Sacha Guitry
a bien raison : "Il n'y a pas de belle mort. Il y en a qui sont belles à
raconter. Mais celles-là, ce sont les morts des autres." Et les plus
belles sont peut-être les plus stupides. Un sextuor d'auteurs érudits et
facétieux s'est amusé à répertorier ces disparitions étranges et à les
"raconter" dans des notices nécrologiques - ni trop longues, ni trop
courtes -, qui ont pour originalité de déclencher le sourire plutôt que
l'affliction. Petit florilège.
Le plus gourmandAdolphe-Frédéric de Holstein-Eutin,
roi de Suède (1710-1771), n'aurait peut-être pas dû reprendre, pour la
quatorzième fois, du semla, cette riche brioche fourrée. Il s'effondre.
Le plus chaud Louis III de France (863-882) poursuit, à cheval, une jeune fille récalcitrante jusqu'à son domicile. Il s'assomme au linteau.
Le plus fêté Le poète Emile Verhaeren
(1855-1916) est porté en triomphe par ses fans jusqu'au quai de la gare
de Rouen. Bousculade, chute, il est haché menu par un train.
Le plus célèbre
Félix Faure (1841-1899), président de la République, succombe de
plaisir sous les assauts de sa fameuse "connaissance", la pulpeuse Meg Steinheil (qui sera plus tard poursuivie pour un double assassinat).
Le plus malchanceux
Le grand dramaturge autrichien Ödon von Horvath (1901-1938) marche sur
les Champs-Elysées, quand une tempête déracine un marronnier. Qui
l'écrase.
Le plus stupide Le comédien Julien Carette (1897-1966), formidable dans La Règle du jeu, s'endort cigarette allumée. Sa robe de chambre prend feu. Lui aussi.
vendredi 2 novembre 2012
Les morts les plus stupides de l'Histoire
J’ai pensé…
Le pouvoir ? Ah, vous en avez ?
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Parfois François Hollande parait candide dans ses actions et ses réflexions. On pourrait revoir cette vidéo ou un enfant lui demande un bisous, on les interpellation de citoyens lors de ses passages dans la foule. On dirait qu’il est là physiquement mais qu’il est toujours ailleurs en pensée voir complétement à coté des réalités de son mandat.
« La France est en train de devenir une « Ineptocracie », telle que définie par une scientifique anglaise. L’Ineptocracie est un système de gouvernement où les moins capables de gouverner sont les élus. Ce qui semble être le cas dans beaucoup de domaines me semble t-il, c’est-à-dire placer des idiots à des postes de responsabilités qui appliquent bêtement et sans réfexion les choses qu’on leur demande de faire et ce au profit d’un groupe d’autorités ». L’Ineptocratie est en effet de rigueur aujourd’hui, prenez par exemple la Fleur, la Marisol ou le Vincent.
Cet ancien chef de parti, devenu chef d’état, n’est franchement pas à sa place. le socialisme à la française n’a pas sa place en politique.
Pour moi ce socialisme c’est:
- c’est l’art de cultiver un idéal basé sur la jalousie et l’envie!
- c’est l’art de faire croire que l’on déteste l’argent sans jamais se refuser à lorgner celui des autres!
- c’est diviser pour mieux régner en liguant le peuple de France l’un contre l’autre; riches contre pauvres, travailleurs contre sans emploi, français contre immigrés, etc!
- c’est passer le plus clair de son temps à prendre des initiatives à portées symboliques dans le seul but de détourner l’attention des français des vrais problèmes!
- c’est savoir cultiver l’art de financer une grande majorité de projets qui n’ont que peu d’intérêt avec pour ambition finale de ne servir les intérêts que d’une minorité d’individus ou d’organismes!
- c’est vomir le luxe et la richesse tout en n’hésitant pas à en profiter gracieusement à la moindre occasion!
- c’est savoir cultiver la stigmatisation de la réussite sociale et professionnelle à la faveur d’un idéal basé sur l’assistanat et le paternalisme!
- c’est encourager l’égalitarisme tout en sachant qu’il occasionne d’office un nivellement vers le bas!
- c’est une débauche d’argent, surtout lorsqu’il s’agit de l’argent des autres!
- c’est faire pleurer les électeurs sur le triste sort des ouvriers tout en augmentant leurs impôts et en exonérant du calcul de l’ISF les collectionneurs d’oeuvres d’art!
- c’est savoir cultiver la politique écran de fumée pour masquer le vide et détourner l’attention face aux vrais problèmes!
- c’est exploiter la misère des autres à des fins électorales, partisanes, sectaires ou tout simplement idéologiques!
- c’est savoir cultiver l’indignation sélective en fonction de son propre rôle,
- c’est avoir une main sur le coeur pendant que l’autre vous fait les poches!
- c’est savoir mettre de côté ses idéaux à la faveur d’un portefeuille Ministériel! et là on se rend compte que certains sortant de grandes écoles, plutôt que d’oeuvrer pour la Nation, font preuve de clientélisme, d’affairisme etc
- c’est savoir emprunter et mutualiser la dette avec son voisin qui a emprunté moins que lui pour avoir moins de taux d’intérêts à rembourser!
- c’est retoquer tout idée de fusion des Départements et des Régions pour des raisons d’économie tout en créant 30 milliards d’impôts ponctionnés dans les poches des français et dans les caisses des entreprises françaises!
- c’est chercher à nous faire croire qu’une rigueur de gauche est un « effort juste » alors qu’une rigueur de droite est profondément injuste!
- c’est asséner des non-vérités jusqu’à ce que le citoyen pense que ce sont de vraies vérités!
- c’est vomir toute notion d’autorité et interpréter l’histoire de la manière qui vous arrange le mieux, du moment que cette méthode permet de consolider votre propre socle électoral tout en rassurant vos semblables!
- c’est faire croire que la spoliation ou ce qui s’y apparente est un acte juste!
- c’est exiger des autres qu’ils acceptent la liberté d’expression tout en cherchant à censurer le premier qui ne pense pas comme vous!
Le SOCIALISME c’est enfin lorsque la moitié du peuple perçoit l’idée qu’elle n’a pas besoin de travailler car l’autre moitié va s’occuper d’elle et, lorsque l’autre moitié comprend que ça ne vaut pas la peine de travailler car quelqu’un d’autre récoltera ce qu’elle mérite par ses efforts, c’est la fin de toute une nation.
CEUX QUI VEULENT LA PERTE DE NOTRE NATION PRATIQUENT CES PRINCIPES
et malheureusement CEUX QUI COMPTENT EN TIRER UN QUELCONQUE PROFIT SE SERVENT DES POLITICIENS
Alors ma question est, Mr le Président, qui tire les ficelles? Qui profite de vous et de vos actes irréfléchis??
Dépassons le débat sur les 35 heures : en matière de temps de travail, la taille unique ne marche pas
Jean-Marc Ayrault a, un peu malgré lui, relancé le débat autour du temps de travail. 12 ans après l'instauration de la loi sur les 35 heures, les entreprises se reconnaissent-elles encore dans ce débat ?
Où se situe l'enjeu principal pour elles aujourd'hui ?
Le "choc de compétitivité" (lien : http://www.debateco.fr/actualite/121022-choc-competitivite-gallois) que l'Institut de l'entreprise appelle de ses vœux passe notamment par une plus grande flexibilité et une plus grande autonomie du dialogue social. Quelles solutions seraient, dans cette optique, à privilégier ?
Mauvais Français ?
Est-on injuste avec François Hollande et son équipe ? Ou plus
exactement, la droite et les commentateurs qui lui sont – bien sûr –
affidés font-ils preuve d’une « agressivité teintée de mépris » à l’égard du président et du gouvernement, comme l’affirme Laurent Joffrin, patron du Nouvel Observateur, qui n’hésite pas à sortir le célèbre “parfum des années 1930” du placard des bons vieux arguments ?
Je me le suis demandé en relevant, en même temps que je lisais son
éditorial, que commencent à paraître les premiers papiers visant à
améliorer l’image du président et de son amie. Ce sont des classiques
de la vie des journaux, qui nous promettent de tout nous dire sur
Hollande intime ou Valérie Trierweiler chez elle, comme ils l’ont fait
autrefois des Sarkozy.
Eh bien, je ne le crois pas. Joffrin reprend une blague inventée par le Quotidien de Paris
en 1981 à propos de Mitterrand : si François Hollande traversait la
Seine en marchant sur l’eau, les abominables commentateurs s’écrieraient
: “Hollande ne sait pas nager !” Cette mauvaise foi, cette « hargne », ce « chapelet d’invectives », cette « rhétorique qui ramène avant guerre »
– je cite toujours Laurent Joffrin – n’aurait qu’une explication :
l’argent. C’est parce qu’il tape la droite, entendez la bourgeoisie, au
portefeuille, c’est parce que François Hollande augmente les impôts
qu’elle est « entrée en convulsion ». Ma foi, je n’ai pas très
bien vu la convulsion, surtout au moment où François Fillon semble près
de prendre la tête de l’opposition.
On peut tout dire de François Fillon, mais la convulsion, non. Et
puis les critiques que s’attirent le président et son gouvernement me
paraissent tellement attendues qu’elles brilleraient plutôt par leur
banalité : la droite, les commentateurs que dénonce Joffrin, pense que
la politique de François Hollande n’est pas la bonne, que de nouveaux
prélèvements seront contre-productifs, et que le bon choix consisterait
à réduire les dépenses. C’est une opinion légitime. Je ne vois pas en
quoi elle est convulsive. Par exemple, le directeur du Nouvel Observateur
estime que la hausse d’impôt est du civisme ; je crois que c’est une
erreur. Son argument est moral, le mien pratique. Est-ce, comme il
l’écrit encore, un « réflexe de classe » qui nous sépare ?
Autre exemple : j’écris depuis juillet que si le gouvernement
persiste dans ses projets fiscaux, la croissance sera égale à zéro l’an
prochain. Bon économiste ou mauvais Français ? J’aimerais lui rappeler
que le chancelier social-démocrate Schröder, qui sert de modèle à la
gauche actuellement au pouvoir en France, a commencé son fameux Agenda
2010 en baissant les impôts. Que le premier ministre espagnol en fait
autant, que Mario Monti vient de s’y engager, que David Cameron n’en
démord pas. Il est vrai que c’est un affreux conservateur, mais tout de
même, est-ce le fruit d’un complot si la politique des socialistes
français est aujourd’hui la seule de son espèce en Europe ?
Le deuxième reproche de Laurent Joffrin porte sur l’accusation d’amateurisme
suscitée par les ratés du gouvernement. Je le tiens pour plus vif que
le premier. C’est parce que les débuts sont cafouilleux, que les
sondages sont mauvais, qu’il faut prêter à l’opposition un comportement
de classe, des réflexes égoïstes et du mépris pour ses adversaires.
Disqualifiez le critique, vous ferez oublier la critique. Alors ce n’est
pas la gauche qui s’y prend mal, c’est la droite qui défend son
pognon. Ce n’est pas le premier ministre qui manque de présence, ce
sont les commentateurs qui se livrent à une chasse à l’homme. Faut-il
qu’ils soient mauvais, ces débuts, pour que les partisans les plus
intelligents de François Hollande en soient déjà là ! Mitterrand, à qui
je rapportais la blague du Quotidien de Paris, était plus malin
: il l’avait trouvée bonne et attendit trois ans, c’est-à-dire la
faillite du gouvernement Mauroy, pour la ressortir en dénonçant la
morgue de la droite d’argent.
Pour le reste, j’aurais aimé terminer par un compliment au
président, par exemple après son communiqué sur la manifestation du FLN
en 1961 à Paris. Ce qu’il dit est exact, donc il a raison de le dire,
mais écrit comme ça, sans explication ni contexte, ça passera pour une
bonne manière faite au gouvernement algérien qui, lui, ne nous en fera
pas.
jeudi 1 novembre 2012
Christophe Barbier, le petit soldat du « choc » (pour les autres)
Oui, le « choc » tout seul. Pour l’homme qui murmure à l’oreille de Laurence Parisot, la compétitivité n’est qu’un vil prétexte pour justifier le choc social dont on rêve dans les salons parisiens.
Quel est donc le programme que propose le petit soldat Barbier ? La « baisse des charges sociales », la hausse de la CSG, l’application de la « TVA dite sociale » dont rêvait Sarkozy, la « flexibilité du travail » (comme si elle n’existait pas), la révision des prestations sociales, la fin de l’État-Providence, le « coup de pied aux fesses » contre « l’assistanat ». Bref, un traitement de choc - un vrai – qui serait le pâle héritage d’une donation cosignée par Margaret Thatcher et Ronald Reagan.
À en croire le Savonarole de Saint-Germain des Prés, cette petite cure d’amaigrissement est nécessaire car « le pays a besoin, pour retrouver le goût de l’effort, d’un choc psychique, d’une secousse électropolitique apte à réveiller cette énergie vitale des peuples qui s’appelle l’ambition ». Fin de la péroraison pour cœur fragile ayant trouvé refuge dans le triangle d’or de la capitale.
Telle est la réalité nationale vue de la planète où vit Barbier (plutôt pas mal, d’ailleurs, merci pour lui). Pour lui, la France n’est qu’un pays de planqués et de fainéants, de faux chômeurs et de vrais truqueurs, de petits esprits indifférents aux défis contemporains, de gens étroits ayant perdu le sens de l’engagement, de traitres à la patrie en danger, d’âmes mortes rétives à la mondialisation. Il faut donc les réveiller à la schlague. D’où la question posée en conclusion de son prêche : « Il faut un président de choc : François Hollande répondra-t-il présent ? »
Passons sur la morgue et la suffisance du petit marquis de la médiacratie. Oublions le mépris vis-à-vis de ceux qui vivent le choc de la vie au quotidien. Contentons-nous de méditer cette dernière phrase, car elle a le mérite de mettre en lumière la grande question de l’heure : le gouvernement va-t-il céder au non à la fronde des nantis et à la jacquerie des privilégiés ?
Car c’est bien de cela qu’il s’agit dans cette affaire née du rapport Gallois et du débat ubuesque sur la « compétitivité ». À force de tergiverser, d’hésiter, de reculer, de lâcher du lest et de ne pas savoir sur quel pied danser, le gouvernement s’est laissé enfermer dans le piège dressé par la coalition des forces conservatrices, où l’on retrouve les « pigeons », les vautours du Medef, les rapaces de l’Ump, sans oublier les oiseaux de plumes à la Barbier, qui rêvent du Sarkozysme sans Sarkozy, parfois rejoints par les petits moineaux médiatiques de la social-démocratie résignée.
Ce front antipopulaire de type inédit entend profiter de la crise et de ses conséquences pour faire plier François Hollande et le contraindre à ranger au rayon des vieilleries ses velléités de remettre un peu de justice et d’efficacité dans l’ordre économique et social. L’arête de la taxe de 75% sur les plus riches, aussi symbolique soit-elle, leur est restée au travers de la gorge. Ils veulent un retour rapide aux « fondamentaux » du néolibéralisme. Ils instrumentalisent le rapport Gallois pour tenter d’imposer à la hussarde un virage austéritaire qui serait à la fois un Waterloo économique (la rigueur forcée ne ferait qu’aggraver le risque de récession et donc les difficultés budgétaires) et une Bérézina politique pour la gauche.
L’avantage du billet de Christophe Barbier, c’est qu’il permet de connaître le plan de bataille des néo-cons à la française. La stratégie du camp d’en face est moins claire, et c’est tout le problème.
Vous avez dit égalité ? (1) Les bases du concept
Bien loin d’être un étalon de la performance d’un système, l’égalité est un pur concept opératoire, qui doit trouver sa définition de l’extérieur, définition différente pour chaque domaine d’activité.
En matière d’éducation et sans doute aussi en économie et en politique, nos sociétés occidentales sont entrées dans un de ces mouvements frénétiques sans direction apparente. On en arrive curieusement à se réjouir de l’alternance politique. Faire et défaire. Où est le progrès ? Mais cela ne serait rien, si c’était le signe d’un conservatisme tranquille. Au-delà des fluctuations, il y a des problèmes qui prennent de l’ampleur. Réformes sur réformes ne résolvent pas le problème du chômage, et il n’y a que des artifices statistiques pour masquer son augmentation structurelle. La durée de vie des programmes scolaires n’atteint pas la moitié du temps passé par les enfants sur les bancs de l’école obligatoire. Les codes de lois augmentent de façon exponentielle, sans que la justice soit mieux rendue, loin s’en faut. Et nous pouvons constater conjointement une baisse de qualité des services publics et une augmentation des déficits, malgré une augmentation parallèle des taux d’imposition. On a dû se tromper quelque part. Obstination dans l’erreur, échec systématique des solutions proposées. Comment est-ce possible ? Sans doute cela vient-il de ce que les questions sont mal posées et les termes du débat trompeurs.
Il conviendrait donc d’analyser les concepts qui sous-tendent nos débats de société. Je veux parler de ces concepts qu’on retrouve à peu près dans tous les camps, de ces valeurs dont tout le monde semble se réclamer et qui n’ont pas le même sens pour tout le monde. Dans cette série d’articles, je me concentrerai sur l’égalité. Il s’agit en effet du principal critère mis en avant pour réclamer les réformes. Il sert à justifier aussi bien la fiscalité que la suppression des notes ou le mariage gay. Je vais essayer ici de montrer que, bien loin d’être un étalon de la performance d’un système, l’égalité est un pur concept opératoire, qui doit trouver sa définition de l’extérieur, définition différente pour chaque domaine d’activité. Dans les articles suivants j’essaierai d’en tirer quelques conséquences pour les grands débats de société en cours.
Pour y voir clair, faisons donc un petit tour du côté des mathématiques. Poser une égalité revient toujours à faire abstraction. En mathématiques on manipule de purs concepts, il n’y a donc pas de problème à dire : 3 x 4 = 4 x 3
Mais si je veux appliquer ces nombres à des réalités concrètes et mesurables, une difficulté apparaît immédiatement. Puis-je dire par exemple que 3 paquets de 4 biscuits reviennent au même que 4 paquets de 3 biscuits ? Oui, si j’ouvre tous les paquets et que je les mange en une seule fois. Non, si j’organise par exemple un grand jeu dans la forêt et que je veux distribuer le goûter aux participants. Pour l’intendant, la multiplication ne sera pas toujours commutative. Soit dit en passant, je me demande si ce décalage entre le concept abstrait et les applications pratiques n’expliquerait pas les difficultés d’apprentissage de certains élèves. Quoi qu’il en soit, on voit bien qu’en posant l’égalité 3 x 4 = 4 x 3, j’ai procédé à une abstraction, en éliminant un facteur que je jugeais sans intérêt, à savoir la composition des paquets.
On trouve la même chose en poésie. Je me plais beaucoup à écrire au tableau : 3 x 4 ≠ 4 x 3
D’abord parce que c’est vrai d’un point de vue rythmique, ensuite parce que ça permet de repérer les élèves qui ne suivent pas. On les voit se réveiller, quand ils se demandent ce que ça vient faire en cours de français et comment le professeur peut être assez bête pour écrire un truc pareil ! Les bons élèves, eux, ont déjà compris que le rythme d’un tétramètre classique - "Tout m’affli/ge et me nuit/ et conspi/re à me nuire" (Racine) - n’est pas du tout le même que celui d’un trimètre romantique - "J’ai disloqué/ ce grand niais/ d’alexandrin" (Hugo). Pourtant, vous avez bel et bien douze syllabes à chaque fois.
En géométrie je pourrais, comme le fait Marie-Laure Izorche, m’amuser à comparer des triangles et déclarer égaux des triangles dont l’aire est identique mais le périmètre différent, des triangles ayant des angles égaux mais des tailles différentes, ou des triangles ayant exactement les mêmes dimensions mais différents par l’encre avec laquelle ils ont été tracés. À l’extrême, des triangles en tout point identiques (taille, forme, couleur) mais placés différemment dans l’espace, par exemple l’un tourné vers le bas et l’autre vers le haut, ont-il la même signification ? Rien n’est moins sûr. Je peux employer l’un pour dire oui et l’autre pour dire non. Je peux les employer pour symboliser le masculin et le féminin. Et dès lors, je peux tenir tous les triangles pour inégaux, chacun ayant sa singularité irréductible. Et pourtant ces figures sont très comparables et tant que je n’ai pas de code pour les interpréter, je peux aussi bien les tenir pour interchangeables. Je pourrais même affirmer que fondamentalement, tous les triangles sont égaux, en ce qu’ils ont tous trois côtés, trois angles et quelques propriétés communes. Tout dépend des critères que je veux retenir pour porter mon jugement. Reste à savoir évidemment, si les critères retenus sont pertinents pour le genre de problème que j’ai à résoudre ? Mon triangle est-il un symbole dans un message codé ou la structure de base d’un projet architectural ?
À suivre…
Quand l’État sabote le commerce
"L’État est là pour nous aider, on paye pour !" Je suis
toujours très surpris de constater qu'une majorité de Français croient
encore ce gros bobard douillet dans lequel ils se réfugient d'ailleurs
dès qu'on commence à discuter un peu de son emprise sur leur vie de tous
les jours. Régulièrement, ces éditos sont pour moi l'occasion
d'illustrer pourquoi, précisément, l’État ne veut pas le bien des
citoyens qu'il aurait charge de servir. Aujourd'hui, c'est à Carcassonne
que nous découvrons un de ces nombreux exemples d'aberration étatique.
On apprend, par une presse frémissante à l'idée de relater les péripéties locales de la mairie, qu'une nouvelle médiathèque est en cours de finition
dans la ville de Carcassonne et qu'elle sera bientôt ouverte. Jusque
là, rien d'anormal, puisque c'est la simple continuité des activités
naturelles de l'administration locale qui consiste, comme chacun sait, à
dépenser bruyamment et le plus visiblement possible l'argent des
contribuables locaux dans des établissements rutilants destinés à leur
apporter avec empressement ce qu'ils n'ont jamais demandé.
De nos jours, une municipalité digne de ce nom et des impôts fonciers
prélevés ne se contentent plus de ravaler les façades d'écoles ni
d'entretenir avec des frais minutieusement calculés des bibliothèques
aux livres un peu jaunis dans lesquelles quelques rayons histoire,
géographie, culture locale et cuisine du cru côtoient un misérable rayon
Économie remplis d'ouvrages délicieusement marxistes. Non, décidément,
les "bibliothèques", c'est poussiéreux, et ça nous ramène début XXème
siècle. De nos jours, on fait dans la "médiathèque" qui, comme son nom
l'indique, accumule les médias pour attirer le gogo contribuable usager.
Eh oui : on va donc ajouter à la traditionnelle procession de livres
plus ou moins intéressants une quantité vaguement amortissable d'autres
médias, comme la musique ou les films sous forme de DVD ou de Blu-ray.
L'idée est simple : comme, soyons clairs, plus personne ne vient
spontanément dans les bibliothèques, on va tenter de justifier la
présence du bâtiment, les coûts de personnel salarié, des
infrastructures et de leur maintenance en élargissant l'offre (et en
obligeant les écoles publiques à venir y faire un tour régulièrement
aussi ; après tout, il n'y a pas de petites victoires.) Il faut dire que
la concurrence d'internet est particulièrement rude et les employés
municipaux chargés de démontrer leur utilité indispensable rivalisent
donc d'inventivité pour accroître la fréquentation de leurs locaux. Au
passage, on trouvera quelques études (dont certaines réalisées jusqu'en
2006, par un Crédoc manifestement trop réjoui à l'idée que les chiffres
seraient bons, mais si mais si) qui expliquent que les bibliothèques
municipales continuent d'attirer du monde, même si la lecture attentive
des rapports montre surtout que la population qui y vient régulièrement
tend à vieillir, et que les établissements peinent franchement à attirer
l'attention des jeunes dont une bonne partie n'y va que parce qu'elle y
est obligée scolairement.
Le bilan est d'ailleurs franchement grisâtre. Si la désaffection des bibliothèques reste encore modérée (encore que les statistiques
ne laissent guère de doute), on ne peut arriver à la camoufler qu'après
des torsions statistiques amusantes qui font un peu sourire lorsqu'on
recoupe les informations sur internet. Par exemple, si les places de
lecture en bibliothèque de l'enseignement supérieur passent ainsi de
115.000 en 2002 à 127.000 en 2008, les lecteurs inscrits passent, eux,
de 1.305 millions à 1.211 sur la même période. Évidemment, le personnel
employé passe lui de 5138 à plus de 5700 (halte aux cadences infernales,
et tout ça). En pratique, plus de 70% de la population française fait
preuve d'une totale indifférence à ces services qui coûtent pourtant 20€
par an et par habitant.
Le décor posé, revenons à Carcassonne où la nouvelle médiathèque va
donc ouvrir, et même disposer ... d'un espace dédié aux jeux vidéos.
Ici, je cite la notule journalistique :
Les ados ont leur place, avec des jeux vidéos. "Cette offre est importante pour attirer les publics adolescents, qui fréquentent peu les bibliothèques, explique le directeur. Ils pourront à la fois jouer sur place et emprunter les jeux pour les amener chez eux"Youpi, des jeux
Éthiquement, cependant, on peut comprendre que certains trouvent l'affaire un tantinet difficile à avaler. Je pense ici à un certain Laurent Pécal, le gérant de Logigames, qui se retrouve maintenant en concurrence frontale avec les services de l’État, et avec ses propres impôts. Pourtant, il y a un an, lors de l'ouverture de la petite médiathèque, les services de la mairie de Carcassonne avaient assuré le gérant qu'ils ne feraient pas de jeux vidéos et ne viendraient pas piétiner ses plantes-bandes commerciales. Peine perdue, donc : la médiathèque proposera bien des jeux vidéos, disponibles à l'emprunt.
La réaction de Laurent Pécal est sans équivoque : "Ils se sont bien foutus de ma gueule." Il est vrai que, du point de vue commercial, la situation n'est pas des plus aisée : "Ils sont gratuit. Je ne peux rien faire contre la gratuité." D'autant que, question moyens, le service public, toujours prêt à pleurnicher pour en avoir encore plus, dispose ici d'un budget de 11,9 millions d'euros sur trois ans, à comparer au budget d'un cybercafé (ici, moins de 100.000 euros à l'année) qui n'a pas l'opportunité d'utiliser la force pour aller piocher dans la poche des contribuables.
On pourra m'objecter que la concurrence, prônée par les libéraux, a normalement du bon. Certes, mais cela suppose une concurrence un minimum équitable, et non le véritable dumping dont le gérant est ici clairement la victime : il n'aura jamais les moyens dont dispose la municipalité puisque, factuellement, il devra pour vivre facturer quelque chose à ses clients (et uniquement à ceux-ci) là où la municipalité, par le truchement de l'impôt, peut se permettre d'aller racketter aussi tous les habitants y compris ceux qui n'ont rien à faire des jeux vidéos.
Un concurrent normal (grande surface, autre cybercafé) sera toujours confronté à la nécessité de facturer ses services pour éponger une partie de ses coûts, chose que les sévices publics peuvent se passer complètement de faire de façon directe. Non seulement, ils peuvent reporter le coût sur des non-clients, mais ils ont aussi la facilité de crédit illimité que permet tout État muni de la coercition légale.
Mais plus profondément, sans même parler de la concurrence introduite ici aux forceps, on pourra rappeler, comme je le notais en introduction, que l’État n'est pas censé piétiner ainsi le travail des honnêtes gens. Tout d'abord parce qu'en bon gestionnaire, l’État doit comprendre que saboter ainsi le commerce, c'est se couper d'une source de financement. Et d'autre part, l’État a normalement pour mission l'exact opposé : favoriser la création d'emplois, ce que cette médiathèque détruit de façon évidente (eh oui : l'argent qui la fait fonctionner, il faut bien le trouver quelque part).
Bien évidemment, cet exemple peut paraître anecdotique. Il est en réalité parfaitement symptomatique du problème français : là où l’État devrait se faire humble et se contenter de ses missions régaliennes essentielles, il s'éparpille joyeusement dans des multitudes d'aventures colorées qui coûtent de plus en plus cher de façon directe (par les frais engagés) et indirecte (par les destructions de richesse et d'emplois inférées).
Non, les jeux vidéos gratuits disponibles à l'emprunt, ça n'existe pas.
Au-delà numérique
La mort intègre à son tour le monde virtuel. Désormais, elle peut se «
vivre » à distance, par écrans interposés : trois crématoriums (à
Paris, Carcassonne et Canet-en-Roussillon) proposent aux proches ne
pouvant se déplacer de suivre la cérémonie d’adieu depuis chez eux,
grâce à une connexion sécurisée. D’autres sites hébergent ensuite des «
mémoriaux virtuels », « parcelles d’éternité numérique » qui
entretiennent les souvenirs des défunts.
Le summum de cette
moderne accointance entre monde numérique et Au-delà est un service
débarquant en France en provenance du Japon : l’apposition sur l’urne ou
la pierre tombale d’un QR code renvoyant à un site internet où le
disparu réapparaît par le biais de vidéos, photos, textes, chansons…
Comme si le principe du réseau social, qui consiste à embellir son image
publique, ne devait s’imposer aucune frontière, pas même celle de la
fin de vie.
D’une certaine façon, la mort s’était déjà virtualisée
avant que le virtuel ne nous envahisse. Elle s’est cachée dans les
hôpitaux. Ce n’est pas qu’elle ne nous préoccupe plus, c’est qu’on évite
désormais de la regarder en face. Il n’y a pas si longtemps, on la
fixait. Longtemps : trois jours et trois nuits, le temps d’une veillée à
domicile, alors qu’on se contente désormais d’un passage express dans
une morgue, si on en trouve le courage.
Cette longue confrontation
avec le défunt portait des enseignements fondamentaux. Elle aidait à
comprendre, physiquement et spirituellement, que la mort est bien une
fin, même si certains croient qu’elle n’est qu’un passage : une
dépouille n’a rien de commun avec l’être qui l’animait. Elle permettait
de ressasser sa peine, voire ses regrets, et ainsi de « faire son deuil
». Elle offrait un adieu à la mesure du manque qui se créait.
Omniprésente dans le monde rural, la mort était une figure effrayante,
mais familière.
Notre époque idolâtre la vie. Elle célèbre la
beauté, la santé, la performance. Mais elle oublie qu’une médaille a
deux faces, et que la mort est nécessaire à cette vie. En ce sens, elle
mérite que nous lui portions un intérêt qui soit bien plus réel que
virtuel.
Bras d'honneur sur Public Sénat : Longuet assume
Le bras d'honneur de Gérard Longuet sur la chaîne Public Sénat, mardi, continue de faire réagir. Le sénateur UMP,
lui, assume son geste malgré les condamnations. Jeudi, c'est
le président du cercle d'amitié franco-algérien, Adam Benahmed, qui
s'est dit, au nom de l'ensemble des membres de cette association, «outré
et scandalisé par le geste inélégant et de voyou» de l'ancien ministre
de la Défense, «envers le peuple algérien ami»Dans un communiqué, le Dr Benahmed a appelé «l'ensemble des femmes et des hommes politiques
français à la réprobation totale de cet individu qui déshonore la
France et les Français et qui porte atteinte aux relations intenses,
riches et amicales qui lient nos deux pays aujourd'hui».
«Hostile au principe de repentance»
Mardi, Gérard Longuet avait été filmé à son insu en train de faire ce «geste de mauvaise humeur typiquement populaire», comme il l'a qualifié par la suite, pendant le générique de l'émission Preuve par 3 sur Public Sénat. Le son était coupé mais pas l'image. Il réagissait, hors antenne, à la demande faite par l'Algérie que la France reconnaisse les «crimes» commis lors de la colonisation
Ce jeudi, il a fait savoir qu'il assumait sa réaction. Il «confirme son hostilité de principe à une telle repentance». «C'est un sujet sensible pour moi», a-t-il déclaré sur France Inter. «L'Algérie ravive une plaie non pas tellement avec l'Algérie, mais aussi entre nos compatriotes, nos compatriotes pieds-noirs, qui ont l'impression d'être collectivement jugés et condamnés, et nos compatriotes métropolitains qui se disent: qu'est-ce que c'est que ces gens qui étaient au fond des criminels», a-t-il souligné.
Son geste, commenté dans les médias et sur les réseaux sociaux depuis mardi, suscite la réprobation de la majorité et le silence de son camp. Le président PS du Sénat, Jean-Pierre Bel, a exprimé dans un communiqué sa «désapprobation après le geste grossier et injurieux que M. Gérard Longuet a adressé aux autorités algériennes». Jean-Pierre Bel estime que ce geste, de la part d'un ancien ministre, ne peut qu'entretenir la «guerre des mémoires», alors que François Hollande doit se rendre début décembre en Algérie.
Sur Twitter, Harlem Désir, nouveau patron du PS, estime que ce geste «illustre malheureusement la brutalité vulgaire d'une certaine droite qui abîme trop souvent le débat républicain».
Libé : un pas de plus dans la démagogie crasse
Pour Libé, les patrons sont en lutte contre la gauche.
L'idée est assez simple et a bien fonctionné auprès de l'opinion
publique par le passé : quand une partie de la population s'élève contre
les mesures liberticides d'un gouvernement autoritaire, il suffit de
les présenter en ennemis du progrès.
Ce que Libération essaie de vous faire comprendre, Français, c'est que les solutions proposées par les chefs d'entreprise pour réduire un coût du travail plus élevé qu'ailleurs, favoriser l'innovation, l'emploi et la formation, réduire la dette, etc. sont un leurre : seul le gouvernement sait ce qui est bon. Les patrons, eux, savent uniquement créer de la richesse ; comment pourraient-ils proposer des pistes pour mieux dépenser ce qu'on leur prélève alors qu'ils sont juge et partie ? Le gouvernement, lui, est bon ; il sait être impartial quand sa survie et son maintien au pouvoir dépendent de ce qu'il sera capable de prélever aux créateurs de richesse. C'est pour cela qu'il a la lucidité de commander des rapports pour rejeter leurs conclusions et de nier l'importance de réduire le déficit et la dette quand l'histoire indique que le danger est immense.
On les voit bien, ces patrons, cigare aux lèvres, lunettes de soleil et cravate nouée à l'américaine, tout acquis qu'ils sont à la cause du grand capital. Ils ont d'ailleurs la prétention de se comparer aux majestueux pigeons et aux aristocratiques moutons, quand ils ne font pas référence aux prestigieux moineaux…
Libération a raison de présenter les patrons comme les ennemis du progrès. Ce progrès qui veut qu'on redistribue toujours plus, qu'on empêche les entreprises de se créer et de fermer, ce progrès qui veut qu'on aille vers toujours plus de dépense contrôlée par l’État et toujours moins par le libre consentement des individus. L’État-providence fonctionne mal et bientôt plus du tout, sans doute parce qu'on ne lui donne pas déjà assez de moyens. L’État veut décider, car il sait ce qui est bon ; c'est en s'impliquant dans la gestion des entreprises qu'il va les aider, et les chefs d'entreprise acceptent de gaieté de cœur.
Il est important de se souvenir que l'appel à un socialisme soucieux des intérêts des plus défavorisés et de l'intérêt national a déjà eu des précédents heureux et qu'on a déjà dénoncé justement l'insolence des capitalistes qui, par leurs choix d'investissement, menacent le maintien du train de vie de l’État :
Dans la mesure où l'économie s'est rendue maître de l'État, l'argent est devenu le dieu que tous devaient adorer à genoux [...] La bourse commença à triompher et s'employa lentement mais sûrement à soumettre à son contrôle la vie de la nation [...] Le capital doit rester au service de l'État et ne pas essayer de devenir le maître de la nation. (Joseph Goebbels)Considérer que l'entrepreneur est un héros qui déploie toute son intelligence pour proposer des biens et services toujours plus performants et innovants ou qu'il exploite ceux à qui il propose un travail aliénant contre une rémunération misérable tient à peu de choses :
Éludant la différence entre production et pillage, ils appelèrent l'entrepreneur un voleur. Éludant la différence entre liberté et coercition, ils l'appelèrent esclavagiste. Éludant la différence entre récompense et terreur, ils l'appelèrent exploiteur. Éludant la différence entre fiches de paie et fusils, ils l'appelèrent autocrate. Éludant la différence entre l'échange et la force, ils l'appelèrent tyran. Le plus important qu'il leur fallait éluder était la différence entre ce qui est acquis par le mérite et ce qui ne l'est pas. (Ayn Rand, "For the New Intellectual")C'est cela que Libération oublie : l'entrepreneur crée de la richesse et la valorise par le consentement de ceux avec qui il échange, là où l’État prélève, taxe, spolie sans se soucier du consentement et sans hésiter à recourir à la force pour faire respecter ses décisions. Les entrepreneurs font entendre leur voix pour pouvoir continuer à produire et à créer, pas pour protéger des acquis offerts par l’État et prélevés à d'autres. Est-ce donc là ce qui vous choque tant, journalistes de Libération, que des individus ne réclament pas plus de l’État mais demandent uniquement qu'on les laisse travailler ? À force de vivre de subventions payées par des contribuables qui ne vous lisent plus et des entreprises que vous raillez régulièrement, vous avez dû oublier ce qu'est un chef d'entreprise, qui doit jour après jour satisfaire ses clients pour espérer les voir revenir.
Les relations amour-haine entre le patronat et le gouvernement tiennent désormais plus de la seconde que du premier. Une part importante des patrons ont accepté de jouer le jeu de l’État, de chercher à obtenir des faveurs, des avantages, la protection d'un État bien trop content de pouvoir s'immiscer dans les affaires économiques. Ils en paient le prix aujourd'hui ; l'économie a depuis longtemps cessé de refléter les choix des individus, et les entreprises ont du mal à comprendre pourquoi elles paient un si cher tribut à la concurrence après des années d'anesthésie étatique. Vous avez raison de dénoncer ces patrons, qui ont cherché à s'enrichir en empêchant les autres de produire plutôt qu'en offrant de meilleurs produits et services pour un prix inférieur à leurs concurrents. Ils ont laissé la proximité avec le pouvoir politique remplacer la compétence comme critère de compétitivité. Si tant est qu'elle ait un jour existé, la vraie démocratie, celle d'un marché libre où chacun choisit sans contrainte ni coercition, a disparu.
Au lieu de cela, la démocratie a désormais le pouvoir de faire voter l'ensemble des individus sur des sujets qui ne les concernent pas. Là où chacun décidait de la meilleure façon d'utiliser son argent, tout le monde décide aujourd'hui de la meilleure façon d'utiliser l'argent des autres. C'est la deuxième erreur qu'ont commis les capitalistes : en plus d'accepter la collusion avec l’État, ils ont accepté le fardeau qu'on voulait leur faire porter. En redistribuant la richesse de ceux qui la créent vers les autres, l’État défend un "progrès social" qui voudrait que la richesse n'appartienne pas à ceux qui la crée et que le besoin ait plus de sens que la vertu. C'est contre cette vision, qui veut que l'individu se sacrifie pour le groupe ou une partie du groupe, que se lèvent depuis longtemps déjà les défenseurs de la liberté ; les entrepreneurs, eux, se lèvent aujourd'hui contre la goutte d'impôt qui fait déborder le vase, la taxe de trop, le prélèvement supplémentaire qui rend leur fardeau insupportable. Conscients qu'ils portent le monde sur leurs épaules, ils craignent de devoir un jour, à bout de forces, le laisser tomber.
Ne soyez pas inquiets, Français. Cette Une de Libération n'a aucun sens. La "lutte" des patrons n'aura pas lieu. Les entrepreneurs, les capitalistes, les créateurs de richesse ont construit leur vie sur l'idée que le consentement avait plus de sens que la contrainte, que la liberté avait plus de valeur que la violence. La lutte est l'apanage de ceux qui prennent les armes ; les entrepreneurs, eux, prendront la fuite.
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Lire aussi : Lettre ouverte aux "Pigeons" présents et futurs pour les convaincre de passer à l’action
Les rites oubliés qui permettaient aux âmes des défunts de bien s’envoler
Il n’y a pas si longtemps, les Alsaciens
prenaient grand soin de l’âme de leurs défunts : comme le rappelle
Gérard Leser, il fallait, par des gestes rituels, s’assurer qu’elle
quitte bien sa demeure terrestre pour gagner l’Au-delà.
Avec la modernité, on a caché la mort. « L’Alsace est une des régions où l’on se rend le moins dans les chambres funéraires », assure Philippe Ogé, directeur régional de la société Pompes funèbres générales (PFG). Mais à l’inverse, il arrive encore ( « Une fois par an, à peu près ») que l’on demande à sa société d’organiser une veillée à domicile, comme c’était l’habitude jusqu’à la moitié du siècle précédent. Le défunt restait alors chez lui trois jours et trois nuits. D’un point de vue médical et psychologique, on acquérait ainsi la certitude que le mort l’était bien. Et, d’un point de vue spirituel, on s’assurait que son âme avait quitté son corps, car, poursuit Gérard Leser, « on était convaincu qu’elle lui restait attachée pendant trois jours… »
Une fois la mort constatée, elle était annoncée à la communauté villageoise par le biais des cloches. « Elles étaient de gravité différente selon qu’il s’agissait d’un homme, d’une femme ou d’un enfant. » Les membres de la famille pouvaient en informer aussi « les animaux de la ferme, les arbres ou les tonneaux de la cave… Car la mort est un désordre fondamental : si on ne le faisait pas, le vin pouvait tourner au vinaigre, ou les abeilles pouvaient mourir ou s’en aller… »
Ces dernières étaient perçues comme des messagers entre les deux mondes. Pour les associer au deuil, la ruche était recouverte d’un voile noir.
Dans la maison, plusieurs autres précautions étaient prises : « On ôtait l’alliance du mort, de peur qu’il emporte le conjoint avec lui. On arrêtait les horloges, on voilait les miroirs, on emplissait une cruche d’eau afin que l’âme puisse s’y baigner, et on ouvrait les fenêtres pour qu’elle puisse prendre son envol. C’étaient des rites de passage, pour que l’âme puisse quitter tranquillement la maison. »
Pour l’âme d’un défunt, il n’y a rien de pire qu’un entre-deux entre le monde terrestre et l’Au-delà. Pour la même raison, « on sortait le mort les pieds devant, car sinon il pourrait revenir », et on changeait parfois les meubles de place, afin qu’il soit perdu si l’âme persiste à demeurer dans les parages…
Quant au repas mortuaire, « dans certaines régions, il était très simple : schnaps, pain et gruyère ». Le schnaps était un revigorant bienvenu en ces circonstances. Et pendant la veillée de trois jours et de trois nuits, il fallait se relayer pour ne pas laisser une seule seconde le mort sans compagnie. On pouvait prier ou parler, « mais on ne devait absolument pas dire du mal du défunt ! Un conte évoque le retour d’un mort, venu assommer un neveu qui critiquait son héritage… »
Dépassons le débat sur les 35 heures : en matière de temps de travail, la taille unique ne marche pas
Jean-Marc Ayrault a, un peu malgré lui, relancé le débat autour du temps de travail. 12 ans après l'instauration de la loi sur les 35 heures, les entreprises se reconnaissent-elles encore dans ce débat ?
Où se situe l'enjeu principal pour elles aujourd'hui ?
Le "choc de compétitivité" (lien : http://www.debateco.fr/actualite/121022-choc-competitivite-gallois) que l'Institut de l'entreprise appelle de ses vœux passe notamment par une plus grande flexibilité et une plus grande autonomie du dialogue social. Quelles solutions seraient, dans cette optique, à privilégier ?
Steve Jobs, réveille-toi ! Ils sont devenus trop sages
Pour succéder au charismatique Steve Jobs, les fans espéraient un Captain Cook capable de perpétuer la magie d’Apple. Ils héritent d’un Mister Nobody. En soi, cette simplicité est plutôt louable. Sauf que ce célibataire de 51 ans à la vie monacale transforme peu à peu la société à son image : hier start-up provocante et arrogante, la firme à la pomme devient une machine sage et prévisible. Cette évolution, confirmée par la sortie d’un nouvel iPhone sans surprise – «boring» (ennuyeux), a même taclé le «Wall Street Journal» – et de l'iPad Mini, aucun salarié d’Apple ne l’avouera en public sous peine d’être viré dans la seconde. Mais sur place, de nombreux ingénieurs encore dans la firme ou récemment partis l’ont confirmé à Capital, «off the record».
Soyons justes. Depuis qu’il a pris la succession de Steve Jobs, Tim Cook a gommé quelques excès de son prédécesseur, qui n’avaient franchement rien de charmant. En 2011, et malgré une série de 19 suicides chez son sous-traitant chinois Foxconn, «Steve» n’avait pas, par exemple, bougé le petit doigt pour améliorer le sort des ouvriers. Prenant son contre-pied, le nouveau boss a confié un audit social de ses usines à une organisation indépendante. Avant d’augmenter les paies. De même, alors que Jobs n’avait jamais entrepris la moindre action philanthropique, Cook a financé pour 50 millions de dollars la construction d’un hôpital à Stanford (près du siège d’Apple) et versé le même montant en faveur de la lutte contre le sida en Afrique.
Sur Infinite Loop à Cupertino, au siège d’Apple, le climat social s’est aussi détendu. Quand Jobs terrorisait ses employés en les licenciant pour une simple mauvaise réponse, Cook les câline. Il a quasiment doublé les ristournes dont ils bénéficient sur les produits maison et se montre bien plus accessible. «Le midi, alors que Steve prenait souvent un plateau à la cantine pour le manger dans son bureau, Tim aime déjeuner avec les employés», témoigne un salarié qui a côtoyé les deux hommes.
Qu’il partage ses carottes râpées avec la chef comptable est fort sympathique. Mais Tim Cook a imposé d’autres changements, beaucoup plus nuisibles à l’avenir de la marque. A commencer par l’instauration de procédures administratives strictes qui font perdre à Apple l’agilité de start-up que Jobs avait su préserver. «On doit maintenant tout justifier, raconte un ingénieur de la compagnie. Le temps passé sur un projet, le déplacement chez tel fournisseur… C’est beaucoup moins fun !» Récemment parti pour créer sa société, une pointure du département des logiciels pour Mac exprime la même nostalgie : «Avant, Jobs pouvait nous laisser un mois tranquilles pour qu’on explore jusqu’au bout un nouveau concept. J’ai développé plusieurs fonctionnalités de Safari ainsi. Ces pauses ont disparu.»
Tim Cook freine aussi la créativité d’Apple avec sa réunionite aiguë. «Il adore ça, raconte Paul Alvarez, un manager qui a travaillé à ses côtés pendant treize ans. Quand il était directeur opérationnel, il nous convoquait chaque vendredi à 13 heures puis organisait une autre réunion sur le même thème le lundi à 8 heures, pour rassembler les chiffres du week-end, avant le comité exécutif.» Et mieux vaut être endurant : dopé aux barres énergétiques et au Mountain Dew, un soda caféiné, ce fan de Lance Armstrong peut enfermer ses interlocuteurs plus de deux heures tant il a de chiffres à leur demander. Plusieurs ingénieurs ont claqué la porte d’Apple ces derniers mois, fatigués de ces pesanteurs. «Avant, il suffisait qu’on se croise dans le hall pour obtenir l’accord des supérieurs sur une petite innovation», nous raconte l’un d’eux, qui a travaillé sur l’application photo de l’iPhone. Maintenant, il faut réunir tous les services. On passe plus de temps à s’organiser qu’à agir.» Steve Jobs deviendrait furax en lisant ce témoignage. Lui qui déclarait dans «Businessweek» en 2004 : «L’innovation vient des personnes qui se rencontrent dans les couloirs et s’appellent à 22 h 30.»
Les créatifs sont d’autant plus bridés que les logisticiens (le métier d’origine de Tim Cook) ont pris le pouvoir. Plus question de retarder le planning de production. «Avant, on pouvait effectuer des changements au dernier moment, explique un ingénieur du département son, accoudé au comptoir d’un café de Divisadero Street, à San Francisco. C’était tendu, mais on y arrivait. Et ces retards se justifiaient toujours. Les agendas sont maintenant bloqués bien plus tôt.» Sorti en septembre, le dernier iPhone est l’illustration de cette flexibilité perdue. Finalisé avant que Samsung ne dévoile son Galaxy S3 en mai, il n’a pas pu s’aligner sur ses caractéristiques techniques. Les multiples bugs de son logiciel de cartographie étayent aussi la thèse d'un lancement précipité.
L’engourdissement d’Apple n’affecte pas que ses produits. Dévoilée à 41 millions d’Américains le soir de la cérémonie d’ouverture des JO de Londres, la dernière campagne de publicité de la marque a reçu un accueil effroyable outre-Atlantique. Jugée chiche et ennuyeuse, elle a été interrompue au bout d’une semaine seulement. Apple l’a même retirée de sa chaîne sur YouTube, où la firme laisse pourtant plein de vieilles réclames. Qu’y voyait-on ? Des débutants en informatique secourus par des vendeurs Apple grâce à la magie de leurs logiciels. «L’idée de base n’était pas forcément mauvaise, c’est l’exécution qui a péché, rien n’était drôle !», explique à Capital le publicitaire Ken Segall, qui a travaillé en direct avec Steve Jobs sur les pubs d’Apple pendant douze ans (dont la fameuse «Think Different») et vient de publier «Apple . Le Secret d’une incroyable réussite» (First Editions). Steve Jobs aurait-il laissé passer cette campagne ? «Il s’impliquait dans tous les détails des campagnes, poursuit Segall. Et en réunion, je l’ai vu souvent balayer les choix de son vice-président marketing Phil Schiller. Tim Cook, lui, ne s’y est jamais intéressé. Il a aujourd’hui délégué le “final cut” à Schiller.»
Les magasins Apple sont aussi touchés de plein fouet par cette vague de normalisation. Steve Jobs et Ron Johnson, le dirigeant qu’il avait recruté pour lancer la chaîne en 2001, avaient conçu les Apple Store comme des magasins de luxe, où confort et fidélité du client primaient sur le chiffre d’affaires. «Ça ne nous embêtait pas qu’un gars revienne dix fois sans rien acheter», raconte David, un manager qui a officié dans plusieurs boutiques de la côte Ouest. La récré est terminée. A peine aux commandes, Tim Cook a remercié Johnson pour le remplacer par John Browett, le patron de Dixons, le Darty anglais. Sa mission : faire cracher les Apple Store, dont la marge de 27% ravirait pourtant n’importe quelle enseigne d’électronique. Pour y parvenir, Browett a modifié le mode de rémunération des vendeurs. Alors que la part variable était jusqu’alors calculée en fonction des performances du magasin, elle est désormais individualisée en fonction des transactions opérées par chacun. Ils sont désormais poussés à caser dans le panier du client un maximum d’accessoires, sur lesquels Apple réalise de très fortes marges : l’assurance longue durée, les formations, les protections pour iPad… La dernière trouvaille du groupe pour écouler ces «iBidules» est lumineuse : le connecteur de l’iPhone 5, plus petit que ses prédécesseurs, va obliger les mélomanes qui avaient acquis des enceintes hi-fi pour iPhone à s’acheter un adaptateur. Celui-ci est vendu 29 euros : avec Tim Cook, il n’y a pas de petit profit. Fin octobre, Tim Cook a écarté John Browett, mais sans annoncer le moindre changement à cette nouvelle stratégie.
Histoire d’accroître encore la rentabilité des magasins, Apple taille aussi dans la masse salariale. Le grand nombre de vendeurs, et du coup leur très grande disponibilité, faisait pourtant l’originalité du concept. «Ils réduisent progressivement le volume d’heures des employés à temps partiel, souvent des experts de la vidéo ou de la musique qui venaient dix ou quinze heures par semaine», assure Gary Allen, qui scrute depuis dix ans l’actualité de la chaîne sur son blog IfoAppleStore. «Et ils commencent maintenant à s’attaquer aux temps pleins.»
A défaut de plaire aux clients, la nouvelle ravira les investisseurs. Car c’est une autre nouveauté de l’ère Cook, Apple est désormais aux petits soins pour eux. Alors que Steve Jobs ne daignait pas les rencontrer, Tim Cook a reçu plusieurs d’entre eux en février dernier à Cupertino. Mieux, le nouveau P-DG a mis fin au blocage des dividendes instauré par son prédécesseur, qui estimait que les actionnaires devaient se contenter de la hausse du cours, il est vrai centuplé sous son second mandat (1997-2011). En mars, Cook a promis de leur verser 45 milliards de dollars d’ici quatre ans, sous forme de coupons et de rachat d’actions. Les 15% pris par le titre Apple depuis cette annonce doivent peut-être plus à ces alléchantes perspectives qu’aux courbes de l’iPhone.
Alors, l’Apple de Tim Cook a-t-il amorcé un lent déclin ? Finira-t-il un jour, comme Hewlett-Packard, au musée des géants du high-tech ? Nous en sommes bien sûr encore loin. D’abord, Steve Jobs a laissé un long pipeline d’innovations : on y trouve plusieurs futures fonctionnalités de l’iPhone et de l’iPad ainsi qu’un téléviseur à la pomme censé ringardiser nos petits écrans. Et puis, la société compte encore quelques vrais génies en ses murs, à commencer par le vice-président en charge du design, Jonathan Ive, qui a dessiné tous les best-sellers de la marque. Pour l’instant, Tim Cook n’a pas osé lui imposer les process qu’il a infligés aux ingénieurs.
«Jobs n’étant plus en permanence dans leur dos, les designers sont même plus libres encore qu’avant», souligne une salariée de la firme. Un confort de travail que nous a confirmé l’un des membres de l’équipe d’Ive, une petite cinquantaine de cracks venus du monde entier. «On a toujours autant de moyens. Par exemple, on continue de fabriquer, pour tous nos projets, un prototype avec les vrais matériaux, alors que les concurrents se contentent souvent de rendus visuels pour trancher. Ive surveille tout, mais cela se fait dans un esprit de bonne camaraderie. On peut discuter de tout avec lui, comme dans une petite boîte.» Ouf, il reste encore quelques artisans chez Apple.
Le contresens absolu
« Vous pensiez avoir atteint le paradis? Vous avez trouvé l’enfer. »
Syndrome de l’imposteur : quand la modestie devient pathologique
Un manque d’estime de soi. Pierre souffre d’un mal fort répandu en entreprise, identifié par les chercheurs en ressources humaines et par les coachs sous le nom de «syndrome de l’imposteur». Ce trouble touche en général des individus assez haut placés, qui réussissent dans leur carrière mais qui sont incapables de se reconnaître des qualités. «Ils expliquent leur succès par la chance, le travail acharné ou des facteurs superficiels comme le fait d’être beaux et sympathiques, souligne Manfred Kets de Vries, chercheur à l’Insead (1) . Certains sont d’incroyables travailleurs, préparés plus qu’il n’est nécessaire. Pourtant, ils vivent dans la crainte perpétuelle de ne pas être en mesure de répondre à ce qu’on attend d’eux.» Pour résumer, ces personnalités peuvent réussir, car elles sont bel et bien qualifiées pour le poste qu’elles occupent, mais elles souffrent d’un cruel manque d’estime de soi (2) . Lorsqu’elles réussissent, elles invoquent un malentendu ou la chance. En cas d’échec, c’est forcément de leur faute (3) .
Le concept du syndrome de l’imposteur a fait son apparition en 1978 grâce aux travaux menés par Pauline Rose Clance et Suzanne Imes auprès de cadres dirigeantes (4). Les deux chercheuses ont voulu comprendre pourquoi certaines d’entre elles se montraient incapables d’assumer leur réussite. Historiquement, donc, le phénomène a d’abord été détecté chez les femmes. Mais, depuis les premiers travaux, des études ont montré qu’il touche tout autant les hommes (5) et près de 3% des dirigeants (6) .
Bien que ce trouble soit courant, il ne faut pas le voir partout. Nous pouvons tous à un moment donné nous interroger sur notre légitimité au poste que nous occupons ou nous demander si nous allons être à la hauteur d’une tâche, notamment à l’occasion d’une promotion, d’un changement d’entreprise, d’un nouveau projet ou d’une conjoncture difficile. Pour la plupart des individus, le doute est transitoire. Mais, chez les personnes vraiment atteintes, il persiste et peut conduire à des échecs, des démissions, des burn-out ou des dépressions. Autre écueil : attribuer le syndrome de l’imposteur aux… véritables imposteurs. Manipulateurs, ces derniers ont endossé un costume trop large pour leurs épaules et trichent en connaissance de cause pour masquer leur incapacité.
Les perfectionnistes vulnérables. Dans la plupart des cas, le syndrome concerne des individus placés en situation de minorité. Par exemple, un PDG autodidacte entouré de collaborateurs diplômés de grandes écoles ou une femme siégant seule au milieu d’hommes dans un conseil d’administration. Il touche aussi les grands perfectionnistes, qui vivent avec un sentiment d’insatisfaction permanent par rapport à la qualité du travail fourni, ou encore les individus qui ont eu une progression de carrière très rapide, et dont l’estime de soi n’a pas crû aussi vite que leur niveau de responsabilité ou de rémunération.
Mais bien souvent, le problème s’enracine dans des causes psychologiques profondes. Certains travaux insistent sur l’importance du contexte familial. Le fait d’avoir été élevé par des parents désavantagés socialement peut donner à un enfant le sentiment, une fois adulte, que sa réussite est en décalage avec ses origines. D’autres individus, au contraire surprotégés, ne réussissent jamais à couper le cordon. Ils se montrent alors incapables de s’émanciper par rapport à une figure parentale écrasante. Quant aux filles dont les parents ont accordé plus d’importance à l’éducation des garçons, elles sont davantage susceptibles de douter de leurs capacités professionnelles.
Sabotage de carrière. Source de stress, de culpabilité et d’angoisse, le phénomène de l’imposteur est très difficile à détecter. De peur d’être «démasqués», les individus qui en souffrent vivent dans la dissimulation permanente, usant de différents stratagèmes pour gérer leur malaise. Il y a d’abord ceux qui pratiquent la stratégie de l’esquive. Au moment de rendre des comptes, ils disparaissent : ils partent en vacances, déclarent des arrêts maladie ou quittent leur boîte pour une autre société, accumulant les expériences professionnelles.
D’autres, au contraire, se réfugient dans le travail, persuadés que les heures supplémentaires compenseront leur incompétence supposée. Ces «workaholics» risquent l’épuisement professionnel. Certains pratiquent la procrastination, remettant toute décision ou action à plus tard, au risque que leur comportement ressemble à celui d’un véritable imposteur. Enfin, et c’est le scénario le plus tragique, quelques-uns en arrivent à se mettre en situation d’échec pour se décharger du sentiment de culpabilité. On parle alors de sabotage de carrière.
En général, les personnes atteintes ne sont pas conscientes de leur problème. Elles se croient véritablement incompétentes, alors qu’il s’agit d’une simple vue de leur esprit. Pour supprimer cette croyance et leur redonner l’estime d’elles-mêmes, les coachs préconisent des exercices, comme établir, chaque jour, la liste de trois actions conduites avec succès.
Comment détecter un syndrome de l'imposteur
> Le sujet minimise son succès. Vous l’entendrez dire “je n’y suis pour rien”, “j’ai eu de la chance”, “tout le monde en est capable”.
> Il travaille de façon excessive. Son investissement en temps et son implication sont si démesurés qu’il risque de faire un burn-out.
> Il diffère les décisions. Du moins celles qu’il juge importantes, de peur d’être démasqué. Cela n’a rien à voir avec de l’incompétence.
> Il s’inquiète d’être promu. Au lieu de se réjouir d’avoir été choisi, il ressent un malaise et se demande : “Qu’ont-ils bien pu me trouver ?”
> Il s’éclipse souvent. Au moment de rendre des comptes, il pratique la stratégie de l’esquive en posant, par exemple, des jours de congé.
Comment aider un collaborateur qui en souffre
> Mettez l’accent sur ses qualités. Lors des évaluations, insistez davantage sur les points positifs du travail que sur les axes de progrès.
> Surveillez ses horaires. Faites preuve d’une vigilance discrète et corrigez le tir en lui interdisant de partir à des heures indues.
> Evitez-lui les défis trop lourds. Et mettez à sa disposition toutes les ressources possibles pour lui permettre de réussir.
> Expliquez clairement votre choix. Dites les raisons qui ont motivé votre décision en vous appuyant sur des éléments concrets de réussite.
> Recadrez-le si besoin. Acceptez l’absence une fois, mais pas deux. Lors de l’entretien, montrez-vous ferme, sans chercher à l’enfoncer.
(1) Manfred Kets de Vries, “Leaders, fous et imposteurs”, éditions Eska, 1995.
(2) Christophe André, François Lelord, “L’Estime de soi”, Odile Jacob, 1999.
(3) Julian Rotter, “Social Learning and Clinical Psychology”, New York, Prentice-Hall, 1954.
(4) Clance P. R. & Imes S.,”The Impostor Phenomenon in High Achieving Women : Dynamics and Therapeutic Intervention”, Psychotherapy, Theory, Research and Practice, vol. 15, pp. 241-247.
(5) Sarah W. Holmes, Les Kertay, Lauren B. Adamson, C.L. Holland & Pauline Rose Clance, “Measuring the Impostor Phenomenon : a Comparison of Clance’s IP Scale and Harvey’s I-P Scale”, Journal of Personality Assessment, vol. 60, n° 1, 1993, pp. 48-59.
(6) Jacqueline Nelson, “What’s behind the Impostor Syndrome”, Canadian Business, vol. 87, n° 18, juillet, 2011.
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