vendredi 23 mai 2014
GE donne à Alstom jusqu'au 23 juin pour étudier son offre
L'américain General Electric (GNE 19.31 0%) , candidat au rachat des activités énergie d' Alstom(ALO 28.56 -0.63%) , a annoncé jeudi accorder un délai de trois semaines supplémentaires au groupe français pour examiner son offre.
Répondant à une demande du gouvernement français qui souhaite une proposition améliorée de GE, le groupe américain explique avoir accepté que la date butoir soit repoussée du 2 au 23 juin, ce qui pourrait également permettre à l'allemand Siemens de concrétiser son intention de faire lui aussi une offre.
"A la demande du gouvernement français, nous avons convenu, en concertation avec Alstom, de prolonger le délai d'étude de notre offre par le conseil d'administration d'Alstom jusqu'au 23 juin", fait savoir GE dans un communiqué.
"Nous avons pris cette décision pour permettre d'approfondir les discussions constructives que nous avons actuellement avec le gouvernement", poursuit le groupe américain.
Le Ministre de l'Economie Arnaud Montebourg s'est félicité dans un communiqué de cette décision, ajoutant qu'il était "dans l'intérêt de tous de travailler efficacement et rapidement à la recherche d'une solution, dans les meilleurs délais, avant le 23 juin".
"Ce délai va permettre au gouvernement d'examiner avec General Electric et Alstom les voies et moyens de répondre aux questions posées par l'opération (...)", a-t-il poursuivi.
A New York où il participait à une conférence, le directeur général de GE Jeff Immelt a dit s'attendre à une issue favorable.
"C'est un accord qui pourra être mis en oeuvre. C'est un accord pour lequel nous avons de l'expérience. C'est un accord que nous entendons conclure", a-t-il déclaré, ajoutant que GE "savait ce qu'il faisait".
"Nous savons travailler avec les gouvernements et nous avons une excellente réputation en France", a-t-il souligné en parlant lui aussi d'échanges "constructifs".
Selon une source au fait des discussions entre GE et l'Etat, les deux parties cherchent toujours à trouver des solutions pour renforcer le pôle ferroviaire, confier l'éolien et l'hydroélectricité à des investisseurs français, protéger les turbines pour les centrales nucléaires et garantir des créations d'emplois.
Dans la signalisation ferroviaire, un secteur convoité par Alstom, une solution "peut passer par une alliance ou une vente des activités de GE", a précisé cette source, tout en précisant qu'il ne s'agissait que de "pistes de réflexion".
GE s'est jusqu'ici engagé à étudier la possibilité de créer une coentreprise avec Alstom dans ce domaine.
Il a également annoncé son intention de faire croître le nombre d'emplois en France dans les activités rachetées à Alstom, un engagement qu'il pourrait être amené à préciser qualitativement, voire à chiffrer, selon la source.
"Alstom accueille favorablement l'initiative de GE", a pour sa part réagi le groupe français dans un communiqué.
Ces annonces surviennent alors que le gouvernement a indiqué jeudi qu'il étudiait une solution avec des capitaux français, privés et éventuellement publics, pour renforcer Alstom au cas où aucun accord ne serait trouvé avec General Electric ou Siemens.
"Le plan A c'est GE, le plan B c'est Siemens, le plan C c'est une solution 'maison France'. Public, privé, ou privé, peut-être pas public, je ne sais pas. Nous y travaillons", a ainsi fait savoir le ministre de l'Economie Arnaud Montebourg.
(Avec Lewis Krauskopf à New York, édité par Gilles Guillaume)
Un match de titans
Un match de titans
Qui se désole de la faiblesse des débats européens n’a pas entendu M. José Bové. Poursuivant le match de titans qui l’oppose à M. Jean-Luc Mélenchon, il a eu hier cette phrase sur celui-ci : « Plus je discute avec les cons, plus je les rends intelligents ». Il paraphrasait une maxime de Michel Audiard pour qui « faut pas parler avec les cons, ça les instruit ». On voit tout de suite la différence : où l’écologiste laisse éclater son égo et, content de lui, se met en scène, le dialoguiste cisèle une vérité. Comme quoi, il faut faire attention dans le maniement des concepts surtout lorsqu’ils sont universels comme la connerie. Encore M. Mélenchon ne doit-il pas se réjouir trop vite : être qualifié de con par un imbécile ne donne pas pour autant un brevet d’intelligence.
Ce que pense vraiment Sarkozy de l'Europe
«Réconcilier la France du oui et la France du non», à la suite du référendum de mai 2005 par lequel les Français ont rejeté le traité constitutionnel européen, était l'une des obsessions de Nicolas Sarkozy, candidat à la présidence de la République en 2007, puis chef de l'Etat. C'est dire que chez lui, l'Europe n'est pas un affaire d'idéologie. L'ancien chef de l'Etat ambitionnait de transcender les clivages classiques, par exemple entre fédéralisme et souverainisme, souhaitant, comme il le répétait souvent, que «tout le monde puisse se retrouver dans sa vision de l'Europe».
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| Image d'archives |
S'il fallait caractériser celle-ci, ce pourrait être dans les termes «Europe des réalités». Avant tout, Sarkozy se montre sensible à la dimension culturelle et historique d'une Europe dont il souligne les racines communes, grecques, latines, chrétiennes, intellectuelles. L'histoire imprègne sa vision d'un continent fondamentalement uni qui s'est trop souvent auto-détruit dans des conflits atroces. D'où l'invocation, fréquente chez lui, du lien entre l'Europe et la paix.
L'utopie est absente de son approche européenne. Selon lui, l'unification politique du continent est inscrite dans une logique historique qui procède de son unité fondamentale et de la nécessité de faire revivre cette unité pour exister dans un monde dominé par de grands empires, américains, russe, brésilien, chinois, indien. L'Europe puissance, il en a donné une illustration en tant que président du Conseil européen au second semestre 2008, lors de sa médiation entre la Russie et la Géorgie qui permit de ramener la paix entre les deux pays.
Comme ses quatre prédecesseurs à l'Elysée, il se reconnaît pleinement dans le processus de la construction européenne. Il en a soutenu sans réserve chacune des étapes: Maastricht (1992), Amsterdam (1997), Nice (2000). A la suite de l'échec du référendum constitutionnel de 2005, son implication personnelle dans l'adoption du traité de Lisbonne, «traité simplifié» qui en a repris les dispositions essentielle, fut décisive.
Pourtant, Nicolas Sarkozy développe une vision critique des institutions de l'Union européenne, s'exaspérant de ses lenteurs, de ses lourdeurs bureaucratiques et de ses procédures. Il n'est pas dans une logique de soumission inconditionnelle aux autorités de Bruxelles. Ainsi, en septembre et octobre 2010, il entre en conflit ouvert avec la Commission accusée de ne pas prendre ses responsabilités et de s'ériger en autorité morale au sujet des populations nomades d'Europe orientale.
Il a pleinement conscience de la difficulté de fonctionner d'une Europe à 28 Etats et prône le leadership européen d'un cercle de grands pays. Le binôme franco-allemand doit être selon lui le moteur de la construction européenne. Mais au-delà, sa vision de l'Europe, à dominante inter gouvernementale, se fonde sur l'impulsion nécessaire d'un groupe des six grands Etats (France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Espagne, Pologne), auxquels il incombe de montrer la voie de l'unification. Cette conception lui a été souvent reprochée au nom d'une orthodoxie communautaire qui favorise une solidarité européenne globale.
Nicolas Sarkozy, dans l'esprit des «Pères fondateurs» (Jean Monnet, Robert Schuman) entend fonder l'Europe sur des solidarités objectives. Deux ambitions se distinguent dans sa politique européenne.
La défense de l'euro a constitué, tout au long de sa présidence, une priorité absolue. Lorsque la monnaie européenne, dans la tourmente de la crise des subprimes, a été menacée d'implosion au cours de l'hiver 2011-2012, son binôme avec Madame Merkel a probablement joué un rôle décisif dans le sauvetage de cette devise. Le lien qu'il a alors établi entre la survie de l'euro et le salut de l'Europe, voire même de la paix en Europe, mal compris car jugé excessif dans un pays frappé par la montée du chômage et la désindustrialisation, a pu le desservir lors de campagne présidentielle de 2012.
Un autre point clé de son engagement européen est la politique de l'immigration. Rejetant à la fois le principe d'immigration zéro et l'idée d'une ouverture illimitée, il se montre extrêmement préoccupé par les désordres migratoires qui frappent l'Europe en particulier l'Italie et souhaite développer une politique commune organisée, maîtrisée. D'où la signature du fameux «pacte européen pour l'immigration et l'asile», à son initiative personnelle, sous sa présidence de l'Union européenne en octobre 2008. En outre, à la suite des printemps arabes et d'une poussée de l'immigation illégale par la Méditerranée, la réforme de «Schengen», destinée à permettre à un Etat de rétablir provisiorement ses contrôles à ses frontières internes (avec un autre pays de l'espace de libre circulation), fut l'un de ses grands chantiers qui ne put aboutir en raison de la défaite de mai 2012.
Nicolas Sarkozy insiste sur la nécessité de doter l'Union européenne de frontières. L'extension indéfinie de l'Europe est incompatible selon lui avec son approfondissement, le renforcement de son unité. Son opposition à l'entrée de la Turquie est une constante de son discours.
Pour autant, l'ancien chef de l'Etat ne préconise pas une Europe fermée et repliée sur elle-même. Le continent a vocation à rayonner et à prendre une part décisive dans les équilibres du monde multipolaire. Ainsi, Sarkozy croit profondément à un lien particulier qui unit l'Europe et l'Afrique. «L'Europe et l'Afrique s'en sortiront ou diparaîtront ensemble» avait-il coutume de répéter, lors de ses déplacements au sud de la Méditerranée.
jeudi 22 mai 2014
Les exploits de Messieurs les ronds-de-cuir
Les exploits de Messieurs les ronds-de-cuir
Courteline, l’auteur du Train de 8 heures 47, aurait rêvé d’une telle anecdote : vingt petits centimètres de largeur en trop pour quelques dizaines de millions d’euros d’argent jetés par les fenêtres. Avec sa plume acide de pourfendeur de « Messieurs les ronds-de-cuir », il aurait ridiculisé cette affaire d’empattement des trains et porté le fer là où son humour cruel fait mal : la bureaucratie, la concurrence bas de gamme entre services, les mesquineries de la vie de bureau qui font se monter les uns contre les autres des personnages de théâtre censés collaborer. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : de guéguerres picrocholines entre deux structures, la SNCF et Réseau ferré de France qui, du jour où elles ont été séparées, se sont déchirées. Sautant d’un conflit à l’autre, ces deux réserves de cerveaux bardés de diplômes, tous ces polytechniciens, ces ingénieurs des Mines, des Ponts, des Travaux publics et autres représentants de l’énarchie ont fini par donner une belle leçon d’absurdité.
Bien entendu, personne ne songerait à reprocher à la SNCF ou à RFF de vouloir moderniser nos trains. Mais que les travaux se fassent à l’insu de leur plein gré est indéfendable.
Heureusement, le gouvernement n’a pas tardé à réagir. Et à brandir … une loi ! Oui, une loi, qui rassemblera bientôt ce que la loi avait séparé il y a une quinzaine d’années. Comme si alourdir les structures de la SNCF était une solution. Une fois de plus, le dogme du service public est passé par là : impossible d’envisager autre chose. Et surtout pas la privatisation des quais, des gares ou des structures commerciales de ce réseau tentaculaire. C’eût été trop d’audace de rendre simple et compétitif ce qui est compliqué et administratif. Courteline aurait certainement adoré en faire un chapitre supplémentaire de L’Ami des lois.Nicolas Beytout
Sur fond de discrédit de la parole politique et de crise économique, les élections européennes de dimanche devraient réserver peu de surprises. Les partis eurosceptiques ont, selon les derniers sondages, toutes les chances d'arriver en tête du scrutin dans de nombreux pays, y compris en France et en Grèce, avec des scores oscillant très souvent entre 25% et 30%.
C'est d'ailleurs à Athènes que tous les regards devront se tourner dimanche soir. A en juger par le résultat des récentes élections locales dans le pays, le grand vainqueur des européennes devrait être le parti de gauche radical Syriza. Ce n'est en rien inattendu dans un pays où le PIB s'est contracté de 25% depuis 2009, avec les conséquences sociales qu'on peut aisément imager.
Cette situation fait le lit des extrêmes. On le sait, un bon score des eurosceptiques ne pourra pas vraiment entraver le système bruxellois tant les divergences idéologiques sont profondes entre le FN, le Jobbik hongrois et l'UKIP britannique.
En revanche, en Grèce, c'est un véritable choc politique et financier qui pourrait survenir. Le Premier ministre Samaras a, en effet, annoncé la convocation d'élections législatives anticipées si son parti était battu dans quatre jours. Une nouvelle zone d'incertitude pour les investisseurs et de turbulences pour la zone euro pourrait alors s'ouvrir.
En période de faible volatilité sur les marchés financiers et de survalorisation des principaux indices boursiers sous l'effet des politiques monétaires très accommodantes de part et d'autre de l'Atlantique, la matérialisation d'un risque grec aurait des effets dévastateurs sur les valorisations boursières et la capacité d'endettement de nombreux pays membres de l'Union monétaire qui ne commencent qu'à se rétablir.
Dans l'hypothèse d'un nouveau scrutin législatif, Syriza pourrait s'imposer et jouer de son assise électorale au sein du gouvernement de coalition qui pourrait se former dans la foulée. Le scénario le plus probable serait alors une renégociation des conditions des plans d'aide en cours, qui représentent actuellement le montant énorme de 300 milliards d'euros, créant au passage un nouveau regain de tensions sur la dette des pays périphériques et sur l'euro.
Au mieux, le nouveau gouvernement grec pourrait demander un allongement des maturités sur les obligations grecques et / ou une réduction des taux d'intérêt appliqués. Au pire, il sera question d'une deuxième restructuration de la dette de la Grèce.
Ce risque latent devrait inciter les créanciers du pays, Allemagne et France en tête, a trouvé une solution durable à la question grecque au lieu de privilégier, depuis 2010, la stratégie de la fuite en avant. Il faut avouer aux électeurs européens que la trajectoire ascendante de la dette grecque n'est pas soutenable et que les pays européens vont devoir, tôt ou tard, accepter leurs pertes. Ce serait un geste de vérité politique et de solidarité européenne nécessaire en cette période de pessimisme et de méfiance généralisés.
Les messages (à peine) cachés de Sarkozy à Hollande, au PS et à l'UMP
L'ancien chef de l'Etat signe une longue tribune dans Le Point à trois jours des européennes. Il y détaille ses idées de réforme et en profite pour régler quelques comptes, majoritairement avec François Hollande.
Six pages dans un des grands hebdomadaires de France à trois jours des européennes... la tribune de Nicolas Sarkozy publiée dans Le Point est un signe de plus du retour de l'ex, une "carte postale" comme disent ses proches. Mieux, "un recommandé avec accusé de réception" pour reprendre les mots de Brice Hortefeux, qui confiait à la fin de l'année dernière, que 2014 verrait une accélération des prises de parole de Nicolas Sarkozy.
Que trouve-t-on sur cette carte postale? Au recto, une belle photo de l'Union européenne; au verso, un début de programme pour 2017. Et pour quelques heureux destinataires, un message personnel, un "bons baisers" de Nicolas Sarkozy.
La première cible des critiques de l'ancien président est sans surprise François Hollande. A aucun moment, son nom n'est cité. Pas plus que celui du parti socialiste. Cette tribune sur l'Europe ne doit pas donner l'impression d'être un commentaire de politique intérieure, ce que n'a pas manqué de faire remarquer Brice Hortefeux au micro de France Info ce jeudi matin: "La démarche de Sarkozy n'est pas partisane. Il s'adresse bien au-delà des frontières politiques. Il s'adresse aux Français et aux Européens."
Merkel prend un coup au passage
Entre les lignes -avec tout de même un gros stylo un peu baveux- l'ancien chef d'Etat s'en prend à la politique menée par François Hollande. "Impôts sans limite, dépenses publiques sans frein ni contrôle, déficits explosés, nivellement généralisé... Heureusement, comme nous dépendons des autres en Europe et que les autres dépendent de nous, le pire n'est pas toujours possible...", écrit-il.
L'Europe ne nous protège pas uniquement des conflits armés, elle est également un rempart contre le socialisme. Une idée développée dans un autre passage de la tribune de Nicolas Sarkozy: "Je vois un autre grand mérite à l'Europe et, tout spécialement dans la période que nous vivons : elle nous protège des dérives idéologiques de nos gouvernants et des majorités qui les soutiennent."
Il faut lire ce texte en rapport avec celui de François Hollande paru dans Le Monde au début du mois. Nicolas Sarkozy a jugé qu'il n'était pas à la hauteur, que ce n'était pas celui d'un leader. Voilà le mot. "Leader" ou "leadership", l'idée structure la tribune parue ce jeudi. Etrangement, Angela Merkel prend au passage un coup de griffe. "Je le dis aux dirigeants français comme allemands: le leadership n'est pas un droit, c'est un devoir (...) L'absence de leadership met l'Europe en danger car sans vision, san cap et sans priorité."
Un message à Xavier Bertrand, l'adversaire du "Merkozy"
Nicolas Sarkozy ne parle pas qu'à ses adversaires, il écrit aussi à ses "amis". L'UMP se déchire entre souverainistes et européens convaincus. Réponse du chef: "Il y a encore des contresens et des erreurs qui ont été commis par ceux qui font de l'Europe une nouvelle idéologie et qui voudraient qu'il y ait les intelligents d'un côté -comprenez les Européens- et les populistes bornés de l'autre -comprenez les souverainistes. Ce clivage est absurde et n'a pas lieu d'être."
Un cadre de l'UMP a eu le droit à un message personnalisé: Xavier Bertrand. Le député de l'Aisne prône la fin de l'Europe "Merkozy", construite autour du seul couple franco-allemand. "L'Allemagne n'est pas un choix, n'est pas une alternative, elle est un fait. La géographie et l'histoire nous ont faits voisins. A-t-on jamais connu un pays ayant changé d'adresse?", lui répond Nicolas Sarkozy.
Droite et gauche ont bien reçu la carte postale de ce jeudi. Et le Front national? L'ancien président de la République s'attarde à peine sur l'extrême droite, évoquant à peine "la flambée populiste et antieuropéenne". C'est pourtant bien à l'orée du score du FN que le bilan de cette tribune sera dressé.
Sarkozy au "Point" : "Nous devons être européens et français"
L'ancien président de la République publie cette semaine une longue tribune sur l'Europe. Une déclaration d'amour vigilante, exigeante et lucide.
Cela commence par : "D'aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours senti viscéralement français." Pour se finir par : "Ne laissons pas détruire, ni aujourd'hui ni demain, ce trésor !" Entre ces deux phrases : plus de 16 000 signes d'un vibrant plaidoyer de six pages pour l'Europe ponctué de propositions concrètes et de positions affirmées.
Cela commence par : "D'aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours senti viscéralement français." Pour se finir par : "Ne laissons pas détruire, ni aujourd'hui ni demain, ce trésor !" Entre ces deux phrases : plus de 16 000 signes d'un vibrant plaidoyer de six pages pour l'Europe ponctué de propositions concrètes et de positions affirmées.
À trois jours des européennes, Nicolas Sarkozy appelle à une rénovation en profondeur de l'UE, garante d'"un modèle de civilisation" et s'appuyant sur "une grande zone économique franco-allemande" et la sortie de l'actuel Schengen, dans une tribune publiée jeudi dans Le Point et le quotidien allemand Die Welt. Dans cette tribune résolument pro-européenne, écrite alors que l'UMP pourrait être dépassée, dimanche, par le Front national, l'ancien président analyse la situation actuelle de l'UE, source d'"exaspération" et de "colères" chez les Français qu'il dit comprendre.
Mais "ce n'est pas un paradoxe que de plaider tout à la fois pour l'Europe et pour la défense de notre identité, c'est-à-dire la spécificité de notre modèle", veut-il rassurer les Français, nombreux à être réticents envers Bruxelles et sa bureaucratie, comme le montrent les sondages. "Nous devons être européens et français", plaide-t-il. Dans cette tribune, pas d'appel à voter pour l'UMP, dont le nom n'est pas mentionné. Nicolas Sarkozy propose des solutions pour corriger les "erreurs" du fonctionnement actuel de l'Union. "Nous devons profondément refonder notre politique européenne", affirme-t-il.
"Absence de leadership"
L'ancien président, qui s'était efforcé, durant son quinquennat, de faire du couple franco-allemand le "moteur" de l'UE (d'où le surnom de "Merkozy" qui qualifiait ses relations avec la chancelière Angela Merkel), défend "la création d'une grande zone économique franco-allemande". Dans une pique à son successeur François Hollande, dont il ne cite pas le nom non plus, il dénonce "l'absence de leadership" actuelle qui "met l'Europe en danger". Cette grande zone "nous permettra d'abord de mieux défendre nos intérêts face à la concurrence allemande, en gommant nos handicaps fiscaux et sociaux", et "nous permettra ensuite de prendre le leadership des 18 pays qui composent notre union monétaire", affirme l'ancien président. Il souhaite également "plus d'intégration" pour les 18 pays de la zone euro.
Alors que l'étendue des pouvoirs dévolus à Bruxelles est régulièrement dénoncée aussi bien à droite qu'à gauche, Nicolas Sarkozy veut supprimer "pas moins de la moitié des actuelles compétences communautaires". Celles-ci "devront demain être assumées par les États nationaux, et en regroupant les compétences de l'Europe en une petite dizaine de politiques prioritaires et fondatrices : l'industrie, l'agriculture, la concurrence, les négociations commerciales, l'énergie, la recherche...", écrit-il, alors qu'il n'avait jamais été aussi loin lorsqu'il était à l'Élysée.
"Suspendre Schengen I"
Face à "l'échec sans appel" de "la question essentielle des flux migratoires" - dont le Front national a fait son cheval de bataille -, Nicolas Sarkozy veut "suspendre immédiatement Schengen I et le remplacer par un Schengen II auquel les pays membres ne pourraient adhérer qu'après avoir préalablement adopté une même politique d'immigration". "C'est une évidence", dit-il. "Ainsi serait-il mis fin au détournement de procédure qui permet à un étranger de pénétrer dans l'espace Schengen, puis une fois cette formalité accomplie de choisir le pays où les prestations sociales sont les plus généreuses. [...] Si nous ne réagissons pas rapidement dans les années qui viennent, c'est notre pacte social qui va exploser", met-il en garde.
L'annonce de la tribune de l'ancien président a été diversement appréciée à l'UMP, qui a tenu mercredi un grand meeting national dans le cadre de sa campagne pour les élections de dimanche. "Je suis bien heureux qu'il publie une tribune pour venir appeler les Français à la mobilisation !" a lancé le patron du parti Jean-François Copé, sous les applaudissements du public venu assister au meeting. C'est une tribune "utile au débat", a affirmé de son côté Laurent Wauquiez, qui s'est attiré les foudres d'une partie des dirigeants UMP pour son euroscepticisme assumé. "C'est utile", mais "cela paraît ne pas mériter plus de commentaires [...] Ce n'est pas l'événement central de la campagne", a lâché François Fillon, son ancien Premier ministre.
Voici quelques-unes des prises de position de Nicolas Sarkozy dans Le Point :
- "L'Europe nous protège des dérives idéologiques de nos gouvernants et des majorités qui les soutiennent."
- "Il faut suspendre immédiatement Schengen I et le remplacer par un Schengen II auquel les pays membres ne pourraient adhérer qu'après avoir préalablement adopté une même politique d'immigration."
- "Nous devons cesser de croire au mythe de l'égalité des droits et des responsabilités entre tous les pays membres."
- "L'absence de leadership met l'Europe en danger, car sans vision, sans cap et sans priorité."
- "La Commission ne devrait plus avoir de compétences législatives puisqu'il y a un Parlement européen, c'est à lui et à lui seul de légiférer."....
FIAT LUX
FIAT LUX
De quoi va-t-on parler en ces dernières heures de campagne pour les élections européennes ? D'une vraie vision pour l'Europe ? Si peu ! De l'affaire Pygmalion ? Tellement plus ! De la tribune de Nicolas Sarkozy à paraître ce jour dans le magazine Le Point et le journal allemand Der Spiegel? Davantage encore ! Et lundi, il sera trop tard pour pleurer si l'impensable devient réalité avec l'accession du Front national au rang de premier parti de France. Hélas, ce ne serait là que le résultat d'une non-campagne, impuissante à nous élever au-dessus de notre tracassin hexagonal.
C'est moins un rejet de l'Europe, à laquelle une majorité de Français voudraient croire encore, qu'une nouvelle sanction de notre classe politique qui risque de s'exprimer à travers une abstention record. Et cette fois, il n'y aura aucun motif de consolation pour les uns ou les autres. Après les municipales, la droite avait pu se réjouir de ses nombreuses conquêtes. Dimanche, ni le PS, s'il arrive faiblement en troisième position, ni la droite, si elle est devancée par le FN, n'échapperont à un commun désaveu.
Ce qui constituerait le choc de trop dans notre système politique condamné aux remises en cause profondes. Au PS, sorti un peu plus affaibli d'une campagne contradictoire, il faudra bien en finir avec les vitupérations contre Bruxelles tout en acceptant, à Paris, les règles du 3 %. À l'UMP, qui a difficilement caché ses éternelles divergences entre souverainistes et pro-européens, pourrait bien éclater la crise ouverte de leadership jusque-là différée.
Les rebondissements de l'affaire Pygmalion fragilisent en effet un Jean-François Copé sommé de rendre des comptes. Promettant de s'expliquer au lendemain des européennes, il a laissé le champ libre à Nicolas Sarkozy. Rééditant son « coup » d'avant les municipales, l'ex-chef de l'État s'exprime aujourd'hui dans Le Point. Il répond ainsi aux ardentes implorations de ses amis en adoptant la posture du guide indispensable. Terrible révélateur, en tout cas, de la vacuité d'une campagne qui aurait besoin d'un éternel « revenant » pour que la lumière soit !
mercredi 21 mai 2014
Béziers : le "linge" de Robert Ménard agite le cirque médiatique
On savait Béziers épiée par toutes les caméras hexagonales durant la longue campagne municipale qui a amené Robert Ménard à la tête de la ville. Un candidat qui suscitait la curiosité par un parcours peu ordinaire, des déclarations jamais anodines et un soutien du Front national toujours intrigant.
La tempête médiatique ne s’est pas calmée au lendemain de la victoire “ménardienne”. Le grain a même forci et, depuis mardi 20 mai, un raz-de-marée de réactions s’abat sur le Biterrois.
Un nouvel arrêté qui fait grand bruit
Il faut dire que le maire de la ville vient de prendre un arrêté révolutionnaire : interdire d’étendre le linge aux balcons et fenêtres dans le secteur sauvegardé de la ville. Une décision comme en prennent de nombreux syndics de copropriété... dans l’indifférence générale, dans une normalité absolue.
Mais là, il s’agit de Robert Ménard. Un maire qui dénonce l’agitation médiatique avec le même talent qu’il la provoque.
Du Plaa : "Il enfonce des portes ouvertes"
"L’habilité de Robert Ménard est d’enfoncer des portes ouvertes. Ménard + arrêté = déchaînement médiatique. Malheureusement prendre un arrêté ne suffit pas à résoudre les problèmes", analyse Jean-Michel Du Plaa.
L’opposant socialiste au conseil municipal a été sollicité mardi par de nombreux médias nationaux. Tout comme Robert Ménard lui-même : "Dois-je rappeler qu’un arrêté de la sorte existe depuis 1961 ? On a juste dû le moderniser afin qu’il soit applicable aujourd’hui."
Et le maire de se défendre de vouloir créer l’intérêt. "Je prends juste des mesures qui sont nécessaires pour la ville. Pour qu’elle soit plus belle, plus propre. Est-ce qu’on voit du linge pendre aux fenêtres à Paris ? Non. Béziers n’est pas une sous-ville, elle a le droit d’être belle elle aussi."
Le maire le plus actif de France...
Toujours est-il que deux-trois arrêtés pris auront suffi à faire de Robert Ménard le maire le plus actif de France. Il l’avait répété pendant la campagne : de ses années à Reporters sans frontières, l’ancien journaliste a appris à susciter l’intérêt pour une cause. S’agit-il de la sienne ou de celle de Béziers ? L’avenir le dira.
CE QUE DIT L’ARRÊTÉ MUNICIPAL
"À l’intérieur du périmètre sauvegardé de la ville de Béziers, il est interdit d’étendre du linge aux balcons, fenêtres et façades des immeubles visibles depuis les voies publiques (...) Cette interdiction sera cependant levé de 22 h à 6 h du matin (...) Il est interdit de battre les tapis par
les fenêtres après 10 h du matin."
Cac 40 : l’attente, toujours l’attente
Les opérateurs sont sur le qui-vive à quelques heures de la publication des minutes de la Fed aux Etats-Unis et à la veille du début des élections européennes. Dans un faible volume, le Cac 40 grappille quelques points dans le sillage d’un petit rebond de Wall Street dans les premiers échanges. BNP Paribas est en bas du classement. La banque pourrait devoir débourser plus de 5 milliards de dollars aux Etats-Unis.
A la veille du début des élections européennes, qui s’étaleront du 22 au 25 mai selon les pays, la prudence domine sur les places financières car, comme le note très justement le cabinet d’études Oddo, «ce sont surtout aux extrêmes du spectre politique, où domine l’euroscepticisme, que les progressions seront les plus spectaculaires. Cela n’empêchera pas de former une majorité de consensus au Parlement européen, mais pourra avoir des répercussions au plan national. » Lui emboîtant le pas, Mark McCormick, stratégiste économiques chez Crédit Agricole à New York, s’inquiète tout particulièrement de laGrèce. Si Syriza, le parti d’extrême gauche emmené par Alexis Tsipras, venait à gagner une large partie des votes, cela pourrait entraîner des élections parlementaires anticipées dans le pays et « en cas de poussée massive, cela pourrait déclencher un ‘choc’ sur les actifs européens », poursuit Mark McCormick.

L’accélération des publications macroéconomiques explique aussi la prudence du marché. Le principal rendez-vous de cette séance de mercredi est programmé à 20 heures (heure de Paris) : il s’agit du compte-rendu de la réunion de politique monétaire de la Réserve fédérale (Fed) des 29 et 30 avril derniers. Selon les analystes d’Oddo Securities, ce que l’on appelle les minutes dans le jargon ne devraient pas apprendre grand-chose sur l’évolution de la situation économique. Il est vrai qu’entre-temps, la présidente de la Fed, Janet Yellen, s’est exprimée devant le Congrès, indiquant qu’après un premier trimestre transitoire et atypique, en raison de la météo, un assez net rebond de l’activité est attendu au deuxième trimestre. On pourrait, en revanche, disposer de nouveaux éléments concernant la politique monétaire de moyen terme de la Réserve fédérale. « Les atterrissages en douceur avec les politiques monétaire, cela n’arrive jamais », a mis en garde, lundi, le gouverneur de la Fed de San Francisco,John Williams.
Vers 16 heures, le Cac 40 grignote 0,25% à 4.464 points, après avoir une nouvelle fois rebondi sur le seuil important des 4.425 points en début de séance. Le volume d’affaires, faible, n’est que de 1,7 milliard d’euros. Même tendance ailleurs en Europe où le Dax prend modestement 0,28% à Francfort et le Footsie est stable à Londres. A New York, le Dow Jones gagne 0,77% après une baisse de 0,83% de l’indice mardi. LeNasdaq Composite avance de 0,57%.
Egalement au cœur de l’actualité, BNP Paribas pourrait écoper de plus de 5 milliards de dollars d’amende aux Etats-Unis. Les autorités américaines accusent l’établissement français d'avoir contourné pendant plusieurs années des sanctions américaines contre l'Iran, le Soudan et Cuba pour y effectuer des transactions financières. L’action, en bas du classement, perd 1,5 % à 50,9 euros. Seuls Orange etGemalto font moins bien : le premier abandonne 3,31% et le second 2,02%.
Du côté des analystes, Morgan Stanley réduit son objectif de cours sur Arkema de 88 à 82 euros, tout en maintenant un avis « neutre ». Le titre perd 0,23 % à 74 euros. Ipsengrimpe en revanche de 1,38%, à 33,085 euros, grâce à Bank of America Merrill Lynch, qui relève de « neutre » à « achat » sa recommandation sur le titre du groupe pharmaceutique.

Premiers votes demain en Grande-Bretagne et auxPays-Bas
Là où le parlement national est assez instable, comme la Grèce mais aussi l’Italie, toute défaite du parti au pouvoir augmenterait l’incertitude politique à court terme. Au Royaume-Uni, une victoire du parti UK Independence Party (Ukip) donnerait du poids à l’aile du parti conservateur qui demande un référendum sur l’appartenance à l’Union européenne. Tout cela n’incite pas à la prise de risque. C’est demain, jeudi, que se dérouleront ces élections en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas. Il faudra attendre dimanche pour les pays « à risque », comme la Grèce, l’Italie, l’Espagne ou la France.L’accélération des publications macroéconomiques explique aussi la prudence du marché. Le principal rendez-vous de cette séance de mercredi est programmé à 20 heures (heure de Paris) : il s’agit du compte-rendu de la réunion de politique monétaire de la Réserve fédérale (Fed) des 29 et 30 avril derniers. Selon les analystes d’Oddo Securities, ce que l’on appelle les minutes dans le jargon ne devraient pas apprendre grand-chose sur l’évolution de la situation économique. Il est vrai qu’entre-temps, la présidente de la Fed, Janet Yellen, s’est exprimée devant le Congrès, indiquant qu’après un premier trimestre transitoire et atypique, en raison de la météo, un assez net rebond de l’activité est attendu au deuxième trimestre. On pourrait, en revanche, disposer de nouveaux éléments concernant la politique monétaire de moyen terme de la Réserve fédérale. « Les atterrissages en douceur avec les politiques monétaire, cela n’arrive jamais », a mis en garde, lundi, le gouverneur de la Fed de San Francisco,John Williams.
Vers 16 heures, le Cac 40 grignote 0,25% à 4.464 points, après avoir une nouvelle fois rebondi sur le seuil important des 4.425 points en début de séance. Le volume d’affaires, faible, n’est que de 1,7 milliard d’euros. Même tendance ailleurs en Europe où le Dax prend modestement 0,28% à Francfort et le Footsie est stable à Londres. A New York, le Dow Jones gagne 0,77% après une baisse de 0,83% de l’indice mardi. LeNasdaq Composite avance de 0,57%.
BNP Paribas à l’amende
Dans le dossier Alstom (-0,63% à 28,415 euros), le ministre de l'Economie, Arnaud Montebourg, a demandé à General Electric de formuler une nouvelle proposition pour les actifs d’Alstom dans l'énergie. De son côté « Siemens continue son travail », a ajouté Arnaud Montebourg. Le groupe allemand demande « des précisions, pour approfondir la connaissance » de l'entreprise. Il est censé présenter une nouvelle offre cette semaine.Egalement au cœur de l’actualité, BNP Paribas pourrait écoper de plus de 5 milliards de dollars d’amende aux Etats-Unis. Les autorités américaines accusent l’établissement français d'avoir contourné pendant plusieurs années des sanctions américaines contre l'Iran, le Soudan et Cuba pour y effectuer des transactions financières. L’action, en bas du classement, perd 1,5 % à 50,9 euros. Seuls Orange etGemalto font moins bien : le premier abandonne 3,31% et le second 2,02%.
Du côté des analystes, Morgan Stanley réduit son objectif de cours sur Arkema de 88 à 82 euros, tout en maintenant un avis « neutre ». Le titre perd 0,23 % à 74 euros. Ipsengrimpe en revanche de 1,38%, à 33,085 euros, grâce à Bank of America Merrill Lynch, qui relève de « neutre » à « achat » sa recommandation sur le titre du groupe pharmaceutique.
Le poids d’Angela
Le poids d’Angela
Et si les élections européennes de dimanche consacraient avant tout la victoire personnelle d'Angela Merkel ? L'admettre relève d'une forme de lucidité sans céder pour autant à la fascination béate du modèle allemand, pas plus qu'à une résignation morbide devant nos délitements nationaux. Mais tout de même, quelle différence entre la France et l'Allemagne ! Alors qu'Outre-Rhin, la chancelière mène campagne tambour battant et s'affiche partout sans être candidate, nos dirigeants abandonnent le terrain aux populistes. Ni la tardive tribune de François Hollande ni l'implication « par devoir » de Manuel Valls ne suffiront à faire tourner les vents mauvais du populisme ou du désengagement citoyen.
Bref, tout laisse à penser que le centre de gravité de l'Union va continuer de se déplacer vers Berlin. Nous aurions tort d'en concevoir une quelconque animosité envers les Allemands. S'ils « noyautent » l'institution, ils le doivent à une assiduité et un engagement de leurs eurodéputés (interdits de cumul des mandats), qui contrastent avec les « absences » de nos élus de « second choix ».
Pendant que la chancelière surfe sur ses victoires électorales, la gauche française redoute un nouveau camouflet, alors que la droite, divisée, spécule davantage sur le désamour de Hollande que sur l'amour de l'Europe. On sait, hélas, que même l'évocation d'un « 21 avril européen » ne suffira pas à remobiliser l'électorat devenu hermétique au discours de diabolisation des extrêmes.
Plus convaincant pourrait être l'espoir d'une avancée démocratique liée à la désignation du président de la Commission européenne par le Parlement issu des urnes. D'où, en quelque sorte, une élection au suffrage indirect du « patron » de la Commission. Sauf que les choses ne sont pas si simples. Même si les eurodéputés choisissent le chef de file du groupe majoritairement élu, le Conseil des chefs d'État et de gouvernement aura son mot à dire. Angela Merkel a affirmé que ce vote ne serait qu'indicatif. Bigre ! Le poids d'Angela serait-il supérieur à celui de 500 millions d'électeurs européens ?
L’Europe et le poulet
L’Europe et le poulet
Manquait plus que ça ! Alors que les défenseurs de l'Europe s'échinent à mobiliser les électeurs dans la dernière ligne droite, les europhobes font flèche de tout bois. Voici que le « poulet javellisé », symbole honni du traité de libre-échange avec les États-Unis, s'invite dans la campagne et stimule les caquètements apeurés des eurosceptiques. Il faut dire que l'ouverture, hier, dans les environs de Washington, du cinquième round de négociations de l'imprononçable Tafta (Trans-Atlantic Free Trade Agreement), ou si vous préférez TIPP (Transatlantic Trade and Investment Partnership), tombe comme un cheveu sur la soupe.
Aux bonnes raisons de douter de l'Europe, voici que les populistes, mais aussi les Verts, la gauche radicale et certains socialistes n'hésitent pas à en ajouter de mauvaises, en cultivant les craintes. Ils voient dans ce traité, privilégiant l'établissement de normes mondiales moins protectrices, une soumission aux intérêts des grands industriels et la preuve d'une « américanisation » de l'Europe. Dans l'aventure, le « poulet javellisé » s'est substitué au plombier polonais de la célèbre directive Bolkenstein de 2005.
Sans doute la vigilance devra-t-elle s'imposer dans les négociations, mais les eurosceptiques oublient, dans leurs fantasmes, qu'elles sont encore loin d'aboutir et que tout accord devra être ratifié par les 28 gouvernements, le vote majoritaire du Parlement européen et celui de tous les Parlements nationaux. Rien que cela ! Une fois de plus, les craintes naissent de l'ignorance dans laquelle sont tenues les opinions.
Admettons que, devant ces projets, l'Union est comme une poule devant un couteau. Elle devrait expliquer et argumenter en amont, dire qu'elle n'est pas en position de faiblesse pour négocier, et que cinq millions d'emplois européens dépendent des exportations vers les États-Unis. Seule la désunion des 28 pourrait précipiter notre perte. Ce qui nous ramène au scrutin de dimanche. Ce n'est pas une Europe divisée, minée par les nationalismes, qui pourra jouer un rôle sur la scène mondiale. Au contraire, elle y laisserait beaucoup de plumes.
Union : l’ennemi de l’intérieur
Union : l’ennemi de l’intérieur
Leur rêve ? Peser le plus possible dans les urnes pour détruire le « machin » de l'intérieur. Les populistes et extrémistes de droite européens ont le vent en poupe à une semaine du scrutin : en France, aux Pays-Bas, en Autriche, Finlande et Hongrie, ils sont devant les partis classiques ou les talonnent dans les sondages.
Peser. La chose paraît presque entendue s'il s'agit de pure arithmétique. On attribue aux anti-européens de droite quelque 120 sièges sur 751. Mais pour peser et profiter des avantages du « machin » bruxellois (bureaux, financement, sièges en commissions, temps de parole), il faut être rassemblés. La constitution d'un groupe autonome semble en bonne voie (25 députés issus de sept pays différents), mais le rapprochement des uns et des autres s'avère difficile.
Car à l'extrême droite, on ne s'aime pas. Le FN n'aime pas les nazillons grecs d'Aube dorée ni les ultras du Jobbik hongrois. Les eurosceptiques scandinaves, allemands et le parti europhobe anglais Ukip n'aiment pas le FN. Ukip le juge encore antisémite (« c'est dans son ADN »).
Pour l'heure, le FN, le FPÖ autrichien, la Ligue du Nord italienne, le Vlaams Belang flamand, le SNS slovaque et les Démocrates suédois esquissent un front unitaire autour de l'immigration, du rejet de l'euro, de l'austérité, de Schengen…
Le directeur de campagne du FN résume l'ambition commune : l'objectif est donc de peser sur les choix de Bruxelles, « quitte à avoir des majorités de circonstance ». Une intifada au sein de l'Union qui vivra mal ces soubresauts.
Poussée de fièvre interventionniste du gouvernement : un jeu purement politique qui va faire des dégâts
Depuis l’arrivée de Manuel Valls à Matignon, les ministres du gouvernement ont contracté une fièvre interventionniste. Pour ces derniers, il s’agit de contrebalancer le pacte de compétitivité qui décidément passe mal. En attendant, les dégâts collatéraux vont être nombreux.
Personne ne sait si cette fièvre interventionniste fait partie d’un plan stratégique de communication élaboré par l’Élysée et par Matignon pour adoucir le discours néolibéral de la compétitivité. Personne, sauf qu’on se doute bien qu’il n’arrive pas par hasard. Tout commence évidemment par Arnaud Montebourg qui va intervenir grossièrement dans le dossier de consolidation des télécoms. Le ministre de l’Économie n’accepte pas que le réseau SFR, vendu par Vivendi, soit racheté par Numericable et pas par Bouygues. Arnaud Montebourg ne décolère pas d’avoir perdu cette première partie de Monopoly.
Deux semaines plus tard, il « apprend » que le même Martin Bouygues cherche à vendre sa participation dans Alstom, et que General Electric serait le mieux placé. Le ministre, vexé de ne pas avoir été au courant, pousse une grosse colère et laisse dire qu’il se vengera. Sa vengeance c’est d’aller chercher Siemens au nom de la stratégie européenne. Oui, cet Arnaud Montebourg qui n’a pas cessé de se plaindre des ambitions allemandes et de la nécessite de s’en protéger.
Comme tout cela ne coule pas de source, on apprend que Ségolène Royal trouve la solution américaine plus intéressante et que l’Élysée a également donné son accord de principe à General Electric à condition que GE fasse un petit effort sur la présentation de ses garanties d’emplois. Enfin, on apprend à ce moment-là, de source allemande, que Siemens n’est pas forcement intéressé par Alstom : ça tombe très bien.
Mais comme il ne peut pas refermer le dossier comme cela et avaler son chapeau, Arnaud Montebourg va à Berlin pour essayer de convaincre son homologue de trouver une solution européenne. Il n’obtiendra rien. Le ministre de l’Économie, appuyé par la Chancelière, fera dire que ces affaires ne concernent que les entreprises et que les gouvernements n’ont rien à y faire. Arnaud Montebourg n’abandonne pas. Il suggère à Siemens de présenter une offre et, cerise sur le gâteau, il réveille un vieux décret pour permettre au gouvernement de contrôler et même de s’opposer à une prise de contrôle d’un groupe français par des intérêts étrangers. C’est le bouquet de ce feu d’artifice.
Arnaud Montebourg, toujours lui, a convoqué les patrons des banques pour leur reprocher des rémunérations trop élevées, et surtout leur reprocher de ne pas intervenir assez vigoureusement dans le financement des PME. Le ministre de l’Économie annonce sur le champ qu’il doit s’entretenir avec les syndicats et les grands patrons. François Hollande fait mine d’avoir organisé tout cela en convoquant son Premier ministre, Ségolène Royal, qui a des avis sur beaucoup de choses, et Arnaud Montebourg. Pour dire quoi ? Dire que le dossier est important. On rêve !
Cette chasse croisée, qui ferait croire que les éléphants du gouvernement auraient contracté une fièvre protectionniste, n’a pas beaucoup de sens. Le gouvernement n’a pas à se mêler du quotidien des entreprises privées sauf à veiller à ce que les textes régulateurs soient appliqués. Cette frénésie là, n’a pas de sens sauf si on considère que le gouvernement essaie de répondre à une demande politique qui n’est pas satisfaite. Le discours sur la compétitivité et les projets de réformes en faveur de l’entreprise passent mal auprès des militants socialistes et ce faisant auprès de la majorité parlementaire.
Les ministres parlent fort pour compenser leur impuissance. Arnaud Montebourg a essuyé échec sur échec. Il s’est trompé sur SFR, il s’est trompe sur Alstom, il va se tromper sur les banques. Les rémunérations ont été décidées par le conseil d’administration. Elles sont beaucoup plus élevées en Grande-Bretagne et en Allemagne. Arnaud Montebourg n’obtiendra guère de résultats concrets en ressortant ce décret protectionniste qui ne sera pas appliqué.
En attendant, le gouvernement parle à ses électeurs, ou à ce qu’il en reste. A quelques jours des élections européennes, qui vont enregistrer une poussée des eurosceptiques, Manuel Valls laisse se diffuser une parole protectionniste histoire de dire que le Parti Socialiste n’est pas prêt à brader l’industrie française. Ca ne mange pas de pain, ça ne changera rien mais ça va avoir trois séries de conséquences.
La première, c’est que cela va refroidir, voire réfrigérer, les investisseurs étrangers. Ensuite, ça nous exonère de réfléchir à une véritable politique industrielle. Or, c’est ce dont nous aurions besoin plus que d’une partie de Monopoly improvisée au gré de l’actualité des entreprises. Enfin, ça peut décrédibiliser l’ambition de redresser la compétitivité. S’il y a bien quelque chose de contreproductif pour l’entreprise, c’est bien l’interventionnisme permanent et un peu désordre d’un gouvernement.
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