Une photo du social-démocrate Peer Steinbrück a été publiée en Une du quotidien allemand, "Süddeutsche Zeitung."
vendredi 13 septembre 2013
Le rival de Merkel choque l'Allemagne
Le rival de la chancelière allemande Angela Merkel, le social-démocrate Peer Steinbrück, a choqué l'Allemagne jeudi soir avec une photo de lui faisant un doigt d'honneur, en Une d'un magazine à dix jours des législatives.
Questionné par le magazine du quotidien de centre gaucheSüddeutsche Zeitung, sur les surnoms dont il avait été affublé après ses diverses gaffes de communication pendant la campagne, cet ancien ministre des Finances de Merkel dans un gouvernement de grande coalition entre 2005 et 2009, a répondu par ce geste inattendu.
Il avait accepté de participer à cette séance photo, dite "interview muette", réalisée une fois par semaine avec des personnalités différentes. Le principe est de répondre à des questions par des gestes immortalisés en noir et blanc par un photographe.
L'image, qui fait la couverture de l'édition de vendredi du SZ Magazin, a été rendue publique jeudi soir et a immédiatement déchaîné la twittosphère.
Le ministre allemand de l'Economie, Philipp Rösler (parti libéral, FDP) a immédiatement attaqué le social-démocrate en marge d'un meeting électoral. "Un tel geste n'est pas possible de la part d'un candidat à la chancellerie", a-t-il dit, cité par l'agence DPA.
"Peer Steinbrück fait un doigt d'honneur à l'Allemagne", s'offusquait le quotidien conservateur Die Welt sur son site internet, ajoutant : "une telle chose ne s'est jamais produite, un candidat à la chancellerie qui fait sans gêne un doigt d'honneur pour répondre à une question lors d'une interview".
Sur twitter, les réactions étaient cependant partagées, avec quelques commentaires positifs, comme celui d'un certain "Opa Hans" : "on lui pose une question énervante où il doit répondre par geste, il fait un doigt d'honneur. So what?".
Gero Neugebauer, politologue de l'Université Libre de Berlin, se disait "peu surpris" par le geste de Peer Steinbrück : "c'est assez typique de sa part". Selon lui, les sympathisants SPD ne devraient pas se détourner de leur parti pour autant : "ce qui compte pour eux, c'est sa compétence, ses idées pour le marché de l'emploi, la justice sociale".
D'après le Süddeutsche Zeitung, le porte-parole de Peer Steinbrück a voulu empêcher la parution de cette photo. Mais le candidat social-démocrate lui-même aurait insisté pour qu'elle ne soit pas bloquée. "Non, c'est bon", aurait-il déclaré, selon le journal.
Dans un twitt publié jeudi soir, Peer Steinbrück a expliqué son geste : "Parler franchement n'a pas toujours besoin de mot. Par exemple quand on est constamment interrogé sur des choses ennuyeuses au lieu d'être interpellé sur les questions vraiment importantes".
Et le président du SPD, Sigmar Gabriel, a déclaré de son côté : "M. Steinbrück a montré ses émotions de façon ironique dans une interview-photo ironique".
Le doigt d'honneur de Peer Steinbrück a désormais son compte twitter "Peers Finger" (le doigt de Peer).
Depuis l'annonce de sa candidature fin septembre 2012, Peer Steinbrück n'a jamais vraiment réussi à inquiéter la chancelière Angela Merkel, largement favorite pour décrocher un troisième mandat après les législatives du 22 septembre. Alors que la conservatrice Merkel a toujours caracolé en tête des sondages de popularité --le distançant de 20 à 30 points--, cet économiste réputé pour son franc parler a accumulé les bourdes.
Il avait notamment été épinglé pour avoir dit qu'il n'achèterait "jamais une bouteille (de vin) à seulement cinq euros" --pas assez bon pour lui--, lors d'une discussion consacrée au montant des allocations familiales. Puis, il avait déclenché une controverse en jugeant "insuffisant" le salaire de chancelier compte tenu des responsabilités.
Après son unique duel télévisé avec Angela Merkel, le 1er septembre, Peer Steinbrück était un peu remonté dans les sondages avec 26% de popularité, contre le double pour sa rivale. Mardi dernier, la chancelière avait fait part de sa sympathie pour Peer Steinbrück, dont elle avait dit "apprécier le sens de l'humour".
Le Point lance un nouveau supplément idées dont ce blog se fera l'écho. Contre les gendarmes de la pensée et le "principe de précaution intellectuel".
La tragédie syrienne a occulté la grande affaire française de l'été. Celle qui a gâché les vacances de la rédaction du Monde diplomatique. Le fauteur de troubles, le sauvageon, est un philosophe anticapitaliste de Montpellier : Jean-Claude Michéa.
Disciple de George Orwell, l'auteur d'Impasse Adam Smith et duComplexe d'Orphée fustige la conversion libérale-libertaire de l'intelligentsia de gauche, qui a lâché les prolos pour les bobos. Récusant l'archaïque clivage gauche-droite, Michéa en appelle à un front de libération populaire. Mais à lutter prioritairement contre l'individualisme et le libéralisme politique et culturel, il est accusé de "donner des points d'appui conservateurs à ses lecteurs". Marine Le Pen, Alain de Benoist et Éric Zemmour ne comptent-ils pas parmi ses thuriféraires ? Et si Michéa était le cheval de Troie d'une nouvelle alliance "rouge-brun" ?
Une nouvelle forme de censure
C'est la thèse de ses détracteurs. Face à ce dangereux brouillage des lignes, l'un d'eux en appelle rien de moins qu'à un "principe de précaution intellectuel". Vous avez bien lu. Une pensée soulève des questions, présente des risques de récupération ? Appliquons-lui le même traitement qu'aux OGM et au gaz de schiste : interdisons toute recherche sur elle. Sous prétexte de protéger, ici des lecteurs influençables, on instaure une nouvelle forme de censure. Au Point, nous pensons au contraire que l'époque réclame plus d'ouverture et de contradictions pour comprendre la crise que nous traversons. Nous sommes gourmands des idées d'où qu'elles viennent, des débats qui dessoudent le conformisme ambiant.
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| Pour avoir dénoncé la dérive libérale-libertaire de la gauche, Jean-Claude Michéa a été cloué au pilori. |
C'est pour cette raison que nous lançons Le Postillon, un supplément idées d'une dizaine de pages qui prend place à la fin de notre journal. Vous y lirez les extraits des essais qui vont compter, des entretiens avec des philosophes qui nous empêchent de penser en rond, et des dossiers sur les questions cruciales de notre temps. Ce blog prolongera la réflexion par des conseils de lecture et des liens vers des sites intéressants. Vous pourrez nous faire part de votre propre analyse des thèmes traités. Je me permettrai également d'y intervenir à titre personnel sur d'autres sujets.
Contrairement aux nouveaux gendarmes de l'intelligentsia, nous n'exigeons pas de nos invités qu'ils présentent leurs justificatifs de bien-pensance. Nous ne nous coucherons pas devant les Fouquier-Tinville qui vitrifient l'intelligence et ne voient dans notre monde que la promesse de la guillotine. AuPostillon, on ne s'indignera pas. On résistera contre tous les big brothers.
On achève bien les petits patrons !
Ils sont les forces vives de l'économie et pourtant le pouvoir les ignore et leur met souvent des bâtons dans les roues. Ils se révoltent dans "Le Point".
Ils créent de l'emploi. Et même énormément d'emplois : ils font travailler plus de quatre salariés du privé sur cinq. Et pourtant, ils se sentent harcelés, mal aimés, incompris. Dans Le Point, en kiosque ce jeudi, des patrons de micro-entreprise, de PME, des artisans ou des professions libérales racontent leurs angoisses quotidiennes, leur solitude ou leurs colères. Comment ils se sentent démunis face à des réglementations indigestes, filandreuses et en perpétuel mouvement - le Code de l'environnement a grossi en moyenne de 3 pages par semaine depuis 2006 ! -, pensées pour de grands groupes avec de gros services administratifs, mais surtout pas pour les petites structures.
Comment, face à la complexité de la paperasserie, certains sont obligés de sous-traiter des tâches a priori simples, comme le traitement des fiches de paye. Comment la quête de certaines aides d'État, comme le crédit impôt recherche (CIR) ou le crédit d'impôt compétitivité-emploi (CICE), peut se transformer en long chemin de croix, au point d'en rebuter certains. Comment l'existence de "seuils sociaux" en amène certains à freiner volontairement la croissance de leur entreprise : il existe ainsi 2,4 fois plus d'entreprises avec 49 salariés qu'avec 50... Comment aussi les banques ne jouent pas le jeu ou comment les grands groupes - leurs clients - ne les règlent souvent qu'avec grand retard.
jeudi 12 septembre 2013
Palmarès des cumulards: la réponse habile, mais incomplète, de Michel Delebarre avec l'express
Champion national du cumul des mandats et fonctions selon le palmarès de l'Express, le sénateur maire PS de Dunkerque Michel Delebarre a dû se résoudre à sortir de son silence. Un message qu'il n'est pas inutile de décrypter.
On dira ce que l'on voudra, mais cet homme est décidément un malin. Ayant réalisé "l'exploit" de terminer champion de France descumulards - à partir d'un classement portant sur les 1573 plus grands élus du pays - Michel Delebarre a dû se résoudre à sortir de son silence. Lui qui avait refusé de recevoir L'Express s'est finalement résolu à communiquer. Reconnaissons-le: Il l'a fait avec un talent certain. Et une mauvaise foi totale. Décryptage.

simplet et grincheux
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Premièrement, notons-le, Michel Delebarre ne conteste à aucun moment les résultats de l'enquête de L'Express le concernant. C'est plus sage: toutes les informations ont été établies et recoupées. Aussi préfère-t-il se placer sur un autre terrain.
"Le cumul, utile au Dunkerquois": le titre de son message posté sur son blog dit tout. C'est en flattant la fibre locale que le patron de la cité de Jean Bart a choisi de se défendre. Car Delebarre le sait mieux que quiconque: les Français, en la matière, sont schizophrènes. S'ils condamnent le cumul en général, ils y sont favorables quand il s'agit de leur maire, persuadés qu'il sera ainsi plus influent. Il en est des Dunkerquois comme des autres. Dès lors, Delebarre joue sur du velours et présente son goût névrotique pour le pouvoir comme une forme de sacrifice au profit de ses administrés. "Je cumule, oui, mais je le fais pour vous." Chapeau l'artiste!
Or, les problèmes sont ailleurs. Citons en deux. Le premier, c'est que Delebarre siège aussi au Sénat -ce qu'il évite opportunément de rappeler- et qu'il n'y fait pas correctement son travail (il en était de même quand il était député). Or, petit rappel: il perçoit en tant que parlementaire une indemnité mensuelle de 5514,68 euros...
Le second problème est celui de l'inégalité des territoires.Delebarre profite de ses multiples fonctions pour avantagerDunkerque. Il le revendique sans fard sur son blog, d'ailleurs, en évoquant son dernier poste: la présidence de l'Agence nationale de la rénovation urbaine (ANRU). Pourquoi, lui qui croule sous les responsabilités, l'a-t-il acceptée? "L'idée que cette fonction pouvait être utile au Dunkerquois et à nombre de territoires que je connais, ne m'est pas apparue saugrenue", écrit-il. Là encore, tout est dit: il compte utiliser cette agence publique pour avantager sa ville et "les territoires [qu'il] connaî[t]". Mais les autres? Ces quartiers en difficulté qui, pour ajouter à leur malheur, n'ont pas la chance d'être "connus" par Michel Delebarre? Tant pis pour eux!
Delebarre s'en moque. Le système électoral est ainsi fait que les habitants des quartiers nord de Marseille, de Vénissieux ou de Clichy-Montfermeil, s'il sont oubliés par l'ANRU, n'auront jamais les moyens de le sanctionner dans les urnes. En revanche, dans sa bonne ville de Dunkerque, les bénéficiaires de ces crédits publics, eux, se sentiront redevables envers leur "bienfaiteur". Et Delebarre aura toutes les chances d'être réélu...
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Du "Hollande bashing" …et de ses raisons (les miennes)
Du "Hollande bashing" …et de ses raisons (les miennes)
Il m’est parfois fait reproche (notamment sur Twitter) d’une trop virulente acrimonie envers l’actuel président de la République. Je me livre en effet volontiers à ce qu’on est convenu d’appeler, dans le parler globish en vigueur, au “Hollande bashing”, que je pratique, c’est vrai, sans modération.
Sans modération, et sans suffisamment argumenter les raisons d’une détestation qui est allée croissante depuis les premiers renoncements, reculs et trahisons de toute nature qui ont marqué et continuent d’émailler les bientôt quinze premiers mois de ce quinquennat calamiteux.
D’où cette tentative d’éclaircissement d’une position jugée excessive à la Cour (ce dont je n’ai cure), mais aussi par quelques braves gens, miens lecteurs, pour qui j’ai respect et considération.
Disons tout de suite que je n’ai pas l’ombre d’un différent personnel avec le citoyen François Hollande, que je connais un peu [1], que j’ai longtemps trouvé plutôt sympathique, et pour qui j’ai voté au second tour de la présidentielle.
Il fut élu, sans trop de marge, mais remplissant ainsi le contrat implicite que bien des citoyens comme moi lui assignaient : sortir le sortant, de triste mémoire. Dont acte.
Pour le reste, j’étais de ceux qui ne nourrissaient aucune illusion : ceux que, depuis de longs mois, et bien avant Mélenchon, je n’appelais déjà plus que « solfériniens », avaient déjà largement démontré qu’ils n’avaient plus grand chose de « socialistes » , si toutefois les mots ont un sens. Et Hollande était leur chef, leur tête d’affiche — certes souvent brocardé et contesté à l’intérieur même d’un parti qui n’est plus, depuis longtemps, qu’une « fédération de bourgs pourris » [2] : qu’on se souvienne de “Flanby”, de “Fraise des bois”, de “Monsieur petites blagues”, et autres amabilités de camarades et néanmoins rivaux.
Mais la politique étant ce qu’elle est (et l’état de la démocratie ce que nous savons), la seule chose qui compte pour ceux qui en font profession est de parvenir à s’installer au pouvoir et d’y rester le plus longtemps possible ; et bénit soit celui, aussi détesté soit-il, qui aura su mener le troupeau aux gras pâturages des champs élyséens.
Il a su.
Telle est sa puissance et sa gloire. Et si nul ne peut contester la validité de sa victoire (celle d’une pratique électorale largement dépourvue de sens, si !), il est permis de juger qu’elle débouche sur une pratique du pouvoir au moins aussi détestable que celle de son prédécesseur.
Dès les premières semaines, on comprit que quelque chose ne tournait pas rond.
Le nouveau Président nous la jouait bonhomme : « Je suis un Français comme vous, faut pas croire. Je vais le matin au bureau et rentre chez moi le soir, et c’est pas parce que le bureau s’appelle Elysée que je vais me la péter ! Quand j’aurai à faire au-dehors, finis ces déplacements dispendieux — avion, hélico, rues bloquées, cortège de motards, tout ça : l’apparat du pouvoir, qui ne sied point en ces temps difficiles. Comme tout le monde, nous prendrons le train ; et sans oublier de composter, hein ! »
Sympathiques mômeries qui durèrent le temps d’un froncement de sourcils des services de sécurité et qu’on s’avise que faire simple était tous comptes faits plus compliqué qu’on avait cru et au moins aussi cher. On revint en douceur à la norme, premier renoncement symbolique qui en annonçait d’autres : rien de bien grave au demeurant.
Plus ennuyeuse fut l’affaire du "tweet" de la concubine, que bien des Français, au vu de ses comportements publics, avaient jugée d’emblée prétentieuse et envahissante ; et qui se révélait en outre, par ce message électronique de soutien au rival de sa … rivale (oui, la situation était un peu compliquée), à la fois mesquine, jalouse et d’une maladresse insigne.
Le Président était furieux, sa famille en pétard et toute la France esbaudie de voir s’étaler ainsi des querelles intestines qui auraient dû rester privées.
Mais là non plus, rien d’irréparable pourvu qu’on gouvernât bien. Or il apparut vite qu’on gouvernait mal : dans un pays rongé par le chômage, inquiet pour son avenir et de plus en plus réceptif au discours d’une extrême droite en cours de rénovation (et pourquoi on n’essayerait pas la Marine, hein ?), c’est l’indolence qui semblait camper au sommet de l’Etat.
Pire : l’absence. Tels les Bidochon, François et Valérie partirent en vacances, le pouvoir parut en vacance. Première chute de popularité pour un Président fraîchement élu, dès lors engagé sur un toboggan sans fin.
Disons tout de suite que je n’ai pas l’ombre d’un différent personnel avec le citoyen François Hollande, que je connais un peu [1], que j’ai longtemps trouvé plutôt sympathique, et pour qui j’ai voté au second tour de la présidentielle.
Il fut élu, sans trop de marge, mais remplissant ainsi le contrat implicite que bien des citoyens comme moi lui assignaient : sortir le sortant, de triste mémoire. Dont acte.
Pour le reste, j’étais de ceux qui ne nourrissaient aucune illusion : ceux que, depuis de longs mois, et bien avant Mélenchon, je n’appelais déjà plus que « solfériniens », avaient déjà largement démontré qu’ils n’avaient plus grand chose de « socialistes » , si toutefois les mots ont un sens. Et Hollande était leur chef, leur tête d’affiche — certes souvent brocardé et contesté à l’intérieur même d’un parti qui n’est plus, depuis longtemps, qu’une « fédération de bourgs pourris » [2] : qu’on se souvienne de “Flanby”, de “Fraise des bois”, de “Monsieur petites blagues”, et autres amabilités de camarades et néanmoins rivaux.
Mais la politique étant ce qu’elle est (et l’état de la démocratie ce que nous savons), la seule chose qui compte pour ceux qui en font profession est de parvenir à s’installer au pouvoir et d’y rester le plus longtemps possible ; et bénit soit celui, aussi détesté soit-il, qui aura su mener le troupeau aux gras pâturages des champs élyséens.
Il a su.
Telle est sa puissance et sa gloire. Et si nul ne peut contester la validité de sa victoire (celle d’une pratique électorale largement dépourvue de sens, si !), il est permis de juger qu’elle débouche sur une pratique du pouvoir au moins aussi détestable que celle de son prédécesseur.
Dès les premières semaines, on comprit que quelque chose ne tournait pas rond.
Le nouveau Président nous la jouait bonhomme : « Je suis un Français comme vous, faut pas croire. Je vais le matin au bureau et rentre chez moi le soir, et c’est pas parce que le bureau s’appelle Elysée que je vais me la péter ! Quand j’aurai à faire au-dehors, finis ces déplacements dispendieux — avion, hélico, rues bloquées, cortège de motards, tout ça : l’apparat du pouvoir, qui ne sied point en ces temps difficiles. Comme tout le monde, nous prendrons le train ; et sans oublier de composter, hein ! »
Sympathiques mômeries qui durèrent le temps d’un froncement de sourcils des services de sécurité et qu’on s’avise que faire simple était tous comptes faits plus compliqué qu’on avait cru et au moins aussi cher. On revint en douceur à la norme, premier renoncement symbolique qui en annonçait d’autres : rien de bien grave au demeurant.
Plus ennuyeuse fut l’affaire du "tweet" de la concubine, que bien des Français, au vu de ses comportements publics, avaient jugée d’emblée prétentieuse et envahissante ; et qui se révélait en outre, par ce message électronique de soutien au rival de sa … rivale (oui, la situation était un peu compliquée), à la fois mesquine, jalouse et d’une maladresse insigne.
Le Président était furieux, sa famille en pétard et toute la France esbaudie de voir s’étaler ainsi des querelles intestines qui auraient dû rester privées.
Mais là non plus, rien d’irréparable pourvu qu’on gouvernât bien. Or il apparut vite qu’on gouvernait mal : dans un pays rongé par le chômage, inquiet pour son avenir et de plus en plus réceptif au discours d’une extrême droite en cours de rénovation (et pourquoi on n’essayerait pas la Marine, hein ?), c’est l’indolence qui semblait camper au sommet de l’Etat.
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| normal, quoi. |
Il y avait bien un Premier ministre, mais il avait le charisme d’une huître ; et le gouvernement était d’emblée en proie à des rivalités, notamment dans cette pétaudière de Bercy, où était censé se jouer le « redressement productif » d’une économie française en capilotade : des deux principaux co-locataires, l’un la jouait doucereux, était perçu faux-cul ; l’autre ne ménageait pas sa peine, s’ébouriffait les plumes et jetait au ciel plus de cocoricos qu’il n’en fallait pour réveiller le pays. Mais ses efforts s’étouffaient l’un après l’autre dans la dure réalité des annonces incessantes et successives de nouveaux “plans sociaux” (ce qui, en novlangue, signifie licenciements).
Il y en avait bien un troisième, qui semblait brillant, compétent et promis à un bel avenir. On l’avait mis au budget, poste clé. On ne savait pas encore dans quelle mélasse le sien propre (de budget) allait foutre sa carrière en l’air et précipiter la chute de l’empire hollandais … (A suivre).
Il y en avait bien un troisième, qui semblait brillant, compétent et promis à un bel avenir. On l’avait mis au budget, poste clé. On ne savait pas encore dans quelle mélasse le sien propre (de budget) allait foutre sa carrière en l’air et précipiter la chute de l’empire hollandais … (A suivre).
Austérité : la machine à broyer
Dans un rapport glaçant, l’ONG Oxfam alerte sur les répercussions désastreuses des politiques d’austérité en Europe : pauvreté, chômage…et creusement de la dette.
« Si les mesures d’austérité se poursuivent en Europe, 15 à 25 millions de personnes supplémentaires pourraient se retrouver en situation de pauvreté d’ici 2025. » C’est par cet avertissement, sibyllin mais limpide, que s’ouvre le rapport d’Oxfam. Intitulé « Le piège de l’austérité »,le texte que l’ONG publie aujourd’hui sur son site, devrait faire date tant il fait froid dans le dos. Cette austérité, inoculée par la Troïka (FMI, BCE, Commission européenne), n’est autre qu’un « médicament qui cherche à guérir la maladie en tuant le patient », estime l’ONG, qui exhorte les gouvernements européens à « s’éloigner » d’urgence de ces mesures d’austérité.
Sur combien de générations les politiques d’austérité mises en place en Europe auront-elles des répercussions ? « Au mieux, les pays les plus touchés par l’austérité deviendront les plus sujets aux inégalités du monde occidental. Au pire, ils se classeront parmi les plus inégaux du monde entier. » Sombre prophétie d’un monde où « les travailleurs lutteront de plus en plus pour trouver un emploi suffisamment rémunérateur, ou dont le temps de travail est suffisant, pour se hisser au-dessus du seuil de pauvreté ».
Se réveiller maintenant ou continuer le cauchemar… Oxfam avance ses solutions. Donner la priorité à un programme de relance, renforcer des politiques d’emploi « proactives », investir dans les services publics et dans la lutte contre la fraude fiscale, créer une taxe sur les transactions financières, mais aussi, renforcer la démocratie institutionnelle, avec la mise en place d’une « budgétisation participative ». Des pistes connues de tous, mais superbement ignorées. Dont Madame Merkel serait bien inspirée de se rappeler…
Une pauvreté qui explose…comme la dette !
Car les coûts sociaux du remboursement de la dette sont lourds. Très lourds. En une quarantaine de pages, glaçantes, Oxfam compte les victimes. La réduction des dépenses publiques (de 40 % en quatre ans en Irlande, et d’environ 12 % en Espagne et Grande-Bretagne) a supprimé des millions d’emplois et fait fondre les services publics, « rendant la pauvreté bien plus compliquée à surmonter ». Tandis que le chômage longue durée atteint des valeurs record depuis 2000, celui des jeunes continue de flamber (56 % en Espagne, 59 % en Grèce, 42 % au Portugal). Mais les Etats, Grèce et Italie en tête, continuent « à affaiblir la sécurité du travail en promulguant des politiques qui suppriment les protections contre les licenciements injustifiés ». Les travailleurs pauvres se multiplient et les salaires réels chutent, notamment « dans les pays ayant opté pour une réduction agressive des dépenses » : dégringolade de 10 % en Grèce, de 3,2 % au Royaume-Uni et au Portugal. De l’autre côté, la hausse de la TVA, mesure essentielle des plans d’austérité, conduit à une « imposition régressive qui affecte de manière disproportionnée les personnes à revenus plus modiques ». Pendant ce temps, « les plus riches ont vu leur part de revenus totaux augmenter », poursuit l’ONG, qui pointe le creusement des inégalités qui, non contentes de faire augmenter la criminalité, l’échec scolaire, etc., « augmente le risque de crises économiques majeures ». Pis, après trois ans de mise en œuvre,« l’austérité ne respecte même pas ses propres engagements […]. La majorité des pays de l’UE ont vu leur rapport endettement / PIB augmenter ces quatre dernières années ».Cauchemar
De là à imaginer une Europe, demain, aussi exsangue que l’Afrique ? Oxfam n’est pas loin de le penser : « L’expérience européenne est étonnamment similaire aux politiques d’ajustement structurels imposées à l’Amérique latine, à l’Asie du Sud-Est, et à l’Afrique subsaharienne dans les années 1980 et 1990. » Des pays eux aussi « aidés » par le FMI et la Banque Mondiale. Et qui ont mis des années (25 ans en Amérique Latine, plus de 10 ans en Asie du Sud-Est) pour – à peu près ! – s’en remettre.Sur combien de générations les politiques d’austérité mises en place en Europe auront-elles des répercussions ? « Au mieux, les pays les plus touchés par l’austérité deviendront les plus sujets aux inégalités du monde occidental. Au pire, ils se classeront parmi les plus inégaux du monde entier. » Sombre prophétie d’un monde où « les travailleurs lutteront de plus en plus pour trouver un emploi suffisamment rémunérateur, ou dont le temps de travail est suffisant, pour se hisser au-dessus du seuil de pauvreté ».
Se réveiller maintenant ou continuer le cauchemar… Oxfam avance ses solutions. Donner la priorité à un programme de relance, renforcer des politiques d’emploi « proactives », investir dans les services publics et dans la lutte contre la fraude fiscale, créer une taxe sur les transactions financières, mais aussi, renforcer la démocratie institutionnelle, avec la mise en place d’une « budgétisation participative ». Des pistes connues de tous, mais superbement ignorées. Dont Madame Merkel serait bien inspirée de se rappeler…
mercredi 11 septembre 2013
Hollande, pire président depuis… Giscard d'Estaing en termes d'emploi
Avec 139.100 destructions d'emplois au compteur au bout de sa première année de mandat, l'actuel président de la République affiche le plus mauvais démarrage de l'histoire d'un chef de l'État français depuis 1975.
Certes, François Hollande a hérité - en accédant à la présidence de la République - de la gestion des suites de la plus grave crise de l'histoire contemporaine. Il n'empêche, les statistiques sont cruelles… Hormis Valéry Giscard d'Estaing en 1975 - qui subissait, lui, les conséquences du premier choc pétrolier -, aucun chef de l'État affiche en termes d'emploi un bilan plus catastrophique au bout d'un an de mandat que l'actuel président. Sur les quatre derniers trimestres - soit les quatre depuis son élection -, l'emploi salarié a en effet reculé de 139.100 (selon les données publiées par l'Insee), contre + 69.000 sous Nicolas Sarkozy au bout d'un an de mandat, -53.200 sous Jacques Chirac (deuxième élection, en 2002), +60.800 sous Jacques Chirac (première élection, en 1995), +356.800 sous François Mitterrand (deuxième élection, en 1988) et + 62.100 sous François Mitterrand (première élection, en 1981). Seul VGE avait «fait» pire avec 183.200 destructions d'emplois au compteur à la fin de sa première année de présidence.
Un mauvais départ ne signifie pas forcément une mauvaise… arrivée. Et heureusement! Deux exemples le démontrent. Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac (deuxième élection) ont ainsi réussi à redresser la barre et terminé leur mandat dans le vert: + 146.900 au bout de sept ans en 1981 pour VGE, et + 407.900 au bout de cinq ans en 2007 pour Jacques Chirac. Mais parfois, ce fut l'inverse. Ainsi Nicolas Sarkozy qui affichait en 2007 le deuxième meilleur démarrage de l'histoire a bouclé son quinquennat avec le pire des résultats (-227.400 emplois) et détient donc, à ce jour, la palme du plus mauvais président, en termes d'emploi, de l'histoire récente de la Vème République (les statistiques pour Georges Pompidou et Charles de Gaulle ne sont pas disponibles).
Destructions multipliées par 7,4 sur trois mois
Reste le champion toute catégorie, un peu malgré lui, de la création d'emplois: Jacques Chirac, qui était dans le vert en 1996 à la fin de sa première année, a également explosé les compteurs six ans plus tard avec un impressionnant + 2.045.200 emplois sur ses sept ans de mandat. Un crédit porté à l'ex-président de la République mais que l'on doit surtout attribuer à Lionel Jospin (premier ministre entre 1997 et 2002) et au retour de la croissance qui dépassa, en 2000, les 3 %.
François Hollande, qui a fait de l'emploi et de la lutte contre le chômage la priorité des priorités de sa deuxième année de mandat, peut donc garder tout espoir d'inverser la tendance dans les quatre années qui viennent. Mais il part de loin: en un an, les destructions d'emploi représentent 61 % du total des destructions enregistrées sous l'ensemble du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Pis, elles ont été multipliées par 7,4 entre le premier et le deuxième trimestre 2013. Pas vraiment de quoi être optimiste à court terme et surtout inverser la courbe du chômage avant la fin de l'année. Mais ceci est une autre histoire et surtout d'autres statistiques…
Francfort, vitrine en trompe-l’œil
Organisé en alternance avec le Mondial de l’automobile de Paris, le Salon de Francfort, qui ouvrira ses portes au grand public samedi prochain, s’annonce, cette année encore, comme le rendez-vous de tous les superlatifs.
Alors qu’ils parviennent, globalement, à surnager dans un marché européen sinistré et qu’ils sont bien mieux implantés dans les zones à forte croissance, les constructeurs allemands entendent y faire étalage de leur toute-puissance. D’autant plus que cette édition 2013 intervient dans la dernière ligne droite des élections législatives en Allemagne, qui auront lieu le 22 septembre, le jour de la fermeture du salon. Pas étonnant, dans ces circonstances, que les grands ténors politiques d’outre-Rhin soient tous annoncés dans les allées d’un salon dont tout le monde espère qu’il sera celui de « la reprise ».
Avec un marché européen qui s’affichera autour de -5 % à la fin de l’année et le vague espoir d’un rebond de 3 % l’an prochain, l’heure n’est cependant pas à l’euphorie. Mais l’avenir se prépare dès aujourd’hui, et c’est pourquoi ce salon est important pour tous les constructeurs de taille mondiale. Y être est une nécessité pour la seule raison que ne pas y être est une faute.
Le rendez-vous de Francfort, comme Paris mais aussi Genève, est d’abord une vitrine. L’occasion de mettre en scène la présentation de nouveaux modèles qui ont tous fait l’objet de fuites plus ou moins bien orchestrées dans les semaines précédentes. Les constructeurs y font bien quelques affaires, vendant des véhicules à des prix attractifs mais ça ne pèse rien en termes de volumes. Surtout, les centaines de milliers de visiteurs qui s’y pressent sont des amoureux de la voiture, des gens convaincus, acquis à la cause automobile.
Ce n’est pas à ce public que s’adressent les constructeurs présents à Francfort. La vitrine est en trompe-l’œil. Depuis Paris, Genève ou Francfort, les constructeurs appliquent à l’automobile ce que les maisons de haute-couture font depuis des décennies au cours de la « Fashion week » de Paris, Londres ou Milan. Ce sont les rêves de conquête des marchés asiatique, russe et sud-américain, nouveaux eldorados de l’industrie automobile, qui prennent corps cette semaine depuis Francfort.
Le président américain qui ne comprend rien, ou qui ne veut rien comprendre, au Moyen-Orient
« La question que pose le conflit en Syrie n’est pas celle de l’utilisation d’armes chimiques, mais bien celle du meurtre de civils, étant bien entendu que le droit d’ingérence suppose que les faits soient établis de manière irréfutable. Comme il semble que cette guerre ait causé à ce jour plus de cent mille morts par des moyens conventionnels, on ne voit pas au nom en quoi Obama a estimé devoir attendre que quelques victimes supplémentaires soient exterminées par des moyens chimiques. Les morts conventionnels seraient-ils moins morts que les morts chimiques?
En réalité il s’avère qu’Obama n’a jamais eu l’intention d’attaquer la Syrie autrement qu’au moyen de paroles creuses. Et si maintenant les syriens décidaient de détruire leurs stocks d’armes chimiques sous contrôle international, cela changerait quoi ? Recevraient-ils une reconduction du permis de tuer tel qu’il existe actuellement ? La question de fond, qui est celle de la liquidation de populations civiles serait-elle résolue, même partiellement ? Les millions de réfugiés qui ont fui les combats reprendraient-ils confiance et rentreraient-ils chez eux ? La vérité est que les seuls pays qui ont un rôle positif dans cette affaire sont certains voisins de la Syrie, dont Israël, qui apportent quotidiennement et en silence une aide humanitaire aux victimes ». (…)
« Il est probable que les iraniens tirent par rapport à leurs ambitions nucléaires des enseignements de la confusion d’Obama. Ce qui est sûr, c’est que ses rodomontades n’impressionnent plus personne malgré la formidable puissance des Etats-Unis. Dans le passé il est également arrivé à Israël de considérer qu’il y avait en matière d’armements de destruction massive des lignes rouges que ses ennemis n’avaient pas intérêt à franchir. La différence c’est que les Israéliens n’ont jamais jugé utile de le claironner haut et fort, mais le moment venu ils ont su agir avec discernement, de manière responsable et efficace. Il est probable que cette politique vient d’être renforcée en Israël grâce à un Président américain qui ne comprend rien – ou qui ne veut rien comprendre – au Moyen-Orient. »
Toute puissante communication
Mardi, à la veille de l’ouverture du salon automobile de Francfort, PSA Peugeot Citroën dévoilera, parmi une flopée de concept cars et voitures de technologie futuriste, telle la 2008 Hybrid’Air, la nouvelle Peugeot 308, fabriquée à Sochaux, ou encore le nouveau grand C4 Picasso. Deux véhicules grand public qui ont été salués par la presse, tant en France qu’à l’international. Ce qui ne garantit pas un succès commercial mais permet de démarrer sur de bonnes bases.
Il est cependant une question légitime que l’on peut se poser, s’agissant d’un constructeur qui a engagé un plan de réduction d’effectifs supérieur à 11 000 emplois en France en trois ans : est-il raisonnable, pour un nouveau véhicule, même de l’importance de la 308, d’organiser des essais presse internationaux rassemblant quelque 800 journalistes en Alsace et dans le Nord Franche-Comté ? Tout comme devant son poste de télévision ou au cinéma, on peut s’interroger sur la pertinence d’un spot publicitaire qui a coûté plusieurs dizaines, voire des centaines, de milliers d’euros, pour un résultat aléatoire. Surtout que le message tient plus de l’émotionnel que du rationnel. Cela correspond au slogan de Peugeot, « Motion & Emotion », mais révèle finalement peu d’éléments sur la voiture.
La réponse à ces questions légitimes est toujours positive. Concernant les essais presse, leur coût est une goutte d’eau dans le budget communication d’un constructeur mondial, y compris quand il s’agit de faire venir des journalistes du monde entier pour une journée entre Sochaux et Ribeauvillé. Surtout, les retombées sont sans commune mesure puisqu’on touche là au concret. La presse a apprécié ? « Tant mieux », réagissent les constructeurs qui, à l’inverse, lorsque le véhicule est descendu en flèche, sont tout aussi impuissants. Tout au plus vont-ils accroître la campagne de pub, bien plus coûteuse que ces essais.
Quant aux messages publicitaires, qui peuvent parfois paraître en décalage avec l’objet, à savoir une voiture, toutes les études montrent que l’acte d’achat relève de l’émotion, du plaisir, et pas des performances. Surtout à notre époque où les véhicules se ressemblent peu ou prou et où l’automobiliste apparaît avant tout comme un pollueur ou un danger public.
Ainsi donc, communiquer reste vital pour tout constructeur et donc pour PSA, y compris quand il décide une sévère réduction de coûts et un dégraissage des effectifs. Car s’il est indispensable de faire des véhicules au design novateur et à la qualité irréprochable, le vendre compte plus que tout. Et dans notre société de la communication permanente, l’image est une bataille de tous les instants.
Exclusif. Christiane Taubira a tenté de faire annuler la condamnation de son fils
FAVORITISME. Douze ans avant de proposer, en tant que garde des Sceaux, des peines de substitution pour les personnes condamnées à moins de cinq ans de prison, Christiane Taubira — qui vient réaliser la pire audience de l’émission Des paroles et des actes, sur France 2, le 5 septembre —, alors députée de Guyane, avait tenté de faire annuler purement et simplement la condamnation par le tribunal de Bourges (avec dispense de peine) d’un de ses fils pour complicité de vol.
Dans un document en date du 5 février 2001 que Valeurs actuelles a pu consulter, elle demande de faire procéder à une « annulation » (sic) de ladite condamnation. Motif : « À chaque fois qu’il subit un contrôle d’identité, la consultation du fichier provoque sa conduite au commissariat. » Comme en avril 1999, où un épisode analogue avait, dit-elle, conduit des passants à venir témoigner en sa faveur. On ignore si Mme Taubira avait obtenu satisfaction de Marylise Lebranchu, alors ministre de la Justice et actuellement ministre de la Réforme de l'État, de la Décentralisation et de la Fonction publique...
mardi 10 septembre 2013
Apprendre à user du chéquier
Apprendre à user du chéquier
Si vous vous demandez quels sont les secteurs économiques porteurs en France, cochez, sans hésiter, la case « soutien scolaire ». Et pour le coup, cela ne vous coûtera rien, pas même le tarif horaire moyen (36,50 €) du soutien à domicile ou dans les organismes privés. Plus sérieusement, l’explosion de cette activité du soutien scolaire, qui générerait un chiffre d’affaires annuel de 2,5 milliards d’euros dans notre pays, démontre à la fois la faillite du système éducatif et le fossé qui, toujours, se creuse un peu plus, dès qu’il est question d’éducation, au sein de la société française. Des belles paroles de Jack Lang aux promesses de Nicolas Sarkozy, aucun gouvernement, de gauche comme de droite – laquelle n’a jamais hésité à envoyer sur ce front des ministres centristes qui n’ont pas fait mieux – personne n’a réussi le défi de « l’école de la réussite pour tous ». Le trio Hollande-Ayrault-Peillon ne fera pas mieux. Malgré sa tentative, pour une fois concrète, d’aller plus loin qu’un simple rafistolage avec la loi sur la Refondation de l’école. Subsistent cependant trop les réalités des années 80 plaçant les séries générales au sommet de la pyramide, puis les filières technologiques et, quand on ne sait plus quoi faire de l’élève, la voie professionnelle. Une hiérarchie qui s’est imposée tant parmi le corps enseignant que dans les familles. C’est ce système qui aboutit au fait qu’un collégien sur cinq et un lycéen sur trois ont, selon un sondage TNS Sofres, recours au soutien scolaire. Les enseignants sont mal payés et peu considérés ? Alors qu’eux-mêmes peinent à transmettre leur foi en l’Éducation nationale, il ne faut pas s’étonner que les Marchands du Temple aient trouvé une porte d’entrée. Loin de la solidarité entre voisins qui prévalait il y a plusieurs décennies – et pouvait rapporter quelques pièces – le soutien scolaire est aujourd’hui une activité organisée. Méritant même le statut d’auto-entrepreneur, qui « est un gage de sérieux (du marketing) pour inciter les prospects à vous contacter », précise un site spécialisé. Le sujet est tabou, mais deux réalités s’imposent : tandis que les familles qui en ont les moyens ont, souvent à tort, l’impression de pallier, moyennant un beau chèque, aux manquements de l’Éducation nationale, certains enseignants trouvent aussi dans le soutien scolaire une source, pas toujours déclarée, de revenus complémentaires.
Rentrée sociale : en ordre dispersé
Rentrée sociale : en ordre dispersé
À chaque semaine, sa rentrée. Après la rentrée politique fin août, la rentrée scolaire la semaine dernière, c’est donc, aujourd’hui, jour de rentrée sociale. Un retour sur le pavé en ordre dispersé et un très fort absentéisme à craindre dans les manifestations organisées sur le thème des « salaires, de l’emploi et des retraites ». Difficile, pourtant, de trouver un thème de manif plus fourre-tout, comme si cet appel à descendre dans la rue au sortir de l’été était devenu un rendez-vous festif traditionnel, sorte de pendant au 1er Mai où le folklore l’emporte déjà sur la problématique sociale.
En veillant à ne pas employer le terme d’échec qui pourrait froisser les syndicats (CGT, FO, FSU et Solidaires), le gouvernement n’a pas caché, depuis plusieurs jours, qu’il ne craint pas la mobilisation d’aujourd’hui. D’abord parce que la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC ne s’y sont pas associées, ces organisations considérant que le projet de réforme des retraites présenté fin août par le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, est peu ou prou équilibré et répond à un impératif. Plus grossièrement, l’exécutif a réussi, sur le dossier des retraites, à étouffer dans l’œuf tout risque d’une rentrée sociale explosive en épargnant les fonctionnaires et autres bénéficiaires des régimes spéciaux. Ceux-là, majoritairement électeurs de gauche, ne seront pas dans la rue.
Le gouvernement aurait cependant tort de se réjouir trop vite. D’abord parce que le débat parlementaire à venir s’annonce délicat. Et aussi parce qu’à l’heure où les Français reçoivent leurs avis d’imposition, le pays ne cesse de gronder à propos du pouvoir d’achat. Lequel suit une courbe inversement proportionnelle à celle des impôts. Si la courbe du chômage doit s’inverser d’ici la fin de l’année sous l’effet des emplois aidés, tout reste à faire pour l’équipe Hollande. Compétitivité des entreprises, réduction des déficits à l’heure du « ras-le-bol fiscal », situation dans les banlieues… Sans même parler d’une intervention militaire en Syrie dont ne veulent pas les Français, ce ne sont pas les dossiers explosifs qui manquent. Et rien ne dit que les Français attendront les rendez-vous électoraux du printemps prochain pour exprimer leur mécontentement. Un automne tempéré sur le plan social n’a jamais empêché que le pays ne s’enflamme lorsque l’hiver fut venu.
Matzneff : vous avez dit valeurs républicaines ?
Matzneff : vous avez dit valeurs républicaines ?
Sous la IVe République, nous autres, garçonnets et fillettes d'origine russe, italienne, espagnole, arménienne, avec nos noms souvent difficiles à écrire et à prononcer, nos parents qui se rendaient régulièrement à la préfecture de police pour le renouvellement de leur carte de séjour, et, pour certains d'entre nous, nos religions réputées exotiques, nous savions, sans que personne au collège, au lycée, nous en parlât, ne pas être des petits Français semblables aux autres. Cela ne nous dérangeait pas outre mesure. Et ceux d'entre nous qui n'étions pas catholiques romains jugeaient naturel le fait que les fêtes religieuses officielles fussent celles de l'Église catholique, que l'aumônier fût un prêtre catholique. Nous étions petits, mais il n'était pas nécessaire d'avoir l'âge d'étudier à Sciences-Po pour savoir que la France était un pays catholique, et que l'école fût laïque n'effaçait d'aucune façon cette prééminence historique, culturelle du catholicisme dans la société française.
Nos professeurs étaient volontiers agnostiques, parfois marxistes, mais dans le secondaire ils nous faisaient étudier Polyeucte, lire Pascal et, en classe d'histoire, celle de la France ne commençait pas en 1789. Les rois qui avaient durant 1 000 ans construit la France étaient étudiés, leurs bonnes oeuvres louangées, et,Alexandre Dumas aidant, nous étions nombreux parmi les fils d'émigrés à nous réputer mousquetaires, à nous sentir plus français que d'Artagnan lui-même, et, en cour de récréation, à galoper en criant "Vive le roi !" Il faut dire qu'à l'époque on ne nous cassait pas les oreilles avec "les valeurs de la République". Je suis même certain de n'avoir jamais entendu, lorsque j'étais enfant et adolescent, cette expression "les valeurs de la République" dans la bouche d'un proviseur ou d'un professeur. Quand ceux-ci voulaient nous donner des leçons de civisme, ils se contentaient de nous enseigner l'amour de la France.
Le pouvoir soviétique s'est employé à lobotomiser le peuple russe
En 2004, lors d'un "Forum de la réussite des Français venus de loin" organisé au Palais-Bourbon (il y avait là le fameux savant d'origine asiatique, la fameuse actrice d'origine maghrébine ; moi, je portais la casquette de l'écrivain d'origine russe), je fus frappé par l'insistance avec laquelle certains orateurs mettaient l'accent sur ces "valeurs de la République". C'était la première fois que j'entendais des hommes politiques de tous bords, droite et gauche confondues, faire de ces "valeurs de la République" un vrai synonyme de "patriotisme", et cela m'intriguait car, à tort ou à raison, ce mot de "République" me semblait réducteur, ne serait-ce que parce qu'il excluait implicitement de la communauté nationale ceux d'entre les citoyens français qui auraient, par exemple, des convictions monarchistes. De fait, au cours de cette journée, tous les exemples historiques donnés par les organisateurs furent des exemples postérieurs à la révolution de 1789, comme si avant celle-ci la France n'existait pas, comme si l'an zéro de la République était aussi l'an zéro de la France, comme si l'État n'avait rien d'autre à proposer aux nouvelles générations d'enfants d'immigrés que ces froides et abstraites "valeurs de la République".
Certes, pendant 70 ans, d'une manière sanglante, implacable, le pouvoir soviétique s'est employé à lobotomiser le peuple russe, à le couper de ses racines culturelles et spirituelles, à lui faire croire que cela seul qui importait, c'étaient désormais "les valeurs du marxisme-léninisme", à interdire aux enfants chrétiens de porter au cou leur petite croix de baptême. Vu la catastrophe inouïe que constitua cette hystérique tentative de décervelage (je pense que la Russie mettra au moins un demi-siècle pour panser ses blessures, réparer les dégâts, et c'est une des raisons pour lesquelles je conseille aux intellos parisiens d'être un peu plus mesurés dans les jugements sévères qu'ils se permettent de porter sur l'actuel gouvernement russe), je n'imagine pas une seconde que notre ministre de l'Éducation nationale, M. Vincent Peillon, puisse désirer quoi que ce soit de comparable pour la France.
Faire aimer Louis XIII et les mousquetaires, l'histoire de France, Alexandre Dumas
M. Peillon m'objectera que l'époque du président Hollande n'est plus celle des présidents Auriol et Coty, qu'aujourd'hui les enfants d'immigrés ne sont plus des petits Européens, qu'espérer faire aimer Louis XIII et les mousquetaires, l'histoire de France, Alexandre Dumas, à de jeunes Maghrébins est une illusion, que ce qu'il faut à ces gens-là, ce sont des terrains de football et des lois qui interdisent aux professeurs de parler de Dieu, de l'Église, de Jeanne d'Arc, de saint Vincent de Paul, de la victoire de Rocroy.
Je suis désolé, monsieur le ministre, mais je juge cela injurieux vis-à-vis des jeunes musulmans. Une des femmes que j'ai le plus aimées était une lycéenne française d'origine marocaine, d'un milieu très simple. Elle ne jouait pas au football, mais elle lisait Baudelaire et Dostoïevski. Certes, son amant écrivain y était peut-être pour quelque chose, mais, même sans ma présence dans sa vie, cette adolescente de tradition mahométane aurait, j'en suis sûr, été capable de découvrir les beautés de la culture de l'Europe - qui est un mixte de culture gréco-latine païenne et de culture judéo-chrétienne -, de devenir, grâce à ces enrichissantes, épanouissantes beautés, pleinement française.
Grève pour les retraites : Français, syndicats, gouvernement, tous perdants ?
Alors que la cote de popularité de François Hollande est en berne, la journée de mobilisation du mardi 10 septembre contre la réforme des retraites aurait pu cristalliser tous les mécontentements. Pourtant, elle s'annonce très peu suivie. Francetv info vous explique pourquoi.
Les syndicats ne devraient pas faire le plein
Il est loin le temps où les syndicats unis pouvaient revendiquer 2,5 à 3 millions de manifestants, contre le projet de loi Woerth, qui a repoussé l'âge légal de départ à la retraite à 62 ans. C'était il y a trois ans, à trois jours près, le 7 septembre 2010.
Cette fois-ci, les syndicats sont divisés, et la barre des 3 millions apparaît bien trop haute pour être atteinte. Les organisations syndicales reconnaissent à demi-mot que la partie s'annonce compliquée. Jean-Luc Mélenchon, coprésident du Parti de gauche, Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste français, et Olivier Besancenot, du Nouveau Parti anticapitaliste, appellent à rejoindre les manifestations aux côtés de la CGT, de FO, de la FSU et de Solidaires. En revanche, la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC (cadres) soutiennent le texte du gouvernement et ne défileront pas.
Pour Guy Groux, directeur de recherche au Centre de recherches politiques de Science Po (Cevipof), "la division syndicale est à l'image de la division de la gauche". De plus, estime-t-il, "si la mobilisation connaît une faible ampleur, c'est avant tout que les bases les plus mobilisables, épargnées par la réforme, n'ont pas de raisons de manifester". Les fonctionnaires et les bénéficiaires des régimes spéciaux, plutôt peu concernés par la réforme, devraient ainsi être beaucoup moins nombreux à défiler qu'habituellement. L'impact de la grève devrait être, de la même façon, assez limité dans les transports, annonce Le Monde.
Les Français résignés
61% des Français trouvent justifiées les manifestations de mardi contre la réforme des retraites, selon le baromètre OpinionWay publié dimanche par Metronews.D'après un sondage CSA pour L'Humanité, 81% des interrogés se disent également inquiets pour leur retraite, et 69% jugent que la réforme proposée par le gouvernement va plutôt dans la mauvaise direction. Cependant, ils ne devraient pas être très nombreux à battre le pavé.
Pour Guy Groux, "l'opinion publique est ambivalente. D'un côté, comme le montrent les sondages, elle est solidaire du mouvement social, mais de l'autre, une partie de la population, par fatalisme, résignation ou conviction, est persuadée de la nécessité d'une réforme et n'ira donc pas manifester."
Le gouvernement prudent
Cette première mobilisation de la rentrée est scrutée de près par le gouvernement, même si ses membres interrogés dimanche se sont montrés confiants. Le ministre du Travail, Michel Sapin, a ainsi minimisé l'importance de la mobilisation, affirmant sur France 5 que les organisateurs de la journée d'action ne visent pas une"confrontation" avec le gouvernement, mais "demandent une modification" du projet de réforme. Il a assuré que le texte n'était "pas figé", même si "les grands principes sont posés".
Cependant, une inconnue demeure et sera tout particulièrement scrutée par le gouvernement : la participation de la jeunesse. La CGT comme FO ne manquent pas de souligner que la réforme cible surtout les jeunes. Un argument relayé par l'UMP. Et même si la rentrée universitaire n'a lieu que fin septembre, l'Unef, le syndicat étudiant majoritaire, a d'ores et déjà appelé à manifester aux côtés de Jeunesse ouvrière chrétienne et de Génération précaire pour dénoncer "43 annuités" qui ne prennent pas "en compte les années de formation et d'insertion".
Pour Guy Groux, "il n'y a aucun risque mardi pour le gouvernement, qui s'est montré extrêmement prudent en préservant les régimes spéciaux et les fonctionnaires." Le gouvernement va-t-il sortir sans égratignures de cette mobilisation ? Pas tout à fait, estime Jean-Marie Pernot, chercheur à l'Institut de recherches économiques et sociales, dans Les Echos : une faible mobilisation "ne sera pas forcément une bonne nouvelle pour le gouvernement. Si la contestation ne s'exprime pas dans la rue, elle risque de s'exprimer plus tard dans les urnes et d'alimenter le vote Front national."
Syrie : François Hollande peut-il sortir du piège de l'intervention ?
Exception dans un monde qui rechigne de plus en plus à intervenir en Syrie, François Hollande semble s'obstiner. Pourquoi ?
Aujourd’hui, suite aux preuves dont le gouvernement disposerait sur la responsabilité de Bachar El-Assad dans les attaques à l’arme chimique survenues le 21 août dont ont été les cibles trois faubourgs à l’ouest de Damas, le débat fait rage en France sur l’opportunité d’intervenir ou non militairement en Syrie. Contrairement au Mali, où un large consensus fut obtenu pour l’intervention lancée, la classe politique Française semble cette fois-ci très divisée à droite comme à gauche et l’opinion publique est à 68 % hostile à toute forme d’intervention militaire.
Alors que le Parlement Britannique, par son refus de s’associer à une action militaire a infligé un vrai revers à Cameron, et qu’Obama a préféré solliciter d’abord le feu vert du Congrès et du Sénat avant de lancer une quelconque opération, quelles motivations poussent le Président Français à persévérer tout seul dans l’affirmation de sa détermination à punir le régime en place. Au-delà des intérêts dits ou cachés ou des arguments brandis, justifiés ou non, se trouve-t-il piégé par… lui-même ? De quoi s’agit-il ?
Les pièges de la décision
Suite à la mise en attente par une standardiste, fusse-t-elle accompagnée d’une belle musique, qui n’a pas été confronté au dilemme suivant : est-il temps que je raccroche mon téléphone ou dois-je continuer à patienter ? La prise de conscience du coût en temps perdu, doublée de l’espoir que cette attente devrait bientôt s’achever, pousse à persister dans celle-ci augmentant, du même coup, le coût déjà supporté.
Et cet étudiant ayant choisi une filière qui découvre rapidement qu’elle ne correspond aucunement à ses attentes, va-t-il décider, comme le bon sens le supposerait, d’interrompre les études entreprises ou va-t-il, sous prétexte d’être « quelqu’un qui va toujours au bout de ce qu’il entreprend » ou pour satisfaire à une exigence parentale, les poursuivre jusqu’à leur terme, quitte d’ailleurs ensuite à se réorienter dans une autre direction ?
Dans ces deux exemples, la personne est confrontée à un piège classique de la prise de décision qui s’intitule : « Je me suis trop engagé pour faire machine arrière ». Si je raccroche ou si je change de cursus en cours de route, la prise de conscience que tout le temps déjà consacré l’aura été pour rien, pousse à persévérer dans une direction qui, en définitive, accroît le coût dont je me plains. Ils relèvent tous d’un même processus d’adhésion des personnes à leurs décisions dans le seul besoin d’attester du bien-fondé de celles initialement prises et d’en affirmer le caractère rationnel.
Les choix politiques n’échappent malheureusement pas à la règle. Qu’il s’agisse de grands travaux (le concorde, les abattoirs de la Villette et bien d’autres) ou du déclenchement d’une guerre (Vietnam pour les américains, Afghanistan pour les Russes), le piège de l’engrenage est tout aussi enfermant pour les décisionnaires. Quand les prévisions budgétaires pour achever tel ou tel projet sont largement dépassées ou quand le nombre des victimes atteint des sommets intolérables, face aux voix qui s’élèvent afin d’arrêter la gabegie ou de stopper l’enlisement militaire, d’autres voix vont, sous prétexte que l’argent déjà dépensé ou les lourdes pertes en soldats et en matériel déjà subies l’auront été pour rien, réclamer d’accorder les rallonges budgétaires nécessaires et d’engager davantage les armées dans la guerre.
Si le politique persiste, ce n’est pas simplement par consistance comportementale (montrer qu’il est fiable, ce qui en soi est louable), mais parce qu’il s’était engagé à le faire. Les chercheurs en psychologie sociale* ont mis au jour, qu’après avoir pris une décision, qu’elle soit justifiée ou pas, « les gens ont tendance à persévérer dans un cours d’action, même lorsque celui-ci devient déraisonnablement coûteux et ne permet plus d’atteindre les objectifs fixés ». Ceci devient plus vrai encore quand les décisions s’accompagnent d’un sentiment de liberté c’est-à-dire que les personnes ont le sentiment d’avoir elles-mêmes librement décidé du comportement à tenir. Ces chercheurs parlent alors de « soumission librement consentie ».
Intervenir, mais pour quels intérêts ?
Les responsables français doivent, avant de décider d’une intervention punitive et dissuasive, faire une analyse exhaustive des intérêts de notre pays. Quels sont les intérêts que la France voudrait défendre relativement à la crise internationale qui se joue depuis deux ans en Syrie et qui a déjà provoqué plus de 110.000 morts et autres destructions matérielles de sites et de villes ?
Les intérêts avancés pour justifier une intervention Française sont les suivants :
1- Faire respecter la convention sur l’interdiction des armes chimiques signée par tous les pays de la planète, sauf 5 dont la Syrie, et ne pas créer de précédent d’un recours à ces armes sans sanctions. C’est la fameuse « ligne rouge » à ne pas franchir sous peine de sévères représailles définie par Obama. En effet, cette violation donnerait un signe négatif encourageant à d’autres pays tentés à leur tour de s’en servir ou au pouvoir syrien, s’il est prouvé qu’il l’a fait, de recommencer.
2- Protéger les populations civiles et empêcher le massacre d’innocents au nom des valeurs de défense des droits de l’homme.
3- Bénéficier d’éventuelles promesses de contrats d’armements futurs de la part des deux protagonistes arabes qui sont en faveur d’une intervention militaire mais qui préfèrent la voir conduite par d’autres pays qu’eux, l’Arabie Saoudite et le Qatar.
Il n’y a en Syrie aucun autre des intérêts classiques de la France : contenir les terroristes de Al Qaïda, défendre la sécurité d’Israël, sécuriser ses approvisionnement en pétrole.
Les Intérêts pour ne pas intervenir
1- Risquer de trop affaiblir le pouvoir en place et voir les fondamentalistes islamistes renverser le régime et établir une république islamique. Sur ce plan, il s’agit d’un intérêt divergent avec les États-Unis qui veulent faire tomber Assad pour priver l’Iran d’un allié. Alors qu’il s’agit d’un intérêt convergent avec la Russie qui redoute l’extension de l’islamisme.
2- Protéger les minorités notamment chrétiennes. Les exemples des Chrétiens massacrés en Irak et en Égypte après la chute des dirigeants en place, sont encore présents dans les esprits.
3- Ne pas mettre en danger les forces Françaises stationnées au Liban et menacer gravement la cohabitation, déjà au plus mal, dans ce pays.
A partir de cette analyse, nos décisionnaires doivent définir l’objectif qu’ils poursuivent pour satisfaire les intérêts bien compris de la France. Ensuite, comme tout bon stratège, ils doivent, avant d’agir, définir et évaluer toutes les options qui sont à leur disposition pour mettre fin au bain de sang et aux destructions.
Dans le cas de la Syrie, il y en a cinq :
1- L’inaction, humainement inacceptable face au nombre de victimes qu’on dénombre chaque jour depuis deux ans.
2- Intervention militaire lourde destinée à provoquer la chute du régime Assad. Elle recueille peu d’adhésion dans les opinions publiques.
3- Intervention « limitée » sous forme de frappes punitives sur des cibles désignées (stocks d’armes chimiques, bases aériennes) dont l’efficacité dissuasive n’a pas été démontrée par le passé.
4- Armement des rebelles (à condition de bien choisir lesquels) avec le risque de favoriser les radicaux islamistes et une alternative pire que le pouvoir actuel. Toutes les informations semblent indiquer que les États-Unis et la France le font déjà.
5- Il en reste une, que beaucoup jugeront peut être comme naïve, que peu de voix portent, qui a été envisagée puis repoussée : recourir plus que jamais à la diplomatie tous azimut avec un autre type d’armes, la négociation à partir des intérêts de tous les acteurs. Elle devrait favoriser une alternative politique avec une période transitoire permettant l’émergence d’une opposition représentative capable d’endosser les habits du pouvoir. Elle avait achoppé à cause du préalable posé par la France et les États-Unis exigeant l’exclusion d’Assad de la négociation et provoquant ainsi une crispation de ses positions et une désolidarisation de la Russie.
Chat échaudé craint l’eau froide
Les options 2 et 3 pour acquérir une légitimité doivent normalement se faire sur la base juridique d’une résolution de l’ONU. Or, cette voie était perdue d’avance. Pourquoi ?
Un proverbe oriental dit : « la corde du mensonge est courte ».
Les Russes ont eu le sentiment de s’être fait avoir quand ils s’étaient ralliés il y a deux ans à une motion favorable à une intervention aérienne en Libye. En effet, à aucun moment il n’était question de renverser Khadafi (ce n’est pas qu’il ne le méritait pas) mais uniquement de protection des populations civiles. Et pourtant, une fois l’action déclenchée, et dès que l’objectif initial fut atteint, les forces de la coalition occidentale emmenées par la France ont sur leur lancée élargi leur objectif à celui d’abattre le dictateur.
Les Russes ont ainsi été victimes d’une technique de manipulation bien répertoriée, « le pied-dans-la-porte » qui consiste à obtenir d’abord l’accord pour une petite chose avant de demander un service plus grand. Du coup, les portes d’une résolution à l’ONU sans veto Russe, même pour des frappes limitées, étaient cette fois définitivement closes. Le manipulé a de la mémoire, et on ne lui fait pas deux fois le même coup.
Quant aux sondages, pourquoi montrent-ils des opinions publiques non seulement en France mais surtout en GB et aux EU, hostiles à toute intervention militaire et réclamant avant tout la publication des preuves des experts de l’ONU ?
Hormis la crise économique dont ils souffrent et les coûts pour leurs pays qu’ils anticipent, c’est le précédent Irakien qui ici a joué à fond. Rappelez-vous, des soi-disant preuves brandies par Colin Powell agitant une fiole contenant de l’anthrax lors d’une réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU en janvier 2003. Le mensonge ayant été depuis avéré sur l’ensemble des arguments avancés par Bush pour justifier la guerre lancée en Irak – détention d’armes de destruction massive (on les cherche encore), soutien aux terroristes (Saddam Hussein était l’ennemi juré de al-Quaïda), soustraire un peuple à un tyran (combien d’attentats et de morts depuis qu’il a été écarté) et instaurer la démocratie (demander au peuple Irakien s’il se sent plus libre)- la crainte de se faire une fois de plus manipulé sème le doute et la suspicion.
La France peut elle encore éviter le piège en privilégiant une solution politique ?
Les chercheurs qui ont théorisé les pièges de la décision recommandent, pour éviter de tomber dans l’engrenage, que ça ne soit pas la même personne qui prenne une décision et qui en évalue les effets en vue de son éventuelle reconduction. Tout le monde le dit, la Syrie, ce n’est pas le Mali.
Dès lors, n’est-il pas dommage que le Gouvernement n’ait pas opté exceptionnellement de recourir au vote du parlement pour se donner une voie de sortie honorable de l’engagement d’intervenir qu’il s’était empressé de prendre ? Il aurait évité de se retrouver piégé tout seul dans une intervention dont on peut se poser la question de son adéquation et sa pertinence par rapport aux intérêts bien compris de la France. Car la diplomatie qui veut modifier les réalités du terrain, sauf à être utopique, ne peut être guidée uniquement sur des considérations morales relatives aux Droits de l’Homme. La France ne peut de surcroît se permettre d’être la seule à les porter même si, pour exister sur la scène internationale, la seule frappe dont elle dispose, vu son rang sur le plan économique qui recule année après année, est désormais d’ordre politique.
Il est vrai qu’en Syrie comme ailleurs au Proche Orient, il n’y a pas d’un côté les bons et de l’autre, les méchants. La multiplicité des puissances régionales (Israël, Iran, Turquie, Arabie Saoudite, Qatar) et internationales (Russie, Chine, États-Unis) qui interfèrent pour faire avancer leurs intérêts propres, oh ! combien contradictoires, rendent la situation, et donc sa résolution, toujours plus complexe et le terrain plus miné qu’on veut bien le dire.
Dès lors, s’il apparaît que la guerre n’est pas la solution, la diplomatie devient la voie. Ce ne sont pas les émotions, fussent-elles plus qu’appropriées, qui règlent les affaires internationales. C’est la capacité, en fonction d’un rapport de forces donné, à concilier les intérêts contradictoires et multiples. Compte tenu de la détérioration des relations entre Russes et Américains, la France pourrait être en pointe sur le plan d’une solution diplomatique négociée en favorisant la prise en compte des intérêts des Russes en Syrie :
1- Commerciaux : préserver leur client en armes le plus important ;
2- Militaires : protéger leur base navale à Tartous ;
3- Économiques : barrer la route à la concurrence potentielle du Qatar qui projette, en passant par la Syrie, de fournir l’Europe en gaz ;
4- Politiques : freiner l’extension de l’islamisme et ne pas à leur tour risquer d’être accusés de non respect des droits de l’homme en Tchétchénie ou ailleurs.
En conclusion
Il ne s’agit aucunement d’être naïf en niant le caractère répressif ou violent du régime syrien. Il s’agit encore moins de ne pas être conscient, que dans la « nouvelle guerre froide » que se livrent la Russie et les États-Unis, Poutine cherche à engranger des avantages tactiques face à Obama. Mais le dialogue et la coopération internationale pour régler les crises doivent inlassablement être poursuivis et tentés.
Avec sa lettre au président du G20 pour promouvoir une solution pacifique grâce à une conférence de paix pour la Syrie, l’appel du Pape François a-t-il une petite chance d’être entendu sans hâtivement être repoussé comme le soutien à un dictateur ?
Et vous, si vous étiez à la place de Hollande, quelle serait votre décision ?
*Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, par Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois, éd. PUG.
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