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mercredi 28 mai 2014
Les trois raisons qui poussent les bourses européennes à monter malgré la catastrophe politique de dimanche
Les trois raisons qui poussent les bourses européennes à monter malgré la catastrophe politique de dimanche
Au lendemain des élections du Parlement européen, jugées assez catastrophiques pour l’idée européenne, les marchés boursiers ont tous performé hier sur le continent. Ces derniers n’ont pas réagi aux élections mais anticipent une réponse économique des États et une pression accrue sur la BCE. Un peu compliqué ? Et bien, pas tant que ça…
Ce qui s’est passé hier sur les places boursières européennes peut paraître très étonnant. En moyenne, les bourses ont augmenté de 2,5 %. La plus dynamique aura été la bourse d’Italie qui a grimpé de plus 3,4% et la plus déprimée aura été la bourse de Paris qui sature à moins de 1%. D’après les analystes, la hausse des valeurs italiennes salue la politique de réforme extrêmement courageuse du nouveau premier ministre et l’engagement du corps électoral tout entier qui a écrasé les tentations populistes et confirme ses engagements pro-européens.
Coté français, c’est l’inverse : les marchés financiers s’inquiètent d’un vote qui donne le sentiment de vouloir tourner le dos à l’Europe et sanctionnent les mauvais résultats économiques et surtout l’absence de réforme. A priori, la réaction boursière à Paris comme à Milan parait normale. Ce qui parait beaucoup moins logique est l’orientation très positive des autres marchés européens, que ce soit l’Allemagne, les pays du Benelux, les pays scandinaves, la Grèce, ou l’Espagne qui ont tous clôturés, en moyenne, aux alentours de 2% , alors que la construction européenne s’est quand même réveillée avec la gueule de bois au lendemain des élections.
L’explication de ce paradoxe tient en trois points qui sont propres au fonctionnement des marchés financiers :
Premier point, le résultat des élections européennes ne va rien changer quant au fonctionnement des institutions et à l’orientation politique de la construction européenne. La majorité va continuer d’appartenir aux mouvements conservateurs plutôt favorables aux options fédéralistes. En clair, le grand projet européen n’est pas remis en cause par la montée des partis d’extrême droite.
Second point, il est probable que François Hollande va ce mardi demander aux chefs d’Etats européens de changer le modèle économique de l’Europe. Le président de la République va insister sur la trop grande austérité imposée aux pays européens.Il va réclamer plus de croissance, moins de réformes. Les propos du président français ne seront pas entendus. Déjà inaudible en France, le président français est devenu depuis dimanche soir peu audible en Europe. La discipline européenne ne gêne que la France qui refuse de se remettre en cause. L’Hexagone pense qu’il pourrait changer l’Europe alors qu’il faudrait qu’il s’adapte à l’évolution. La France a perdu beaucoup de son influence.
Cela dit, les difficultés françaises peuvent amener les partenaires européens à faire preuve de mansuétude et de bienveillance. Il faudra peut-être sauver le soldat « France ». François Hollande peut, en séance à Bruxelles, ne faire aucune remarque, mais au contraire faire la charité. Pas très glorieux, mais ça lui permettra de gagner du temps. François Hollande pense « qu’avec le temps, tout passe… », y compris la crise. Il se trompe mais on n’en a pas (encore) la preuve.
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Sa chance est que les marchés ne sont pas obsédés par les solutions européennes. En revanche, ils adorent les antidouleurs et les expédients. Actuellement, les marchés sont satisfaits, tous les pays d’Europe sortent de la crise par eux-mêmes et on va encore donner du temps à la France. Que demander de plus ?
Troisième point, les marchés se sont convaincus que la Banque centrale européenne va intervenir en Juin. D’abord parce que Mario Draghi a encore dit qu’il ferait ce qu’il faut pour conjurer le risque de déflation (qui bloque tout, le crédit, l’activité et la croissance). Devant le risque français lié aux élections européennes, les autres pays de la zone euro peuvent demander à la BCE de faire un geste. Ce sera un tout petit geste (des taux négatifs sans doute) parce que la France est le seul pays à réclamer une intervention monétaire. Mais ce geste se traduira par un surcroit de liquidités, lesquelles iront sur les marchés financiers des pays les plus en forme.
C’est pourquoi les marchés anticipent et investissent et que la bourse monte partout, sauf à Paris.
mercredi 21 mai 2014
Poussée de fièvre interventionniste du gouvernement : un jeu purement politique qui va faire des dégâts
Depuis l’arrivée de Manuel Valls à Matignon, les ministres du gouvernement ont contracté une fièvre interventionniste. Pour ces derniers, il s’agit de contrebalancer le pacte de compétitivité qui décidément passe mal. En attendant, les dégâts collatéraux vont être nombreux.
Personne ne sait si cette fièvre interventionniste fait partie d’un plan stratégique de communication élaboré par l’Élysée et par Matignon pour adoucir le discours néolibéral de la compétitivité. Personne, sauf qu’on se doute bien qu’il n’arrive pas par hasard. Tout commence évidemment par Arnaud Montebourg qui va intervenir grossièrement dans le dossier de consolidation des télécoms. Le ministre de l’Économie n’accepte pas que le réseau SFR, vendu par Vivendi, soit racheté par Numericable et pas par Bouygues. Arnaud Montebourg ne décolère pas d’avoir perdu cette première partie de Monopoly.
Deux semaines plus tard, il « apprend » que le même Martin Bouygues cherche à vendre sa participation dans Alstom, et que General Electric serait le mieux placé. Le ministre, vexé de ne pas avoir été au courant, pousse une grosse colère et laisse dire qu’il se vengera. Sa vengeance c’est d’aller chercher Siemens au nom de la stratégie européenne. Oui, cet Arnaud Montebourg qui n’a pas cessé de se plaindre des ambitions allemandes et de la nécessite de s’en protéger.
Comme tout cela ne coule pas de source, on apprend que Ségolène Royal trouve la solution américaine plus intéressante et que l’Élysée a également donné son accord de principe à General Electric à condition que GE fasse un petit effort sur la présentation de ses garanties d’emplois. Enfin, on apprend à ce moment-là, de source allemande, que Siemens n’est pas forcement intéressé par Alstom : ça tombe très bien.
Mais comme il ne peut pas refermer le dossier comme cela et avaler son chapeau, Arnaud Montebourg va à Berlin pour essayer de convaincre son homologue de trouver une solution européenne. Il n’obtiendra rien. Le ministre de l’Économie, appuyé par la Chancelière, fera dire que ces affaires ne concernent que les entreprises et que les gouvernements n’ont rien à y faire. Arnaud Montebourg n’abandonne pas. Il suggère à Siemens de présenter une offre et, cerise sur le gâteau, il réveille un vieux décret pour permettre au gouvernement de contrôler et même de s’opposer à une prise de contrôle d’un groupe français par des intérêts étrangers. C’est le bouquet de ce feu d’artifice.
Arnaud Montebourg, toujours lui, a convoqué les patrons des banques pour leur reprocher des rémunérations trop élevées, et surtout leur reprocher de ne pas intervenir assez vigoureusement dans le financement des PME. Le ministre de l’Économie annonce sur le champ qu’il doit s’entretenir avec les syndicats et les grands patrons. François Hollande fait mine d’avoir organisé tout cela en convoquant son Premier ministre, Ségolène Royal, qui a des avis sur beaucoup de choses, et Arnaud Montebourg. Pour dire quoi ? Dire que le dossier est important. On rêve !
Cette chasse croisée, qui ferait croire que les éléphants du gouvernement auraient contracté une fièvre protectionniste, n’a pas beaucoup de sens. Le gouvernement n’a pas à se mêler du quotidien des entreprises privées sauf à veiller à ce que les textes régulateurs soient appliqués. Cette frénésie là, n’a pas de sens sauf si on considère que le gouvernement essaie de répondre à une demande politique qui n’est pas satisfaite. Le discours sur la compétitivité et les projets de réformes en faveur de l’entreprise passent mal auprès des militants socialistes et ce faisant auprès de la majorité parlementaire.
Les ministres parlent fort pour compenser leur impuissance. Arnaud Montebourg a essuyé échec sur échec. Il s’est trompé sur SFR, il s’est trompe sur Alstom, il va se tromper sur les banques. Les rémunérations ont été décidées par le conseil d’administration. Elles sont beaucoup plus élevées en Grande-Bretagne et en Allemagne. Arnaud Montebourg n’obtiendra guère de résultats concrets en ressortant ce décret protectionniste qui ne sera pas appliqué.
En attendant, le gouvernement parle à ses électeurs, ou à ce qu’il en reste. A quelques jours des élections européennes, qui vont enregistrer une poussée des eurosceptiques, Manuel Valls laisse se diffuser une parole protectionniste histoire de dire que le Parti Socialiste n’est pas prêt à brader l’industrie française. Ca ne mange pas de pain, ça ne changera rien mais ça va avoir trois séries de conséquences.
La première, c’est que cela va refroidir, voire réfrigérer, les investisseurs étrangers. Ensuite, ça nous exonère de réfléchir à une véritable politique industrielle. Or, c’est ce dont nous aurions besoin plus que d’une partie de Monopoly improvisée au gré de l’actualité des entreprises. Enfin, ça peut décrédibiliser l’ambition de redresser la compétitivité. S’il y a bien quelque chose de contreproductif pour l’entreprise, c’est bien l’interventionnisme permanent et un peu désordre d’un gouvernement.
jeudi 21 février 2013
Hollande gagne encore du temps
François Hollande a un talent formidable. Celui de n’être jamais en France quand il s’agit d’annoncer et d’assumer des mauvaises nouvelles. Cette semaine il a choisi d’aller en Grèce au moment où le gouvernement prépare un nouveau plan de rigueur. Le ministre du Budget va donc envoyer des lettres de cadrage pour gratouiller encore 5 milliards de restrictions budgétaires de façon à calmer Bruxelles et les marchés. Du coup, ça grogne dans tous les ministères mais le patron n’est pas là. On verra plus tard. Le séminaire gouvernemental se tiendra à Matignon pour annoncer aux ministres, qui n’auraient pas compris, un rabotage des allocations familiales et une fiscalisation supplémentaire des pensions de retraites. Et oui ma bonne dame, on trouve l’argent ou on peut.
La semaine dernière quand le rapport de la Cour des comptes est sorti, et qu’on a demandé à Didier Migaud d’annoncer que les 3% ne seraient pas atteint (ce que tout le monde savait), François Hollande était en Inde. La semaine précédente, il était à Bamako. On a l’impression depuis un mois que l’agenda des voyages du Président est calé sur le calendrier des mauvaises nouvelles et que l’essentiel de son énergie est d’organiser ses absences afin de gagner du temps.
Sur le fond, la situation française est complètement paradoxale.
D’un côté les fondamentaux sont bons, mais les perspectives sont épouvantables. D’un côté on sait ce qu’il faudrait dire et faire mais de l’autre on évite de le faire. Résultat personne n’est content et le résultat est désastreux en terme de performance économique et de sondage politique. Cette situation ne pourra pas durer bien longtemps.
Oui, les fondamentaux sont bons. C’est vrai qu’en situation de crise, la France n’a pas plus souffert que les autres pays européens. Plutôt moins. Ajoutons même que les promesses faites pendant la campagne présidentielle par François Hollande n’étaient pas plus coûteuse que celles faites par Nicolas Sarkozy. Ajoutons enfin que celles qui ont été réalisées, l’ont été à minima. La correction sur les retraites à 60 ans ou la création d’emplois nouveaux dans l’éducation nationale n’a pas coûté des fortunes. En juin-juillet de l’année dernière, François Hollande a réussi à ne pas payer trop cher son élection en terme budgétaire.
Ce qui a tout mis par terre, c’est une erreur de diagnostic. François Hollande a, dès son arrivée au pouvoir, pris acte du déficit de croissance. Ce n’était pas une découverte.
Il a cru qu’en relançant l’activité, et particulièrement la consommation, il allait retrouver de la croissance. La thérapie classique des keynésiens. Du coup, il a préservé l’ensemble des dépenses publiques et sociales qu’il a considéré comme des outils de soutien à la consommation. Ce qui a permis, au passage, de répondre à la demande politique de sa clientèle. Et pour assainir les finances publiques et réduire les déficits de façon à garder la confiance des marchés qui nous accorde des taux d’intérêt raisonnables, il a cherché des recettes supplémentaires. Il a commencé par demander aux européens un plan de relance qu’il n’a pas obtenu. Du coup, il s’est rabattu sur les hausses d’impôts alors que la pression fiscale était déjà trop forte.
La réalité de la situation, c’est que le déficit de croissance n’était pas dû à un défaut de consommation. C’est le seul moteur qui a toujours à peu près fonctionné. Le déficit de croissance est dû à un défaut de production. L’appareil économique français ne produit pas assez de biens et de services vendables sur les marchés étrangers. Le problème français est un problème de compétitivité. Trop de frais généraux, pas assez de productivité, d’innovations et d’entrepreneurs.
On s’est donc retrouvé au 2ème semestre de l’année 2012 avec une politique fiscale qui a matraqué les seules couches de la société capables de produire de la richesse. Non content de les presser fiscalement on les a diabolisés. Les patrons d’entreprise, les créateurs, les inventeurs, les diplômés de grandes écoles, les artistes se sont retrouvés accusés de tous les maux de la terre.
Le résultat, c’est qu’ils se sont complètement découragés.
Les plus riches et les plus malins sont partis à l’étranger. Ils ont tout vendu d’où la baisse des prix de l’immobilier dans l’Ouest parisien, dans le Luberon ou sur la Cote d’Azur. Ceux qui ne pouvait pas partir se sont refermés sur eux même en attendant que ça passe. Le résultat c’est qu’au 2ème semestre 2012, on a construit des budgets 2013, de prudence et non d’expansion. Tous les acteurs susceptibles de créer de la richesse se sont mis aux abris.
2012 s’est terminée sur une croissance nulle. L’année 2013 ne sera pas meilleure. Et si le climat ne change pas d’ici l’été, les budgets que l’on va commencer à écrire pour 2014 seront encore catastrophiques. Les patrons vont encore étudier leur déménagement et les BAC +7 qui sortiront en juin vont une fois de plus s’expatrier.
Le pays n’a pas besoin de relance sur fonds publics, de soutien à la consommation, il a besoin d’un écosystème favorable aux créateurs de richesse, d’investissement et d’emplois.
Le chef d’entreprise a besoin de savoir qu’il ne va pas se faire taper par Arnaud Montebourg dès qu’il sort la tête de l’eau avec un projet, et pas se faire racketter par le fisc dès qu’il aura réussi.
Quand on reproche aux Allemands ou à la commission de Bruxelles d’imposer des plans d’austérité, on se trompe. Angela Merkel, Mario Draghi ou Bruxelles ne souhaitent pas un étouffement des économies européennes. Ils n’ont jamais demandé une généralisation des plans d’austérité. C’est stupide, si les marchés européens s’étouffent, l’économie allemande s’asphyxie. L’Allemagne n’a aucun intérêt à l’austérité pour tous. L’Allemagne fonctionne comme le banquier qui réclame des engagements précis et des perspectives de croissance. Tout ce petit monde souhaite simplement que la France retrouve de la production et de la richesse. Ils souhaitent donc qu’on laisse travailler ceux qui savent produire de la richesse ou de la valeur ajoutée. C’est ce qu’a fait Mario Monti en Italie, c’est ce qu‘essaie de faire Mariano Rajoy en Espagne. Et l’un comme l’autre en assument les conséquences politiques. Leur pays se redressent.
Qu’on réduise les dépenses publiques, bien sûr !
Elles sont exorbitantes. A population égale et à service publics comparables, les Allemands dépensent 100 milliards de moins que nous. Il doit y avoir un problème. Alors il ne s’agit pas de réduire les dépenses publiques pour gêner les fonctionnaires, il s’agit de réduire les dépenses publiques pour libérer des moyens utilisables pour le secteur productif. Mais ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel est de laisser vivre les créateurs de richesse.
En France, les fondamentaux du pays sont bons.
Il y a de l’intelligence, de l’épargne, du patrimoine, des idées, des ambitions, du talent ! Mais il y a aussi un discours public qui fait que l’on a peur de la mondialisation, que l’on a peur de la concurrence et que l’on a peur du progrès technique et scientifique. C’est-à-dire que l’on a peur de tous les facteurs de la modernité qui construisent l’avenir. C’est quand même extraordinaire.
Que le gouvernement change de discours et beaucoup de chose changeront.
Mais changer de discours pour les membres du gouvernement reviendrait à renier les engagements de campagne. Le président de la République avait le choix entre se battre contre les chiffres ou expliquer à ses troupes que la réalité n’était pas exactement celle qu’il avait décrite pendant la campagne. François Hollande n’a toujours pas choisi de prendre en compte cette réalité.
lundi 18 février 2013
Hollande ne s’en sortira pas
Cette semaine François Hollande est arrivé au bout du bout du mur des réalités. Le voyage commercial qu’ il a fait en Inde , les discours et la conférence de presse ont bien montré qu’il était arrivé au cœur de ses contradictions.
Il a tenu des propos hyper réalistes que n’importe quel chef d’État sérieux aurait tenus. Il s’est montré pragmatique, responsable, assumant la réalité de la mondialisation de laconcurrence internationale et promettant aux Indiens l’accès libre au marché français et aux échanges de technologie. C’était du Pascal Lamy pur sucre. Pascal Lamy étant encore aujourd’hui le directeur de l’OMC, grand architecte et grand régulateur de la mondialisation. Bref Angela Merkel , Mario Monti , David Cameron ou même Nicolas Sarkozy n’auraient pas fait mieux. Les chefs d’entreprise français qui étaient du voyage sont rentrés ravis. Ravis, oui sauf qu’’à Paris changement de décor. Ce discours est en parfait décalage par rapport à ce qu’ il a toujours dit en France, décalage aussi par rapport aux propos de ses ministres.
Il ne faut quand même pas prendre les autorités indiennes pour des autistes. Ils savent bien que le discours dominant toute la campagne présidentielle a été un discours protectionniste.
Ils savent bien que le président s’est fait élire sur un programme de combat contre la finance internationale, contre le capitalisme étranger. Ils savent aussi qu’en France le ministre de l’Industrie a condamné les délocalisations, prôné le nationalisme industriel et, cerise sur le gâteau, les Indiens ont quand même bien su qu’on avait quasiment traité l’un des leurs de voyou incapable de tenir ses engagement. « Plus jamais de Mittal en France » avait on dit à Florange.
Alors les Indiens comme les Occidentaux savent bien que la démocratie oblige parfois à tenir deux langages différents mais pas à ce point. Et même si la politesse indienne et les intérêts sous-jacents leurs ont fait accepter ce cinéma, que peuvent dire et penser les électeurs socialistes qui ont voté et espéré le programme de Hollande. Depuis, le président de la République se contorsionne verbalement dans tous les sens pour essayer d’expliquer qu’il faudra désormais faire le contraire de ce qu’il avait annoncé. Et bien ça ne passera pas .
François Hollande ne peut plus se cacher ou gagner du temps. La situation française va devenir intenable. Économiquement c’est désastreux. Politiquement c’est la révolte assurée. Trois raisons :
La première raison nous est donnée par les indicateurs économiques. Pas de croissance, de la dette et du chômage. L’entreprise France est au bord de la cessation de paiement. Le business plan n’existe plus. D’abord parce que le pays comme toute l’Europe est au cœur d’une crise économique et financière historique. Ensuite parce que le gouvernement n’a pas engagé les reformes structurelles qu’il aurait fallu engager pour éviter de s’effondrer et avoir une chance de se redresser. Enfin parce que le pays est bloqué. Tous les acteurs capables de produire de la richesse, donc de la croissance, donc des outils de sortie de crise sont complètement paralysés depuis juillet 2012. Ils ont été matraqués fiscalement et injuriés socialement. Dès la campagne présidentielle, les cadres du Parti socialiste et François Hollande se sont mis en tête de faire payer les riches, d’accuser les patrons de s’enrichir indûment, de bannir les chercheurs, les artistes, les cadres, les investisseurs, les créateurs d’entreprises et même les jeunes diplômés de grandes écoles. On a diabolisé tous ces acteurs qui sont logiquement les locomotives économiques du système en les considérant comme des voyous profiteurs. Qu’il y ait des voyous parmi le patrons sans doute, mais il y a surtout des maladroits. Pour un Carlos Ghosn qui n’est pas très habile dans sa communication mais qui répond comme il peut au harcèlement de Arnaud Montebourg qui veut des exemples, il y a énormément de patrons qui n’osent même plus aller au bureau avec leur voiture parce que c’est une Audi ou une Mercedes.
Le résultat de cette chasse aux pseudo riches, en les accusant de tous les maux de la Terre, c’est qu’on les a découragé.
Les plus malins, les plus riches et les plus cyniques sont partis travailler à l’étranger. La grande majorité des autres ont bloqué les projets et arrêté les machines. Dès l’été 2012, ils ont commencé à préparer des budgets 2013 à la baisse. D’où la récession. D’où la descente aux enfers dans les indices de 2013. L’activité s’est aujourd’hui arrêtée dans un climat complètement plombé. Les deux secteurs qui sont des vrais marqueurs de climat se sont arrêtés les premiers. Le bâtiment et l’immobilier d’un côté, l’automobile de l’autre.
Le gouvernement a dit que la situation était mauvaise, (c’était vrai ) mais plutôt que de faire immédiatement un diagnostic et prendre des mesures de redressement, il a préféré lister les coupables et chercher les bouc-émissaires. Ce faisant les membres du gouvernement ont accusé de la gravité de la crise tous ceux qui étaient capables de redresser la situation. Les chefs d’entreprise ont donc baissé les bras pensant que l’orage allait passer. L’orage a grossi pour ressembler à un cyclone. Du coup la situation s’est détériorée encore plus.
La 2e raison de l’incapacité de François Hollande à reprendre la main tient à son positionnement politique. La situation d’aujourd’hui est aggravée par une déficit de confiance, par ces discours débiles et radicaux qui ont démoli l’équilibre des modèles économiques. Si le raisonnement tient la route, il suffirait de peu de choses pour redresser la situation. Il suffirait que François Hollande change de discours et de comportement. Si François Hollande parlait à Paris aux chefs d’entreprises français le même langage que celui qu’il tenait à Delhi à l’adresse des dirigeants indiens, les choses évolueraient très rapidement parce que quoi qu’on dise les fondamentaux sont bons. Tous les chefs d’entreprises ne se sont pas exilés. Beaucoup d’étudiants de grand talent sont prêts à revenir à Paris si on leur reconnaissait un droit à la compétitivité, à la création d’entreprise et à la liberté d’agir.
La 3e raison est la conséquence des deux précédentes. François Hollande ne pourra pas faire et assumer ce revirement.
Il essaie avec des gens comme Louis Gallois ou Didier Migaud de la Cour des comptes, mais il est sans doute un peu trop tard. Le mécontentement au sein de ses partisans est tel, qu’il est obligé de composer. Sinon il perd sa majorité et ses appuis. Il a déjà commencé à les perdre. Le problème c’est qu’il n’a pas de solutions politiques. La situation est devenue non seulement difficile mais potentiellement dangereuse. Le peuple de France est régicide. François Hollande passe l’heure de vérité et ça passe mal.
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