TOUT EST DIT

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dimanche 13 avril 2014

Une histoire de fous racontée par des idiots


La réduction des déficits n’est pas une contrainte européenne. C’est d’abord une affaire d’efficacité économique, de morale et même de souveraineté nationale.
A peine nommé ministre des Finances et des Comptes publics, Michel Sapin est allé à Berlin afin de rencontrer son homologue. Il ne s’agissait pas d’une simple visite de courtoisie ou d’un échange de bons procédés. Mais de tester le degré de résistance de nos voisins allemands à l’idée que la France puisse, une fois encore, ne pas respecter ses engagements budgétaires, et notamment le fameux seuil de 3 % du déficit par rapport au produit intérieur brut (PIB), que nous devrions, en théorie, atteindre en 2015. En fait, ce fut une discussion pleine de non-dits, puisque Michel Sapin a déclaré que la France « tiendra ses engagements » sans faire référence à la trajectoire budgétaire. Quant à son homologue allemand, Wolfgang Schäuble, il a concédé que « la France avait confirmé qu’elle avait conscience de ses responsabilités ». Tout cela ressemblait un petit peu à un alcoolique venant voir son médecin en lui disant : “Promis, j’arrête de boire demain.” Et son vis-à-vis de l’écouter, comme si c’était la vingtième promesse de cet acabit, en se disant que cela ne servait à rien de le contrarier.
En allant à Berlin, Michel Sapin espérait non seulement obtenir la bienveillance de son homologue, mais aussi qu’il use de son pouvoir d’influence à Bruxelles. Car c’est là où la partie s’annonce bien plus compliquée. Dès le 3 avril, Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, a expliqué, sans nommer de pays, que « ne pas respecter les règles communes revenait à saper la confiance envers l’euro ». Quant au commissaire européen Olli Rehn, qui vient de placer notre pays sous surveillance renforcée, il a déclaré que « si on donnait plus de temps à la France sans raison, cela créerait immédiatement un précédent pour d’autres pays membres », avant d’ajouter de manière moins diplomatique : « Il est très important de respecter les règles et de ne pas les bidouiller [sic]. »
Tout cela va naturellement compliquer la tâche de François Hollande et celle de Manuel Valls. Car, dans son allocution annonçant un changement de gouvernement, le président a souhaité à haute voix un desserrement du calendrier européen. Surtout, Manuel Valls doit affronter la grogne d’une petite centaine de parlementaires socialistes qui sont prêts à le soutenir dans la durée s’il s’engage à conclure un contrat de majorité, dont l’un des points consiste à « mettre en oeuvre des trajectoires budgétaires soutenables, compatibles avec le retour de la croissance et la baisse du chômage ». Et une fois la déclaration de politique générale et le vote de confiance passés, le premier travail du gouvernement va consister, justement, à présenter, le 15 avril, au Haut Conseil des finances publiques, la fameuse trajectoire qui sera ensuite expédiée à Bruxelles. C’est à ce moment-là que l’on en saura enfin un peu plus sur les fameux 50 milliards d’économies que le gouvernement a promis de faire dans les dépenses publiques.
Pour paraphraser Macbeth, tout cela ressemble à “une histoire de fous racontée par des idiots, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien”. Une histoire qui ne signifie rien parce que la réduction des déficits est un impératif technique et moral. Il est absurde d’arroser le désert en affichant un déficit budgétaire de 4,3 % (estimation pour 2013) si cela permet de récolter une croissance inférieure à 0,7 %. Cela signifie que plus de 3,5 points de PIB (70 milliards d’euros) sont dépensés en pure perte chaque année et viennent creuser une dette qui s’élèvera à 2 000 milliards d’euros à la fin de l’année et que nos petits-enfants devront supporter parce qu’une poignée de parlementaires sont opposés aux réformes de structure.
Elle est racontée par des idiots car, qu’il s’agisse du couple exécutif comme des députés de la gauche de la gauche, cela ne sert à rien de faire de l’Europe un bouc émissaire de cette affaire. La réduction des déficits est d’abord une affaire de souveraineté nationale. Et dire l’inverse, ce n’est pas seulement faux, mais c’est faire le jeu des extrêmes. Enfin tout cela, malheureusement, ne signifie rien, car la fin de l’histoire, on la connaît déjà. Le nouveau gouvernement va jurer la main sur le coeur qu’il entend mettre de l’ordre dans les finances publiques. Non seulement il sera aussi incapable que le précédent à réduire les dépenses, mais, en plus, le pacte de solidarité souhaité par François Hollande va considérablement réduire ses marges de manoeuvre. Voilà pourquoi, comme le disait encore Macbeth dans cette même tirade, Manuel Valls n’est qu’un « pauvre acteur qui se pavane et s’agite une heure sur la scène, et qu’ensuite on n’entend[ra] plus ».

Et si on se mettait au gaz de schiste…


La dépendance de l’Europe au gaz russe devrait, en toute logique, conduire à la réouverture du dossier du gaz de schiste, imprudemment refermé en France par François Hollande. Réputée moins hostile à cette source d’énergie que l’ancienne équipe, Ségolène Royal, la nouvelle ministre de l’Écologie, aura-t-elle le courage d’inverser la tendance ? Il y a urgence : les gaz et pétrole de schiste sont en train de changer la face du monde. Les pays qui s’y préparent vont gagner en sécurité financière et énergétique. Ceux qui refusent l’idée même d’exploration courent un gros risque de décrochage énergétique. C’est le cas de la France.
« Les fondations basculent », reconnaissent les experts de l’Agence internationale de l’énergie. La révolution énergétique lancée aux États-Unis commence à modifier en profondeur la donne économique et sécuritaire mondiale, notamment au Moyen-Orient. Dès 2017, l’Amérique devrait devenir le premier producteur mondial de pétrole, après avoir créé près de 1,3 million d’emplois dans ce secteur. La production américaine atteindra alors 12 millions de barils par jour. Et, en 2021, les États-Unis seront exportateurs nets de gaz naturel.
Les conséquences géostratégiques sont majeures. L’Amérique va peser d’un poids accru sur ce marché de l’énergie, au détriment de l’Europe où les industries consommatrices d’énergie manquent de visibilité, faute d’autorisation de recherche. La compétitivité européenne va en souffrir. Les écarts des prix de l’électricité entre les États-Unis et l’Europe ne vont pas cesser de croître : vers 2025, le prix européen pourrait dépasser de 50 % le prix américain. L’Amérique se “libère” progressivement de sa dépendance énergétique à l’égard des monarchies du Golfe et de son obligation d’assurer leur sécurité. Cette réduction du parapluie sécuritaire américain en Orient va de pair avec le “pivotement” des États-Unis vers l’Asie. La Chine s’inquiète de cette évolution car la moitié de ses ressources énergétiques sont au Moyen-Orient. Toute instabilité dans cette région menace le développement économique chinois — ce qui sert évidemment les intérêts américains. Il est paradoxal de voir Pékin prier — en secret — pour que Washington n’abandonne pas le Golfe…

Le pessimisme est-il de droite ?


Le raz de marée historique qui vient d’emporter la gauche en l’espace de quinze jours a démenti les Cassandre bien intentionnées.
Pendant les mois qui ont précédé les élections municipales, j’ai été abreuvé par les prévisions les plus sombres, non pas de la part de sondeurs égarés, ils sont nombreux, ou de commentateurs un peu trop proches idéologiquement du pouvoir actuel, ils sont plus nombreux encore, mais de sympathisants sincères de l’opposition, voire de responsables politiques membres à part entière de cette même opposition. Il ne fallait pas se faire d’illusion, la gauche était profondément ancrée, grâce à un clientélisme habilement organisé, dans ses terres électorales. Les campagnes lui étaient acquises et les grandes villes, définitivement noyautées par ces fameux bobos qui sont devenus l’alpha et l’oméga des nouvelles études électorales, resteraient ou tomberaient aux mains des forces de “progrès”… Quant au Front national, redoutable et redouté, il devait, par la magie noire des triangulaires, transformer une demi-victoire en vraie défaite. La bataille de Paris, elle, était perdue d’avance et se mobiliser ne servait à rien.
Le raz de marée historique qui vient d’emporter, en l’espace de quinze jours, le socialisme municipal a démenti les Cassandre bien intentionnées. Les politologues de plateaux télé, même en plongeant tête la première dans leur mémoire informatique — la seule qu’ils maîtrisent —, ne parviennent pas à trouver d’éléments de comparaison. Les projections de ces résultats sur les prochaines élections régionales et même législatives laissent entrevoir de futures cartes électorales d’un superbe bleu de France.
Devant cette irruption de la réalité politique, on pouvait imaginer que la droite sortirait de son pessimisme ontologique. Or, il n’en est rien. Il y a quelques jours encore, alors que je discutais avec un ancien hiérarque du RPR, celui-ci, au lieu de me décrire des lendemains radieux et de soupeser les surlendemains qui chantent, m’expliqua pendant deux heures les savantes stratégies et les sombres machinations qui allaient permettre à la gauche de se maintenir au pouvoir pour l’éternité. Tout y passa : la reprise économique dont tout le monde parle sans pourtant l’avoir encore vue, la dissolution inéluctable et une cohabitation déjà programmée, le grand complot politico-médiatique qui doit emporter, les uns après les autres, tous nos champions, et enfin les savants calculs électoraux qui déjà, au temps de François Mitterrand, avaient maintenu le sphinx de l’Observatoire sur son perron élyséen. L’ombre portée de ce Machiavel des Charentes continuait à fasciner et à faire trembler le vieux notable conservateur.
En le quittant, épuisé par tant de combinaisons stériles, je me disais que si la droite de ce pays, plutôt que de nourrir son pessimisme à devancer et à surestimer le génie tactique de son adversaire, mettait autant d’énergie à préparer ses propres plans de campagne, elle serait déjà prête pour la mère des batailles électorales.

Le vrai bilan de deux ans de dialogue social hollandais


De l'accord sur la formation professionnelle en passant par celui sur la flexibilité dans l'entreprise, la méthode Hollande de concertation sociale n'en est plus à son banc d'essai. Malgré des engagements premièrement salutaires sur la réorganisation du monde syndical, la plupart des réformes sont restées en jachères depuis. Un fait qui souligne une fois de plus le manque de volonté politique face à des problèmes qui existent depuis des décennies.

 Le pacte de responsabilité entre dans une nouvelle phase de négociation alors que l'on arrive bientôt au terme de deux ans de concertation sociale sous François Hollande. Comment ce dialogue s'est concrètement transformé dans les faits depuis ?

Xavier Tedeschi : François Hollande avait démarré son quinquennat par un "coup d’éclat" en la matière avec l’ANI (Accord National Interprofessionnel) qui a démontré une réelle volonté de rendre aux partenaires sociaux l’initiative de la négociation tout en mettant l’Etat en retrait. Pour la première fois depuis bien longtemps, les partenaires sociaux n’ont ainsi pas eu besoin des instances gouvernementales pour s’accorder sur le texte de loi. A tel point d’ailleurs que lorsque le texte est passé au Parlement, les tentatives de retouchage ont été bloquées pour s’assurer que les mesures adoptées soient bien celles préconisées par les syndicats. Ce retrait exemplaire de l’Etat dans le processus de concertation a néanmoins été bien moins effectif depuis, toutes les négociations qui ont suivie ayant nécessité l’intervention étatique pour calmer le jeu.

Les mesures qui sont ressorties de ces consultations sont-elles efficaces et adaptées au regard des enjeux ?

Xavier Tedeschi : En ce qui concerne les changements sur le terrain, plusieurs améliorations se font toujours attendre. Dans le cadre de l’ANI, on a essayé de faire en sorte que les partenaires sociaux entretiennent un dialogue plus fluide et transparent avec les entreprises tout en évitant le "chantage au calendrier" comme moyen de pression. Concrètement, on reste toutefois davantage dans l’artifice que dans la discussion de fond actuellement. Cela est d’autant plus regrettable qu’une modification des modalités du dialogue social est plus qu’urgente : le rapport de lutte des classes qui est encore très présent et l’on peut parier qu’un long chemin nous attend encore avant que les différents acteurs, d’un côté comme de l’autre, puissent réellement se comporter de façon responsable et apaisée. Cela est d’autant plus important alors que les entreprises françaises publieront en juin leurs orientations stratégiques sur trois ans, et cette opération sera des plus complexes sans confiance en interne.
Jérôme de Rocquigny : Les enjeux, justement, là est peut-être  la vraie question ? Quels sont les enjeux ? Est-ce une grande opération de communication ? Est-ce un moyen de récupérer la confiance des chefs d’entreprises des TPE/PME ? Est-ce le moyen de séduire les représentants des organisations salariales en leur démontrant que le gouvernement est capable d’entamer des vraies négociations et de forcer le monde patronal a un compromis flatteur pour le gouvernement ? Y a-t-il une prise de conscience qu’il est temps de faire baisser en France le coût du travail.
Cette prise de conscience est douloureuse  pour la classe politique, principale responsable de cet état de fait en ayant laissé filer les dépenses de l’Etat, en ne trouvant pas d’autre solution depuis 20 ans que d’augmenter inlassablement les charges des entreprises pour combler les trous.
Il est évident que la seule idée du deal, aussi spectaculaire soit-il, ne suffira pas. Tout simplement parce que les protagonistes dudit deal ne sont pas en mesure de tenir les promesses faites : les entreprises du CAC n’ont pas créé d’emploi depuis 20 ans et les TPE et les PME ne sont pas représentées. Cet exercice est compliqué pour les politiques ; c’est sûrement tout cela qui rend  le pacte de responsabilité aujourd’hui peu lisible ni crédible. L’idée est bonne et tous les entrepreneurs de France saluent la prise de conscience mais attendent d’autres propositions que ce pacte qui en l’état n’impactera pas tous les protagonistes concernés.

Les deux accords emblématiques du premier gouvernement Hollande ont été ceux se portant sur la flexibilité (janvier 2013) et la formation professionnelle (décembre 2013). Si Michel Sapin a souhaité souligner la portée "historique" de ces négociations, les syndicats sont généralement plus critiques. Est-il possible de faire la part des choses ? Quelles ont été les conséquences concrètes ?

Xavier Tedeschi : En ce qui concerne les accords trouvés sur la formation professionnelle, toute la difficulté a été de savoir quelle place on lui donnait dans la vie économique du pays et comment l’on répartissait les tâches entre l’Etat, les partenaires et les entreprises. Ainsi, sur les 30 milliards du budget de la formation professionnelle, seulement dix milliards sont gérés par les entreprises, un tel schéma pouvant encore être amélioré. Un autre problème se trouve sur la conception même de la formation, puisque l’on se concentre aujourd’hui trop sur les compétences (diplôme sur le papier) et pas assez sur le savoir-faire, ce qui relève d’ailleurs d’une vision typiquement française. On ne réussira pourtant pas à valoriser la formation si les salariés n’y voient pas d’intérêt en termes de rémunération, leur diplôme (ou absence de diplôme pour certains) étant encore trop souvent le premier facteur de l’importance de leur salaire aujourd’hui. On peut dire toutefois, au-delà de ces insuffisances, que l’idée de focaliser la formation sur les personnes en recherche d’emploi a été raisonnable et logique par rapport aux réalités de terrain. Dans l’ensemble des évolutions sont encore à attendre pour voir si les signaux positifs seront concrètement suivis d’effets.
Jérôme de Rocquigny : Mêmes causes, mêmes effets. Supprimer la défiscalisation des heures supplémentaires sans concertation avec les acteurs concernés était une mesure trop idéologique. On peut saluer l’idée de la flexibilité qui prend tout le monde à contre-pied sur ce même terrain idéologique. En revanche, l’impression demeure floue car on ne connait pas finalement les limites à ce jour de cette flexibilité indispensable à la reprise du marché du travail.
En ce qui concerne la formation professionnelle, comment encore pour la énième fois on peut vouloir à tout prix sortir un ANI sans consulter les principaux concernés, c’est-à-dire ceux qui sont sur le terrain, ceux qui savent.
On change les noms, on change certaines règles mais on n’apporte pas les vrais solutions, on garde les mêmes, on garde ceux là-même qui ont inventé un DIF qui n’a jamais marché, qui ont mis à genoux l’alternance, qui n’ont pas permis aux bonnes personnes d’être formées. La portée historique n’est que l’accumulation d’une énième réforme qui ne répond en rien aux vrais problèmes de la formation professionnelle en France. Sur le terrain rien de nouveau : les moyens pour former ne sont toujours pas là, et les mises en place sont toujours aussi élitistes et compliquées. 

La question du manque de représentativité des syndicats français est souvent pointée du doigt alors que l'Elysée souhaite évoluer vers un modèle de négociation inspiré de nos voisins allemands. Comment expliquer que ce décalage n'ait pas été d'avantage pris en compte par l'exécutif ?

Xavier Tedeschi : Tant qu’il n’y aura pas de réelle incitation à s’inclure dans la vie syndicale, le problème ne sera logiquement pas réglé. D’après moi il est nécessaire de rendre l’affiliation à un syndicat obligatoire comme c’est le cas en Suède, au Canada et d’une certaine manière en Allemagne afin de changer les rapports entre adhérents et personnel syndical. Cela permettrait de générer de réelles attentes que l’on serait obligés de prendre en compte sous peine de perdre son électorat. En France, les syndicats ne sont clairement pas sanctionnés par le fait d’être trop peu représentatifs, et l’on voit mal comment les dérives pourraient être empêchées dans un tel cadre. La confiance dans l’entreprise, le niveau de la formation et la qualité de service doivent être tirés vers le haut, et ce principe d’inscription obligatoire me semble le meilleur moyen d’y parvenir. Lorsque je demande aux salariés d’entreprise quelle image ils ont de leurs syndicalistes, la réponse négative est de loin la plus récurrente, ce qui n’empêche pourtant pas les intéressés d’être réélus peu après… Face à une telle déresponsabilisation, ce type de situation ne fera que se renouveler.
Jérôme de Rocquigny : Tout le monde, la classe politique, les médias, les réseaux d’influence n’ont de cesse de mettre le modèle allemand en avant, en exemple. Pour être bref concernant cette question, la réponse en deux chiffres. En Allemagne près de 90 % des actifs et chefs d’entreprise sont syndiqués et participent à la représentativité et aux négociations. En France à peine 8 %. Que dire de plus ? Que seuls ceux qui sont à la recherche de bénéfices secondaires participent de façons désintéressée aux négociations qui doivent changer la vie des entreprises et de leur salariés, on n’ira pas jusqu’à là mais quand on observe certains choix on reste sans voix et on s’interroge !

Le rapport Perruchot publié en février 2012 avait dénoncé les dérives financières de certaines organisations syndicales ainsi que leur manque d'efficacité. En dépit de plusieurs pistes d'amélioration proposées depuis, rien n'a été fait. Pourquoi une telle inaction face à un sujet d'une telle importance ?

Xavier Tedeschi : On retombe dans l’éternel problème du corporatisme qui n’est pas nouveau dans l’Hexagone, ce qui explique cette absence de volonté politique. La distribution des mandats entre amis, la préservation des prérogatives de chacun, représente un paralysant dont on constate les effets depuis plusieurs années.  
Jérôme de Rocquigny : Sujet plus que délicat, voire extrêmement sensible. Le gouvernement peut-il se permettre une guerre sociale avec les partenaires sociaux ? Les politiques peuvent-ils et surtout savent-ils faire sans les partenaires sociaux ? La paix sociale a un coût auquel les différents gouvernements de droite comme de gauche ne veulent et peuvent consentir, souvent par peur et manque de courage. Laisser le paritarisme déraper régulièrement depuis des années doit sans doute hanter les nuits des responsables politiques. Laisser des sommes colossales n’être pas dépensées pour la raison pour laquelle, elles avaient été collectées. Constater  chaque jour des abus et des invraisemblances sans rien faire est devenu une habitude. Le rapport Perruchot a voulu faire ressortir certaines de ces coupables habitudes. Le système en revanche ne l’entend pas de cette oreille et organise efficacement toute absence de réaction et  de sanction... 

Manuel Valls rencontrera demain les différents syndicats dans un contexte tendu pour discuter de la mise en application des différentes mesures d'économies présentées cette semaine, dont la baisse des charges patronales et salariales. Qu'attendre d'un tel rendez-vous alors que la grogne monte chez plusieurs syndicats ouvriers ?

Xavier Tedeschi : En prenant en compte la posture plutôt centriste de Manuel Valls ainsi que son jeune âge et son énergie, on peut espérer qu’il soit celui qui sera a même de donner un nouveau souffle à un modèle en perte de vitesse depuis longtemps. On sait ainsi que les partenaires sociaux sont déjà confronté à un problème de renouvellement des mandats, les candidats au syndicalisme étant de moins en moins nombreux aujourd’hui. En attendant trop de l’Etat et pas assez des autres acteurs, nous continuons de nous enfermer dans une logique infantile qui créé, comme chacun sait, son lot de problèmes. 
Jérôme de Rocquigny : Quand l’idéologie prend le dessus, on est inquiet des résultats. Comment certains syndicats peuvent ils ne pas participer à la relance du pays. Comment imaginer ne pas être dans une attitude positive quand il s’agit de sauver le pays du marasmes du chômage ?
On ne pourra pas à ce jour émettre un avis sur la méthodes Valls, il est trop tôt, laissons lui le temps que le sentiment qu’il y a du Tony Blair en lui n’est pas qu’une illusion  et qu’il démontre le même pragmatisme économique que ce dernier. Espérons qu’il aura l’envie et le courage de proposer à l’Assemblée nationale de rendre obligatoire adhésion à une représentation patronale et syndicale qui mettra enfin l’intérêt collectif de tous au cœur des discussions et des intentions de chacun et de fait laisser loin dernier nous les mauvaises habitudes et préconisations d’avant .





L’improbable opération de sauvetage


Les commandes sont à l’Élysée. C’est François Hollande qui devrait se “remanier”. Le problème est qu’il devrait faire l’inverse de ce qu’il a fait depuis deux ans.
L’histoire retiendra sans doute que la préfiguration de la nomination de Manuel Valls à la succession de Jean-Marc Ayrault a eu lieu deux mois avant la “raclée” des municipales. C’était le lundi 3 février, au lendemain de la puissante mobilisation de La Manif pour tous à Paris et à Lyon. Manuel Valls fut le premier à annoncer, au micro de RTL, qu’il n’y aurait plus de loi sur la famille (PMA, GPA et autres sottises). Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l’Assemblée, lui répondit aussitôt sur une autre antenne que le ministre de l’Intérieur ferait mieux de rester dans son rôle et de respecter la règle du jeu. Le même jour, Jean-Marc Ayrault déjeunait à l’Élysée et François Hollande trancha en faveur de Valls : il fallait en effet ajourner le projet de loi sur la famille.
Dans le Monde du lendemain, Valls expliqua la pensée de Hollande : « On ne peut pas faire comme si le débat sur le mariage pour tous et la filiation n’avait pas laissé des traces. Dans une société fracturée, François Hollande a décidé d’éviter des débats non maîtrisés qui représentaient un vecteur supplémentaire de perturbation dans les mois qui viennent. » C’était clairement dit, mais le mal était fait, on l’a vu par l’ampleur de la tempête électorale qui s’est produite les 23 et 30 mars. Une fois la vague retirée, la plage sur laquelle se présente Manuel Valls est couverte de débris.
Contrairement à ce qui se répète partout, le chômage et les impôts ne suffisent pas à expliquer ce désastre. La gauche doit en chercher les causes au plus profond de l’inquiétude des Français quant à leur identité, à leur idée de la famille, des fondements de leur histoire, de leur culture et de la vie en société. La théorie du genre, qui veut faire des petits garçons des petites filles et vice versa, associée à une débauche de campagnes publicitaires, d’émissions, de films et de feuilletons provocants et destructeurs, a autant contribué à la défaite que le chômage. De cette sanction justifiée, le nouveau gouvernement va-t-il tirer la leçon ? Au moins, François Hollande reconnaît-il cette « crise civique et même morale » dont souffre la France.
La dernière carte souvenir laissée par l’équipe Ayrault l’aura été sur le perron de l’Élysée par une ministre qui sera ainsi sortie de l’anonymat. Le soir même où la France venait d’offrir un dîner d’État en l’honneur du président chinois et de son épouse, Mme Nicole Bricq confiait à la femme du premier ministre, parlant du dîner qui avait été servi : « C’était dégueulasse. » Anecdotique ? C’était dit par une ministre de la République, qui plus est ministre du Commerce extérieur, et le mot allait naturellement faire le tour de la planète médiatique. Cela révélait non seulement la vulgarité, mais aussi la morgue d’un personnel politique qui se moque du rang du pays et du travail des autres. Rien n’est plus sensible à l’électorat populaire que ce langage qui n’aura fait rire que les électeurs de Mme Hidalgo. La vague bleue aura eu le mérite d’envoyer au piquet tous les “Bricq” au pouvoir.
M. Valls saura-t-il y mettre de l’ordre ? On lui reconnaît du caractère et de l’autorité. Son bilan de ministre de l’Intérieur ne plaide guère en sa faveur. Ancien directeur de campagne de François Hollande, formé au cabinet de Lionel Jospin, il a pu mesurer dans sa circonscription de l’Essonne la dimension de la défaite socialiste. Son député suppléant, Carlos Da Silva, qu’il avait soutenu par une activité intense, a mordu la poussière à Corbeil-Essonnes, sèchement battu par Jean-Pierre Bechter, l’héritier de Serge Dassault.
Quelle sera sa liberté ? François Hollande lui demande de sauver son “quinquennat à l’envers”. Mais à peine était-il nommé que le président de la République annonçait à la télévision qu’il ajoutait un pacte de solidarité pour compenser son pacte de responsabilité. Compenser, parce que la gauche n’a rien compris au pacte de responsabilité et que son aile gauche le combat. Or, la France n’a pas le moindre euro pour financer ce nouveau pacte alors que le précédent ne l’est toujours pas sans les 50 milliards d’économies. L’impasse est totale. La France n’a pas atteint ses objectifs de déficit, elle est sous “surveillance renforcée” à Bruxelles (seul État européen à l’être avec la Slovénie) et elle doit présenter sa trajectoire budgétaire le 30 avril devant la Commission.
Manuel Valls a pour seul atout d’être un nouveau premier ministre — pour le reste, il n’a rien. Les commandes sont à l’Élysée. « J’en assume la totale responsabilité », dit François Hollande. Il devrait donc commencer par se “remanier”. Le problème est qu’il devrait faire l’inverse de ce qu’il a fait depuis deux ans. C’est ce que les électeurs lui ont dit. S’il échoue avec Valls, il ne lui restera qu’une option : la dissolution.

samedi 12 avril 2014

La funeste visite de Merkel à Athènes


Angela Merkel se rend ce vendredi dans la capitale grecque, protégée par 7000 policiers revêtus de carapaces de protections et de casques face au peuple grec armé, lui encore, de ses seules mains nues, de panneaux de protestation et de leurs cris de colère, le lendemain de l’annonce du retour par la Grèce sur le marché financier par l'émission d'emprunts d’État sur cinq ans. A l'aéroport d'Athènes, des limousines noires toutes brillantes de célèbres marques allemandes attendent Angela Merkel et son escorte berlinoise sous une rangée de drapeaux grecs et allemands.

La presse française parle d'un attentat à Athènes un jour avant la visite de la chancelière et d'un retour réussi sur les marchés pour la Grèce totalement ruinée. La chancelière vient féliciter et soutenir la politique d'austérité mené par Antonis Samaras.
Dans son dernier livre, Le Putsch silencieux (pas encore disponible en français) paru fin mars 2014, le journaliste d'investigation Jürgen Roth montre le système de corruption de la Troïka, de Berlin avec Angela Merkel et de Bruxelles, assis sur les peuples européens. Pour Jürgen Roth, la Grèce est le premier pays à avoir subi le test de la Troïka, un plan qui s'applique déjà aux autres nations européennes, Allemagne comprise. Un autre auteur, Panagiotis Grigoriou, qui nous a accordé plusieurs entretiens, avait déjà parlé de la destruction de la société grecque de manière technique par les technocrates de Bruxelles et les banquiers.
Bombe. Un jour avant l'arrivée d'Angela Merkel, une voiture a explosé dans le quartier des banques à Athènes. Des manifestants s'étaient réunis devant le Parlement grec avec des panneaux où on pouvait lire « Frau Merkel get out. Get out of our country bitch ». Pendant que les médias occidentaux parlent du retour avec succès de la Grèce sur le marché financier etmême d'une baisse du chômage à 26,7 %, la population grecque ressent cette annonce comme une trahison. La population grecque s'enfonce dans la misère voulue par la Troïka, ce qui constitue une bombe sociale. Pour le Handelsblatt, l'économie grecque pourrait augmenter de 1 % cette année mais ne pourra pas réduire de manière significative le chômage. Le chômage des jeunes est à 60 %, ce qui n'est pas supportable sur le long terme pour une démocratie. La crise grecque, construite par la Troïka, profite aux investisseurs. Le retour d'Athènes sur le marché fait le bonheur des investisseurs qui s'arrachent les emprunts d’État grecs. « Nous vivons une situation exceptionnelle en Grèce. Les dettes d’État cachent la privatisation des biens et des services » écrit Jürgen Roth en citant un conseiller en économie du Pasok qui ne veut pas citer son nom.
Pays test de la Troïka. Colonie administrée par Berlin et Bruxelles, la Grèce est le premier pays test aux plans de la Troïka : baisse des salaires, baisse des retraites, disparition des soins d’État, privatisation de tous les services publics, réduction du nombre des fonctionnaires. «Rien n'est dévoilé. Les privatisations des structures conduisent au dumping salarial, aux contrats précaires, en Allemagne aussi. Les salariés doivent travailler dans les sociétés privatisées pour des salaires de misère où le mot d'ordre + bouffe ou crève + est de mise», écrit Jürgen Roth. Les bâtiments d’État grecs ont été vendus aux investisseurs et sont loués à des prix élevés à la même administration d’État. Plus de 300 îles sont à la vente. L’État grec, qui possède 70 % du pays, le vend aux financiers. « Les financiers se régalent de la forte baisse des salaires et des prix sur l'immobilier », écrit Jürgen Roth. L’État grec et la Troïka ne sont pas vraiment intéressés par les privatisations selon le journaliste Yannis Moutsos : « Ils utilisent la Grèce et le Portugal comme un terrain d'expérimentation. »
L’Allemagne exporte sa démocratie. L'historien et anthropologue grec Panagiotis Grigoriou nous a fait le nouveau portrait robot de son pays qui tombe en ruine humaine et sociale et démocratique à vitesse grand V dans un entretien en deux parties en décembre 2012 sous le titre « La Grèce, une colonie allemande qui souhaiterait l'aide de la Russie ».
En décembre 2012, Panagiotis Grigoriou nous disait : « On découvre le changement interne de la société grecque, l'occupation du pays par l'Allemagne et l'administration européenne, la pulsion de mort dans une société qui fut l'une des plus vivantes du monde » et expliquait en citant des exemples que la Grèce est une colonie administrée par l'Allemagne : « Oui, nous avons des administrateurs coloniaux. Le Consul général allemand, Wolfgang Hoelscher et Hans-Joachim Fuchtel, CDU ont été nommés par Angela Merkel. Ils sont basés en Grèce, chez nous. Le job de Hans-Joachim Fuchtel, CDU, est de mettre en contact les entreprises allemandes et les municipalités grecques. Hans-Joachim Fuchtel, CDU, nous le considérons comme l'administrateur colonial ou comme un Gauleiter». Ce vendredi, la chancelière rend visite à son Gauleiter pour une tournée d'inspection. » 

L'IMAGE DU JOUR


L’ange et la bête

L’ange et la bête
La nouvelle municipalité verte de Grenoble a décidé de retirer les caméras de vidéo-protection de cette ville au nom de la défense des libertés et de "la responsabilisation des personnes". Cette décision m’a aussitôt fait penser à un fait divers survenu récemment dans cette ville.
A cette nouvelle, trois questions me viennent à l’esprit:
  • Comment des personnalités publiques peuvent-elles en arriver à pareil degré d’irresponsabilité?
  • Comment la démocratie locale et le suffrage universel peuvent-ils aboutir à de telles aberrations?
  • A quel stade passe-t-on du simple et pur angélisme à la complicité pure et simple (avec les bourreaux) ?

Regarder les chaînes publiques

Regarder les chaînes publiques




Pacte de réalité

Pacte de réalité


L'exercice de communication plutôt réussi de l'investiture du gouvernement Valls n'enlève rien à la défaite historique de la gauche. Il n'a pas non plus totalement mis en sourdine les grincements dans les rangs socialistes où d'aucuns réclament une autre politique pour répondre à la défiance populaire. D'ailleurs, François Hollande, pourtant désormais entouré d'amis sûrs, a dû concéder la direction du Parti socialiste au strauss-kahnien Cambadélis, un adversaire historique et souvent cinglant, passé dans les rangs du soutien à Martine Aubry. L'arrivée d'hommes forts aux postes clés et la détermination des contestataires de l'intérieur annoncent les nuages qui forcément viendront obscurcir le ciel d'un chef de l'État affaibli par les municipales.
Même remanié lui aussi, le PS vit la fin d'une époque. Depuis la défaite de Jospin, la guerrière formation, qui avait conduit Mitterrand au pouvoir, connaît une inexorable décadence. Que le rejet de Sarkozy ait laissé croire à un sursaut socialiste n'y change rien. Et le fade passage de Harlem Désir n'a pas fait taire les dissidences locales de tous ceux qui veulent tenter leur chance sans respecter les consignes et logiques de parti.
Les plus positifs affirmeront que les socialistes vont trouver dans l'échec la ressource pour se rassembler et mettre leur programme en cohérence avec une réalité sociale que trop de leurs électeurs vivent douloureusement. Peut-être. Ce qui est sûr, c'est que les socialistes doivent se demander comment redevenir un parti qui représente la société française. En ne le faisant pas, ils perdraient leur raison d'être et la chair de la gauche. Le PS est dans une crise de culture politique dont il sortira en faisant preuve de lucidité dans l'analyse des résultats et la digestion de la défaite. Sans doute aussi en revenant au terrain pour écouter les gens. Une sorte de pacte de réalité pour se relancer.
La politique de Hollande n'est pas la seule explication aux sièges perdus par les socialistes locaux. Souvent leur échec vient de ce qu'ils n'apparaissaient pas comme les meilleurs candidats et qu'il ne suffit plus d'être de gauche pour être crédité de la proximité. En perdant des élus, le PS a peut-être retrouvé des militants. C'est ce qui lui manque le plus.

Le chagrin et le remords

Le chagrin et le remords


Survenue hier, la mort de Dominique Baudis a provoqué un hommage unanime. Comme rarement. Reconnaissons qu'il méritait bien cela après ce que l'emballement médiatique lui avait fait subir au moment de la sordide affaire Alègre. Sans doute se mêle-t-il dans cette émotion une part de chagrin et de remords ? Parce que si Dominique Baudis a succombé à un cancer, on voudrait être sûr que les suites des incurables métastases de la calomnie n'y ont pas contribué. On ne dira jamais assez avec quel courage Dominique Baudis fit front et chercha à se relever d'une telle ignominie.
Plus de dix ans après, le traitement de « l'affaire » doit continuer d'interpeller les médias. Est-il acceptable qu'au nom d'investigations douteuses la presse se transforme en machine à broyer la vie d'un innocent ? On se souvient des accusations ignobles de ces prostituées et de ces demi-sel floutés, trop complaisamment invités sur les plateaux télé. Ce flot d'insanités allait vite étouffer les protestations d'innocence de Dominique Baudis.
Bien pire, sa présence, un soir de mai 2003 sur le plateau du JT de Claire Chazal, pour désamorcer le scandale naissant, alimenta au contraire des soupçons. Sous les feux des projecteurs, quelques gouttes de sueur perlant sur son front engendrèrent des doutes entretenus plus ou moins perfidement par certains. Belle gueule et « fils de son père », journaliste vedette puis gentleman de la politique, Dominique Baudis fut victime, pour partie, de cette chasse au « notable » qui est la rançon des réussites trop voyantes.
Sa grandeur fut, une fois innocenté, d'accomplir sans la moindre amertume, avec sincérité et engagement discret, diverses missions au service de l'État et des citoyens. Qui mieux que cet homme, malmené par certains imprudents « justiciers », pouvait incarner le rôle de Défenseur des droits ? Qui d'autre que lui aurait été capable de surmonter l'épreuve avec autant de dignité ? Qui, pour toutes ces raisons, pourrait plus que lui, aujourd'hui, susciter notre chagrin et nos remords ?

François Hollande chute à 13 % d’opinions favorables


Selon un sondage YouGov pour i>TELE et le Huffington Post, le président augmente encore son score d’opinions défavorable (80%, +2 points depuis mars), et n’est plus qu’à 13% d’opinion positive. 

François Hollande paye directement la défaite de la gauche aux municipales et ne tire aucun bénéfice de la nomination de Manuel Valls.

En revanche, et alors que Jean-Marc Ayrault stagnait à 14% d’opinions favorables en mars, le jugement porté sur l’action du nouveau Premier Ministre est plus encourageant puisque Manuel Valls atteint 29% d’opinions favorables.
Quant au nouveau gouvernement, il ne bénéficie de quasiment aucune indulgence de la part des Français, stagnant à 15% d’opinions favorables. Moins d’un Français sur cinq (18%) pense le nouveau gouvernement davantage capable d’inverser la courbe du chômage que celui dirigé par Jean-Marc Ayrault.
L’enquête a été réalisée sur internet du 4 au 9 avril sur un échantillon de 1038 personnes représentatif de la population française et selon la méthode des quotas. Pour davantage de détails :

LE BOULET

LE BOULET

Le profil de l’emploi. Ou presque. Porte-parole de la « génération SOS Racisme » puis fringant quinqua (un handicap sur le marché du travail mais un vrai signe de jeunesse en politique), patron d’un des plus puissants partis de France et député européen depuis quinze ans. Sur le papier, impossible de trouver meilleur CV que celui d’Harlem Désir pour le poste de secrétaire d’État aux Affaires européennes. Et pourtant… Depuis deux jours, la promotion (par l’échec) de l’ex-premier secrétaire du PS n’en finit plus d’alimenter un procès en incompétence. Manuel Valls a beau juger cette arrivée comme « un atout », les reproches pleuvent. Jusqu’au président de la République qui l’aurait jugé « pas à la hauteur ». Plus terrible encore, le baromètre des présences au Parlement européen. Harlem Désir n’a participé qu’à 50,15 % des votes (en dessous de la moitié, plus d’indemnités). Ce qui le classe en 752e position… sur 766 élus. Pour un gouvernement en quête de renaissance, comme des allures de mauvais film : un boulet nommé désir. Avec un fort sentiment : celui de ne voir dans l’horizon continental qu’une usine à recycler des politiques en mal de mandat. Et l’on demandera, dans quelques semaines, aux simples citoyens de se mobiliser pour les élections européennes…

L’improbable opération de sauvetage

L’improbable opération de sauvetage


Les commandes sont à l’Élysée. C’est François Hollande qui devrait se “remanier”. Le problème est qu’il devrait faire l’inverse de ce qu’il a fait depuis deux ans.
L’histoire retiendra sans doute que la préfiguration de la nomination de Manuel Valls à la succession de Jean-Marc Ayrault a eu lieu deux mois avant la “raclée” des municipales. C’était le lundi 3 février, au lendemain de la puissante mobilisation de La Manif pour tous à Paris et à Lyon. Manuel Valls fut le premier à annoncer, au micro de RTL, qu’il n’y aurait plus de loi sur la famille (PMA, GPA et autres sottises). Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l’Assemblée, lui répondit aussitôt sur une autre antenne que le ministre de l’Intérieur ferait mieux de rester dans son rôle et de respecter la règle du jeu. Le même jour, Jean-Marc Ayrault déjeunait à l’Élysée et François Hollande trancha en faveur de Valls : il fallait en effet ajourner le projet de loi sur la famille.
Dans le Monde du lendemain, Valls expliqua la pensée de Hollande : « On ne peut pas faire comme si le débat sur le mariage pour tous et la filiation n’avait pas laissé des traces. Dans une société fracturée, François Hollande a décidé d’éviter des débats non maîtrisés qui représentaient un vecteur supplémentaire de perturbation dans les mois qui viennent. » C’était clairement dit, mais le mal était fait, on l’a vu par l’ampleur de la tempête électorale qui s’est produite les 23 et 30 mars. Une fois la vague retirée, la plage sur laquelle se présente Manuel Valls est couverte de débris.
Contrairement à ce qui se répète partout, le chômage et les impôts ne suffisent pas à expliquer ce désastre. La gauche doit en chercher les causes au plus profond de l’inquiétude des Français quant à leur identité, à leur idée de la famille, des fondements de leur histoire, de leur culture et de la vie en société. La théorie du genre, qui veut faire des petits garçons des petites filles et vice versa, associée à une débauche de campagnes publicitaires, d’émissions, de films et de feuilletons provocants et destructeurs, a autant contribué à la défaite que le chômage. De cette sanction justifiée, le nouveau gouvernement va-t-il tirer la leçon ? Au moins, François Hollande reconnaît-il cette « crise civique et même morale » dont souffre la France.
La dernière carte souvenir laissée par l’équipe Ayrault l’aura été sur le perron de l’Élysée par une ministre qui sera ainsi sortie de l’anonymat. Le soir même où la France venait d’offrir un dîner d’État en l’honneur du président chinois et de son épouse, Mme Nicole Bricq confiait à la femme du premier ministre, parlant du dîner qui avait été servi : « C’était dégueulasse. » Anecdotique ? C’était dit par une ministre de la République, qui plus est ministre du Commerce extérieur, et le mot allait naturellement faire le tour de la planète médiatique. Cela révélait non seulement la vulgarité, mais aussi la morgue d’un personnel politique qui se moque du rang du pays et du travail des autres. Rien n’est plus sensible à l’électorat populaire que ce langage qui n’aura fait rire que les électeurs de Mme Hidalgo. La vague bleue aura eu le mérite d’envoyer au piquet tous les “Bricq” au pouvoir.
M. Valls saura-t-il y mettre de l’ordre ? On lui reconnaît du caractère et de l’autorité. Son bilan de ministre de l’Intérieur ne plaide guère en sa faveur. Ancien directeur de campagne de François Hollande, formé au cabinet de Lionel Jospin, il a pu mesurer dans sa circonscription de l’Essonne la dimension de la défaite socialiste. Son député suppléant, Carlos Da Silva, qu’il avait soutenu par une activité intense, a mordu la poussière à Corbeil-Essonnes, sèchement battu par Jean-Pierre Bechter, l’héritier de Serge Dassault.
Quelle sera sa liberté ? François Hollande lui demande de sauver son “quinquennat à l’envers”. Mais à peine était-il nommé que le président de la République annonçait à la télévision qu’il ajoutait un pacte de solidarité pour compenser son pacte de responsabilité. Compenser, parce que la gauche n’a rien compris au pacte de responsabilité et que son aile gauche le combat. Or, la France n’a pas le moindre euro pour financer ce nouveau pacte alors que le précédent ne l’est toujours pas sans les 50 milliards d’économies. L’impasse est totale. La France n’a pas atteint ses objectifs de déficit, elle est sous “surveillance renforcée” à Bruxelles (seul État européen à l’être avec la Slovénie) et elle doit présenter sa trajectoire budgétaire le 30 avril devant la Commission.
Manuel Valls a pour seul atout d’être un nouveau premier ministre — pour le reste, il n’a rien. Les commandes sont à l’Élysée. « J’en assume la totale responsabilité », dit François Hollande. Il devrait donc commencer par se “remanier”. Le problème est qu’il devrait faire l’inverse de ce qu’il a fait depuis deux ans. C’est ce que les électeurs lui ont dit. S’il échoue avec Valls, il ne lui restera qu’une option : la dissolution.