TOUT EST DIT

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ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

mardi 16 mars 2010

la Licra va poursuivre en justice Eric Zemmour

La Ligue internationale contre le racisme et l'antisémtisme (Licra) a décidé de poursuivre en justice le journaliste Eric Zemmour pour ses propos concernant les Noirs et les Arabes tenus sur Canal+. Le président de l'association, Alain Jakubowicz, a annoncé cette décision, mardi 16 mars, lors d'un point presse. "La Licra va poursuivre Eric Zemmour devant le tribunal correctionnel pour les propos qu'il a tenus sur Canal+", a déclaré Me Jakubowicz, accusant le journaliste d'avoir "franchi un cran".
Jeudi, la Licra déplorait le fait que M. Zemmour "recycle les vieilles lunes de l’extrême droite" et l'enjoignait de "se souvenir de cette époque pas si lointaine d’avant-guerre où, dans notre pays, pour les tenants de cette rhétorique il ne faisait pas bon s’appeler… Zemmour".

Lors de l'émission "Salut les Terriens", présentée par Thierry Ardisson le 6 mars et diffusée en clair, le journaliste chroniqueur Eric Zemmour a déclaré que "les Français issus de l'immigration étaient plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes... C'est un fait" (à la fin de la vidéo ci-dessous).

"Comment un animateur de débat peut-il rester neutre et impassible devant ces propos", s'est aussi demandé Me Jakubowicz en annonçant sa décision de saisir le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) à ce sujet. "Quand Eric Zemmour dit que que la discrimination est un fait, l'animateur doit fixer des limites et dire que c'est un délit", a-t-il argumenté en se défendant de critiquer les journalistes. Déjà saisi par le MRAP Club Averroès pour des propos du même Eric Zemmour, le CSA a dit, par la voix du conseiller Rachid Arhab, invité de l'émission "Médias" de France 5, qu'il étudiait la question "de très près".

"Il faut être sourd pour dire qu'il n'y a pas eu de vote sanction contre l'UMP"

Après le mauvais résultat de la majorité présidentielle, la grogne gagne les élus de droite. Sénateur de Seine-Saint-Denis, Philippe Dallier estime que l'UMP doit entendre le message des électeurs.

Vous êtes en colère contre votre camp?

Dimanche soir, j'ai entendu les représentants de l'UMP et du gouvernement seriner qu'il n'y avait pas de vote-sanction. Ras-le-bol des spécialistes en communication et des fameux "éléments de langage"! Il faut vraiment être sourd pour répéter les choses comme ça. En Seine-Saint-Denis, en 2004, les listes Copé et Santini totalisaient 104 000 voix, dimanche celle de Valérie Pécresse en a obtenues 49 000! Notre électorat ne s'est pas déplacé, c'est donc bien un vote sanction par lequel il nous adresse un message. Croit-on vraiment mobiliser les abstentionnistes en répétant que tout va bien? On devrait plutôt dire qu'on a entendu le message et qu'on va rectifier...

Qu'est-ce qui cloche?

Nicolas Sarkozy a gagné en 2007 sur le besoin qu'a ce pays de se réformer. Au bout de trois ans, certains électeurs ne s'y retrouvent pas. Il y a un problème de lisibilité de la politique conduite. Depuis l'adoption du paquet fiscal, le PS a réussi à convaincre l'opinion que la politique du gouvernement était inéquitable, faite pour les riches. Idem pour la sécurité: les ministres, Michèle Alliot-Marie puis Brice Hortefeux, ont beau répéter que la délinquance baisse, sur le terrain, les Français vivent le contraire. Il faut dire aux électeurs que la délinquance existe, qu'elle se transforme et qu'on fait tout ce qu'on peut pour assurer leur sécurité.

Il faut du changement à la tête de l'UMP?

Je ne me situe pas du tout sur ce terrain. Le problème est que l'UMP est aux ordres absolus du "Château". A ce titre, les investitures pour les régionales étaient une caricature, avec Claude Guéant à la manoeuvre. Le parti est devenu une simple courroie de transmission du haut vers le bas. Il faudrait aussi faire remonter le ressenti du terrain. Collectivement, on doit se poser des questions. Cela dit, rien n'est perdu pour 2012.

Les élus UMP s'interrogent sur la ligne politique

Les critiques au sein de la majorité présidentielle se font entendre après le résultat des élections régionales.

Le procès de l'«ouverture» a commencé à l'UMP. Jamais digérée, elle est la première visée dans le processus de remise en cause du dogme de l'infaillibilité sarkozyste qui s'amorce à droite. «Ça nous a fait un mal terrible, assure le député parisien Claude Goasguen, de sensibilité libérale. Quand nos électeurs entendent dire que Nicolas Sarkozy veut nommer Malek Boutih à la tête de la Halde, ils se demandent où est la rupture avec Jacques Chirac, qui y avait nommé Louis Schweitzer, un autre socialiste !» Dans le même registre, les souverainistes Jacques Myard et Lionnel Luca stigmatisent un «strabisme présidentiel de gauche» qui, selon eux, ne se limite pas aux nominations. Ils sont rejoints sur ce point par la présidente du Parti démocrate-chrétien Christine Boutin et par Rachida Dati, qui a estimé : «Il faut qu'on reprenne nos fondamentaux.»

La taxe carbone arrive en tête des réformes stigmatisées comme des «concessions inutiles aux autres», en l'occurrence à l'électorat écologiste. Gilles Carrez et Pierre Méhaignerie, spécialistes de la fiscalité du groupe UMP à l'Assemblée, estiment qu'il «n'y a pas de majorité pour la voter». Sarkozy avait déjà soumis à un examen préalable sa mise en application aux agriculteurs. Vu le climat, c'est toute la réforme qui pourrait être reportée à des jours meilleurs.

Le sénateur Philippe Dallier pointe, lui aussi, des problèmes de cohérence et de «lisibilité» de l'action de l'exécutif, mais sur le plan économique : «Entre le Sarkozy libéral à ses premières heures, et le Sarkozy très interventionniste après la crise, ça peut perturber notre électorat.»

Un «style» qui continue d'alimenter la grogne

Les hésitations gouvernementales sur la burqa ou le débat sur l'identité nationale sont aussi dénoncées comme autant d'erreurs. Sur son blog, Alain Juppé écrit qu'«une réflexion s'impose désormais sur le rythme des réformes, la méthode selon laquelle elles sont lancées et préparées, la concertation qui les accompagne, la façon dont elles peuvent être mieux comprises et acceptées par une opinion que la crise déboussole.»

Le «style» de Nicolas Sarkozy continue également d'alimenter la grogne. Pour le député de l'Hérault Jacques Domergue, il est «en décalage avec l'opinion». «Le chef de l'État a créé des doutes sur sa personne», explique ce - ancien ? - sarkozyste inconditionnel, en assurant que l'affaire de la nomination de Jean Sarkozy à l'Epad «reste très incrustée dans l'esprit des gens». «Nos électeurs attendent une politique mais ils attendent aussi un comportement», ajoute-t-il.

Dans cette explosion de critiques, un point fait l'unanimité : l'Élysée a tort de nier tout «vote sanction». «Il ne faut pas se raconter d'histoire, c'est un très mauvais résultat pour nous, s'agace le député de la Somme Alain Gest. Nous avons perdu la confiance de l'électorat populaire qui s'était rapproché de Nicolas Sarkozy en 2007 et des classes moyennes, qui ne voient toujours pas venir le résultat des réformes.» Remarquant que chez lui, à Amiens, «l'abstention est plus forte dans les quartiers populaires que dans ceux qui sont favorables à la majorité», Gest va jusqu'à avancer l'hypothèse qu'une «plus forte mobilisation pourrait pénaliser encore davantage» la droite. «Dans tous les cas, estime Goasguen, dédramatiser le résultat du scrutin en annonçant à l'avance qu'il ne changera rien ne contribue pas à donner à nos sympathisants l'envie de se déplacer. Si Nicolas Sarkozy s'en fiche, pourquoi se donneraient-ils cette peine ?»

Sur le plan purement stratégique, les esprits s'échauffent aussi contre le choix des listes uniques. «Dans une région comme la Picardie, où le vote FN est traditionnellement fort, une tête de liste centriste n'est pas la meilleure solution», estime Alain Gest, pour qui «se priver d'une liste autonome des chasseurs au premier tour est également une erreur». «On a eu tort de nier les différences au sein de la droite, ajoute la députée villepiniste Marie-Anne Montchamp. 2010 n'est plus 2007. Quand l'électorat ne se reconnaît plus dans la politique du gouvernement, les listes uniques le privent de solution. Il se tourne vers les extrêmes ou il se réfugie dans l'abstention.»

La question sera au menu du comité de la majorité, qui se réunit ce matin. Pas dans ses locaux du boulevard Saint-Germain, mais au siège de l'UMP, où tout se décide.

De séquestration en élection, la guerre des chefs continue à l'UMIH

L'UMIH (Union des métiers et des industries de l'hôtellerie) s'est dotée, lundi 15 mars, d'un nouveau président, mais la guerre des chefs continue au sein du puissant syndicat de l'hôtellerie-restauration. Le conflit qui oppose la présidente déchue, Christine Pujol, au reste de l'organisation a pris depuis quelques jours des allures de vaudeville. Ravitaillée par la fenêtre, dormant sur la moquette et privée de télévision, celle qui se considère encore comme la patronne des lieux refuse de quitter son bureau du 22, rue d'Anjou, dans le 8e arrondissement de Paris. Enfermée avec sa directrice de la communication, Claire Cosson, elle conteste sa destitution. "Peu importe l'élection de Roland Héguy, ça ne change rien à ma position", affirme-t-elle.
Depuis cinq jours, les deux femmes vivent barricadées au troisième étage du siège de l'UMIH, deux vigiles surveillant le bâtiment. "On nous a supprimé les bouteilles d'eau, enlevé la machine à café, les toilettes ont été fermées à clé, mais on tient bon", se plaint Christine Pujol. Chaque jour, des amis apportent aux recluses des vivres qu'elles hissent dans un sac relié à un cordon. Pour se maintenir en forme, la présidente déchue fait même un peu de stretching. "Comme ça, je ne suis ni énervée, ni déprimée."

UNE POLITIQUE TROP "PERSONNELLE"

A la tête de cinq établissements à Carcassonne, Christine Pujol, 61 ans, préside l'UMIH depuis septembre 2008. Ses détracteurs lui reprochent de ne pas avoir suffisamment défendu les restaurateurs après l'adoption de la TVA à 5,5 %. Accusés d'avoir maintenu leurs tarifs, les restaurateurs en ont voulu à leur présidente de ne pas être montée au créneau. Davantage que ses erreurs de communication, c'est la manière de faire de la présidente qui a posé problème. "Elle s'est approprié un dossier qu'elle maîtrisait mal et s'en est servi pour se faire connaître", regrette Dany Deleval, vice-présidente de l'UMIH et co-listière de Christine Pujol en 2008. Pour elle, la recluse a mené une politique bien trop "personnelle", se comportant "en chef de famille, alors qu'on lui demandait d'agir en chef d'équipe".

"Je voulais réformer ce syndicat, le dépoussiérer", se défend Christine Pujol. Le changement passait par une démocratisation de la confédération. La présidente voulait faire "plus de place aux adhérents", en finir avec certaines pratiques. "Malheureusement, c'est l'omerta qui a primé, affirme-t-elle. Mon prédécesseur (André Daguin, NDLR) a passé son temps à faire de la représentation. Ce nétait pas ma conception de notre mission."

Son coup de force, Christine Pujol l'oppose au "putsch" monté par le "camp Daguin". Elle refuse de reconnaître la validité de l'assemblée générale extraordinaire qui l'a destituée le 24 novembre 2009 à Nantes. "Je veux bien partir, mais à condition que ça se fasse dans la légalité. Or les statuts n'ont pas été respectés", dit-elle. "On nous affirme que 97 % des votants se sont prononcés en faveur d'un départ, mais nous ne disposons pas des feuilles d'émargement. Impossible de savoir qui a vraiment voté", explique Claire Cosson.

"JE SUIS LA PRÉSIDENTE, JE SUIS LA PRÉSIDENTE"

Pour la nouvelle direction, qu'importe que l'assemblée générale extraordinaire ait été légale ou non, puisque la présidente n'a plus de majorité au sein de la confédération syndicale. "C'est vrai que la procédure n'a pas suivi son cours normal, mais il existe dans la jurisprudence des exemples de destitutions similaires. Ce qui est sûr, c'est que Mme Pujol n'est plus légitime", affirme Rémi Barousse. L'avocat des "putschistes" a déposé un référé pour obtenir son expulsion des bureaux de l'UMIH, invoquant des craintes pour la santé mentale de la présidente. "J'ai assisté à son coup de force, raconte-t-il. Venue avec deux serruriers, elle esquissait des pas de danse dans le couloir, répétant 'Je suis la présidente, je suis la présidente'."

Jeudi 11 mars, Christine Pujol aurait proposé un accord à ses adversaires par l'intermédiaire de Jean-Marc Banquet d'Orx, trésorier de l'UMIH. Selon Me Barousse, la présidente était prête à démissionner si la nouvelle direction s'engageait à prendre en charge ses frais d'avocats et à lui payer son salaire de présidente depuis novembre. Elle aurait également réclamé un poste honorifique au sein de l'organisation.

Un récit démenti par la principale intéressée. Persuadée que ses adversaires veulent la "démolir", elle assure être "parfaitement cool". "Je ne me jetterai pas par la fenêtre", dit-elle en riant. "La vérité, c'est que je suis une vieille syndicaliste et que je n'ai pas l'habitude de plier à la moindre difficulté." Mardi, la justice doit examiner le référé déposé par l'avocat de la nouvelle direction. Christine Pujol sait qu'elle sera "probablement expulsée" et contrainte de "retourner dans [sa] province". Mais qu'importe : comme elle l'affirmait au Midi libre, "une cathare ne capitule jamais."
Elise Barthet

Compte à rebours pour éviter la cacophonie au deuxième tour

Les candidats restant en lice pour le second tour des régionales ont jusqu'à 18 heures, ce mardi, pour boucler les éventuelles fusions avec d'autres listes et faire officiellement acte de candidature. C'est en effet le dernier délai pour déposer en préfecture les listes en vue du second tour dans les 25 régions, la Guadeloupe ayant élu son conseil régional dès le premier tour.
Pour concourir dimanche prochain, une liste doit avoir obtenu 10 % des suffrages au premier tour (7 % en Corse). Celles qui ont réalisé un score entre 5 % et 10 % ont la possibilité de fusionner avec une liste présente au second tour. Cela concerne la gauche, arrivée en tête dimanche. Le PS, Europe Ecologie et le Front de gauche, partis séparément au premier tour, sont illico entrés en négociations pour présenter des listes d'union le 21 mars. Toute la journée de lundi, des délégués du PS, d'Europe Ecologie et du Front de gauche ont ainsi recherché, dans un hôtel du centre de Paris, les voies compliquées d'un "accord national".

Claude Bartolone a annoncé une alliance dans toute la France, bousculant les dirigeants écologistes qui évoquaient une simple "volonté d'accord" et déploraient une "stratégie du fait établi". "Les conditions d'un accord ont été trouvées mais l'accord n'a pas été signé", a déclaré à Reuters Jean-Vincent Placé, membre de la délégation d'Europe Ecologie chargée de négocier. Daniel Cohn-Bendit a fait état de tensions dans les discussions. "Ça tangue parce que le Parti socialiste ne comprend pas ce qu'est un partenariat", a déploré le député européen écologiste lors du "Talk Orange-Le Figaro". Ni le PS ni Europe Ecologie n'ont fait état dans l'immédiat d'un accord avec le Front de gauche, qui a dépassé de peu les 6 % au premier tour.

En régions aussi, les négociations allaient bon train à gauche. L'Alsace avait été la première à annoncer une fusion. Au contraire, des triangulaires étaient prévues en Bretagne par le maintien des écologistes et en Limousin par celui de l'alliance Front de gauche-NPA. Autres triangulaires programmées : les douze régions où le Front national a fait plus de 10 % et l'Aquitaine, seul endroit où le MoDem s'est qualifié et affrontera les listes PS et UMP.

L'UMP, qui avait choisi une stratégie d'alliance dès le premier tour avec le Nouveau Centre, le MPF et CPNT, devait reconduire ses listes. A l'issue du second tour, les sièges seront répartis au sein des assemblées régionales à la proportionnelle, avec une prime de 25 % pour la liste arrivée en tête (une prime de 9 sièges en Corse). Les prochains élus régionaux seront élus pour quatre ans et non pas six. Leur mandat prendra fin en 2014, date à laquelle doit entrer en fonctions le conseiller territorial, qui siégera à la fois dans les conseils régionaux et généraux.

Plus isolé que jamais, Bayrou veut surmonter son échec

Le président du MoDem ne donnera aucune consigne de vote pour le second tour.

Le MoDem s'est pris une vraie déculottée, mais il reste digne. «Ce n'est qu'une élection, par rapport aux vrais problèmes que connaissent aujourd'hui les Français, nous n'avons pas le droit de nous plaindre, le combat continue», confiait lundi un proche de François Bayrou. Le même ajoutait : «Indépendants nous étions au premier tour, indépendants nous resterons au second tour !»

Traduction en Aquitaine, où le député des Pyrénées-Atlantiques Jean Lassalle est le seul candidat centriste à avoir obtenu un score à deux chiffres (10,43 %). Le MoDem entend se maintenir dimanche. Quant aux trois autres régions - Bretagne, Basse-Normandie et Centre - où ses candidats ont franchi la barre des 5 %, il ne devrait pas y avoir de fusion de listes. «On dira aux gens de voter pour nos valeurs, ils comprendront ce que cela veut dire», poursuivait, sibyllin, un cadre centriste.

Politique de l'autruche ? Il y a quinze jours, sur le plateau du «Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI», François Bayrou avait exclu tout accord de second tour avec l'UMP. Ses électeurs devraient donc savoir pour qui voter. Sauf qu'avec cette politique «intransigeante», le MoDem, excepté en Aquitaine, risque de se retrouver sans aucun élu en régions.

Une «intransigeance» que ne partage pas Corinne Lepage. Bien que vice-présidente du MoDem, cette dernière, qui avait déjà pris ses distances avec la stratégie de François Bayrou, a appelé ouvertement les électeurs démocrates à se rassembler derrière la gauche au second tour des régionales, à l'exception de l'Aquitaine, donc, où Jean Lassalle portera les couleurs orange.

«Problèmes de gouvernance»

«Il faut se rassembler derrière la gauche», a expliqué sur France Inter la présidente de l'association écologiste Cap 21, qui en a profité pour dénoncer, une nouvelle fois, «des problèmes de gouvernance» internes au MoDem et «un projet pas suffisamment clair et audible». Selon nos informations, elle opérerait actuellement un rapprochement avec Europe Écologie. Notamment auprès de Daniel Cohn-Bendit avec qui elle est en contact.

Une démarche, qui fait bondir Christophe Madrolle, délégué national du MoDem. «Corinne Lepage n'a plus rien à faire au MoDem. Son attitude est inadmissible. Ça ne se fait pas de tirer contre son propre camp au milieu d'une campagne» , dénonce-t-il.

En attendant, malgré le départ de nombreux militants, François Bayrou, qui ne lâche rien de ses ambitions présidentielles, s'apprête à traverser une période difficile. «De tout cela, nous ferons l'analyse et nous tirerons les leçons, et ce qu'il faudra changer, nous le changerons» , a-t-il assuré, dimanche, sans toutefois remettre en cause ses choix politiques.

Lundi, le président du MoDem a passé sa journée «à consulter» ses amis. Mais aucun congrès extraordinaire n'est pour l'heure prévue. François Bayrou reste donc président du MoDem.

LE MODEM A UN GROS PROBLÈME; IL S'APPELLE BAYROU, QUI NE FAIT PLUS QUE DE L'ANTISARKOZYSME PRIMAIRE, AIGRI PAR SES ECHECS ET SON MANQUE DE CLAIRVOYANCE. IL FAUT L'ÉLIMINER PASSER À DU NEUF ET REVENIR SUR UNE LIGNE POLITIQUE ORIGINALE, LOIN DU PS.
PLUS MODERNE.

Cécile Duflot

Parmi les politiques, ils ne sont pas si nombreux ceux qui peuvent vanter les mérites du Pass Navigo à tarif unique sans avoir l'air de tenir un rôle de composition. Ce n'est pas un problème pour la figure de proue des Verts, fille d'un cheminot et d'une prof de physique-chimie à Villeneuve-Saint-Georges, qui fait de son look baba en train de muter bobo une sorte de trait d'union entre le monde du RER et celui des plateaux télé. Dans la vie, la tête de liste d'Europe Ecologie professe des goûts simples, pour les bonbons Haribo, la chanteuse Lio et l'acteur Jean Rochefort. Mais la militante chlorophylle ne baisse jamais la garde, même lorsqu'elle choisit le prénom de ses trois filles : Bleuette, Anémone et Térébentine. Cette très bonne élève, diplômée de l'Essec et licenciée de géographie, a toutefois fait une entorse à sa ligne de conduite français moyen en programmant curieusement des vacances de Noël aux Maldives, avec son nouveau compagnon, à quelques semaines des élections régionales. Une contribution personnelle de 7 tonnes de carbone au réchauffement climatique qui a fait le délices de ses adversaires politiques et consterné le petit peuple de Copenhague. L'ancienne visiteuse des prisons a découvert pour l'occasion qu'on pouvait se sentir parfois prisonnier de ses idées

Berlin défend son modèle exportateur contre les reproches d'égoïsme de ses partenaires

En réponse aux réserves de Christine Lagarde à propos du modèle allemand de pression sur les coûts de main-d'oeuvre, le gouvernement appelle ses voisins à atteindre le même degré de compétitivité. L'association des exportateurs rétorque, elle, que la force des produits allemands provient de leur qualité et de l'innovation.
Christine Lagarde a visiblement touché un nerf, en Allemagne, en mettant en cause, en une du « Financial Times » d'hier, les excédents commerciaux allemands. Dans son entretien au quotidien britannique, la ministre des Finances s'interroge sur le modèle allemand de « forte pression sur les coûts de main-d'oeuvre », doutant qu'il « soit viable à long terme et pour l'ensemble du groupe » de la zone euro. « Ceux avec des excédents ne pourraient-ils pas faire un petit quelque chose ? », s'interroge la ministre, pour qui « on ne peut pas demander à un acteur, aussi important soit-il, de tirer l'ensemble du groupe. Mais il faut clairement que nous partagions le sens de ce destin commun qui nous lie à nos partenaires ». Joaquin Almunia, commissaire européen à la Concurrence, a corroboré hier ces propos en appelant depuis Madrid à « faire attention à tous les déséquilibres, y compris ceux de la balance des paiements ».

Selon le quotidien « Bild », Christine Lagarde aurait résumé l'opinion de plusieurs Etats membres de la zone euro, inquiets de leurs déficits courants avec l'Allemagne. Ces derniers auraient demandé à la Commission européenne de se saisir du dossier et de leur assurer de meilleures chances d'exportation vers l'Allemagne. Bruxelles serait en train de rédiger un rapport sur les déséquilibres au sein de l'Union européenne, assorti de recommandations spécifiques pays par pays.
Devenir aussi compétitifs

Interrogé au point presse de la mi-journée, le porte-parole d'Angela Merkel avait visiblement préparé une réponse très élaborée. Reprenant un discours déjà tenu dans le passé par la chancelière, il a d'abord rappelé que « l'Allemagne n'est pas un pays où les salaires et le niveau de la consommation sont déterminées par l'Etat ». Il a ensuite indiqué que le pays dispose d'un Mittelstand, c'est-à-dire d'un tissu de PME, très spécialisé et fortement exportateur, « dont nous sommes fiers ». « La question est plutôt de savoir comment les autres pays peuvent atteindre ce résultat, a précisé Christoph Steegmans, il est plus profitable de réfléchir à une stratégie de croissance plutôt que d'obliger certains à se retenir artificiellement ». En clair, c'est aux autres de devenir aussi compétitifs que l'Allemagne.

L'association des exportateurs allemands s'est montrée plus virulente. « Notre secret, ce n'est pas le prix, a expliqué le porte-parole de la BGA. Nos principaux arguments de vente, ce sont la qualité et l'innovation. Avec le seul argument du prix nous ne pourrions concurrencer des pays à bas coûts comme la Chine. » En réponse aux reproches d'égoïsme adressés à l'Allemagne depuis le début de la crise, André Schwarz répond qu' « on ne prend pas automatiquement quelque chose au voisin, quand on a du succès. Nos principaux concurrents ne sont pas dans l'UE, mais aux Etats-Unis ou au Japon ou encore dans les pays en développement comme l'Inde ou la Chine ».

Les sites Internet de référence ont largement couvert le dossier, qui a décroché leur une. Le Spiegel Online explique que « la compétitivité de pays comme le Portugal ou la Grèce ne cesse de se dégrader depuis l'introduction de l'euro, mais, au lieu de réformer, ils vivent depuis des années à crédit ». Le « Financial Times Deutschland », lui, s'en prend aux donneurs de leçon anglo-saxons, notamment britanniques. « Que devrions-nous acheter au Royaume-Uni ? Les services de courtiers en devises qui attaquent l'euro ? Des financiers de "private equity" qui désossent des entreprises traditionnelles locales ? Des spécialistes de dérivés de crédit qui parient sur le défaut de paiement de la Grèce ? » La guerre des modèles économiques pourrait bien avoir lieu.

Les retraites revalorisées de 0,9 % au 1 er avril

La commission économique de la nation se réunit mardi prochain. Les pensions du régime général du privé subissent le contrecoup de la faible inflation de 2009. Le minimum vieillesse progresse de 4,7 %.
L'évolution des prestations sociales ne sera d'aucun secours cette année pour la croissance, alors que la reprise paraît molle et fragile et que la consommation donne des signes de faiblesse. L'an dernier, elles avaient joué un rôle puissant d'amortisseur de crise, car elles avaient été fortement réévaluées pour tenir compte du pic d'inflation de 2008 (2,8 % en moyenne). Les allocations familiales, en particulier, avaient été augmentées de 3 % au 1 er janvier 2009. Cette fois, c'est l'inverse : l'inflation a été plus faible qu'attendu l'an dernier. Elle a même été quasi nulle (0,1 % en moyenne annuelle). Résultat : les prestations progressent très faiblement cette année. Les allocations familiales n'ont pas été augmentées du tout au 1 er janvier. Et les retraites de base du régime général du privé ne devraient être relevées que de 0,9 % au 1 er avril.

La commission économique de la nation se réunit mardi prochain. Elle devrait confirmer le niveau d'inflation observé en 2009 ainsi que la prévision pour 2010 figurant dans les textes budgétaires (1,2 % de hausse des prix). Comme la revalorisation des pensions de l'an dernier, au 1 er avril, avait été calculée sur la base d'une inflation attendue à 0,4 %, le gouvernement va retrancher 0,3 point de la hausse des prix prévue pour 2010. Cela conduit donc à un relèvement des pensions légèrement inférieur à 1 %. Une hausse de 1 % des pensions du régime général des salariés du privé représente 840 millions d'euros. Cette évolution modérée de la retraite de base se conjugue avec une revalorisation également limitée des retraites complémentaires Arrco-Agirc du privé (« Les Echos » d'hier).
Un coût global de 400 millions

Le gouvernement pourra néanmoins souligner qu'il continue de faire des gestes pour les plus petites retraites. Conformément aux engagements de Nicolas Sarkozy, le minimum vieillesse va augmenter de 4,7 % au 1 er avril, à 708,96 euros par mois contre 677,13 euros auparavant. Un décret paru en 2009 établit la progression de cette prestation, réservée aux personnes de plus de soixante-cinq ans disposant de faibles ressources (soixante ans en cas d'inaptitude au travail), jusqu'à avril 2012 : elle atteindra alors 777,16 euros par mois, ce qui correspondra à une hausse de 25 % sur la législature. La revalorisation est réservée aux personnes seules (les couples au minimum vieillesse ne sont pas concernés), soit environ 400.000 bénéficiaires. Le coût global représente environ 400 millions d'euros sur la législature. Ce qui pèse sur les comptes déjà dans le rouge du Fonds de solidarité vieillesse (FSV), qui finance le minimum vieillesse. Le FSV devrait être déficitaire de 4,5 milliards d'euros en 2010, qui s'ajoutent au besoin de financement du régime général, supérieur à 10 milliards.
ETIENNE LEFEBVRE, Les Echos

Un site américain veut mettre à nu les excès des "riches"

La déchéance du financier escroc Bernard Madoff a inspiré les créateurs d'un site internet américain baptisé "L'infâme ploutocrate" ("The Vile Plutocrat") qui ambitionne d'expliquer pourquoi « les riches, ça craint ».

Paul Burton, l'un des créateurs du site, admet volontiers vouloir capitaliser sur la rancœur ressentie par bon nombre d'Américains après la découverte de la gigantesque fraude dont Bernard Madoff s'est rendu coupable et qui pourrait avoir porté sur 50 milliards de dollars.

« L'idée nous est venue au moment du scandale Madoff », a expliqué M. Burton lors de la présentation de son site, www.thevileplutocrat.com, au festival multimédia "South By South West" qui se tient en ce moment à Austin au Texas (sud des
États-Unis).

« En gros, nous cherchons tout type d'information qui tourne autour de ces gens qui font partie de la frange supérieure de la société et dont l'activité principale est de dilapider l'argent de la classe moyenne », souligne Paul Burton.

Dimanche, on pouvait y lire pourquoi et comment un élu américain du Congrès s'était fait sermonner pour avoir accepté des « cadeaux » sous forme de voyages, ou encore un article sur le rôle qu'ont pu jouer les banques américaines dans la crise financière qui touche la Grèce.

Bernard Madoff purge désormais une peine de 150 ans de prison pour avoir fait miroiter des rendements juteux à des investisseurs, alors qu'il se servait des sommes investies pour payer les dividendes promis.

Selon M. Burton, la chute de la maison Madoff a mis en lumière un « tsunami » de fraudes du même acabit. Mais il s'est senti dupé lorsque les articles contant l'ampleur de ces fraudes ont commencé à progressivement quitter la "une" des journaux pour, au final, ne faire plus que l'objet de brèves dans les pages intérieures.

« L'infâme ploutocrate est un site d'informations. Rien n'est inventé, tout est vrai », insiste Paul Burton. « Pour nous, les riches, ça craint », rappelle-t-il en conclusion.

Pourquoi n'avez-vous pas voté aux régionales?

Plus d'un électeur sur deux a boudé les urnes dimanche pour le premier tour des élections régionales. Un record pour ce type de scrutin. Et vous, avez-vous voté?
Moins d'un électeur sur deux s'est rendu aux urnes dimanche pour le premier tour des élections régionales. Avec 53,65% contre 39% en 2004, l'abstention est le grand vainqueur du scrutin. Pourquoi ce faible niveau de participation ?
Vote sanction?

S'agit-il d'une abstention-sanction contre Sarkozy, comme aux dernières municipales ? C'est en tout cas l'interprétation du bloc de gauche, qui a remporté 53,46% des voix. Jean-Luc Mélenchon (PG), le leader du Front de Gauche a même vu dans l'abstention forte une "insurrection civique". De fait, en Alsace, l'une des deux régions que la droite avait gardées aux régionales de 2004, l'abstention atteint 57,5%...

Mais pour François Fillon, pas question de "tirer un enseignement national du scrutin", justement en raison de la faible mobilisation. Le ministre de l'Education, Xavier Darcos, réfute lui aussi la thèse d'une abstention-sanction : "Quand on veut protester, on vote contre, on ne reste pas chez soi", a-t-il dit sur France Info. Il préfère mettre l'abstention massive sur le compte des exécutifs sortants "qui n'ont pas su passionner pour les questions régionales". Même son de cloche de la part de Brice Hortefeux: selon le ministre de l'Intérieur, la forte abstention "prouve en outre que la majorité de nos concitoyens n'a pas été convaincue par l'action des conseils régionaux".

Et si la vraie raison était tout simplement une indifférence envers les régions et les enjeux des élections. Bruno Jeanbart, de Opinionway, avait évoqué le "sentiment d'une certaine inutilité du vote". "Le président de région est moins perçu comme un politique que comme un administratif", avait-il dit, ajoutant que peu de personnes connaissent les compétences des régions. "C'est l'absence d'enjeu fort et clair dans cette élection qui a pour conséquence de tirer le débat vers le bas et de le ramener à des questions de personnes", expliquait début mars Brice Teinturier (Sofres).
Défiance vis à vis du pouvoir politique?

Dans tous les cas, l'abstention "traduit une défiance profonde à l'égard du pouvoir politique, quelle que soit sa couleur (...). Ce fut une élection de rejet, pas de projet", selon Jean-Francis Pécresse des Echos. Philippe Palat, de Midi Libre, y voit lui aussi un symptôme de "la lancinante décrédibilisation de la classe politique qui, manoeuvrière et individualiste, n'en finit plus de décevoir".

Axa prévoit de recruter 2 300 personnes en France en 2010

L'assureur Axa prévoit de recruter 2 300 personnes en France en 2010, dont environ 1 700 pour occuper des fonctions commerciales, indique-t-il dans un communiqué publié lundi. Ce chiffre n'inclut pas les contrats à durée déterminée et les stagiaires.

Sur ces 2 300 recrutements, 700 seront des conseillers clientèles en contrat à durée indéterminée et 300 des conseillers commerciaux en contrat d'alternance. 730 personnes prendront des fonctions d'agents généraux, agents mandataires et agents prévoyance et patrimoine.
Axa affirme avoir recruté plus de 2 000 personnes en 2009.

Annonces contradictoires en attendant un accord à gauche

La confusion régnait à gauche, lundi soir 15 mars, autour de la conclusion d'un accord électoral pour le second tour des élections régionales, dimanche. Dans la soirée, le Parti socialiste a annoncé par la voix de Claude Bartolone être parvenu à un accord d'alliance avec Europe Ecologie au plan national. Une annonce rapidement qualifiée d'"un peu prématurée" par le numéro deux des Verts, Jean-Vincent Placé, qui a assuré qu'il n'y avait "à l'heure actuelle, pas d'accord national" entre le PS et Europe Ecologie. Pour M. Placé les discussions continuent dans plusieurs régions, notamment en Ile-de-France.
"Il y a une volonté commune d'un accord ensemble dans toutes les régions" avec le principe de la proportionnelle acté et des avancées sur la gouvernance, a-t-il tempéré, assurant parler en accord avec Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts et tête de liste Europe Ecologie en Ile-de-France.

Quelques minutes plus tôt, pourtant, dans le hall de l'hôtel parisien où se déroulent les négociations, M. Bartolone, entouré de Pascal Durand (Europe Ecologie) et du Vert Jean-Marc Brûlé, avait annoncé un accord national. Le député socialiste n'a pas donné de détails sur l'issue des négociations, la constitution des listes ou les postes discutés.

Parmi les points d'achoppement, le plus sérieux se situe en Bretagne, où les deux listes ont d'ores et déjà annoncé la tenue d'une triangulaire. Après l'échec des négociations, Guy Hascoët, le chef de file des écologistes bretons, a tenu à préciser que la fédération bretonne d'Europe Ecologie avait "libéré les autres fédérations" régionales "de leur obligation de solidarité à notre égard, pour ne pas nuire à la dynamique nationale". (Lire l'article Europe Ecologie et le PS annoncent une triangulaire)

"GRANDES MANŒUVRES ET PETITES COMBINES ENTRE AMIS"

De son côté, la droite, largement devancée dimanche, continue d'y croire, ou au moins de faire semblant. François Fillon, en déplacement à Sèvres pour apporter son soutien à la chef de file UMP en Ile-de-France, Valérie Pécresse, s'est dit "convaincu qu'une nouvelle page de cette élection allait s'ouvrir avec le second tour de l'élection régionale", assurant que tous dans son camp étaient "mobilisés" pour se "battre".

Dans la soirée, le premier ministre a estimé que son camp n'avait "rien à perdre mais tout à conquérir", soulignant la position d'"outsiders" des responsables de la majorité face à des régions en grande majorité tenues par des socialistes. L'état-major de l'UMP inisiste notamment sur les régions Ile-de-France et Pays de la Loire, considérées comme gagnables. Les leaders de l'UMP dénoncent aussi, à l'image de la tête de liste en Pays de la Loire, Christophe Béchu, les "grandes manœuvres et petites combines entre amis" en cours entre le PS, Europe Ecologie et le Front de gauche.

lundi 15 mars 2010

"J'irai voter lorsque les élus feront leur devoir"

A la suite de l'abstention record au premier tour des élections régionales, dimanche 14 mars, Le Monde.fr a proposé à des abstentionnistes d'expliquer leur choix. Déception du sarkozysme, rejet des politiques traditionnels, critiques du système électoral : nous publions une sélection des centaines de témoignages reçus lundi matin.

* "Le non-vote est également un droit", par Louis

Certes ma "carrière" d'électeur est courte. A peine 20 ans et déjà je suis confronté à l'abstentionnisme, moi le passionné de politique. Je suis chaque élection avec beaucoup d'attention et pourtant, je n'ai jamais été voté. Manque à un devoir civique diront certains. Non je ne pense pas. Le non-vote est également un droit et il est plus juste qu'un vote par défaut. Les politiques sont si loin de nous qu'aucun ne me donne envie de voter pour lui. Je préfère donc ne rien voter, et regarder les résultats le soir en m'imaginant le non-changement que créeront ces élections. Mon parti a donc largement remporté ces élections et pourtant, personne ne nous écoute. C'est triste.

* "On ne tient pas compte ensuite du résultat des urnes", par Chantal - 50 ans

J'ai décidé de ne plus voter après le référendum contre le traité de lisbonne, largement désapprouvé par les Français, décision sur laquelle nos hommes politiques se sont assis. Inutile donc pour moi d'aller voter si on ne tient pas compte ensuite du résultat des urnes. Bien sûr, ça a surtout été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase ; voilà quand même quelques années que j'étais dégoutée du comportement de la classe politique en général, même si mes valeurs syndicalistes restent à gauche.

* "La démocratie ne devrait pas s'arrêter au soir du second tour", par Pascal D.

Les hommes politiques sont déconnectés de la réalité, une fois les élections passées, ils prennent des décisions sans se soucier de l'opinion du peuple. Les deux partis majoritaires organisent les élection de manière à pouvoir cumuler des postes et servir les intérêts d'une minorité. Les électeurs des "petits partis" sont ignorés. Ils n'ont pas d'idées nouvelles ou de vision à long terme. La gauche ou la droite c'est la même chose, c'est toujours du gaspillage et des nouvelles taxes. La démocratie ne devrait pas s'arrêter au soir du second tour...

* "Je veux une gauche plus réaliste", par Marianne G.

J'ai volontairement boudé les urnes ce dimanche. J'aurais pu voter blanc, mais d'une part, le vote blanc n'est toujours pas comptabilisé comme un vote (ce qui explique pourquoi tant de gens ne font pas l'effort de se déplacer) et d'autre part, j'ai voulu renvoyer à la gauche, que je soutiens habituellement, le sentiment de désertion que j'éprouve en ce moment face à sa politique. J'en ai assez de ces petites querelles de cour de collège qui dure depuis l'élection de Sarkozy. Au lieu de regarder devant elle, la gauche regarde de biais, donne des coups de coude à ses petits camarades de l'UMP, fait la turbulente. Ce n'est PAS un comportement constructif, ce n'est PAS un projet politique. La gauche exprime une suffisance, un sentiment de supériorité idéologique qu'actuellement rien ne justifie. Son projet est un projet de réaction et non d'action: elle veut lutter contre l'UMP au lieu de proposer elle-même une véritable réforme en accord avec les problematiques contemporaines.

Les concepts qu'elle brasse sont désuets, les solutions utopiques. Je veux une gauche plus réaliste, une gauche qui sait jongler avec le capitalisme et une Europe aujourd'hui de droite. Je veux une gauche qui résiste dans la jungle du monde moderne. Une gauche moins people: pitié, virez Ségolène, qui a enfoncé le parti dans l'individualisation de la politique. Vu le score du FN, j'irai évidemment voter pour le deuxième tour. Mais que la gauche agisse enfin. Dans le monde réel, pas au pays des merveilles.

* "Campagnes sournoises, attaques personnelles, alliances opportunistes" par 2012

Je ne suis pas allé voter pour la première fois depuis que je suis en age de le faire. J'ai souhaité ainsi adresser un message aux politiciens de tous bords accrochés à leurs précieux privilèges et qui s'éloignent inexorablement des réalités du quotidien de la grande majorité des français. Campagnes sournoises, attaques personnelles, alliances opportunistes, manque de transparence, doubles mandats. Plus rien aujourd'hui ne me permet de croire qu'il y a encore des gens en France qui font de la politique parce qu'ils veulent servir le pays, les citoyens. Même le cher François Bayrou en qui j'ai un temps cru est tombé dans le marketing politique pour essayer de préserver ce qui pouvait encore l'être...

(...) Je retournerai voter le jour où nous changerons la façon de faire de la politique en France, avec plus de transparence, et des élus au service des citoyens

* "Les partis politiques ne sont plus majoritaires" par Jean-Michel B.

Si je ne vais pas voter, c'est parce que cela ne sert à rien. Le discours des partis représente pourtant un panel complet qui devrait satisfaire tout le monde, et j'y trouve encore ce qui me plait en picorant ça et là. Mais le discours n'est plus que du vent, des promesses, et seules quelques-unes de ces promesses seront tenues, au hasard des possibilités ou des pressions. Soit les promesses sont éxagérées, soit la volonté de les appliquer manque, mais en tout cas pour moi le politique ne fait pas ce qu'il dit, et c'est pour cela que je ne le considére pas. La leçon est pourtant évidente, les politiques ne sont plus majoritaires en France, ils ne représentent plus la majorité du peuple. Cette élection devrait étre invalidée, pour manque de quorum.

* "Je m'abstiendrai aussi au second tour" par Alain F.

Je me suis abstenu hier pour marquer mon désintérêt des politiques et de la lassitude que j'éprouve à les voir chercher à exister pour conserver leurs acquis au lieu de chercher ensembles des solutions pérennes pour sortir la France du marasme et de sa quasi-faillite. Il ne doit pas manquer dans les différents camps de personnes compétentes pour enfin construire une politique valable. L'affrontement gauche-droite quand on déplore 1500 milliards d'euros de dette c'est puéril et dépassé. (...) Jusqu'à hier j'avais toujours voté à droite. (...) Pour le second tour, ma position ne changera pas, je m'abstiendrai en espérant que l'abstention progresse encore.

* "Je ferai mon travail de citoyen lorsque nos élus feront leur devoir" par Quentin

Je réside dans une autre région que celle où je suis listé le temps d'un stage. Les procédures pour voter par correspondance sont pénibles, surtout que je n'ai pas vraiment le loisir d'y consacrer du temps. A quand un vote sécurisé et simple par internet ? J'arrive à la fin d'un cursus d'ingénieur de cinq ans, et je dois déjà me préoccuper de trouver un emploi. Mon pays n'a apparemment rien à m'offrir, moi qui pensait que des études aideraient.

Je suis pour la démocratie, mais pas comme ça. Je ferai mon travail de citoyen lorsque nos élus feront leur devoir de représentants du peuple.

* Déçu par la politique de Sarkozy, par Antoine-Frédéric F.

Electeur traditionnel de la droite, chef d'une petite entreprise, j'avais fondé des espoirs certains sur la rupture annoncée par Monsieur Sarkozy en mai 2007. Hélas, comme tant d'autres, je n'ai rien vu d'autre que le triomphe des idées interventionnistes défendus par le (mauvais) conseiller Guaino, le retour des chimères étatiques d'un Etat désargenté, l'absence totale de direction claire sur le plan économique, l'omniprésence d'un homme manifestement dépassé, la non exécution des promesses électorales de droite, l'ouverture systématique aux dinosaures de gauche, une politique économique soit compassionnelle ou en coups de mention ridicules (Estrosi et Renault, Estrosi et heuilliez, Estrosi et la suite,...), la continuation de l'écrasement des classes moyennes inférieures et supérieures sous les charges, les impôts,.. conduisant à leur paupérisation définitive, la fin programmée de l'identité nationale dans certaines zones de ce même territoire national,... bref aucun redressement en vue, la continuation du plongeon.

Autant que ce soit les socialistes qui l'assument ce plongeon, après eux ce sera le temps du nettoyage. Monsieur Sarkozy n'était pas fait simplement pour ce job. Au revoir, Monsieur Sarkozy. Good bye and good luck, comme on dit dans un film !.

* "Le système n'est pas adapté", par Frédéric C.

J'ai 29 ans et pour la première fois de ma vie, je n'ai pas voté dimanche. Je parle de ma situation car dans le débat sur l'abstentionnisme on n'aborde jamais la question de l'abstention "non voulue". Je suis Aquitain et à cause d'un entretien d'embauche sur Paris qui s'est organisée dans la semaine je n'ai pu rentrer à temps dimanche soir pour voter.

Je regrette donc que le système démocratique peine à s'adapter à la forte mobilité de nos concitoyens et à nos nouvelles façons de vivre. Les absences au bureau de vote ne sont pas toujours choisies contrairement à ce que l'on peut entendre. Alors pourquoi ne pourrait-on pas mettre en place le vote électronique ? J'aime le coté cérémonial du bureau de vote mais plutôt que de ne pas voter je préférerai largement la froideur d'un "i-vote".

* J'irai voter FN au second tour, par Jean-Luc M.

Manque de motivation pour ma part. Nicolas Sarkozy, avec ses mensonges nous a à tous, je pense, donné une image néfaste de la politique. Pour ma part, je préfère attendre le premier tour, pour aller voter au second. Le FN a eu une monté extraordinaire, mon vote sera donc pour le FN !

* L'UMP ne représente plus la droite... par Jeanne F.

Nous sommes une famille, habituellement des électeurs de droite (UMP). Or nous ne nous sentons plus représentés par aucun partis des en lice. Nous attendions de l'UMP une défense des valeurs traditionnelles françaises, une protection de la famille. Or il est question de réduire le congé parental rémunéré de 3 ans à 1 an, de travailler le dimanche, et d'autoriser le mariage homosexuel. Une lutte réelle contre l'islamisme en France. La triste affaire du quick de Roubaix aurait permis de mettre un coup d'arrêt symbolique à ce que les musulmans nous imposent : zéro réaction du gouvernement. Nous aurions volontiers voté FN, mais le racisme nauséabond qui se dégage de ses militants nous répugne. (...)

* "Le jeu politique me fait un peu peur", par Emmanuel G.

A 31 ans, je ne suis jamais allé voter. Non pas que je sois indifférent à la politique, simplement, je crois que je n'ai jamais été convaincu par un homme, une femme, ou un parti politique. Mais aujourd'hui, mon abstention a pris un caractère bien différent; elle est le fruit d'un regard sur le jeu politique qui me fait un peu peur.
Pour faire simple, on va dire qu'aujourd'hui, l'échiquier politique comporte les deux grandes "forces" que sont l'UMP et le PS, la fameuse "gauche et droite", mon cœur, mes idées sont généralement plutôt à gauche, voire extrême gauche en général. Aujourd'hui à gauche, c'est simplement le désert, pas d'idées, pas vraiment de mouvement, et même si Mme Aubry a l'air de mettre un peu d'ordre, c'est encore très timide.

* "La première fois de ma vie que je ne vote pas" par Jean-Michel G.

Je suis furieux contre Nicolas Sarkozy car c'est la première fois de ma vie que je ne suis pas allé voter mais c'est le seul moyen que j'ai trouvé pour exprimer mon désaccord contre une politique où "l'ouverture" se fait au détriment de ses propres amis politiques, où la couleur de peau tient désormais lieu de brevet de compétence contre les idées de méritocratie républicaine auxquelles je suis attaché et où la politique succombe aux modes comme celles de l'imposture climatique avec cette nuisible taxe carbone. Manifestement mon abstention n'a pas été comprise, aussi je vais devoir récidiver dimanche prochain. Et je ne voterai plus jamais pour Nicolas Sarkozy...

* "Pourquoi leur faire croire qu'ils nous intéressent ?", par Thomas S.

Oui, je suis lamentable de ne pas être allé voter. Oui, le droit de vote est pour moi quelque chose de fort, qu'il faut préserver en montrant qu'il est utile, en allant aux urnes. Cependant, avec des hommes politiques qui jouent la carte de la célébrité, qui usent de discours ponctuels sans jamais expliciter l'enchainement logique de leur décision, ni leur objectif à atteindre et les différentes étapes pour y parvenir, pourquoi leur faire croire qu'ils nous intéressent ?

* Ne votons plus !, par Marie-Emma

J'ai toujours voté depuis l'âge de 18 ans. A droite, et une fois à l'extrème droite. Aujourd'hui à 40 ans je fais le choix de ne plus voter,car ça fait un peu trop longtemps qu'on se fout de nous et que nos politiciens usent de tout pour nous utiliser. Ils ne pensent qu'à leurs poches et non au peuple. Ils oublient qu'ils nous doivent leur position. Ils se déchirent comme des gosses dans une cour de récréation, sans scrupules ni respect pour eux même à fortiori les autres. Pour moi, aujourd'hui le peuple à le choix : ne pas voter! Leur faire comprendre qu'on ne veut plus d'eux. En France, les gens font carrière en politique, et assurent la carrière de leur descendance ; ça ne devrait pas exister. La France est devenue un pays de favoritisme pour certains et d'aide sociale pour d'autres. Et quel autres? Elle laisse crever les siens au seuil de sa porte. Nous faisant croire qu'il existe une certaine crise, laquelle par ailleurs a bien favorisée certains chefs d'entreprise et les banques. Réveillons-nous enfin ! Ces gens dépendent de nous en nous faisant croire le contraire. Marquons l'histoire : ne votons plus.

En 2009, 4 millions d'emplois ont été supprimés dans l'Union européenne

Dans l'ensemble des vingt-sept pays de l'Union européenne, 4,021 millions de personnes ont perdu leur travail sur l'ensemble de l'année 2009, soit une baisse de 1,8 % du nombre d'Européens ayant un emploi, selon des données provisoires publiées, lundi 15 mars, par l'office européen des statistiques Eurostat. En 2008, l'emploi avait progressé de 0,7 % dans l'UE.
En 2009, 2,721 millions d'emplois ont été perdus dans les seize pays partageant l'euro, soit un recul de 1,8 % du nombre d'emplois, après une hausse de 0,9 % en 2008. Sur le seul quatrième trimestre 2009, le nombre de personnes ayant un emploi a diminué de 0,2 % dans la zone euro comparé aux trois mois précédents, tandis que la baisse a été de 0,3 % dans l'UE (583 000 emplois perdus). C'est le sixième trimestre d'affilée de baisse de l'emploi dans la zone euro, après des reculs de 0,5 % aux deuxième et troisième trimestre. Au quatrième trimestre, 221,1 millions d'Européens avaient un emploi dans l'UE, dont 144,3 millions en zone euro.

Sur le trimestre, dans la zone euro, des baisses d'emplois ont été enregistrées dans l'industrie manufacturière (– 1,1 % dans la zone euro), la construction (– 0,4 %) et le secteur du commerce, des transports et communications (– 0,5 %). Il a également diminué de 0,1 % dans les activités financières et services aux entreprises. En revanche, l'emploi a crû dans l'agriculture (+ 0,5 %) et dans les autres services (administration publique, santé et éducation notamment, + 0,2 %).

L'irrésistible extension du .com

Le 15 mars 1985 apparaît sur la Toile le premier nom de domaine avec l'extension .com : Symbolics.com, un site commercial spécialisé dans l'intelligence artificielle. Vingt-cinq ans plus tard, ce nom de domaine a changé de mains, mais la réussite du .com n'est plus à démontrer. Sur plus de 192 millions de domaines dans le monde en 2009, on compte 80 millions de .com. 668 000 nouveaux noms de domaine, affublés de cette extension, s'ajoutent par ailleurs chaque mois.
Désormais, le .com est la garantie d'une dimension internationale pour les entreprises, même si son champ dépasse celui des sites commerciaux. Douze millions de sites relèvent du e-commerce, souligne l'entreprise Verisign qui gère cette extension, ainsi que le .net. Pour l'entreprise américaine, 81 % des internautes américains visitent cinq sites ou plus par jour en .com, et deux tiers d'entre eux visitent aussi entre cinq et vingt-cinq sites en .com par jour.

Si le .com a des allures de "success story", sa croissance fut néanmoins difficile jusqu'en l'an 2000. Deux ans et demi après le premier enregistrement, on ne comptait que cent noms de domaines. Les premières grandes entreprises à l'avoir adopté étaient IBM, Intel, l'opérateur AT&T et Cisco. Le .com n'a passé la barre symbolique d'un million qu'en 1997. Au total, entre 1985 et 2000, 21 millions de noms de domaines ont été enregistrés, contre 57 millions entre 2000 et 2010. "D'une utilisation par la communauté des adeptes de nouvelles technologies, le .com a évolué jusqu'à faire partie intégrante de l'économie mondiale", souligne Verisign.

CROISSANCE DU .CN

Bien souvent préféré aux extensions nationales, le .com (pour "commercial") est d'abord une manne économique, notamment pour Verisign, qui gère exclusivement l'attribution des noms de domaine en .com. De fait, si l'Icann (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) est l'autorité administrative chargée d'attribuer une adresse nominative aux adresses IP des ordinateurs, elle délègue le .com et le .net à Verisign, qui fixe notamment les prix.

En additionnant tous les chiffres du e-commerce du monde entier, l'Information Technology and Innovation Foundation (ITIF) évalue pour sa part le poids économique du .com à 400 milliards de dollars (293 milliards d'euros). "Cette part devrait plus que doubler, à 950 milliards de dollars [695 milliards d'euros], d'ici à 2020", souligne l'étude de l'ITIF.

Mais si Verisign se vante de la croissance du .com, l'extension doit désormais faire face à la concurrence de plus en plus accrue du .cn, plébiscité par les centaines de millions d'internautes chinois. "Le .cn devance le .de allemand, le .net, et le .uk (du Royaume-Uni)", souligne aussi la société américaine, dans son rapport du mois de février.
Laurent Checola

Quand Juppé reconnait "l'affaiblissement de l'UMP"

A droite, le maire de Bordeaux est le premier à reconnaître le mauvais résultat du 14 mars. Les responsables selon l'ancien Premier ministre: le débat sur l'identité nationale et la méthode des réformes.

Dans le concert d'auto-encouragements qui a cours à l'UMP ce lundi 15 mars, il est une voix qui détonne : celle de l'ancien Premier ministre Alain Juppé.

Le maire de Bordeaux a publié sur son blog un billet intitulé "Dimanche noir pour la démocratie". Il y fait preuve d'une franchise bienvenue après les résultats du premier tour des régionales.

A propos de l'abstention, d'abord, il estime que c'est un triple échec: "Pour les régions d'abord: visiblement elles ne sont pas connues et n'intéressent pas; leurs présidents ne se sont pas affirmés, aux yeux de l'opinion, comme des leaders. Echec aussi pour toutes les têtes de listes et leurs équipes, qui n'ont pas pu ou pas su créer le débat. Echec pour nous tous, responsables politiques, et pour nos partis qui ne répondons pas bien aux attentes de nos concitoyens."

Surtout, Alain Juppé est le premier responsable à droite à reconnaître "l'affaiblissement de l'UMP qui va devoir méditer la désaffection dont elle est l'objet". Il pointe aussi la responsabilité de "l'inopportun débat sur l'identité nationale" dans la remontée du Front national, servi par des "polémiques ambiguës".

Enfin, écrit l'ancien Premier ministre, "une réflexion s'impose désormais sur le rythme des réformes, la méthode selon laquelle elles sont lancées et préparées, la concertation qui les accompagne, la façon dont elles peuvent être mieux comprises et acceptées par une opinion que la crise déboussole. C'est apparemment l'intention du Président de la République." Tout est dans le "apparemment"...

Comment les Le Pen, père et fille, ont remis le FN en course

Dimanche 14 mars, 19 heures. Marine Le Pen traverse au pas de course la petite permanence qu'elle tient à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). "Le Front est de retour", lance-t-elle aux quelques journalistes présents. De retour, Jean-Marie LePen, déclaré mort politiquement il y a peu, l'est incontestablement.
Avec 20,29 % des suffrages, le président du Front national, 81 ans, assure au parti d'extrême droite son score le plus élevé du premier tour des régionales, en Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA). Juste après lui arrive sa fille. Forte de 18,31 % des voix recueillies dans le Nord-Pas-de-Calais, elle talonne la liste UMP emmenée par Valérie Létard, secrétaire d'Etat aux technologies vertes.

Les Le Pen, père et fille, sont revenus, ensemble, au premier plan de la scène politique. Plus que jamais, le FN est une affaire de famille. De patronyme d'abord. Sur sa seule force, il permet à une formation financièrement exsangue, qui a perdu en quelques années l'essentiel de ses militants et de ses cadres, qui a disparu du paysage dans des départements entiers, de narguer le sort qui lui était promis.

"Ces scores prouvent que Le Pen est une bonne marque", s'amusait, dimanche soir, le président du FN, se disant "assez satisfait" des résultats de son parti. Avec un score global de 11,74 %, le FN réalise une sérieuse remontée par rapport aux européennes de juin 2009 (6,34 %) et aux législatives de 2007 (4,29 %), sans toutefois égaler les 14,7 % enregistrés lors des régionales de 2004.

Le père, meilleur des candidats frontistes, suivi par la fille. Dimanche, une sorte de privilège de l'ancienneté a été respectée. Formellement du moins. Pour Marine Le Pen, 41 ans, le leadership médiatique et politique qu'elle a pris au FN est confirmé. Et pour cause : elle est la seule à avoir amélioré le score régional de son parti par rapport à 2004.

En réalité, croit pouvoir en déduire Bruno Larebière, rédacteur en chef de l'hebdomadaire d'extrême droite Minute et fin connaisseur du FN, "la marque FN est morte, et Marine Le Pen a réussi à transformer la marque Le Pen en marque Marine. C'est pour cela que l'idée d'un changement de nom du parti lui trotte dans la tête".

Il est vrai que la vice-présidente du FN a profité de ce scrutin pour poser son empreinte. Commençant sa campagne très tôt, dès le mois d'octobre, Mme Le Pen a pris le contre-pied de son père, dans la méthode et sur le fond. Si le président du FN s'est contenté, notamment en raison de son âge, de dîners et de déjeuners avec les militants de PACA, de préférence les week-ends, sa fille a décidé d'opter pour une campagne de "terrain".

Centrant son discours sur la crise économique et l'électorat populaire, elle est allée sur tous les marchés de la région. Elle n'a négligé aucune circonscription. Elle a multiplié les "sorties d'usine". Et a appliqué, méthodiquement, à l'échelle d'une région, la recette qui a fait son succès à Hénin-Beaumont, la ville qui est devenue sa base arrière et son laboratoire politique, où la liste FN a raté de peu l'élection lors d'une municipale partielle en 2009.

Dimanche soir, elle réalisait encore quelque 40 % des voix dans cette commune et distançait l'UMP dans le Pas-de-Calais, et plus largement encore dans le bassin minier.

Son père, lui aussi, a appliqué des méthodes éprouvées. PACA est une région où le FN a prospéré sur le vote des rapatriés d'Algérie ? Jean-Marie Le Pen a déposé une gerbe aux "martyrs de l'Algérie française" à Toulon, et fait siffler de Gaulle lors de la diffusion d'images d'archives.

PACA compte nombre d'habitants d'origine maghrébine ? Le FNJ, le mouvement de jeunesse du FN, a collé des affiches représentant une femme en voile intégral avec, en arrière-plan, un Hexagone aux couleurs de l'Algérie hérissé de minarets.

A elle le discours social sur "l'Etat-providence". A lui les sorties sur "l'invasion migratoire". "Il y a eu un partage des rôles entre le père et la fille qui a pu paraître calculé, mais le FN a essayé de s'adapter aux réalités du terrain, estime pour sa part Louis Aliot, secrétaire général. En PACA, il y a un gros problème d'immigration et d'insécurité alors que dans le Nord-Pas-de-Calais, les problèmes sont d'ordre économique et social."

Car, dès ce soir de premier tour, c'est bel et bien l'après-Jean-Marie Le Pen qui se dessine. Père et fille ont beau le nier, la succession à la tête du FN est dans tous les esprits. Bruno Gollnisch, autre vice-président du FN et prétendant potentiel, recueille 14,01 % des voix en Rhône-Alpes, alors que l'ensemble des sondages le donnait aux environs de 8 %.

Un "bon" score qui semble insuffisant pour disputer à Marine Le Pen la position de favorite dans la course à la succession. "Rien ne disqualifie personne", s'empresse-t-elle pour autant de préciser. Quant à celui qui est encore président du Front, la question de sa succession "n'est pas le problème ce soir. L'élection n'est pas encore terminée".

La date du congrès, qui verra Jean-Marie Le Pen quitter la tête du parti – il deviendrait "président d'honneur" –, n'est pas encore arrêtée. La fille pousse pour que ce soit le plus tôt possible, à l'automne 2010. Le père, lui, voudrait rester en place jusqu'au printemps 2011.

En privé, Marine Le Pen se dit confiante que son père respectera son engagement. Elle sait aussi qu'il conservera tous ses mandats et continuera à peser sur la vie du Front. Il pourrait d'ailleurs, fort de son score, y être encore davantage incité. En matière de succession, aussi, c'est une affaire de famille.
Abel Mestre (envoyé spécial à Hénin-Beaumont) et Caroline Monnot

LA FAUTE DE SARKOZY EST DE N'AVOIR PAS MENÉ LA POLITIQUE DE DROITE QU'IL AURAIT DÛ MENER, LES ÉLECTEURS QUI VOIENT DE PLUS EN PLUS D'ÉTRANGERS AVOIR DES DROITS DE PLUS EN PLUS ÉTENDUS SE SONT LASSÉS DE CETTE DÉRIVE ET SE SENTENT MENACÉS, C'EST ÇA L'IDENTITÉ NATIONALE.
SAKOZY NE L'A PAS COMPRIS. TANT PIS POUR LUI.

Peter Graves, vedette de "Mission: Impossible", est mort

L'acteur américain Peter Graves, vedette de la série d'espionnage "Mission: Impossible" à la fin des années 1960, est mort dimanche à l'âge de 83 ans.

L'acteur a été retrouvé à son domicile de Los Angeles et semble être décédé de cause naturelle, a dit la police. Un représentant de Peter Graves a déclaré qu'il avait été victime d'une crise cardiaque.

S'il est apparu dans 130 films ou programmes télévisés, son visage restera associé à celui de Jim Phelps, figure de proue de la série "Mission : Impossible" qu'il a incarné de 1967 à 1973.

Le rôle de cet agent, systématiquement destinataire d'instructions sur une cassette qui s'autodétruit après écoute, lui a valu un Golden Globe en 1971.

Il a également connu la célébrité au cinéma avec son rôle de pilote pas très fin et dépassé par les événements dans la comédie "Y'a-t-il un pilote dans l'avion" en 1980.

Ces dernières années, il présentait un programme historique baptisé "Biography" sur une chaîne du câble américain.

Le pied de nez de Georges Frêche

Il l’avait rêvé. Les électeurs l’ont fait. Georges Frêche ne pouvait espérer mieux. Se retrouver seul représentant de la gauche, au soir du 1er tour, quel pied de nez à l’Histoire ! Pas de quoi gâcher la fête à Martine Aubry, bien sûr. Mais quand même… En frappant fort, ici et contre Paris, Georges Frêche a infligé un désaveu à tous ses ennemis. En Languedoc-Roussillon. Comme rue de Solférino.

Le fiasco d’Hélène Mandroux est une double victoire. D’abord contre ses détracteurs locaux. Ses vrais faux amis de trente ans. Il envoie, ensuite, un message clair à Martine Aubry : « Vous avez voulu la guerre. Vous l’avez perdue. Rendez-vous à la Présidentielle. » La défaite des Verts est aussi un signe fort. Jean-Louis Roumégas et ses troupes renvoyées
à leurs chères études. Adieu la percée espérée. Seul le Front de gauche aura été à la hauteur de ses ambitions. Mais en partant dispersées au combat, les listes de gauche avaient pris un risque démesuré. Elles en payent le prix fort. Hier soir, Georges Frêche pouvait arborer la mine des grands soirs. Celle des belles victoires. Se montrer magnanime. Tendre une main fraternelle à toutes les listes de gauche. Il lui reste à savourer le second tour. Et devenir, le seul président de Région à ne pas avoir la carte du PS.

A droite, Raymond Couderc n’aura pu résister à la vague nationale. Inaudible dans cette campagne, malgré sa bonne volonté, le sénateur-maire de Béziers fait moins bien que Jacques Blanc en 2004. Il limite les dégâts. Mais ne peut espérer renverser la tendance. Car l’ennemi refait surface.

Le Front national est de retour. Satané cauchemar pour lui. Comme pour toute la droite en France. Hier, Mme Jamet aiguisait déjà les couteaux pour la triangulaire meurtrière. La gauche, face à l’UMP et le Front national. Comme en 2004. Un goût de déjà vu. Frêche peut se frotter les mains.


François MARTIN

RÉGIONALES – Peu de votants, surtout à droite

La majorité UMP a été lourdement sanctionnée hier lors du premier tour des élections régionales, laissant la gauche loin en tête dans un scrutin marqué par un taux d’abstention record et par un rebond du Front National
Une abstention record
Moins d’un électeur sur deux (47%) s’est déplacé hier pour voter au premier tour des élections régionales. C’est la participation la plus faible dans l’histoire de ce scrutin, par ailleurs le dernier avec la création prochaine des conseillers territoriaux regroupant Régions et départements. Les Régions forment une entité diffuse qui n’a jamais vraiment mobilisé les électeurs. Toutefois, en 2004, le taux d’abstention s’affichait 13 points plus bas (40%) qu’hier. Les élections européennes de juin 2009 détiennent le record en la matière avec 59,37% d’abstentionnistes.

La gauche en tête
Avec presque 30% des voix, le Parti socialiste est le gagnant du premier tour. Le PS n’a semble-t-il pas été pénalisé par l’abstention. Au second tour, le PS pourra compter sur une bonne partie des voix des écologistes et des partis de la gauche radicale. L’objectif de grand chelem dans les 26 régions françaises est donc toujours d’actualité pour la gauche.

Les Verts en force
Avec 13% des voix au plan national, Europe Ecologie surfe sur la vague des Européennes de l’an dernier. Les Verts de Cohn-Bendit s’installent comme la deuxième force politique à gauche, loin devant le NPA de Besancenot (2%). Ils ne seront pas en mesure de remporter une Région, mais devraient prendre du poids dans les majorités de gauche des Conseils régionaux au terme des négociations sur les fusions de liste qui seront conduites avec le PS dès lundi.

L’UMP sanctionnée
Le scrutin d’hier, bien que de portée régionale, marque évidemment une sanction à mi-mandat contre la politique du Président Sarkozy et le gouvernement. En période de crise et de chômage, la gauche a mobilisé. A droite, les déçus du Sarkozysme sont restés chez eux. Au final, l’UMP récolte 27% des voix, mais ne possède pas de réserve pour aborder le second tour avec optimisme. Ses ministres cadors engagés dans l’élection (Pecresse, Darcos, Le Maire…) sont mal embarqués. L’ampleur de la défaite au second tour risque de dicter ou non un remaniement ministériel.

Le FN rebondit
Qui dit vote sanction, dit Front National. Le FN a dépassé les 10% au plan national lors du scrutin d’hier. Le parti d’extrême-droite sera présent au 2e tour pour des triangulaires dans de nombreuses régions : Rhône-Alpes, Nord-Pas-de-Calais, Languedoc-Roussillon, Centre, Haute-Normandie, Franche-Comté… Pour sa dernière bataille électorale, Jean-Marie Le Pen a obtenu plus de 20% des voix en PACA. Sa fille, Marine, a récolté 19% des suffrages dans le Nord-Pas-de-Calais.
Thierry CLÉMENT.

ENTRE LES SOCIALISTES QUI CRIENT DÉJÀ VICTOIRE ET RÉCLAMENT LA TÊTE DE SARKOZY, LES VERTS QUI CROIENT VOIR LA VIE EN ROSE, LA FRANCE S'EST EMBARQUÉE DANS UNE GALÈRE QUI NE LA MÈNERA PAS À BON PORT.
COMMENT RÉFORMER UN PAYS SI LES CONTRE POUVOIRS SE MULTIPLIENT ?
HEUREUSEMENT LE FN EST LÀ ET BIEN LÀ CELA ME RASSURE.

samedi 13 mars 2010

Hollywood veut son Hadopi

TELECHARGEMENT - Selon l'agent Ari Emanuel, l'industrie est en discussion avec Barack Obama...

Hollywood aime Paris. L'amour, la mode, la gastronomie... Et désormais Hadopi. Comme la Grande-Bretagne, les Etats-Unis aimeraient bien se doter d'une loi incluant la suspension de connexion comme sanction contre l'internaute pris en flagrant délit de téléchargement illégal. Philosophie de base: «Three strikes and you're out» («trois avertissements et t'es dehors»), comme au baseball.

Pour plaider sa cause en haut lieu, Hollywood dispose d'un atout de poids: Ari Emanuel, le patron de l'agence William Morris Endeavor Entertainment. Le nom vous semble familier? Normal. Il a servi de modèle pour le personnage culte d'Ari Gold, dans la série Entourage. Mais surtout, c'est le frère de Rahm Emanuel, le chef de cabinet de... Barack Obama. Pratique pour un accès direct à la Maison Blanche. «Nous sommes en pleines discussions avec le président et plusieurs ministres de la Justice (d'Etats, ndr) pour essayer de mettre en place» un système de riposte graduée, confie-t-il au Guardian.
Doutes

D'autres figures d'Hollywood ont vanté les mérites du système français, comme le réalisateur Steven Soderbergh. Mais si James Murdoch (fils de Rupert) estime que «télécharger illégalement, c'est comme voler un sac-à-main», certains attirent l'attention sur une conséquence inattendue du système français: selon une étude de l'Université de Rennes, le nombre de pirates aurait augmenté de 3% en France entre septembre et décembre. Le téléchargement illégal en peer-to-peer aurait baissé de 15%, mais les internautes se tourneraient davantage vers le streaming et les news groups.
Philippe Berry

Disparition de Jean Ferrat

Le chanteur s'est éteint en Ardèche samedi à l'âge de 79 ans. Retour sur la vie d'un artiste engagé, au service de tous les combats pour la fraternité, la révolte et l'idéal communiste, mais également un poète fou d'Aragon, qu'il a interprété avec talent.

Jean Ferrat, qui résidait depuis des années en Ardèche, y est décédé samedi à l'âge de 79 ans, a annoncé le sous-préfet de Tournon-sur-Rhône. «Il est décédé à l'hôpital d'Aubenas», où il avait été hospitalisé quelques jours auparavant, a-t-il précisé.

Jean Ferrat? Des chansons au drapeau rouge, diraient les uns. De grands poèmes gréés de mélodies vastes comme le cœur de la France, diraient les autres. Potemkine et La Montagne, Aimer à perdre la raison sur les vers de Louis Aragon et Un air de liberté dans lequel il croisait le fer avec notre confrère Jean d'Ormesson... Un air de Fête de l'Huma et des refrains immortels, des mots de tous les jours et tous les drames de l'Histoire convoqués au détour d'un refrain.

Jean Tenenbaum est né à Vaucresson le 26 décembre 1930, mais a grandi à Versailles. Non le Versailles des beaux quartiers, mais celui d'une famille modeste de quatre enfants. Père joaillier petit joaillier et mère fleuriste. La musique? Pas de phonographe, le concert du dimanche soir à la TSF, sa mère qui chante du lyrique léger d'une jolie voix de soprano: l'air des Clochettes de Lakmé, On m'appelle Manon...

Chimie, guitare, jazz et Aragon

La guerre arrive. Son père est juif, sa mère ne l'est pas : un jour, son père part pour ne plus revenir. A quinze ans, il quitte le lycée pour aider sa famille. Il commence en même temps des études de chimie qu'il délaisse de plus en plus au profit du théâtre et de la chanson, tendance Prévert et Kosma, répertoire à la Montand. A vingt ans, il joue de la guitare dans un orchestre de jazz, compose ses premières chansons. Il tente quelques auditions sous le nom de Jean Laroche, sans succès. L'horizon s'ouvre un peu en 1956, quand il met en musique Les Yeux d'Elsa, poème de Louis Aragon, cinq ans avant que Léo Ferré, à son tour, ne s'intéresse au poète communiste. Ce n'est pas Jean Ferrat lui-même qui «lance» Les Yeux d'Elsa, mais André Claveau, le plus populaire des chanteurs de charme du moment. Jean Ferrat, remarqué par le métier, commence à tourner régulièrement dans les cabarets de la rive gauche en s'accompagnant à la guitare. Ses chansons lui apportent surtout, à ce moment-là, de rencontrer une jeune chanteuse, Christine Sèvres, qui deviendra son épouse. «J'ai chanté sept ans avant de voir une petite lueur, nous dira-t-il plus tard. Sept ans, ce n'est rien du tout à dire, mais quand on les vit journellement, qu'il faut manger, c'est long...»

Il rencontre le complice professionnel de toute sa carrière à venir, Gérard Meys, tour à tour agent artistique, éditeur et, plus tard, patron de label discographique. Et, en décembre 1960, Jean Ferrat passe enfin à la radio: Ma môme, sur un texte de Pierre Frachet, est son premier succès. La France fredonne «Ma môme, elle joue pas les starlettes/Elle met pas des lunettes/De soleil/Elle pose pas pour les magazines/Elle travaille en usine/A Créteil.» Tout est là: l'air du temps vu du côté des gens simples, l'évidence des sentiments, le refus des chimères de l'argent et de la gloire...

Tout décolle avec Nuit et Brouillard

En 1961, Zizi Jeanmaire lui demande des chansons et l'engage en première partie de son spectacle pour six mois à l'Alhambra, son premier music-hall, pour lequel il cesse de s'accompagner sur scène à la guitare. Deux enfants au soleil (également chantée par Isabelle Aubret) contribue à l'ancrer dans l'esprit du public. Mais tout décolle vraiment à la fin de l'année 1963 avec l'album Nuit et Brouillard, qui confirme que la chanson et son public peuvent aborder tous les sujets.

Il est couvert de prix et de récompenses professionnelles, mais le plus grand succès ne tardera pas : La Montagne sort en 1964 et évoque l'Ardèche où Ferrat s'installe justement cette année-là, dans le village d'Antraigues auquel il restera toujours fidèle, au contraire des ruraux qui, dans sa chanson, cèdent à l'appel de la ville, «Du formica et du ciné (...) Pourtant que la montagne est belle/Comment peut-on s'imaginer/En voyant un vol d'hirondelles/Que l'automne vient d'arriver?»

Dès lors, il ne va pas cesser d'écrire et de publier de grandes chansons, souvent marquées à gauche. Car le fils du déporté Tenenbaum est définitivement attaché à des valeurs de justice, de fraternité et de liberté qui, un temps, le rapprochent sinon du Parti communiste, du moins de ses combats du moment. Son voyage à Cuba, en 1967, le marque profondément, comme en témoignent les chansons Santiago et Guerilleros. Mais il n'est pas toujours à son aise avec l'Union soviétique: déjà Potemkine, en 1965, est interdit de télévision en France et lui vaut l'annulation d'un voyage en URSS. La rupture sera spectaculaire en 1980 avec Le Bilan. Mai 68 le voit participer à des soirées organisées pour les grévistes à Bobino puis régler leur compte aux gauchistes avec l'incendiaire chanson Pauvres Petits Cons.

Le fou de poésie retrouve aussi Aragon en 1971. Ferrat chante Aragon se vendra en quelques mois à un million d'exemplaires, chiffre au moins doublé depuis. Et il fait d'Aimer à perdre la raison un standard de la chanson française, avant de citer encore Aragon dans La Femme est l'avenir de l'homme, autre énorme succès populaire au texte exigeant.

La grande poésie française dans la rue

En 1973, il prend la curieuse décision de ne plus donner de concerts ou plutôt il n'en prend pas la décision. «Je me disais que j'arrêtais un ou deux ans. Je ne pensais pas arrêter définitivement. D'ailleurs, je n'ai pas arrêté définitivement. Mais le temps a passé. Quand je faisais un nouveau disque, tous les quatre ou cinq ans, j'avais un an de travail pour voir les journaux, faire des émissions, la promotion dans les autres pays d'expression française. Puis je soufflais et il me fallait deux ou trois ans pour réécrire un nouveau disque. Et je n'ai pas eu un désir de scène suffisant pour repartir.»
Ses disques sont pourtant des succès énormes, en marge du show-business, comme seize nouvelles adaptations d'Aragon en 1995. Fin 2002, nous l'avions rencontré à l'occasion de la sortie de Ferrat en scène, enregistrement réalisé en public onze ans plus tôt à l'occasion d'une émission de télévision. «Ce qui est pour moi un sujet de satisfaction, c'est d'avoir mis dans la rue des chansons issues de la grande poésie française, en particulier Aragon, nous disait-il. Et je l'ai fait à l'encontre de tout ce qu'on me disait et de tout ce qu'on entend encore chez les gens de radio, chez les gens de ce métier dégueulasse, de ces marchands de merde qui tiennent aujourd'hui les propos qu'on me tenait à cette époque: «Oh! C'est bien ce que vous faites, c'est beau, mais ça n'intéressera personne. C'est pour un petit cabaret de la rive gauche...» Et moi, j'ai prouvé le contraire. Et ces connards, vous croyez que ça leur a servi de leçon? Non, on entend la même musique: ça c'est pour les jeunes, ça c'est pour les moins de quinze ans, les jeunes beurs, les jeunes blacks, les jeunes citadins...»

S'il lui arrivait encore de monter en ligne, ce n'est plus en mettant son nom au bas de pétitions politiques, mais en défendant, de prises de positions dans la presse en tables rondes dans les festivals, cette chanson française que l'on commence à appeler «classique». Mais quand on lui demandait quand il comptait sortir un disque de nouvelles chansons, il répondait: «Il faut que je me mette au turbin.»

Jean Ferrat avait apporté son soutien à la liste présentée aux élections régionales par le Front de Gauche en Ardèche.