mercredi 9 avril 2014
L'occasion manquée de Manuel Valls
Mais où est passé Manuel Valls? Qu'est devenu l'esprit libre qui, jadis, bousculait joyeusement les totems et les tabous de la vieille gauche socialiste? Qu'est-il arrivé à l'ardent iconoclaste qui devait faire souffler sur la France l'air nouveau d'un réformisme de gauche enfin assumé? Hier, ce Valls-là n'était pas à l'Assemblée. Celui qui a parlé à sa place est apparu, sur le fond sinon sur la forme, contraint, emprunté, ligoté - en un mot, hollandisé.
À vrai dire, depuis quelques jours, on s'en doutait un peu. La reconduction, quasiment à l'identique, de ce gouvernement perclu d'échecs et d'impopularité était de mauvais augure. La tonalité de la première intervention télévisée du nouveau chef du gouvernement, tout entière placée sous le signe de la continuité de l'action de Jean-Marc Ayrault, faisait craindre le pire. Les tractations partisanes, dignes des plus beaux jours de la IVe République, qui ont précédé le grand oral du premier ministre ne laissaient rien présager de bon. Depuis hier, il n'est malheureusement plus permis de douter. La gravité de la situation française exigeait un hussard, c'est en équilibriste qu'il s'est exprimé. Manuel Valls, déjà digéré par la machine, ne sera pas le réformateur que l'on espérait.
Certes, le nouveau premier ministre n'est pas Jean-Marc Ayrault. Il a du souffle, de l'énergie à revendre, une rhétorique efficace - quoiqu'un peu surjouée. Ici ou là, dans son discours, un mot, une expression témoignaient heureusement de sa volonté de s'abstraire du dictionnaire des idées reçues socialistes. L'hommage appuyé aux entreprises était bienvenu ; l'exaltation de la fierté française ne manquait pas de panache. Le premier ministre a même osé proclamer que l'euro trop fort était un drame pour nos exportations. Bravo! Mais il ne suffit pas, le menton impérieux, de convoquer à la tribune les mânes de Jaurès, de Clemenceau et dugénéral de Gaulle pour sauver la République!
Manuel Valls a sans aucun doute l'autorité qui manquait à son prédécesseur. Bien des drames et des psychodrames gouvernementaux en seront peut-être évités. Tant mieux! Mais toutes ces améliorations de «forme» et de «style», qui passionnent les commentateurs, ne permettront pas de ranimer la croissance ou de réduire le chômage, ne serait-ce que d'un demi-point. Ce qui compte, c'est le fond. Et, dans ce discours de politique générale où l'on serait bien en peine de trouver une seule proposition originale qui porte la marque du premier ministre, c'est malheureusement le fond qui change le moins. Hier, à l'Assemblée, la musique était bien de Manuel Valls, mais les paroles, du François Hollande pur jus.
Hollandissime, cette obsession de «l'équilibre» qui conduit maintenant Manuel Valls à assortir chaque pas à droite d'un autre pas à gauche pour en amortir la charge symbolique et en neutraliser la portée. Pacte de responsabilité ET de solidarité. Sérieux budgétaire, MAIS PAS austérité. Compétitivité, MAIS sortie du nucléaire. Volonté d'apaisement en matière sociétale, MAIS maintien, si l'on comprend bien, des projets de loi qui divisent les Français (réforme pénale, famille, fin de vie…). Manuel Valls, désormais, «n'a pas d'adversaire à gauche». Au risque de mécontenter des deux côtés…
Hollandissime aussi, cette manière d'entretenir encore et toujours le flou sur les fameux 50 milliards d'économies dont on avait pourtant cru comprendre qu'ils étaient la pierre de touche de la «nouvelle étape». Où les trouvera-t-on? Mystère! Du côté des fonctionnaires, de leur nombre, de leur rémunération? Manuel Valls n'en a pas parlé. Du côté de l'hôpital ou du déremboursement d'un certain nombre de médicaments? Ce sujet-là aussi aura été évité. Tout juste a-t-on compris qu'il y aurait une «mise en cohérence de notre système de prestations». Nous voilà bien avancés…
Ce qui est clair, en revanche, ce sont les dépenses nouvelles d'ores et déjà programmées. Les baisses de charges et d'impôts sur les entreprises prévues par le pacte de responsabilité, à quoi vient s'ajouter - miracle des municipales - un «coup de pouce aux bas salaires». Ce qui est clair, aussi, c'est que le gouvernement va demander un nouveau délai à Bruxelles pour tenir des engagements dont la réalisation recule avec l'horizon. Bruxelles acceptera peut-être, mais les agences de notation?
La situation exigeait un hussard, c'est un équilibriste qui s'est exprimé
Hollandissime, enfin, l'absence quasi totale dans l'intervention du premier ministre de ces réformes dites «de structure», qui ne coûtent rien, qui exigent seulement du courage, et dont Manuel Valls a longtemps soutenu qu'elles étaient les seules à pouvoir libérer la croissance et relancer l'emploi. Rien sur les rigidités du droit du travail et les effets de seuil, qui sont autant de freins à l'embauche! Rien sur les modalités d'indemnisation du chômage, qui découragent la recherche d'un nouvel emploi! Rien sur le temps de travail, qui est pourtant - Valls le disait jadis - notre principal gisement de productivité! La seule réforme ambitieuse évoquée hier est celle des collectivités territoriales. Mais, rassurons-nous, elle ne débutera pas avant 2017 (à la veille de la présidentielle!) ou, pour les départements, 2021! N'est pas Gerhard Schröder - ni Matteo Renzi - qui veut…
On ne voit que trop bien ce qui a conduit Manuel Valls à refuser l'obstacle. La peur de déplaire à sa majorité. La crainte de froisser le président. Mais le danger était-il si grand? Les députés socialistes grognent, grondent, mais ils ne sont pas prêts - on les comprend - à courir le risque d'une dissolution. Quant à François Hollande, qui peut croire, dans l'état d'impopularité où il se trouve, qu'il puisse avant longtemps se payer le luxe de changer de premier ministre? Manuel Valls avait l'occasion de renverser la table et d'imposer sa marque. Il l'a laissée passer. C'est dommage pour la gauche de gouvernement, qui n'accomplira pas aujourd'hui sa révolution réformatrice. C'est triste pour la France, qui devra attendre encore longtemps le moment de se redresser.
Valls, fureur d’un socialisme
Valls, fureur
d’un
socialisme
d’un
socialisme
Manuel Valls, premier ministre, va prononcer son discours de politique générale. Et alors ? Comme le souligne notre distingué collègue, c’est le 37ème de la Vème, pour l’absence de résultats que l’on sait. Coincé entre sa fausse réputation de dur de la sécurité, ce type qui n’a jamais su que faire tabasser au gaz lacrymogène les dangereuses mégères de la Manif pour Tous et laisser filer les djeunes du Trocadéro, cette terreur des statistiques qui n’ont pas tremblé d’un pouce malgré son activisme de façade devant les caméras, ce type-là doit aussi faire la bise aux rouges-roses de son parti qui se raccrochent désespérément aux vieilles lunes mauroyciennes, style moins de travail et plus d’allocs, ainsi qu’aux verts qui veulent piétiner les centrales nucléaires de sable de leur bac à sable et propager la flavescence dorée parce que c’est une maladie naturelle.
Mais le plus inquiétant, c’est le Valls qui s’énerve très, très facilement, comme on a pu le voir sur des vidéos sur YouTube, qu’il s’agisse de stigmatiser les manifestants qui ne lui plaisent pas, mais aussi dans des prises de positions politiques. Encore une fois, cliquez sur le Net. La vindicte dont il poursuit le comique de couleur qui ne sait pas se tenir à sa place de comique de couleur n’a que peu à voir avec un souci de bien public, mais bien plutôt d’un souci de bien privé. Et cette violence latente, à fleur de peau, on la retrouvera quand son absence de « programme » socialiste se perdra dans les méandres de l’économie réelle. Nous aurons un Valls plein de fureur tenté de se radicaliser. Parce que si un socialiste, ça ne sait pas, ça sait virer autocrate, comme nous l’ont enseigner des heures sombres de notre Histoire européenne.
Coincés
Si le président a certes changé de gouvernement (et quel changement !), il n’a malheureusement pas changé de situation économique. Il y a un mois, la fausse décontraction d’un Moscovici compulsivement incolore avait déjà bien du mal à camoufler le surplace navrant de l’économie française. Quelques semaines plus tard, le nouveau ministre de l’économie aura beau frétiller de sa vigoureuse chevelure bouclée, le constat économique reste globalement le même : le piétinement continue.
Quoi qu’il en soit, nos deux ministres vont avoir fort à faire pour convaincre les économistes, les politiciens et les patrons d’Outre-Rhin de toute la bonne volonté de la France en matière de réforme, mot devenu tabou depuis plusieurs décennies. En effet, on apprend parallèlement au déplacement des Laurel et Hardy de l’économie française que la puissante fondation Bertelsmann vient de publier une étude sur l’état de la France, ce pays « pas compétitif » selon leurs experts (non, vraiment, sans blague ?) ; et si le classement qu’elle établit sur 41 pays de l’OCDE place la France 14ème en matière de performance des politiques publiques (ce qui est honorable lorsqu’on voit le résultat), elle la place aussi 28ème pour la qualité de sa démocratie et 27ème pour la capacité de son exécutif à mener des réformes.
Mais la réalité est têtue et malheureusement, ne se laissera pas faire par les petites admonestations caliméresques du président du Parlement, ou les roucoulades enrouées de l’être bicéphale de Bercy. La réalité, c’est que tout ce petit monde est coincé.
D’autre part, les contribuables n’ont plus aucune marge de manœuvre en matière de ponction. Les entreprises ont tant perdu en compétitivité avec l’avalanche d’impôts et de taxes, le chômage a tant augmenté qu’il n’y a plus dans l’augmentation de la fiscalité aucun espoir de trouver des finances pour faire durer le plaisir. Quant à l’étape suivante, le chyprage violent des comptes bancaires, il est évidemment redouté par toute la classe politique et signera surtout l’échec complet de la politique hollandiste. Il ne peut en être question, même à demi-mot, avant un moment.
Et les réformes (dont les annonces, toutes aussi pétaradantes et médiatisées que vides de contenu) se succèdent sans pour autant convaincre ni les Français, ni (et c’est plus grave) le reste des Européens qui commencent à trouver les petits entrechats français assez pénibles à financer. À peine arrivé en poste, Arnaud du Redressement a fait comprendre que les réformes, c’était bien joli mais pas facile et qu’avec la marge de manœuvre dont il dispose, un petit arrangement à l’amiable serait préférable. Tant que c’était lui, du reste, personne ne s’en est offusqué ; tout le monde a déjà jaugé l’asticot, et chacun connait certainement dans sa famille ou celle du voisin l’adolescent un peu revêche, facilement rebelle, qui sévit avec ses caprices et ses petites saillies un peu déplacées. Par analogie, les emportements de Montebourg rappellent ce temps où, encore jeune, on avait certes une grande gueule, mais surtout de petits bras, pas un rond et une mobylette pourrite.
En revanche, lorsque Michel Sapin, l’énarque aux relents de comptable provincial avec patchs en cuir intégrés sous les coudes, déclare lui aussi qu’il va falloir à la France un petit délai pour aménager la baisse des déficits et engager les réformes indispensables au retour de la croissance, là, les dents grincent et les mines se ferment. Le refus, du reste, ne se fait pas attendre. Olli Rehn, le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, a ainsi déclaré sans la moindre ambiguïté :
« Si je m’en réfère au pacte de stabilité et de croissance, un nouveau délai pourrait seulement se justifier par des événements économiques inattendus et défavorables avec des conséquences pénalisantes pour les finances publiques. Je ne vois pas de tels événements économiques inattendus et défavorables depuis le mois de juin dernier. Au contraire, la zone euro connaît actuellement une reprise qui va se renforçant. »
Il aurait pu ajouter « sauf pour la France qui continue à pédaler dans un dessert lacté épais et paralysant », mais cela aurait pu entraîner des petits désagréments diplomatiques. Néanmoins, le délai demandé par Sapin est donc clairement refusé. Ni une, ni deux, les deux ministres de l’Économie et des Finances ont décidé d’aller expliquer leur position… aux Allemands.
Et c’est vrai qu’il peut y en avoir besoin. D’abord, deux ministres là où la France n’en avait jadis qu’un seul, qui suffisait amplement à saboter l’économie française, on peut s’étonner : difficile d’imaginer qu’à deux, ils seront plus efficaces pour donner de grandes orientations au paquebot Bercytanic dont la soute, consciencieusement déchiquetée sur 30 à 40 ans, engouffre les déficits et la dette à gros bouillons tous les jours. D’autant qu’on sait que nos deux acolytes ne s’entendent pas exactement comme des larrons en foire. Montebourg, bouillant littéraire dont les capacités à manipuler les chiffres restent à prouver, est probablement une assez bonne antithèse de Sapin, bivalve froid et calculateur à l’énarchie profondément chevillée au corps. Là où, en Allemagne, les deux ministères, traditionnellement séparés, permettent une tenue rigoureuse des comptes, en France, on s’attend d’emblée à la cacophonie. Ne soyons pas méchant, l’avenir nous permettra de juger, mais il n’en reste pas moins qu’on sent déjà quelques flottements : le voyage français à Berlin avait tout d’abord été annoncé pour Sapin seul, avant que Nono ne s’invite.
En cause selon la fondation : « la réticence des pouvoirs publics à décrire les problèmes franchement », ce qui est une façon polie de dire que les politiciens enfument le contribuable et le citoyen français depuis un petit moment à tel point que toute franchise est maintenant exclue. Pire, les experts expliquent même qu’ « alors qu’elle se bat pour adapter son modèle économique et social à un monde changeant, les problèmes s’aggravent bien plus qu’ils ne diminuent. » Et pourquoi ce marasme français ? Parce qu’il y a pour eux, « culturellement, une méfiance fondamentale envers les marchés et une croyance largement répandue que l’action publique est un moyen efficace de guider l’économie et de résoudre les problèmes ».
Une situation qui s’aggrave ? Une classe politique infoutue de la moindre franchise ? Une méfiance culturelle contre l’économie de marché ?
Oh ! Zut et flûte, voilà que des Teutons portent des constats similaires aux miens, et, abomination supplémentaire, aux constats formés par les économistes anglais dont les parutions, dans l’hebdomadaire de la fourbe Albion, The Economist, ont régulièrement défrayé la chronique ici et ailleurs. (Et je ne mentionnerai même pas que parmi les experts du rapport allemand se trouve même un Français, l’universitaire Yves Mény, parce qu’on me dira que ce traître à sa patrie a été à l’évidence acheté par le capitalisme néolibéral apatride et que son opinion n’a donc plus aucune valeur).
Et la mise en face à face de ce rapport, de ces conclusions et de ces remarques avec les petits couinements ridicules de Claude Bartolone n’en est alors que plus savoureux : pendant que les économistes expliquent que la situation mérite un volte-face et beaucoup de courage, le président de l’Assemblée, aussi détendu du mobile et de la dépense publique qu’on peut l’être lorsqu’on a toujours vécu exclusivement de l’argent des autres s’empresse de demander… des délais, histoire de bien faire comprendre à tout ce petit monde qu’il serait judicieux de continuer avec calme et pondération ce qui n’a pas marché sur les dernières années.
D’une part, l’Europe ne pourra plus guère lui fournir de délai, sans mettre en péril toute l’Union et sans faire grogner plus que de mesure le partenaire allemand. Tous les autres pays à l’exception de la France ont, à un moment ou l’autre, fait des efforts, même s’ils ont été modestes, au moins pour tenter des réformes. Pour Sapin et Montebourg, le moment est venu de faire passer une amère pilule à tout le monde. En ont-ils l’étoffe ? Au vu de leur historique, on peut raisonnablement en douter.
Enfin, en matière de réformes, les mensonges, les atermoiements et le populisme ont tant ancré dans le collectif français qu’il existait bel et bien une solution socialiste, solidaire, festive et citoyenne que toute autre solution, réaliste, pas du tout festive et franchement pas solidaire sera farouchement combattue par tous les tenants du merveilleux modèle social que le monde regarde nous mettre aux pieds avant que nous sautions dans l’eau boueuse et profonde. Autrement dit, les coupes claires dans les aides sociales (et les ponctions qui les abondent), les réformes massives dans la fonction publique et la réduction drastique du périmètre de l’État feront inévitablement sortir tout le peuple de ses gonds alors qu’il n’y a plus d’autres solutions.
On comprend dès lors que Hollande et sa troupe, plus prudents, cyniques et politiciens que réformateurs, se contenteront d’une série de pas microscopiques et d’effets de manche dont le seul but sera de limiter la casse sur leur petite personne. Pour le reste, c’est évident : ce pays est foutu.
mardi 8 avril 2014
PRENONS-EN DE LA GRAINE
Le dessous des cartes Tectonique des plaques
Comment ce découpage s’est-il produit ? Les premières preuves de déformation de la lithosphère datent de 4 milliards d’années, mais l’individualisation complète des plaques et le démarrage de la tectonique sous sa forme actuelle sont sans doute advenus un milliard d’années plus tard. C’est la durée qu’il a fallu pour que se créent et se connectent des zones de faiblesse dans la lithosphère, délimitant les plaques, d’après un modèle que viennent de proposer deux géophysiciens : Yanick Ricard du Laboratoire de géologie de Lyon (CNRS/Université Claude Bernard Lyon 1/ENS de Lyon) et son collègue David Bercovici (Université de Yale, Etats-Unis).
Ce modèle considère que la lithosphère est un milieu formé de deux types de grains, qui reflète la composition minéralogique de la péridotite, principale roche des plaques lithosphériques. Il prend en compte les forces exercées sur les roches par l’asthénosphère sous-jacente, et intègre des données expérimentales sur les propriétés des roches et leur déformation.
Selon ce modèle, la lithosphère se fragilise par interaction avec la convection du manteau, c’est-à-dire les mouvements très lents des roches constituant l’asthénosphère. Les mouvements descendants de l’asthénosphère étirent les roches de la lithosphère sus-jacente. Sous l’effet de cette déformation, la taille des grains composant les minéraux des roches diminue… ce qui rend ces grains encore plus déformables. Ainsi nait une zone de fragilité. Les mouvements de convection se déplacent dans le manteau au cours du temps, créant de nouvelles zones de faiblesse. Cependant, les zones fragilisées qui ne sont plus soumises à déformation ont tendance à « cicatriser », car les minéraux grossissent lorsque la déformation cesse.
D’après ce modèle, en raison de la température modérée de la Terre et de la présence de minéraux différents, qui gênent mutuellement leur croissance, la «cicatrisation » de la lithosphère prend bien plus de temps (1 milliard d’années) que sa fragilisation (10 millions d’années). Ainsi, les changements de la convection mantellique ont été assez lents pour endommager localement la lithosphère, mais assez rapides pour qu’elle ne puisse cicatriser complètement, accumulant ainsi assez de zones de faiblesse pour se découper en plaques.
Dans ce modèle, la lithosphère terrestre accumule assez d’endommagements pour se diviser en plaques tectoniques au bout d’un temps de l’ordre du milliard d’années, ce qui est compatible avec l’histoire géologique.
Les chercheurs expliquent aussi pourquoi Vénus, qui a pourtant une masse, une taille et une composition similaires à celles de la Terre, n’a jamais eu de tectonique des plaques. Suivant leur modèle, sa lithosphère, très chaude du fait d’un effet de serre extrême, cicatrise trop vite (en dix millions d’années) pour pouvoir se diviser en plaques tectoniques.
Source(s):
Plate tectonics, damage and inheritance. David Bercovici & Yanick Ricard. Nature, Publié en ligne le 6 avril 2014. DOI: 10.1038/nature13072
- Contact(s):
- Yanick RICARD, Laboratoire de géologie de Lyon : Terre, planètes et environnement (ENS, CNRS-INSU, Lyon 1)
ricard@ens-lyon.fr, 04 72 44 84 13 - 06 30 99 97 36
- Yanick RICARD, Laboratoire de géologie de Lyon : Terre, planètes et environnement (ENS, CNRS-INSU, Lyon 1)
Pourquoi le binôme Montebourg, Sapin ne parviendra pas à convaincre l'Allemagne
Pourquoi le binôme Montebourg, Sapin ne parviendra pas à convaincre l'Allemagne
Après la Berezina socialiste aux municipales, la responsabilité de l'économie a été confiée à Arnaud Montebourg et à Michel Sapin. A l'un le Ministère de l'Économie, à l'autre, celui des Finances, un dispositif censé s'inspirer de l'Allemagne. Le premier aura comme homologue Sigmar Gabriel, numéro 2 du gouvernement et maître d'œuvre pour le SPD dont il est le Président, de l'accord de grande coalition signé fin novembre 2013 ; le second sera l'interlocuteur de Wolfgang Schäuble, qui occupe ces fonctions depuis 2009. Avec cet attelage incarnant l'un, la mystique volontariste et l'autre, le prosaïsme gestionnaire,François Hollande et Manuel Valls ont voulu adresser un signal à la Commission et à l'Allemagne: imposer l'image d'un co-pilotage symétrique franco-allemand de la politique économique en zone euro tout en le réorientant dans un rééquilibrage entre rigueur et croissance.
Sur le plan du fonctionnement de l'économie, rien pourtant de plus dissemblable de part et d'autre du Rhin. Sigmar Gabriel assume sans complexe les réformes Schröder du marché du travail dont le rôle a été décisif dans la division par deux du chômage revenu de 11 à 5,5 % de 2005 à 2013. Le salaire minimum porté par le SPD comme grand symbole de sa participation à la grande coalition, entend signifier non un alignement sur le SMIC français mais une mobilisation maîtrisée des marges de manœuvre générées par dix ans d'effort en faveur de ceux, notamment dans les services, qui ne bénéficient pas de conventions aussi structurées que dans l'industrie. Adepte comme Angela Merkel de l'économie sociale de marché, le ministre de l'Économie se situe aux antipodes des incantations protectionnistes de son homologue français et de sa nostalgie de la politique industrielle. Concept impensable en Allemagne où le rôle de l'État est de créer les conditions générales du bon fonctionnement d'une économie concurrentielle. C'est aux entreprises que revient le rôle moteur de la croissance. Non à un État prétendument stratège qui impose ses priorités aux entreprises et à la société, et les écrase de son poids.
Dans le domaine des finances également, deux visions bien différentes. Wolfgang Schäuble considère à la différence de Michel Sapin et des élites françaises que la croissance ne vient pas de sa stimulation par la dépense publique: c'est l'inverse qui est vrai. L'argument tant brandi par les élites françaises selon lequel les dépenses publiques favorisent la croissance risque bel et bien de laisser de marbre tant les faits montrent le contraire du Canada à la Suède et à l'Allemagne elle-même.
La France entend incarner une alternative à l'Allemagne: pour minimiser ses réformes et se poser en champion de l'Europe anti-austérité. C'est un échec total. Sous les apparences d'une Allemagne affaiblie par le poids de la réunification et d'un État social à bout de souffle, la France qui avait à l'inverse, engrangé les bénéfices de sa politique de rigueur menée de 1983 à 1997, s'est laissée prendre ensuite aux illusions post-industrielles des 35 heures et des déficits continus. Quinze ans après, elle est hors combat. Avec les dépenses publiques les plus élevées d'Europe (57 % du PIB), l'économie productive s'est effondrée: l'industrie manufacturière a désormais un poids économique équivalent à celui de la Grèce (10 % du PIB) alors qu'avec 2/3 des échanges mondiaux, elle est à l'exemple de l'Allemagne, la clé de la croissance. Pris au piège des rentes sociales, écartelé entre les pressions centrifuges de ceux qui les paient, et de ses bénéficiaires qui ont compris que le temps de leur mise en cause se rapproche, Paris réclame à Berlin son soutien pour de nouveaux délais pour réduire son déficit. Autant à l'instar de l'Espagne, il est recevable d'échanger des délais contre des réformes, autant dans le cas de France, ni le faible montant des baisses de dépenses ni les non-réformes successives ne peuvent justifier de nouveaux reports: ils ne seront pas plus respectés que les précédents. Après avoir décroché de l'Allemagne, la France, avec sa crédibilité budgétaire anéantie et une croissance laminée, est distancée désormais par l'Europe du Sud qui voit sa croissance s'affermir après avoir repris le contrôle de ses comptes et enfanté ses réformes dans la douleur.
Opter pour une stratégie de passager clandestin en misant sur les efforts des autres ou pire, vouloir entraîner l'Italie, qui avec les acquis de la gestion Monti et Letta, cherche son inspiration chez Schröder et Blair, dans une alliance de revers contre l'Allemagne, est vouée d'avance à l'échec tout en actant le déclassement de la France dans la hiérarchie des nations de la zone euro. Il y a des raisons de s'inspirer de l'Allemagne: celles qui relèvent du réel, non des apparences.
Décès de Mickey Rooney, l'éternel enfant star de Hollywood
Il a dansé avec Judy Garland, épousé Ava Gardner et tourné plus de 250 films... L'acteur américain Mickey Rooney, décédé dimanche à 93 ans, restera l'éternel enfant star de Hollywood, lui qui était monté sur scène dès l'âge de 17 mois.
Avec la célèbre souris de dessin animé, "nous sommes les deux Mickey les plus célèbres au monde", aimait-il dire en jurant que Walt Disney avait prénommé son personnage en son honneur.
Petit - il mesurait 1m57 -, rouquin, le visage éternellement poupin... Mickey Rooney, de son vrai nom Joseph Yule, voit le jour le 23 septembre 1920 dans le quartier de Brooklyn, à New York.
Ses parents, Joe Yule et Nell Carter, qui se sépareront vite, sont des acteurs de vaudeville itinérants. Leur fils fait ses débuts à 17 mois en les accompagnant sur scène, vêtu d'un smoking miniature et mordillant un cigare en caoutchouc.
Il devient dès 1927 une star du cinéma muet en incarnant pendant huit ans un personnage comique devenu très populaire, Mickey Mc Guire, dont il prend le prénom.
Mais c'est surtout avec le film "Andy Hardy" - et ses 14 suites filmées entre 1937 et 1944, préfiguration des séries télévisées - qu'il s'impose comme l'idole de l'Amérique. Il y joue le fils de famille turbulent à la mèche en bataille. Avec à la clef, en 1938, un Oscar spécial pour "sa contribution significative à personnifier à l'écran l'esprit de la jeunesse".
Il triomphe aussi en 1939 avec la comédie musicale "Place au rythme", l'histoire d'un groupe d'adolescents qui montent un spectacle pour éviter d'aller travailler dans une ferme.
On retient les numéros de claquettes de Mickey Rooney et l'un des couples mythiques de l'histoire d'Hollywood qu'il va former avec Judy Garland. Le duo de danseurs se retrouve dans "En avant la musique" (1940) et "Débuts à Broadway" (1941).
- Huit mariages et six divorces -
L'acteur, qui n'a quasiment pas quitté la scène et les plateaux pendant neuf décennies, connaît encore de jolis succès comme en 1957 avec "L'Ennemi public", un rôle à contre-emploi de gangster violent et meurtrier, ou en 1979 avec "L'Etalon noir".
Mais dès l'après-guerre son étoile avait commencé à pâlir. "Soyons honnêtes. Ce n'était pas si facile de décrocher des rôles pour un homme mesurant 1m57 et qui avait dépassé l'âge d'Andy Hardy...", avait expliqué son ami le réalisateur Richard Quine.
Si un Oscar d'honneur vient récompenser en 1983 l'ensemble de la carrière de celui qui est aussi réalisateur, producteur, scénariste et compositeur, Mickey Rooney ne cache pas en fin de parcours une certaine amertume. "Hollywood, ça n'existe plus. Ce n'est plus qu'un grand panneau sur la colline, là-haut (...) A mon époque, il y avait au moins 55 grandes stars. Où sont les stars maintenant ? Il n'y a plus de John Wayne, de Spencer Tracy, ou de James Cagney. De la grande époque, il n'y a plus que moi...".
Hollywood n'a pourtant jamais cessé de le faire travailler, même à un âge avancé. Ces dernières années, on a ainsi pu le voir dans "La nuit au musée" (2006) avec Ben Stiller, ou "Les Muppets" (2011).
En dehors des plateaux, l'acteur, qui a soufflé un jour à Marilyn Monroe son nom d'artiste, connaît une vie sentimentale agitée. Huit mariages, six divorces, une épouse retrouvée morte dans son lit avec son amant, neuf enfants. "Mariez-vous toujours tôt le matin. Car si ça ne marche pas, vous n'aurez pas perdu une journée entière", philosophe-t-il.
Sa première femme n'est autre qu'Ava Gardner, starlette débutante en 1942 au moment du mariage... qui dure seize petits mois. "Elle était impossible à vivre", dira-t-il.
Mais ses divorces successifs lui coûtent cher. Criblé de dettes, il se déclare en faillite personnelle en 1962. Il vivait depuis 1978 avec sa huitième épouse, Jan Chamberlin.
Même à la fin de sa vie, cependant, sa famille lui donnera des soucis: en octobre 2013, son beau-fils avait reconnu lui devoir quelque 2,8 millions de dollars, après s'être copieusement servi sur ses comptes en banque.
Deux ans plus tôt, Mickey Rooney avait témoigné devant le Sénat américain, pour dénoncer les abus et manipulations dont étaient victimes les personnes âgées de la part de leurs proches.
Contrat de confiance
Contrat de confiance
Est-ce de cela dont le pays a vraiment besoin pour sortir de la crise et amorcer son redressement ? On veut parler des palabres de ces derniers jours entre Manuel Valls et les représentants des partis de la gauche pour « mériter » leur confiance. Alors qu'il va prononcer aujourd'hui ce que l'on appelle improprement « son » discours de politique générale, mais qui est en fait la réplique de celui tenu par le chef de l'État, Manuel Valls s'est quasiment retrouvé dans l'inconfortable position d'un Premier ministre de cohabitation négociant avec une majorité frondeuse un soutien vital.
Si François Hollande avait voulu infliger à son ambitieux chef de gouvernement un éprouvant noviciat, il ne s'y serait pas pris autrement. Manuel Valls ne fait que porter le projet élyséen mais il est devenu la « tête de Turc » idéale de la gauche radicale qui détourne vers ce « social traître » les flèches qu'elle n'ose décocher vers le chef de l'État. On ne saura qu'aujourd'hui de quelles concessions Manuel Valls aura payé l'éventuel vote favorable des Verts. Et avec quelles promesses il aura obtenu la « confiance vigilante » de la centaine de signataires PS d'un « contrat de majorité » réfutant le tournant idéologique de l'exécutif.
Au bout du compte, toutes ces laborieuses tractations auront davantage relevé de la tambouille politicienne que d'une impossible réorientation politique. Le « gros morceau », même assorti d'un pacte de solidarité cosmétique, sera le pacte de responsabilité. Il va appartenir à Manuel Valls de défendre, à sa façon, un travail bouclé par d'autres.
Il a promis du « concret » avec des éléments structurés et précis. Les pistes de réduction des dépenses, déjà esquissées dans la presse, promettent de très véhémentes réactions. La majorité restera-t-elle soudée dans la durée en cas d'épreuve avec les syndicats ? À terme, le problème ne se posera-t-il pas d'une adéquation entre la politique impulsée par l'exécutif et celle que voudraient les parlementaires de gauche ? Le vote de confiance qui sera acquis à coup sûr aujourd'hui sera loin de constituer, pour l'avenir, un solide contrat de confiance.
La méthode bartolonienne
La méthode bartolonienne
M. Bartolone est aussi un fin lettré. Président de l’Assemblée nationale, il aime jouer avec les mots et il sait en user. Il ne lui déplait pas de les utiliser de telle sorte que ses propos paraissent différents alors qu’ils disent la même chose. C’est un exercice savant qui demande de la culture et de l’art. Ainsi, à propos de la communauté européenne et de ses exigences sur nos déficits, il a cette phrase fort martiale: « Nous ne demandons pas un sursis, nous demandons du réalisme ». Pas de sursis, juste du réalisme, c’est-à-dire du délai ! Notre pays aurait tout intérêt à généraliser la méthode bartolonienne. Il y gagnerait en fierté, en convivialité et en consensus. Nous ne réclamerions non la fin du chômage, proposition inapplicable, mais le plein emploi généralisé.
Ce qui se joue à l’Assemblée…
Ce qui se joue à l’Assemblée…
Ce qui se joue, avec le discours de politique générale de Manuel Valls, c’est beaucoup plus que le simple fait de savoir si le Parti socialiste en totalité votera ou pas la confiance, si quelques uns de ses élus auront le front de s’abstenir en signe de valeureuse résistance, si quelques Verts dépités iront jusqu’à voter contre ce gouvernement auquel la plupart auraient aimé participer.
Certes, rien de tout cela n’est banal, mais l’essentiel est ailleurs. Ce qui se joue en effet, à la tribune de l’Assemblée, c’est la crédibilité de la France et sa place dans le concert européen, sa capacité à respecter sa parole. Ce qui se joue, c’est la façon dont les autres pays européens nous regardent, et par conséquent le poids qu’ils attachent à nos promesses. Ce qui se joue, c’est la confiance que suscite la France.
Ce qui nous menace, c’est le procès en désinvolture, c’est la perte d’influence en Europe, c’est l’exaspération des créanciers qui nous financent. Ce qui nous menace, c’est le retour du credo gauchiste, de la langue de bois socialiste de base, la triste complainte de la justice sociale. Ce qui nous menace, c’est l’incapacité de la majorité à extraire du verdict lamentable des municipales autre chose qu’un prétexte à gauchir la politique. Ce qui nous menace, c’est le report, une fois de plus, de la politique d’assainissement de nos comptes publics, c’est le retour du zapping budgétaire, fiscal et social.
Ce qui nous inquiète, c’est la faiblesse du pouvoir face aux objurgations de quelques dizaines de députés perdus dans leur catéchisme. Ce qui nous inquiète, c’est cette incapacité collective des socialistes à affronter le réel, leur refus de voir que les solutions sont ailleurs que dans leur bréviaire. Ce qui nous inquiète, c’est tout ce qui peut réduire les chances d’obtenir enfin des résultats.
lundi 7 avril 2014
Les pistes du gouvernement pour trouver les 50 milliards d’économies
Tour de vis sans précédent sur les dépenses de santé et les collectivités. Vers une baisse du nombre de fonctionnaires.Le pacte de responsabilité au cœur du discours de politique générale demain du Premier ministre Manuel Valls.
Trouver 50 milliards d’économies pour les années 2015 à 2017. L’effort est inédit. Et potentiellement explosif. Pendant plusieurs semaines, François Hollande, Jean-Marc Ayrault et cinq autres membres du gouvernement se sont retrouvés régulièrement au sein d’un conseil stratégique de la dépense publique. L’heure de vérité approche. Passage en revue de ce que prépare l’exécutif, sachant que Manuel Valls voudra bien sûr apporter sa contribution. Le nouveau Premier ministre devrait rester assez discret sur ce chantier demain dans son discours de politique générale, privilégiant les annonces sur le pacte de responsabilité.
L’État : 17 milliards d’euros
Etat, Sécurité sociale, collectivités locales vont, grosso modo, participer à l’effort à hauteur de leur poids respectif dans la dépense publique. Les chiffres peuvent encore bouger à la marge mais c’est de l’ordre de 17 milliards qui vont être réalisés sur l’Etat et les quelque 550 opérateurs qui en dépendent. Les dépenses vont, a minima, continuer à être gelées en valeur (hors charge de la dette et pensions). Sur les dépenses des ministères, environ 1 milliard d’euros d’économies seront faites sur le budget de l’emploi sur trois ans, le secteur privé devant prendre le relais des contrats aidés. Les critères de l’allocation de solidarité spécifique, pour les chômeurs en fin de droits, pourraient être durcis.
De nouveaux efforts vont être imposés aux fonctionnaires, dans le but d’obtenir la quasi-stabilité de la masse salariale (80,6 milliards d’euros cette année). Pour cela, le gel du point d’indice (servant de base à la revalorisation des salaires) devrait être maintenu en 2015 et 2016 (au moins). Sauf à ce que le grand rendez-vous salarial annoncé par la ministre Marylise Lebranchu accouche d’autres mesures d’économies tout aussi fortes, ce qui est peu probable. Sujet très sensible, François Hollande devrait revenir sur son objectif de stabilité des effectifs de fonctionnaires sur le quinquennat. Et ce en ne faisant pas la totalité des quelque 60.000 recrutements d’agents prévus à l’Education nationale d’ici à 2017. Le chiffre pourrait être raboté de 10.000 à 15.000. « Les questions de fonction publique seront tranchées dans les ultimes arbitrages », prévient-on.
Environ 3 milliards d’euros d’économies devraient être faites sur les seuls opérateurs de l’Etat (universités, Météo-France, CNRS, Ademe, CNC, chambres de commerce…). D’une part, en réduisant leurs ressources (via les dotations et le plafonnement des taxes affectées). D’autre part, en fusionnant ou rapprochant ces structures (exemple : la fusion de l’Institut de veille sanitaire et de l’INPES).
La Sécurité sociale : environ 23 milliards
Pour la Sécurité sociale, le gouvernement ne part pas de rien. Les réformes décidées en 2013 et début 2014 (retraites de base et complémentaires, famille, assurance-chômage) vont déjà permettre de faire des économies. Mais il faudra faire beaucoup plus.
Le tour de vis sur les dépenses remboursées par l’assurance-maladie sera sans précédent : 10 milliards sur trois ans. Autrement dit, le plan d’économies annuel programmé jusqu’à présent, qui devait rapporter un peu plus de 6 milliards, devrait être gonflé de près de 4 milliards d’euros. Il faudra donc identifier plus de 1 milliard d’économies en plus chaque année jusqu’à la fin du quinquennat. En conséquence, l’objectif de progression des dépenses de santé pour 2015, 2016 et 2017 ne devrait pas dépasser 2 % par an, et il pourrait être encore plus faible (1,75 %) pour l’une de ces trois années. Comment se traduira-t-il concrètement ? La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a promis qu’il n’y aurait « pas de déremboursements » pour les assurés. Les restructurations des hôpitaux, la baisse du prix des médicaments ou encore la progression des génériques vont se poursuivre, à un rythme accéléré.
Autre sujet sensible, l’exécutif pourrait rouvrir le dossier des prestations familiales, alors que plusieurs d’entre elles sont déjà rabotées cette année. Les allocations familiales de base ne seraient pas touchées mais d’autres aides, comme le complément de mode de garde pour les parents d’enfants de moins de trois ans, pourraient être concernées.
Les collectivités locales : autour de 10 milliards
C’est le scénario noir que craignaient les collectivités locales. Elles devraient voir leurs dotations baisser de 10 milliards sur trois ans. En 2015, elles seront réduites d’au moins 3 milliards d’euros, au lieu de 1,5 milliard déjà acté. Et elles seront encore rabotées d’environ 3 milliards en 2016 et 2017. Pour absorber cette baisse, l’Etat va leur proposer une sorte de contrat, avec des mesures d’accompagnement à la clef. Par exemple, en limitant le nombre de normes applicables aux collectivités. Mais aussi en encourageant les rapprochements et en rationalisant les compétences. Pour cela, la deuxième loi de décentralisation, transmise sous peu au Conseil d’Etat va supprimer la clause générale de compétence et introduire le principe d’un bonus-malus sur les dotations afin d’encourager la mutualisation des services entre collectivités. Pour freiner leur masse salariale, l’Etat devrait aussi ralentir l’avancement des carrières des fonctionnaires territoriaux, aujourd’hui plus rapide que dans la fonction publique d’Etat. La poursuite du gel du point d’indice permettra aussi de faire de grosses économies.
Vincent Collen
Frédéric Schaeffer
La com’ et le réel
La com’ et le réel
Je me réfère souvent à ce fameux sondage CEVIPOF de janvier 2014, selon lequel, pour 88% des Français, les politiques "ne tiennent pas compte de ce que pensent les gens comme eux". Les dirigeants politiques en général (mon propos ne concerne pas le seul gouvernement actuel et il inclut les partis supposés "anti-systèmes") et "les gens" ou citoyens lambda, vivent dans deux mondes séparés. Il suffit parfois d’observer à la télévision leurs visages dominateurs au sourire arrogant pour sentir le décalage. Tu crois inspirer attirance, prestige et respect, avec ta belle bagnole, ton sourire forcé et tes petits saluts devant les caméras? Tu ne suscites qu’une vague indifférence teintée d’ironie. L’homme ou la femme politique national, médiatisé, vit pour l’essentiel dans un monde virtuel dominé par la recherche du bon mot ou de la formule emblématique qui fait mouche "pacte", "gouvernement de combat", "euro-mondialiste", pour ne reprendre que les dernières expression entendues ici et là. Il adore les polémiques violentes – d’où l’agressivité de la vie publique – qui donnent une fausse impression de mouvement ou de dynamique. Cette fuite dans la communication et déconnexion du réel, tournée vers la politique pure – la conquête et la préservation de rentes de situation – s’effectue au détriment de l’action et de la décision, de l’intérêt public. Gouverner, c’est frimer. Elle se heurte à deux obstacles majeurs. Dans une situation de crise de société dramatique, avec le chômage de masse et les difficulté de la vie quotidienne, elle devient insupportable aux citoyens lambda qui souffrent dans leur chair. En outre, cette dérive dans la communication repose sur la croyance répandue dans les élites politiques d’avoir affaire à des individus crédules et aisément manipulables. Erreur fondamentale: sans verser dans les clichés sur le bon sens populaire infaillible, il existe une intuition profonde des gens qui sentent quand on se fout d’eux. Et cela, les politiques nationaux, médiatisés (je ne parle pas des élus de terrain bien sûr) sont absolument incapables de le percevoir.
Comment General Motors a délogé PSA d’Iran
General Motors avancerait ses pions pour retourner en Iran, après avoir empêché PSA d’y poursuivre son activité, avancent plusieurs quotidiens.
"Fais ce que je dis, pas ce que je fais", telle pourrait être la devise de General Motors en ce qui concerne le marché iranien. Alors que l’américain a fait pression l’année dernière sur son partenaire PSA, lors de la signature de leur alliance, afin que le français interrompe ses livraisons de pièces détachées dans le pays, GM mène depuis six mois une offensive pour y étendre ses propres activités commerciales, ont révélé Le Figaro et Le Canard Enchainé.
DES NÉGOCIATIONS AVEC GM EN IRAN
GM aurait notamment pris contact avec Iran Khodro, la société iranienne qui assemblait pour le compte de PSA des 206 et 405 à partir de kits de pièces préparés dans l’usine de Vesoul (Haute-Saône). Des tractations seraient actuellement en cours pour le retour de l’américain dans le pays. Le Figaro souligne même que GM a importé cet été depuis l’Azerbaïdejan des Camaro, sa "muscle car" star de la série cinématographique "Transformers". Un moyen de tester le marché.
Cet intérêt croissant pour l’Iran des firmes américaines ne date pas d’hier (General Motors était bien implanté dans le pays jusqu’en 1981, après le renversement du Chah). L’Iran compte en effet 80 millions de consommateurs, de quoi attiser les convoitises.
Historiquement, PSA, et depuis son retrait, Renault dominaient ce marché. En 2011, la maison de la Grande Armée avait écoulé dans le pays près de 458 000 véhicules. L’arrêt de ces expéditions a coûté au français entre 600 et 800 millions d’euros. Renault a lui assemblé l’année dernière un peu moins de 100 000 véhicules, des opérations qui se sont arrêtées à l’été et pour lesquelles le groupe français a provisionné 512 millions d’euros dans ses comptes.
SANCTIONS CONTRE LES EUROPÉENS
C’est en fait un décret signé par Barack Obama le 3 juin 2013, l’Executive Order Act 13645, qui a poussé cette offensive américaine. Ce décret aggrave les sanctions contre l’Iran : la fourniture de pièces détachées ou de services à des sociétés iraniennes est ainsi sanctionnée. Mais, pour le secteur automobile, la fourniture de véhicules n’est pas répréhensible. Ce qui dans les faits avantage un constructeur comme GM, qui n’a pas d’activité industrielle dans le pays, mais interdit à Renault d’assembler en CKD (Complete Knock Down, en français un "nécessaire non assemblé").
Et le pire reste peut-être à venir, si les Etats-Unis envisagent une baisse des sanctions, prévient un diplomate iranien dans Le Figaro : "Les Français devraient se rendre compte qu’en cas d’accord entre nous et les Américains, leurs entreprises ne récolteront que des miettes". A bon entendeur…
Et si l'UMPS sauvait l'Europe ?
Les politiques de droite comme de gauche sont accusés d'avoir bradé la nation. Maintenant, chiche ! Qu'ils s'unissent pour remettre l'Europe sur les rails !
À force d'entendre dire sur toutes les chaînes que c'est l'UMPS qui dirige la France depuis trente ans, à force d'assister, impuissants, à la démonstration qu'il s'agit d'un échec complet, car il n'y a plus de souveraineté nationale, à force de croire que les Français subissent cruellement les décisions du véritable pouvoir qui se trouve à Bruxelles ou à Berlin, etc., dans quelques semaines, on risque fort d'avoir un réveil brutal au lendemain des élections européennes.
Ces critiques s'entendent depuis longtemps à la droite de l'UMP, mais aussi, plus récemment, d'une façon sans doute "plurielle" mais de plus en plus affirmée, à la gauche du PS. Les Français auraient-ils fini par croire que l'UMPS existait "pour de bon" et que c'était bel et bien la cause principale de tous nos problèmes ? Faut-il attendre que le PS qui est au pouvoir ne soit plus que la quatrième force politique du pays à l'issue de ces élections, derrière le FN, l'UMP et EELV, pour commencer à s'en préoccuper ?
Si les Français en sont convaincus, pourquoi se priverait-on de faire exister concrètement cet UMPS, là où cela pourrait être utile tout en évitant de créer encore plus de confusion politique ?
Faisons un rêve
On sait, par exemple, que les euro-sceptiques et les euro-critiques reprochent à la construction européenne d'avoir été menée à l'envers. Selon eux, la principale erreur qui a été commise est d'avoir voulu ouvrir les frontières pour laisser circuler les capitaux et le travail sans la moindre tentative préalable d'harmonisation fiscale et d'harmonisation sociale. Cette maladie infantile de la construction européenne est à la source de tous les dumpings et de toutes les politiques de rigueur qui en découlent. Nul doute qu'il aurait mieux valu commencer par là.
Est-il trop tard, aujourd'hui, pour fixer des minima sociaux et des maxima fiscaux afin que la construction de cet espace de libre circulation marche mieux, et cesse de plonger des pans entiers de la population européenne dans le chômage et la misère ? Le pire n'est jamais sûr. Faisons un rêve. Imaginons que les deux seuls partis qui sont favorables à la poursuite de la construction européenne, l'UMP et le PS, parviennent à se mettre d'accord sur une "plateforme" commune, qu'ils proposeraient ensemble aux autres pays européens, dont l'Allemagne (elle-même dirigée par une coalition qui ressemble fort à l'UMPS). Cela pourrait-il aider à faire avancer le fameux schmilblick ? On se prend à regretter Guy Lux et on songe avec mélancolie à ce que serait un immenseInterville européen..
Inscription à :
Articles (Atom)


















