samedi 24 mars 2012
Une nouvelle vague d'immigration réanime "Little Greece", à New York
"L'erreur de ma vie, pense-t-il aujourd'hui. Mais ma femme voulait que la famille soit réunie." C'était en 1988. Après avoir rejoint vingt ans plus tôt son père charpentier, immigré aux Etats-Unis pour faire fortune, M. Klouvas, qui se fait maintenant appeler "Mike", avait décidé comme nombre de ses compatriotes exilés de retourner au pays. La situation économique y étant devenue plus florissante, pourquoi rester loin des siens ? "En 2000, Astoria avait perdu un tiers de sa population grecque par rapport aux années 1980", raconte Joseph Berger, journaliste au New York Times, auteur d'un reportage sur ce quartier il y a dix ans. Plutôt une bonne nouvelle, le signe que le pays allait mieux.
Pour M. Klouvas, les premières années à Athènes ont, c'est vrai, été idylliques. Les affaires marchaient bien, l'argent était là. Il avait ouvert un restaurant : Arxomani. "On faisait la queue pour y venir !", raconte-t-il. Et puis la crise a tout gâché. En trois ans, le pays a vu son produit intérieur brut plonger de plus de 11 % et le chômage grimper jusqu'à près de 20 %. L'Etat en faillite doit maintenant éponger ses déficits et l'économie regagner en compétitivité. Les travailleurs, appelés parfois avec mépris les "cueilleurs d'olives", et les classes les moins aisées en sont les premières victimes. Les subventions, les retraites, les minimums salariaux ont été amputés. "Aujourd'hui, en Grèce, il n'y a plus assez d'argent pour s'acheter des vêtements, alors aller au restaurant...", soupire M. Klouvas.
A plus de soixante ans, les cheveux blancs mais l'oeil pétillant, "Mike" a donc décidé, une fois encore, de repartir de zéro aux Etats-Unis. Infatigable, il cumule aujourd'hui deux "jobs". L'un comme head manager (gérant) d'un restaurant sur le point d'ouvrir à Corona, l'autre comme serveur dans un autre établissement, avec, bien sûr, des horaires à rallonge. "De 8 h du matin jusqu'à parfois 2 heures le lendemain", dit-il. Le prix à payer pour se constituer une petite cagnotte avant l'arrivée de sa femme et de ses deux filles, prévue à Pâques.
ECHAPPATOIRE
Combien sont-ils comme lui ? Les statistiques n'ont rien d'officiel. Les demandes de green cards, ces fameuses "cartes vertes" qui permettent de s'installer aux Etats-Unis, ne donnent pas d'indication pertinente, le délai d'obtention étant long et extrêmement difficile. Nombre d'habitants d'Astoria expliquent d'ailleurs discrètement qu'ils n'ont pas "tous les papiers".
Mais pour Spiro, jeune homme grassouillet né aux Etats-Unis, le bras droit tatoué du drapeau de son pays d'origine, cela ne fait pas de doute : "Tous les Grecs veulent venir ici". La hausse de 20 % de visiteurs grecs recensés à l'arrivée de "JFK", l'aéroport de New York, en 2011, par rapport à 2006, donne une petite idée du pouvoir d'attraction de l'Amérique. A l'Immigration Advocacy Services d'Astoria, une organisation à but non lucratif chargée d'aider les immigrés à remplir les formulaires nécessaires, Tony Meloni a aussi observé une augmentation de 50 % depuis un an des demandes venant de Grecs. "Au début, les gens appelaient, posaient des questions : "Et si... et si...". Maintenant, ils arrivent bille en tête", constate-t-il.
New York n'est pas la seule échappatoire, mais la communauté d'Astoria donne de l'espoir : la présence d'un frère, d'une soeur ou d'un parent permet, en effet, d'obtenir un permis de travail plus facilement, parfois en quelques mois.
Stratos "Steve" fait partie de ces rêveurs. Ce sympathique gaillard de 42 ans, arrivé il y a deux mois, parle à peine anglais mais caresse l'idée d'une carrière d'entraîneur de football, tout en servant des fetas dans l'épicerie d'un ami de sa mère, sur Ditmars Boulevard. Il y a aussi ces familles venues inscrire leurs enfants à l'école St Demetrios d'à côté, grâce à des "relations". "L'école a aussi une église, on peut aider parfois", explique Persa Platis, secrétaire de l'établissement.
Mais, pour les autres, sans connaissance, sans famille, sans connexion, venir aux Etats-Unis est un défi. Une loterie parfois. "De mon temps, c'était bien plus facile", reconnaît Elias Tsekerides, président de la Federation of Hellenic Societies of Greater New York, chargée de promouvoir la culture hellène. Installé aux Etats-Unis depuis 1963, ce Gréco-Américain, père de deux enfants "américano-grecs", précise-t-il fièrement, reçoit régulièrement des mails et des coups de fils du pays. "On m'envoie des CV, mais nous ne sommes pas une agence pour l'emploi !", se désole-t-il. Et puis, ces jeunes souvent bardés de diplômes accepteraient-ils de faire les serveurs ou les laveurs de vaisselle comme leurs aînés ?
Malgré tout, l'arrivée de cette deuxième génération de Grecs à Astoria offre un petit réconfort : elle fera peut-être grossir la parade du dimanche 25 mars, en l'honneur de l'indépendance du pays. "Je ne sais pas combien nous serons, mais il y aura du monde sur la Ve Avenue !", pressent M. Stekerides.
Robert Broussard s'élève contre Prouteau et les "donneurs de leçons"
L'ancien commissaire Robert Broussard, créateur du RAID en 1985,
juge "injustes" les critiques émises au sujet de l'assaut des policiers
contre Mohamed Merah. Il dit sa colère dans un texte transmis à
L'Express.
L'ancien commissaire, créateur du RAID en 1985, s'élève contre les critiques émises depuis jeudi au sujet de l'intervention du RAID à Toulouse.
L'ex-policier, qui a lui-même eu à gérer plusieurs dizaines
d'interventions de ce type ou de prises d'otages entre 1972 et 1986, a
été particulièrement choqué, comme beaucoup de policiers, par les
déclarations de Christian Prouteau, l'ancien patron du GIGN,
l'équivalent du RAID pour la gendarmerie. Interrogé par Ouest-France, Prouteau a notamment déclaré
que cette opération avait été "menée sans schéma tactique précis" ,
s'étonnant notamment de l'absence d'utilisation de gaz lacrymogène.
Dans un texte transmis vendredi après-midi à L'Express, Robert Broussard exprime ainsi sa réaction:
"Comme tout le monde j'ai suivi les différentes phases des
affaires monstrueuses de Montauban et de Toulouse. Du fait de mon passé
policier, j'ai été très sollicité pour intervenir dans les médias. J'ai
refusé pour deux raisons essentielles.
D'une part, je n'ai pas voulu engager une polémique quelconque
avec certains pseudo-experts dont l'expérience et la compétence sont
souvent limitées.
Si je sors de ma réserve aujourd'hui, c'est pour pousser un "coup de gueule" sur deux points:
- Christian Prouteau, l'ancien chef du GIGN, omniprésent dans les médias ces derniers jours, s'est permis de critiquer la conduite des opérations par le RAID. Parler de "stratégie inadaptée ou absente" est à mes yeux une affirmation inacceptable. Prouteau devrait se montrer plus discret. Comme moi, il a passé depuis bien longtemps l'âge de donner son point de vue sur les techniques d'intervention, et de ranimer d'inutiles guerres "police-gendarmerie". Il devrait plutôt s'inspirer des félicitations adressées au RAID par les responsables actuels du GIGN.
- Madame Eva Joly a, elle aussi, fait des déclarations pour le moins surprenantes. L'ancienne magistrate affirme que dans l'affaire de Toulouse, le Ministère de l'intérieur, Claude Guéant, s'est substitué au pouvoir judiciaire. Je me permets de lui conseiller de relire le texte de base en la matière. Il s'agit des instructions signées du Premier ministre Jacques Chirac le 27 septembre 1975 (contresignées par les ministres concernés dont le Garde des sceaux) disant en substance: "... que dans les actes portant gravement atteinte à l'ordre public (Ex. affaire de terrorisme...) les actions à entreprendre, étant donné l'urgence et l'état de nécessité, sont distinctes et prioritaires pendant un certain temps de celles qui incombent à l'autorité judiciaire... et qu'elles relèvent de l'autorité administrative".
A noter que dans cette affaire de Toulouse, l'autorité judiciaire a été semble-t-il pleinement associée dans les conditions prévues dans le texte.
Pour conclure, je dirais qu'en de telles circonstances, les hommes du RAID doivent être soutenus et non critiqués injustement."
Sur une estrade auréolée
vendredi 23 mars 2012
Les faux euros se fabriquent à la chaîne
C’est depuis les alentours de Giugliano, un fief de la mafia
napolitaine, que proviennent près de la moitié des faux billets en euros
en circulation. Plus d’un milliard d’euros a ainsi été émis par un
réseau dont les ramifications internationales commencent à menacer la
stabilité de la monnaie unique.
En Europe, il y a un petit Etat invisible, au nord de Naples, qui
n’a ni gouvernement, ni frontières, ni banques et qui pourtant imprime
des euros. Des faux, naturellement, mais reproduits si fidèlement
qu’ils font peur à la Banque centrale européenne (BCE) et à toutes les
forces de police internationales.
Dans un rayon de vingt kilomètres autour de la petite ville de
Giugliano prospère la plus haute concentration de faussaires et
imprimeries clandestines de tout le continent. En effet, plus de la
moitié de la fausse monnaie en circulation dans les dix-sept pays de la
zone euro est fabriquée ici, sur ces terres ravagées par les
constructions illégales et asphyxiée par les clans mafieux.
“Mais les quantités saisies ne sont que la pointe de l’iceberg, explique une source d’Europol, et la part qui échappe aux contrôles est largement plus importante”. Trois à quatre fois, selon certaines estimations. “Et les plus grosses commandes sont destinées à l’Afrique du Nord, à la Colombie, au Moyen-Orient”. Or, plus encore que par leur quantité, c’est par la qualité des faux billets produits par les faussaires de Giugliano que la monnaie unique est le plus sérieusement menacée.
Des faussaires qui valent de l'or
Les typographes qui savent imiter les éléments de sécurité des diverses coupures se comptent sur les doigt des deux mains. Pour le crime organisé, ces faussaires valent de l’or. Lorsqu’un groupe parvient à en attirer un dans ses filets, il ne le lâche plus. Il contrôle tous ses faits et gestes même s’il est en prison. La Camorra, elle, tolère ce type d’activité et pour sa part s’en sert seulement pour des échanges en grosses quantités avec les trafiquants colombiens de cocaïne.Pour monter une équipe de faussaires, il faut trois personnes et une logique d’entreprise qui assure une stricte division des tâches. D’abord, le propriétaire de l’imprimerie qui est aussi le commanditaire. C’est lui, généralement un personnage mineur de la Camorra, qui s’occupe de trouver une machine offset d’occasion, (les plus récentes, en quadrichromie, coûtent jusqu’à 500 000 euros), le filigrane, les encres, et tous les éléments nécessaires. Ensuite vient le typographe, chargé de la fabrication. Puis le distributeur, un homme de confiance du commanditaire, qui le charge d’organiser un dépôt, nécessairement loin de l’imprimerie, et d’assurer les contacts avec les clients.
La chaîne de distribution emprunte les mêmes réseaux que ceux de la drogue. Le premier passage, du distributeur au “grossiste”, se négocie à 10% de la valeur nominale. Auprès du grossiste s’approvisionnent des intermédiaires, petits criminels locaux ou courriers étrangers (souvent estoniens ou lituaniens) qui portent les valises chargées de fausses coupures en Espagne, en Belgique ou en Lituanie, voire des immigrés clandestins qui espèrent un petit bénéfice en revendant quelques billets à la gare de Rome ou de Naples.
L'âpre concurrence bulgare
Si la moitié de la production européenne est assurée par les malfrats originaires de Guigliano, ceux-ci doivent faire face à la concurrence bulgare. Dans les campagnes du sud du pays et aux alentours de Sofia, la capitale, où l’imitation des dollars est une vieille tradition, on sait maintenant fabriquer un billet vert de 200 euros d’excellente qualité.Dans la zone industrielle de Varna, sur la mer Noire, Europol et les services secrets nord-américains on découvert en janvier 2004 une des premières imprimeries au monde capables de reproduire le billet mis en circulation à peine deux ans auparavant. Huit ans plus tard, les centres de production se sont déplacés autour des villes de Plovdiv et Haskovo, dans le sud du pays.
La France et l’Espagne viennent aussitôt derrière l’Italie pour la production de fausse monnaie, mais dans ces deux pays, les faussaires se servent d’imprimantes laser de dernière génération, une technologie qui a ouvert le marché des faux billets aux experts en informatique et aux graphistes maîtrisant les logiciels les plus sophistiqués
Il faut aussi compter avec les nations “émergentes” : la Pologne, où a été saisi, il y a quelques semaines dans un appartement de Varsovie, un million d’euros qui étaiet destiné à escroquer les spectateurs de l'Euro 2012 de football, suivie de la Bosnie. La Turquie, la Roumanie et l’Albanie ne produisent pas de faux billets, mais leurs courriers font la navette entre Naples et Sofia pour s’approvisionner. Les revendeurs les plus efficaces appartiennent au milieu lituanien, qui ont eu l’idée de répandre les faux billets à travers le pays en utilisant leurs réseaux bien rôdés de dealers de drogue.
Les faux inondent le marché
Selon Tzvetan Tzvetanov, le ministre bulgare de l’Intérieur, “la contrefaçon devient préoccupante pour la sécurité financière de l’euro, parce que les faux inondent le marché. De plus les condamnations ne sont pas assez sévères pour les faussaires”. Cependant, à Francfort, les dirigeants de la BCE affichent leur sérénité.Le volume de fausse monnaie saisie en 2011 est inférieur de 19,3% à celui saisit en 2010 et les 606 000 billets retirés de la circulation ( dont 215 000 en Italie) représentent une valeur nominale d’une dizaine de millions d’euro sur un total de 14,4 milliards de billets authentiques. Un pourcentage de faux assez bas, de l’ordre de 0,0004%.
Les chemins qui mènent la fausse monnaie de l’Europe vers le reste du monde passent par l’Espagne et visent des pays qui ont une monnaie faible et une connaissance approximative des euros : Moyen-Orient, Afrique du Nord, Est de l’Europe, surtout.
En Afrique, certaines banques ne distinguent pas les vrais des faux et les échangent contre la monnaie locale. Et les Chinois ? Ces virtuoses de la contrefaçon se sont pour l’heure tenus à l’écart mais on a su récemment, relate une source à Europol, que des hologrammes utilisés par les Bulgares pour les billets de 200 euros avaient été réalisés par des faussaires chinois. S’ils se mettent eux aussi à imprimer, le problème risque de prendre une toute autre ampleur.
Sécurité : François Hollande dans les pas de Sarkozy
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| IL A VRAIMENT UNE TÊTE D'ABRUTI |
Loin des discours bobos du PS, il est intéressant de voir un dirigeant socialiste affronter enfin le problème de l’insécurité et avouer que ce sont, évidemment, les classes les plus populaires qui en sont victimes (ce que dit le président depuis environ 10 ans…).
Reniant tous les propos socialistes des dernières années, qui accusaient Sarkozy de stigmatisation, de mettre en place un état policier, quand il utilisait ce langage, François Hollande a fait l’éloge de la police et d’une politique sécuritaire :
« Les policiers méritent toute notre gratitude.[...] La lutte contre le terrorisme n’est pas terminée. Elle se poursuit et elle se poursuivra. Cet engagement devra être total, avec les moyens nécessaires et les engagements indispensables. [...] Oui, la lutte contre l’insécurité fait partie de mes engagements. Et que l’on ne vienne pas nous dire que la gauche aurait je ne sais quelle indulgence et que la droite aurait je ne sais quelle compétence ».
La gauche française se contentait jusqu’à présent de régler le problème de l’insécurité en subventionnant des concerts de rap et en dénonçant le racisme des sales français qui ne veulent pas donner de travail, ni de logement aux personnes d’origines étrangère. On ne peut que féliciter François Hollande de proposer enfin une politique responsable en matière de sécurité. Il est juste dommage qu’il ait critiqué pendant 5 ans les idées qu’il propose aujourd’hui et qu’il ait refusé de voter en leur faveur…
Drame de Toulouse : la présence de Trierweiler en question ?
Lors
des cérémonies officielles d’hommage aux soldats français tués par
Mohamed Merah, François Hollande est venu accompagné de sa petite amie,
Valérie Trierweiler. Si d’autre candidats à la présidentielle étaient
présents, Hollande est le seul à avoir imposé sa compagne dans ce moment
d’émotion, où les calculs politiciens n’étaient pas censés avoir leur
place.
Pourquoi François Hollande a-t-il imposé à l’armée française la
présence d’une animatrice de télévision, lors des obsèques militaires
des trois soldats français lâchement assassinés par Mohamed Merah ?
Le 19 mars, à la caserne de Montauban, avaient lieu les obsèques
militaires d’Imad Ibn Ziaten, d’Abel Chennouf et de Mohamed Legouade,
victimes de Mohamed Merah. Pour ce grave évènement, l’unité nationale et
la sobriété étaient de rigueur. Cinq candidats à l’élection
présidentielle sont logiquement venus s’associer à la douleur de la
nation. Outre le président de la République, Nicolas Sarkozy, François
Hollande, Éva Joly, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan ont assisté à
la cérémonie.
Un élément de cette émouvante célébration a choqué les observateurs :
la présence de l’animatrice de télévision, Valérie Trierweiler, la
petite copine de François Hollande.
Le candidat socialiste avait pourtant annoncé la suspension de sa
campagne, à la suite des terribles évènements de Toulouse. Une fois de
plus, il est revenu sur sa parole.
Hormis sa petite ami, François Hollande était d’ailleurs entouré de 4
conseillers chargés de gérer sa communication. Preuve de son refus,
dans les faits, de laisser sa campagne de côté. Le candidat a ainsi
démontré ouvertement qu’il a toujours eu la tête à son élection et que
la pseudo mise en suspend de sa campagne n’était qu’un mensonge, ce qui
ne surprend plus trop venant du personnage.
Mais, au delà de cette bassesse, exploiter un tel drame dans un but
électoraliste est inacceptable. Car ne nous voilons pas la face, Valérie
Trierweiler était présente à Montauban pour une seule raison : donner à
son mec une stature présidentielle et à elle même un aspect « Première
dame », en utilisant l’horreur de la situation pour rendre Hollande plus
crédible.
La crise, une aubaine pour les entreprises
Licenciements facilités, salaires réduits, âge de la retraite
repoussé : sous la pression de la crise, les gouvernements européens
réécrivent le droit du travail, à la grande satisfaction des patrons.
La crise fait rage en Grèce, en Espagne, en Italie et au Portugal.
Tout le Sud de l’Europe est à genoux. Tout le Sud de l’Europe ? Non.
Dans ces pays, les vieilles revendications de certains se réalisent.
Celles de Juan Rosell, par exemple, président de l’organisation
patronale espagnole CEOE.
Les droits des travailleurs partout rognés
Les entreprises européennes reprennent du poil de la bête. Sous la pression de la récession et des dettes publiques, les gouvernements rognent partout sur les droits des travailleurs et compriment les coûts salariaux. L’objectif est de devenir plus abordable et donc plus attractif pour les investisseurs. "L’Europe est en passe de devenir un paradis pour les patrons. Sur le dos des travailleurs", déplore Apostolos Kapsalis, de l’institut de recherche de la confédération syndicale grecque GSEE.Face à l’explosion du chômage et aux consignes de rigueur de l’UE, les syndicats sont sur la défensive. Notamment en Grèce, où le gouvernement a sabré dans les salaires minimums et les allocations de chômage. "Il faut s’attendre à des réductions massives de salaires", prévient Michala Marcussen, de la banque Société Générale.
L’âge de départ à la retraite a été repoussé, ce qui non seulement évite à l’Etat d’avoir à payer des pensions, mais qui augmente également le nombre de candidats sur le marché du travail, exacerbant ainsi la concurrence pour l’emploi. "La Grèce est le cobaye du laboratoire des réformes européennes", lâche Apostolos Kapsalis. "Ici, on teste les mesures d’austérité qui peuvent passer". Des programmes analogues ont d’ores et déjà été mis en œuvre dans d’autres pays, prévient le syndicaliste.
En Espagne, par exemple, où le gouvernement a réformé le marché du travail en février sans négociation préalable avec les syndicats – "de manière très agressive", comme l’a reconnu lui-même le ministre de l’Economie Luis de Guindos. Les premiers à bénéficier de ces réformes sont les entreprises : "Il s’agit ni plus ni moins que de renforcer leur marges bénéficiaires – et, à court terme, cela ne peut passer que par une réduction des coûts salariaux", fait observer Patrick Artus, économiste à la banque française Natixis.
La vague de réformes ne touche pas seulement les petits pays. En Italie aussi, le président du conseil, Mario Monti, envisage de sabrer largement dans les droits habituels des travailleurs. Ainsi, la protection contre le licenciement et ses règles strictes sont appelées à disparaître. Une première tentative avait déjà eu lieu en 2002 mais avait fait long feu face aux levées de bouclier de la population.
Une nouvelle occasion se présente aujourd’hui – et le président du conseil ne veut pas la laisser passer. "Sur les questions de politique économique, Mario Monti se trouve exactement sur la même ligne que nous", se félicite Emma Marcegaglia, la présidente de la confédération industrielle Confindustria.
Des mesures qui plombent la croissance
Les dirigeants politiques européens ont pris pour modèle l’Allemagne, où l’Agenda 2010 et la modération salariale ont dopé la rentabilité des entreprises, et où la crise est surmontée depuis longtemps. "Sur le plan de la concurrence internationale, la seule solution dont dispose l’Europe pour faire face aux puissances qui montent, comme la Chine ou le Brésil, est de devenir aussi compétitive que l’Allemagne", a déclaré la chancelière Angela Merkel en janvier.Le niveau des salaires allemands et la productivité allemande servent ainsi de mètre-étalon à la concurrence européenne – y compris à la France, qui a perdu des parts de marché à l’international au profit d’autres pays, pendant que l’Allemagne confortait sa position sur le marché. D’après les calculs de la Commerzbank, les productions automobiles française et italienne ont dévissé de près de 30% entre 2004 et 2011, quand sur la même période, les constructeurs allemands voyaient leur production bondir de 22%.
Force est de constater que les réformes du marché du travail ne sont pas des mesures anticrise de court terme, mais s’inscrivent dans la durée. Car les Etats se mettent mutuellement sous pression au travers de leurs stratégies de réduction des coûts. Même des pays à bas salaires, comme la Croatie et la République tchèque, doivent introduire davantage de souplesse sur leur marché du travail et revoir leurs coûts salariaux à la baisse pour relancer la compétitivité, prévient le FMI.
Cette émulation entre Etats membres a également les faveurs de l’UE, qui veut faire de l’Europe la région la plus compétitive du globe à l’horizon 2020. "Nous avons l’obligation de définir une stratégie de croissance", a déclaré le président de la commission européenne, José Manuel Barroso.
Cette relance de la compétitivité par le biais d’une réduction des coûts salariaux se fait au détriment des revenus – et donc de la consommation des ménages. "Les mesures plomberont la croissance et le marché du travail pendant quelques années", prédit Patrick Artus.
Reste à savoir si les premiers intéressés y sont favorables. Les syndicats portugais viennent de lancer un appel à la grève générale, et les Espagnols leur emboîtent le pas. Apostolos Kapsalis, le syndicaliste grec, invite les Allemands à davantage de solidarité : "Car aujourd’hui, c’est chez nous que l’on rogne – mais demain, ce sera de nouveau votre tour".
Drame de Toulouse : instrumentalisation indécente de Hollande
Comment ne pas s’indigner devant la page d’accueil du site de François Hollande, qui présente une photo du candidat, tout sourire, aux côtés d’enfants d’une école de Seine Saint Denis, qu’il a rencontrés « afin de partager un moment de recueillement avec des jeunes élèves » ?
Comment ne pas s’indigner en lisant le fil Twitter de Manuel Valls, qui écrit un tweet en pleine synagogue, lors d’une cérémonie d’hommage aux victimes ?
Comment ne pas s’indigner en constatant que le candidat Hollande n’a pas pu s’empêcher de prendre la parole, avant même le président de la République, ce matin ?
Comment ne pas s’indigner devant l’équipe de 5 personnes, dont plusieurs communicants, que François Hollande a emmené avec lui à Montauban, pour la cérémonie officielle ?
La page d’accueil du site de François Hollande est éloquente : on y voit une photo du candidat, visiblement ravi, arborant un large sourire, au milieux d’enfants. Malheureusement, le titre de la photo rappelle la terrible vérité : « Tuerie de Toulouse: François Hollande observe une minute de silence dans une école de la Seine-saint-Denis ». Hollande a donc osé, sur son propre site de campagne (censé, donc, assurer la campagne du candidat), se servir des attentas pour faire son auto-promotion.
Le 19 mars, à la suite de la tuerie de Toulouse, le candidat socialiste se rendait à la synagogue Nazareth, afin de rendre hommage aux victimes. En consultant le compte Twitter de Manuel Valls, ont réalise que Hollande, Valls et Valérie Trierweiler (la journaliste de Direct 8, qui gère parallèlement la communication du candidat), n’étaient en fait là, que pour mener leur campagne. « Sommes avec
Manuel Valls n’était-il pas censé se recueillir et rendre hommage aux victimes ? Pourquoi tweet-il, en pleine célébration religieuse, des messages de promotion pour François Hollande ? Sans parler du manque de respect envers les victimes et leurs proches (un tweet en pleine synagogue, dans ce contexte, c’est inhumain), cet exploitation de l’horreur fait froid dans le dos.
Le 22 mars, François Hollande est venu « rendre hommage » aux victimes, à Montauban. Pour cet hommage, il ne pouvait certainement pas se présenter sans ses trois conseillers de campagne, ni sans sa petite amie, la journaliste de direct 8, Valérie Trierweiler.
Pendants les 4 jours de désarroi national, François Hollande et ses équipes n’ont pas réussi à prendre un peu de hauteur et à mettre la campagne de côté. Pire, ils ont manipulé ce terrible drame à des fins électoralistes.
La vie de château des locataires de l'Elysée
Au total, le budget de la présidence s’élève à 112 millions d’euros par
an. Soit à peine 0,029 % de celui de l'Etat, prend soin de préciser
l’Elysée sur son site internet. Sauf qu’il faut encore ajouter environ
30 millions d‘euros de frais payés par les autres ministères, souligne
le député de gauche René Dosière qui s’est fait un nom en décryptant les
comptes de l’Elysée.
Dans son dernier livre, "L’argent de l’Etat", René Dosière compile de nombreuses anecdotes sur les comptes du Palais durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Entre la forte hausse de son salaire, l’OPA lancée sur le pavillon de la Lanterne à Versailles, le coût faramineux du sommet de l’Union pour la Méditerranée (prix de revient du dîner officiel : 5.362 euros pour chacun des 200 invités), l’équipement de l’Airbus présidentiel… le parlementaire épingle les dépenses en Sarkozye.
Et ce n’est pas le dernier rapport de la Cour des comptes qui viendra le contredire. Si l’institution loue les progrès réalisés, il reste encore des efforts à faire. Petite visite guidée.
L’IFRAP, fondation qui étudie depuis 1985 l’efficacité des politiques publiques, a détaillé cette augmentation.
L’accroissement de la dette de la France pendant la législature 2007-2012 s’établit à 510 milliards d’euros. En voici le détail, selon l’IFRAP :
1) Le déficit structurel cumulé sur 5 ans résultant d’un budget en déficit chronique depuis 1974 sur la base d’une redistribution de revenus mise en place par les socialistes : 298 Mds.
2) Le déficit imputable à la crise, représentant notamment une chute brutale des recettes de TVA, est de 212 Mds.
3) Le déficit cumulé dû à la réduction des recettes par le gouvernement en 2007 est de 17,6 Mds. Il a été compensé par une augmentation de recettes en fin de mandat de 40 Mds, soit un solde positif de 22,4 Mds.
Cela montre le mensonge éhonté et grotesque des socialistes, qui passent sous silence que la politique débridée de redistribution qu’ils ont eux-mêmes mise en place représente 58 % de l’augmentation de la dette. La part due à la crise représentant 42 %.
L’action imputable au gouvernement, destinée à favoriser le développement de l’activité économique (travailler plus pour gagner plus), ne représente que 3,5 % du déficit. Ce dernier a été compensé par des recettes en fin de mandat, ramenant à un solde positif de 1,9 %, qui, intégré en diminution au déficit chronique, le ramène à 60 % de l’augmentation intrinsèque de la dette et non plus 58 %.
Jean-Luc Mélenchon devance Marine Le Pen dans un sondage BVA
Jean-Luc Mélenchon accède pour la première fois à la troisième place
dans les intentions de vote pour la présidentielle, avec 14 % au 1er tour, devançant Marine Le Pen et François Bayrou, selon un sondage BVA publié jeudi 22 mars pour Orange, la presse régionale et RTL, le premier réalisé après l'identification du tueur de Toulouse.
>> Voir notre comparateur des intentions de vote
SARKOZY ET HOLLANDE AU "COUDE À COUDE"
Nicolas Sarkozy, lui, progresse nettement au premier comme au second tour, "bénéficiant" de sa stature présidentielle dans l'épisode de crise traversé par le pays.
>> Lire : Le candidat Sarkozy se prépare à engranger le succès du président
Par rapport à la dernière enquête de BVA pour les mêmes commanditaires, effectuée à la mi-février, le président-candidat gagne 2 points, à 28 %, réduisant l'écart avec son rival socialiste, François Hollande (29,5 %), qui perd 1,5 point. Compte tenu des marges d'erreur, "les deux favoris sont au coude à coude", commente Gaël Sliman, directeur général de BVA. Ces deux mouvements confirment des tendances relevées par d'autres enquêtes depuis deux semaines.
EVA JOLY À 2 %
Bien que désormais officiellement candidats pour avoir réuni les 500 parrainages, Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) et Philippe Poutou (NPA), concurrents de M. Mélenchon à la gauche de la gauche, ne progressent pas et recueilleraient moins de 0,5 % chacun. La candidate d'EELV Eva Joly baisse de 1 point, à 2 %, Nicolas Dupont-Aignan gagnant lui un demi-point, à 1,5 %. Jacques Cheminade est crédité de moins de 0,5%.
Au second tour aussi, Nicolas Sarkozy (+2) se rapproche de François Hollande (-2), et serait battu par 54 % des voix contre 46 %, si ce second tour avait lieu dimanche prochain.
Sondage réalisé les 21 et 22 mars auprès d'un échantillon de Français recrutés par téléphone et interrogés par internet. Cet échantillon est constitué de 926 personnes inscrites sur les listes électorales, extraites d'un échantillon représentatif (978 personnes) de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas).
jeudi 22 mars 2012
Mélenchon, le "fou furieux" et la haine
"Analyses de comptoir de bistrots"
Les usines plutôt que le halal
Néonazis et islamistes, nos cauchemars jumeaux
Une guérilla sourde qui prend de l’ampleur de Toulouse à Paris, dans ces "territoires perdus de la République", comme les a baptisés un célèbre pamphlet documenté dénonçant l’antisémitisme ordinaire qui règne dans les écoles de banlieue.
C’est ce mal obscur et particulièrement tenace en France qui réunit les deux pistes explorées par les enquêteurs et l’opinion en ces journées entachées par la folie meurtrière : trois jeunes militaires (d’origine maghrébine) tués de sang-froid, un autre gravement blessé et quatre autres personnes (trois enfants et un homme) poursuivies et abattues comme des bêtes au collège juif Ozar-Hatorah de Toulouse, la ville rose* qui héberge la tombe de Saint Thomas, le plus raisonnable des philosophes chrétiens.
Un autre coupable
On a d’abord pensé que le tueur pouvait être l’un des trois parachutistes radiés du 17e régiment de paras de Montauban en raison de leurs sympathies néonazies. Les journaux ont publié une photo des trois hommes faisant le salut hitlérien, enroulés dans un drapeau orné de la croix gammée.Des jeunes fanatiques, français, blancs. Ils avaient la biographie-type de l’assassin, celui qui se venge des frères d’armes qui l’ont dénoncé, mais abat trois soldats d’origine maghrébine avant de s’en prendre à des juifs dans une école. Le prototype du militant lepéniste, ce qui ne veut pas dire que tous les électeurs de Jean-Marie Le Pen autrefois et de sa fille Marine [candidate de l’extrême droite à la présidentielle française] aujourd’hui sont des assassins en puissance.
La réalité nous aura désigné un autre coupable, ce Mohamed Merah, Français d’origine algérienne (un "immigré de deuxième génération", selon l’oxymore en usage) qui, à une heure du matin hier, a appelé le standard de la chaîne de télévision France 24 pour dévoiler les raisons d’une telle atrocité à la journaliste de service – Ebba Kalondo, une femme d’origine africaine (nous sommes dans une société multiethnique) à la voix douce et tranquille.
Mohamed Merah a dit être affilié à Al-Qaïda et a déclaré vouloir "venger nos petits frères et nos petites sœurs en Palestine", dénoncer la loi qui interdit le voile intégral pour les femmes musulmanes ainsi que la participation de l’armée française à la guerre en Afghanistan.
Comment est-il possible que deux scénarios aussi différents et même opposés aient pu être envisagés pour expliquer ces deux massacres ? La réponse est que l’un comme l’autre étaient également plausibles. Le terroriste islamiste comme le parachutiste néo-nazi appartiennent aux bas-fonds de la société, deux cauchemars opposés et qui pourtant cohabitent et ne se neutralisent pas l’un l’autre, mais au contraire se renforcent.
Le même court-circuit qu'à Oslo
Le court-circuit qui a été observé à Toulouse s’était déjà produit en juillet dernier à Oslo, lors du massacre perpétré par le fanatique Anders Behring Breivik : huit morts dans l’explosion d’une bombe, 69 morts par balles dans un camp de jeunes sociaux-démocrates.La première hypothèse fut celle d’un acte perpétré par des terroristes islamistes contre de jeunes occidentaux. Or, le coupable était un Norvégien trentenaire aux cheveux blonds qui se définissait comme un fondamentaliste chrétien et pro-israélien, hostile au multiculturalisme, au marxisme et à l’islamisme. Il avait voulu frapper des jeunes socialistes qu’il tenait pour responsables d’une immigration musulmane massive.
Deux cauchemars différents, donc, mais complémentaires et compatibles au point que la politique a suspendu quelques heures durant une campagne présidentielle particulièrement acharnée. Par respect pour les victimes, certes, conformément à ce savoir-vivre qui en France est enseigné à l’école.
Mais aussi pour attendre d’avoir compris afin de ne pas commettre d’impair. Le ton est ferme, [le président Nicolas] Sarkozy a fait du thème de l’immigration et des étrangers son cheval de bataille pour contrer Marine Le Pen, au point que le Wall Street Journal l’a rebaptisé "Nicolas Le Pen".
Le président promet aux Français une France plus forte et plus fermée. Il n’a pas exclu de suspendre le traité de Schengen sur la libre circulation des personnes entre les pays de l’Union. Une perspective qui a fortement indisposé Angela Merkel, qui ne semble plus d’humeur à participer aux meetings électoraux de "Sarko" ainsi qu’elle l’avait promis.
Voilà le climat qui règne aujourd’hui dans cette France où Mohamed Merah, cellule dormante et solitaire d’Al-Qaïda depuis des années dans le quartier du Mirail de Toulouse, a décidé de passer à l’action. Cela aurait pu être un parachutiste néo-nazi. A la place, c’est le fantôme de Ben Laden. Ce qui n’a bien sûr rien de rassurant.
Combien coûte la mesure Sarkozy sur l'emploi des seniors ?
Effet d'aubaine
Nicolas Sarkozy s'est évidemment bien gardé, comme d'ailleurs pour l'ensemble de son programme qui n'est toujours pas publié, de donner le coût budgétaire de cette mesure, ni son financement. Beaucoup d'économistes ont relevé que cette mesure aurait par définition un effet d'aubaine (la plupart des embauches auraient en effet eu lieu de toutes façons), rendant difficile l'évaluation de son impact et le nombre potentiel de bénéficiaires.
L'Institut de l'entreprise, qui, comme d'autres think tanks, s'emploie à chiffrer le plus précisément possibles les programmes des principaux candidats s'y est néanmoins essayé, en partant d'hypothèses les plus réalistes possible. Pour chiffrer l'impact budgétaire de cette mesure, on peut en effet s'appuyer sur celle déjà inscrite dans la réforme des retraites et connue sous le nom d' « aide à l'embauche pour les seniors ». Le coût avancé à l'époque était de 50 millions d'euros pour 35.000 bénéficiaires, sachant que l'exonération était totale quand il s'agissait d'un SMIC et était ensuite réduite linéairement jusqu'à 1,6 SMIC. De plus, ce dispositif était limité à un an. "Dans le cas présent, Nicolas Sarkozy parle d'exonération à 100% dans la limite du plafond de la sécurité sociale, cette exonération étant supposée pérenne, ce qui implique un coût bien supérieur", note l'Institut de l'entreprise.
Deux variables
"L'évaluation de cette mesure repose sur deux variables", indique l'Institut. D'abord, le nombre de bénéficiaires : en hypothèse basse, on conserve le volume retenu dans le PLF 2011, soit un stock de 35.000 personnes. Dans la mesure où le stock total mettrait environ trois ans à se constituer (on considère que les seniors concernés ont 58 ans en moyenne, donc une durée dans le stock de quatre ans maximum, jusqu'à l'âge de départ à la retraite. Par ailleurs, il fait aussi tenir compte des CDD qui ramènent cette durée à la baisse) : on aurait donc en rythme de croisière : 3 x 35.000 = 105.000 bénéficiaires. Et deuxièmement, le montant des exonérations de charges sociales. la limite du plafond de la sécurité sociale, évoquée par la porte parole du candidat, n'est pas très explicite. Si l'exonération est totale jusqu'à un salaire brut de 36.372 euros par an (soit 3.031 euros par mois, donc environ 2,2 SMIC) elle pourrait représenter jusqu'à 1.200 euros par mois (40% de charges - après suppression des charges patronales à destination de la branche famille - sur la base de 3.000 euros bruts par mois). Pour une personne au SMIC, l'exonération serait de 200 euros en plus des allègements Fillon. On part ici du principe que la mesure s'adressant aux chômeurs, la plupart des salariés concernés seraient plutôt des salariés relativement proches du SMIC ; en conséquent, on retient une exonération moyenne comprise entre 400 à 700 euros par mois et par bénéficiaire.
Risques d'effets pervers
Sous ces hypothèses, le coût d'une telle mesure peut donc être évalué à un montant allant de 400 x 12 x 35.000 = 168 millions d'euros à 700 x 12 x 35.000 = 294 millions d'euros pour 35.000 bénéficiaires en stock la première année. Dans la mesure où le stock total mettrait environ 3 ans à se constituer on peut estimer le coût final en année pleine trois fois supérieur, soit, selon l'Institut de l'entreprise à une fourchette allant de 504 millions à 882 millions d'euros.
Un coût relativement élevé donc, lié à son caractère permanent, même si l'impact économique de cette mesure serait effectivement de réduire le taux de chômage des seniors, estime l'Institut de l'entreprise. En 2010, la part de chômage des 55-64 ans est de 2,8%, soit 221.564 chômeurs pour un taux de chômage de 6,7%. Le taux d'emploi des plus de 50 ans s'établissait quant à lui la même année à 53,9% contre 81,9% pour les 25-49 ans selon l'Insee. En revanche, il y a un "effet pervers inhérent à la mesure" : l'exonération étant permanente, il peut être tentant pour l'employeur - et neutre pour l'employé senior - de rompre le contrat en cours et d'en contracter un nouveau qui sera éligible à la mesure. "Cela peut être évité en prévoyant, comme c'est déjà le cas pour les dispositifs "zéro charge" destinés aux TPE, une condition de non-licenciement par le même employeur dans les années qui précèdent la conclusion du contrat".
Retrouvez l'ensemble des chiffrages de l'Institut de l'Entreprise sur le site Débat&co.
Germany's secret? The Protestant leisure ethic / Les Allemands ne sont plus accros au travail
De nombreux pays, parmi lesquels le Royaume-Uni, considèrent
que les Allemands travaillent dur. Ce mythe appartient pourtant au
passé, écrit le Guardian.
Commençons par la bonne nouvelle : les Anglais ont peut-être enfin
tourné la page de la guerre. Selon un sondage publié la semaine
dernière,
les Britanniques associeraient de moins en moins les Allemands à de sinistres personnages marchant au pas de l'oie.
S’ils sont encore majoritairement sceptiques quant à l'avenir de
l'Union européenne et au rôle de l'Allemagne en son sein, les Anglais
semblent désormais avoir un certain faible pour la façon dont les
Allemands dirigent leur pays : qu'il s'agisse des responsables
politiques, des banques, des écoles ou des hôpitaux, le modèle allemand
est généralement mieux perçu que son équivalent anglais.
A vrai dire, l'Allemagne est aujourd'hui le deuxième pays le plus
admiré au Royaume-Uni, après la Suède et avant les Etats-Unis. Les
Britanniques considèrent désormais les Allemands comme des "travailleurs
zélés", ce qui est assez ironique quand on sait que c'est précisément
cet acharnement au travail qui les rendait si détestables aux yeux de
tous auparavant.
40 jours de repos par an contre 33 chez les Grecs
En 1906, le sociologue Max Scheler mettait en effet le sentiment d'antipathie général vis-à-vis des Allemands sur le compte de leur "pure joie pour le travail lui-même, sans but, sans raison, sans fin". Un autre sociologue, Max Weber, inventa même une formule – "l'éthique protestante du travail"- pour caractériser l'aura quasi religieux du travail dans ce pays.Aujourd'hui l'Allemagne incarne plus que jamais cet idéal: à compter de ce dimanche, deux de ses plus hauts responsables seront issus de familles protestantes. Angela Merkel est fille d'un pasteur luthérien et le nouveau président de la république fédérale est lui-même pasteur.
Passons maintenant à la mauvaise nouvelle: il semble que les Britanniques se soient débarrassés d'une vision de l'Allemagne périmée depuis un demi-siècle pour la remplacer par un stéréotype encore plus ancien. Les Allemands ne travaillent pas plus que les Anglais. En fait, ils travaillent même de moins en moins.
D'après une étude de 2010 sur le nombre de congés en Europe, l'Allemagne serait en tête avec 40 jours de repos par an, contre seulement 33 chez ces "fainéants" de Grecs. A l'heure du travail flexible et des BlackBerry, il est certes difficile de tenir un décompte exact des heures de travail mais aucune étude récente sur le sujet ne place l'Allemagne avant le Royaume-Uni où les employés de bureau fournissent 43,6 heures de travail par semaine par rapport aux 40,3 heures de la moyenne européenne.
Ce que les médias britanniques n’ont pas soulevé, c'est que l'Allemagne a récemment ouvert un débat national sur le "syndrome du burnout", c'est-à-dire l'épuisement au travail.
Au cours des six dernières années, plusieurs personnalités politiques, responsables ou entraîneurs d'équipes de football ont en effet démissionné de leur poste pour cause de stress excessif. Le mois dernier lors de leur conférence annuelle, même les évêques catholiques du pays se sont plaints de leur trop plein de travail. On se demande ce qu'aurait dit Max Weber de tout cela.
Pourquoi les Anglais continuent-ils à trimer ?
Une récente étude indique que peu de psychiatres parviennent à définir précisément ce syndrome en termes médicaux mais cela n'en fait toutefois pas une névrose spécifiquement germanique. Cela signifie peut-être seulement que l'Allemagne préfigure ce que sera le travail dans ce 21e siècle caractérisé par le Wi-Fi .Dans une Angleterre qui turbine, lorsque le directeur général de Lloyds, Antonio Horta-Osario, prend six semaines de repos pour épuisement, la presse se moque de sa "mystérieuse maladie".
Il serait néanmoins intéressant de se demander s'il existe vraiment un concept allemand du travail. Dans son histoire du sidérurgiste prussien et marchand d’armes Krupp, Harold James écrit que pour son fondateur, Alfred Krupp, le secret de l'éthique protestante du travail résidait peut-être moins dans l'accumulation des heures que dans le fait de donner du sens à son travail. "L'objectif de tout travail doit être le bien commun, affirmait l'industriel. Alors, le travail devient une bénédiction, une prière".
La récente décision du groupe Volkswagen de déconnecter les BlackBerry de ses employés en dehors du bureau est peut-être le signe que cet idéal vit toujours.
Se pourrait-il que l'amour des Anglais pour le zèle au travail des Allemands en dise plus sur les angoisses des Britanniques que sur la réussite allemande? Si les Allemands travaillent sans excès, en y prenant du plaisir et en parvenant toujours à rester la première puissance économique européenne, pourquoi les Anglais continuent-ils à trimer ainsi?
The stand-out adjective the British associate with Germany now is "hard-working": ironic, given that a furious work rate used to be the reason people couldn't stand the place. In 1906 the sociologist Max Scheler explained international antipathy towards his countrymen, with their "pure joy in work itself – without an aim, without reason, without an end". Around the same time, his colleague Max Weber coined the phrase "Protestant work ethic" to highlight the quasi-religious aura surrounding labour in his motherland. Germany now promises to embody that ideal more than ever: as of Sunday its two highest posts are held by people from Protestant households: Angela Merkel is the daughter of a Lutheran pastor; new president Joachim Gauck is a former pastor himself.
So here's the bad news: having ditched a view of Germany that is about 50 years past its sell-by date, Britain appears to have embraced an even older stereotype. Truth is, Germans don't work harder than Brits. If anything, they are increasingly working less.
In a 2010 EU report on holidays, Germany came out top, with 40 days a year – compared with 33 in "work-shy" Greece. In the age of flexible working patterns and ever-flashing BlackBerrys, exact working hours are notoriously hard to pin down, but in no recent survey does Germany come out ahead of Britain, where office workers put in 43.6 a week, while the EU average is 40.3.
Unnoticed by British media, Germany has recently gone through a national debate about Burnout-Syndrom, or work-related exhaustion. Over the past six years, leading politicians, chefs and football coaches have stepped down from their posts due to stress. At their annual conference last month even the country's Catholic bishops complained about work fatigue – you wonder what Weber would have made of it all.
A recent investigation revealed that few psychiatrists could actually define Burnout in medical terms, but that doesn't make it a case of German angst. It may just mean that Germany is more forward-looking when it comes to the meaning of work in the Wi-Fi-ed 21st century. In hamster-wheel Britain, when the Lloyds chief executive, Antonio Horta-Osario, took six weeks off with exhaustion, it was laughed off as a "mystery illness" in the press.
It might be worth considering if there is such a thing as a typical German idea of work after all. Harold James's new history of the Prussian steel- and arms-maker Krupp quotes the company's founder to suggest that the Protestant work ethic may be less about long hours in the office than making work meaningful: "The purpose of work should be the common good," said Alfred Krupp, "then work is a blessing, work is prayer." Volkswagen's recent decision to disable employees' BlackBerrys outside office hours may be a hint that that ideal is not quite dead.
Could it be that the new British love of "hard-working" Germany tells us more about British anxiety than German achievement? If the Germans work a moderate amount, have a good laugh along the way, and still manage to be Europe's most successful economy, why are people in Britain working so bloody hard?
























