TOUT EST DIT

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ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

samedi 10 juillet 2010

Affaire Woerth-Bettencourt : quand le PS fait profil bas

rofil bas. Depuis le début de l'affaire Woerth-Bettencourt, Martine Aubry a choisi la retenue dans ses attaques. Tout en réclamant la "transparence " et que cette affaire soit "clarifiée avant d'être classée", la première secrétaire du PS s'est gardée de demander la démission du ministre du travail.
Une prudence à laquelle les ténors du PS ont fini par se rallier lors du bureau national du parti, mardi 6 juillet. Ce jour-là, Ségolène Royal avait dénoncé, sur Public-Sénat un "système corrompu" estimant qu' "il faudrait sans doute plusieurs" karchers "pour nettoyer ce qui se passe aujourd'hui au niveau du système Sarkozy". Mais sa virulence est restée singulière. "Il fallait qu'on adopte une attitude responsable alors que la droite aurait voulu nous entraîner dans la boue. On a résisté", se félicite un membre de la direction. "On savait qu'en tapant sur tel ou tel ministre, il suffirait à Sarkozy de remanier le gouvernement pour étouffer les choses", poursuit cette même source, proche de Mme Aubry.

L'unisson des socialistes n'a pas été immédiat. Au bureau national du 29 juin, Laurent Fabius était partisan de taper plus fort. Arnaud Montebourg dénonçait le même jour dans Libération "une France consanguine du pouvoir et de l'argent". Mais une semaine après, au fil des révélations, "on a tous compris qu'on passait d'un affaire Woerth à une crise de régime bien plus sérieuse avec un risque qu'elle abîme l'image de l'ensemble de la classe politique" raconte Bernard Soulage, secrétaire national du PS, proche de Dominique Strauss-Kahn.

LA TENTATION DU "TOUS POURRIS"

Un constat qu'étayent les analystes de l'opinion : "Tout ce qui se passe construit du rejet et de la désillusion, observe Brice Teinturier, directeur adjoint de TNS Sofres, les gens consomment des informations mais ils attendent des preuves. Le climat risque d'être aussi ravageur pour les media que pour la classe politique".

Le PS s'est épargné une bataille interne sur sa tactique. Mais il n'est pas pour autant certain de tirer les marrons du feu de la crise politique. Pas un responsable PS ne se risque à prédire la victoire lors de la législative partielle, dimanche 11 juillet dans la 10 e circonscription des Yvelines. Dans ce fief de la droite conservatrice, ex-circonscription de Christine Boutin, députée de 1986 à 2007, Anny Poursinoff candidate écologiste, soutenue par le PS, est certes arrivée en tête au premier tour, dimanche 4 juillet, avec 42,62 %. Mais elle n'a pas creusé l'écart autant qu'elle l'espérait avec le député sortant Jean-Frédéric Poisson, ex-suppléant de Mme Boutin (40,71 %). Celui-ci peut compter sur le report des voix du Front National (7, 48 %), au premier tour.

Pour la gauche, le principal écueil sera l'abstention. Seuls 26,75 % des électeurs sont allés voter, le 4 juillet. Venue soutenir, à Rambouillet, au cœur de la circonscription, le 7 juillet, Mme Poursinoff, avec Cécile Duflot, la patronne des Verts, Mme Aubry a tenté de conjurer les risques du "populisme" qui éloignent les électeurs des urnes. Elle a dénoncé la tentation du "tous pourris" et pour donner plus de poids à ses propos s'en est pris aux errements de son propre camp : "Je me souviens de la loi d'amnistie [votée sous le gouvernement de Michel Rocard en 1989, elle concernait les élus épinglés dans des affaires de financement électoral ]. Je me rappelle que le FN a vécu là-dessus. Quand on se serre les coudes pour masquer des comportements immoraux, on donne des voix au Front national", a mis en garde Mme Aubry.
Béatrice Jérôme

Non

Ce 10 juillet 1940, ils sont 80 pour dire « non » au Maréchal Pétain. Sur 669 parlementaires, c'est peu. Et c'est déjà beaucoup : 80 de gauche et de droite qui, dans la confusion de l'époque, face à la peur qui monte, font le bon choix. Cela ne condamne pas les autres : il y eut des « oui » qui devinrent résistants, comme tant de Français qui passèrent de Pétain à de Gaulle. Et l'on sait que, dans les temps de troubles, il tient souvent à peu de chose de basculer d'un côté ou de l'autre - nous pouvons tous être des Lacombe Lucien. Il n'en existe pas moins un bon et un mauvais choix. Ce 10 juillet 1940, les 80 ont fait le bon, comme devait le faire deux ans plus tard « Le Progrès » en se sabordant… N'allons pas parler de « devoir de mémoire », cette adoration moderne des icônes. Contentons-nous de nous souvenir de ce qu'ont fait nos aînés, et de ne pas en être indigne.

La maladie, c’est la corruption

Quand les hommes politiques sont à court d’arguments, ils se retournent contre la presse. L’habitude ne date pas de ce gouvernement. Durant la guerre d’Algérie, les journaux dénonçant la torture étaient régulièrement saisis. Cela n’a empêché ni la réalité des sévices – depuis confirmés et revendiqués par le général Aussaresses – ni la défaite des jusqu’au-boutistes de la colonisation. Quelques décennies plus tard, François Mitterrand comparait les journalistes à des « chiens » s’acharnant sur l’honneur de Pierre Bérégovoy, qui venait de se suicider. Les plus grosses révélations sur les turpitudes du pouvoir socialiste étaient pourtant à venir. Si l’on peut reprocher des excès aux médias de l’époque, ce sont des excès de pudeur, concernant la double vie du président, avec tout ce qu’elle coûtait à la France…

Voilà que la presse serait responsable du scandale Bettencourt, et qu’elle mettrait en danger la démocratie, en jetant le discrédit sur le monde politique. Faut-il donc taire, alors que l’austérité est à l’ordre du jour, les 30 millions d’euros remboursés à la femme la plus riche de France au titre du bouclier fiscal ? Faut-il jeter un voile sur les comptes non déclarés que la même possédait en Suisse ? Faut-il prendre pour argent comptant (l’expression ne manque pas de sel) les seules vérités officielles ? Il n’y a pas si longtemps, la presse soviétique fonctionnait sur ce schéma. L’URSS a croulé quand même !

Sans les révélations du site Médiapart et du « Canard enchaîné », Christian Blanc continuerait à fumer ses cigares aux frais des contribuables, et personne ne poserait de question à Alain Joyandet quant à l’utilisation d’un coûteux jet privé pour aller aux Antilles et quant à la légalité du permis de construire de sa maison varoise. Autant de sujets, n’est-ce pas, qui n’intéressent pas les Français ! Tout comme le financement des partis politiques : pourquoi parler de ce dossier scabreux, alors qu’il fait si beau et que l’été pourrait sentir bon le sable chaud…

Oui, il y a menace sur la démocratie, et un vrai risque de faire remonter le Front national. Mais ce n’est pas la révélation des scandales qui produit ce risque : ce sont les scandales eux-mêmes. La presse est le thermomètre qui montre la fièvre. La maladie, c’est la corruption. C’est elle qu’il faut éradiquer.La maladie, c’est la corruption
Par Patrick Fluckiger.- Quand les hommes politiques sont à court d’arguments, ils se retournent contre la presse. L’habitude ne date pas de ce gouvernement. Durant la guerre d’Algérie, les journaux dénonçant la torture étaient régulièrement saisis. Cela n’a empêché ni la réalité des sévices – depuis confirmés et revendiqués par le général Aussaresses – ni la défaite des jusqu’au-boutistes de la colonisation. Quelques décennies plus tard, François Mitterrand comparait les journalistes à des « chiens » s’acharnant sur l’honneur de Pierre Bérégovoy, qui venait de se suicider. Les plus grosses révélations sur les turpitudes du pouvoir socialiste étaient pourtant à venir. Si l’on peut reprocher des excès aux médias de l’époque, ce sont des excès de pudeur, concernant la double vie du président, avec tout ce qu’elle coûtait à la France…



Par Patrick Fluckiger.

Le populisme contre la presse


L'affaire Woerth-Bettencourt a agi comme un révélateur acide sur l'image des journalistes. Que de ressentiment déversé sur les médias. Que de morgue. Que de mépris. Le pouvoir et sa presse... Comme chez un vieux couple usé par tant de petites haines recuites, le couvercle de la cocotte minute a explosé projetant les insultes sur les murs de leur démocratie commune.
Que voulez-vous... c'est triste cette incapacité à se parler franchement et même vertement sans glisser si vite jusqu'à l'injure. Nous voilà donc fascistes, ou trotskistes, ou les deux à la fois (on va s'gêner). Ah, j'allais oublier que nous sommes aussi des assassins d'hommes politiques avec le sang de Salengro et de Bérégovoy sur les mains. C'est du lourd. Me trompé-je ou les soupçons contre M. Woerth n'ont pas cette hargne ?
On ne réagira pas par un corporatisme stérile. Après tout, c'est vrai que les journalistes (tous sauf nous évidemment) peuvent parfois se montrer exaspérants, mesquins, insistants, grossiers, petit bras, veules, insistants, indiscrets, donneurs de leçons (ça va là, il y en a assez ?). Mais ils n'ont pas la liberté de mentir ou de raconter n'importe quoi comme on fait semblant de le leur reprocher. Le droit qui encadre la presse française est très sévère sur ce point. La diffusion de fausse nouvelle est un délit grave, et sanctionné. La diffamation aussi, et quand ils sont dans leur bon droit, les hommes politiques ne se privent pas d'attaquer et de faire condamner les fautifs. Pourquoi ne l'ont-ils pas fait massivement puisqu'ils crient à l'imposture ?
Quant aux accusations portées contre les journalistes, elles sont nettement supérieures en force brute aux simples interrogations sur les comportements, et l'absence de sens politique, du ministre du Travail. A-t-on jamais vu des unes intitulées : Sarkozy compromis ! Poser la question d'une situation de conflit d'intérêt dans laquelle un membre du gouvernement s'est lui-même placé, c'est déjà le traîner dans la boue. S'étonner qu'il ait remis lui-même la légion d'honneur à l'employeur de sa femme, c'est faire du mauvais esprit, donner un crédit - réservé - aux déclarations de l'ancienne secrétaire de la milliardaire, c'est être assoiffé du sang de la polémique.
Le 1er pouvoir veut donc taper à la règle sur les doigts du 4°. Et lui donner des leçons de vertu. Mais comment s'étonner que les journalistes politiques ne désarment pas quand la vérité se dérobe ? Les dirigeants politiques dépensent beaucoup d'énergie à masquer la vérité et à tenter d'instrumentaliser, d'une façon ou d'une autre, cette presse qui les fascine. Devant laquelle ils sont prêts à tout, pour la séduire mais sans vraiment comprendre son indivisible liberté. Comment s'étonner, après ça, qu'ils soient aussi vulnérables ?


Olivier Picard

Rigueur : appeler un chat un chat !

« Je suis à la tête d'un État qui est en situation de faillite », avait déclaré François Fillon, en septembre 2007. Il faisait ainsi connaître, à la fois, sa lucidité, sa grande inquiétude et sa détermination. Cela signifiait, pour le pays, combien il allait falloir fournir d'efforts pour redresser la situation.

Aussitôt, on lui fit reproche d'affoler les Français. Pourtant, aujourd'hui, les évolutions actuelles, aggravées par la crise, sont devenues encore plus difficiles à gérer. C'est le cas pour la France, mais aussi pour nombre de pays européens comme pour les États-Unis.

Des mesures d'austérité sont prises un peu partout, y compris en France, notamment avec le plan Baroin de réduction des déficits publics, entre 2011 et 2013. Les Anglais ont pris, eux aussi, des dispositions sévères. Mais contrairement aux Français, ils osent appeler cela « rigueur ».

« Je ne cache pas au Parlement que l'impact de ce changement des impôts et des allocations sociales sera dur pour les gens », a déclaré, fin juin, à la Chambre des communes, George Osborne, chancelier de l'Échiquier, l'équivalent de notre ministre des Finances. Il ajoutait : « Mais c'est inévitable, étant donné la taille de la dette à laquelle notre pays doit faire face et la catastrophe que cela provoquerait si nous ne nous en occupions pas. » La presse en a rajouté : c'est « le pacte de la hache et des impôts », c'est « un budget de l'enfer », « de la douleur pour maintenant et encore plus pour plus tard ». Mais un journal conclut : « Dur ? Oui... mais juste ? »

En France, les déclarations et les explications sont plus feutrées. Doit-on, en cet anniversaire des terribles journées de juin et juillet 1940, retrouver là cette différence entre nos deux peuples qui poussait l'un à ouvrir ses villes sans combattre et l'autre à barricader le pays pour éviter l'invasion ? Les paroles, terribles d'exigence et de vérité d'un Churchill promettant de la sueur, du sang et des larmes, nous ont sauvés.

Un langage de vérité

Les Français savent, eux aussi, combien la situation est grave. En 2006, François Fillon a publié un livre intitulé La France peut supporter la vérité. Il avait raison et la vérité doit être dite explicitement si l'on veut mobiliser le pays dans l'effort indispensable. Par conséquent, il faut appeler un chat un chat. C'est ce que l'on commence à faire avec le problème des retraites dont « les enjeux sont terrifiants » aux yeux de Michel Rocard qui évoquait, dans France-Soir (1), la manière dont les ministres accueillirent, en 1981, l'annonce faite par François Mitterrand de la baisse de l'âge de la retraite de 65 à 60 ans : « Tous les ministres en charge de l'économie ¯ même Fabius et surtout Delors ¯ étaient effondrés, décomposés. » L'ancien Premier ministre poursuit : « En faisant de l'âge légal de départ à la retraite un symbole, le Parti socialiste est encore en train de se tromper de combat... Quant à faire reposer les retraites sur la fiscalité, c'est absurde et dangereusissime. Il faut absolument que le régime des retraites s'auto-équilibre... C'est une réforme courageuse. Le gouvernement a eu raison de la faire. Je suis socialiste, je le reste, mais je le dis, tout en regrettant que le gouvernement n'ait pas suivi la voie de la négociation. »

Il y a les retraites... et tout le reste. Un langage de vérité, associé à une volonté de justice, de solidarité et de dialogue authentique, dans la recherche permanente d'une rigueur nécessaire qui ne paralyse pas une croissance indispensable, voilà la seule manière d'obtenir la compréhension et l'adhésion des Français. Cela ne pourra se faire dans la division. L'union est nécessaire en ces domaines si l'on veut sortir de l'impasse et préparer l'avenir.

Cependant, réfléchissons à l'interrogation du Financial Times qui s'interrogeait récemment à propos du nouveau gouvernement britannique : « Peut-être que seul un gouvernement jeune ¯ par son âge et le caractère récent de son arrivée au pouvoir ¯ pouvait oser un tel pari. » Dans les circonstances actuelles, les Français peuvent être amenés à se poser la même question...

vendredi 9 juillet 2010

En attendant la rigueur

C'est hélas dans l'indifférence générale que l'acte I du prochain budget s'est terminé hier avec le débat d'orientation au Sénat. L'acte II de la préparation de la loi de Finances la plus cruciale depuis longtemps ne sera joué que dans quelques semaines : le gouvernement tranchera alors sur les fameuses niches fiscales à raboter ou à supprimer. Mais d'ores et déjà une question se pose. Tel qu'il se présente pour l'instant, ce budget permettra-t-il de ramener le déficit public au niveau annoncé pour 2011 et les années suivantes ? La vérité est que la réponse n'est pas évidente du tout.

Côté face, un certain nombre de vrais et sérieux efforts sont faits pour redresser la situation des finances publiques la plus grave que la France ait connue depuis les années 1950. La poursuite de la diminution du nombre de fonctionnaires en est un. En cinq ans, des réformes de structure auront permis de réduire de 160.000 les effectifs publics de l'Etat. Si quelques astuces et transferts vers des opérateurs ont réduit la réalité de ce chiffre, l'absence, dans l'ensemble, de drame montre à quel point l'exercice était possible ! La réforme des retraites apporte un autre levier qui contribue directement à la baisse du déficit public dès l'an prochain avec une montée en puissance jusqu'en 2018. Enfin, le gel des salaires constitue un signal politique et financier nécessaire. Habituel dans les entreprises quand elles sont en difficulté, il est toutefois beaucoup plus relatif dans la fonction publique, compte tenu des automatismes qui sont les siens.

Côté pile, plusieurs incertitudes menacent toutefois la crédibilité des efforts annoncés. La plus évidente et la plus commentée concerne la prévision de croissance. Pour 2011 et les deux années qui suivent, le gouvernement parie sur 2,5 % ; le FMI, dont l'horizon s'arrête à l'an prochain, la voit limitée à 1,6 %… L'écart représente des milliards d'euros. Deuxième zone d'ombre, il est peu probable que les dépenses des collectivités locales ralentissent d'elles-mêmes comme par miracle comme il l'est écrit dans la feuille de route officielle. Troisième point, et c'est le plus important, le hiatus entre un discours dramatisant et le nombre limité d'économies concrètes annoncées cette semaine sur les dépenses dites d'intervention (aides économiques et sociales) est un mystère. Alors que l'enjeu à moyen terme est bien de transformer un Etat providence trop généraliste en un Etat providence ciblé sur ceux qui ont vraiment besoin de lui. Il faut espérer que la « séquence niches fiscales » sera plus convaincante. En attendant la rigueur
C'est hélas dans l'indifférence générale que l'acte I du prochain budget s'est terminé hier avec le débat d'orientation au Sénat. L'acte II de la préparation de la loi de Finances la plus cruciale depuis longtemps ne sera joué que dans quelques semaines : le gouvernement tranchera alors sur les fameuses niches fiscales à raboter ou à supprimer. Mais d'ores et déjà une question se pose. Tel qu'il se présente pour l'instant, ce budget permettra-t-il de ramener le déficit public au niveau annoncé pour 2011 et les années suivantes ? La vérité est que la réponse n'est pas évidente du tout.

Côté face, un certain nombre de vrais et sérieux efforts sont faits pour redresser la situation des finances publiques la plus grave que la France ait connue depuis les années 1950. La poursuite de la diminution du nombre de fonctionnaires en est un. En cinq ans, des réformes de structure auront permis de réduire de 160.000 les effectifs publics de l'Etat. Si quelques astuces et transferts vers des opérateurs ont réduit la réalité de ce chiffre, l'absence, dans l'ensemble, de drame montre à quel point l'exercice était possible ! La réforme des retraites apporte un autre levier qui contribue directement à la baisse du déficit public dès l'an prochain avec une montée en puissance jusqu'en 2018. Enfin, le gel des salaires constitue un signal politique et financier nécessaire. Habituel dans les entreprises quand elles sont en difficulté, il est toutefois beaucoup plus relatif dans la fonction publique, compte tenu des automatismes qui sont les siens.

Côté pile, plusieurs incertitudes menacent toutefois la crédibilité des efforts annoncés. La plus évidente et la plus commentée concerne la prévision de croissance. Pour 2011 et les deux années qui suivent, le gouvernement parie sur 2,5 % ; le FMI, dont l'horizon s'arrête à l'an prochain, la voit limitée à 1,6 %… L'écart représente des milliards d'euros. Deuxième zone d'ombre, il est peu probable que les dépenses des collectivités locales ralentissent d'elles-mêmes comme par miracle comme il l'est écrit dans la feuille de route officielle. Troisième point, et c'est le plus important, le hiatus entre un discours dramatisant et le nombre limité d'économies concrètes annoncées cette semaine sur les dépenses dites d'intervention (aides économiques et sociales) est un mystère. Alors que l'enjeu à moyen terme est bien de transformer un Etat providence trop généraliste en un Etat providence ciblé sur ceux qui ont vraiment besoin de lui. Il faut espérer que la « séquence niches fiscales » sera plus convaincante.

Marseille : la députée PS Sylvie Andrieux mise en examen

La députée PS des Bouches-du-Rhône, Sylvie Andrieux, a été mise en examen, jeudi à Marseille, dans le cadre d'une affaire de détournements présumés de fonds de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur (Paca), dans laquelle 23 personnes étaient déjà mises en cause.

L'élue socialiste a été mise en examen pour «complicité de tentative d'escroquerie et complicité de détournement de fonds publics», au terme d'environ cinq heures d'audition comme témoin assisté par le juge d'instruction Frank Landou.
Elle a été placée sous contrôle judiciaire avec interdiction de rencontrer les autres protagonistes de l'affaire.

Sylvie Andrieux, 48 ans, députée depuis 1997 et ancienne vice-présidente de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, est la première élue impliquée dans ce dossier au long cours.

Une «diversion» selon la députée

L'élue des Bouches-du-Rhône a quitté très rapidement le palais de justice à l'arrière d'un scooter. En soirée, elle a qualifié, dans un communiqué, sa mise en examen de «diversion», indiquant avoir demandé à deux reprises à être entendue par le magistrat instructeur dans l'affaire. «J'ai pu aujourd'hui (..) pendant plus de quatre heures, apporter au magistrat instructeur les premiers éléments permettant de démontrer la fausseté des accusations dont je suis l'objet», écrit-elle.

Le bureau de l'Assemblée nationale avait validé, le 7 avril, une levée partielle de son immunité parlementaire, autorisant son placement sous contrôle judiciaire en cas de mise en examen, mais écartant la possibilité d'une garde à vue, au motif, notamment, que la députée avait elle-même demandé, de longue date, à être entendue.

Sa délégation retirée à cause de l'enquête

En mai 2009, le président PS du conseil régional, Michel Vauzelle, avait retiré à Mme Andrieux sa délégation à la politique de la Ville en raison de l'enquête. Un mois plus tard, la députée quittait le conseil régional où elle siégeait depuis 1992, officiellement pour cumul de mandats. Mariée et mère d'une fille, Sylvie Andrieux appartient à l'une des dynasties du defferrisme.

Ses démêlés se sont immiscés mardi dans la bataille politique qui se joue autour de l'affaire Woerth-Bettencourt. «Occupez-vous de Marseille», a lancé le député UMP Claude Goasguen à l'Assemblée nationale.

Jeudi à Marseille où il était en déplacement, le président du groupe PS à l'Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault, a estimé que «la droite se trompe complètement» en faisant de l'affaire Andrieux «une contre-attaque à l'exigence de vérité qu'il y a à gauche» dans l'affaire Woerth-Bettencourt.

Parallèlement, l'UMP des Bouches-du-Rhône a écrit à Martine Aubry pour réclamer la démission du président PS d'une intercommunalité des Bouches-du-Rhône, Bernard Granié, condamné en janvier dans une affaire de corruption et qui a fait appel du jugement.

«La lutte contre la corruption n'est pas une lutte partisane mais doit rassembler tous les bords politiques», affirme cette lettre dont l'AFP a eu copie, en faisant le parallèle avec l'affaire Woerth-Bettencourt.

Parmi les mis en examen, un fonctionnaire territorial qui réceptionnait les demandes de subventions, Rolland Balalas, ancien secrétaire général du groupe PS au conseil régional et ex-assistant parlementaire de Sylvie Andrieux. Il a déclaré aux enquêteurs que les détournements visaient à acheter les services de responsables associatifs dans des quartiers populaires du Nord de Marseille, où l'élue a son fief, pour la campagne des législatives de 2007. Deux ex-cadres de la région, Franck Dumontel et Jules Nyssen, ont aussi été mis en examen.

Monaco, quand la dorure s'effrite

Cinq ans après son couronnement, Albert II peine à endosser le costume de prince. Les aléas de la crise économique sont venus s'ajouter à l'indécision chronique du souverain et aux querelles de cour. Les fiançailles annoncées suffiront-elles à relancer une machine à rêves qui a perdu de son éclat?

Il était une fois une bonne nouvelle. En annonçant ses fiançailles avec Charlene, Albert, 52 ans, s'est souvenu qu'il régnait sur un royaume de conte de fées. Le Rocher et son maître envahissent à nouveau les Unes de la presse people. Et il était temps. Cinq après son avènement, les Monégasques finissaient par s'impatienter. Habitués au faste du couple Rainier-Grace, ils en venaient à douter de l'héritier. Et à craindre que leur principauté de 2 kilomètres carrés ne soit plus le nombril du monde.

Il y a quelques mois, l'ex-journaliste reconverti dans le conseil en images Jean-Luc Mano avait été appelé à la rescousse. Sa mission: redonner du lustre au costume princier un brin effiloché. Aujourd'hui, ces fiançailles tombent comme un cadeau du ciel. "Monaco s'apprête à être champion du monde du glamour, du bonheur et de la joie de vivre. Ça n'a pas de prix!" s'enflamme ce spin doctor (conseiller) de plusieurs ministres du gouvernement Fillon, de Michèle Alliot-Marie à Christian Estrosi.

Tout avait pourtant bien commencé, ce 12 juillet 2005. Presque trop bien. En ce jour d'avènement, Son Altesse sérénissime Albert II sort de sa gangue. Le garçon effacé, timide, toujours dans l'ombre de son père, se mue en chef charismatique. Les accents prophétiques d'un discours plein d'élan touche les Monégasques au coeur. Citant pêle-mêle Socrate, Descartes, Léonard de Vinci, Theodore Roosevelt et Martin Luther King, le souverain leur parle d'une ère nouvelle. La promesse d'un âge d'or où la prospérité économique le disputera aux innovations écologiques, sa dernière marotte.

Cinq ans plus tard, les grands projets du 12 juillet 2005 sont toujours dans les cartons. L'extension du territoire grâce à un programme immobilier gagné sur la mer? Ensablé. La transformation de Monaco en une véritable place financière capable d'attirer les fonds d'investissements et plus seulement les riches déposants? Pas gagnée. La faute à la crise, bien sûr. Mais aussi au caractère velléitaire d'Albert et aux vaines querelles qui secouent la cour, là où Rainier imposait son pouvoir d'un gant de fer. "Le prince est un garçon plus intéressé par son plaisir que par l'Etat", déplore Didier Laurens, ancien rédacteur en chef de Monaco Hebdo (3000 ex-emplaires), la gazette de référence sur le Rocher.
Monarque absolu signant chaque décret de la formule consacrée "Nous, Albert II, prince de Monaco par la grâce de Dieu", le souverain est omnipotent. Il a toujours le dernier mot. Enfin normalement. "Lorsqu'une décision est prise, une autre vient toujours après dans l'autre sens", regrette une familière des affaires monégasques.

Ainsi, quand, en 2008, une énième crise de gouvernance mine l'Association sportive de Monaco (ASM), l'enfant chéri d'un prince passionné de football, le président du club, Jérôme de Bontin, est aussitôt convoqué au palais. Homme d'affaires américain, ami personnel d'Albert, il est sommé de s'expliquer sur la faillite sportive des Rouge et Blanc. Il y va comme à l'abattoir. Il en ressort vivant et confirmé à son poste. L'après-midi même, alors qu'il fête la bonne nouvelle avec ses collaborateurs, il reçoit un coup de fil d'un conseiller du palais: "Vous êtes viré!"

La cour d'Albert II n'a rien à envier à celle des Médicis et ses querelles florentines. On y empoisonne non pas ses ennemis, mais l'atmosphère. Les vieilles familles du Rocher ferraillent pour gagner la faveur du prince, mais savent aussi se liguer dès qu'un nouveau venu menace leurs intérêts.

Ancien n°2 du groupe Lagardère, Jean-Luc Allavena débarque sur le Rocher quelques semaines avant le couronnement d'Albert, à la demande expresse du souverain. Nommé directeur de cabinet, cet ancien camarade de classe du prince rédige avec lui le fameux discours d'avènement. Allavena marque d'emblée son territoire en stigmatisant les prébendes -fini, les petits cadeaux et les grands crus offerts aux hauts fonctionnaires du Palais en échange de services- et clame haut et fort qu'il veut remettre la principauté au travail.

Eddy Merckx a remplacé Claudia Schiffer

Au royaume de l'indécision, ce volontarisme passe mal. Très vite, des courtisans demandent sa tête. On cherche contre lui des dossiers compromettants. Ironie de l'histoire: c'est l'un de ses ennemis, Franck Biancheri, conseiller du gouvernement (l'équivalent d'un ministre) pour l'Economie, qui sera poussé à la démission. Il tombe pour l'achat dans Monaco d'un terrain constructible à un prix très avantageux. Mais les détracteurs du directeur de cabinet ne désarment pas. Ils finissent par trouver l'arme fatale, en le rebaptisant dans les journaux "Albert III", comme si la couronne avait changé de tête. Le 2 novembre 2006, sept mois après son arrivée, le directeur de cabinet quitte la principauté. Ce départ sonne comme la fin de l'état de grâce pour le nouveau souverain. En 2008, Franck Biancheri, réhabilité, retrouve un ministère. Retour à la case départ.

Mais Monaco, son casino, sa plage, et sa belle insouciance doivent aussi affronter la crise mondiale. Avec l'affolement des Bourses et la récession économique, la machine à rêves s'est détraquée. Albert, le discret, n'a pas l'aura de ses parents. Et les stars se font rares entre le Country Club et l'hôtel Ermitage. Les sportifs ont remplacé les vedettes du cinéma et de la mode. "On ne voit plus de célébrités, comme il y a dix ans", constate une journaliste. Naguère, Claudia Schiffer, la reine des top-modèles, incarnait l'image de la principauté. Aujourd'hui, le plus glamour des nouveaux résidents est un ancien coureur cycliste, Eddy Merckx.

Les appartements avec vue peinent à trouver preneur

Les fortunes anonymes, elles aussi, n'ont plus le clinquant des belles années. Le recul inhabituel du chiffre d'affaires de la Société des bains de mer (SBM), tiroir-caisse de Monaco, témoigne de la désaffection des joueurs et de la clientèle des palaces. Là où, il y a quelques mois encore, les appartements avec vue imprenable sur le port s'arrachaient, ils peinent aujourd'hui à trouver preneur. Or les ressources fiscales de l'Etat confetti dépendent à plus de 70% de la TVA et des droits de mutation. "L'action Monaco est attaquée! s'alarme Laurent Nouvion, un des chefs de file de l'opposition parlementaire. Notre salut, ce serait de devenir une sorte de Genève-sur-Mer." En attendant, il refait les comptes du nouveau règne. Pendant les années Rainier, à partir de 1964, un fonds de réserve avait été constitué pour faire face aux périodes de vaches maigres. "Longtemps, nous avons dissimulé le magot, qui ne cessait d'enfler, pour ne pas vexer la France, reprend Nouvion. Ces trois dernières années, il a fondu de 2,4 milliards d'euros à 1,9 milliard." Vu de Monaco, c'est quasiment la banqueroute.

Face à cette situation inédite, Albert peut s'appuyer sur son ministre d'Etat, fraîchement nommé. Ancien conseiller de Jean-Pierre Raffarin à Matignon, Michel Roger a succédé à Jean-Paul Proust, mort d'un cancer le 8 avril 2010. Ce dernier avait été désigné avec l'aval de Rainier III. Il regardait son fils Albert avec un brin de condescendance, finissant par susciter son ire en s'emparant de dossiers relevant du palais. "Proust transformait le prince en reine d'Angleterre", décrypte un ancien conseiller.

La convention passée avec la France, en 2004, autorise pourtant Albert à choisir un Monégasque pour diriger le gouvernement. En portant son choix sur Michel Roger, il s'est prémuni contre les risques de conflits d'intérêts, une spécialité locale. "Le prince a besoin d'un ministre qui le conseille de manière objective et honnête, afin de l'aider à décider des grandes orientations pour l'avenir de Monaco", explique le ministre d'Etat, qui rencontre Albert deux fois par semaine en tête à tête.

Pour ce poste de chef du gouvernement, les vocations ne manquaient pas dans l'entourage princier. On lui susurrait des noms à l'oreille. Mais, à Monaco, la tradition impose des Français à la plupart des fonctions stratégiques. André Muhlberger, ex-commissaire à Toulouse, commande la police et ses 700 caméras de vidéosurveillance. L'aide de camp du souverain, Bruno Philipponnat, un ancien de l'armée française, a accompagné Albert jusqu'au pôle Nord. Et Christiane Stahl, une intime de Claude Chirac, a la haute main sur la communication du Palais.

Dans un univers clos rongé par la tentation permanente du clientélisme, la présence des Français apparaît comme la seule garantie d'indépendance et de professionnalisme. "Monaco, c'est une machine à détruire, un village où tout le monde connaît tout le monde et où les intérêts croisés suscitent la malveillance et la méchanceté", assure l'opposant Laurent Nouvion.

Ce n'est donc pas un hasard si l'une des premières mesures de Michel Roger a consisté à aller voir ailleurs si des idées y étaient. Les Monégasques expatriés loin du Rocher ont été sollicités pour réfléchir aux solutions d'avenir. Ainsi le chef du gouvernement s'apprête-t-il à rencontrer Pierre-André Chiappori, un économiste nobélisable de l'université Columbia, à New York, tête pensante de la globalisation des marchés. A Monaco, un groupe de jeunes fonctionnaires locaux s'est également constitué sous l'égide de Michel Roger. Des séances de brainstorming sur tous les sujets les confrontent à des personnalités de premier ordre, tel Marco Piccinini, administrateur de Ferrari et accessoirement ambassadeur de la principauté en Chine.

Le monde n'est pas une affaire étrangère pour Albert. Le prince a toujours revendiqué sa part américaine. Il adorait sa mère, Grace Kelly, star hollywoodienne, mais également fille d'une grande famille de Philadelphie. Il a aussi suivi des cours de science politique à Boston, creuset de l'intelligentsia de la côte Est. Une jeunesse et un parcours loin des frontières du micro-Etat, dont il a tiré une conviction: Monaco ne peut plus vivre replié sur lui-même.

A l'écoute de ses sujets, presque trop parfois, Albert s'est forgé une réputation de prince humaniste, attentif aux préoccupations du siècle naissant. Son goût pour l'écologie n'est pas qu'une façade. La fondation qu'il a créée à son nom en fait foi. Il s'est engagé à signer le protocole de Kyoto, visant à limiter l'effet de serre. Mieux : il a promis à ses concitoyens un Monaco vierge de toute pollution à l'horizon 2050. En janvier dernier, pour sauver le thon rouge, il a haussé la voix contre la France, l'adjurant d'"interdire le commerce" de cette espèce "menacée d'extinction".

Si cette politique ne remplit pas les caisses de l'Etat, elle lui vaut au moins le soutien indéfectible de quelques fidèles. Franck Nicolas, 48 ans, jardinier du stade Louis-II, est de ceux-là. Il a été l'un des compagnons de bobsleigh du prince. Pour l'intimité, on ne fait pas mieux. Naturalisé par la grâce d'Albert II, ce costaud volubile donne ses rendez-vous dans un salon de thé renommé, à deux pas du Casino et de l'espace Beauté Prestige d'Eric Zemmour. "Le prince est toujours très disponible, il se montre d'une extrême gentillesse, insiste-t-il. Je lui dois déférence et respect en tant que souverain, mais aussi en tant qu'homme." Rien n'inquiète Franck Nicolas, pas même les soubresauts de la conjoncture. Il a su déceler dans les virages des pistes verglacées le calme et la ténacité d'un vrai guide. "De toute façon, le bob, une fois que vous êtes parti, vous ne pouvez plus l'arrêter! Vous êtes obligé d'aller au bout..."

Le pilote de la principauté a déjà su prouver sa bravoure par quelques décisions à forte connotation symbolique. Persona non grata d'un pays dont il était l'enfant, le chanteur et musicien anarchiste Léo Ferré (1916-1993) a désormais une place portant son nom. Une tardive reconnaissance à laquelle Albert ne s'est pas opposé. Pas plus qu'il n'a mis son veto lorsqu'il s'est agi de priver de carte de séjour le fils de la dame de fer, Margareth Thatcher, ex-Premier ministre du Royaume-Uni. Mark Thatcher avait été impliqué en 2004 dans une tentative de coup d'Etat en Guinée équatoriale et condamné à une amende. Assez pour le rendre indésirable dans le Monaco de 2010.

Cette intransigeance inhabituelle en cette terre d'asile du gotha international, Albert l'applique à ses propres amis. Copain de bringue, autrefois qualifié de "meilleur pote", Jean-Christophe Moroni a été frappé de bannissement par la justice monégasque. Il était soupçonné d'avoir joué un rôle dans une escroquerie, dont ont été les victimes plus de 400 investisseurs de la principauté.

Albert a-t-il vraiment le niveau?

Dans ce microcosme, impitoyable théâtre d'intrigues et de trahisons, le prince s'efforce de ne pas être dupe. L'une de ses maximes favorites, il l'a trouvée dans les Pensées de Blaise Pascal: "Peu d'amitiés subsisteraient si chacun savait ce que son ami dit de lui lorsqu'il n'y est pas." Avec les ennemis, bien sûr, c'est encore pire.

Cinq ans après son couronnement, l'éternelle question de ses détracteurs n'a pas trouvé de réponse: Albert a-t-il vraiment le niveau? "Il n'a pas l'envergure du rôle. Celle qui est formidable, c'est Caroline, mais une loi stupide lui interdit de monter sur le trône", proclame Bernard Vatrican. Ce Monégasque de naissance, opposant historique, a été brisé par l'aristocratie du Rocher. Privé d'emploi, réduit au revenu minimum -1400 euros, certes, mais le loyer de son studio s'élevait à 2000 euros- il a dû se résoudre à l'exil à Prats-de-Mollo, dans les Pyrénées-Orientales. De son village catalan, il continue de moquer les travers d'un régime d'opérette. "Sous prétexte que l'écologie est l'un des dadas du prince, ses zélotes ont cru bon de mettre des faux pingouins partout, y compris sur la scène de l'Opéra!"

En gravitation perpétuelle autour du monarque de droit divin, Monaco en oublie parfois les anonymes qui assurent la prospérité du Rocher. Car on ne fait pas que jeter son argent sur les tapis verts, à Monaco: on y travaille aussi. Chaque jour, environ 36 000 personnes viennent trimer dans les ateliers de l'usine Mecaplast, aux guichets des banques ou sur les chantiers de Michel Pastor, le prince de l'immobilier monégasque. Ils n'y perdent pas au change. Ici, le salaire médian s'élève à 2300 euros mensuels, contre 1500 euros dans la France voisine. En contrepartie, les chefs d'entreprise sont tout-puissants ou presque. "Il n'y a pas de Code du travail et les lois sociales ne sont pas toujours appliquées, affirme Alex Falce, l'un des dirigeants de l'Union des syndicats monégasques [USM]. En outre, les patrons peuvent licencier sans motif quand ils veulent..."

Le premier d'entre eux, Philippe Ortelli, ne voit pas où est le problème. Président du patronat local, il ne manque pas de rappeler que Monaco verse 1 milliard d'euros de salaires à ses travailleurs français. "Chez nous, les gens ne sont pas pourris par les 35 heures", se réjouit ce propriétaire d'une entreprise de transport de 170 employés. Il rencontre régulièrement le prince, notamment pour réciter son credo, le projet Monaco 2029, fondé sur la priorité au mérite. "Trop de gens progressent à l'ancienneté, dit-il. Je prône la reconnaissance du travail et des compétences."

En attendant, 54 manifestations ont eu lieu au cours des dix-huit derniers mois. Une sorte de record à la française. La règle monégasque oblige à défiler sur les trottoirs, mais, depuis peu, les cortèges ont envahi la chaussée, et la rue Grimaldi s'est mise à ressembler à la place de la Bastille un 1er Mai. La grogne s'est propagée jusque dans les sanctuaires feutrés du casino et des palaces. A l'hôtel Fairmont Monte-Carlo, le personnel en grève ne veut plus négocier qu'avec le prince. Et au casino, même les huit croupiers du baccarat, l'aristocratie des métiers du jeu -ils gagnent, dit-on, près de 20 000 euros mensuels entre salaire et pourboires- ont raccroché le smoking.

Du haut de son Rocher à marée basse, le prince Albert entend le clapotis des critiques, mais ne s'en émeut guère. La révolution n'est pas pour demain. Même par temps de crise, Monaco reste un havre doré à l'abri des aléas de la vie quotidienne. "L'insécurité est une préoccupation générale, observe le ministre d'Etat, Michel Roger. Ici, c'est aussi contre le sentiment de sécurité que nous devons lutter." Les rares vols de Ferrari ou de Jaguar adviennent parce que le propriétaire a laissé les portières ouvertes.

Même le plus critique des opposants, Laurent Nouvion, se refuse à déchirer la carte postale. Lorsqu'il rencontre le souverain, il le rassure d'emblée: "Je me battrai toujours pour qu'on ne touche pas à tes prérogatives." Des hauteurs du Country Club aux limites de cap d'Ail, le républicain est une espèce inconnue. Albert est là pour toujours. "Sinon, tranche Nouvion, on devient Menton."

Sous le soleil exactement

Peut-on ne pas « en » parler ?
Allez, on va quand même essayer... Et si, pour changer, on s'intéressait, par exemple, au travail de fond du parlement pendant ces jours étouffants à tous points de vue ? Non, non, rassurez-vous, Claire T. n'a pas rôdé, de l'autre côté de la Seine, du côté de l'Assemblée nationale et du Sénat. Mesdames et Messieurs les député(e)s et sénateurs (trices) étaient donc tout à fait à l'abri pour examiner très sérieusement le projet de loi sur le dialogue social au Palais Bourbon, et la réforme des collectivités territoriales au palais du Luxembourg.
Était-ce l'électricité dans l'air de Paris ? Ou le parfum de vacances d'une session parlementaire sous le soleil exactement ? Ils se sont étonnamment lâchés. Pendant que la presse avait l'esprit ailleurs (on ne dira pas où), les députés UMP ont donc mis en minorité le gouvernement en rejetant un de ses amendements « progressistes » puisqu'il prévoyait l'introduction de commissions paritaires dans les très petites entreprises (TPE, moins de onze salariés). Sans faire de mauvais esprit, on trouvera la situation cocasse, puisque le texte en question était défendu par le ministre du Travail (chut ! Pas de polémiques...) et - pour faire court - soutenu par la gauche contre une grande partie de la droite. Ça va, vous suivez toujours ? Alors on continue.
Bien sûr, toute ressemblance et toute incidence avec d'autres événements du moment ne pourraient être que fortuites... Mais on ne sait plus trop s'il faut se réjouir d'une séquence qui pourrait faire honneur à l'indépendance du parlement - pour une fois audacieux, on ne s'en plaindra pas - ou s'inquiéter de la petite fronde décomplexée d'une majorité livrée à ses velléités rebelles qui n'hésite plus à contredire la volonté du gouvernement ? C'était pourtant le moment de montrer sa solidarité avec une équipe qui subit les offensives « fascistes » des médias déchaînés, non ? Mais bon, ce n'est sans doute qu'un point de vue de journaliste simpliste, forcément simpliste, qui voit le mal partout.
Pendant ce temps, les sénateurs, eux, ont été à deux doigts de retoquer cette réforme des collectivités territoriales qui, décidément, leur donne des aigreurs d'estomac. 6 petites voix seulement, sur 324 votants !, ont permis une adoption a minima. Les UMP n'ont pas été avares de critiques sur « l'incohérence » de la nouvelle architecture institutionnelle qui leur est imposée. Mais, braves soldats, ils ont quand même avalé la couleuvre toute crue, pour « ne pas ajouter de la crise à la crise » disent-ils. Un esprit de sacrifice qui force l'admiration, tant il semble se faire rare, semble-t-il dans d'autres sphères du pouvoir que, par pudeur et retenue - restons dignes ! - l'on s'abstiendra de nommer.

Olivier Picard

L’espion de proximité

Le démantèlement d’un réseau de renseignement travaillant aux États-Unis pour le compte de la Russie — affaire dont la phase judiciaire a été court-circuitée, hier soir, par l’annonce d’un échange d’agents « à l’ancienne » — a, de prime abord, un parfum suranné. D’aucuns ont pu s’étonner, même, que les pratiques de l’espionnage — pour recourir à un vocable traditionnel — aient survécu à la désintégration de l’Union soviétique, à la décommunisation de la Russie et, avec elles, à la fin de la Guerre froide, déjà largement amorcée sous la présidence de Mikhaïl Gorbatchev. Le cinéma, la littérature et des cas retentissants bien réels avaient accrédité l’idée que les espions étaient intimement liés à la rivalité entre l’Est et l’Ouest, l’URSS et les États-Unis, le communisme et le capitalisme. C’était oublier que le renseignement est de toutes les époques. Les historiens soulignent ainsi que la victoire de Jules César sur Vercingétorix devait beaucoup à un réseau qui informait le généralissime romain de l’état et des mouvements des forces gauloises.

On a aussi pu croire que les techniques très évoluées de capture des données rendraient superflu l’espion en chair et en os : satellites, avions ou drones obtenant, parfois depuis plusieurs centaines de kilomètres d’altitude, des images optiques ou des relevés au radar montrant des détails de quelques décimètres ; oreilles terrestres ou orbitales qui captent les communications tout autour de la Terre ; capteurs de chaleur qui détectent les vols de fusées et d’avions, les sous-marins en plongée, mais aussi des mouvements de troupes et des activités industrielles…

Mais ni les changements politiques de la fin du XX e siècle, ni cette panoplie n’ont sonné la fin de l’espion. À l’heure où la compétition entre puissances est technologique, économique et financière, et sachant qu’il est de bonne guerre d’anticiper les actions d’un concurrent avant qu’elles ne soient visibles ou audibles de loin, il faudra toujours des professionnels sachant lire une planche à dessin, décrypter un disque dur, tendre l’oreille durant un dîner ou inspirer confiance entre deux draps. On le dit dans divers domaines, mais c’est vrai dans le renseignement aussi : la proximité est irremplaçable.


André Schlecht

Surchauffe

Plus c'est gros, plus ça passe. Frédéric Lefebvre se prend pour Emile Zola, lance un « J'accuse » contre la subversion trotskiste d'extrême droite - et pourquoi pas des sous-marins radicaux valoisiens ? Eric Raoult nous rejoue la Guerre froide, envoie tous ses adversaires à Cuba. En face, le socialiste Jean-Christophe Cambadélis n'est pas loin d'exiger la démission du Président et la suppression du 14 juillet... On aimerait n'y voir que les premières atteintes de la canicule, un simple coup de chaud à soigner d'une bonne douche froide. Mais non, ces Messieurs sont très sérieux, à défaut d'être très responsables, ils traduisent l'état du débat politique aujourd'hui en France. Et ils peuvent faire pire, n'en doutons pas. Pendant ce temps, l'ex-comptable des époux Bettencourt raconte tranquillement les distributions d'enveloppes d'argent à droite et à gauche... Vivement les vacances. Surchauffe
Plus c'est gros, plus ça passe. Frédéric Lefebvre se prend pour Emile Zola, lance un « J'accuse » contre la subversion trotskiste d'extrême droite - et pourquoi pas des sous-marins radicaux valoisiens ? Eric Raoult nous rejoue la Guerre froide, envoie tous ses adversaires à Cuba. En face, le socialiste Jean-Christophe Cambadélis n'est pas loin d'exiger la démission du Président et la suppression du 14 juillet... On aimerait n'y voir que les premières atteintes de la canicule, un simple coup de chaud à soigner d'une bonne douche froide. Mais non, ces Messieurs sont très sérieux, à défaut d'être très responsables, ils traduisent l'état du débat politique aujourd'hui en France. Et ils peuvent faire pire, n'en doutons pas. Pendant ce temps, l'ex-comptable des époux Bettencourt raconte tranquillement les distributions d'enveloppes d'argent à droite et à gauche... Vivement les vacances.

La canicule et la tempête

Imaginons, allez, cela ne coûte rien. Imaginons un Français parti il y a un mois compter les statues de l'Ile de Pâques ou partager la vie des tribus papoues de Nouvelle-Guinée. Loin. Loin de tout.

Et imaginons-le de retour aujourd'hui. Débarquant à Roissy ou à Saint-Exupéry. Assommé par une vingtaine d'heures de voyage et tombant sur les unes des journaux français. Le Tour de France : ok. La finale de la Coupe du monde sans les Bleus : normal. Sans le Brésil : ah bon ? Et Woerth et Bettencourt, dans un même et gros titre. Pas pour la réforme des retraites, ni pour le procès Banier, non, pour l'Affaire. Cette affaire qui secoue chaque jour un peu plus l'Etat. Et que personne n'a vu venir. Personne. Ni à droite ni à gauche. L'une des crises politiques les plus fortes du mandat est donc tombée, comme ça, à la veille des congés payés, alors que beaucoup pensaient voir le gouvernement vaciller sur le dossier des retraites. "On redoutait la canicule, on s'est pris la tempête", lâchait hier, en Isère, un militant UMP. Personne ne l'a vue venir et qui peut dire comment ça finira ? Quand tous les jours, un nouvel élément vient ébranler le pouvoir. "Et maintenant, on fait quoi ?" La question, et le silence qui va avec. S'expliquer, gagner du temps, croire en l'accalmie ou aux vacances, lâcher son ministre, remanier...

Partir à l'Ile de Pâques, en Nouvelle-Guinée. Ou au Cap Nègre.
La canicule et la tempête
Imaginons, allez, cela ne coûte rien. Imaginons un Français parti il y a un mois compter les statues de l'Ile de Pâques ou partager la vie des tribus papoues de Nouvelle-Guinée. Loin. Loin de tout.

Et imaginons-le de retour aujourd'hui. Débarquant à Roissy ou à Saint-Exupéry. Assommé par une vingtaine d'heures de voyage et tombant sur les unes des journaux français. Le Tour de France : ok. La finale de la Coupe du monde sans les Bleus : normal. Sans le Brésil : ah bon ? Et Woerth et Bettencourt, dans un même et gros titre. Pas pour la réforme des retraites, ni pour le procès Banier, non, pour l'Affaire. Cette affaire qui secoue chaque jour un peu plus l'Etat. Et que personne n'a vu venir. Personne. Ni à droite ni à gauche. L'une des crises politiques les plus fortes du mandat est donc tombée, comme ça, à la veille des congés payés, alors que beaucoup pensaient voir le gouvernement vaciller sur le dossier des retraites. "On redoutait la canicule, on s'est pris la tempête", lâchait hier, en Isère, un militant UMP. Personne ne l'a vue venir et qui peut dire comment ça finira ? Quand tous les jours, un nouvel élément vient ébranler le pouvoir. "Et maintenant, on fait quoi ?" La question, et le silence qui va avec. S'expliquer, gagner du temps, croire en l'accalmie ou aux vacances, lâcher son ministre, remanier...

Partir à l'Ile de Pâques, en Nouvelle-Guinée. Ou au Cap Nègre.

Sur la corde raide

Le Parlement vient de désavouer le gouvernement deux fois, coup sur coup. Dans la nuit de mercredi à jeudi, le Sénat a voté une réforme Hortefeux des collectivités locales largement vidée de son contenu par les centristes. Son président, Gérard Larcher, l'estime même inapplicable. Hier matin, à l'Assemblée, Jean-François Copé et les députés UMP ont mis Éric Woerth en minorité sur un texte visant à améliorer ¯ modestement ¯ le dialogue social dans les petites entreprises.

Ces alertes témoignent de la fragilité de l'exécutif. Elles montrent qu'il va être difficile d'attendre le vote de la réforme des retraites, vers octobre, pour remanier le gouvernement. Elles confirment que Nicolas Sarkozy aura du mal à imposer des choix budgétaires, aussi essentiels que douloureux, pour surnager dans la crise.

L'Élysée a estimé que laisser tomber le ministre du Travail Éric Woerth, pièce majeure du puzzle gouvernemental, risquerait de compromettre une réforme des retraites dont l'impact sur les finances publiques engage la signature de la France. Le maintenir, fragilisé, ne serait d'ailleurs pas davantage une garantie de succès de la réforme. Cornélien.

Sur le budget aussi, le gouvernement fait de la corde raide. Les sénateurs de la majorité ¯ encore eux ! ¯ donnant du crédit à l'analyse de François Hollande, considèrent qu'il faut trouver, non pas cent, mais cent cinquante milliards d'euros de recettes en plus ou de dépenses en moins pour revenir, en trois ans, vers la norme européenne. Là encore, le gouvernement a bien besoin de la sérénité de François Fillon pour naviguer entre les deux écueils qui inquiètent le pouvoir.

Le premier : une baisse brutale de la dépense publique risque de provoquer des mouvements sociaux ¯ les éteindre coûte toujours cher ¯, de mettre le feu aux banlieues ¯ la hantise de l'Élysée ¯ et d'entraîner une récession européenne aux conséquences politiques et budgétaires incalculables. Un bras de fer oppose ainsi les tenants d'une rigueur explosive aux défenseurs d'un assainissement mou.

Le second : il consiste à surestimer les rentrées fiscales et la capacité de l'État à réduire sa dépense. Car n'oublions pas que le budget 2011 sera celui d'une précampagne présidentielle. Comment les candidats pourront-ils s'attirer assez de sympathies électorales sans céder à de ruineuses promesses ?

Fragilité de l'exécutif et tentations électoralistes : il existe un risque de ne pas tenir les objectifs annoncés. Adresser un tel message aux marchés serait le scénario le plus redoutable, car il conduirait à une dégradation de la note de la France, à une augmentation asphyxiante des taux d'intérêts et à une menace sur l'euro et l'Europe. Sans même garantir la paix intérieure.

La majorité, mais aussi l'opposition, dans un esprit de responsabilité républicaine, doivent ainsi veiller aux conséquences du climat délétère actuel. Une politique, surtout en période de crise, ne peut se conduire sans la confiance. Pour la reconstruire, il faut faire vite, comme l'illustre la réactivité avec laquelle l'Élysée estime que « la vérité est rétablie » dans l'affaire Bettencourt.

DIPLOMATIE FRANÇAISE – La polémique qui cache l'iceberg

Le navire de la diplomatie tricolore rappelle de plus en plus le Titanic. On le pensait insubmersible, le voici en train de couler. Alors que les membres de l'équipage quittent les uns après les autres le bateau, la capitaine Kouchner tente d'écoper le flot des critiques

L'écrivain et ancien ambassadeur français à Dakar, Jean-Christophe Rufin, a lancé la première pierre. Dans une interview à la radio sénégalaise relayée par un entretien au Monde, l'académicien a jugé que"la politique africaine de la France est indiscutablement en crise". Selon lui, "le ministère des Affaires étrangères est complètement marginalisé" sur les questions africaines. Pire, le lauréat du prix Goncourt affirme que ce serait Claude Guéant, secrétaire général de la présidence, qui piloterait la diplomatie française sur le continent alors qu'il "n'est pas forcément un connaisseur de l'Afrique" et qu'il "n'est responsable ni devant l'Assemblée, ni devant le gouvernement". Pour résumer : c'est le "retour" de la Françafrique.

Un manque de diplomatie

La langue diplomatique s'est pour une fois déliée et Bernard Kouchner n'a pas apprécié. Le ministre a sorti les crocs et a rendu la pareille à celui qu'il a lui-même chargé de la plus importante ambassade d'Afrique. "On n'est jamais trahi que par les siens", a-t-il déclaré ajoutant qu'il espérait que son ancien ami "ne s'étouffera pas de haine". "Nous sommes fiers de la politique qui a été menée" en Afrique, a martelé le chef de la diplomatie tricolore, citant l'action entreprise par ses services en Guinée, en Mauritanie ou encore à Madagascar. Le ministre n'a pas manqué d'insinuer que Jean-Christophe Rufin tenait pour responsable l'influence du président sénégalais Abdoulaye Wade sur le Quai d'Orsay pour son départ de fonction le 30 juin dernier. Bernard Kouchner a également rappelé que sa fonction de diplomate n'avait pas été sans incidence sur sa carrière d'écrivain, lui permettant ainsi de puiser l'inspiration de son dernier roman, Katiba.

Au-delà du problème africain

Le mal semble pourtant bien plus profond qu'un simple règlement de compte. Dans une tribune publiée par le journal le Monde, deux anciens ministres des Affaires étrangères, Alain Juppé et Hubert Védrine s'inquiètent pour l'avenir de la diplomatie française : "l’instrument est sur le point d’être cassé, cela se voit dans le monde entier. Tous nos partenaires s’en rendent compte." Cet affaiblissement du rôle de la France sur la scène internationale est dû, selon eux, à une coupe budgétaire sans précédent. Ils notent ainsi avec effarement que le budget alloué au Quai d'Orsay a chuté de 20% durant les 25 dernières années. Ses homologues américain, britannique ou encore brésilien reçoivent, eux, de plus en plus d'argent et grappillent du coup l'influence durement acquise par les diplomates français. La France, deuxième puissance diplomatique avec ses 160 ambassades, serait dans une belle panade. "C'est un ministère sinistré, les diplomates sont dans le désarroi le plus total car ils ne se sentent pas défendus.", assure Jean-Christophe Rufin. "Cette maison, ceux qui y travaillent, sont fiers de leur métier et continuent à être, en dépit des difficultés, totalement mobilisés", rétorque le porte-parole du Quai d'Orsay, Bernard Valero.

Mais la fierté sera-t-elle suffisante face au manque de moyens et de volonté des forces en place ? Le projet des instituts Victor Hugo, réseau unique pour mener à bien la diplomatie culturelle française à l'étranger, démontre bien toute l'étendu du problème. L'idée, maintes et maintes fois remaniée, a été renvoyée dans les oubliettes parlementaires pour manque de suivi des différents institutionnels. L'homme qui devait être à la tête de cet ambitieux projet, un certain Jean-Christophe Rufin, avait d'ailleurs préféré décliner l'offre faite par le Quai d'Orsay, au profit de Xavier Darcos. Bernard Kouchner, lui, y croit toujours.

Damien Bouhours

jeudi 8 juillet 2010

Affaire Woerth: "crise politique" ou "crise du journalisme"?

Les révélations de Mediapart sur Eric Woerth suscitent la polémique sur la légitimité des méthodes journalistiques utilisées. Le site d'information d'Edwy Plenel a-t-il manqué de déontologie ? Les clés du débat.

"Dans quel monde on est, dans quel monde on est!", s'est exclamé le secrétaire général de l'UMP Xavier Bertrand après avoir déploré que Mediapart"utilise des méthodes fascistes à partir d'écoutes qui sont totalement illégales". Le ministre de l'Industrie Christian Estrosi était sur le même registre en évoquant le souvenir d'une "certaine presse des années 30", avant de réclamer de la "déontologie" et de "l'éthique" pour les journalistes. Edwy Plenel, le fondateur de Mediapart, a annoncé mercredi qu'il portait plainte pour diffamation contre Xavier Bertrand.

Les termes échangés témoignent d'une violence verbale et "correspondent à une surenchère dans l'argumentation qui traduit une situation de crise des rapports entre les protagonistes, chacun cherchant à contester l'autre dans son rôle, tant du côté sarkozyste que du côté de Médiapart, explique Jacques le Bohec, sociologue des médias à l'Icom (Université Lyon 2) et auteur d'un Dictionnaire du journalisme et des médias, à paraître en septembre.

N'empêche que les attaques de la majorité soulèvent une fois de plus la question légitime de la déontologie dans le journalisme. De fait, la profession en France a toujours affiché la volonté de s'autoréguler, autrement dit de ne laisser aucune autorité extérieure lui dicter des règles. Or, "la situation est celle d'une absence de cadre interne au groupe professionnel des journalistes qui préciserait en détail les pratiques permises ou non, rappelle Jacques le Bohec. Des chartes de déontologie existent, mais aucune sanction n'est prévue, à l'exception des avis du CSA. A cela s'ajoutent trois problèmes majeurs: ces chartes datent un peu; il leur est difficile d'anticiper la myriade de cas de figure potentiels; il existe une diversité des modèles de journalisme telle qu'il serait liberticide de décider lesquels seront bannis."
Des écoutes clandestines

La situation est d'autant plus floue dans le journalisme d'investigation, explique Jacques le Bohec, "où on est toujours à la frontière du légal, comme on l'a vu pour le magazine de "France 2" pratiquant l'infiltration, mais c'est souvent la condition sine qua non pour produire des informations qui ne soient pas formatées par les agents de relations publiques".

Dans le cas de l'affaire Bettencourt, les enregistrements clandestins sont illégaux, mais paradoxalement, ils sont recevables dans un procès. "Un employé victime de harcèlement moral peut produire un enregistrement clandestin comme preuve devant les prud'hommes explique le sociologue. "L'ironie de l'histoire, c'est que le responsable du site en pointe dans cette affaire, Edwy Plenel, est un ancien journaliste et dirigeant du "Monde" qui a lui-même été victime des écoutes illégales de l'Elysée dans les années 1980, et il raconte souvent à quel point cela l'a marqué".
Interviewer un témoin

De même, est-il "éthique" pour un journaliste d'interviewer un témoin d'une enquête en cours? L'ex-comptable de Liliane Bettencourt, entendue dans le cadre de l'enquête préliminaire à Nanterre pour atteinte à la vie privée et vol de documents, a affirmé à Médiapart mardi qu'Eric Woerth avait reçu en mars 2007, en tant que trésorier de l'UMP, 150.000 euros en espèces de la part de la milliardaire, pour la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Pour Jacques le Bohec, la méthode en soi n'est pas condamnable, tout dépend des circonstances. Les journalistes doivent par exemple s'assurer de la raison profonde qu'a leur source de divulguer des informations secrètes afin de flairer un éventuel piège. "Lors de l'affaire Alègre, Carl Zéro a interrogé une prostituée qui témoignait, sauf qu'il l'a payée 15 000 euros en échange de son témoignage... ce qui peut expliquer qu'elle ait été tentée de dire ce qu'il voulait entendre."
Lâcher les éléments au compte-gouttes

Les informations distillées au compte-gouttes par la presse réservent chaque jour leur lot de surprises. "Il s'agit de ne pas lâcher tout du premier coup, explique le sociologue, mais d'aller d'abord jusqu'à un certain point pour tester les réactions, susciter des enquêtes judiciaires, ce qui permet alors de faire avancer l'investigation, par cercles concentriques".

Si la méthode ne manque pas de tenir les lecteurs en haleine, le politique Dominique Reynié la juge immorale. "Mediapart aurait dû attendre d'avoir terminé son investigation pour sortir son article avec des données aussi complètes que possible, plutôt que de balancer, dans la précipitation, les enregistrements bruts". Pour le politologue du Cevipof, "il n'y a pas une crise politique, il y a une crise du journalisme. Ce n'est pas "l'affaire Woerth" mais "l'affaire Mediapart". Alors qu'une masse de rumeurs peuvent circuler grâce à Internet, on compte plus que jamais sur le journaliste pour transmettre des informations fiables, pas pour participer au brouhaha des rumeurs non vérifiées ". Quant aux questions de conflit d'intérêt que soulève l'affaire, Dominique Reynié ne nie pas qu'"il s'agit d'un problème grave, mais que les journalistes auraient dû traiter depuis longtemps, et avec soin, précision et nuance, sans le mélanger avec des allégations non vérifiées".

Des voix pour le Front National?

Christian Estrosi a dénoncé le "populisme ambiant qui favorise les montées de l'extrême droite". Dans une tribune publiée dans France-Soir, le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre s'en prend à Ségolène Royal et à Martine Aubry qui "se drapent" dans leur "nouvelle vertu pour crier à la corruption, au plus grand plaisir de Marine (Le Pen) qui se demande quand va venir l'heure de la récolte".

Une menace que Jacques Le Bohec estime peu crédible. Le sociologue y voit surtout "une tactique de la garde rapprochée de Sarkozy pour délégitimer les imprécateurs gênants, selon le vieux principe "kill the messenger". Pour lui, "il serait simpliste d'attribuer l'augmentation de la cote de popularité de Marine Le Pen à ce genre d'affaires, pour plusieurs raisons. Étant donné la situation économique et sociale très grave que connaît la France, à l'heure où les classes populaires et moyennes ont le sentiment qu'on fait toujours payer les mêmes, il y a bien des raisons pour de nombreux électeurs de manifester leur mécontentement par des votes que l'on s'empressera de moquer comme "populistes"".

"De plus, ajoute-t-il, les grands médias et l'actualité politique sont principalement consommés par l'élite instruite. Les autres habitants ont un rapport épisodique et méfiant envers eux. Qui saurait dire à brûle-pourpoint, dans la population, en quoi consiste l'affaire Woerth, à supposer qu'ils en aient entendu parler? Il ne faut donc pas exagérer le rôle de la presse dans les choix électoraux, qui sont explicables par un certain nombre de déterminants sociaux".

Pour Dominique Reynié en revanche, "le populisme est déjà là. Et il ne faudra pas s'étonner de la montée du FN dans les prochains sondages. Une crise économique couplée à une méfiance envers les élites est le cocktail parfait pour le populisme". Selon le politologue, on est en présence de la structure mentale de la théorie de complot : "on demande à Eric Woerth de dire qu'il est innocent de quelque chose dont on ne l'accuse pas, puisqu'il n'a pas été mis en examen. Comme dans la théorie de complot, l'absence de preuves vaut comme preuve que l'on nous cache la vérité"..


ENFIN LA BONNE QUESTION ! ENFIN LA CLAIRVOYANCE, QU'EST CE QUE C'EST QUE CETTE PRESSE QUI SE TRANSFORME EN INQUISITION ? QU'EST CE QUE CETTE PRESSE À L'IMAGE D'UN APATHI (rtl)QUI NOUS ASSOMME AVEC SES INTERVIEWS SANS CONCESSIONS ? SOUVENT LE MOT POGROM ME VIENT À L'ESPRIT, CHASSE AUX HYPOTHÉTIQUES SORCIÈRES, TOUT ÇA POUR FAIRE DU PAPIER.
OÙ EST L'ÉTHYQUE ? OÙ EST LA L'INDÉPENDANCE DE CETTE PRESSE QUI, COMME UN MOUTON DE PANURGE, SE MET À BÊLER, COMME UN SEUL BOUC (émissaire), POUR UN OUI OU POUR UN NON ?

Claire Thibout : " Il y a eu beaucoup de personnes politiques qui ont reçu de l'argent… "

laire Thibout aime bien que les choses soient précises. Dans son audition, mercredi 7 juillet, réalisée dans le Gard, par les enquêteurs de la brigade financière, elle tient à remettre les choses en place et revient, partiellement, sur ses déclarations au site Mediapart.

D'abord, elle conteste la façon dont le site Mediapart a relaté les propos qu'elle lui a tenus. "L'article de Mediapart me fait dire que j'aurais déclaré quelque chose concernant la campagne électorale de M. Balladur. C'est totalement faux. C'est de la romance de Mediapart , assure-t-elle. De même que je n'ai jamais dit que des enveloppes étaient remises régulièrement à M. Sarkozy".
Mais si elle se rétracte pour partie, elle demeure très accusatrice. Ainsi, elle confirme que l'hôtel particulier de Neuilly-sur-Seine était un lieu prisé par les hommes politiques. Elle précise même que "ces messieurs venaient pour avoir de l'argent" mais indique n'avoir jamais assisté à la moindre remise d'enveloppes. "Il y avait des enveloppes d'espèces qui étaient remises par M. Bettencourt ou de temps en temps par Mme Bettencourt à des politiques", relate-t-elle.

M. Sarkozy était-il concerné ? C'est "possible", avance-t-elle, sans qu'elle puisse prouver quoi que ce soit. Elle raconte les invitations à l'hôtel particulier de Neuilly-sur-Seine. On y croisait, si l'on en croit Claire Thibout, Pierre Messmer, Mme Pompidou, François Léotard, Gérard Longuet, le couple Chirac, Edouard Balladur, Bernard Kouchner, Danielle Mitterrand ou encore Renaud Donnedieu de Vabres, Nicolas Sarkozy et plus récemment Éric Woerth.

"M.BETTENCOURT ME DISAIT: "J'AI BESOIN DE TELLE SOMME""

Elle raconte ensuite comment se préparaient ces rencontres : "M. Bettencourt me disait:" j'ai besoin de telle somme", généralement 50 à 100 000 euros. Après avoir retiré cette somme à la banque, lorsque celle-ci n'était pas disponible dans ma caisse, je la remettais à M. Bettencourt après avoir fait des liasses de 10 000 euros (…) M. Bettencourt me disait qu'il avait besoin de cette somme le jour même, en fonction de ses invitations ou de ses rendez-vous. Je constatais que l'enveloppe que je lui avais remise était vide après ces rendez-vous, car en me demandant de nouveau de l'argent, j'avais accès à sa serviette posée dans son bureau. Dans cette serviette il y avait l'enveloppe dont M. Bettencourt me demandait de vérifier le contenu. Soit cette enveloppe était vide, et M. Bettencourt me demandait de l'argent, soit il restait de l'argent, et il disait que ça suffisait ou me demandait de compléter".

Mme Thibout n'a assisté à aucune remise d'enveloppes à des hommes politiques. Elle déclare cependant : "M. et Mme Bettencourt étaient des personnes généreuses, et il y a eu beaucoup de personnes politiques qui ont reçu de l'argent". Elle ajoute : "Je ne veux pas faire de délation (…) pour ce qui est de M. Woerth, si il n'y avait pas eu les histoires de carnets, je n'en aurais jamais parlé à personne…" Ces fameux carnets, où la comptable couchait les sommes décaissées.

Elle confirme en tous points l'épisode qu'elle avait déjà relaté tant aux enquêteurs qu'à Mediapart. "M. de Maistre m'avait demandé avant les élections présidentielles de 2007 d'aller lui chercher 150 000 euros à la banque (…). Je lui ai demandé pourquoi une telle somme, il m'a répondu qu'il devait organiser un dîner avec M. Woerth pour la lui remettre. Il voulait que cela se passe par l'intermédiaire de Mme Bettencourt (…) Je lui ai dit que ce n'était pas possible surtout pour l'usage qu'il voulait en faire. Il s'est énervé".

Claire Thibout aurait alors dénoncé ces agissements auprès d'Eva A., chargée de clientèle à la BNP, qui aurait ensuite expliqué à M. de Maistre que tout cela ne pouvait se faire sans attirer l'attention de Tracfin, l'organisme anti-blanchiment de Bercy. Finalement, Claire Thibout ne disposera que de 50 000 euros. "J'ai mis dans une enveloppe la somme de 50 000 euros pour Mme Bettencourt. Il [M. de Maistre] m'a dit qu'il se débrouillerait du reste. Un peu plus tard, il a fait un commentaire, du style " des fois ça sert d'avoir des comptes en Suisse ". C'était lui qui gérait les comptes de Mme Bettencourt à l'étranger…". Elle le dit encore : "J'ai été là au moment où j'ai remis à Mme Bettencourt une enveloppe qu'elle a remise à Patrice de Maistre".

Tant M. de Maistre que M. Woerth ont catégoriquement nié. La date avancée par Mme Thibout dans Mediapart, à savoir le 26 mars 2007, n'est semble-t-il pas la bonne. Elle indique n'avoir jamais dit à Mediapart "oui c'est le 26 mars", et ne peut être plus précise que dans ses premières déclarations aux policiers. Cette scène se serait donc déroulée en mars-avril 2007. Les agendas de M. de Maistre, fournis à la police, ne portent aucune trace d'un dîner avec M. Woerth, à cette époque. "Je sais que ce dîner a eu lieu, croit savoir la comptable, car M. de Maistre me l'a dit..." Claire Thibout devait être confrontée à M. de Maistre, jeudi 8 juillet.
Gérard Davet

L'ex-comptable s'est partiellement rétractée mercredi soir devant les enquêteurs

laire Thibout, l'ancienne comptable du couple Bettencourt, s'est partiellement rétractée devant les policiers de la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP) qui étaient venus l'auditionner, en urgence, mercredi 7 juillet dans la soirée, selon des informations du "Monde". Les enquêteurs, qui avaient perdu le contact avec Mme Thibout depuis lundi après-midi, ont fini par localiser l'ex-comptable dans le sud de la France où cette dernière, paniquée, avait trouvé refuge auprès de sa famille.
Mme Thibout est ainsi revenue, pour partie, mercredi soir sur ses déclarations du 6 juillet au site Mediapart. Si elle confirme la scène de remise de 50 000 euros en espèces à ses employeurs, il n'est plus question du 26 mars 2007. Ce n'est pas la bonne date, convient-elle. Ce jour-là, d'après ses explications à Mediapart, son employeur Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt lui aurait demandé de retirer 150 000 euros en espèces pour les remettre à Eric Woerth en vue de financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Elle se serait alors contentée de retirer 50 000 euros à la BNP. Lors de sa première audition par les enquêteurs, lundi soir, elle avait narré la scène mais évoqué une date approximative "mars-avril 2007".

Quant aux remises d'enveloppes à Nicolas Sarkozy, décrit comme un visiteur des Bettencourt venu bénéficier de leurs largesses financières, lorsqu'il était maire de Neuilly, elle a affirmé aux enquêteurs que ses propos auraient été "romancés".

Mme Thibout doit revenir jeudi 8 juillet dans la journée pour être confrontée à Patrice de Maistre. De son côté, Mediapart assure que les déclarations de Claire Thibout ont été scrupuleusement retranscrites, lors de deux conversations, en présence d'un tiers témoin différent à chaque fois.

Gérard Davet


TOUT CET EMBALLEMENT MÉDIATIQUE NE SERA EN FAIT QU'UNE VASTE MASCARADE ORCHESTRÉE PAR LA GAUCHE ET EDWY PLENEL; PAR LE BIAIS DE SON TORCHON MEDIAPART.

Priorités politiques

L’opposition avait réfuté l’argument avancé par la majorité présidentielle pour expliquer le flot d’attaques portées contre Éric Woerth : non, jurait-elle, il n’y avait pas de chasse à l’homme destinée à saper la réforme des retraites que défend le ministre. Et pourtant, dans les rangs de la gauche aujourd’hui, plusieurs voix s’élèvent pour mettre en cause la légitimité du ministre à porter une réforme aussi importante, aussi lourde de conséquences pour les Français. De fait, quoi qu’il en soit de la véracité des faits qui lui sont jour après jour reprochés, Éric Woerth, psychologiquement et politiquement, est atteint. Même si, au bout du compte, la personne visée à travers lui est le président de la République. Même s’il n’a rien à se reprocher.

Et l’on parle de remaniement. Si Éric Woerth démissionne, ses accusateurs jugeront qu’il s’agit là d’un aveu, qu’il y avait bien anguille sous roche. S’il ne démissionne pas, pour ces mêmes détracteurs, ce sera la preuve de l’aveuglement et de l’obstination du gouvernement qui s’enferme « dans la dénégation », selon les mots du porte-parole socialiste. Le piège s’est déjà refermé. De quels horizons viennent donc les « informations » savamment distillées sur le site Mediapart : de sources voulant déstabiliser le gouvernement, certes, mais de l’opposition ? d’une partie la majorité jouant contre l’autre partie ? de l’extrême gauche ? À qui profitent les accusations ? On serait bien en peine de le dire. Certes pas au président de la République. Mais il n’est pas sûr que ses adversaires y gagnent. Les « révélations » en miroir contre des personnalités de gauche ne vont pas tarder, vraies ou fausses. Le ton monte déjà dans l’hémicycle parlementaire. Ce qui est certain, c’est que l’image de l’engagement politique ne sort pas grandie de l’épisode.

Et pendant ce temps-là, on examine au Parlement le projet de loi sur le voile intégral qui fit couler tant d’encre ; et pendant ce tempslà, dans une situation économique éprouvante pour les plus fragiles, l’État prépare des mesures d’économie dont certaines risquent de peser sur certains financements sociaux… Il serait temps de faire de la politique.


Dominique Quinio

Trou noir

La marée de brut qui s’étend dans le golfe du Mexique s’est installée depuis quelques semaines dans un grand trou noir. Le week-end dernier, des boulettes ramassées sur les plages de Galveston au Texas ont été à peine remarquées. Elles venaient pourtant rappeler au monde que ce sont désormais 800 km de côtes qui sont touchées en Louisiane, dans le Mississippi, en Alabama, en Floride et maintenant au Texas.

Le désastre a commencé le 20 avril dernier, jour de l’explosion de la plate-forme Deepwater Horizon. Voilà bientôt trois mois qu’il s’aggrave. Ses conséquences écologiques sont difficilement mesurables. Qui se risquerait à dresser un bilan définitif quand bayous, mangroves et marais continuent à être pollués ?

Certes, des progrès existent dans cette bataille contre le pétrole. D’autres sont annoncés avec l’arrivée d’un énorme navire taïwanais. Mais deux chiffres montrent que l’on est encore très loin du compte. 25 000 barils de brut sont pompés chaque jour, mais, dans le même temps, la fuite continue d’en dégager entre 35 000 et 60 000. Combat inégal qui a encore été compliqué par le passage récent de la tempête Alex. Aujourd’hui, il s’agit de la pire marée noire aux États-Unis. Plusieurs centaines de millions de litres de pétrole se sont ainsi répandus dans la mer, renvoyant l’Exxon Valdez et ses 42 millions de litres, plus polluant pourtant, déversés sur les côtes de l’Alaska en 1989, à une quasi-anecdote.

Le contraste est alors d’autant plus fort avec l’apparente atonie qui s’est installée. La gestion maladroite de la crise par Barack Obama semble oubliée. L’inquiétude de ces derniers jours a glissé vers l’avenir de British Petroleum (BP), son cours de Bourse, ses efforts pour se protéger d’une éventuelle offre d’achat hostile. Tranocean, propriétaire du forage, a même vu son action remonter de 4,68 %, mardi dernier.

Au fond, les hiérarchies de nos préoccupations parlent de notre vision du monde. Est-on sûr d’avoir tous bien compris ce qui se joue dans le golfe du Mexique ? Certes, vu d’Europe, tout cela peut sembler bien loin. Mais qui pourrait soutenir qu’il s’agit là d’une affaire réservée aux pêcheurs de crevettes du sud des États-Unis ?



François Ernenwein

Parole contre parole

L’affaire Woerth-Bettencourt… toujours. On aimerait commenter des informations plus positives, comme la baisse du nombre de tués sur les routes, par exemple. François Fillon, qui a remis, en début d’année, la sécurité routière au premier plan des préoccupations gouvernementales, après le bilan médiocre de l’année dernière, peut être satisfait. Malheureusement pour lui, le Premier ministre n’a pas eu le loisir de disserter sur le sujet, hier. Une seule interrogation hantait les parlementaires UMP reçus à Matignon : peut-on sauver le soldat Woerth ?

François Fillon a promis de ne « pas céder à l’agitation ». Le propos est offensif, mais les proclamations de fermeté sont faites pour être démenties. De Charles Hernu, emporté par le scandale du Rainbow Warrior, en 1985, à Hervé Gaymard, logé par les contribuables dans un luxueux duplex de 600 m², vingt ans plus tard, tous les ministres acculés à la démission ont commencé par jurer qu’ils ne renonceraient pas à leur poste. Tous ont pu compter sur le soutien de Matignon et de l’Élysée… jusqu’au jour où ce soutien a fait défaut parce que la pression était devenue intolérable.

Dans le cas Woerth, la pression ne baisse pas d’un iota, au contraire. Les attaques se font de plus en plus précises au fil des jours, abandonnant la notion floue de conflit d’intérêt pour se focaliser sur le financement de l’UMP, parti dont Éric Woerth est le trésorier. Contrairement à ce qu’affirme le gouvernement, on est bien au-delà de la rumeur. Des chiffres sont avancés, un témoin qui n’est pas anonyme s’est fait connaître, formulant des accusations qui ont justifié, hier, l’ouverture d’une enquête par le parquet de Nanterre.

Éric Woerth porte plainte pour dénonciation calomnieuse : c’est sa parole contre celle de la comptable de Liliane Bettencourt. Par définition, l’argent liquide coule sans laisser de trace. La guerre judiciaire risque de durer longtemps… Sur le plan politique, ce temps est compté : le pays ne peut pas vivre indéfiniment dans le soupçon. Contrairement à ce que veut croire François Fillon, le président de la République n’est pas maître de son calendrier. S’il n’arrive pas à reprendre la main rapidement, tout est possible, y compris le pire. Jamais le chef de l’État ne tiendra jusqu’en octobre avec un gouvernement dans cet état.



Patrick Fluckiger

Les questions du mercredi, Jean Pierre Raffarin


Plus belle la vie pour Rémy Pflimlin ?


A quoi sert donc le CSA, ce conseil supérieur de l'audiovisuel qui va recevoir aujourd'hui le nouveau président de France Télévisions ? Il y a cinq ans, c'est lui qui choisissait le patron de la télé publique. Cette fois il ne fera que l'écouter. D'institution souveraine contrariant les voeux de l'Élysée et de Matignon - en 2005, c'était Marc Tessier le favori du palais -, il aura muté en Chambre Soumise à l'Autorité du président de la République. Il n'a plus aucun pouvoir, en effet, pour contester le choix du chef de l'État. Quand l'Élysée l'a émasculé, il n'a même pas crié. Ce n'est pas maintenant qu'on risque de l'entendre. Pour une aussi grande démocratie que la France, cette reddition silencieuse n'est pas vraiment glorieuse. Une souffrance muette pour laquelle on n'aura aucune compassion tant elle transpire la lâcheté. La personnalité de Rémy Pflimlin n'est pas en cause. L'ancien directeur commercial des DNA est accueilli avec beaucoup de bienveillance à tous les étages de la grande maison. Un miracle, dans le climat politique délétère actuel, qu'il ne doit qu'à son autorité tranquille. Nul doute que le nouveau PDG saura gérer cette pétaudière permanente avec la même subtilité souriante qui l'avait fait réussir lors de ses quelques années à la direction générale de France 3. On le dit « lisse », il est rond, plutôt, s'il le veut bien, et indubitablement carré - son tempérament alsacien ? - quand il faut trancher. La crise politique est une chance pour lui. Toutes les énergies polémiques sont tournées vers l'incroyable feuilleton de l'affaire Woerth, et personne ne semble avoir l'intention de zapper sur son programme. Cette faible part de marché très provisoire va lui laisser les mains libres pour prendre les manettes en douceur et lui permettre, derrière l'écran de fumée d'une actualité passionnelle, de faire oublier le mode de nomination plombant, aussi dévalorisant que régressif, qui l'a amené dans son fauteuil présidentiel. Cet homme qui n'a guère le goût de la servilité et le sens (positif) de l'opportunisme politique va sans doute profiter de la faiblesse de sa tutelle pour imposer d'emblée son indépendance et ses choix. Le chef de l'État a d'autres chats à fouetter. Quoique... rien n'est jamais sûr dans une tempête médiatique où le positionnement des rédactions du service public risque d'être observé de près. Il hérite tout de même d'une situation anormale qui voit la tête de la télévision publique tomber pour la deuxième fois en cinq ans. S'il ne s'est pas fait remarquer par son audace Patrick de Carolis est loin d'avoir démérité et il avait misé sur la durée pour restructurer le paquebot pour dix ans. Tout est encore à recommencer. Plus belle la vie pour et avec Rémy Pflimlin ? On le souhaite...

Olivier Picard

An

Bonne année, bonne santé… bon bébé. Les statistiques sont formelles, la nuit du Nouvel An est beaucoup plus féconde que toutes les autres nuits de l'année - en gueules de bois le lendemain, et en bébés neuf mois plus tard. Plusieurs hypothèses explicatives peuvent être avancées, selon le chercheur de l'Institut national d'études démographiques qui vient de publier ces chiffres. La première est la vertu aphrodisiaque des vœux de Nouvel An, qui ignorent généralement le vœu de chasteté. La deuxième est la vertu désinhibante des bulles de champagne mêlées aux langues de belle-mère. Une troisième, enfin, conjointe à la précédente, est que l'ivresse des sens peut conduire à l'oubli des précautions d'usage, générant ces accidents de septembre. Nous ne trancherons pas ici cette querelle scientifique. Nous rappellerons cependant, par respect de la loi, qu'il faut consommer avec modération.