En appelant l'enseignement catholique à respecter la neutralité dans le cadre du débat sur le mariage gay, Vincent Peillon est accusé par une partie de la droite de "rallumer la guerre scolaire". Comment en est-on arrivé là?
lundi 7 janvier 2013
Peillon et l'école catholique: une question plus politique qu'éducative
Le gouvernement n'avait sans doute pas besoin d'une nouvelle polémique. En rappelant à l'enseignement catholique son obligation de neutralité, Vincent Peillon a déclenché une petite tempête, à quelques jours de la manifestation du 13 janvier contre le mariage homosexuel.
Les relations entre Vincent Peillon et l'enseignement catholique étaient jusque-là apaisées. La campagne présidentielle lui avait donné l'occasion de s'exprimer sur ce point. Peillon, responsable du pôle éducation de Hollande, pourfendait alors les "intégristes" de la laïcité, et défendait une gestion mesurée des relations avec l'école privée. Pas question par exemple de revenir sur la loi Carle de 2009 (qui garantit la parité de financement entre les écoles publiques et privées accueillant des élèves scolarisés hors de leur commune) comme le réclamaient depuis des années les associations laïques.
Six mois plus tard, l'heure est à la radicalisation, dans les deux camps. Du côté du ministère d'abord, pressé par ses partenaires syndicaux, Unsa, en tête, qui a fait de la défense d'une laïcité radicale sa marque de fabrique. "La pression des laïcs purs et durs est très forte", assure Bernard Toulemonde, ancien directeur au ministère de l'Education nationale. En demandant aux rectorats la plus grande vigilance quant à l'organisation de débats sur le mariage homosexuel dans les établissements catholiques, Vincent Peillon se glisse dans un rôle qu'il affectionne, celui du hussard noir Troisième République. Mais les temps ont changé. "La lettre de Peillon a envenimé le climat. C'est une échauffourée grave, une maladresse du gouvernement qui témoigne d'un manque de maturité vis-à-vis des relations avec l'enseignement privé", témoigne-t-on au secrétariat général de l'enseignement catholique.
Dans cette affaire, l'enseignement catholique n'a pas non plus fait preuve de mesure. "L'enseignement catholique est en désaccord avec une évolution législative ouvrant le mariage et la parentalité aux couples homosexuels", explique l'institution dans une lettre aux établissements datée du 12 décembre. Ce courrier que l'enseignement catholique a pris soin de diffuser par communiquéillustre bien sa reprise en main par les évêques, qui s'en étaient désintéressé dans les années 1980/1990. "Cette lettre est signée par Claude Berruer, l'homme lige du Vatican au secrétariat général. Il s'agit là de rappeler la doctrine de l'Eglise et de faire pression sur les élèves", juge Bernard Toulemonde, fin connaisseur de l'enseignement catholique. Dans un contexte de large déchristianisation, les écoles privées sont un terrain de prosélytisme pour l'Eglise qui vient de lancer un mouvement de "nouvelles évangélisations".
Avec son rappel à l'ordre à l'enseignement catholique, Peillon pousse-t-il dans la rue les défenseurs de l'école libre, dont la dernière mobilisation, en 1984, avait conduit à la démission du ministre de l'Education de François Mitterrand? "Le contexte et le climat n'ont rien à voir", objecte Bernard Toulemonde. "Il ne s'agit pas pour nous de ranimer la guerre scolaire: après la lettre de Vincent Peillon aux recteurs, Eric de Labarre, le secrétaire général de l'enseignement catholique a revu sa position", assure-t-on dans l'entourage du ministre.Qu'importe le mal est fait. L'opposition s'est emparée du sujet: samedi dans Le Figaro, Laurent Wauquiez a dénoncé les propos "scandaleux" de Peillon, qui chercherait "à faire culpabiliser les chrétiens".
La question des relations entre l'Education nationale et l'enseignement privé est de fait plus politique qu'éducative. Nicolas Sarkozy en avait même fait un élément de son argumentaire de campagne, lançant à Laurent Fabius lors d'un débat télévisé: "Souvenez-vous de François Mitterrand et de l'école libre. Souvenez-vous de ce blocage."
Porte-parole… d’évangile
Porte-parole… d’évangile
Était-il besoin de ces jets d'huile (sainte ou non) sur le feu ? La polémique née du rappel à l'ordre laïc, adressé par Vincent Peillon, ministre de l'Éducation nationale, au secrétaire général de l'enseignement catholique, ressuscite de vieilles querelles. Elle va contribuer à une radicalisation des positions à huit jours de la « grande manif » contre le « mariage pour tous ». Comme toujours, il devient nécessaire de faire la part des choses. Disons-le tout net, la lettre de la direction de l'enseignement catholique aux 8.500 chefs des établissements catholiques sous contrat était inopportune.
Outre qu'elle semblait s'adresser indistinctement aux élèves de tous âges, elle est intervenue trop tardivement (le 12 décembre), au moment où la discussion prenait un tour très politique. Dès lors, elle apparaissait plus comme un appel à la mobilisation qu'à une invitation au débat « éclairant ». On aurait donc volontiers souscrit à la réaction de Vincent Peillon si sa référence au strict principe de laïcité et de neutralité avait été inattaquable.
Mais, en présentant le « mariage pour tous » comme une « avancée », en réponse à une question posée dans un collège public du Loiret, la ministre et porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, a bel et bien fait du prosélytisme. Bien qu'elle s'en défende, elle a formulé un jugement de valeur. D'où ces questions. N'y aurait-il de bonne parole qu'émanant du gouvernement ? L'exercice d'un « magistère moral » serait-il une exclusivité de gauche ?
Sur plusieurs dossiers récents, « l'esprit d'équité et de dialogue » semble avoir manqué à la majorité. Est-il normal qu'un député PS adresse son « mépris républicain » au Medef ? Est-il normal que Najat Vallaud-Belkacem absolve de manière éhontée les sportifs français, exilés fiscaux, parce qu'ils ont fait moins de tapage dans leur fugue dorée que Depardieu ? Curieuse conception de l'égalité.
Ou faut-il s'incliner en considérant Najat Vallaud-Belkacem comme une porte-parole… d'évangile ?
Déprime à la française
Déprime à la française
Sale temps pour le médicament. Après la pilule contraceptive qui a fait naître les pires craintes, c’est au tour du comprimé antidépresseur d’angoisser des experts. Comme en écho au drame du Mediator, et à d’autres, ces doutes bousculent l’approche thérapeutique en France. La passion de la prescription y est donnée pour dévorante. À croire que la santé passe, forcément, par l’ordonnance.
Flagrant dans les pathologies touchant au physique, le « réflexe gélule » s’est étendu aux maux de l’âme. Le terrain était favorable. Les consommations d’alcool et de cannabis témoignent d’un tropisme national pour les psychotropes, même ceux non pris en charge par la Sécurité sociale.
Le succès des « pilules du bonheur » profite aussi de mécanismes complexes, anciens. L’intrication des liens entre patient et médecin, la pression des laboratoires, un système de remboursement très protecteur ne sont pas pour rien dans l’addiction du pays à la chimie en général. Et aux substances psycho-actives en particulier.
Pour corser le tout, s’est développée une pensée qui ne légitime plus seulement mais impose un traitement pharmaceutique de toute plainte, qu’elle vise le corps ou l’esprit. Une médecine de la cause et de son remède moléculaire s’est installée. Du coup, la chaîne de soins s’est conformée à cette idée, sans que personne ne parvienne à siffler la fin de l’escalade.
L’antidote aux habitudes de consumérisme médical reste à trouver. Le problème n’est pas tant le médicament que ses usages banalisés et dans certains cas inappropriés. Avalons d’abord, on discutera ensuite. Voilà bien une curieuse conception des priorités. Parfois toxique, souvent coûteuse. L’étrange déprime à la française, dont parlent les spécialistes, désigne peut-être le spleen incurable des payeurs de l’assurance-maladie.
L'aveuglement volontaire
L'aveuglement volontaire
« Mon père était communiste, il écoutait Radio Moscou »,
c'est avec cet argument que Gérard Depardieu a justifié sa démarche
auprès de Vladimir Poutine pour obtenir un passeport russe. Après quoi,
joignant le geste à la parole, il s'est rendu à Sotchi, la station
balnéaire des bords de la mer Noire, pour y rencontrer le président
russe. Ce dernier ne peut que se frotter les mains des déclarations du
comédien affirmant que « la Russie est une grande démocratie ».
Dans un pays qui manifeste de longue date une grande vénération pour
les acteurs populaires français, les dernières sorties de Gérard
Depardieu sont du pain bénit pour un régime dont le caractère
autoritaire ne cesse de s'affirmer.
Quelle est donc la grande démocratie que célèbre l'acteur tout en
maniant l'argument de la nostalgie communiste dont Poutine sait user et
abuser ? C'est un pays où la corruption de la justice permet de
condamner sans coup férir celui que le pouvoir désigne. Un pays qui fait
des innocents des coupables, comme le dit le titre du livre récent de
la journaliste Zoïa Svetova (1). Un pays où Zara Mourtazalieva, une
jeune étudiante tchétchène vivant à Moscou, a pu être condamnée à neuf
ans de camp dans un procès monté de toutes pièces, accusée d'avoir
préparé un attentat qui n'a jamais existé que dans l'imagination de ceux
qui avaient besoin d'une condamnation pour leurs états de service. Un
pays où l'avocat Serge Magnistki est mort en prison pour avoir dévoilé
les malversations commises par des fonctionnaires russes contre son
client.
Dans la Russie qu'aime tant Depardieu, le FSB, héritier de l'ancien
KGB, règne en maître, tenant sous surveillance tous les « ennemis »
potentiels du régime, et les libertés fondamentales sont, chaque jour,
davantage limitées. On vient d'y interdire aux titulaires d'un double
passeport de diriger des ONG, et le Kremlin soutient encore le régime de
Bachar al-Assad, empêchant ainsi que prenne fin une guerre civile
effroyable qui a déjà fait plus de 60 000 morts.
La « culture » dont Gérard Depardieu se réclame, en évoquant son père qui écoutait Radio Moscou,
était celle d'un aveuglement qui ne voulait pas voir les crimes du
régime communiste. Cet aveuglement volontaire lui permet, aujourd'hui,
d'ignorer le sort réservé à Mikhaïl Khordorkovski - emprisonné depuis
2003 et condamné à la détention jusqu'en 2016 au terme de deux procès
qui furent une parodie de justice - et le fait que les commanditaires de
l'assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa, en 2006, n'ont
jamais été inquiétés.
Cette même culture, qui n'a honte de rien, lui a permis de flatter
Islam Karimov, dictateur sans états d'âme d'Ouzbékistan, de se rendre à
Grozny pour célébrer l'anniversaire de Ramzan Kadyrov, qui règne sans
partage sur la Tchétchénie.
Il ne manque à Gérard Depardieu pour parfaire son sinistre « tableau
d'honneur » que d'aller serrer la main d'Alexandre Loukachenko qui a
fait de la Biélorussie une sorte de Jurassik Park du socialisme réel. Il
pourrait aussi féliciter les chefs du parti communiste chinois pour le
bonheur qu'ils imposent au Tibet et la douceur de leurs geôles dans
lesquelles moisissent entre autres les écrivains Liu Xiaobo - prix Nobel
de la Paix 2010 - et Li Bifeng - récemment condamné à douze ans de
prison - et où l'on prélève le sang ou les organes des condamnés à mort
avant leur exécution.
L’équation impossible
L’équation impossible
Mollement accusé de vouloir rallumer la guerre scolaire par une droite convalescente, le gouvernement s’apprête à passer un nouvel examen ce mardi avec l’annonce de ses mesures sur l’école.
La réforme des rythmes scolaires est en effet depuis toujours ou presque un sujet à hauts risques dans notre pays, comme chez nos voisins d’ailleurs. Il y a là, plus que dans tout autre domaine, une part d’irrationnel et d’affectif qui rend la discussion passionnelle pour ne pas dire impossible.
Enseignants, parents, chronobiologistes sont convaincus que le système actuel n’est pas bon ou en tout cas pas optimal et le disent. Ce n’est d’ailleurs pas qu’une impression : de récents rapports mettent en évidence la stagnation du niveau moyen des acquis ou la progression des inégalités scolaires.
Chacun s’accorde donc unanimement à réclamer sa refonte, au nom du sacro-saint bien-être de l’enfant. Mais au moindre aménagement, à la plus petite évolution, au simple fait d’envisager de….. se lèvent étendards corporatistes et boucliers humains.
Du coup, depuis 40 ans, on va de mesurette en mesurette, de demi-réformes en quarts d’amendements. Sans que rien ne change vraiment. Cette fois pas plus que les précédentes.
Bien sûr, on va revenir à la situation d‘avant 2008 et donc à quatre jours et demi d’école par semaine avec des journées plus courtes. C’est déjà un progrès. Mais les négociations, avec les syndicats et les communes notamment, ont vidé le projet initial de sa substance et différé son application dans le temps.
Sauf improbable surprise, il n’y aura rien de neuf sur la réduction des vacances scolaires l’été ou l’augmentation annuelle du nombre de jours de classe visant à se rapprocher des standards européens (144 jours d’école en France contre 187 en moyenne dans l’OCDE). Pas plus que sur l’allégement des programmes en primaire, la baisse des effectifs et autres idées phare de ce qui devait être une « refondation » et qui ne sera, comme d’habitude, qu’un aménagement.
Mort aux vieux !
Dans une société basée sur le profit, où l'on considère l'humain comme une unité de production tout juste bonne à être remplacée une fois devenue inutilisable, quelle place gardera-t-on pour les « usagés », source de dépenses sans contrepartie ?
J’ai été frappé par la récente coïncidence de deux événements survenus la semaine dernière, et a priori sans rapport entre eux:
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| Soleil Vert |
Pendant longtemps, dans la plupart des cultures, les vieux étaient à la fois moqués (le « barbon »), mais aussi respectés, car supposés gagner en sagesse, en savoir et en expérience. Et le système des retraites par répartition a été inventé, créant une solidarité entre générations qui n’est, au fond, sachant que nous serons tous vieux un jour, que de l’égoïsme collectif et intelligent à long terme.
Mais nous sommes en train de changer de société et de culture.
Nous sommes entrés dans le monde du court terme, dans lequel tout objet ne vaut que tant qu’il peut être source de bénéfices, mais qui, dès qu’il se révèlera défectueux, se trouvera totalement dévalorisé et envoyé à la casse. Et, très logiquement, l’homme devient un « objet » et est progressivement traité comme tel.
C’est déjà, depuis longtemps, le cas des salariés-kleenex, mis à la poubelle non seulement lorsque leur savoir-faire ne répond plus à aucune demande du marché, mais lorsque leur âge les rend nécessairement moins performants : « dégraissages » et quasi-impossibilité de retrouver un autre emploi dès la cinquantaine.
Mais il n’y a aucune raison pour que cette logique économique s’arrête là. Comme le faisait remarquer dès 2002 le psychanalyste Charles Melman (1), « cette économie libidinale (...) est aujourd’hui au principe des relations sociales, à travers la façon de se servir du partenaire comme un objet que l’on jette dès qu’on l’estime insuffisant » : c’est vrai pour les mariages, comme ce sera bientôt vrai pour les vieux.
Et de poursuivre sa démonstration : « Le problème de la prolongation de l’existence, par exemple, va poser des questions qu’il faudra résoudre. La masse des vieux coûtera cher à toute une génération. Et celle-ci devra trouver le moyen, avec des apparences honnêtes, de régler ce problème, c’est-à-dire de jeter ce qui, après avoir servi, est devenu usagé, source de dépenses sans contrepartie. (...) Je vois très bien se profiler cette perspective : les compagnies d’assurances versant des primes aux personnes âgées qui auront souscrit des polices afin qu’elles servent à assurer un héritage à leur descendance, moyennant euthanasie pour raccourcir un parcours socialement onéreux. Le dire comme cela paraît abominable et monstrueux. Mais on voit régulièrement des choses semblables se passer. Alors pourquoi pas celle-là ? On développera toutes les argumentations et les théories nécessaires pour justifier l’affaire. Il y aura même des volontaires, il y en a d’ailleurs déjà. Alors on commencera par accepter, légaliser l’euthanasie, et puis à partir de là... »
Complétons le raisonnement : de l’euthanasie pour mettre fin à des souffrances sans espoir de rémission et que la médecine est incapable de soulager, on glissera progressivement vers l’euthanasie pour convenance personnelle sans justification médicale (« ma vie ne m’intéresse plus ») , puis à la pression sociale culpabilisatrice envers ceux qui, refusant l’euthanasie, s’obstinent à constituer une charge improductive pour la société, alors qu’ils pourraient, en anticipant le moment de l'héritage, contribuer à la prospérité des jeunes générations encore actives : processus dont les biscuits alimentaires de « Soleil Vert » ne constituaient que le symbole prémonitoire...
On vit une époque formidable : bonne année à tous !
1- Dans son livre « L’homme sans gravité », Folio Essais, Denoël, 2002
Charles VII reconstruit le royaume de France
1415-1453 ÉPILOGUE DE LA GUERRE DE CENT ANS. Maniant avec talent la diplomatie comme l'artillerie, Charles VII chasse les Anglais qui avaient conquis la majeure partie du territoire français, mettant ainsi fin à cent seize ans de conflits.
Le 5 août 1392, le roi de France Charles VI traversait une vaste plaine écrasée sous le soleil de midi aux abords de la forêt du Mans. Epuisé, le souverain s'était assoupi tout en chevauchant, malgré la troublante rencontre qu'il venait de faire avec un inconnu qui lui avait dit de se méfier, car il était trahi.
Brusquement, il fut réveillé par le bruit de la lance d'un page tombant sur un de ses voisins. Charles dégaina alors son épée et se lança contre sa suite en hurlant à l'assaillant. Son frère Louis d'Orléans dut fuir pour éviter son agression. Médusés, ses serviteurs tentèrent de le maîtriser et quatre hommes moururent avant qu'il ne soit pris, ligoté et allongé sur un chariot où il perdit connaissance.
Il fallait se rendre à l'évidence : le roi de France était devenu fou. Et son mal irait grandissant, ouvrant une vacance au sommet de l'Etat, d'où allaient naître la division, la discorde, puis l'invasion et l'occupation. A la faveur de cette impuissance nationale, les Anglais entreraient en France comme dans du beurre.
Car le gouvernement se divise alors entre des partis et des clans dont les noms sont entrés dans l'histoire : les Armagnacs et les Bourguignons. Chacun d'eux veut exercer le pouvoir au profit de sa clientèle et de ses proches. Assassinats, trahisons et disgrâces se poursuivent si bien que les souverains anglais comprennent l'opportunité de reprendre les armes et, sous prétexte de querelle de succession à la couronne de France, de se lancer dans une nouvelle session de pillages et d'extorsions de fonds.
C'est ainsi que, en octobre 1415, sous le commandement d'Henri V, une petite armée de 6 000 soldats anglais a débarqué en Normandie, près de Harfleur. Sous le commandement du connétable de France Charles d'Albret, une troupe de 30 000 hommes, la fine fleur de la chevalerie, doit lui barrer le passage et la détruire. Ainsi le jour de la Saint-Crépin, si bien décrit par Shakespeare, les deux forces se font face.
A la fougueuse charge de la cavalerie lourde française répondent les flèches des archers anglais. Avant même la mêlée, la première ligne française est liquidée à distance par les tirs ennemis. Le soir de la bataille d'Azincourt, le roi d'Angleterre Henri V a gagné son hégémonie sur les deux royaumes. Par le traité de Troyes, en 1420, il est officiellement reconnu successeur de son nouveau beau-père, Charles VI, le fou. Mais il meurt avant ce dernier.
Bientôt, son fils Henri VI, tout juste âgé de 9 mois, devient roi de France et d'Angleterre. La majeure partie du territoire est soumise aux Anglais. Le pays connaît une forme d'occupation, la guerre civile fait rage, quand ce n'est pas l'anarchie, les petits seigneurs en profitant pour régler de vieux comptes ou détourner des terres et des revenus à leur profit. Paris, dominé par le parti bourguignon, est un soutien constant à la couronne anglaise.
Quelques princes refusent cette situation et, en particulier, l'héritier direct de Charles VI, le dauphin Charles, qui rejette le traité de Troyes, et trouve refuge dans la région Centre, avec Bourges pour capitale. Disons-le haut et fort : Charles, septième du nom, a été un très grand roi et la clé principale de la renaissance du royaume de France.
Habile stratège, il s'est lancé dans une politique de reconnaissance diplomatique sans précédent. Il a aussi compris mieux que d'autres la puissance nouvelle de l'artillerie pour reconquérir les villes. Il a su enfin s'entourer de serviteurs dont la fidélité lui a permis de compenser l'avidité des grands clans qui composaient son entourage.
Si nous avons de lui une image si piètre, c'est bien parce qu'il a mis au pas les Bourbons, ce que les rois issus de cette branche ne lui pardonneront pas. Et, pour les historiens républicains, il sera détourné en symbole du ridicule monarchique. Pourtant, Charles VII a su trouver de nouvelles troupes, réorganiser l'Etat et retourner lentement cette situation ahurissante à son avantage.
Trois personnalités vont incarner les voies du redressement. La première est une toute jeune femme, Jeanne d'Arc ; le deuxième, un financier, Jacques Cœur ; et le troisième, un ennemi, Richard, duc d'York.
Jeanne, déjà appelée «la Pucelle» de son vivant, porte dès son apparition le formidable travail de recomposition de la légitimité royale de Charles. Elle s'inscrit dans une série de prophètes et d'inspirés qui affirment l'existence d'un lien privilégié entre le roi et Dieu. Le sacre de Reims auquel Jeanne conduit le dauphin est la manifestation directe de cette idée, tout comme l'usage de sa bannière au combat. La capture de la jeune fille, son procès calamiteux et son exécution sur le bûcher n'arrêtent pas la machine de propagande du roi, qui transforme la jeune victime des Bourguignons et de leurs alliés anglais en martyre d'une foi réaffirmée dans la lignée royale française.
Brusquement, il fut réveillé par le bruit de la lance d'un page tombant sur un de ses voisins. Charles dégaina alors son épée et se lança contre sa suite en hurlant à l'assaillant. Son frère Louis d'Orléans dut fuir pour éviter son agression. Médusés, ses serviteurs tentèrent de le maîtriser et quatre hommes moururent avant qu'il ne soit pris, ligoté et allongé sur un chariot où il perdit connaissance.
Il fallait se rendre à l'évidence : le roi de France était devenu fou. Et son mal irait grandissant, ouvrant une vacance au sommet de l'Etat, d'où allaient naître la division, la discorde, puis l'invasion et l'occupation. A la faveur de cette impuissance nationale, les Anglais entreraient en France comme dans du beurre.
Car le gouvernement se divise alors entre des partis et des clans dont les noms sont entrés dans l'histoire : les Armagnacs et les Bourguignons. Chacun d'eux veut exercer le pouvoir au profit de sa clientèle et de ses proches. Assassinats, trahisons et disgrâces se poursuivent si bien que les souverains anglais comprennent l'opportunité de reprendre les armes et, sous prétexte de querelle de succession à la couronne de France, de se lancer dans une nouvelle session de pillages et d'extorsions de fonds.
C'est ainsi que, en octobre 1415, sous le commandement d'Henri V, une petite armée de 6 000 soldats anglais a débarqué en Normandie, près de Harfleur. Sous le commandement du connétable de France Charles d'Albret, une troupe de 30 000 hommes, la fine fleur de la chevalerie, doit lui barrer le passage et la détruire. Ainsi le jour de la Saint-Crépin, si bien décrit par Shakespeare, les deux forces se font face.
A la fougueuse charge de la cavalerie lourde française répondent les flèches des archers anglais. Avant même la mêlée, la première ligne française est liquidée à distance par les tirs ennemis. Le soir de la bataille d'Azincourt, le roi d'Angleterre Henri V a gagné son hégémonie sur les deux royaumes. Par le traité de Troyes, en 1420, il est officiellement reconnu successeur de son nouveau beau-père, Charles VI, le fou. Mais il meurt avant ce dernier.
Bientôt, son fils Henri VI, tout juste âgé de 9 mois, devient roi de France et d'Angleterre. La majeure partie du territoire est soumise aux Anglais. Le pays connaît une forme d'occupation, la guerre civile fait rage, quand ce n'est pas l'anarchie, les petits seigneurs en profitant pour régler de vieux comptes ou détourner des terres et des revenus à leur profit. Paris, dominé par le parti bourguignon, est un soutien constant à la couronne anglaise.
Quelques princes refusent cette situation et, en particulier, l'héritier direct de Charles VI, le dauphin Charles, qui rejette le traité de Troyes, et trouve refuge dans la région Centre, avec Bourges pour capitale. Disons-le haut et fort : Charles, septième du nom, a été un très grand roi et la clé principale de la renaissance du royaume de France.
Habile stratège, il s'est lancé dans une politique de reconnaissance diplomatique sans précédent. Il a aussi compris mieux que d'autres la puissance nouvelle de l'artillerie pour reconquérir les villes. Il a su enfin s'entourer de serviteurs dont la fidélité lui a permis de compenser l'avidité des grands clans qui composaient son entourage.
Si nous avons de lui une image si piètre, c'est bien parce qu'il a mis au pas les Bourbons, ce que les rois issus de cette branche ne lui pardonneront pas. Et, pour les historiens républicains, il sera détourné en symbole du ridicule monarchique. Pourtant, Charles VII a su trouver de nouvelles troupes, réorganiser l'Etat et retourner lentement cette situation ahurissante à son avantage.
Trois personnalités vont incarner les voies du redressement. La première est une toute jeune femme, Jeanne d'Arc ; le deuxième, un financier, Jacques Cœur ; et le troisième, un ennemi, Richard, duc d'York.
Jeanne, déjà appelée «la Pucelle» de son vivant, porte dès son apparition le formidable travail de recomposition de la légitimité royale de Charles. Elle s'inscrit dans une série de prophètes et d'inspirés qui affirment l'existence d'un lien privilégié entre le roi et Dieu. Le sacre de Reims auquel Jeanne conduit le dauphin est la manifestation directe de cette idée, tout comme l'usage de sa bannière au combat. La capture de la jeune fille, son procès calamiteux et son exécution sur le bûcher n'arrêtent pas la machine de propagande du roi, qui transforme la jeune victime des Bourguignons et de leurs alliés anglais en martyre d'une foi réaffirmée dans la lignée royale française.
RÉORGANISATION ÉCONOMIQUE
Jacques Cœur, ensuite, favorise la réorganisation de l'économie publique. Il trouve, grâce à ses manœuvres monétaires, les moyens de financer les conquêtes et place la France au sein d'un réseau d'échanges et d'investissements très actif. Sa disgrâce et sa chute montrent toutefois les limites de la modernisation des pratiques de cour. Monté trop haut, il est brisé pour que chacun puisse se partager une partie des dépouilles de son empire. Et son effondrement vient précisément quand Charles VII considère que l'homme a déjà livré l'essentiel de ses bienfaits.
Richard d'York, enfin, qui combattit en France contre Charles VII, devait lui fournir indirectement le meilleur moyen de stabiliser la reconstruction française, en déclenchant tout simplement la guerre civile outre-Manche. En effet, c'est à la faveur de la guerre des Deux Roses, celle de la maison d'York et celle de la maison de Lancastre, autrement dit d'Henri VI et son clan, que le roi de France peut achever la reconquête et l'unification du territoire, ne laissant plus que Calais à l'Angleterre. Finalement, les trente années d'hostilités intestines anglaises achèvent un conflit de cent ans, dont la phase la plus critique entre 1420 et 1453 était elle-même le résultat de la guerre civile française.
* Olivier Bouzy est directeur du Centre Jeanne-d'Arc. Son prochain ouvrage, «Jeanne d'Arc en son siècle», paraîtra en janvier 2013 chez Fayard.
Richard d'York, enfin, qui combattit en France contre Charles VII, devait lui fournir indirectement le meilleur moyen de stabiliser la reconstruction française, en déclenchant tout simplement la guerre civile outre-Manche. En effet, c'est à la faveur de la guerre des Deux Roses, celle de la maison d'York et celle de la maison de Lancastre, autrement dit d'Henri VI et son clan, que le roi de France peut achever la reconquête et l'unification du territoire, ne laissant plus que Calais à l'Angleterre. Finalement, les trente années d'hostilités intestines anglaises achèvent un conflit de cent ans, dont la phase la plus critique entre 1420 et 1453 était elle-même le résultat de la guerre civile française.
* Olivier Bouzy est directeur du Centre Jeanne-d'Arc. Son prochain ouvrage, «Jeanne d'Arc en son siècle», paraîtra en janvier 2013 chez Fayard.
Marronniers : le cru 2013 est déjà là
On ne parle plus que de Depardieu. C’est bien pratique pour les rédactions. Avec cette seule info, on remplit des pages et des pages, enchaînant réactions et contre-réactions. Cela évite d’envoyer des journalistes sur le terrain. Ça coûte moins cher. C’est bien pratique, les journaux n’ont plus d’argent, occupés qu’ils sont à payer très cher les magnifiques locaux qu’ils occupent – c’est bien connu, pour faire du grand journalisme, il faut travailler dans un grand immeuble …
Et de fustiger la déclaration du plus grand acteur russe francophone sur la « Grande Démocratie » qu’est la Russie de Vladimir Poutine. Comme si les opinions de Gérard sur la géopolitique, sur l’état et la misère dans le monde avait plus de valeur que celles du Gérard que je croise tous les soirs au bistrot ? Sauf que ce Gérard là, à part quelques courts passages dans les micros trottoirs du Parisien, on ne l’étale pas des les journaux.
Gérard Depardieu est un grand acteur et un personnage public. Mais aucune de ses réalisations ne lui donne de légitimité particulière pour parler de politique, d’économie ou de droit de l’homme. Ou du moins pas plus que n’importe quel citoyen. Alors pourquoi le relayer lui ?
Est-il universitaire spécialiste de cette région du monde ? Y-a-t-il voyagé autrement qu’en s’y faisant inviter dans les plus belles datchas ? Est-il même simplement un associatif véritablement impliqué dans les problèmes de ce pays ?
Est-il universitaire spécialiste de cette région du monde ? Y-a-t-il voyagé autrement qu’en s’y faisant inviter dans les plus belles datchas ? Est-il même simplement un associatif véritablement impliqué dans les problèmes de ce pays ?
A tout cela non, alors laissons parler Gérard, comme on laisserait parler tout un chacun, son avis sur la question n’a pas grand intérêt.
Mais cet exemple peut s’appliquer à d’autres.
Jamel appelant à voter PS, Bardot pour le FN, la styliste Agnès B. soutenant Mélenchon, rien qu’à la dernière présidentielle …
Pourquoi donne-t-on à ces personnes, aux réalisations indéniables dans les domaines de l’habillement ou du spectacle, la possibilité d’influencer le vote de leurs concitoyens ?
Pourquoi surtout les écoute-t-on ? Elles ont le droit de prendre parti, mais pourquoi leur donner autant d’importance ?
Lorsqu’on fustige la « politique people » doit-on inviter des peoples à donner leur avis sur la politique ou sur la pérennité de l’école publique et la vie dans les quartiers ? A part leur langue bien pendue, ils n’ont pas plus à dire que n’importe quel Gérard croisé dans la rue et souvent bien moins puisque la plupart d’entre eux vivent dans des quartiers huppés, ne fréquentent que les mêmes grands restaurants et placent leurs enfants dans les meilleurs écoles privées.
Ce que je ferai sans honte si je possédais leurs revenus, mais j’épargnerais sans doute à la populace l’expression de mon avis sur des sujets que je ne maîtrise presque pas.
Je vous laisse, le Gérard du bistrot me fait signe de le rejoindre…
Demandez-nous la une
Manuel Silveira da Cunha
Reponsable de la publication de MEDIAVOX
TRÈS BIEN VU, CELA RÉSUME BIEN
LA SITUATION DE LA PRESSE
AUJOURD'HUI !
dimanche 6 janvier 2013
Les classiques contre-attaquent
Grâce à l'acharnement de quelques passionnés, les films classiques font l'objet de restaurations coûteuses et de reprogrammations à la télévision, en salles et dans les festivals. Pour la plus grande joie des cinéphiles.
Un nouveau temps, le passé présent. C'est celui que conjugue le cinéma, saisi en cette fin d'année par une forte fièvre patrimoniale. A peine le festival Lumière achevé, dirigé à Lyon par Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, et Bertrand Tavernier, que Serge Bromberg, l'aventurier des archives perdues - dont un des coups d'éclat est d'avoir permis de redécouvrir la version colorée du Voyage dans la lune, de Georges Méliès -, fêtait au cinéma Balzac, à Paris, les 20 ans de son «Retour de flamme», en programmant«200 films miraculés retrouvés dans les caves ou les greniers», des longs-métrages «replacés dans leur contexte historique avec fantaisie et jubilation». Et que la Cinémathèque française lançait Toute la mémoire du monde, le premier festival du film restauré.
SARAH BERNHARDT NUMÉRISÉE
Entre autres merveilles et (re)trouvailles, on a pu y découvrir les incroyables saynètes du Phono-Cinéma-Théâtre, perles archéologiques filmées à l'occasion de l'Exposition universelle de 1900 : voir danser Cléo de Mérode, époustouflante de modernité, voir Sarah Bernhardt en pourpoint, jouant Hamlet, oui, le rôle d'Hamlet... Ces plaisirs et bien d'autres, grâce à la numérisation. Le grand mot est lâché. A la Cinémathèque, au cours de débats, autour de tables rondes, il a été répété, commenté, évalué, encensé, redouté.
On s'est félicité que la numérisation du parc des salles soit sur le point d'être achevée, on s'est réjoui notamment que les deux sociétés doyennes du cinéma mondial, Gaumont et Pathé, engagent des sommes considérables pour restaurer et numériser leurs immenses catalogues. On a salué l'engagement du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) dans les programmes de restauration. On a parlé DCP (digital cinema package), le disque dur qui a remplacé les lourdes boîtes de pellicule, on a parlé 2K et 4K, les normes de définition des fichiers informatiques.
Et puis, soudain, on a soulevé un énorme, un métaphorique, un inéluctable problème. Rien ne prouve la pérennité des outils actuels de la numérisation, ils changent si vite. Alors que la pellicule, le support argentique, même centenaire, même attaquée par le temps, a résisté. On prend conscience qu'il faudrait, qu'il faudra revenir, pour une préservation sûre, à une copie 35 mm de chaque film numérisé... Paradoxe autant technique que philosophique, tel un ruban de Möbius, le progrès à la fois avance et se retourne contre lui-même.
Paradoxes plus légers : aux Etats-Unis, on est, paraît-il, reconnaissant au multi-oscarisé The Artist. Par son charme rétro, le film de Michel Hazanavicius servirait d'appât à un public jeune, réputé rétif à l'idée d'aller voir un film muet et en noir et blanc. En revanche, à Paris, on a surpris un patron de vidéoclub occultant le nom de Jean-Luc Godard sur le DVD de Pierrot le Fou. Argument : le nom fait peur, le titre fait vendre... Comment désormais diffuser, exploiter, rentabiliser au mieux l'afflux exponentiel de films restaurés ?
DVD : «la Nuit du chasseur»
Le film unique de Charles Laughton revient de loin, de vingt ans de recherche et de restauration de ses éléments dispersés, de l'indifférence générale aussi, qui accueillit sa sortie en 1955. Voilà les petits enfants dans la nuit de la grande peur, et voici qu'apparaît «le prêcheur» prédateur, Robert Mitchum, et ses inoubliables mains tatouées, «Amour» et «Haine»... La Nuit du chasseur ressuscite dans une édition limitée et numérotée, accompagnée d'un livre de Philippe Garnier brillamment illustré et d'un CD. Un document extraordinaire prolonge (de 2 h 40 !) la vision du film : on y suit Laughton lisant un extrait du Sermon sur la montagne - «Méfie-toi des faux prophètes...» -, jouant tous les rôles, torturant Shelley Winters en lui faisant répéter des dizaines de fois la même réplique, ou réclamant à Mitchum «un rictus malsain»... Fascinant.
La Nuit du chasseur, édition limitée numérotée, 2 DVD Blu-ray + livre de 200 p., Wild Side Video, 159 €.
On s'est félicité que la numérisation du parc des salles soit sur le point d'être achevée, on s'est réjoui notamment que les deux sociétés doyennes du cinéma mondial, Gaumont et Pathé, engagent des sommes considérables pour restaurer et numériser leurs immenses catalogues. On a salué l'engagement du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) dans les programmes de restauration. On a parlé DCP (digital cinema package), le disque dur qui a remplacé les lourdes boîtes de pellicule, on a parlé 2K et 4K, les normes de définition des fichiers informatiques.
Et puis, soudain, on a soulevé un énorme, un métaphorique, un inéluctable problème. Rien ne prouve la pérennité des outils actuels de la numérisation, ils changent si vite. Alors que la pellicule, le support argentique, même centenaire, même attaquée par le temps, a résisté. On prend conscience qu'il faudrait, qu'il faudra revenir, pour une préservation sûre, à une copie 35 mm de chaque film numérisé... Paradoxe autant technique que philosophique, tel un ruban de Möbius, le progrès à la fois avance et se retourne contre lui-même.
Paradoxes plus légers : aux Etats-Unis, on est, paraît-il, reconnaissant au multi-oscarisé The Artist. Par son charme rétro, le film de Michel Hazanavicius servirait d'appât à un public jeune, réputé rétif à l'idée d'aller voir un film muet et en noir et blanc. En revanche, à Paris, on a surpris un patron de vidéoclub occultant le nom de Jean-Luc Godard sur le DVD de Pierrot le Fou. Argument : le nom fait peur, le titre fait vendre... Comment désormais diffuser, exploiter, rentabiliser au mieux l'afflux exponentiel de films restaurés ?
La ressortie en salles est prestigieuse, mais le box-office est aléatoire, à quelques exceptions près. Mieux vaut privilégier, multiplier, l'offre DVD et Blu-ray. Compter sur la VOD ? Elle est plutôt sollicitée pour rattraper à moindres frais un film récent. Attendre les passages à la télévision ? Si Arte se montre un partenaire fidèle, fiable, et en récolte les fruits (près de 1 million de spectateurs pour les Enfants du paradis), on peut avancer qu'il manque... une case à la télévision de service public. N'ouvrant aux films classiques qu'un créneau pour insomniaques, elle montre par ailleurs une audace très relative. Ainsi le 2 décembre dernier proposait-elle sur France 2 la quatorzième diffusion en prime time des Tontons flingueurs, de Georges Lautner. Résultat : 5,34 millions de téléspectateurs... Beaucoup plus modestes, mais nouveaux, les sites de «cinéma à la demande», réinventant à leur façon le ciné-club. En cliquant sur ilikecinema.com, on choisit sur catalogue un film qu'on aimerait revoir, dans quelle ville, à quelle heure. D'autres amateurs se joignent à vous, 30 personnes suffisent. L'affaire est faite.
Grandissant, on le sent, le goût du passé cinématographique a ses hérauts. Ainsi Bertrand Tavernier, cinéphile passionné, cinéphage érudit, qui professe : «Ça n'existe pas, les vieux films. La plupart d'entre eux, les grands du moins, demeurent connectés à nos vies. Antoine et Antoinette, de Jacques Becker (1947), nous parle de nous, de la crise que nous vivons aujourd'hui.» En plein tournage de son nouveau film, Quai d'Orsay, adapté de la BD satirico-politique à succès de Christophe Blain et Abel Lanzac, Tavernier n'en continue pas moins d'alimenter son blog (www.tavernier.blog.sacd.fr ) consacré aux sorties DVD les plus pointues. Un tout petit extrait de l'une de ses longues chroniques, si merveilleusement prescriptrices : «Sparrows, DVD zone 2 chez Les Films du paradoxe. Ceux qui ne connaissent que la dernière partie de la carrière de William Beaudine (surnommé "One Shot Beaudine"), qui comprend des titres aussi pittoresques que Bela Lugosi Meets A Brooklyn Gorilla, Billy The Kid VS Dracula ou Jesse James Meets Frankenstein's Daughter, éprouveront un choc devant la beauté visuelle et l'audace lyrique de Sparrows, l'un des meilleurs Pickford...»
Autre héraut (héros) de la cause, Vincent Paul-Boncour, jeune patron de Carlotta Films, distributeur, éditeur, programmateur, passeur. Dans les deux petites salles de son cinéma du Marais, le Nouveau Latina, la Bunuel et la Rossellini, il impose en douceur une nouvelle cinéphilie, panachant avec audace sur ses affiches avant-hier et aujourd'hui. Ainsi pendant la semaine du 12 au 18 décembre pouvait-on voir au Nouveau Latina, glissées entre Ernest et Célestine et Piazza Fontana, la réédition en 3D de l'Etrange Créature du lac noir, mythique film d'horreur de Jack Arnold (1954), et les Aventures extraordinaires de Mr West au pays des Bolcheviks, de Lev Koulechov (1924) ! Boncour vient de sortir (en DVD et en salles) la superbe restauration du Fleuve, le premier film en couleurs de Jean Renoir (1951).
Un week-end de décembre au Nouveau Latina : Agnès Varda est là, assise au salon de thé du premier étage, arborant son étrange coiffure bicolore de vieux moine facétieux. L'intégralité de ses films va être projetée, en continuité. Sans manières, avec gaieté, elle descend tous les présenter. A 13 h 45, c'est la Pointe courte, son premier film (1954). Il y a du monde dans la salle. Elle rappelle qu'elle avait engagé son jeune monteur parce qu'on lui avait dit qu'il était sympathique, et de gauche. C'était Alain Resnais. Et puis elle rit : «A l'époque, on m'appelait "l'hirondelle qui annonce le printemps de la nouvelle vague". Maintenant, je suis devenue "la grand-mère de la nouvelle vague"...»
De New York, où il tourne The Wolf Of Wall Street, avec Leonardo DiCaprio et «notre» Jean Dujardin, dans le rôle d'un banquier suisse véreux, Martin Scorsese a envoyé un message vidéo à la Cinémathèque française. Contredisant avec chaleur ce qu'écrivait Paul Valéry dans Propos sur le progrès, en 1931 : «Bientôt l'ère toute nouvelle enfantera des hommes qui ne tiendront plus au passé par aucune habitude de l'esprit», il a dit : «Toute la mémoire du monde, c'est un nom merveilleux pour ce festival. Plus nous plongeons dans cette mémoire et nous enfonçons dans le passé, plus il devient présent.»
Grandissant, on le sent, le goût du passé cinématographique a ses hérauts. Ainsi Bertrand Tavernier, cinéphile passionné, cinéphage érudit, qui professe : «Ça n'existe pas, les vieux films. La plupart d'entre eux, les grands du moins, demeurent connectés à nos vies. Antoine et Antoinette, de Jacques Becker (1947), nous parle de nous, de la crise que nous vivons aujourd'hui.» En plein tournage de son nouveau film, Quai d'Orsay, adapté de la BD satirico-politique à succès de Christophe Blain et Abel Lanzac, Tavernier n'en continue pas moins d'alimenter son blog (www.tavernier.blog.sacd.fr ) consacré aux sorties DVD les plus pointues. Un tout petit extrait de l'une de ses longues chroniques, si merveilleusement prescriptrices : «Sparrows, DVD zone 2 chez Les Films du paradoxe. Ceux qui ne connaissent que la dernière partie de la carrière de William Beaudine (surnommé "One Shot Beaudine"), qui comprend des titres aussi pittoresques que Bela Lugosi Meets A Brooklyn Gorilla, Billy The Kid VS Dracula ou Jesse James Meets Frankenstein's Daughter, éprouveront un choc devant la beauté visuelle et l'audace lyrique de Sparrows, l'un des meilleurs Pickford...»
Autre héraut (héros) de la cause, Vincent Paul-Boncour, jeune patron de Carlotta Films, distributeur, éditeur, programmateur, passeur. Dans les deux petites salles de son cinéma du Marais, le Nouveau Latina, la Bunuel et la Rossellini, il impose en douceur une nouvelle cinéphilie, panachant avec audace sur ses affiches avant-hier et aujourd'hui. Ainsi pendant la semaine du 12 au 18 décembre pouvait-on voir au Nouveau Latina, glissées entre Ernest et Célestine et Piazza Fontana, la réédition en 3D de l'Etrange Créature du lac noir, mythique film d'horreur de Jack Arnold (1954), et les Aventures extraordinaires de Mr West au pays des Bolcheviks, de Lev Koulechov (1924) ! Boncour vient de sortir (en DVD et en salles) la superbe restauration du Fleuve, le premier film en couleurs de Jean Renoir (1951).
Un week-end de décembre au Nouveau Latina : Agnès Varda est là, assise au salon de thé du premier étage, arborant son étrange coiffure bicolore de vieux moine facétieux. L'intégralité de ses films va être projetée, en continuité. Sans manières, avec gaieté, elle descend tous les présenter. A 13 h 45, c'est la Pointe courte, son premier film (1954). Il y a du monde dans la salle. Elle rappelle qu'elle avait engagé son jeune monteur parce qu'on lui avait dit qu'il était sympathique, et de gauche. C'était Alain Resnais. Et puis elle rit : «A l'époque, on m'appelait "l'hirondelle qui annonce le printemps de la nouvelle vague". Maintenant, je suis devenue "la grand-mère de la nouvelle vague"...»
De New York, où il tourne The Wolf Of Wall Street, avec Leonardo DiCaprio et «notre» Jean Dujardin, dans le rôle d'un banquier suisse véreux, Martin Scorsese a envoyé un message vidéo à la Cinémathèque française. Contredisant avec chaleur ce qu'écrivait Paul Valéry dans Propos sur le progrès, en 1931 : «Bientôt l'ère toute nouvelle enfantera des hommes qui ne tiendront plus au passé par aucune habitude de l'esprit», il a dit : «Toute la mémoire du monde, c'est un nom merveilleux pour ce festival. Plus nous plongeons dans cette mémoire et nous enfonçons dans le passé, plus il devient présent.»
MITCHUM, PRÊCHEUR PRÉDATEUR
DVD : «la Nuit du chasseur»
Le film unique de Charles Laughton revient de loin, de vingt ans de recherche et de restauration de ses éléments dispersés, de l'indifférence générale aussi, qui accueillit sa sortie en 1955. Voilà les petits enfants dans la nuit de la grande peur, et voici qu'apparaît «le prêcheur» prédateur, Robert Mitchum, et ses inoubliables mains tatouées, «Amour» et «Haine»... La Nuit du chasseur ressuscite dans une édition limitée et numérotée, accompagnée d'un livre de Philippe Garnier brillamment illustré et d'un CD. Un document extraordinaire prolonge (de 2 h 40 !) la vision du film : on y suit Laughton lisant un extrait du Sermon sur la montagne - «Méfie-toi des faux prophètes...» -, jouant tous les rôles, torturant Shelley Winters en lui faisant répéter des dizaines de fois la même réplique, ou réclamant à Mitchum «un rictus malsain»... Fascinant.
La Nuit du chasseur, édition limitée numérotée, 2 DVD Blu-ray + livre de 200 p., Wild Side Video, 159 €.
ARLETTY, GOUAILLEUSE IMPÉRIALE
DVD : «les Enfants du paradis»
Restauration exemplaire, plaisir total de retrouver, tels qu'ils étaient restés mystérieusement intacts dans la mémoire collective, ces Enfants du paradis. Carné, Prévert, la vraie foule sur le boulevard du Crime, la gracieuse mélancolie de Baptiste-Barrault, la géniale faconde de Pierre Brasseur, Arletty et sa gouaille impériale : «On m'appelle Garance, c'est le nom d'une fleur...» Suppléments très riches, on retrouve les «clandestins» Trauner et Kosma, Prévert à la fin de sa vie parlant d'Arletty : «C'est la voix qui compte, c'est un chant intérieur.» Et un remarquable livret permet de se replonger dans «ce que fut la réalisation» du film à travers un extrait de l'autobiographie de Marcel Carné, de découvrir que son accueil fut contrasté, François Chalais, notamment, y voyant «une succession ratée de brillantes velléités»... Et de suivre pas à pas toutes les étapes de sa restauration.
Les Enfants du paradis, Pathé, 19,98 €.
DVD : «les Enfants du paradis»
Restauration exemplaire, plaisir total de retrouver, tels qu'ils étaient restés mystérieusement intacts dans la mémoire collective, ces Enfants du paradis. Carné, Prévert, la vraie foule sur le boulevard du Crime, la gracieuse mélancolie de Baptiste-Barrault, la géniale faconde de Pierre Brasseur, Arletty et sa gouaille impériale : «On m'appelle Garance, c'est le nom d'une fleur...» Suppléments très riches, on retrouve les «clandestins» Trauner et Kosma, Prévert à la fin de sa vie parlant d'Arletty : «C'est la voix qui compte, c'est un chant intérieur.» Et un remarquable livret permet de se replonger dans «ce que fut la réalisation» du film à travers un extrait de l'autobiographie de Marcel Carné, de découvrir que son accueil fut contrasté, François Chalais, notamment, y voyant «une succession ratée de brillantes velléités»... Et de suivre pas à pas toutes les étapes de sa restauration.
Les Enfants du paradis, Pathé, 19,98 €.
NASTASSJA KINSKI, BEAUTÉ TRANSLUCIDE
DVD : «Tess»
Plus de trente ans après son long, son coûteux tournage, la splendeur retrouvée de Tess, superproduction intimiste, histoire d'innocence et de fatalité, dédiée par Roman Polanski «à Sharon», sa femme assassinée. Le Dorset de Thomas Hardy a été réinventé en Normandie, et la beauté adolescente, transparente, de Nastassja Kinski irradie ce grand film lumineux et cruel. A la fin, après son crime, dans sa robe rouge «couleur de sang séché», Tess s'endort sur une pierre de Stonehenge, le monumental alignement néolithique, près de Salisbury. Un Stonehenge entièrement fabriqué à Paris, à la SFP, apprend-on dans les suppléments. Après quatre mois de prises de vues, huit mois de montage et un gros dépassement de budget, on s'interroge, le producteur, Claude Berri, n'a-t-il pas perdu le sommeil ? La réponse qui court alors : «Non, il dort comme un bébé. Il se réveille toutes les heures pour pleurer.»
Tess, Pathé, 19,98 €.
DVD : «Tess»
Plus de trente ans après son long, son coûteux tournage, la splendeur retrouvée de Tess, superproduction intimiste, histoire d'innocence et de fatalité, dédiée par Roman Polanski «à Sharon», sa femme assassinée. Le Dorset de Thomas Hardy a été réinventé en Normandie, et la beauté adolescente, transparente, de Nastassja Kinski irradie ce grand film lumineux et cruel. A la fin, après son crime, dans sa robe rouge «couleur de sang séché», Tess s'endort sur une pierre de Stonehenge, le monumental alignement néolithique, près de Salisbury. Un Stonehenge entièrement fabriqué à Paris, à la SFP, apprend-on dans les suppléments. Après quatre mois de prises de vues, huit mois de montage et un gros dépassement de budget, on s'interroge, le producteur, Claude Berri, n'a-t-il pas perdu le sommeil ? La réponse qui court alors : «Non, il dort comme un bébé. Il se réveille toutes les heures pour pleurer.»
Tess, Pathé, 19,98 €.
VARDA, GLANEUSE D'INSTANTS
DVD : «les Glaneurs et la glaneuse»
Agnès Varda prend la route, en France, elle a une caméra DV et un regard libre, proche, le respect de ce qu'elle filme. Agnès Varda part de ce tableau devenu chromo, cette petite madeleine patrimoniale, les Glaneuses, de Jean-François Millet. Et la voilà partie à la rencontre de ceux et celles qui vivent de nos restes, de nos rebuts - les glaneurs, les glaneuses, les grappilleurs, les ramasseuses. Parfois, ces biffins magnifiques sont des artistes, le plus souvent ils glanent par nécessité, des pommes de terre en forme de cœur, des réchauds à gaz, des téléviseurs morts, des fruits tombés. Au milieu d'un champ de cardons, un avocat en robe confirme le droit à glaner, une famille grappille, en chantant, une vigne abandonnée. Chemin faisant, Agnès la glaneuse cueille aussi des fragments de sa propre vie, filme avec une sérénité à peine navrée sa main que le temps burine, cette main si sûre et maternelle qui sait mettre au monde des images bonnes, comme il est de bonnes personnes.
Tout(e) Varda, coffret 22 DVD, Arte Vidéo, 110 €.
DVD : «les Glaneurs et la glaneuse»
Agnès Varda prend la route, en France, elle a une caméra DV et un regard libre, proche, le respect de ce qu'elle filme. Agnès Varda part de ce tableau devenu chromo, cette petite madeleine patrimoniale, les Glaneuses, de Jean-François Millet. Et la voilà partie à la rencontre de ceux et celles qui vivent de nos restes, de nos rebuts - les glaneurs, les glaneuses, les grappilleurs, les ramasseuses. Parfois, ces biffins magnifiques sont des artistes, le plus souvent ils glanent par nécessité, des pommes de terre en forme de cœur, des réchauds à gaz, des téléviseurs morts, des fruits tombés. Au milieu d'un champ de cardons, un avocat en robe confirme le droit à glaner, une famille grappille, en chantant, une vigne abandonnée. Chemin faisant, Agnès la glaneuse cueille aussi des fragments de sa propre vie, filme avec une sérénité à peine navrée sa main que le temps burine, cette main si sûre et maternelle qui sait mettre au monde des images bonnes, comme il est de bonnes personnes.
Tout(e) Varda, coffret 22 DVD, Arte Vidéo, 110 €.
L'acte manqué de François Hollande
Il faut, bien sûr, être indulgent. Des erreurs, qui n’en commet pas ? De gauche comme de droite, tous les gouvernements se sont illustrés par des bévues plus ou moins grossières ou plus ou moins ridicules.
l faut, bien sûr, être indulgent. Des erreurs, qui n’en commet pas ? De gauche comme de droite, tous les gouvernements se sont illustrés par des bévues plus ou moins grossières ou plus ou moins ridicules. Alors, cette pantalonnade de la taxe à 75 %, dont l’Elysée faisait si grand cas mais qui a finalement été censurée fin décembre par le Conseil constitutionnel, on pourrait être enclin de ne pas en faire durablement des gorges chaudes. L’affaire est certes particulièrement consternante, puisque c’est la promesse phare du candidat.
François Hollande qui passe du même coup (provisoirement ?) à la trappe, celle à laquelle il tenait le plus et qui a grandement contribué à sa victoire, en donnant des accents de gauche à sa campagne. D’autant plus consternante que ce n’est pas sur le fond que la réforme a été rejetée, mais parce qu’elle était techniquement stupide, construite en violation des règles les plus élémentaires de l’équité fiscale. Mais, encore une fois, à quoi bon accabler le gouvernement de Jean-Marc Ayrault ? Il a ouvert d’autres chantiers, et c’est sur l’ensemble de son action qu’il devra être jugé, n’est-ce pas ? Bien sûr ! Sauf que… cette vision des choses bute sur une réalité pour le moins embarrassante pour les socialistes. Cette taxe à 75 % était, en vérité, la caution de gauche d’une politique économique et sociale d’inspiration libérale, pour ne pas dire franchement de droite. Que l’on fasse en effet le bilan de toutes les autres réformes engagées depuis l’alternance, et on aura tôt fait de mesurer que la politique économique n’a guère changé depuis l’éviction de Nicolas Sarkozy. Ou alors seulement à la marge.
D’abord, il y a eu le cap maintenu de l’austérité budgétaire et salariale. Pour le Smic, le gouvernement a juste consenti une aumône au 1er juillet 2012, en accordant un « coup de pouce » ridiculement faible, équivalant à 20 centimes d’euro par jour. Mais, dès le 1erjanvier de cette année 2013, plus de « coup de pouce » ni de largesses, même dérisoires : la rigueur est redevenue la règle, même si le pouvoir d’achat s’effondre.
Et, pour la politique budgétaire, le couperet a été aussi violent. Afin d’abaisser à marche forcée dès cette année les déficits publics sous la barre des 3 % de la richesse nationale, Bercy a multiplié les mesures d’économie, au risque d’étouffer un pays déjà au bord de la récession.
Il y a eu ensuite le « choc de compétitivité ». Là encore, le gouvernement a pratiqué la politique économique du coucou, en mettant en oeuvre une réforme dont Nicolas Sarkozy s’était fait le champion et que le candidat François Hollande avait vivement critiquée. Et, sans le moindre scrupule, les socialistes ont même annoncé qu’ils useraient de la TVA pour financer la réforme – TVA qu’ils ont toujours vouée dans le passé aux gémonies.
Cap à droite toujours, avec la modernisation du marché du travail. Même si la négociation entre les partenaires sociaux n’a pas encore abouti, l’inspiration de cette autre réforme est transparente : elle trouve sa source dans les pamphlets ultralibéraux concoctés par l’OCDE et le FMI qui depuis des lustres font campagne pour une flexibilité accrue en faveur des entreprises. Et puis, au bilan économique de cette année 2012, il faut encore inscrire une cascade de reniements. Il y a eu ainsi le manquement à la parole donnée aux ouvriers sidérurgistes de Florange, qui ont été aussi maltraités par la gauche que ceux de Gandrange l’avaient été sous le quinquennat précédent.
Autre promesse bafouée – et de quelle manière : alors que François Hollande avait promis de faire la guerre à la finance et en conséquence de séparer les activités de banque de dépôt et de banque d’investissement, la loi bancaire, qui vient d’être dévoilée, tourne quasiment le dos à ce projet. Et on pourrait poursuivre longtemps cette triste litanie des réformes de droite conduite par un gouvernement de gauche. En mentionnant le maintien des scandaleux avantages consentis aux plus grandes fortunes, au travers de systèmes de défiscalisation dans les DOM-TOM ou pour le cinéma (Sofica)… Du coup, à suivre toutes ces palinodies de la politique économique socialiste, on se rend compte que l’indulgence, en fait, n’est pas de mise. La stupide impréparation qui a conduit à la censure de la taxe à 75 % ne serait qu’une péripétie, n’entachant qu’à peine une politique économique cohérente et réformatrice, on serait enclin à ne pas y attacher d’importance.
Mais, dans le cas présent, il en va différemment. Cette taxe à 75 %, sortie à la va-vite par François Hollande en pleine campagne présidentielle pour draguer les voix de la gauche de la gauche, n’était pas en cohérence avec la politique économique qui est aujourd’hui la sienne. C’était la seule mesure un tantinet de gauche, même si elle était très mal construite et n’avait en vérité rien à voir avec la « révolution fiscale » promise ces dernières années par les socialistes.
Alors, que cette réforme soit maintenant censurée semble logique : de la part des socialistes, cela ressemble presque à un acte manqué. Ils rêvaient de se délester d’une promesse inconsidérée ; le Conseil constitutionnel les y a aidés ! Si François Hollande était honnête, il ne devrait donc pas cacher sa satisfaction, car, même si ce n’est pas de son fait, la politique économique qu’il impulse a enfin trouvé sa cohérence.
HOLLANDE HONNÊTE ? C'EST DU DOMAINE DU RÊVE.
Pécresse : "La France devient la risée du monde
L'ancienne ministre du Budget estime que "le seuil de tolérance fiscale est dépassé" et provoque "la délocalisation des emplois".
La députée UMP Valérie Pécresse, qui a précédé Jérôme Cahuzac comme ministre du Budget à Bercy, déclare qu'elle "souffre de voir la France devenir la risée du monde".
"Il faut bien comprendre que le seuil de tolérance fiscale est dépassé", déclare-t-elle dans un entretien au Journal du dimanche, évoquant notamment la contribution exceptionnelle de 75 % sur les revenus supérieurs à 1 million d'euros par an décidée par François Hollande et censurée par le Conseil constitutionnel. Une nouvelle disposition, aménagée mais "dans le même esprit", est en préparation. Dimanche matin, Jérôme Cahuzac a laissé entendre qu'elle pourrait devenir pérenne, alors que, dans sa première mouture, cette taxe devait disparaître au bout de deux ans.
"La censure des 75 % est un premier avertissement : en France, les impôts ne peuvent pas être confiscatoires. Cela entraîne le départ des plus riches et, beaucoup plus grave, la délocalisation des emplois et des centres de décision par les entreprises, un phénomène qui ne se voit pas pour le moment, mais qui se traduira dans les chiffres du chômage", estime Valérie Pécresse. "Au final, ce seront les classes moyennes qui devront payer les impôts. On va vers une révolte fiscale des classes moyennes", affirme l'ancienne ministre du Budget.
Selon Cahuzac, la taxe sur les hauts revenus pourrait ne plus être provisoire
Le ministre du Budget a pourtant promis que les impôts cesseraient d'augmenter pendant le reste du quinquennat.
Le ministre délégué au Budget, Jérôme Cahuzac, a répété dimanche qu'il n'y avait "pas d'augmentation d'impôts prévue ou prévisible, envisagée ou envisageable" d'ici à la fin du quinquennat du président François Hollande, au Grand Rendez-vous Europe 1-i>Télé-Le Parisien. "On demande un effort considérable en 2013. La réforme fiscale a été présentée et votée par le Parlement, on ne peut pas demander davantage aux contribuables désormais", a prévenu le ministre.
"Désormais, c'est la stabilité fiscale qui est la politique du gouvernement", a-t-il expliqué, en précisant que ce principe prévaudrait sur la durée de la mandature. "Demander davantage serait probablement demander trop, et les agents économiques, qu'il s'agisse des individus ou des entreprises, ont besoin de lisibilité. Il faut pouvoir savoir ce qu'il en sera dans un an, dans deux ans, dans trois ans." M. Cahuzac a en outre rappelé que la loi de programmation des finances publiques prévoit que "les prélèvements obligatoires commenceront à baisser à partir de 2016".
Le budget 2013 prévoit 30 milliards de recettes supplémentaires, financées pour un tiers par une augmentation des impôts pour les contribuables, un tiers pour les entreprises et le reste par le biais d'économies sur les dépenses publiques.
L'"esprit" des 75 %
Mais le ministre délégué au Budget a également évoqué le retour de la taxe sur les hauts revenus, laissant entendre que le dispositif qui viendra remplacer l'imposition à 75 % - censurée par le Conseil constitutionnel -, initialement présenté comme temporaire, pourrait être appliqué pendant tout le quinquennat. "Je pense que ça peut faire partie des paramètres", a indiqué M. Cahuzac, interrogé sur l'hypothèse que la future taxe s'applique pendant toute la durée du mandat du président François Hollande et non pendant seulement deux ans.
La semaine dernière, le Conseil constitutionnel avait censuré la disposition du budget 2013 instaurant cette taxe, au motif que celle-ci s'appliquait aux revenus des seuls individus et non pas des ménages. Cette ponction aurait dû normalement s'appliquer sur les revenus perçus en 2012 et 2013. M. Cahuzac n'a pas donné d'autres indications sur les modalités envisagées pour remplacer la disposition censurée, précisant simplement qu'il avait reçu "mandat", avec son collègue de l'Économie et des Finances, Pierre Moscovici, pour "proposer une disposition qui reprenne l'esprit de cette mesure".
Piste de travail
"Cette mesure-là avait pour but d'inciter à un peu plus de prudence et de décence un certain nombre, très rare, de dirigeants", a-t-il dit, pour défendre la pertinence de cet engagement de campagne du président de la République. Le ministre a souligné que si cette loi devait figurer en loi de Finances - et donc être présentée au plus tard l'automne prochain -, il ne comptait "évidemment" pas attendre aussi longtemps pour "proposer quelque chose". Il faut que "les acteurs économiques soient informés", a-t-il expliqué.
Il n'a pas démenti que l'imposition puisse être prélevée directement auprès des groupes accordant de telles rémunérations. "C'était déjà une piste de travail à l'époque" (lors de la genèse de la disposition censurée), a-t-il dit.
Lire à ce sujet notre interview du rapporteur PS du budget à l'Assemblée nationale, Christian Eckert
M. Cahuzac ne s'est pas prononcé sur le taux de la future taxe, mais il a relevé que le Conseil constitutionnel avait laissé entendre que "au-delà de 75 % tous revenus confondus, il pourrait juger le taux confiscatoire".
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