, se veut ambitieux, prévoyant d'investir 170 milliards d'euros d'ici 2030. "Le SNIT est un catalogue de vœux pieux, sans financement, on y retrouve des projets déjà inscrits dans le comité interministériel d'aménagement de 2003! Or les entreprises ont besoin de visibilité", juge Olivier Deleu, secrétaire général de l'association Transport développement intermodalité environnement (TDIE).
L'Amérique de Barack Obama s'éloigne visiblement du continent européen en ce début de XXI e siècle. On se doutait déjà que, à cause de ses origines plus pacifiques qu'atlantiques, le président américain n'avait pas une familiarité consanguine avec lui. Mais, depuis le début de l'année, il a manifesté à plusieurs reprises des signes de distanciation à son égard : en février, il déclinait une invitation à un sommet avec l'UE à Madrid ; la Chine, son principal créancier, a remplacé l'Europe dans ses partenariats privilégiés ; à Copenhague, il a été avec elle le principal responsable de l'échec de la conférence climatique soutenue par l'Europe ; comme lors du dernier G20 à Toronto… Tout cela a provoqué l'humeur de José Manuel Barroso, président de la Commission de Bruxelles, selon qui la relation transatlantique « n'est pas à la hauteur de son potentiel ». En quoi la présidence d'Obama pourrait bien être « une occasion manquée ». Sous le poli de l'usage, le propos est d'une particulière virulence. On ne saurait d'abord négliger les considérations personnelles. Barroso, dont le tropisme américain est connu (voir notamment une certaine conférence des Açores avec Bush en 2002), perd cette position privilégiée en voyant ainsi s'éloigner l'Amérique. D'autant que le renforcement des moyens de Catherine Ashton, « ministre des Affaires étrangères de l'Europe », menace son pré carré. Voilà pour le petit bout de la lorgnette. Mais c'est du côté du grand que résident les explications de fond : non seulement l'Europe n'est plus un interlocuteur majeur dans le monde, mais elle donne le spectacle, du fait de la confusion de ses institutions, d'une politique extérieure illisible, voire inexistante. Or la mission d'un président des Etats-Unis est de défendre en priorité les intérêts de son pays sans perte de temps inutile. Dans cet univers impitoyable, l'Europe serait mal venue d'imputer aux autres la responsabilité de ses propres faiblesses.
L'économie française reprend son souffle. Le chômage ne monte plus. Ces derniers mois, la grande majorité des entreprises a mieux vendu. Dans des secteurs aussi différents que la sidérurgie, la publicité ou les semi-conducteurs, le rythme de hausse est même à deux chiffres. Les industriels reconstituent leurs stocks, les plans de relance soutiennent encore un peu l'activité et l'international dope les chiffres d'affaires - à la fois parce que les pays émergents sont repartis très fort et parce que l'euro a baissé, rendant les produits français moins chers en Amérique ou en Asie. Il faut évidemment se réjouir de l'embellie conjoncturelle après un orage d'une violence inconnue depuis près d'un siècle. Mais il est trop tôt pour crier victoire. Car une bonne partie de cette embellie n'est rien d'autre qu'un rebond consécutif à un mouvement de panique générale, dans la foulée de l'implosion de Wall Street à l'automne 2008. L'Insee révélera la semaine prochaine que la production nationale était, au printemps de cette année, encore inférieure à son niveau de l'été 2008, malgré cinq trimestres d'affilée de progression. Au rythme de croissance actuel, dont la persistance n'est pas acquise, il faudra attendre l'automne 2011 pour que la production comble son retard. Trois ans de perdus ! Dans la seule industrie, l'écart est encore plus spectaculaire. La production manufacturière a certes redémarré vigoureusement, bien plus que les services. Elle a monté de 9 % depuis son creux de mars 2009… mais elle demeure inférieure de 13 % à son pic de février 2008. Rien ne garantit qu'elle reviendra un jour à de telles altitudes.
Ce constat débouche sur une question qui agite beaucoup les économistes. La crise va-t-elle changer notre trajectoire de croissance à long terme ? La première hypothèse, la plus favorable, est la parenthèse. L'activité rattrape le terrain perdu en accélérant, puis reviendra sur sa trajectoire antérieure de 2 % de croissance par an. La deuxième hypothèse est la marche descendue. La perte des années 2008-2009 ne serait pas comblée, mais la pente de croissance finirait par revenir vers 2 %. La troisième hypothèse est le décrochage. Dans ce cas de figure, la crise n'est pas tant un accident que le révélateur d'une croissance intenable. Le terrain perdu ne serait jamais rattrapé et l'activité serait durablement ralentie, comme elle l'avait été après la récession de 1975. Avec des recettes moins dynamiques, le rééquilibrage des finances publiques deviendrait encore plus compliqué. Aujourd'hui, les doutes sur la capacité des consommateurs et des entreprises à prendre le relais d'une croissance tirée par la dépense publique font plutôt penser au troisième scénario. Mais, dans le brouillard d'une crise sans précédent, il est trop tôt pour en être sûr.
La demande russe et chinoise tire les exportations laitières
Export.Si la consommation de produits laitiers par les ménages français est restée assez stable depuis le début de l'année (+ 1,2 %), elle ne cesse de progresser au niveau mondial, tirée notamment par les marchés russes et chinois. Les exportations européennes de beurre ont ainsi progressé de 12 % au premier trimestre et celle de poudre de lait écrémée, de 113 %. Les ventes de fromages ont également bondi de 20 %.
La filière laitière allemande en a toutefois davantage profité que les producteurs français : ses exportations ont grimpé de 69 % pour le beurre (+ 42 % pour la France), de 48 % pour les fromages (+ 15 % pour la France) et de 180 % pour la poudre écrémée. Par ailleurs, les prix des principaux produits, beurre, poudre écrémée à 0 % et poudre à 26 %, sur le marché mondial, bien qu'en hausse de 30 % à 40 % sur un an, ne sont pas encore revenus à leurs niveaux record de 2008.
Prix du lait : les producteurs de nouveau sur le pied de guerre
Les producteurs de lait accusent les industriels de ne pas respecter un accord signé en juin dernier, qui prévoyait une hausse de 10 % du prix du lait. Les industriels, eux, mettent en avant la concurrence avec l'Allemagne.
La Vache qui Rit, le camembert Président et le Caprice des Dieux vont-ils disparaître des rayons ? C'est en tout cas ce que voudraient plusieurs fédérations de syndicats d'exploitants agricoles, qui appellent au boycott de ces trois produits fabriqués respectivement par Bel, Lactalis et Bongrain.
Une forme de représailles après que ces fabricants ont refusé d'augmenter le prix d'achat du lait.
Depuis la semaine dernière, des adhérents de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs ont ainsi rendu visite aux grandes surfaces de leurs régions, afin de les inciter à retirer ces produits de la vente. Des délégations de producteurs laitiers se sont aussi rendues hier dans les préfectures, tandis que d'autres entreprenaient de bloquer brièvement l'accès à quelques laiteries en Bretagne et en Normandie. Autant de signaux d'alarme qui pourraient annoncer un « remake » de la crise du lait de l'automne 2009, marquée par le blocus des laiteries et des milliers de litres de lait déversés dans les champs.
Mauvaise surprise
La signature d'un accord entre les producteurs de lait et les industriels, le 3 juin dernier, censé déboucher sur une hausse de 10 % du prix du lait, n'a apparemment rien réglé. Faute d'être parvenus à s'entendre sur les tarifs du troisième trimestre, les producteurs de lait ne savent toujours pas à quel prix leur seront payées les livraisons effectuées depuis début juillet. Ils le découvriront sur les « fiches de paie », qui leur seront adressées par leurs clients entre le 12 et le 15 août. Et la surprise ne sera pas bonne. Selon Henri Brichard, président de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), syndicat majoritaire affilié à la FNSEA, le prix proposé par les industriels ne dépasserait pas 313 euros pour 1.000 litres, alors que l'application de l'accord de juin aurait dû donner 330 euros. En 2009, les prix avaient chuté à 200 euros les 1.000 litres, avant de remonter aux alentours de 295 euros au deuxième trimestre 2010.
Plusieurs industriels argueraient du fait que le prix du lait est substantiellement plus bas en Allemagne qu'en France - de l'ordre de 30 euros pour 1.000 litres -pour refuser de relever leurs tarifs. Sur certains marchés, comme les fromages et les produits industriels destinés au marché mondial, la concurrence est en effet très vive entre Allemands et Français.
Réunion demain des syndicats
« Les industriels ne jouent pas le jeu, déplore Henri Brichard. Ils imposent des baisses de tarifs quand les prix du marché baissent, mais ne veulent pas répercuter les hausses quand le marché des produits laitiers s'améliore, comme c'est le cas aujourd'hui. Les producteurs en ont assez et leur demandent simplement de respecter leurs engagements. Nous ne pouvons pas rester dans une situation où les prix seraient au bon vouloir des industriels. »
En cas de refus des fabricants de revenir à la table des négociations, les exploitants agricoles pourraient durcir leurs actions dans les prochains jours. Les principaux syndicats agricoles se réuniront demain. « Nous déciderons de notre stratégie en milieu de semaine », précise Henri Brichard. « Mais, pour l'heure, rien n'a bougé », déplore-t-il. Au besoin, le président de la FNPL espère également que le gouvernement, qui vient de faire voter une loi de modernisation de l'agriculture française, se penchera sur le dossier, ainsi que sur celui de la différence de compétitivité entre les producteurs de lait français et leurs concurrents étrangers, notamment allemands.
« Nous publierons en septembre les résultats d'une étude consacrée aux forces et faiblesses de la filière laitière française, qui montre que le problème ne se résume pas à un manque de productivité, annonce Henri Brichard. Les producteurs allemands bénéficient notamment d'avantages fiscaux et d'un coût de main-d'oeuvre moins élevé. »
BRUNO TRÉVIDIC, Les Echos
Y aura-t-il une parenthèse ?
L'agenda politique pourrait le laisser croire. Après le conseil des ministres d'aujourd'hui, c'est le grand vide. Pas d'événements prévus et un président en vacances avec Carla, au cap Nègre, officiellement pour trois semaines. Pour l'Élysée, c'est une échéance. Il fallait résister jusqu'à l'été salvateur à la tempête de l'affaire Woerth. Tenir, en espérant que le scandale médiatique se dilue enfin dans la crème solaire et que ses notes acides deviennent aussi volatiles que celles d'un rosé bien frais.
D'habitude sans risque, ce pari ordinaire n'est pas gagné d'avance. Les Français sont peut-être fatigués des rebondissements du feuilleton Bettencourt où on finit par ne plus savoir qui manipule qui. Et ils pourront rater quelques-uns des prochains épisodes judiciaires sans perdre le fil de la série. Mais cette histoire à tiroirs a pris trop d'ampleur pour se terminer en queue de poisson. Elle est déjà sortie du cadre des polémiques éphémères pour basculer dans une interrogation générale - qui ne prend pas de vacances, elle - sur l'éthique du pouvoir.
« L'acharnement médiatique » dénoncé par les uns n'est que la dimension bruyante d'une sourde exigence populaire en période de crise : l'exemplarité des élites. Si cette exaspération comporte toujours le risque de basculer dans un populisme réducteur, voire dangereux, elle s'attaque à un mal français insidieux, trop longtemps minimisé, qui ronge la confiance dans le politique et la crédibilité de ceux qui portent les réformes. Même présumé « honnête », un ministre si proche du monde de l'argent est-il légitime, est-il simplement audible, pour demander des « efforts » à des smicards où même à des salariés dont le revenu médian, en France, ne dépasse guère 1 400 euros mensuels ? C'est une question qui touche à la psychologie collective, pas à la démagogie. Refuser de l'admettre, ce serait de la cécité volontaire.
Si on pouvait conseiller aux ministres des devoirs de vacances, on leur préconiserait de s'entraîner à reconnaître tout de suite des erreurs quand ils en font. D'apprivoiser l'insaisissable vérité politique. Cette transparence qui, ces dernières semaines, aurait épargné au pays de gaspiller une énergie précieuse au moment où il n'a plus une minute à perdre pour se mettre en ordre de marche, et regarder devant lui. Enfin.
Attention, fragile ! On voudrait que l’expérience passée serve au présent, pour ne pas reproduire éternellement les mêmes erreurs. On aimerait que la fierté ressentie devant la belle moisson de médailles récoltée par les athlètes français aux championnats d’Europe de Barcelone ne tourne pas au dithyrambe, à l’enflure, à la célébration chauvine, comme la pitoyable prestation des footballeurs en Afrique du Sud s’était transformée – médias et politiques y allant de bon cœur – en une déroute nationale, une honte patriotique.
Faut-il que le moral des troupes citoyennes soit défaillant, pour qu’un fiasco sportif ou un authentique exploit – 18 médailles dont huit d’or – suscite autant d’excès ! De déception d’un côté, de fierté d’un autre. C’est vrai, on a aimé les épreuves, la beauté des corps et des efforts (toutes nationalités confondues !). On a goûté la personnalité des compétiteurs français, leurs réactions de joie, leur rage de vaincre, leur esprit d’équipe et leur simplicité. C’est sûr, on a apprécié les mots de leurs entraîneurs, de leurs responsables : l’appel à la cohésion, la modestie affichée, l’ambition revendiquée, l’effort et le travail récompensés. Et on s’est réjoui – le contexte politique étant ce qu’il est – de noter la palette des origines de ces Français fiers d’honorer leur maillot aux couleurs nationales.
On n’oublie pas que la victoire est versatile. La réussite appelle la réussite mais, parfois, la spirale vertueuse s’inverse, l’échec entraînant l’échec. Il arrive que le mental prenne le pas sur le physique, aussi affûté soit-il. On sait que certains très grands champions, transformés en stars, ont craqué. On sait aussi que, dans certaines disciplines, un fossé sépare les sportifs européens des athlètes issus d’autres continents, d’Amérique ou d’Afrique. Les prochains rendez-vous mondiaux seront moins prolifiques. Il ne faudra pas brûler alors ceux que l’on porte aux nues aujourd’hui. Laissons-les simplement savourer leur bonheur, ces champions et ceux qui les entraînent, les accompagnent, les éduquent. Sans gâcher leur plaisir. Sans les gâcher, eux, en les adulant à l’extrême. Ils méritent mieux.
Dominique Quinio
Si Nicolas Sarkozy n'aime pas le mot rigueur, il n'a pas d'état d'âme quant à celui de répression. Au moment où le gouvernement présente aux Français la facture de la crise ¯ que n'avait-on écouté François Fillon quand il avait tiré la sonnette d'alarme, dès l'automne 2007 ! ¯ le chef de l'État saisit toutes les occasions pour monter au créneau sur le thème de la sécurité, qui fut l'une des clés de sa victoire à l'élection présidentielle. Nomination de grands policiers comme préfets dans le 93 et à Grenoble, tour de vis annoncé pour les « gens du voyage », mise en cause du modèle français d'intégration des populations immigrées, et enfin volonté d'étendre la possibilité de déchoir de la nationalité française une personne d'origine étrangère qui aurait porté atteinte à la vie d'une personne dépositaire de l'autorité publique...
Au moment où l'effort que la Nation doit accomplir pour traverser la crise est considérable, on attend un discours de mobilisation générale, insistant sur la solidarité dans l'épreuve, rassemblant les énergies, sollicitant davantage les plus aisés, soutenant les plus faibles, affirmant que l'obstacle sera d'autant mieux franchi que « l'équipe de France » sera soudée, fraternelle et engagée.
Ce n'est pas le chemin qui semble pris. La stigmatisation des populations marginales, sous couvert de « réalisme », défait le tissu des valeurs dont s'honore la France. Non seulement une grande partie des gens du voyage est française, et doit à ce titre être considérée avec les mêmes égards que le reste de la population, mais les mesures annoncées - qui commenceront par le volet répressif, plus simple à mettre en oeuvre que les dispositions propres à faciliter leur intégration ¯ sont de nature à accroître leur précarité et à créer de la désespérance. À semer ainsi le vent, nous récolterons la tempête.
Par ailleurs, les « Roms » ¯ citoyens européens à part entière ¯ sont souvent victimes dans leurs pays d'origine d'une lourde discrimination sociale et ethnique, qui explique leur départ. Est-il juste que la France en rajoute une couche ?
Quant à la question de la déchéance de la nationalité française, elle est tout aussi choquante. Une comparaison permet de le comprendre : des parents ayant adopté un enfant vont-ils renoncer à leur paternité d'adoption lorsque celui-ci se serait très mal conduit ? Cela arrive certes, rarement, et c'est un échec terrible, dans lequel les parents mesurent en général leur propre responsabilité. L'accueil d'un citoyen nouveau, comme celui d'un enfant n'est pas une affaire de mérite, mais de coeur : c'est un don de la mère patrie qui ne se reprend pas... Et c'est une marque de grandeur. Imagine-t-on de retirer la nationalité française au Français dit « de souche », coupable des mêmes crimes ? À l'heure de la mondialisation, faut-il fabriquer des « apatrides » ?
Le chemin que prend la France risque de nous conduire à une forme d'abandon des valeurs dans lesquelles nous avons grandi, au prétexte d'une efficacité qui n'est en rien garantie. Si la situation économique et sociale est aussi tendue, c'est largement en raison de la fascination exercée par l'argent depuis trois décennies. Pour remédier à ce mal, il faut d'autres moyens que la fragilisation accrue des plus faibles, la discrimination de certains, et la seule répression.
Dormir peu est un danger pour la santé. Mais trop dormir multiplie aussi les risques d’infarctus chez les adultes, révèle une étude américaine. Au-delà de neuf heures dans les bras de Morphée, le cœur battrait la chamade... Le sommeil, voilà l’ennemi, fallait oser !
Que de nuits blanches ont dû passer les chercheurs US à regarder roupiller leurs 30 000 cobayes. Pour arriver à la même conclusion qu’Homère, “le sommeil est le frère jumeau de la mort”. Haro sur les matinées plus grasses qu’un hamburger, parole de yankees ! Il n’empêche, c’est le genre d’étude à vous rendre insomniaque. Désormais, on ne va dormir que d’un œil. Les savants américains, eux, peuvent dormir sur leurs lauriers, leur fortune est venue en dormant… Cette étude est à dormir debout estiment des cardiologues français. Faudrait savoir, objectent-ils, si les problèmes cardiaques entraînent un plus grand besoin de sommeil ou si c’est un sommeil prolongé qui les provoque… L’éternelle histoire de l’œuf et de la poule. Ce n’est pas une raison pour se coucher comme les poules, on ne sait jamais…
Tiens, à propos de santé, celle de Nicolas Sarkozy est excellente. En vacances au Cap-Nègre, il peut dormir sur ses deux oreilles et même s’abandonner à la sieste, “cette recette d’équilibre” selon la formule d’un connaisseur, Jacques Chirac. Des savants, britanniques cette fois, affirment que 20 minutes de sieste augmentent de 20 % la productivité des heures suivantes. Dormir plus pour travailler plus, en voilà un slogan à faire de beaux rêves…
Si la droite perd l'élection présidentielle de 2012, ce ne sera pas une défaite comme les autres. La dégradation du climat politique renforce la menace qui pèse sur elle.
La perte, dimanche 11 juillet, de la circonscription de Rambouillet en précise
les manifestations. Depuis qu'elle a repris l'Elysée à la gauche, en 1995, la droite a subi comme autant d'échecs la plupart des élections locales.Ces défaites répétées ne l'ont pas empêchée de conserver le pouvoir, mais elles ont peu à peu sapé ses assises territoriales, jusqu'aux plus anciennes, œuvrant lentement à l'effondrement d'un édifice : entre 1998 et 2010, la droite a perdu, en métropole, 744 cantons, 34 départements et 18 régions.
Lors des municipales de 2001, elle cédait à la gauche deux villes emblématiques, Paris et Lyon. Certes, elle croyait se consoler en gagnant, grâce à la cohabitation, 20 villes de plus de 30 000 habitants, mais elle en a perdu 26 lors des municipales de 2008 ! Même les élections législatives de 2007, pourtant situées dans le droit-fil de l'élection de Nicolas Sarkozy, se sont soldées par la disparition de 53 circonscriptions par rapport à la majorité sortante. Cela fait presque un millier de positions perdues.
Les élections cantonales de 2011 seront cruciales. Il y a toutes les raisons de penser qu'elles prolongeront le supplice de la droite. Or pour chaque canton perdu, chaque commune, chaque département, chaque région ou circonscription cédée à l'adversaire, c'est un point d'appui, un réseau, des ressources, autant de précieux leviers pour l'action publique comme pour la mobilisation des sympathisants et des électeurs.
LE PS TIRE UN PROFIT RÉGULIER
Depuis dix ans, le Parti socialiste tire ainsi un profit régulier, sans efforts ni doctrine, simplement parce qu'il est dans l'opposition. A moyen terme, ce n'est pas une bonne nouvelle pour lui, puisque ce ne sont pas ses propres forces qui fournissent la raison de ces victoires. A court terme, cependant, c'est pour la droite que les perspectives paraissent les plus sombres.
La gauche a remporté un nombre suffisamment grand d'élections locales pour pouvoir espérer gagner le Sénat en 2011. Ce serait déjà un premier tremblement de terre. Mais si la gauche emportait le Sénat en 2011, la présidence de la République en 2012 puis, dans la foulée, l'Assemblée nationale, tout en contrôlant les régions, la majorité des départements et la plupart des villes moyennes et grandes, alors, pour la première fois dans l'histoire de la République, la droite aura tout perdu.
A ceux qui penseront benoîtement que la perte du pouvoir national, en 2012, permettra au moins à la droite de retrouver les pouvoirs locaux aussi mécaniquement qu'elle les avait perdus, il faut opposer une autre perspective, moins optimiste.
Ayant tout perdu, pour la première fois, la droite pourrait souffrir plus que jamais de la concurrence du Front national. Une dislocation sans précédent de la droite de gouvernement, dans un contexte de crise exaspérant l'opinion, offrirait au FN et à sa nouvelle patronne l'opportunité inédite, et rêvée, d'accueillir une flopée d'électeurs exaspérés, de sympathisants découragés, de militants humiliés et de nombreux élus sonnés, enfonçant plus encore la droite de gouvernement dans des difficultés qui pourraient devenir insurmontables pour longtemps, car la concurrence du Front national limitera fortement, voire interdira le retour du balancier en faveur de l'UMP.
L'ÈRE DE JEAN-MARIE LE PEN TERMINÉE
On a déjà observé, dans le passé, que la présence de la gauche au pouvoir se traduisait autant, sinon davantage, par une poussée du Front national que par une remontée de la droite de gouvernement. La probabilité de voir un tel phénomène de "siphonnage" se produire au profit de l'extrême droite est d'autant plus élevée que l'ère de Jean-Marie Le Pen est terminée. Conduit par Marine Le Pen, retenons cette hypothèse, le Front national jouera la carte de la "vraie droite", regardant l'UMP comme jadis le RPR regardait les centristes.
De ce point de vue, si les signaux envoyés par la droite en direction des électeurs du Front national peuvent se comprendre dès lors qu'il s'agit d'améliorer les transferts de voix dans les scrutins à deux tours, ils peuvent aussi bien précipiter, dès à présent, la fuite d'électeurs de droite au profit du FN, et faciliter des transferts plus massifs et moins temporaires de même sens si la droite venait à perdre le pouvoir en 2012.
Réduire la distance, c'est prendre le risque d'ouvrir des voies de passage. Cela peut favoriser la victoire mais, tout autant, amplifier la défaite. D'autant plus que, simultanément, le centre tirera un profit certain d'une défaite de l'UMP en 2012, reprenant une part, voire la totalité des élus, des militants et des électeurs, qui, en 2002, avaient quitté l'UDF pour fonder l'UMP.
Renaissance d'un parti centriste plus fort qu'aujourd'hui, récupérant une partie des forces passées à l'UMP en 2002, et nouvelle poussée de l'extrême droite scelleraient ainsi le sort de l'UMP dans le cadre d'une recomposition ne lui permettant plus de concevoir son avenir autrement que comme une force parmi d'autres dans une coalition à laquelle le FN finirait par prendre une part active, voire déterminante.
Voilà pourquoi la défaite de la droite en 2012, si elle advient, risque d'être à nulle autre pareille.
Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l'innovation politique et professeur à Sciences Po
lundi 2 août 2010
Comment répondre à Sarkozy ? Le dilemme du PS
Comment répondre à la stratégie sécuritaire de Nicolas Sarkozy ? Le Parti socialiste semble hésiter, lundi 2 août, sur le ton de sa riposte. Comme à chaque sortie du même
type de la part du chef de l'Etat, les socialistes peinent à choisir : s'indigner et aller dans le sens des critiques de l'UMP, qui n'a pas manqué de l'accuser "d'angélisme" ? Ou ne rien dire, et subir les railleries de son aile gauche ?
Martine Aubry a mis deux jours à réagir, par un communiqué, aux dernières propositions du chef de l'Etat. La première secrétaire évoque "l'outrance verbale" et "une dérive antirépublicaine" destinée à masquer "les échecs de Nicolas Sarkozy en matière économique et sociale comme en matière de sécurité". Entre temps, d'autres personnalités politiques, de gauche comme de droite, ont critiqué les amalgames faits par le président de la République entre immigration et délinquance.
Mais à peine le communiqué du PS était-il publié que les ténors de l'UMP tiraient à boulets rouges sur la première secrétaire, avec un argumentaire choisi : "Martine Aubry, elle, fait de la non-assistance à personne en danger. Les socialistes veulent rester enfermés dans leur tranquille naïveté, comme au bon vieux temps de Jospin", estime Christian Estrosi, tandis que Xavier Bertrand "trouve terriblement choquant" que le PS "ne trouve rien de nouveau à faire" contre la délinquance.
UN NUMÉRO BIEN RODÉ
Le numéro, dont Nicolas Sarkozy est familier depuis 2002, est bien rodé : provocation verbale destinée à "cliver" dans l'opinion et à susciter la réaction de l'opposition, avant de fustiger l'indignation des socialistes, opposée au "bon sens" populaire. Dans son intervention, Christian Estrosi n'a pas manqué d'expliquer que "fidèle à ses engagements, le président de la République a choisi de s'impliquer personnellement, en utilisant des mots que les Français comprennent".
Jean-Jacques Urvoas, député socialiste du Finistère et "M. Sécurité" au PS, a d'ailleurs souligné, sur son blog, le danger de tomber "dans le panneau de la provocation de Sarkozy". Pour lui, Nicolas Sarkozy cherche "à choquer pour faire oublier son échec". Et le parlementaire de rappeler l'épisode, durant la campagne présidentielle, de l'annonce par le candidat de l'UMP de son intention de créer un ministère de l'immigration et de l'identité nationale.
RÉPONSE LÉGALE
"Dès le lendemain, le tollé était unanime. François Hollande avait dénoncé le flirt poussé avec les thèses du FN. Bayrou avait renchéri. [...] Marie-George Buffet avait jugé que "les masques tombaient". [...] Sans compter les cris de la Ligue des droits de l’homme et ceux de SOS Racisme ou du MRAP", écrit Jean-Jacques Urvoas, avant de citer le livre de Ghislaine Otteinheimer, Le Sacre de Nicolas : "Ainsi il se repositionne en candidat anti-système. Il apparaît comme l’homme qui parle vrai, qui bouscule. Il fait d’une pierre deux coups. Un clin d’œil à l’électorat du FN, à tous ceux qui en ont marre de voir la France céder à un communautarisme insidieux." L'auteure concluait en reprenant une phrase de Claude Guéant : "Plus la gauche vocifère, plus on engrange."
Le PS trouvera-t-il la parade ? Il semble se concentrer désormais sur la réponse légale. Jack Lang et Robert Badinter sont intervenus les médias pour répéter que la proposition du chef de l'Etat de retirer la nationalité française à "toute personne d'origine étrangère" coupable d'atteinte volontaire à la vie d'un policier, d'un gendarme ou d'un dépositaire de l'autorité publique était contraire à l'article 1er de la Constitution, qui assure l'égalité entre les citoyens français.
Un argument solide. Et qui n'est sans doute pas étranger au silence quasi total de la droite non-sarkozyste qui, de Jean-Pierre Raffarin à Alain Juppé en passant par les ralliés de "l'ouverture", a préféré ne pas commenter la dernière sortie du chef de l'Etat.
Scandale en Angleterre autour de lait "cloné"
Un fermier britannique assure, sous couvert d'anonymat, vendre du lait d'une vache clonée. Mais aussi des embryons de cet animal, destinés à des éleveurs installés au Canada. L'Agence de sécurité des aliments s'en émeut, des associations s'inquiètent de
cette possible dérive.
L'homme s'exprime sous couvert d'anonymat. Tout ce que l'on sait de lui, c'est qu'il s'agit d'un éleveur britannique. Dans le journal International Herald Tribune, il a assuré qu'il mélangeait chaque jour le lait de traite d'une vache née d'un bovin cloné à celui du reste de son troupeau. S'il protège son identité, c'est par crainte que les consommateurs refusent d'acheter sa production. Il a également indiqué qu'il vendait des embryons de cet animal à des éleveurs installés au Canada.
S'agit-il d'un premier pas vers l'utilisation commerciale du clonage animal ? La FSA, l'Agence de sécurité des aliments du Royaume-Uni, a annoncé lundi l'ouverture d'une enquête. Les règles britanniques en la matière sont strictes et ont été rappelées par une porte-parole : "Depuis 2007, l'interprétation par la FSA de la législation est que la viande et les produits générés à partir de clones et de leur progéniture sont considérés comme des aliments nouveaux et qu'ils ont par conséquent besoin d'une autorisation de mise sur le marché". Autorisation dont, bien entendu, le fameux éleveur anonyme ne dispose pas : "En tant qu'autorité britannique chargée d'accepter les demandes concernant les nouveaux aliments, l'Agence n'a reçu aucune demande liée au clonage et aucune autorisation n'a été octroyée".
"Pas de risque alimentaire"
Reste à savoir si la vente de lait et d'embryons d'un animal cloné sera avérée. Mais sur la base de ce seul témoignage pour l'heure invérifiable, industriels de l'agro-alimentaire et défenseurs des animaux ont entamé une nouvelle polémique ayant pour thème le clonage et ses possibles dérives. Peter Stevenson, de l'organisation caritative Compassion dans l'agriculture mondiale, s'est dit "extrêmement inquiet". La FSA "doit agir rapidement pour identifier ce lait et le retirer du commerce. Le clonage des animaux de ferme peut entraîner beaucoup de souffrances", a-t-il relevé, soulignant que le Parlement européen a interdit la vente de viande et de lait produits par des animaux clonés et leur progéniture.
De son côté, l'organisme représentant l'industrie laitière britannique Dairy UK a affirmé que "le lait et la viande d'un descendant de clone ne présentent pas de risque alimentaire". Et de souligner : "L'autorité européenne de sécurité des aliments a conclu qu'il n'y avait pas de différence en matière de sécurité des aliments entre de la viande et du lait d'animaux nés de clones et les produits issus d'animaux élevés de manière conventionnelle".
Nouvelle offensive des régulateurs pour doper la concurrence dans la téléphonie mobile
Dans un rapport rendu à l'Assemblée nationale sur les conséquences de la loi Châtel dans le mobile deux ans après sa mise en application, l'Autorité de régulation des télécoms estime que la concurrence « reste limitée » dans le mobile. « Les dispositions de la loi n'ont été que partiellement appliquées par les opérateurs », considère le régulateur.
L'heure de l'assaut a, semble-t-il, de nouveau
sonné. Coup sur coup, en fin de semaine dernière, l'Autorité de la concurrence, puis l'Autorité de régulation des télécoms (Arcep), ont critiqué les opérateurs de téléphonie mobile français pour l'absence de fluidité constatée sur le marché.
A un an et demi de l'arrivée de Free Mobile dans un secteur dominé aujourd'hui par Orange, SFR et Bouygues Telecom, c'est du gendarme des télécoms que l'uppercut est parti vendredi. L'Arcep a rendu au Parlement un rapport sur les deux ans de mise en oeuvre de la loi Châtel. Cette « loi pour le développement de la concurrence au service des consommateurs » comportait deux mesures phare : l'obligation pour les opérateurs, tant fixes que mobiles, de proposer une offre avec une période d'engagement de douze mois selon des modalités commerciales qui ne soient pas beaucoup moins favorables aux consommateurs qu'une offre avec un engagement de 24 mois. Ensuite, la loi donnait la possibilité aux abonnés engagés sur 24 mois, de résilier leur contrat à compter de la fin du 12 e mois en payant 25 % du montant restant dû jusqu'au terme de l'abonnement.
Mais, selon le rapport, « les dispositions de la loi n'ont été que partiellement appliquées par les opérateurs et les modalités de leur mise en oeuvre appellent certaines critiques ».
« Jeu concurrentiel limité »
L'Arcep « constate que le jeu concurrentiel reste limité sur le marché de la téléphonie mobile. De plus en plus de consommateurs souscrivent des contrats post-payés avec des durées d'engagement longues et, à chaque moment, une très grande majorité d'entre eux est en cours d'engagement ». En outre, dans le mobile, le régulateur note que la différence de prix entre les offres sur 12 ou 24 mois est « calculée de façon très peu transparente par les opérateurs » et « est souvent particulièrement élevée ». Ainsi, une offre de SFR pour une personne déjà abonnée à cet opérateur mais qui voudrait surfer sur Internet en 3G sur son mobile coûte 11 euros par mois avec un engagement de 12 mois - soit 121 euros sur un an -mais 5 euros par mois seulement avec un engagement sur 24 mois, ce qui correspond à une facture de 120 euros en deux ans… Ensuite, en ce qui concerne les résiliations, si le client met fin à son contrat avant la fin du 12 e mois, SFR et NRJ Mobile facturent « la totalité des montants restant dus jusqu'au 24e mois ». Autre problème notable, à la fin d'un forfait de 24 mois, dont le tarif mensuel est moins élevé qu'un forfait sur 12 mois, Bouygues Telecom met fin à cette réduction. Ce qui a « pour conséquence d'inciter les consommateurs à se réengager dès l'échéance de leur engagement initial, faute de quoi le montant de leur facture augmenterait », souligne l'Arcep. Enfin, la politique des opérateurs, qui consiste à développer des offres avec des engagements de 24 mois « semble résulter de leur volonté accrue de verrouiller » le marché « en prévision des évolutions futures du marché », c'est-à-dire l'arrivée de Free Mobile début 2012.
Au dernier trimestre 2009, 98 % des clients ont opté pour un forfait et seulement 2 % pour une carte prépayée ! Et, alors que 69 % des abonnés optaient pour un forfait sur 24 mois au dernier trimestre de 2007, ce chiffre est passé à 73 % sur les trois derniers mois de l'an passé. Pour l'Arcep, « le marché tend à se rigidifier ». Comment faire pour inverser la tendance ? C'est là où le bât blesse car il est, semble-t-il, difficile d'aller au-delà des simples incantations. L'Autorité de la concurrence préconise de « favoriser l'émergence d'opérateurs mobiles virtuels réellement autonomes » qui puissent installer leurs infrastructures chez Orange, SFR ou Bouygues Telecom.
Quant à l'Arcep, elle suggère d'obliger les opérateurs à « mentionner sur les factures des abonnés le montant des frais dus en cas de résiliation ».
Il y a un an exactement, M me Bachelot faisait adopter au Parlement une grande loi d'organisation du système de santé. La clef de voûte de la réforme reposait sur de nouvelles Agences régionales de santé dotées de puissants moyens de rationalisation de l'offre de soins. Depuis lors, le sentiment domine que plus le temps passe et plus le courage politique initial s'évanouit.
A vrai dire, le coup de mou avait commencé dès l'examen du projet de loi devant le Parlement. Fort du principe martial affirmé par le président de la République selon lequel, pour lutter contre la dispersion des moyens humains et financiers, il ne devait y avoir qu'un seul pilote dans l'avion, le gouvernement avait bâti un projet qui confiait des pouvoirs considérables au directeur de chaque Agence régionale, y compris celui de procéder à des restructurations autoritaires de la carte hospitalière. Sous la pression des élus locaux et des syndicats médicaux, ses compétences avaient été rognées. Or voici qu'au cours des dernières semaines, ce mouvement de détricotage s'est accentué. La ministre de la Santé a d'abord décidé que la disposition de la loi sur la lutte contre les déserts médicaux ne serait tout simplement pas appliquée. Exit, donc la modeste contrainte que la loi instaurait sur les médecins exerçant dans des zones de surdensité, en leur demandant de consacrer un peu de leur temps à une zone voisine en manque de praticiens.
La ministre vient ensuite d'annoncer que le décret prévoyant la fermeture des services chirurgicaux pratiquant moins de 1.500 actes par an était reporté sine die. Cette mesure avait pourtant été présentée comme animée par un souci de sécurité, les petites structures n'ayant pas la pratique suffisante pour faire face à des incidents opératoires. Mais là encore, les pressions locales ont fait reculer le pouvoir. Ce rapport de force entre considérations locales et objectifs nationaux est, certes, une donnée habituelle de la vie démocratique. Mais lorsqu'il conduit à détricoter un pan majeur d'une politique, c'est l'autorité de l'Etat qui est entamée.
Metro relève ses prévisions d'investissements 2010
Metro , le numéro quatre mondial de la grande distribution, a relevé lundi ses prévisions d'investissement en évoquant une amélioration de la confiance dans la reprise économique, alors que la réduction des coûts lui a permis de publier des résultats trimestriels conformes aux attentes malgré des ventes peu dynamiques.
Le groupe allemand a porté son budget d'investissement 2010 à 2,1 milliards d'euros, contre 1,9 milliard jusqu'à présent.
"La tendance à la reprise économique se renforce", a déclaré le président du directoire, Eckhard Cordes, tout en soulignant que "la crise n'est pas encore finie".
"L'augmentation du budget d'investissement est un signe de notre confiance: nous nous concentrons de nouveau davantage sur
la croissance et l'expansion, le temps de la prudence est révolu."
Metro, qui exploite plus de 2.100 magasins dans 34 pays en Europe, en Afrique et en Asie, est engagé dans un vaste programme de réduction des coûts et d'amélioration de la productivité nommé "Shape 2012".
Lancé en janvier 2009, ce plan prévoit la suppression de 15.000 emplois et une augmentation de 1,5 milliard d'euros des profits à l'horizon 2012.
Au deuxième trimestre, le bénéfice avant impôt et charges financières (Ebit) hors exceptionnels a progressé de 6% à 334 millions d'euros, un résultat conforme aux attentes des analystes financiers.
Le chiffre d'affaires trimestriel a progressé de 2,4%, à 15,7 milliards.
Ces derniers chiffres traduisent certes une légère accélération de la croissance des ventes après celle de 2,3% du premier trimestre, mais hors effets de change, le chiffre d'affaires n'a progressé que de 0,2% sur avril-juin contre +1% sur janvier-mars, les marchés d'Europe orientale, en particulier, restant difficiles.
Metro confirme ses prévisions pour l'ensemble de l'année, à savoir une hausse sensible de son Ebit courant, sans plus de précision.
En Bourse, l'action Metro a sous-performé l'indice Stoxx 600 de la distribution d'environ 9% depuis le début de l'année. Elle est valorisée environ 14,1 fois le bénéfice attendu, contre 15,1 fois pour Carrefour et 12,1 fois pour Tesco .
La crise ne serait-elle déjà plus qu'un lointain souvenir ? La publication en rafale des résultats des entreprises du CAC 40 a ainsi été bien plus l'occasion de bonnes que de mauvaises surprises. On craignait que nos sociétés soient encore engluées dans la récession, on découvre que les chiffres d'affaires progressent plus rapidement que prévu et que les bénéfices bondissent dans des proportions surprenantes. Dans les comptes, la reprise est déjà là. Et ce, dans de nombreux secteurs : dans le luxe et l'automobile comme dans la banque, trois secteurs pourtant particulièrement frappés par l'explosion de la bulle financière.
Certes, cette amélioration des performances tient d'abord de l'effet d'optique. Les résultats avaient tellement plongé entre 2008 et 2009 qu'une simple amélioration en 2010 peut donner lieu en pourcentage à un impressionnant rebond. Ainsi, même si elles vont nettement mieux, rares sont encore les entreprises à avoir renoué avec des marges ou des volumes d'affaires équivalant à ceux d'avant l'été 2008. Mais l'amélioration n'en reste pas moins réelle car, au-delà de cet effet de base, l'industrie comme les services, qui ont considérablement réduit leurs coûts pendant la crise, bénéficient d'un redémarrage global qui dope les recettes sans guère peser sur des frais de fonctionnement encore largement sous contrôle.
Beaucoup plus tournés vers l'international que les PME, les géants du CAC 40 profitent également de 2 facteurs spécifiques. Primo, la locomotive que représentent les pays émergents a redémarré plus tôt et plus fortement que notre économie domestique. En Chine ou au Brésil, la consommation et les commandes publiques, qui avaient à peine flanché, sont reparties plus que nettement. Secundo, après avoir pénalisé les Européens, les variations des taux de change jouent en leur faveur. La baisse de l'euro stimule les exportations et gonfle les bénéfices.
S'ils ne redoutent plus le pire, les grands groupes n'attendent cependant pas encore forcément le meilleur. Le pire de la crise est sans doute dernière nous, la perspective d'un « double dip » ou d'une conjoncture en forme de W reste bien sûr envisageable, mais c'est plus la perspective d'une trop longue phase de croissance molle dans les pays développés qu'une rechute brutale que redoutent les patrons. Notre économie n'est peut-être plus malade mais est-elle guérie pour autant ? Les inquiétudes sur le front des finances publiques, sur l'évolution de la fiscalité et de la consommation sont autant d'inconnues qui réduisent d'autant la visibilité de managers qui dans le doute continueront à faire preuve de prudence. Et, malheureusement, tant que ces incertitudes ne seront pas levées, ce sont bien l'emploi et les investissements domestiques qui resteront pénalisés. Le premier acte de la reprise est en train de s'achever. L'acte II n'est pas joué.
“C’était mieux avant”. C’est le genre de remarque qui fait sourire... quand on est jeune. Et puis, les années passent et le passé nous rattrape. Forcément. C’est comme ça qu’on se met parfois à préférer les journaux d’hier à ceux du lendemain. Ces derniers jours, le passé a rattrapé deux fois, au moins, les jeunes des années 80, devenus de vieux trentenaires ou de jeunes quadras. Avec des chansons en guise de madeleines.
Il y a d’abord eu le dossier Plastic Bertrand. Sombre affaire de contrefaçon. Ce n’était pas du plastic, mais du toc. Tout simplement. Ce n’est pas lui qui chantait “Ça plane pour moi”, mais un certain Lou Deprijck. Scandale ? Bof. Difficile de parler de tromperie sur la marchandise, au regard des paroles. Passons. Laissons faire la justice.
Plus important : “Téléphone”. Dans les années 80, “Téléphone” ce n’était pas un portable, mais “LE” groupe de rock français. Un peu nos “Rolling Stones” à nous. L’info ou plutôt la rumeur est que “Téléphone” pourrait se reformer. Presque 25 ans plus tard, Jean-Louis Aubert retrouverait sur scène Bertignac, Kolinka... Corine ? Et cette fois-ci, on a vraiment envie de croire à une tournée en 2012 ou 2013. Pour mémoire, le dernier album écrit par “Téléphone” s’appelait “Un autre monde”. Et au milieu des années 80, ils étaient des milliers de jeunes à reprendre en choeur ce rêve.
25 ans après, les quadras ne sont plus très loin du pouvoir. « Un autre monde ? » Il serait peut-être temps de s’y mettre, non ?
La « double peine » est de retour, si tant est qu’elle ait véritablement disparu, depuis l’annonce, dans les années 2002-2003, par un ministre de l’intérieur nommé Nicolas Sarkozy, qu’il fallait en finir avec les peines complémentaires infligées à un délinquant étranger : la sanction pénale pouvait alors s’accompagner d’une expulsion vers le pays d’origine. Aujourd’hui, il s’agit, pour le même Nicolas Sarkozy, président de la République, en cas de crime particulièrement grave à l’encontre d’un représentant des forces de l’ordre, de retirer au délinquant d’origine étrangère sa nationalité française.
Que le chaos régnant dans certains quartiers nécessite une réponse ferme, chacun le souhaite. Que dans ces cités, socialement défavorisées, vivent un grand nombre de Français d’origine étrangère est une réalité : la délinquance y recrute donc ses auteurs, comme ses victimes d’ailleurs. Que la nationalité française s’accompagne de droits mais aussi de devoirs et du respect des lois de la République, il est urgent de l’enseigner (cette évidence ne concerne pas seulement les gamins de banlieue !). Mais doit-on sans cesse en rajouter dans les propos belliqueux (« la guerre nationale » promise aux voyous), les mesures répressives, et les projets de loi sécuritaires (le député chargé de la sécurité à l’UMP envisage des peines de prison pour les parents de mineurs délinquants) ? Au risque pour le président de contredire le ministre qu’il fut, doit-on rompre le principe d’égalité entre les justiciables, en ajoutant pour certains une sanction à la sanction ? La nationalité française serait ainsi à double vitesse et la nationalité acquise le serait sous condition. Une nationalité avec sursis, en quelque sorte.
S’offusquant des critiques, Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP, a moqué les « bien-pensants ». Les annonces et les lois (peines planchers, mineurs délinquants, etc.) n’ont pas manqué ces dernières années, et pourtant les signaux alarmants en matière d’insécurité continuent de clignoter. Les « bien-pensants » ont des doutes sur les principes d’une telle politique. Et sur son efficacité, pas seulement électorale.
Dominique Quinio
Ancrer la Turquie à l'Ouest. À Washington comme à Ankara, durant plusieurs décennies, l'objectif était une évidence. Les élites turques, héritières de Kemal Atatürk, le réformateur, et éprises de culture européenne, rêvaient de moderniser leur pays sur le modèle occidental. Les militaires américains tenaient eux aussi, et à tout prix, à garder cet allié décisif en Méditerranée durant toute la guerre froide. Pour des raisons culturelles et politiques, la Turquie aurait très bien pu être tentée par le mouvement des non-alignés qui rejetait la logique des blocs. Il n'en fut rien. Son appartenance à l'Otan était, et reste, un élément clef de la stabilité de cette région du monde.
Quelque chose, pourtant, a changé sur les rives du Bosphore. C'est une Turquie très entreprenante qui évolue, depuis quelques années, sur l'échiquier international. Comme une puissance potentielle qui s'affranchirait progressivement d'un alignement trop contraignant. Comme un acteur qui ne regarderait plus seulement vers l'Ouest pour comprendre et décider de son avenir, mais qui mesure avec une acuité soudaine qu'à la table de jeu des pays qui l'entourent, c'est lui qui peut donner les cartes.
Ainsi, longtemps isolée sur la scène arabe, et arrimée à l'axe stratégique États-Unis/Israël, la Turquie a modifié ses relations avec ses voisins. Sur le dossier iranien, fini l'alignement. Au point de négocier en solo, avec le Brésil, une proposition d'accord avec le « bon ami » Ahmadinejad et de ne pas voter les sanctions à l'Onu. Avec les capitales arabes, finie l'absence de dialogue. La présence des islamistes modérés au pouvoir donne des ailes aux diplomates turcs, au point de leur faire tenter une médiation entre Syriens et Israéliens. Avec Israël, fini l'axe indéfectible qui faisait qu'Ankara offrait son espace aérien aux avions de chasse israéliens. Le business de l'armement continue entre les deux pays, mais les neufs victimes turques de la flottille pour Gaza ont instauré une distance nouvelle entre les deux États. Avant même l'incident, la bénédiction donnée par les Turcs à cette flottille en était déjà une preuve.
Les ambitions de la Turquie s'expriment aussi par la place qu'elle prend dans les républiques turcophones d'Asie centrale, dans la stabilisation de l'Irak, par une position stratégique en mer Noire qui en fait un carrefour crucial pour le commerce des hydrocarbures, et par ses richesses en eau vitales pour tout le Proche Orient. La plupart de ces données ne sont pas nouvelles. Ce qui l'est davantage, c'est la volonté du gouvernement turc, sous la férule du Premier ministre, Tayyip Erdogan, et de son ministre des affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, de les jouer différemment. En solo. En fonction, d'abord, des intérêts turcs. Politiques et surtout économiques. Ceux de Washington peuvent attendre.
D'où l'inquiétude américaine. Dopée par une forte croissance, diplomatiquement décomplexée, la Turquie a changé d'attitude, mais pas d'alliés. Nul ne remet en cause le parapluie de l'Otan, et l'adhésion à l'Union européenne reste un objectif explicite de sa diplomatie. La tentation néo-ottomane qu'on lui prête parfois ne correspond donc pas à la réalité. Pas encore. Mais l'Europe, divisée sur l'adhésion, entre l'hostilité de Berlin et de Paris et le soutien (à peu de frais) de Londres, doit sortir de sa posture statique sur ce sujet. En inventant, pourquoi pas, un vrai statut de partenaire (ce dont Moscou aurait aussi besoin d'ailleurs). Sous peine, sinon, de compter les points.
La famille Le Pen vient de passer un excellent week-end politique. A la présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy avait cannibalisé le père, construisant sa conquête du pouvoir sur le siphonnage de ses idées. Et le voilà aujourd'hui qui rend les armes au vieux chef du Front national en validant ses concepts, si longtemps jugés irrespirables, pourtant, par la droite classique. Une reconnaissance inespérée !
Le président de la République et ses amis vont même bien au-delà des utopies du dirigeant de l'extrême droite française. En pratiquant ouvertement l'amalgame entre insécurité et immigration, le chef de l'État a brisé le tabou qui marginalisait Jean-Marie Le Pen depuis vingt-cinq ans. En prévoyant, tout à fait sérieusement, la déchéance de la nationalité française pour les auteurs de crimes et délits d'origine étrangère, il dépasse les rêves les plus fous des frontistes. En laissant Éric Ciotti, homme de main de Christian Estrosi au parlement, envisager de condamner les parents de délinquants mineurs à une condamnation à deux ans ferme pour défaut de suivi, il ose une transgression des principes élémentaires de notre droit que M. Le Pen, fin procédurier, n'avait même pas imaginé...
Nous ne sommes même plus dans la polémique. Même plus dans le débat démocratique avec tout ce qu'il peut comporter, parfois, de calcul et de mauvaise foi. Au cours de ces deux derniers jours, nous avons basculé dans l'outrance et la surenchère. Il n'est plus question de répression, mais d'élection, avec un enjeu : les voix de la droite extrême.
Même si le chef de l'État affirme main sur le cœur qu'il « n'a pas le droit d'y penser », la présidentielle de 2012 a bel et bien commencé.
Sur des bases désolantes. Une espèce de bouillie intellectuelle dans laquelle on n'hésite pas à broyer des valeurs, qui, jusque là, rassemblaient les Français au-delà de leurs choix politiques. L'égalité des citoyens devant la justice, quelle que soit leur origine est remise en question. Une énormité lancée, comme ça, un 31 juillet, avec une incroyable légèreté...
Trop longtemps sous-estimée par la gauche, la sécurité, enjeu majeur, méritait un débat autrement plus adulte. L'ensemble de la classe politique semblait prête à jouer un jeu intelligent. Après huit années de muscle, apparemment inopérantes, orchestrées par M. Sarkozy au ministère de l'Intérieur puis à l'Élysée, la voilà pourtant réduite à des expédients de bazar. Les caricatures vont mécaniquement générer une opposition aussi stérile que primaire et sans doute est-ce le but de la manœuvre... Pendant ce temps, dans les banlieues, les problèmes demeurent et s'aggravent. Désespérant. Sauf pour Marine Le Pen, persuadée, à juste titre, qu'au bout du compte les électeurs « préféreront l'original à la copie », vieil adage paternel...














