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vendredi 27 décembre 2013
Chômage : le rendez-vous manqué
Chômage : le rendez-vous manqué
La méthode Coué a ses limites. En persistant, depuis hier soir, à répéter que l’inversion de la courbe du chômage est « bien amorcée », le président Hollande et son ministre du Travail, Michel Sapin, font preuve d’entêtement, à tout le moins. Messieurs, allez donc expliquer aux 17 800 personnes supplémentaires qui se sont inscrites à Pôle emploi en novembre que la situation est en train de s’améliorer parce que derrière l’augmentation du nombre de chômeurs en France, il faut en conclure que diminution il y a !
Tout élu responsable, au premier rang duquel le président de la République, connaît l’importance des symboles. En promettant, au printemps dernier, l’inversion de la courbe du chômage d’ici à la fin de l’année, François Hollande savait qu’il serait jugé à partir des données disponibles à la Saint-Sylvestre, et donc sur les chiffres arrêtés fin novembre. Quelle que soit l’interprétation de l’exécutif, le verdict est sans appel : la situation de l’emploi ne s’améliore pas, malgré un recours massif aux emplois aidés.
Bien sûr, on attendra le 27 janvier, date de publication des chiffres de décembre, pour dresser un constat définitif. Mais le chômage semble être traité au rayon bricolage : heureux bug en août entraînant une méchante correction en septembre, embellie en octobre et rechute en novembre… Il n’y a qu’à l’Élysée ou du côté de Bercy que l’on en déduit que la France est en train de renouer avec une reprise durable de l’emploi et son corollaire, le retour de la croissance. Les Français, eux, constatent toujours que les plans sociaux s’enchaînent à grande vitesse et que l’activité économique reste atone. Ce qu’a confirmé l’Insee la semaine dernière, pronostiquant une « reprise poussive » de l’économie française début 2014, marquée par une « quasi-stabilité » du chômage au 1er semestre avant de repartir légèrement à la hausse.
Si le Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) est une mesure plutôt positive, il n’est en rien l’alpha et l’oméga d’une politique économique. Or, en matière d’emploi, le gouvernement est en position d’attente. Comme si la situation allait se redresser toute seule. Certes, le projet de loi sur la formation professionnelle contient des éléments intéressants. Mais il manque à l’exécutif un plan d’ensemble. Comme sur tous les dossiers de la présidence Hollande, serait-on tenté d’écrire.
mercredi 27 novembre 2013
Faire redémarrer PSA
Faire redémarrer PSA
L’arrivée de Carlos Tavares au poste de numéro 2 de PSA puis, courant 2014, à la tête du constructeur est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle.
Bonne parce que l’homme est un professionnel aguerri, un passionné du monde automobile et un compétiteur né. Il n’y avait, disponible sur le marché, aucun responsable d’une telle envergure, qui plus est francophile. De par son expérience, aux antipodes de celle de ses deux prédécesseurs, Christian Streiff, passé par Saint-Gobain et Airbus, et Philippe Varin, venant de l’industrie sidérurgique, le futur patron de PSA sera immédiatement opérationnel.
S’il connaît tout de la stratégie de la marque au Losange, Tavares a surtout été au cœur de l’Alliance Renault-Nissan et, de ce fait, apparaît comme étant l’homme de la situation pour gérer, demain, un groupe PSA qui compterait, en son sein, des actionnaires aux intérêts si divergents que la famille Peugeot, General Motors, le groupe chinois Dongfeng et l’État français.
Il n’est d’ailleurs pas étonnant que le dossier de la redistribution des cartes capitalistiques de PSA soit géré en direct par l’Élysée, le ministère du Redressement productif étant tenu à l’écart de ce dossier. Sur ce point, le futur pilote du groupe PSA n’ignore rien des nécessaires bonnes relations qu’une grande entreprise française doit entretenir avec l’État, quelle que soit la couleur politique du gouvernement.
Pour autant, la nomination de Carlos Tavares au côté, puis à la place de Philippe Varin est aussi une mauvaise nouvelle, car elle confirme la gravité de la situation dans laquelle se trouve PSA. La reconduction, au printemps dernier, de l’actuel président du directoire n’avait certainement pas pour but de changer de fusil d’épaule quelques mois plus tard. Jusqu’au bas de l’échelle, c’est-à-dire dans les concessions, le besoin du groupe en liquidités est perceptible. L’alliance avec General Motors, qui devait donner un nouveau souffle à PSA, n’ayant eu pour conséquence que d’accroître le trou financier déjà béant via la perte d’un marché dynamique, l’avenir de PSA passe aujourd’hui par la Chine. À l’évidence, l’arrivée de Tavares préfigure une conclusion prochaine des négociations menées avec Dongfeng. On va enfin savoir.
mardi 12 novembre 2013
Un pays au bord de la crise de nerfs
Un pays au bord de la crise de nerfs
Dans l’inquiétant climat d’intolérance que connaît la France aujourd’hui, une étape supplémentaire a été franchie hier avec les insultes essuyées à Paris, mais aussi à Oyonnax, par le président de la République, François Hollande. Qu’ils soient le fait de militants d’extrême-droite venus troubler l’ordre public ou d’individus isolés trouvant là un moyen d’exprimer leur désarroi en période de crise, ces débordements sont une impardonnable et insupportable offense à la communauté nationale.
Survenant à l’occasion des cérémonies commémoratives de l’Armistice de 1918, mais aussi de l’hommage rendu par le président de la République, au nom de la Nation, aux maquisards ayant bravé l’occupant nazi à Oyonnax, ces incidents sont d’abord une insulte pour ceux qui ont payé de leur vie ou souffert dans leur chair pour que le drapeau de la liberté continue de flotter sur la France.
Au-delà de l’homme qui l’incarne, l’atteinte à la fonction présidentielle est tout aussi condamnable. Là encore, sifflets et insultes offensent la mémoire des millions d’hommes et de femmes qui, depuis la Révolution, se sont battus pour que la France soit une démocratie. Celle-ci garantit, certes, la liberté de pensée, de parole et d’action. Mais elle implique aussi le respect, des hommes comme des fonctions.
Au lieu d’attiser les braises, les responsables politiques de tous bords ont l’impérieux devoir d’œuvrer au maintien de la cohésion nationale. François Hollande et le gouvernement Ayrault doivent être les garants de cette unité.
Le problème est que celle-ci se fait sur le dos du pouvoir, incapable d’apporter des solutions concrètes à la crise. La courbe du chômage va s’inverser ? L’économie redémarre ? Les promesses de lendemains meilleurs ne portent plus dans un pays confronté à un accroissement des inégalités, en même temps qu’à une perte de repères.
L’heure est grave. Car au moindre dérapage, le pays paraît en situation de basculer dans un état quasi insurrectionnel. L’agression de trois élus de Châteaurenard par un déséquilibré ne peut que donner des sueurs froides aux agents du Service de protection des hautes personnalités. Alors que la France est au bord de la crise de nerfs, l’exécutif doit impérativement reprendre l’initiative pour éviter le scénario du chaos dont rêvent certains.
lundi 11 novembre 2013
11 Novembre : quelles leçons ?
11 Novembre : quelles leçons ?
En ce pluvieux 11 Novembre, les monuments aux morts des villages de France vont soudainement refleurir, essentiellement grâce aux anciens combattants qui, à l’exception de souvenirs d’enfance d’une minorité désormais, ne connaissent cette Première Guerre mondiale que par les livres ou le récit de leurs aïeux. Cette mobilisation doit aussi beaucoup aux élus, aux écoliers et à leurs parents qui, plus par devoir que par conviction, fournissent le gros des troupes des commémorations. Reste à savoir ce que signifie ce jour qui marque le 95e anniversaire de la signature de l’Armistice.
À défaut de se recueillir devant le monument aux morts communal, chaque Français doit avoir à l’esprit que le conflit 14-18 fut une boucherie (1,4 million de morts côté français sur un total de 9 millions de tués) et qu’en raison de ses causes et conséquences trop vite éludées, avec un esprit de vengeance nourri des deux côtés, l’Histoire s’est répétée deux décennies plus tard. Plus que toute autre région, l’Alsace en a d’ailleurs payé le prix fort.
Si dans chacun des deux camps, des hommes, De Gaulle et Adenauer en tête, n’avaient ensuite pris sur eux pour aboutir à des compromis, l’Europe aurait un visage bien différent. C’est pourquoi il ne faut pas oublier qu’à défaut d’une imparfaite union politique, économique et financière, notre continent n’est plus un terrain de guerre.
Sur les Champs-Élysées parisiens ce matin, à Oyonnax cet après-midi, le président de la République, François Hollande, jouera sur les tableaux de ces deux guerres pour appeler à l’unité nationale au moment même où le pays est engagé dans des batailles aussi nombreuses qu’à l’issue incertaine. Chômage, misère, pauvreté, xénophobie, racisme sont quelques-uns des combats que mènent la France et ses voisins européens en ce début de XXIe siècle. Des guerres différentes de celle de 14-18 mais aux conséquences tout aussi dangereuses. N’oublions jamais que c’est sur le lit de la Première Guerre mondiale que se sont construits les nationalismes aboutissant à la Seconde. Et que ces nationalismes sont les mêmes qui, de manière récurrente, menacent l’équilibre – toujours fragile – des démocraties européennes.
Exception faite de l’Alsace-Moselle, où la plupart des commerces seront fermés aujourd’hui, ce jour anniversaire de l’Armistice sera surtout, pour nombre de Français, l’occasion de parcourir les allées des grandes surfaces. On est loin de l’esprit commémoratif du conflit le plus meurtrier du XXe siècle. Et il n’y a vraiment pas lieu de s’en réjouir.
dimanche 10 novembre 2013
Iran : la bonne fenêtre de tir
Alors qu’un accord sur un règlement du dossier nucléaire iranien paraissait imminent, à tel point que les ministres des affaires étrangères du « groupe 5+1 » menant les négociations, soit les cinq pays membres permanents du conseil de sécurité (Chine, Russie, États-Unis, Grande-Bretagne et France) et l’Allemagne, ont accouru à Genève depuis vendredi, la bombe lancée hier par Laurent Fabius a sensiblement brouillé les cartes.
S’il faut « éviter l’euphorie du verre à moitié plein » et garder à l’esprit qu’un accord à Genève ne peut tout régler, le coup d’éclat du chef de la diplomatie française a essuyé de nombreuses critiques, notamment en provenance de chancelleries européennes. Car ces déclarations ont surtout été interprétées comme un signe de mauvaise humeur consécutif à l’arrivée impromptue à la table des négociations, vendredi, du Secrétaire d’État américain, John Kerry, lequel n’en aurait pas averti les pays occidentaux impliqués. Plus prosaïquement, alors que François Hollande est attendu du 17 au 19 novembre en Israël et en Palestine, le chiffon rouge agité par Laurent Fabius hier est aussi un signal d’apaisement envoyé au gouvernement de Benyamin Netanyahou. La diplomatie est ainsi faite, alternant les grandes déclarations de principes et les prises de position opportunistes.
Il n’en demeure pas moins que ce week-end, voire lors d’un nouveau round de négociation, un accord sur le nucléaire iranien est de l’intérêt de tous. Une fenêtre de tir s’est ouverte avec l’élection, à la tête de l’Iran, de Hassan Rohani. Plus modéré que son prédécesseur Ahmadinejad, le nouveau président a le soutien du « vrai patron » du pays, le Guide suprême, Ali Khamenei. Au prix d’une levée, au moins partielle, de l’embargo économique et financier qui étrangle l’Iran et fait peser sur le régime la menace d’un soulèvement populaire, le nouveau président semble prêt à stopper le programme nucléaire à des fins militaires. Pour autant, il reste intraitable sur sa volonté d’enrichissement d’uranium, quitte à l’assujettir à un contrôle de la communauté internationale.
Toute négociation ayant pour prix des concessions réciproques, un accord à Genève, sous réserve d’un contrôle sérieux, vaut toujours mieux qu’un retour à la situation explosive qui prévalait sous Ahmadinejad. Le risque nucléaire au Proche et au Moyen-Orient ne disparaît pas du fait d’un accord. Par contre, il ne peut que diminuer.
samedi 9 novembre 2013
Un mauvais scénario
Un mauvais scénario
Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, était, hier, en visite à Marseille, le jour même où la ville de Nantes, dont il fut maire, célèbre le cinquantième anniversaire du film « Les tontons flingueurs ». Fallait oser !
Surtout, Jean-Marc Ayrault est venu à Marseille, où les armes « parlent » plus souvent qu’ailleurs, avec la même sollicitude que celle dont fait preuve Fernand Naudin avec sa turbulente nièce Patricia dans le film de Georges Lautner. Pensez donc : tandis que Pierre Moscovici et Bernard Cazeneuve, dans les costumes de Maître Folage, le notaire, et Jean, le majordome, veillent sur les caisses – vides – de l’État et répètent à qui mieux mieux que l’heure est aux économies, voilà que le patron du gouvernement promet à la turbulente cité phocéenne 80 postes de policiers supplémentaires, plus de 3 milliards d’euros d’investissements dans les transports, 1,5 milliard d’euros du Plan d’investissements d’avenir… Dans le rôle des frères Volfoni, Jean-Claude Gaudin et Patrick Menucci ont beau continuer à s’invectiver, c’est Noël avant l’heure pour Marseille.
La Bretagne a aussi un temps d’avance sur les fêtes de fin d’année puisque dans la hotte des ministres – et élus bretons – de l’Agriculture et de l’agroalimentaire, c’est près d’un milliard d’euros que l’État a su trouver, directement ou via la Banque publique d’investissement, pour éteindre l’incendie breton.
Sauf qu’au moment même où l’agence de notation financière Standard & Poor’s abaissait la note de la France, l’exécutif a adressé hier un bien mauvais signal au pays. Car le gouvernement a, ni plus ni moins, sorti le chéquier pour tenter d’étouffer dans l’œuf un mécontentement grandissant. Il l’a fait au profit de ceux qui se sont montrés les plus bruyants, voire les plus violents. Cet aveu de faiblesse pourrait, au lieu de calmer le pays, donner des idées à tous les mécontents jusqu’alors demeurés silencieux. La situation est-elle à ce point désespérée que le gouvernement en vienne à tenter de colmater les brèches de manière aussi désorganisée alors que c’est tout le navire qui semble prendre l’eau ? Finalement, le rôle qui sied le mieux à Jean-Marc Ayrault est, plus sûrement, celui d’un des frères Volfoni.
vendredi 8 novembre 2013
Des promesses et du vent
Des promesses et du vent
Que reste-t-il du Grenelle de l’Environnement ? La réponse est dans la question : rien. Ou, à part des promesses et de beaux objectifs, vraiment pas grand-chose. Rien, en tout cas, qui soit quantifiable et véritablement concret pour les Français dans leur vie quotidienne.
En temps de crise, pour paraphraser Nicolas Sarkozy du temps de son séjour à l’Élysée, « l’environnement, ça commence à bien faire ». Alors, exceptés des mentalités et des comportements qui ont tout de même évolué sous l’action des associations ou du fait d’une certaine prise de conscience citoyenne, le Grenelle de l’Environnement n’a pas bouleversé les us et coutumes de la société française.
L’idée du Grenelle, pourtant, était bonne de réunir autour d’une même table tous les acteurs de la société pour les inciter à s’affranchir des barrières traditionnelles et à proposer une « Nouvelle société » dans laquelle le développement durable serait allé de pair avec le développement économique. Au-delà, Nicolas Sarkozy, quelques mois après son élection à l’Élysée, y voyait aussi l’occasion de briser les codes et d’amener à une redistribution des cartes politiques.
Concrètement, l’opération a échoué. Exceptés la trame verte et bleue destinée à sauvegarder la biodiversité et des schémas régionaux de cohérence écologique – la belle affaire – le Grenelle de l’Environnement reste une somme de belles intentions abandonnées à la première crise économique venue, certes majeure, à l’automne 2008.
Cinq ans plus tard, l’écologie est le dernier souci du successeur de Nicolas Sarkozy. François Hollande n’appréhende la transition énergétique que par le prisme du soutien des écologistes au gouvernement Ayrault. En la matière, la seule promesse tenue est dogmatique : c’est la décision de fermer Fessenheim. Un moyen pour le président de ne pas afficher un zéro pointé en matière d’écologie.
Au lieu de grandes annonces, à l’instar de celles présentées – et déjà oubliées – lors de la Conférence environnementale en septembre, le gouvernement devrait jouer la carte du pragmatisme. Les Français n’ont jamais été aussi soucieux d’environnement que quand l’État a accompagné les mesures environnementales d’incitation fiscale. L’écologie peut-être le moteur du développement économique. Encore faut-il qu’il y ait, pour cela, une volonté politique.
jeudi 7 novembre 2013
Hollande, général défait
Hollande, général défait
Recourir à la guerre pour avoir la paix, c’est, très pacifiquement, ce que va faire, aujourd’hui, le président de la République en lançant les commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale. Enfin, François Hollande va trouver quelques heures de répit pour prendre de la hauteur. Il n’y a d’ailleurs pas mieux qu’un sujet aussi consensuel que le conflit de 14-18 pour un temps de réflexion, celui-là même qui implique un certain recul.
Comment reprendre l’offensive et retourner une situation qui, sur tous les fronts, paraît désespérée ? C’est le défi auquel est confronté le président de la République, à la tête d’un pays qui semble se préparer à une guerre de tranchées.
Au-delà du cri de colère des salariés bretons de l’agroalimentaire, fragile ciment d’une armée mexicaine de « bonnets rouges » promettant une révolution si l’État ne plie pas sous ses revendications, il est clair que les digues rompent de partout. En attendant les suivants, Fagor-Brandt, La Redoute, Alcatel-Lucent, Tilly-Sabco ou encore Alstom ne sont que les derniers cas d’une longue liste de plans de suppressions d’emplois. À ces cas médiatiques car massifs, s’ajoutent les artisans, professions libérales, petits commerces… Selon le cabinet d’études Altares cité par nos confrères du Monde , 12 790 entreprises ont déposé leur bilan au troisième trimestre, soit une hausse de 7,5 % en un an. Et près de 53 000 emplois se trouveraient menacés par des procédures collectives (+ 5 % en un an).
François Hollande est déjà le général défait de la bataille économique. La guerre, elle, n’est pas encore totalement perdue mais bien mal engagée, notamment parce que personne n’a jamais gagné de conflit sans un plan de bataille global, sachant s’adapter à la réalité du terrain. L’indécision est de ces stratégies qui, au mieux, figent les situations, mais ne les redresse pas.
Politiquement, François Hollande a aussi presque tout perdu. « Président de tous les Français » au soir du 6 mai 2012, il n’est plus que le chef d’un bataillon socialiste affaibli, divisé et sceptique sur sa capacité à mener la reconquête du pays.
Sa responsabilité n’en est aujourd’hui que plus grande : quelle initiative peut-il prendre pour éviter l’explosion d’une société française bouillonnante ? Parmi les options qui s’offrent à lui (remaniement, remise à plat de tout le système…), la pire serait de ne rien faire. Car à force d’attendre, il sera trop tard.
Le risque d’un mariage blanc
Le risque d’un mariage blanc
Ça y est : ils se sont dit « oui ». Sous les applaudissements des membres de la famille centriste, Jean-Louis Borloo et François Bayrou ont uni leurs mouvements, l’UDI et le MoDem, pour créer « L’Alternative », hier soir à la Maison de la chimie à Paris. Un lieu particulièrement bien choisi tant cette union a nécessité un savant dosage – et une mise en scène millimétrée – afin que les deux principaux intéressés apparaissent sur un strict pied d’égalité. L’attelage Borloo-Bayrou est celui d’une Rosalie, côte à côte et pas l’un derrière l’autre.
Sur la forme, ce mariage risque cependant fort de s’achever par un divorce. Déjà, il repose sur un malentendu puisque Jean-Louis Borloo et François Bayrou ont longtemps dragué par ailleurs, le premier à l’UMP, le second auprès du PS, avant de reprendre leur liberté devant le peu de considération qu’avaient pour eux les deux partis visés. Leur alliance n’est donc que le fruit de mauvaises expériences passées, pas la concrétisation d’une envie fusionnelle.
Ensuite, cette union est un peu le mariage de la carpe et du lapin entre deux hommes à l’image brouillée dans l’opinion, notamment de par leur parcours chaotique, un coup à droite, un coup à gauche. À travers les humoristes, ils font rire les Français, ce qui leur assure une cote de popularité élevée. Mais peuvent-ils aller plus loin ? Pourtant, selon le dernier baromètre du Figaro Magazine , respectivement 29 % et 27 % des Français souhaitent voir Jean-Louis Borloo et François Bayrou jouer un rôle important au cours des mois et des années à venir. Ce qui prouve qu’il y a, en France, une place pour le centre. Reste à lui trouver un leader.
Alors, l’attelage Borloo-Bayrou peut-il durer jusqu’à la prochaine élection présidentielle ? Borloo avait hésité à se présenter en 2012 avant de rentrer dans les rangs sarkozystes tandis que Bayrou avait obtenu 9 % des voix. Vont-ils s’entre-déchirer avant ou peuvent-ils constituer un « ticket » à l’américaine qui, jusqu’à présent, n’a jamais marché en France ? C’est le pari qu’ils font.
La question des égos réglée, il reste au couple Borloo-Bayrou à démontrer, concrètement, qu’il est d’accord sur le fond, à savoir une base programmatique pour conduire les affaires du pays. Le plus dur, vraiment, reste à faire pour les deux hommes.
lundi 4 novembre 2013
Des trémolos qui sonnent faux
Des trémolos qui sonnent faux
La mort de deux journalistes au Mali fait-elle vendre ? La question mérite crûment d’être posée au regard des multiples – et grandiloquentes – réactions de la classe politique française depuis l’annonce de l’assassinat au Mali de nos confrères de RFI, Ghislaine Dupont et Claude Verlon. Comme si les hommes et femmes politiques voulaient profiter de l’émotion qui s’est emparée du pays et, en premier lieu, de notre profession, pour se refaire une virginité à bon compte.
Certes, depuis samedi, la France est sous le choc, redécouvrant la barbarie aveugle du terrorisme. Hier diplomates, hommes d’affaires, expatriés de grandes entreprises ou secouristes, ses victimes, aujourd’hui, sont journalistes. Ce qui ajoute une symbolique supplémentaire, phénomène très recherché en matière terroriste. Ainsi, derrière la guerre pour le pouvoir et les territoires au Mali, c’est sur le terrain de la guerre des idées, celle du droit à l’information, qu’ont frappé les assassins de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, deux grands professionnels.
Les envolées lyriques de la classe politique française en faveur de la liberté de la presse respirent cependant la récupération, voire l’indécence. Sauf à considérer que seuls les journalistes évoluant dans les zones à risque méritent le respect et le droit d’exercer leur métier sans contrainte, la liberté de la presse ne se décline pas selon les lieux ou les circonstances. Elle est un droit indivisible et inaliénable, au Mali comme à Paris, à Moscou comme à Pékin ou Washington. Alors, certes, on ne tue plus, en France, un journaliste du fait de ses activités professionnelles, mais le 37e rang occupé par notre pays au classement mondial en matière de respect de la liberté de la presse n’autorise pas l’exécutif ou les élus de la représentation nationale à donner des leçons.
Pour l’heure, nombreux sont ces élus qui font la révérence à Poutine, grand défenseur, s’il en est, de la liberté de la presse, ou fustigent une presse qui aime aussi chercher les vérités qui dérangent. Heureusement, tous ceux qui ont affirmé ce week-end que le droit à l’information est « indissociable de la démocratie » ont l’occasion de mettre leurs actes en adéquation avec leurs discours. Le projet de loi à venir sur la protection du secret des sources des journalistes a, en effet, été vidé de son sens et au lieu de renforcer ce secret des sources, il l’affaiblit. Voici une occasion, Mesdames et Messieurs les parlementaires, d’apporter une contribution concrète à la liberté de la presse.
dimanche 3 novembre 2013
Le danger de l’épidémie bretonne
Le danger de l’épidémie bretonne
Retraites, budget, fonctionnaires : les trois sujets à l’agenda de la majorité en septembre laissaient présager une chaude rentrée sociale. Finalement, le gouvernement, au prix de quelques concessions et renoncements, avait su éviter les écueils et obtenu une relative paix sociale. Celle-ci pourrait voler en éclat si le mouvement de colère né en Bretagne devait se répandre à d’autres régions de France.
Derrière l’allumette bretonne que constitue l’écotaxe, les deux mois qui viennent de s’écouler ont vu les plans sociaux s’accumuler, tandis que le « ras-le-bol » fiscal théorisé par Pierre Moscovici à la fin du mois d’août prenait tout son sens au fur et à mesure que les feuilles d’impôt sur le revenu arrivaient dans les boîtes aux lettres. Le « ras-le-bol fiscal » s’est ainsi transformé en « ras-le-bol général », les atermoiements du président et du gouvernement sur de nombreux sujets, tels la gestion catastrophique du cas Leonarda, ne faisant que renforcer le mécontentement des Français. Ajoutez à cela un pessimisme ambiant qui tranche avec l’optimisme forcené d’un gouvernement qui répète à l’envi que « la reprise est là » à des citoyens qui ne voient rien venir, et tous les ingrédients sont réunis pour que le pays gronde de colère.
Le danger d’une propagation du mouvement breton tient notamment à ses origines irrationnelles et à ses revendications fourre-tout, sans oublier l’action des populistes de tous poils, Le Pen et Mélenchon en tête, qui n’hésitent pas, par leurs discours, à souffler sur les braises, quitte à participer à une déstabilisation de l’ordre démocratique. Que les citoyens s’expriment dans les urnes n’est que légitime et toutes les élections partielles depuis l’arrivée à l’Élysée de François Hollande ont montré la clarté du message. Pousser à une forme d’insurrection, sous couvert de discours violents, est d’une tout autre gravité.
Alors que le climat politique, économique et social ne cesse de se dégrader, l’exécutif a déjà fait une croix sur les élections municipales et européennes de 2014. Jean-Marc Ayrault tiendra-t-il jusque-là si le mouvement breton fait tache d’huile et que les Français descendent par centaines de milliers dans la rue pour crier leur ras-le-bol face à la crise ? Probablement pas. La chaude rentrée sociale, c’est maintenant ?
samedi 2 novembre 2013
Mauvais folklore breton
Mauvais folklore breton
Attention danger ! La manifestation annoncée aujourd’hui à Quimper « contre l’écotaxe, pour l’emploi et la Bretagne » a de quoi donner des sueurs froides au gouvernement, mais aussi à tous les élus, syndicalistes et dirigeants socio-économiques et associatifs de Bretagne qui appellent les habitants de leur région à descendre dans la rue. Les uns et les autres devront, en effet, répondre de leurs actes si ce soir, le bilan de la manifestation se compte d’abord, ce qui est probable, en vitrines cassées et en blessés, tant du côté des manifestants que des forces de l’ordre.
Car cette manifestation, organisée par le collectif « Vivre, décider, travailler en Bretagne », ressemble trop à un mauvais folklore, sorte de festival du ras-le-bol tendance « trop d’impôts, de taxes et de charges ; trop de chômage et de plans de licenciement… » Surtout que les participants annoncés à Quimper, s’ils souscrivent à la belle ambition de vivre dans une société idéale, sans impôt, ni chômage mais avec des services et infrastructures publics de qualité, ont des revendications contraires : les patrons défendront une simplification du code du travail tandis que les salariés battront le pavé pour obtenir un gel des suppressions d’emplois, des aides publiques supplémentaires, des services publics renforcés… Sans parler des agriculteurs, des pêcheurs, des retraités…
Heureusement, pour créer un semblant d’unité, les manifestants pourront faire appel à la riche culture bretonne et aux particularismes régionaux si utiles pour souder artificiellement une population derrière un adversaire commun : l’ennemi de Paris, à savoir l’État centralisateur… Derrière ses motivations fourre-tout, la manifestation de Quimper a de désagréables relents régionalistes. Les élus bretons et responsables de tous ordres de cette belle région seraient bien inspirés de tenter d’endiguer cette vague populiste au lieu de la regarder, voire de l’alimenter.
Le gouvernement, pour sa part, ne doit pas oublier que son obligation de réussite vaut pour tout le territoire national. L’écotaxe, héritée de l’ère Sarkozy, était, dès le début, mal engagée. C’est de Bretagne qu’elle est revenue, tel un boomerang, dans les jardins de Matignon et de l’Élysée. Mais c’est tout le pays qui gronde.
samedi 19 octobre 2013
Le coup d’éclat permanent
Le coup d’éclat permanent
C’est sous les applaudissements que le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a quitté le site de l’usine Virtuose à Hirsingue, hier après-midi, à l’issue d’une visite qui a précisément duré cinquante-six minutes. Un courant d’air que cet homme qui a fait de la défense du « Made in France » sa marque de fabrique.
Par ses mots comme par son comportement, qui montrent une évidente volonté d’aller de l’avant, en même temps qu’une assurance confinant à la suffisance, Arnaud Montebourg a charmé son auditoire. Ceux de gauche étaient déjà convaincus, se pressant comme des groupies pour être mieux placés sur la photo. Et ceux de droite ont aussi apprécié l’enthousiasme qu’affiche le ministre du Redressement productif et qui leur rappelle les belles heures du sarkozysme triomphant. D’autant plus que le ministre n’a pas à forcer sa nature quand il a pris dans ses bras une Alsacienne en tenue traditionnelle pour lui claquer la bise.
Le problème est que, s’il a ravi tout le monde, rien n’est réglé dans le dossier Virtuose. C’est d’ailleurs en matière de service après-vente que le bât blesse avec l’enseigne Montebourg, qui promet mais peine ensuite à tenir ses engagements. Florange, Petroplus, PSA en sont quelques exemples notables sur lesquels, au final, il a toujours réussi à reporter sur d’autres la responsabilité de l’échec.
Concernant Virtuose, Arnaud Montebourg a montré les muscles, s’engageant totalement au côté du candidat à la reprise, Pierre Schmitt, et se faisant menaçant envers le liquidateur, invité à « changer de méthode », le procureur général près la Cour d’appel étant, lui, sommé d’aider le ministre « à faire changer le liquidateur de point de vue ». « Aux auxiliaires de justice d’écouter un peu plus le gouvernement » a encore lancé Arnaud Montebourg. L’homme est ainsi, alternant de grandes tirades publiques sur l’engagement de tout le gouvernement et des services de l’État derrière le projet de reprise, avant de reconnaître, à huis clos, que le soutien financier ne peut être que limité. Et que la Banque publique d’investissement ne peut intervenir car son rôle est de venir en appui du soutien des banques et pas en complément d’investisseurs privés ne disposant pas du soutien de ces mêmes banques. Virtuose est donc loin d’être une affaire réglée. La volonté est nécessaire, mais c’est sur le résultat que sera jugé Arnaud Montebourg. Comme tout le gouvernement.
vendredi 20 septembre 2013
Cumul : un combat d’arrière-garde
Quand vous croisez un élu qui cumule les casquettes et que vous n’êtes pas au fait de l’ordre protocolaire qui veut que vous devez choisir le titre le plus important, optez simplement pour « Président ». Vous n’avez, en effet, que peu de risques de vous tromper puisque les cumulards -maires et/ou conseiller général et/ou régional et/ou parlementaire- président toujours une flopée d’assemblées ou d’organismes publics (conseils d’administration de collège, hôpital…). En la matière, les femmes ont d’ailleurs beaucoup de retard sur les hommes. Ce qui explique aussi pourquoi le cumul des mandats, dont la limitation est examinée par le Sénat depuis hier, est une réforme délicate.
Surtout, cette maladie bien française dépasse les clivages politiques. Selon le palmarès des cumulards établi par L’Express , le Strasbourgeois Roland Ries est champion d’Alsace devant les députés maires de Cernay, Michel Sordi (UMP), et de Haguenau, Claude Sturni (DVD). En Franche-Comté, le maire PS de Besançon domine un autre socialiste, sénateur et président du conseil général de Haute-Saône. Le maire de Belfort, PS depuis peu, est troisième, ex aequo avec le député maire (UMP) de Lons-le-Saunier. En matière de cumul, l’équilibre est respecté.
Promise par le candidat Hollande, l’interdiction de cumuler un mandat de parlementaire avec celui d’un exécutif local (maire, président ou vice-président de conseil général ou régional) est ainsi sous la menace d’un rejet du Sénat majoritairement à gauche. Un veto ne remettrait pas en cause l’adoption définitive du texte – le dernier mot reviendra aux députés, qui y sont favorables – mais représenterait une tache, pour le gouvernement comme pour le Sénat. Si le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, a indiqué hier à la chambre haute qu’il n’y avait rien à négocier, le fait que la réforme recueille l’assentiment des Français – et ne coûte rien – n’est sûrement pas étranger à la détermination gouvernementale.
De l’autre côté, les sénateurs hostiles à la réforme disent craindre que les élus soient déconnectés du terrain. Mais ne le sont-ils pas déjà aujourd’hui, quand ils courent après le temps car surchargés de travail, enchaînant les rendez-vous entre deux réunions et coupers de ruban ? En ces temps où le travail est rare, les Français veulent un élu à plein-temps pour chaque fonction. En clair, que les députés et sénateurs travaillent au Parlement pour rédiger de bonnes lois plutôt que de labourer le terrain pour préparer la prochaine élection. Charge aux maires de faire leur travail de leur côté.
mercredi 18 septembre 2013
Le buzz vengeur
Hier à 18 h 30, la page Facebook de soutien au bijoutier de Nice ayant abattu, mercredi dernier, l’un de ses agresseurs alors que ceux-ci prenaient la fuite à scooter, comptait 1 635 137 clics de soutien et près de 1,5 million de commentaires. Un buzz médiatique à la mesure de l’émotion suscitée par une affaire qui risque de diviser profondément la société française jusqu’à son épilogue judiciaire, soit au bas mot dans quatre ou cinq ans.
Sur le papier, les faits sont aussi dramatiques que simples. Un commerçant, après avoir été agressé, frappé et volé par deux individus, se fait vengeance en leur tirant dessus – avec un pistolet détenu illégalement – alors que ses braqueurs s’enfuient à scooter. Difficile pour la justice, dans ces conditions, de retenir l’état de légitime défense, puisque Stephan Turk n’était plus menacé par ses agresseurs. Bien sûr, le bijoutier ne manque pas de circonstances atténuantes : la peur, la colère, la douleur… Et puis, qui n’a pas, sous le coup de l’émotion, été tenté, un jour, de se faire justice ? Qui n’a pas, dans un moment d’emportement, espéré retrouver l’agresseur de son fils ou le cambrioleur qui a tout dévasté pour leur rendre la monnaie de leur pièce ? Sauf que des paroles aux actes, il y a, heureusement, une barrière. Celle de la vengeance est infranchissable dans une société civilisée où l’autodéfense n’est justifiée que par la légitime défense. Sinon, c’est la porte ouverte à toutes les exactions, à une société sans justice, aux règlements de comptes permanents, à l’image de ce qui se passe à Marseille dans le milieu de la drogue.
Si l’on peut comprendre les raisons qui ont poussé le bijoutier niçois à se faire vengeance, cela ne peut en rien l’exonérer de répondre de son geste devant la justice. Ce ne sont pas 1 635 137 personnes qui ont cliqué sur Facebook qui le jugeront – et, le cas échéant, l’acquitteront,- mais bien l’institution judiciaire.
Au-delà de la capacité des réseaux sociaux à réagir, voire à surréagir, ce tragique fait divers confirme aussi que la manipulation de l’opinion, sous couvert d’anonymat, et la récupération politique ne sont jamais loin du phénomène internet. C’est aussi pourquoi l’affaire du bijoutier niçois risque de faire le buzz encore longtemps.
mardi 17 septembre 2013
Fillon dans une posture primaire
La maison UMP est en feu depuis que François Fillon a déclaré, il y a une semaine, avant de récidiver vendredi, que les électeurs de droite devaient choisir, en cas de duel PS-FN, « le moins sectaire ». Au-delà du jugement de valeur – qu’est-ce qui définit un candidat sectaire ? – cette prise de position choque d’abord car venant d’un homme qui s’est toujours inscrit dans la ligne du gaullisme social, incompatible avec les idées d’extrême droite. L’ancien Premier ministre avait d’ailleurs toujours œuvré à maintenir une digue infranchissable entre l’UMP et le Front national. Ne déclarait-il pas, il y a quelques mois, avoir souffert, à Matignon, de la droitisation de la campagne de Sarkozy sous l’influence de Patrick Buisson ?
Alors, pourquoi ce soudain virage à droite ? François Fillon a tout simplement tiré les leçons de son échec à conquérir l’UMP à l’automne 2012. Dans sa ligne de mire, il y a la primaire en vue de la présidentielle de 2017. Laquelle, pour l’ancien Premier ministre, se gagnera d’abord à droite. Comme ce fut le cas pour la présidence de l’UMP. Mais outre le fait qu’il est quand même compliqué d’être crédible quand on déclare tout et son contraire à quelques semaines d’intervalle, le nouveau héraut de la « droite forte » de l’UMP, celle qui rêve ouvertement d’un Pacs électoral avec le FN, risque de perdre gros. Car si la primaire d’une l’UMP décomplexée se joue à droite, l’élection présidentielle sous la Ve République sacre le candidat qui sait fédérer, y compris par défaut. En 2012, Hollande a ainsi profité du rejet, par une partie du pays, de Sarkozy, celui-là même qui avait gagné en 2007 parce que Ségolène Royal était, par son style notamment, trop clivante.
Alors, les déclarations de Fillon peuvent-elles faire imploser l’UMP ? Probablement pas dans la mesure où celui-ci reprend une position qui est majoritairement soutenue par les adhérents du premier parti français d’opposition. Cela met cependant en avant un décalage entre les préoccupations des responsables du parti et celles des Français, ainsi que des désaccords profonds à son sommet.
S’il a gagné de nouveaux adeptes, François Fillon a aussi vu ses lieutenants – qu’il n’avait pas avertis – prendre leurs distances. Alors qu’il avait pris l’ascendant, dans l’opinion publique, sur Jean-François Copé, l’ancien Premier ministre réhabilite son rival de manière inespérée pour ce dernier. Voilà qu’entre Fillon et Copé, le deuxième apparaît désormais comme le moins sectaire des deux. Spectaculaire rebondissement.
lundi 16 septembre 2013
Il n’y a pas eu de miracle
Quinze minutes sur la Syrie, autant sur l‘économie française, cinq minutes sur la sécurité et puis s’en va… En trente-cinq minutes calibrées au cordeau, François Hollande a « fait le job » hier soir, lors de son entretien avec Claire Chazal sur TF1. Dans un décor somptueux, très éloigné d’un homme « normal », le président de la République n’a cependant rien dit qui puisse soulever l’enthousiasme du pays. Mais peut-être le président devait-il tout simplement rappeler qu’il y a un locataire déterminé à l’Élysée, malgré les tempêtes, présentes et futures. En somme, faire acte de présence.
Sans tomber dans la caricature à laquelle s’adonne la classe politique en pareille occasion – la droite l’aura trouvé « impuissant », « spectateur plutôt qu’acteur » tandis que la gauche aura vu « un capitaine tenant le cap » – que faut-il retenir de l’intervention présidentielle d’hier soir ?
Sur la Syrie, François Hollande a repeint le tableau en rose, attribuant à la pression mise par la France et les États-Unis la proposition de la Russie de placer sous contrôle international les armes chimiques du régime de Damas. Renvoyant dos à dos Bachar el-Assad et les djihadistes, François Hollande a précisé que « l’opposition démocratique » représente la Syrie. Sauf que si les États-Unis sont sur la même longueur d’ondes, ce n’est pas le cas des Russes et des Chinois. Ceux-là même qui, à en croire François Hollande, donneront leur aval à une intervention militaire en Syrie au Conseil de sécurité de l’Onu, si le contrôle des armes chimiques est entravé. Difficile, vraiment, de croire le président sur parole.
En matière économique, François Hollande a clairement indiqué qu’il souhaite que la France suive le modèle allemand. Sur les moyens d’y arriver, les choses sont bien moins nettes. Assurer la croissance par un bon niveau d’investissement des entreprises et une forte consommation des ménages ne se décrète pas sous les lambris d’un palais de la République. N’en déplaisent aux Verts, invités à réfléchir à deux fois avant de quitter le gouvernement, la « pause fiscale » est actée. Sauf que cette réalité passera inaperçue puisque les conséquences des hausses d’impôts décidées par les gouvernements successifs seront pleinement visibles en 2014, voire 2015. Encore un coup pour rien. Un peu à l’image de l’entretien télévisé d’hier.
Hollande : le film du dimanche
Le président de la République s’ennuierait-il le week-end ? Toujours est-il que ses trois dernières interventions télévisées ont eu lieu un dimanche : Capital sur M6 en juin, l’interview du 14 Juillet, et donc ce soir chez Claire Chazal.
Certes, le service communication de l’Élysée n’a rien pu pour éviter que l’interview du dimanche 14 juillet ait lieu… un dimanche. Mais pour le reste, il ne faudra pas s’étonner que les résultats d’audience soient à peine plus élevés qu’un épisode multidiffusé de la série Derrick. Car même quand on s’intéresse aux affaires de son pays, et quel que soit le locataire de l’Élysée, qui a sérieusement le courage de se passionner pour un tel rendez-vous alors que s’achève le week-end et s’annonce une nouvelle semaine de travail pour ceux qui en ont, une énième semaine de vaine quête d’activité pour ceux qui en cherchent ?
Bref, à tous les indéfectibles passionnés de la chose publique qui seront ce soir devant leur poste de télévision pour écouter la bonne parole présidentielle – un tel exploit ne mériterait-il pas une déduction fiscale, M. Moscovici ? – François Hollande va expliquer qu’il tient la barre, maintient le cap et ne cède rien sur rien. Pour le reste, il n’y a pas grand-chose à en attendre.
Il sera bien sûr question de la Syrie. Pour dire, probablement, que la France tiendra son rang, vigilante, prête à intervenir pour soulager un peuple en souffrance. Le problème est que cette intervention – télévisée – sur l’intervention – militaire – intervient trop tôt ou trop tard. La question a, en effet, été réglée entre Russes et Américains à Genève. Mais ne comptez pas sur François Hollande pour reconnaître que la France, isolée, a eu les pieds et les poings liés par la proposition russe acceptée par les Américains.
L’autre sujet chaud du moment relève de la politique intérieure. Europe Écologie-Les Verts est en surchauffe, menaçant de claquer la porte du gouvernement si la transition énergétique n’est pas décrétée priorité nationale. Le tout accompagné d’un ultimatum : si le président n’annonce pas une hausse immédiate du prix du gazole, les Verts font sécession. Comme si la transition énergétique se résumait à une mesure aussi démagogique et surtout inutilement symbolique. Heureusement, entre le « ras-le-bol fiscal » des Français et le « ras-le-bol environnemental » des écolos, François Hollande, s’il veut éviter un « ras-le-bol électoral » au printemps prochain, ne devrait pas hésiter.
mercredi 11 septembre 2013
Toute puissante communication
Mardi, à la veille de l’ouverture du salon automobile de Francfort, PSA Peugeot Citroën dévoilera, parmi une flopée de concept cars et voitures de technologie futuriste, telle la 2008 Hybrid’Air, la nouvelle Peugeot 308, fabriquée à Sochaux, ou encore le nouveau grand C4 Picasso. Deux véhicules grand public qui ont été salués par la presse, tant en France qu’à l’international. Ce qui ne garantit pas un succès commercial mais permet de démarrer sur de bonnes bases.
Il est cependant une question légitime que l’on peut se poser, s’agissant d’un constructeur qui a engagé un plan de réduction d’effectifs supérieur à 11 000 emplois en France en trois ans : est-il raisonnable, pour un nouveau véhicule, même de l’importance de la 308, d’organiser des essais presse internationaux rassemblant quelque 800 journalistes en Alsace et dans le Nord Franche-Comté ? Tout comme devant son poste de télévision ou au cinéma, on peut s’interroger sur la pertinence d’un spot publicitaire qui a coûté plusieurs dizaines, voire des centaines, de milliers d’euros, pour un résultat aléatoire. Surtout que le message tient plus de l’émotionnel que du rationnel. Cela correspond au slogan de Peugeot, « Motion & Emotion », mais révèle finalement peu d’éléments sur la voiture.
La réponse à ces questions légitimes est toujours positive. Concernant les essais presse, leur coût est une goutte d’eau dans le budget communication d’un constructeur mondial, y compris quand il s’agit de faire venir des journalistes du monde entier pour une journée entre Sochaux et Ribeauvillé. Surtout, les retombées sont sans commune mesure puisqu’on touche là au concret. La presse a apprécié ? « Tant mieux », réagissent les constructeurs qui, à l’inverse, lorsque le véhicule est descendu en flèche, sont tout aussi impuissants. Tout au plus vont-ils accroître la campagne de pub, bien plus coûteuse que ces essais.
Quant aux messages publicitaires, qui peuvent parfois paraître en décalage avec l’objet, à savoir une voiture, toutes les études montrent que l’acte d’achat relève de l’émotion, du plaisir, et pas des performances. Surtout à notre époque où les véhicules se ressemblent peu ou prou et où l’automobiliste apparaît avant tout comme un pollueur ou un danger public.
Ainsi donc, communiquer reste vital pour tout constructeur et donc pour PSA, y compris quand il décide une sévère réduction de coûts et un dégraissage des effectifs. Car s’il est indispensable de faire des véhicules au design novateur et à la qualité irréprochable, le vendre compte plus que tout. Et dans notre société de la communication permanente, l’image est une bataille de tous les instants.
mardi 10 septembre 2013
Apprendre à user du chéquier
Apprendre à user du chéquier
Si vous vous demandez quels sont les secteurs économiques porteurs en France, cochez, sans hésiter, la case « soutien scolaire ». Et pour le coup, cela ne vous coûtera rien, pas même le tarif horaire moyen (36,50 €) du soutien à domicile ou dans les organismes privés. Plus sérieusement, l’explosion de cette activité du soutien scolaire, qui générerait un chiffre d’affaires annuel de 2,5 milliards d’euros dans notre pays, démontre à la fois la faillite du système éducatif et le fossé qui, toujours, se creuse un peu plus, dès qu’il est question d’éducation, au sein de la société française. Des belles paroles de Jack Lang aux promesses de Nicolas Sarkozy, aucun gouvernement, de gauche comme de droite – laquelle n’a jamais hésité à envoyer sur ce front des ministres centristes qui n’ont pas fait mieux – personne n’a réussi le défi de « l’école de la réussite pour tous ». Le trio Hollande-Ayrault-Peillon ne fera pas mieux. Malgré sa tentative, pour une fois concrète, d’aller plus loin qu’un simple rafistolage avec la loi sur la Refondation de l’école. Subsistent cependant trop les réalités des années 80 plaçant les séries générales au sommet de la pyramide, puis les filières technologiques et, quand on ne sait plus quoi faire de l’élève, la voie professionnelle. Une hiérarchie qui s’est imposée tant parmi le corps enseignant que dans les familles. C’est ce système qui aboutit au fait qu’un collégien sur cinq et un lycéen sur trois ont, selon un sondage TNS Sofres, recours au soutien scolaire. Les enseignants sont mal payés et peu considérés ? Alors qu’eux-mêmes peinent à transmettre leur foi en l’Éducation nationale, il ne faut pas s’étonner que les Marchands du Temple aient trouvé une porte d’entrée. Loin de la solidarité entre voisins qui prévalait il y a plusieurs décennies – et pouvait rapporter quelques pièces – le soutien scolaire est aujourd’hui une activité organisée. Méritant même le statut d’auto-entrepreneur, qui « est un gage de sérieux (du marketing) pour inciter les prospects à vous contacter », précise un site spécialisé. Le sujet est tabou, mais deux réalités s’imposent : tandis que les familles qui en ont les moyens ont, souvent à tort, l’impression de pallier, moyennant un beau chèque, aux manquements de l’Éducation nationale, certains enseignants trouvent aussi dans le soutien scolaire une source, pas toujours déclarée, de revenus complémentaires.
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