TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

mardi 13 décembre 2011

Le FMI exclut un nouveau prêt à la Grèce

Le Fonds monétaire international (FMI) a exclu, mardi 13 décembre, la possibilité d'augmenter son soutien financier à la Grèce par le biais d'un nouveau prêt, éventualité largement envisagée en Europe. "La mission n'est pas ici pour discuter d'un nouveau programme", a affirmé lors d'une conférence téléphonique le chef de mission du FMI en Grèce, Poul Thomsen.

M. Thomsen s'exprimait depuis Athènes, où il a entamé lundi des pourparlers avec le gouvernement grec et les deux autres membres de la "troïka" des créanciers publics du pays (Banque centrale et Commission européennes) sur la politique économique du nouveau gouvernement, entré en fonctions en novembre.

LA GRÈCE DOIT SE RELEVER SEULE, L'EUROPE N'ÉTAIT QU'UNE ILLUSION.

LA GRÈCE DOIT FAIRE DÉFAUT

Aussi étonnant que ça puisse paraître, la Grèce vient de voter un budget 2012 d’une extrême rigueur en net excédent, avec des recettes supérieures de plus de 1 % aux dépenses. Pourtant, chaque fin de mois, l’État grec dépensera plus d’argent qu’il n’en gagnera et devra donc emprunter. Comment cela est-il possible ?

Le différentiel se situe dans la charge de la dette qu’il faut rembourser. L’État a certes un budget de fonctionnement excédentaire de 1  %, mais ce chiffre ne prend pas en compte le remboursement de la dette contractée, qui le fait passer à -5,4 %. Ceci signifie que si l’État grec décidait de ne pas rembourser ses créanciers, il n’aurait plus besoin d’eux.
Le principal argument des opposants au défaut de paiement est que ne pas rembourser ses dettes pour un État l’expose à la défiance logique et absolue des investisseurs à l’avenir. Le problème de la Grèce est qu’elle a déjà la défiance absolue des investisseurs, qui l’oblige à bénéficier de mécanismes de compensation de la part des autres pays de la zone Euro – qui voient par conséquent leur propre dette gonfler d’autant. Se mettre en défaut, de la part de la Grèce, aurait donc plusieurs conséquences.
Tout d’abord, l’ensemble de ses créanciers deviendraient instantanément hystériques et crieraient au scandale.  Certains, comme les banques françaises, verraient leurs bénéfices grandement amputés, d’autres se trouveraient carrément en difficultés. Mais quand on prête à un pays surendetté, on connaît le risque, donc tant pis pour eux. La deuxième conséquence est que, avec son budget fonctionnellement excédentaire, la Grèce n’aurait plus besoin d’emprunter, ce qui résoudrait le problème de confiance des investisseurs. Elle n’aurait également plus à faire d’efforts supplémentaires, comme c’est prévu aujourd’hui, dans les années à venir, puisqu’elle est à l’équilibre. Enfin, elle devrait sortir de l’Euro, ce qui n’aurait pas de grandes conséquences budgétaires mais pourrait booster ses exportations et son économie. Ce qui signifie que les fonctionnaires pourraient voir la baisse de leurs salaires se terminer, que les impôts pourraient se stabiliser, donnant la base d’une reprise économique que la rigueur a complètement anéanti.
Le salut de la Grèce passe donc naturellement par un défaut immédiat. Dans le cas contraire, sa charge de dette est si immense qu’elle ne pourra pas la rembourser : au rythme prévu par le dernier plan de redressement, il faudrait des décennies avant qu’elle sorte de la rigueur. Difficilement tenable, donc complètement stupide !

Rome déclare la guerre aux chewing-gums

A Rome, la guerre contre le chewing-gum est déclarée. La municipalité a lancé, mardi 13 décembre, une opération spéciale de nettoyage dans le centre historique de la capitale où sont jetées sur la voie publique 15 000 gommes à mâcher chaque jour.
Ce nettoyage exceptionnel qui a eu lieu au Largo Argentina, au cœur de la Ville Eternelle, a été effectué par des bénévoles et des employés de la société municipale Ama qui ont retiré des centaines de chewing-gums accumulés sur les murs, les bancs en travertin ou à même le goudron.

"Chaque année on se retrouve avec 5,54 millions de chewings-gums dans les rues et même sur les sites archéologiques", a déploré le patron de l'Ama, Piergiorgio Benvenuti, venu coordonner l'opération.
CINQ ANS POUR SE DÉGRADER
Selon M. Benvenuti, le chewing-gum est "très polluant car il met cinq ans à se dégrader de lui-même dans la nature". En outre, "pour l'Ama, chaque intervention pour retirer un chewing-gum nous coûte 1 euro", ce qui signifie environ 5,5 millions d'euros par an, a-t-il ajouté.
"Nous cherchons à faire passer le message qu'il ne faut pas salir et détruire Rome. Nous voulons impliquer tout le monde, les citoyens comme les associations, dans le nettoyage et l'entretien de la ville", a souligné M. Benvenuti.

"C'est évidemment une opération symbolique, qui ne résout pas le problème, mais a un impact culturel notable. Vu le temps que met un chewing-gum à se décomposer, les gens qui les collent sur du marbre ou les jettent par terre devraient y réfléchir à deux fois avant de le faire", a estimé Isabella Rauti, directrice de l'association Noi per Roma (nous pour Rome), qui participe à l'opération de nettoyage.

Une certaine idée de la solitude

On a beau la tordre dans tous les sens, la candidature de Dominique de Villepin tient de l'énigme. D'abord, il la déclare alors qu'on s'attendait qu'il y renonce. Ensuite, elle intervient au moment où celui que l'on peut qualifier de pire ennemi, ou rival préféré, de Nicolas Sarkozy, dit avoir jeté la rancune à la rivière. Pas convaincante, cette thèse du pardon, tant l'ancien protégé de Jacques Chirac entretient avec le président un rapport quasi guerrier. Enfin, comment rassembler quand on culmine à 1 % dans les sondages et qu'on est animé par un tempérament qui incline plus à l'aventure solitaire qu'à chasser en meute, selon le credo des gaullistes dont il se revendique ? On ne donne pas cher de ses chances. L'homme ne manque pourtant pas de panache. Bretteur inspiré, esprit flamboyant, sa voix porte. Il choisit d'ailleurs l'élection majeure pour se lancer dans le grand bain, lui à qui il a été assez reproché de fuir le suffrage du peuple. Électron libre d'une droite qu'il veut apaisée, il croit en son destin mais part au combat sans troupes, sans argent et sans être assuré de réunir les 500 parrainages. Candidature de témoignage ? Sans doute, encore qu'on peine à définir la modernité gaulliste qu'il entend incarner et qu'on voit mal l'originalité d'une « certaine idée de la France ». Plus sûrement, Dominique de Villepin prend date pour la suite. Concourir à la présidentielle, c'est exister et peser dans le débat politique, préparer les conditions d'un éventuel retour en grâce. Pour l'heure, sa candidature constitue une mauvaise nouvelle pour François Bayrou et un facteur de division dont Nicolas Sarkozy se serait bien passé.

La vraie « règle d’or »

Après les annonces faites vendredi à Bruxelles, voilà venu le temps des justifications, analyses et critiques. En France, où le président de la République vient de s’exprimer dans Le Monde. En Grande-Bretagne, où David Cameron joue la carte du populisme eurosceptique pour tenter d’expliquer sa position de refus au sommet européen... alors que les milieux d’affaires redoutent un isolement du Royaume-Uni. Mais l’Allemagne, pourtant présentée comme la cheville ouvrière de l’accord à 26, s’interroge aussi. La Bundesbank émet des réserves sur les mécanismes envisagés, le Bundestag veut vérifier constitutionnellement les décisions arrêtées.

Et après Standard and Poor’s, l’agence Moody’s vient à son tour de doucher les enthousiasmes : les Européens peuvent et doivent mieux faire, affirmer une volonté politique qui va au-delà d’une union budgétaire et s’attaquer immédiatement à la crise, via des eurobonds et d’autres pouvoirs accordés à la Banque de Francfort. Les conséquences de ces avertissements ne semblent déjà plus faire de doute : une dégradation des notes souveraines de plusieurs pays dont la France et peut-être l’Allemagne passe pour acquise, du moins par les marchés. Déjà, ici et là, on s’évertue à dédramatiser l’éventuelle perte du triple A en citant en exemple les États-Unis en exemple, peu touchés par leur dégradation. En oubliant que le dollar est une monnaie de réserve mondiale, autrement plus « politique » que l’euro.

Certes, s’interroger sur les mécanismes à mettre en œuvre pour sortir de la crise est légitime. Mais pas les propos à l’emporte-pièce, qu’ils soient lancés pour s’enthousiasmer sur les résultats de Bruxelles ou pour les dénigrer. Qualifier l’accord à 26 d’« étape décisive » (Nicolas Sarkozy) en insistant sur le futur « Fonds monétaire européen » (le Mécanisme européen de solidarité, MES) peut faire comprendre à la Finance internationale que les efforts de l’Europe s’arrêteront là. Que François Hollande annonce que tout sera renégocié s’il est élu président provoque forcément l’inquiétude des marchés en augmentant encore la peur devant l’instabilité en Europe, donc la méfiance envers la zone euro.

Mieux vaudrait immédiatement appliquer une vraie « règle d’or » : celle qui impose un silence prudent dans un contexte périlleux où la moindre rumeur mène à n’importe quoi. À moins, bien sûr, d’être en mesure de proposer la solution miracle unanimement acceptée par tous les détenteurs de la monnaie unique. Mais cela se saurait...

Bang


Tout va bien. C’est Monsieur Pépy son président qui nous le dit, le big bang de la SNCF a été réussi, à 95 % — un score soviétique. Nous voici donc invité à saluer les trains qui arrivent à l’heure. Et nous le ferions volontiers, au risque même de lasser le lecteur. Mais on nous confie, en Franche-Comté, que les trains sont à l’heure… quand ils roulent. Car il y a grève, là-bas, depuis bientôt trois semaines. C’est pire encore du côté de la Loire, où la grève dure depuis plus de quarante jours… A Saint-Etienne, la question n’est plus de savoir à quelle heure partira le train, mais s’il y en aura un. La question est aussi d’avoir une réponse à sa question, face à une SNCF muette. Alors il a raison, Monsieur Pépy, de se féliciter de son big bang. Mais qu’il n’oublie pas le petit train de chacun, celui de chaque matin, vieilli, usé, fatigué — et trop souvent en grève.

Le climat et les acrobates

À Durban, en Afrique du Sud, deux nuits blanches supplémentaires ont permis aux négociations climatiques d'accoucher d'une « feuille de route ». Et c'est l'expression qui convient. Car, lors de telles conférences, sur la piste du grand cirque onusien, les négociateurs pratiquent en quelque sorte le cyclisme acrobatique sur fil. Pédaler - ou négocier - c'est survivre. S'ils s'arrêtent, les acrobates tombent. Sans feuille de route, rupture du fil, et chute.

À Copenhague, en 2009, ils avaient frôlé le gouffre. À Cancún, l'année suivante, le fil fut renoué. À Durban, on s'est offert un nouvel horizon : 2015 pour aboutir à un accord global en 2020. Les optimistes crient à l'exploit. En langue de bois diplomatique, on parle « d'avancée significative ».

Que le défi climatique ne soit pas passé à la trappe, mérite en effet d'être salué. Car les dirigeants du monde ont la tête ailleurs, les yeux rivés sur les taux de change, les dettes souveraines, le yo-yo des Bourses mondiales, l'économie qui s'essouffle... Pas le temps de penser aux générations futures.

Eh bien si. Les Européens ont sauvé, à Durban, le protocole de Kyoto que l'on disait moribond. Adopté en 1997, ratifié en 2002, il allait s'achever en 2012. C'est le seul traité international contraignant les États signataires à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. S'il tombait, disparaissaient avec lui tous les mécanismes d'aide aux pays en développement, le fonds vert, le sauvetage de la forêt tropicale, des îles menacées... Les pays riches, historiquement les plus pollueurs, auraient alors lâchement abandonné à leur mauvais sort climatique les plus déshérités.

Bémols toutefois. L'accord de Kyoto sauve sa peau, mais avec dommages collatéraux. La Russie, le Canada et le Japon abandonnent le navire en attendant des jours meilleurs. Les signataires ne représentent plus que le dixième des émissions mondiales de gaz à effet de serre. À eux seuls, ils ne sauveront pas la planète de ses dérèglements climatiques. Quant au fonds vert, nul ne sait qui remplira son escarcelle.

L'Europe a également convaincu les pays les plus pollueurs - États-Unis, Chine, Inde - qui se dérobent aux contraintes, de s'engager en faveur de la nouvelle feuille de route. Elle est écrite en langage précautionneux susceptible de ne froisser personne. Cela nous donne - citation - un futur « protocole » ou « un autre instrument légal », ou « une solution concertée légale ». C'est cotonneux à souhait, toutes les interprétations sont possibles, mais le geste est posé.

États-Unis et Chine qui s'observent en chiens de faïence - le premier pour sauver sa suprématie mondiale, le second pour la lui ravir - ne voulaient ni ne pouvaient aller plus avant. Obama joue sa réélection l'an prochain et la chambre des représentants, à Washington, est majoritairement climato-sceptique. La Chine, tout en verdissant quelque peu son économie, cherche à sauver son taux de croissance, à poursuivre sa grande marche en avant. L'Inde rêve de la rejoindre.

Les pessimistes, eux, ne voient en Durban qu'un « échec collectif » de plus. Ils pestent contre ces engagements toujours remis à plus tard. Contre les atermoiements des dirigeants de la planète, incapables de dessiner le chemin vers une autre mondialisation, économe en carbone. Le président sud-africain, Jacob Zuma, s'était exclamé à l'ouverture des négociations : « Nous devons sauver demain aujourd'hui... » Aujourd'hui attendra 2020.

"Nicolas Sarkozy devrait convaincre Angela Merkel de faire un geste"

Dans un entretien exclusif à La Tribune, la "patronne des patrons" italiens déplore une Europe qui ne jure que par l'austérité, risquant une récession prolongée. Elle exhorte la France à faire pencher la balance en Europe pour des mesures de croissance et des "eurobonds".
 
Le dernier Conseil européen a adopté des mesures pour plus de rigueur sur le continent. Est-ce suffisant ?
Emma Marcegaglia : la rigueur est en effet juste mais l'Europe entre en récession. En Italie nous avons du adopter cette année des plans d'économies pour un total de 75 milliards d'euros et nous entrons donc avec certitude en récession. Et en Europe les prévisions font état au moins d'un fort ralentissement de la conjoncture. Aussi l'idée de ne faire que de l'austérité ne tient pas. Il faut certes plus de contrôles sur les budgets, des sanctions, une véritable Union budgétaire : nous y sommes favorables car une simple coordination ne suffit plus. Mais il faut aussi mettre en place ce Fonds monétaire européen, c'est-à-dire augmenter la capacité du fonds de sauvetage (le FESF et bientôt le MES), comme demandé par le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi, jusqu'aux 1000 milliards d'euros évoqués et aussi introduire les euro-obligations ("eurobonds") pour financer un peu de croissance. Une Europe qui ne ferait que de l'austérité est en effet promise à une récession prolongée. Surtout les populations ne comprendraient pas pourquoi sont prises toutes ces dures mesures qui touchent directement leur vie en termes de réduction de leurs revenus, de hausse du chômage.
Comment jugez-vous l'action des gouvernements depuis le début de la crise de la dette souveraine ?
Cette action n'a pas été bonne. En effet s'il y avait eu une action assez énergique et immédiate face à la Grèce, qui ne représente tout de même que 2,5% du PIB de la zone euro et une dette en volume somme toute limitée, nous n'en serions pas là. Les gouvernements ont toujours agi avec retard, sans jamais anticiper et toujours avec des solutions partielles, jamais définitives. Certes cette situation est inédite, c'est la première grande crise de l'euro, mais de là à en arriver à parler d'un effondrement de la monnaie unique c'est incroyable!
Que pensez vous de la position allemande ?
Je comprends la peur des Allemands de devoir payer pour des pays dépensiers. Depuis les années 2000, ils ont fait beaucoup d'efforts et réduit les salaires. Beaucoup de gouvernements ont toutefois changé : en Irlande, au Portugal, en Grèce, en Italie et bientôt en Espagne. L'Italie a dopté un plan d'économies très sévère et très structurel. L'Allemagne peut être rassurée : nous sommes tous prêts à accepter l'union budgétaire et ses sanctions automatiques. Mais à ce stade, la chancelière Merkel doit comprendre qu'elle ne peut rester sur sa position rigide. Sa peur de devoir payer pour les autres est nettement moins justifiée. D'ailleurs dans ce contexte, je comprends que le président Sarkozy tienne beaucoup à cette approche franco-allemande mais il devrait pousser beaucoup plus pour convaincre la chancelière Merkel d'accepter de faire, elle aussi, un geste. Le président français devrait chercher à transférer l'attention sur la croissance économique et des instruments européens communs comme les eurobonds, sinon au bout du compte cela restera une position allemande. Paris et Berlin sont certes le moteur de l'Europe mais à un moment aussi complexe, cette relation bilatérale doit s'ouvrir à une discussion plus large, plus européenne, notamment aussi à l'Italie, dirigée désormais un président du Conseil au profil très européen
Les trois principaux syndicats italiens (CGIL, UIL et CISL) ont protesté ensemble ce lundi contre des aspects du plan de rigueur de Mario Monti. La paix sociale est-elle menacée en Italie ?
Il est évident que les syndicats protestent quand on touche aux retraites. Mais ils n'ont pas convoqué une grève générale mais une grève de trois heures. Des éléments du plan de rigueur qui, socialement, posent plus problème et pourraient être modifiés, comme la suspension pendant deux ans de l'indexation des retraites sur l'inflation. Il y aura des protestations : c'est normal mais je ne vois pas des risques très importants pour le climat social en Italie, surtout si ces modifications au plan d'austérité sont réalisées. En soutenant la rigueur, nous avons une vision certes différente de celle des syndicats mais le dialogue reste ouvert.
Craignez vous un resserrement du crédit, un "credit crunch" ?
Beaucoup. C'est notre préoccupation principale en ce moment. En Italie ce resserrement du crédit est déjà en cours. Si cette restriction devait se confirmer et qu'il n'y ait plus l'argent pour financer les activités des entreprises et des ménages ce serait très grave. Il faut absolument l'empêcher. L'essentiel est une réduction des écarts de taux entre les obligations italiennes et celles de l'Allemagne. Et donc il faut des décisions fortes au niveau européen. Ce qu'a fait la BCE, notamment pour le financement des banques comme annoncé jeudi dernier par Mario Draghi, ainsi que l'action concertée récente des banques centrales a servi en ce sens. Mais tant qu'il n'y aura pas de solution définitive à la crise en Europe cela peut déboucher sur un credit crunch. Il faut donc absolument en sortir avec une solution définitive et très crédible.
Après les législatives en Italie prévues au printemps 2013, la politique habituelle reprendra ses droits ?
Le gouvernement Monti a réussi un plan de rigueur qu'aucune coalition de droite ou de gauche n'aurait réussi à faire. Il marque aussi une phase de "pacification" entre les camps politiques antagonistes. Ils sont obligés de coopérer en ce moment de crise et cela est positif. D'ici 2013 une décomposition et une recomposition de quelques forces politiques pourraient se produire. Tant la gauche que la droite étaient jusqu'ici en leur sein très diverses, peu homogènes. Cette période d'urgence nationale pourrait amener à des changements dans les coalitions et déboucher sur des forces politiques plus homogènes. Cela augmenterait du coup la gouvernabilité du pays.

La perte du triple A ne serait "pas insurmontable", dit Sarkozy

Le perte de la note "triple A" accolée à la dette souveraine française serait une difficulté de plus mais ne serait pas insurmontable, estime Nicolas Sarkozy dans une interview publiée lundi par Le Monde.
L'agence de notation Standaard and Poor's a annoncé vendredi qu'elle prendrait dans les prochains jours sa décision d'abaisser ou non la note de 15 membres de la zone euro et Moody's a fait savoir qu'elle réexaminerait ces notes au premier semestre 2012, après avoir évalué les décisions du dernier Conseil européen.
"Pour l'instant, elles ont maintenu le triple A", souligne le président français. "Si elles devaient nous le retirer, nous affronterions cette situation avec sang-froid et calme. Ce serait une difficulté de plus, mais pas insurmontable."
"Ce qui compte avant tout, c'est la crédibilité de notre politique économique et notre stratégie déterminée de réduction de nos dépenses. Nous respecterons scrupuleusement les engagements que nous avons pris", ajoute-t-il.

LES DESSINS DE LA SEMAINE.






lundi 12 décembre 2011

Européens, admettez que nous avons raison !

Si Londres se retrouve marginalisée au lendemain du Conseil européen, c'est parce que ses partenaires continentaux sont furieux qu'elle n'ait jamais souscrit à l’euro, qui montre aujourd’hui ses limites, assure le maire de Londres Boris Johnson. 
Je sais que certaines personnes sont perturbées à l’idée que tous ces puissants Européens soient très, très fâchés. Angela Merkel a déclaré que nous n’avions même pas négocié comme il faut. C’est tout juste si Nicolas Sarkozy peut encore prononcer le nom de notre pays, et il aurait été filmé en train de refuser de serrer la main de David Cameron. Partout sur le continent, les journaux débordent de gros titres courroucés sur l’arrogance et la bêtise générale des Englanders/Anglais/Inglesi. J’ai vu de malheureux députés européens Lib-Dem sur le point d’exploser d’écœurement à cause du comportement de Londres lors du dernier sommet en date.
Et il se trouve sans doute beaucoup de gens dans ce pays que la virulence des critiques doit effrayer un brin. Depuis quelques jours, la BBC nous affirme d’un ton lugubre que nous sommes "isolés", "marginalisés" – comme si l’Europe avait décidé de nous abandonner sur notre île embrumée comme une bande de sauvages peinturlurés.
J’espère donc rassurer tout le monde en soulignant que nos amis et partenaires européens ne nous en veulent pas vraiment à propos de ce sommet. Tout le monde réagit comme si le recours de David Cameron au veto constituait un tournant historique – comme si quelque Excalibur nationale avait enfin été retirée de son rocher, ou comme si l’on venait enfin de lancer un missile Trident depuis son antre marin.

Cameron n'est pas le premier à claquer la porte

La réalité, c’est qu’il n’est pas le premier de nos dirigeants à avoir bloqué quelque chose qui n’était pas dans l’intérêt de notre pays – de Thatcher sur le budget de l’UE à Tony Blair sur le prélèvement à la source. Et beaucoup d’autres premiers ministres se sont montrés nettement plus rétifs que les Britanniques – on pense à l’Espagnol Felipe González, qui avait coutume de paralyser les sommets de l’UE jusqu’à ce qu’il ait le sentiment d’avoir mis la main sur assez de cabillauds et de haddocks irlandais.
Non, ils ne sont pas vraiment en colère parce que nous nous sommes opposés au nouveau traité sur la mise en place d’une union fiscale. Si nos frères et sœurs européens sont si chroniquement furieux contre les Britanniques, c’est parce que le temps a montré que nous avions absolument raison au sujet de l’euro.
Depuis plus de vingt ans, les ministres britanniques se rendent à Bruxelles pour répéter à quel point ils adorent toute cette histoire de marché unique, mais qu’ils ne sont pas sûrs qu’il soit très sage de vouloir se doter d’une union monétaire. Et depuis plus de vingt ans, certains d’entre nous rappellent qu’une union monétaire ne peut pas marcher sans union politique – et que cette dernière n’est pas envisageable sur le plan démocratique.
Nous vous avions prévenus qu’il vous faudrait une sorte de gouvernement central européen pour contrôler les budgets nationaux et la fiscalité, et que les peuples d’Europe ne l’accepteraient pas. Allons, voyons. Ce ne sont pas les banquiers anglo-saxons qui ont causé les problèmes de la zone, Sarkozy mon ami*.

Les critères de Maastricht ne sont plus respectés

C’est l’incapacité totale des pays de la zone euro – à commencer par la France, soit dit en passant  – à respecter les critères de Maastricht. C’est le refus des Grecs de juguler leurs dépenses ou de réformer leur système de sécurité sociale. En Grèce et en Italie, les dirigeants démocratiques ont été littéralement débarqués dans l’espoir d’apaiser les marchés et de sauver l’euro. Et ce qui exaspère encore plus les responsables de la zone euro, c’est qu’apparemment, ça ne marche pas.
Ils reprochent à David Cameron d’avoir opposé son "veto" à un nouveau traité de l’UE, alors qu’en réalité, il n’a rien fait de tel. Les autres pays de l’UE peuvent tout à fait aller de l’avant et mettre en place leurs propres nouvelles réglementations fiscales. S’ils le veulent, ils peuvent décider de créer un gouvernement économique européen. Ils peuvent décréter que le moment est venu – même si leurs électorats ont déjà le sentiment d’être exclus du processus politique – de confier les décisions stratégiques sur la fiscalité et le budget à des bureaucrates non élus.
Ce qui, selon moi, serait une chose extrêmement dangereuse, puisque les peuples régis par cette union fiscale et supranationale ne tarderaient pas à s’apercevoir qu’ils ne pourraient plus se débarrasser de leur gouvernement. Et je doute fort que cela fonctionne, puisque les gouvernements nationaux ne sont pas plus tenus de respecter un train de nouvelles règles "contraignantes" qu’ils ne l’ont fait des critères "contraignants" de Maastricht – à moins qu’il n’existe quelque projet secret prévoyant de les imposer par la force à l’aide d’une Euro-armée.
Mais même si ce traité n'a guère de chances de réussir, David Cameron n'a aucune raison d'engager notre pays dans un projet voué à la faillite intellectuelle, morale et démocratique. Il a eu raison de dire que la Grande-Bretagne ne participerait pas. Et si les autres sont furieux contre Londres, c'est parce que cette querelle leur permet d'occulter le véritable échec du sommet : son incapacité à proposer une solution aux problèmes de l'euro.

Proposer une vision positive de l'Europe

Reste à espérer désormais que tout le monde se calme et se penche sur ce que les citoyens européens attendent véritablement de leurs institutions. L'euro sera peut-être sauvé, ou peut-être pas – il est en tout cas peu probable qu'il existe encore sous sa forme actuelle dans un an, et le mieux serait qu'on permette aux Grecs (et éventuellement à d'autres) d'en sortir de façon ordonnée et de mettre ainsi un terme à leurs souffrances.
L'Union européenne aurait par ailleurs une myriade d'autres choses à faire pour ses peuples en difficulté. En janvier, le "marché unique" fêtera son vingtième anniversaire, or toutes sortes de barrières non douanières subsistent encore. Nous planchons sur la création d'un gouvernement économique européen, or nous n'avons toujours pas adopté la directive Services [dite aussi “directive Bolkestein”], qui permettrait à tous, de l'opticien à l'agent immobilier en passant par le courtier en assurances, de s'établir plus facilement dans d'autres juridictions européennes. Nous disons aux Grecs que c'est Bruxelles qui, de facto, doit diriger leur économie, or nous n'arrivons même pas à nous mettre d'accord sur un modèle européen unique de prise électrique.
Tout le monde redoute aujourd'hui que d'autres pays européens ne "sanctionnent" la Grande-Bretagne, par exemple avec de nouvelles directives sur les services financiers conçues pour faire du tort à la City de Londres. Or, ce problème – à supposer que c'en soit bien un – n'a en rien été aggravé par le sommet de la semaine dernière. Et à supposer que nous ayons besoin d'affirmer notre attachement à l'Europe, le moment est venu de proposer une vision positive d'une Europe qui soutienne réellement ses hommes et ses entreprises. La prochaine fois que tous ces chefs d'Etat se retrouveront pour un sommet, enfermons-les à double tour jusqu'à ce qu'ils aient approuvé la directive Services et se soient mis d'accord sur une prise électrique commune.
* En français dans le texte.

Qui soutient encore le candidat Villepin ?

"Dominique de Villepin est un homme seul, sans moyens financiers, sans mouvement politique...", a affirmé, dimanche 11 décembre, Nadine Morano, ministre de l'apprentissage et responsable des élections à l'UMP, pour encourager l'ex-premier ministre à renoncer à sa candidature à la présidentielle, annoncée le soir même.
L'ancien secrétaire général de l'Elysée n'est pas complètement seul comme le dit Mme Morano mais depuis septembre 2010, l'ancien secrétaire général de l'Elysée a été abandonné au fil des mois par presque tous ses soutiens parlementaires, dont certains ont rejoint Nicolas Sarkozy.
Aujourd'hui, M. Villepin se lance dans la course à l'Elysée avec une poignée de soutiens. Parmi ces irréductibles figurent des anciens ministres, tels Brigitte Girardin, qui est aussi secrétaire générale du parti de Dominique de Villepin, République solidaire (RS) ; François Goulard, député et président du conseil général du Morbihan et Azouz Begag, ancien ministre à la promotion de l'égalité des chances (2005-2007) dans le gouvernement Villepin.
L'ancien ministre des affaires étrangères peut également compter sur quelques députés, comme Marc Bernier, député de la Mayenne ; Guy Geoffroy, député de Seine-et-Marne ; Jean Ueberschlag, député du Haut-Rhin ; et le fidèle des fidèles, Jean-Pierre Grand, député de l'Hérault et président de République solidaire depuis que Dominique de Villepin a quitté la présidence du mouvement – fondé en juin 2010 – en septembre 2011. Le responsable Web de la campagne est Christophe Carignano, qui s'occupe du réseau social "Villepincom.net".

DE 2008 À AUJOURD'HUI, L'HÉMORRAGIE S'EST POURSUIVIE
Dominique de Villepin a perdu petit à petit ses principaux soutiens. Le premier départ a eu lieu fin 2008, quand son ex-directeur de cabinet, Bruno Le Maire, est entré au gouvernement. Autre poids lourd de son dispositif, Georges Tron, l'a également lâché en mars 2010 pour devenir secrétaire d'Etat à la fonction publique. L'hémorragie s'est poursuivie inlassablement... Trois mois plus tard, le député  Hervé Mariton prend ses distances et annonce qu'il ne suivra pas son mentor dans la constitution de son futur parti le 19 juin.
A l'époque, l'Elysée, tente d'"assécher les relais parlementaires" de Dominique de Villepin, qui se prépare à lance son mouvement République solidaire (RS). Ironie du sort : la députée villepiniste Marie-Anne Montchamp, toujours fidèle en juin 2010, "constate une très nette préoccupation de l'Elysée" pour la création du mouvement, "observé à la loupe".
Le mois suivant, les députés villepinistes veulent s'affranchir de la tutelle de l'UMP et tentent de créer un groupe autonome à l'Assemblée pour "peser encore plus", explique alors Mme Montchamp. Mais patatras ! Quatre mois plus tard, celle qui est devenue porte-parole et cheville ouvrière du mouvement de Dominique de Villepin le quitte à la surprise générale pour succomber à son tour aux sirènes sarkozystes. Déjà secrétaire d'Etat au handicap sous Jacques Chirac, elle entre en novembre 2010 dans le gouvernement de François Fillon, héritant d'un poste tout sauf prestigieux : secrétaire d'Etat aux solidarités.
Malgré la défection de ses soutiens, Dominique de Villepin entreprend "un combat au risque de la solitude", ne renouvelant pas son adhésion à l'UMP début 2011. Il présente en avril des propositions tièdement accueillies, dont un "revenu citoyen" de 850 euros mensuels pour un coût d'environ 30 milliards d'euros.
Daniel Garrigue, nouveau porte-parole de République solidaire depuis le départ de Mme Montchamp, démissionne à son tour de ses fonctions et du mouvement, en regrettant un manque de concertation sur le projet de Dominique de Villepin pour 2012, dont il conteste la mesure phare, "un revenu citoyen".
Les départs se poursuivent... Le 14 septembre, le jour même de la relaxe de M. Villepin dans l'affaire Clearstream, au tour du député du Finistère Jacques Le Guen de démissionner du bureau politique du parti fondé par l'ancien premier ministre. Alors que tous ses alliés de poids sont au gouvernement ou en dehors du parti, sa dernière porte-parole, Chantal Bockel, quitte République solidaire, cet été.
"DANS LES JOURS QUI VIENNENT, ON VERRA QU'IL N'EST PAS SEUL"
Sans relais politiques et donc sans assurance d'obtenir les 500 parrainages présidentiels, sans assise financière, crédité de 1 % dans les derniers sondages, Dominique de Villepin lance donc sa candidature sous des auspices incertains. Mais à République solidaire, on balaie d'un revers de la main les attaques de l'UMP sur la "solitude" de l'ancien premier ministre. "Cet affolement traduit une grande peur de la candidature de Dominique de Villepin", veut croire Christophe Carignano, interrogé par Le Monde.fr.
"Dans les jours qui viennent, on verra qu'il n'est pas seul. Il aura de nouveaux élus autour de lui car pas mal de gens vont le rejoindre", promet-on à République solidaire, sans donner de nom. "Il est au-dessus des partis et ce ne sont pas les députés qui font les élections", renchérit Marc Bernier, joint par Le Monde.fr. "Un grand nombre d'anciens parlementaires RPR tendance gaulliste nous ont contactés. L'annonce de sa candidature a changé la donne et certains sont tentés de nous rejoindre", assure-t-il, sans livrer – non plus – l'identité de ces élus.

"UNE CAMPAGNE NE SE FAIT PLUS AVEC QUELQUES NOMS CONNUS"
Interrogé par Le Monde.fr, République solidaire revendique "environ 35 000 adhérents jusqu'à dimanche soir". "Depuis l'annonce de sa candidature, le compteur s'affole et les nouveaux adhérents arrivent par centaine", assure-t-on. Christophe Carignano en dénombre, de son côté, "plus de 30 000 sur le réseau social". Quant à Marc Bernier, il en compte "environ 20 000". Impossible de vérifier ces chiffres...
"Il y a quinze jours, nous avons constaté un petit 'faiblissement' quand tout le monde pensait qu'il allait rejoindre Nicolas Sarkozy. Mais depuis dimanche soir, la dynamique est reparti", selon M. Bernier. Le député, qui se lance dans la course aux parrainages avec Jean-Pierre Grand, se dit "confiant" dans cette course aux 500 signatures. "Les sondages peuvent s'inverser très vite. Le potentiel de Villepin est énorme : il peut à la fois prendre des voix chez Bayrou, Hollande et Sarkozy."
Pour Christophe Carignano, l'ancien premier ministre bénéficie d'"un atout de taille" : il dispose "d'une armée de militants très actifs sur le Web". Persuadé qu'"une campagne ne se fait plus avec une liste de députés et quelques noms connus", "le M. Web" de Dominique de Villepin estime qu'il est "plus important de pouvoir compter sur des milliers de militants"
 
ENTRE LUI ET SIMPLET 1er (Bayrou), JE NE VOIS ICI QUE DES CANDIDATURES CYNIQUES, EMPREINTES DE HAINE OU DE RESSENTIMENT A L'ÉGARD DE NICOLAS SARKOZY.

L'échec de "Merkozy"

L'accord du lundi 5 décembre entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, que ceux-ci ont réussi à imposer à leurs "partenaires" européens au sommet des 8 et 9 décembre à Bruxelles est-il une solution audacieuse aux dilemmes du continent, ou une insipide bouillie ?
Deux têtes, dit-on, valent mieux qu'une. On ne peut pas dire que le couple formé par la chancelière allemande et le président français ait confirmé l'adage. Comme les Bourbon, ces dirigeants donnent plutôt l'impression de n'avoir rien appris ni rien oublié.


Il a été décidé, semble-t-il, de ne pas contraindre les détenteurs d'obligations privés à essuyer des pertes lors des sauvetages de pays de la zone euro, même si l'on n'écarte pas la possibilité de restructurations volontaires. De rendre plus probables, mais pas automatiques, les sanctions à l'égard de pays qui échoueraient à respecter les limites imparties aux déficits budgétaires. D'inscrire dans la législation des pays membres l'obligation d'un budget équilibré. De mettre en place le Mécanisme européen de stabilité (MES) - l'instrument permanent de sauvetage - dès juillet 2012 et non plus en juin 2013. Et enfin, de prévoir pendant la durée de la crise, des réunions mensuelles des chefs d'Etat et de gouvernement européens afin de superviser la coordination des différentes politiques.
PLUS QUESTION DE SANCTIONS AUTOMATIQUES
Plus question, donc, de contraindre le secteur privé à s'impliquer dans la restructuration de la dette, ce qui réjouira la Banque centrale européenne (BCE). Plus question de sanctions automatiques contre les "pécheurs" budgétaires ni d'examen des violations des règles budgétaires par la Cour européenne de justice.
Cela ravira la France, qui a aussi obtenu qu'au lieu d'un nouveau traité de l'Union européenne un accord intergouvernemental entre membres de la zone euro puisse éventuellement être conclu. L'Allemagne n'est pas repartie les mains tout à fait vides : elle a réussi une fois de plus à écarter tout recours aux eurobonds. Mais elle n'a pas obtenu grand-chose.
Cet accord est-il de nature à encourager la BCE à intervenir plus massivement sur les marchés de la dette souveraine ? Son nouveau président, Mario Draghi, a déclaré le 1er décembre devant le Parlement européen qu'un accord liant les gouvernements sur la question des finances publiques serait "l'élément le plus important pour commencer à rétablir la confiance" des marchés financiers. "D'autres éléments pourraient suivre, a-t-il ajouté, mais l'ordre d'application est important."
Les mesures budgétaires et les réformes annoncées à Rome pourraient contribuer à donner à la BCE le feu vert pour ces "autres éléments".
UN CERTAIN ESPOIR
La réponse des marchés avait, dans un premier temps, traduit un certain espoir : le 5 décembre, les obligations espagnoles à dix ans étaient descendues à 5,2 % et celles de l'Italie à 6,3 %. Mais l'agence de notation financière Standard & Poor's a décidé de placer toute la zone euro sous surveillance négative, et au matin du 9 décembre restaient attentistes.
La fragilité est toujours le mot d'ordre.
Ce que nous avons entendu de la bouche de M. Sarkozy et de Mme Merkel n'incite guère à la confiance. Le problème est que l'Allemagne - puissance hégémonique de la zone euro - a un projet, mais que ce projet est maladroit.
La bonne nouvelle, c'est que l'opposition d'une partie de la zone euro empêchera sa pleine mise en oeuvre. La mauvaise nouvelle, c'est qu'il ne semble y avoir pour l'instant aucune meilleure possibilité.
Le credo allemand est que c'est l'indiscipline budgétaire qui a été à l'origine de la crise. Mais l'examen des déficits budgétaires moyens de douze pays significatifs de la zone euro de 1999 à 2007 indique que tous, sauf la Grèce, se situaient en dessous de la fameuse limite des 3 % du PIB. De plus, les quatre pires bilans en la matière après la Grèce étaient l'Italie, puis la France, l'Allemagne et l'Autriche.
En revanche, l'Irlande, l'Estonie, l'Espagne et la Belgique ont enregistré de bonnes performances au cours de ces années. Ce n'est qu'après la crise que des détériorations énormes (et inattendues) des positions budgétaires ont frappé l'Irlande, le Portugal et l'Espagne (mais pas l'Italie). Les déficits budgétaires ne laissaient donc en rien prévoir une crise imminente.
Passons maintenant à la dette publique. Ce critère aurait désigné comme fauteurs de troubles la Grèce, l'Italie, la Belgique et le Portugal. Mais la position de l'Estonie, de l'Irlande et de l'Espagne était infiniment meilleure... que celle de l'Allemagne. En vérité, au vu de ses performances, l'Allemagne d'avant la crise paraissait bien vulnérable. Mais, là encore, la situation a rapidement changé avec la crise. Le cas de l'Irlande est stupéfiant : en cinq années, elle a enregistré un bond de 93 points de pourcentage du ratio dette publique nette sur produit intérieur brut.
Prenons enfin la moyenne des déficits des comptes courants sur la période. D'après ce marqueur, les pays les plus vulnérables étaient l'Estonie, le Portugal, la Grèce, l'Espagne, l'Irlande et l'Italie. Voilà enfin un indicateur pertinent !
CRISE DES BALANCES DES PAIEMENTS
La crise actuelle est donc une crise des balances des paiements. En 2008, le financement privé des déséquilibres extérieurs a connu un arrêt brutal : le crédit privé s'est tari. Depuis lors, les sources publiques ont été appelées à jouer le rôle de financiers.
Si le pays le plus puissant de la zone euro refuse de reconnaître la nature de la crise, la zone euro n'a aucune chance de la résoudre ni d'empêcher qu'elle se reproduise. Certes, la BCE peut replâtrer provisoirement les fissures. A court terme, son intervention est même indispensable, puisqu'il faudra du temps pour procéder aux ajustements extérieurs. Mais au bout du compte, l'ajustement extérieur est vital. Et il est beaucoup plus important que l'austérité budgétaire.
Une fois cela admis, le problème central sera l'amélioration de la compétitivité. Si l'on écarte l'hypothèse que certains pays puissent sortir de la zone euro, cela exige que celle-ci connaisse une économie dynamique, une inflation plus forte et une expansion vigoureuse du crédit dans les pays excédentaires. Tout cela paraît inconcevable aujourd'hui. C'est pourquoi les marchés ont raison de manifester une telle prudence.
En l'absence d'intégration budgétaire et financière, le refus d'admettre qu'une union monétaire est vulnérable à des crises des balances des paiements rend quasiment certaine une nouvelle crise. Pire, se focaliser sur l'austérité budgétaire est la garantie que, comme nous le constatons aujourd'hui, la réponse aux crises sera procyclique.
Peut-être que la bouillie concoctée à Paris permettra à la BCE d'agir. Peut-être qu'elle apportera une période de répit, quoique j'en doute. Il reste que la zone euro cherche toujours des remèdes efficaces à long terme. Il est satisfaisant de constater que l'Allemagne n'ait pas réussi à obtenir des mesures de discipline budgétaire plus dures et plus automatiques, car cette exigence est fondée sur une analyse erronée.
Cette crise est une crise des balances des paiements. Résoudre ce genre de crise dans le cadre d'une économie fermée de grande taille exige d'énormes ajustements de part et d'autre. Tout le reste n'est que commentaire (cette chronique est publiée en partenariat exclusif avec le "Financial Times". © "FT". Traduit de l'anglais par Gilles Berton).

M. Sarkozy : "Le sommet de Bruxelles crée les conditions de la sortie de crise"

Face à la tourmente dans laquelle est prise la zone euro, les dix-sept Etats de cette zone ont décidé, vendredi 9 décembre, à Bruxelles, de rédiger un traité intergouvernemental, dont le Royaume-Uni s'est exclu.

Dans un entretien au Monde, Nicolas Sarkozy livre son interprétation de cet accord et sa vision de l'avenir de l'Europe.
Jeudi 8 décembre, au congrès du Parti populaire européen, vous avez dit que jamais le risque d'explosion de l'Europe n'avait été aussi élevé. Après le sommet de Bruxelles de jeudi et vendredi, ce risque est-il écarté ?
J'aimerais pouvoir dire qu'il est totalement écarté. Je m'en garderai pourtant. Nous avons fait tout ce qu'il était possible de faire. Dans un monde parfait, théorique, on devrait faire plus, mais la caractéristique de l'homme de gouvernement, de l'homme d'Etat, c'est de faire avec les réalités. Cela étant, ce sommet marque une étape décisive vers l'intégration européenne. A ce titre, il crée les conditions du rebond et de la sortie de crise.
L'euro est le cœur de l'Europe. S'il explose, l'Europe n'y résistera pas. La crise de confiance et de crédibilité de l'euro faisait donc peser un risque sur la pérennité de l'Union européenne.
La vérité est qu'il nous a fallu réparer en pleine crise les insuffisances de l'euro au moment de sa création. Ainsi, rien n'avait été prévu quant à la convergence des politiques économiques des pays membres de l'euro. Ensuite, certains pays ont été accueillis au sein de la zone alors qu'ils n'y étaient pas préparés. Cela a eu pour conséquence de fragiliser tout le système, comme une pilule empoisonnée, en raison de l'interdépendance des réseaux bancaires et financiers. Ces pays ont dû imposer à leurs peuples des souffrances auxquelles ils ne s'attendaient pas.
Si vous voulez bien considérer que le tout s'est déroulé sur le fond d'une crise de la dette sans précédent dans l'histoire du monde, je n'ai nullement cherché à dramatiser lorsque j'ai dit que nous étions tous au bord du précipice.
  • LA GOUVERNANCE ÉCONOMIQUE
L'accord de Bruxelles répond-il à ces éléments de la crise ?
Il y répond d'abord par la création d'une authentique gouvernance économique. Si les économies de la zone ne convergent pas, elles ne peuvent pas conserver durablement la même monnaie. Le fait que la responsabilité de la gouvernance revienne désormais aux chefs d'Etat et de gouvernement marque un progrès démocratique incontestable par rapport à la situation précédente, où tout s'organisait autour de la Banque centrale européenne [BCE], de la Commission et du pacte de stabilité.
J'ajoute que, pour la Commission, les choses seront désormais plus claires. Elle est chargée du respect des traités et de l'application des sanctions. Or, celui qui sanctionne ne peut être celui qui administre, au risque de se sanctionner lui-même. De ce point de vue, elle est irremplaçable. Qui d'autre pourrait le faire à sa place ?
La Cour de justice européenne, comme le voulait la chancelière allemande, Angela Merkel ?
Mme Merkel a convenu que la Cour ne pouvait pas sanctionner au jour le jour un déficit excessif, qu'elle ne pouvait pas prévenir le dérapage des économies et des budgets. Elle n'en a pas les compétences, mais j'ajoute, de surcroît, qu'elle n'a pas non plus la légitimité pour annuler un budget qui aurait été voté par un Parlement souverain. Enfin pour résoudre les problèmes de l'euro, la seule discipline budgétaire est insuffisante. J'ai toujours contesté l'idée que la gouvernance économique se cantonne aux seules réunions des ministres du budget. La compétitivité ne peut pas se réduire aux seules questions fiscales et financières.
La question posée est celle de la compétitivité de notre continent et des conditions d'une croissance qui doit absolument être plus soutenue. Nous devrons donc évoquer avec nos partenaires de la zone euro les questions cruciales de l'industrie, de la politique commerciale, du marché du travail, de la recherche…
Et, réciproquement, ils vous parleront de la fiscalité, de la fonction publique et des retraites en France ?
Bien sûr. L'Union se fonde sur des compromis réciproques, construits dans l'intérêt de chacun.
Est-ce un transfert de souveraineté ?
Non, car on ne déléguera pas à d'autres notre souveraineté économique. Il s'agira d'un exercice partagé de la souveraineté par des gouvernements démocratiquement élus. On conforte sa souveraineté et son indépendance en l'exerçant avec ses amis, ses alliés, ses partenaires.
J'ajoute que pas un seul domaine nouveau de compétences ne sera transféré à une quelconque autorité supranationale.
  • UN FONDS MONÉTAIRE EUROPÉEN
Le deuxième élément, c'est le renforcement de la solidarité européenne, avec la création d'un véritable fonds monétaire européen, le Mécanisme européen de solidarité [MES]. C'est un fonds destiné à venir en aide aux pays membres de la zone euro qui n'auraient pas un accès suffisant au marché pour financer leurs dettes. Ce fonds sera mis en place dès juillet 2012 et non en juillet 2013. Il décidera non plus à l'unanimité, mais à la majorité qualifiée de 85 %. Cela évitera qu'une petite minorité puisse bloquer les autres s'ils souhaitaient aller de l'avant.
Ce fonds aura 80 milliards d'euros de capital, ce qui représente un potentiel de 500 milliards de prêts. Au mois de mars, nous examinerons si ces moyens sont suffisants. Et, d'ici à dix jours, nous nous sommes engagés à négocier avec nos partenaires non européens un renforcement des ressources du Fonds monétaire international, ce qui augmentera encore notre force de frappe en cas de crise. La zone euro est prête à apporter jusqu'à 200 milliards supplémentaires. Jamais nous n'avons été aussi ambitieux en termes de solidarité.
Enfin, c'est la BCE qui sera l'agent opérationnel du fonds européen, dont la crédibilité et l'efficacité seront ainsi accrues. La méfiance ne pourra pas s'installer entre ces deux institutions-clés pour notre stabilité financière.
La BCE va baisser ses taux à 1 % sur trois ans pour que les banques retrouvent des marges et achètent des dettes d'Etat. Est-ce moral, alors qu'il serait plus simple que la BCE prête directement aux Etats ?
Je ne commente pas l'action de la BCE. Elle est indépendante, et doit agir dans le cadre des traités.
Mais le problème, aujourd'hui, dans de nombreux pays de la zone, c'est le resserrement du crédit par crainte du risque. Cela pourrait conduire à une dépression économique. Cette perspective serait catastrophique. Je me réjouis que la BCE fournisse des liquidités pour éviter ce "credit crunch". Pensez à ces milliers d'entreprises dont l'activité serait dramatiquement entravée si elles n'avaient pas accès à un crédit suffisant.
Je souhaite que l'action de la BCE, en soutenant la croissance économique, contribue aussi à apaiser les craintes infondées sur les dettes des Etats. Je fais confiance à la BCE pour, à l'avenir, décider de la force de son intervention.
Si cela ne marche pas, envisagez-vous de faire un grand emprunt auprès des particuliers, comme la Belgique et l'Italie ?
La Belgique a ainsi levé 5,5 milliards d'euros. La dette française est de 1 692 milliards d'euros. Chaque année, nous empruntons environ 180 milliards. Vous voyez que les ordres de grandeur n'ont rien à voir avec ce que pourrait rapporter un emprunt national.
Je vous rappelle, par ailleurs, que nous n'avons plus le droit de donner un avantage fiscal aux émissions d'emprunts d'Etat, tous ceux qui ont été octroyés dans le passé ayant coûté fort cher aux finances publiques. Enfin, il faut rappeler que, en dépit de la crise, la France emprunte aujourd'hui sur les marchés à un taux historiquement bas. Pourquoi donc faudrait-il changer notre stratégie ?
  • UN EFFORT DE DISCIPLINE
Le troisième élément de l'accord, c'est un effort de discipline, avec une majorité inversée pour les sanctions automatiques. Avant, pour que la Commission sanctionne un Etat fautif, il fallait une majorité qualifiée au Conseil pour l'approuver. Désormais, cela ne sera plus le cas.
En revanche, nous n'avons pas souhaité que ces sanctions s'appliquent de la même manière, c'est-à-dire qu'elles soient automatiques, en cas de dérapage de la dette une année donnée. Un Etat peut être amené à recapitaliser une banque, ou une entreprise publique, ce qui augmentera sa dette publique. On ne peut lui en tenir rigueur. Ainsi les mêmes causes ne pourront plus produire les mêmes effets. Le laxisme ne sera plus de mise en Europe.
Quelle est la prochaine étape ?
Dans les quinze prochains jours, nous mettrons au point le contenu juridique de notre accord. L'objectif est d'arriver à un traité pour le mois de mars.
Il faut bien voir que c'est une autre Europe qui est en train de naître : celle de la zone euro, où les maîtres mots seront la convergence des économies, des règles budgétaires, de la fiscalité. Une Europe où nous allons travailler ensemble à des réformes permettant à tous nos pays d'être plus compétitifs, sans renoncer pour autant à notre modèle social. La stabilité de notre continent est à ce prix.
Ne craignez-vous pas des problèmes de ratification ?
Non, car la procédure retenue est plus légère, même si chaque pays reste maître de la procédure de ratification. En tout état de cause, nous souhaitons être prêts à l'été 2012. Enfin, je le répète, nul ne pourra contester le rôle accru ainsi donné aux gouvernements européens.
Cela fait six mois où les marchés peuvent encore attaquer…
Si vous voulez me dire que c'est difficile, je vous le confirme : c'est difficile. Aucune grille de lecture idéologique ne fonctionne plus. Il faut beaucoup de sang-froid pour ne pas surréagir et le même sang-froid pour ne pas sous-réagir. J'ai conscience du risque de ne pas être compris des populations qui souffrent et qui voient des sommets se succéder, donnant l'impression d'être déconnectés de leur vie quotidienne. En même temps, nous n'avons pas le choix. Il faut tenir la barre le plus solidement possible et sortir de la spirale des crises.
  • L'AXE FRANCO-ALLEMAND
Que répondez-vous à ceux qui disent que les choix pour enrayer la crise de l'euro sont imposés par Angela Merkel ?
A ceux qui se plaignent et me reprochent l'axe franco-allemand, je demande ce qu'ils proposent comme stratégie alternative. Rester seuls ? Qui peut penser que la France seule aurait fait mieux avancer ses idées ? A moins qu'on me propose une autre alliance… Mais laquelle ?
C'est vrai que le sommet de Bruxelles est le fruit d'un compromis franco-allemand et, depuis le début de cette crise, nous avons fait mouvement l'un vers l'autre. Qui aurait pensé, il y a deux ans, que nos partenaires se rallieraient à l'idée d'un gouvernement économique, organisé autour des chefs d'Etat et de gouvernement ? Qu'ils souscriraient à la création d'un fonds monétaire européen, incarné par le MES ? Autant d'idées françaises ! La chancelière, que j'apprécie beaucoup, a fait mouvement avec pragmatisme et intelligence.
Quant au mot de capitulation que j'ai entendu employer par certains, tout ce langage guerrier qui fleure bon le nationalisme d'antan, laissez-moi vous dire ce que j'en pense : je me sens français au plus profond de moi-même, mais mon amour de la France ne m'a jamais conduit à accuser nos voisins, nos alliés, nos amis. Et ceux qui cherchent à nourrir la germanophobie se déconsidèrent.
Un triangle avec les Britanniques ?
Le Royaume-Uni n'est pas dans l'euro. Le triptyque Berlin-Londres-Paris aurait eu un sens si nous avions eu une crise de l'Union européenne, mais ce n'est pas le cas. C'est une crise de l'euro.
L'importance de l'entente avec l'Allemagne signifie-t-elle qu'on ne peut rien faire avec Londres ? Non. Nous sommes intervenus en Libye avec le Royaume-Uni, et le premier ministre, David Cameron, a été courageux. Avec Londres, nous partageons l'attachement à l'énergie nucléaire et une coopération forte dans le domaine de la défense, qui est essentielle.
Vous avez mis du temps à apprécier le modèle allemand…
Si vous voulez dire que la présidence et la confrontation avec les épreuves changent un homme, c'est vrai. Si vous voulez me faire dire que, après quatre ans et demi à l'Elysée, j'ai appris et évolué dans mon raisonnement, c'est vrai aussi.
Entre la France et l'Allemagne, il y a d'abord l'histoire. Soixante-dix ans d'affrontements suivis par soixante-dix ans de paix. Quel doit être le prochain cycle? Nous n'avons pas le droit de diverger avec l'Allemagne, car la divergence conduit à l'affrontement. Nous devons donc nous comprendre et rechercher des compromis permanents.
Il est essentiel, ensuite, que les deux premières économies d'Europe convergent pour créer une zone de stabilité. Ce qui ne doit pas nous faire oublier les atouts de la France : une démographie qui fait que nous serons aussi nombreux que les Allemands dans trente ans, une énergie moins chère grâce au nucléaire, et un système institutionnel qui permet de gouverner le pays, notamment en cas de crise.
Dans un discours sur la repentance, en 2006, vous avez dit que la France, elle, n'avait pas commis de génocide…
Les Allemands ont assumé leur histoire avec courage et lucidité. Nous n'avons rien à leur reprocher.
  • LA NOUVELLE EUROPE
A Bruxelles, la semaine dernière, vous avez mis les Anglais hors d'Europe…
Je n'ai pas vu les choses ainsi. Nous avons tout fait, la chancelière et moi, pour que les Anglais soient partie prenante à l'accord. Mais il y a désormais clairement deux Europe. L'une qui veut davantage de solidarité entre ses membres, et de régulation. L'autre qui s'attache à la seule logique du marché unique.
Comment se sont-ils retrouvés seuls ?
L'affirmation répétée de leur opposition à toute perspective d'entrer dans l'euro ne peut être sans conséquence. J'ajoute que les demandes sur les services financiers n'étaient pas acceptables. La crise est venue de la dérégulation de la finance. Jamais nous ne pourrions accepter un retour en arrière. L'Europe doit aller vers davantage de régulation.
Est-il légitime, désormais, que le Royaume-Uni reste dans le marché unique ?
Nous avons besoin de la Grande-Bretagne ! Ce serait un grand appauvrissement de voir son départ qui, fort heureusement, n'est pas d'actualité.
Dans cette Europe des 27 maintenant plus confédérale, l'entrée de la Turquie ne devient-elle pas logique ?
Vous savez, mes réserves qui n'ont pas changé. Si, dans la crise que nous connaissons, nous avions levé ces réserves, je ne crois pas que cela aurait facilité la tâche de l'Europe. L'Union européenne, c'est d'abord pour le continent européen. A ma connaissance, nos amis turcs, grande puissance, grande nation, sont essentiellement en Asie mineure.
Nous venons d'accueillir la Croatie. L'ouverture à la Serbie est une perspective. Réunissons d'abord la famille européenne avant de poser des questions extra-européennes. Je souhaite que nous ayons les meilleurs rapports avec la Turquie, cela va de soi. Dans mon esprit, elle a un grand rôle à jouer dans le monde, un rôle de trait d'union entre l'Orient et l'Occident. A-t-elle intérêt à quitter ce rôle de pont entre les deux rives pour en rejoindre une ? Je pense que ce serait un affaiblissement.
  • LES ENGAGEMENTS FRANÇAIS
Le président français est-il prêt à accepter les règles européennes alors que, en 2007, vous êtes allé à Luxembourg demander un report du retour à l'équilibre de la France et que, récemment, le premier ministre, François Fillon, a protesté contre les prévisions de croissance de la Commission ?
On ne parle pas de la même époque ou du même monde, même si c'est le même président. Nous sommes d'autant plus prêts à cet effort que nous l'avons commencé dès 2007. La mise en place du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, qui nous a valu tant de critiques, c'est 2007. La réforme de la carte judiciaire, c'est 2008. La réforme de la carte militaire, c'est 2009. Quant à la réforme des retraites, si nous ne l'avions pas faite, nous serions dans la situation peu enviable de certains de nos partenaires.
Comment jugez-vous le risque de dégradation de la France par les agences financières ?
L'une des trois agences de notation a mis sous perspective négative la France, ainsi que toute la zone euro. Pourquoi? Parce que la zone euro connaît un problème de gouvernance: c'est un problème dont nous nous occupons et qui n'est pas spécifique à la France. Deuxième souci, le risque sur les banques françaises. Bonne nouvelle: l'Autorité bancaire européenne estime le besoin de recapitalisation des banques françaises à 7,7 milliards d'euros, contre 13milliards pour l'Allemagne. Pas un centime du budget de l'Etat n'ira donc à la recapitalisation des banques.
Troisième élément, les perspectives de la croissance française. Le gouvernement a fixé une prévision de 1 % pour 2012. Mais dans le même temps, un gel de 6 milliards de crédits a été mis en place pour faire face, en cas de croissance limitée à 0,5 %. Dernier point relevé par l'agence, le niveau élevé de nos dépenses. Mais chacun reconnaît que nous avons su faire preuve de réactivité en la matière dans le passé.
Le grand risque, c'est donc celui de la contagion de la crise européenne. C'est pourquoi nous luttons pour la maîtriser.
Sommes-nous menacés de dix ans d'efforts ou de croissance très lente, à la japonaise ?
C'est un risque qui m'a conduit à ne pas choisir une politique fondée sur la rigueur. La rigueur, c'est baisser les salaires et les pensions de retraite. Je m'y refuse et m'y refuserai. Si nous allions dans cette direction, cela plongerait la France dans la récession et dans la déflation. Si vous réduisez vos recettes en même temps que vous abaissez vos dépenses, vous ne résolvez pas vos problèmes de déficits. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé, en 2009, 35 milliards d'euros en faveur des investissements d'avenir. C'est le contraire d'une politique de rigueur et d'austérité. Il nous faut à la fois réduire notre déficit et notre endettement, libérer le travail et retrouver de la compétitivité.
Mais les agences ne nous en rendent pas justice…
Pour l'instant, elles ont maintenu le triple A. Si elles devaient nous le retirer, nous affronterions cette situation avec sang-froid et calme. Ce serait une difficulté de plus, mais pas insurmontable. Ce qui compte avant tout, c'est la crédibilité de notre politique économique et notre stratégie déterminée de réduction de nos dépenses. Nous respecterons scrupuleusement les engagements que nous avons pris.
Quelle mesure phare faut-il prendre pour convaincre les investisseurs ?
Si nous n'avions pas fait la réforme des retraites, c'est celle qu'il faudrait faire. Pour le reste, il n'y a pas de mesure clé ou miracle car ce qui compte, tout autant que de réduire les dépenses, c'est d'augmenter la croissance. Cela passe par l'autonomie des universités, le développement du crédit impôt recherche, les investissements d'avenir, la suppression de la taxe professionnelle. Tout ce que la France a commencé à faire.
La règle d'or ?
La règle d'or est une mesure importante. C'est une règle de bon sens: les budgets doivent être construits sur plusieurs années avec l'objectif d'aller vers l'équilibre. Qui peut de bonne foi contester cet objectif ? J'aurais aimé que toutes les formations politiques françaises s'inspirent de ce qu'ont fait les Espagnols et les Allemands en adoptant par consensus cette règle, sans que personne n'y perde son identité.
Mais la dépense publique continue d'avoir un poids supérieur en France par rapport à l'Allemagne…
Oui, c'est vrai, parce que l'Allemagne a eu le courage d'engager la réforme de ses dépenses publiques dix ans avant la France. Il est normal qu'elle en obtienne les fruits avant nous. Ne sous-estimons pas pour autant la force des réformes mises en œuvre en France. Ainsi, la réduction de 150 000 fonctionnaires va considérablement alléger, dans l'avenir, le poids des dépenses publiques. Il en sera de même pour la réforme du régime des retraites, qui rapportera à la Sécurité sociale 22 milliards d'euros en 2017.
Comment analysez-vous le doute grandissant des Français sur l'euro ?
Les Français associent l'euro à leurs difficultés, mais en même temps, ils comprennent les risques qu'il y aurait à en sortir et à s'isoler. Je rends hommage à leur lucidité. Les Français ne contestent pas l'Europe, mais la façon dont sont conduites certaines politiques européennes. A ce titre, la politique commerciale est l'exemple même de ce qu'il convient de changer. On augmente les charges et les contraintes sur nos producteurs, et on laisse entrer sur notre marché des produits fabriqués dans des pays qui ne respectent aucune de ces contraintes. Cela ne peut plus durer. La réciprocité doit devenir la règle. La concurrence ne peut être que loyale ; si elle est déloyale, il faudra en tirer des conséquences sur l'ouverture de nos marchés.
Les élections à venir empêchent-elles une union nationale qui serait utile ?
Il y a un calendrier démocratique. On ne va pas suspendre les élections parce qu'il y a une crise.
Diriez-vous que le comportement des socialistes français coûte à la France ?
Je n'ai pas à juger l'opposition. J'ai tant à faire par ailleurs… Les Français seront les seuls juges.
François Hollande vous accuse de courir après la crise…
Avant de formuler un commentaire si définitif, j'invite chacun à réfléchir à cette crise, à sa profondeur, à sa gravité.