mercredi 29 janvier 2014
Parlez-vous la novlangue socialiste ?
● NE PLUS DIRE
Égalité hommes-femmes
Dire
Égalité femmes-hommes
«Pour une raison toute bête, explique-t-on au ministère des Droits des femmes, c'est par ordre alphabétique. Il n'y a pas de raison que les femmes soient en deuxième position!»
● NE PLUS DIRE
Dire
La première école
«Changer le nom en “petite école” ou “première école”, c'est neutraliser d'une certaine manière la charge affective maternante du mot “maternelle”.» (Sandrine Mazetier, députée PS, le 1er février 2013)
● NE PLUS DIRE
Travailler pour le pays
Dire
Faire France
«Il s'agira donc, désormais, de “faire France” en reconnaissant la richesse des identités multiples.» («Refonder la politique d'intégration », 2013)
● NE PLUS DIRE
Bâtir une société harmonieuse
Dire
Faire de l'en-commun
«De la conception à la gestion des espaces publics, comment construire un “en-commun”.» («Refonder la politique d'intégration», 2013)
● NE PLUS DIRE
Se lancer dans des projets
Dire
Produire des possibles
«Il faut changer de paradigme, proposer une nouvelle forme d'action publique, pour produire des “possibles” à l'intersection des valeurs de la République et du respect des gens eux-mêmes et de leurs capacités à coproduire de l'action publique.» («Refonder la politique d'intégration», 2013)
● NE PLUS DIRE
La France évolue
Dire
Les dynamiques plurielles de la société
«L'histoire enseignée se réfère à des figures incarnées qui demeurent très largement des “grands hommes” mâles, blancs et hétérosexuels. Il y a donc un enjeu fort à faire évoluer le “panthéon” des figures censées incarner les grands mouvements, les époques et les dynamiques plurielles de la société.» («Refonder la politique d'intégration», 2013)
● NE PLUS DIRE
Couple homosexuel dans l'impossibilité de procréer
Dire
Confronté à «l'infertilité sociale»
«La présente proposition de loi a pour objet d'ouvrir l'assistance médicale à la procréation à tous les couples infertiles, qu'il s'agisse d'une infertilité médicale ou “sociale”.» (Proposition de loi déposée au Sénat par cinq sénateurs socialistes le 19 juillet 2013)
● NE PLUS DIRE
Être enceinte
Dire
Être en état de grossesse médicalement constaté
«La collaboratrice libérale en état de grossesse médicalement constatée a le droit de suspendre sa collaboration» (Projet de loi pour l'égalité entre les hommes et les femmes, septembre 2013)
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Les parents et les médecins
Dire
Les acteurs impliqués dans la conception
«Aujourd'hui, la filiation biologique n'est plus la seule filiation possible ; il y a une multiplication des acteurs impliqués dans la conception et l'éducation des enfants.» (Dominique Bertinotti, commission des lois, réunion du 18 décembre 2012)
● NE PLUS DIRE
Construire la société française
Dire
Le Nous inclusif et solidaire
«L'enjeu est dès lors de rendre possible l'identification à une communauté politique plurielle, c'est-à-dire une communauté concrètement caractérisée par des identités diverses et hétérogènes - que ce soit en raison d'une histoire faite d'immigration, de colonisation ou tout simplement et plus généralement de la pluralité des identités sociales et politiques et des croyances morales qui traversent la société - mais néanmoins capable de s'identifier positivement à un “Nous”. Ce que nous nommerons un Nous inclusif et solidaire.» («Refonder la politique d'intégration», 2013)
● NE PLUS DIRE
Donner aux élèves la même éducation
Dire
Bâtir du commun
«Il revient à l'École française de contribuer à bâtir du commun.» (Vincent Peillon, charte de la laïcité à l'école)
● NE PLUS DIRE
L'avenir des jeunes Français
Dire
Leur devenir de citoyen
«Il s'agit d'accompagner les élèves dans leur devenir de citoyen.» (Vincent Peillon, charte de la laïcité à l'école)
● NE PLUS DIRE
Personnel scolaire chargé de veiller à la discipline
Dire
Groupes académiques climat scolaire
«Afin de rendre effective cette lutte contre les violences, des “groupes académiques climat scolaire” sont par ailleurs déjà constitués pour aider localement chaque école et établissement.» (Site du ministère de l'Éducation nationale).
● NE PLUS DIRE
Détruire l'identité sexuée
Dire
Déconstruire les stéréotypes de genre
«La création du programme “ABCD de l'égalité”, qui s'adresse à l'ensemble des élèves de la grande section de maternelle au CM2 et à leurs enseignants, vise à déconstruire des stéréotypes de genre.» (Site du ministère de la Santé, décembre 2012)
C'EST EXTRAORDINAIRE !
Théorie du genre : la vidéo de propagande du gouvernement
Théorie du genre. Vincent Peillon met les choses à plat aujourd’hui. Après des rumeurs par sms, le ministre de l’Education nationale fait le point.
SMS et rumeurs : le point sur la situation
Pas d’enseignement de la théorie du genre à l’école, mais une « éducation à l’égalité fille-garçon ». Voilà la réponse du Ministre de l’Education Nationale, Vincent Peillon, après un mouvement de contestationincitant les parents à ne pas amener leurs enfants à l’école un jour par mois pour lutter contre la théorie du genre. Une initiative relayée par sms et sur les réseaux sociaux.
En marge de l’installation du Conseil national d’évaluation du système scolaire à la Sorbonne (Paris VIIe), le ministre a mis la situation au clair : « Il y a un certain nombre de parents qui, m'a-t-on dit, ont été inquiets, se sont laissés prendre à cette rumeur totalement mensongère selon laquelle (...) à l'école, on apprendrait aux petits garçons à devenir des petite filles (…) Tout ça est absolument faux, il faut cesser ».
Une expérimentation lancée et une stupéfiante vidéo
« ABCD de l’égalité », tel est le nom donné à l’expérimentation lancée dans dix académies « test » du territoire. Cette expérience vise à lutter contre les stéréotypes filles-garçons à l’école pour corriger les inégalités dès le plus jeune âge.
Sur le site officiel du ministère de l’Education nationale, on trouve une stupéfiante vidéo du déplacement de Najat Vallaud-Belcakem et de Vincent Peillon à Villeurbanne. On entend la ministre des droits des femmes s’exclamer devant une classe de jeunes enfants : « Pourquoi il y a si peu de femmes qui font maçonnerie ? Parce que, de fait, les jeunes filles à votre âge, voient qu’il y a très peu de femmes qui font maçons, et donc elles se disent « c’est pas pour moi ». Et c’est pareil pour les garçons, quand vous écrivez « puéricultrice », quand vous l’écrivez au féminin, ça veut dire que vous vous interdisez, en réalité, d’exercer ces métiers ». Des propos qui laissent sans voix, devant des enfants d’un aussi jeune âge.
Le billet de Michel Schifres
Sur les ânes braillards
Les députés, à la demande du gouvernement, viennent de rendre obligatoire dans les écoles de journalisme l’enseignement de l’égalité entre les sexes et de la lutte contre les stéréotypes sexistes. Les futurs plumitifs apprendront donc à traiter de la même manière un homme et une femme, ce dont ils n’auraient jamais eu l’idée tous seuls. C’est un privilège : aucune autre instruction n’est concernée par cette disposition. Comme quoi, par exemple, les jeunes formés à une carrière commerciale ne peuvent être soupçonnés de sexisme. Il paraît surprenant que le pouvoir dicte ce que l’on doit enseigner. Mais il ne faut pas s’arrêter là : les journalistes étant considérés comme des ânes braillards, un cours sur les animaux s’impose.
Mme Vallaud-Belkacem pourrait utilement le tenir.
Mme Vallaud-Belkacem pourrait utilement le tenir.
L’Allemand qui inversa la courbe du chômage
L’Allemand qui inversa la courbe du chômage
Quelle horreur ! François Hollande conseillé par Peter Hartz, le père de la réforme du marché du travail en Allemagne ! L’homme qui a conseillé et inspiré le chancelier Gerhard Schröder, et dont les recettes ont permis de diviser par deux le taux de chômage ! Les cris d’orfraie ont fusé. Pour Jean-Claude Mailly (FO), il est « celui qui a cassé le droit des chômeurs en Allemagne», pour Thierry Lepaon (CGT), il est « le père des minijobs». Pour Florian Philippot (FN), il est «l’homme qui a saccagé les droits des travailleurs». L’Elysée s’est empressé de démentir. Fin de l’histoire.
Quel dommage ! Car en réalité, si François Hollande ne devait avoir qu’un seul collaborateur, ce devrait être lui. Peter Hartz a tout simplement remis l’Allemagne au travail. Il a su bâtir il y a dix ans un consensus entre syndicats et patronat, entre Etat fédéral et Länder, pour affirmer que le chômage de masse (plus de 11% de la population active à l’époque) était un cancer insupportable, que l’Allemagne n’était plus compétitive, que le « traitement social » du chômage avait échoué, et qu’il fallait donc développer une politique de prévention, en rendant plus intéressant le fait de travailler que d’être au chômage. En réhabilitant la responsabilité individuelle plutôt que l’assistanat.
Cette politique a réussi car le chancelier a déployé une volonté politique sans faille pour surmonter des obstacles qui n’étaient pas moins nombreux en Allemagne à l’époque qu’ils ne le sont en France aujourd’hui. Gerhard Schröder et son parti, le SPD, ont payé un prix politique élevé pour cela. Mais la courbe du chômage a été inversée. Pour de bon. Par un dirigeant social-démocrate qui était, aussi, un homme d'Etat.
François Hollande, ce goujat ...
Le président français a clairement manqué de finesse au moment de mettre un terme à son histoire avec Valérie Trierweiler. Même si celle-ci garde la tête haute et dit aller bien, n'importe quelle femme ne peut que s'indigner de la façon dont François Hollande a géré cette crise qui n'appartient pas complètement à la sphère privée ...
Le communiqué dicté par François Hollande à l'AFP ce week-end en dit long sur la considération du Président français à l'égard des femmes. De A à Z dans la crise qu'il traverse en ce moment, l'homme s'est tout simplement mal comporté. Que cela doive rester de l'ordre des affaires privées n'est pas la question ... Au final, de nombreux éléments de cette histoire ont été rendus publics et alors qu'il se devait de manoeuvrer avec la plus grande délicatesse, François Hollande s'est comporté comme un véritablegoujat.
Lorsque le magazine Closer a annoncé la relation supposée entre le président et l'actrice Julie Gayet, il s'est retrouvé fort embarrassé. C'est la veille de la parution qu'il aurait parlé à sa compagne, Valérie Trieweiler, pour lui annoncer ce qui allait se passer. Si on ne sait pas ce qui s'est dit entre eux, on devine le choc que cela a été étant donné que cela a débouché sur une hospitalisation de la première dame de France. Qu'il y ait quelque chose ou pas entre lui et l'actrice, ce n'est pas à la va-vite, à la veille de la parution d'un magazine people qu'on décide d'avoir une discussion avec celle qu'on présentait il y a quelques mois comme la femme de sa vie !
Par ailleurs, François Hollande n'a jamais démenti sa relation avec Julie Gayet, même s'il ne l'a apparemment pas revue depuis. Tout cela manque cruellement de tact ... Et le summum de la goujaterie a été atteint ce week-end avec son communiqué dicté à l'AFP.
"Je fais savoir que j'ai mis fin à la vie commune que je partageais avec Valérie Trierweiler" dit-il. Il parle en "je"et l'utilise trois fois en quelques lignes, ce qui a été particulièrement mal perçu par bon nombre de femmes. Par ces mots, il donne avant tout l'impression d'avoir tout décidé tout seul et qu'elle n'a pas eu grand-chose à dire finalement.
Ce qui choque, c'est aussi la froideur qui se dégage de l'homme alors qu'il parle de sentiments... amoureux plus précisément. C'était déjà le cas lors de sa conférence de presse lorsqu'un journaliste a abordé la question, c'est à nouveau ce qui se dégage de ce communiqué.
On a, au final, l'impression que le président français a été dépassé tout au long de cette histoire. Faire les choses avec tact, délicatesse, en se comportant comme un gentleman ... Voilà qui le dépasse complètement. Sauf qu'il reste un homme dont on attend beaucoup : à la tête de la France, il est sensé incarner l'exemple, donner à la femme une place essentielle et il il renvoie une image contraire : le mec infidèle qui n'assume pas ! Des histoires d'amour qui se terminent, ça arrive, et ça se gère quand on est François Hollande comme quand on est n'importe quel homme ou femme ...
Il y a trois ans lorsqu'il venait d'être élu, Valérie Trierweiler avait, dans une interview au magazine Elle, évoqué"le respect que François a pour les femmes – et pour les mères, en général, celle de ses enfants et celle que je suis" ... Elle n'en dirait certainement pas autant aujourd'hui. Ou alors, plus personne ne la croirait ...
Journaliste, cette profession qui a trahi la France
Figurez-vous, ma bonne dame, que 77 % des Français ne croient plus les médias. De source sûre, puisque c’est l’organe principal de diffusion de la pensée unique qui le dit : Le Monde. Comment expliquer pareil désamour, quand nos journalistes font le job avec une conscience toute professionnelle ? Regardez i>Télé et ses 300 manifestants à la Marche pour la vie. Elle, qui vient de mettre en une La passion françaisequ’est soudain devenue Julie Gayet, et fait poser ses journalistes sur Internet avec des affichettes pro-IVG d’une indigence intellectuelle rare. Jean-Luc Hees qui confesse que, pour stopper l’hémorragie d’auditeurs, France Inter devrait donner la parole à ceux qui pensent autrement. Et aurait sans doute dû traiter la question de la filiation lors de la loi Taubira…
Bref, on le voit, ils font des efforts. Alors pourquoi tant de haine ? Ben, je sais pas, au hasard, peut-être parce qu’une bonne partie des journalistes ne connaît pas ses sujets, ne recherche plus la vérité, copie-colle des dépêches AFP, enferme les gens dans des stéréotypes autrement plus pernicieux que ceux du genre, ne les représente plus, n’accepte pas la pluralité des opinions et pratique l’excommunication médiatique ? Ou encore, qui sait, parce que 80 % à 90 % de la profession est formatée par une idéologie gauchisante, inculquée notamment à Sciences Po et dans les écoles de journalisme, et perpétuée par l’endogamie, la reproduction sociale et le comportement panurgien des dernières têtes pensantes ?
À ce sujet, la dernière conférence de presse du chef de l’État fut éloquente : un parterre de 600 courtisans qu’il n’est même plus besoin de censurer, tant ils craignent d’être marqués au fer rouge par une question dérangeante… Orwell n’aurait pas rêvé mieux ! Seuls deux journalistes ont eu l’audace, l’outrecuidance d’aborder l’affaire Gayet. Et seuls deux, les mêmes, ont regretté cette mauvaise pièce de théâtre. Alain Barluet (Le Figaro), président de l’Association de la presse présidentielle ― stalinienne ? a-t-on envie de demander ―, par un tweet dédié à celui qui n’hésitait pas à porter la plume dans la plaie : « Albert Londres, pardonne-moi ! » Et Nicolas Domenach (Marianne), par ces mots : « En assistant à la conférence de presse, au verrouillage, à la déférence des questions posées, je me suis dit : ce n’est pas possible qu’on se ridiculise à ce point-là devant la presse étrangère. »
Et si ! N’y a-t-il donc plus que Closer pour relever le gant ? Quand l’hebdo people a divulgué la double vie du Président, les médias dominants ont attendu le communiqué de l’Élysée pour réagir, des heures après les médias étrangers, alors même que tous savaient depuis 18 mois. Oui, ce tapis de 600 invertébrés aurait mieux fait de laisser sa place au paparazzi de la rue du Cirque. Il en aurait eu, lui, des questions à poser. Et des bonnes : ces trous dans votre agenda, vu le contexte, est-ce bien normal ? Un président en scooter, la sangle du casque ouverte, est-ce bien sérieux ? Tromper sa compagne, pour la jeunesse du pays, est-ce bien exemplaire ? Valérie Trierweiler vivant aux crochets de l’État, est-ce bien moral ?
Pas un n’a osé. Mais comment peut-il en être autrement, tant nos politiciens et nos journalistes sont de la même caste ? Ils se fréquentent, se tutoient, forment des couples consanguins au possible (Hollande-Trierweiler, Montebourg-Pulvar, Baroin-Drucker, Kouchner-Ockrent, DSK-Sinclair, Peillon-Bensahel, etc.). Parfois même, ils font dans l’échangisme : Roselyne Bachelot participe à un talk-show dérisoire, Caroline Fourest se fait militante politique, et Frédéric Mitterrand fait la navette entre le ministère de la Culture et France Inter. Tout se mélange dans un magma informe, comme le montre l’essor du chroniqueur, petit juge sans responsabilité, hybride d’humoriste et de polémiste, tandis que les derniers qui font leur boulot sont muselés l’un après l’autre (Zemmour, Ménard, Taddeï…).
Le pauvre invité dérangeant se retrouve ainsi seul face à une meute de contradicteurs enragés. Ainsi de Tugdual Derville (Alliance Vita) venu parler sur Arte de la détresse des femmes qui avortent. Certains vont jusqu’à insulter leurs invités : Jean-Marie Le Méné, président de la fondation Lejeune et militant pro-vie, s’est fait traiter de connard à la sortie du studio d’Europe 1, par une journaliste assise sur sa charte de déontologie. Parfois même, on n’invite plus le moindre opposant : on reste entre soi, tous du même avis, c’est plus confortable, et on met la poussière sous le tapis. Qui, dans les médias installés, a annoncé la plus grande manifestation depuis 30 ans en France, le 24 mars dernier ? Qui a parlé des 730.000 pétitions adressées au Conseil économique, social et environnemental, et aussitôt jetées à la poubelle ? Qui parle des Sentinelles, qui veillent debout devant des lieux de pouvoir depuis l’été dernier ? Qui a annoncé le Jour de colère ?
La réinformation est ainsi devenue un travail vital. Depuis un an, les sites alternatifs explosent, et Valeurs actuelles est devenu l’hebdo de la résistance (+72 % en 2013 !). Et on est désormais mieux informé des questions françaises par le site La Voix de la Russie, que par la Pravda des chaînes publiques, cheval de Troie de la bien-pensance au cœur des foyers. En attendant le lancement de TV Libertés, le 30 janvier prochain. Je vais peut-être remonter mon poste de la cave…
Jour de colère à Paris : sommes-nous en 1788 ?
Le sens des évènements qui ont eu lieu à Paris le 26 janvier est à chercher bien au-delà de la rhétorique réductrice adoptée par les journaux de gauche. Le Monde, Libé, le Nouvel Observateurévoquent un ramassis hétéroclite d’éléments marginaux alliant réactionnaires antédiluviens, partisans de Dieudo, fachos islamophobes, Identitaires de tout poil et intégristes catholiques manifestement apparentés aux Veilleurs ainsi qu’au mouvement France Jeunesse Civitas.
L’Express n’a même pas hésité à pointer du doigt « la frange radicale de la Manif pour tous » qui serait à l’origine d’un soulèvement assez important projeté depuis le 30.10.2013. On sait aujourd’hui que les opposants au mariage gay ne représentaient qu’une part assez modeste des contestataires à en juger par la composante réelle, en effet archi-diverse, des mouvances présentes.
Si l’emphase du Huffington Post dissimule à peine la nervosité de ses journalistes quant à la marche anti-gouvernementale du samedi dernier, on relèvera d’emblée la réserve affichée parLe Figaro ou Le Point, plutôt soucieux de pénétrer les tenants et aboutissants d’une manif pas comme les autres. Premièrement, les méthodes ostentatoires auxquelles ont eu recours les participants ne sont pas sans rappeler les fameuses performances politiques en vogue ces dernières années. C’est ainsi que l’on a pu voir des Français enterrer symboliquement les promesses de M. Hollande en apposant une croix blanche sur chacune d’entre elles. C’est ainsi que l’on a pu voir des personnes aux visages cachés par des pancartes toutes porteuses d’un message laconique et cinglant dénonçant d’une manière ou d’une autre les méfaits de l’équipe Ayrault. Quoi qu’on puisse en dire dans le mainstream gauchisant, ces prises de position n’avaient rien de violent. Elle faisait juste état, souvent en français presque soutenu, d’un malaise économique, social et identitaire sans précédent. Deuxièmement, l’adhésion à la marche de groupes au demeurant incompatibles (Réseaux Identitaires et dieudonnistes défenseurs des communautés chiites de France pour ne citer qu’un exemple) montre bien que les points communs ont eu le dessus sur les points de divergence.
Le fait que la droite ait assez peu commenté l’évènement s’explique par la solidarité tacite qu’elle semble éprouver à l’égard des protestataires. Sans applaudir la manif en tant que telle, source de déstabilisation, Luc Chatel, ancien ministre UMP, a cependant été plus qu’explicite en avouant « comprendre la démarche du collectif Jour de colère ». Le centre-droit incarné en l’occurrence par Christine Boutin, présidente d’honneur du Parti chrétien-démocrate, a refusé de se joindre à la marche pour la simple et bonne raison que celle-ci risquerait de dégénérer sans pour autant arguer un éventuel rejet des thèses qui y seront véhiculées. Là encore, il est à constater que la gauche hollandienne est réellement plus seule que jamais, même face à des partis dont la modération traditionnelle a toujours contribué au rapprochement UMP-Centre-PS contre ceux qu’ils traitent d’extrémistes.
Le Monde a beau se démener comme un beau diable en essayant de réduire la colère des couches moyennes au remue-ménage d’un grand fourre-tout psychopathique, trois réalités fondamentales transparaissent :
- Le regroupement en question aussi métaphoriquement désigné par le terme « coagulation » renvoie plus particulièrement à l’idée d’insurrection civique dans l’esprit de le Constitution de 1793 qui, même si elle n’a jamais été appliquée, a néanmoins perduré à travers cette sacralisation de 1789 dont les socialistes se sont faits les chantres les plus éminents. L’éveil national auquel nous assistons depuis voilà près d’un an peut à ce titre être considéré comme un retour de manivelle. On se demande dans cette optique ce qu’il en serait si le système de démocratie directe suisse était adopté en France sachant que la côte de popularité de M. Hollande peine à dépasser les 15-18 %. On se demande aussi si Le Monde continuerait à occulter la réalité des faits en désignant les 80% de la population restante de marginaux, de rétrogrades ou de fous à lier. Quand Pierre-Mendès France avait comparé 1953 à 1788 en dirigeant ses foudres contre la personne de René Coty et la politique de décolonisation maladroite menée au crépuscule de la IVème République, ils ne pouvaient s’imaginer la profondeur toute abyssale des préoccupations que susciteraient soixante ans plus tard la double crise qui frappe de plein fouet la société française : identitaire et socio-économique.
- Jusqu’à présent, les mouvements de protestation de ces dernières années ne débordaient guère du moule républicain. Or, forcément, les idéaux de la République étaient incarnés par le pouvoir en place, si critiqué soit-il. Lorsque des journalistes ont demandé aux insurgés s’ils étaient républicains, ils ne dirent ni oui ni non, en répondant simplement qu’ils étaient Français. Il y a donc un hiatus à la fois symbolique et symptomatique entre république et France, un hiatus reflétant la crise identitaire mentionnée tout à l’heure.
- Enfin, il faut se rendre compte que le Jour de colère ne représente pas la sempiternelle confrontation de la droite avec la gauche mais bien un soulèvement en puissance des classes populaires et moyennes contre un gouvernement dont ils ne veulent résolument plus. On est donc projeté au-delà de la problématique des partis, au-delà de la scission artificielle entre libéraux et conservateurs que l’on entend absolutiser alors qu’elle n’est en réalité plus que très relative et secondaire.
La conscience rousseauiste dont parle l’historien Laurent Avezon faisant allusion au fameux contrat social qui fait que le peuple lègue provisoirement l’exécutif au souverain (en l’occurrence au président) est fort probablement en passe de s’éveiller. Si donc M. Hollande salue le renversement des « dictateurs » comme Assad qui pourtant, pour sa part, jouit d’une côte de popularité des plus honorables, il apparait pour le moins curieux que le président de 15% des Français ne tire aucune conclusion pratique de son impopularité. On comprend maintenant mieux pourquoi Louis XVI a presque disparu des programmes scolaires. Mais alors, pour plus de cohérence, peut-être faudrait-il réduire la Révolution à une demi-page ?
Les Français de plus en plus infidèles
Coïncidence ou pas mais quelques semaines après les frasques du président de la république qui l’ont amené à rompre ses relations avec Valérie Trierweiler, l’institut français d’opinion publique (IFOP) a publié une étude sur le comportement extraconjugal des Français. Il s’avère que plus d’un homme sur deux et près d’une femme sur trois ont déjà été infidèles à leurs compagnons respectifs. Ces chiffres sont en constante hausse depuis plus de 40 ans et on remarque une très forte tendance à l’adultère chez une population aisée, âgée de plus de 50 ans. Dans ce contexte on peut comprendre que les Français si sensibles à ce sujet ont été si tolérants à l’égard de leur président, qui fait parti de la partie de population à risque. François Kraus directeur d’études au département opinion de l’IFOP nous a commenté ce rapport :
Selon cette étude il s’avère que les Français sont très infidèles n’est-ce pas ?
Oui, on observe surtout une progression continue de l’infidélité au cours des 40 dernières années. La proportion des Français ayant déjà été infidèles au cours de leur vie a progressé de manière continue, passant de 19% en 1910 à 30% en 2001 pour s’élever désormais à 43%. On a ainsi plus d’un homme sur deux et près d’une femme sur trois qui admettent avoir déjà fait l’amour avec une autre personne qu’avec la quelle ils étaient en couple.
Comment s’explique cette tendance à la hausse ?
Ca s’inscrit de manière générale dans un mouvement plus large de diversification des trajectoires sexuelles, mais aussi dans la manière où les individus donnent sens à leur sexualité. On sait que maintenant les gens ont beaucoup plus de partenaires au cours de leur vie qu’il y a une quarantaine ou une cinquantaine d’années où souvent on n’avait qu’un ou deux ou trois partenaires maximum. Plus on a eu de partenaires dans sa vie plus on a de chances de se retrouver dans une situation d’infidélité. Mais aussi on a un mouvement plus large de libéralisation des mœurs, il y a aussi le travail féminin qui peut jouer, qui est monté en flèche au cours des trente ou quarante dernières années, ça renforce une certaine mixité sexuelle sur le lieu de travail et qui en même temps permet aux femmes de se livrer à ce type de pratiques, dans la mesure où elles sont beaucoup moins dépendantes financièrement de leurs maris.
Ça c’est une tendance globale généralisée, mais est-ce que l’on peut dire que en France cette augmentation est quand même particulièrement prononcée ?
De manière générale en matière de sexualité les pays occidentaux évoluent de manière relativement similaire, mais en France c’est peut être une tendance qui est un peu plus prononcée et marquée. Mais on observe cette tendance générale dans les pays de l’Europe occidentale.
Est-ce que le fait que c’est un peu plus prononcé en France, ça permet au Français de ne pas être trop indigné par les infidélités de la classe politique et notamment des présidents ?
Ce que l’on observe c’est que plus on a été soi même infidèle au cours de sa vie, quelque soient les différentes formes d’infidélité, plus on a tendance à être tolérant et avoir une vision extrêmement souple et large de l’infidélité. Au final ça peut expliquer une certaine tolérance vis à vis du comportement des élites politiques.
On peut dire que la classe politique est plus touchée par cette question de l’infidélité que les autres parties de la population ?
Nous avons juste les résultats sur les catégories privilégies de la population, qui elles se montrent deux fois plus disposées à l’infidélité.
Grèce : on brade ! Richesses archéologiques, trésors, histoire…
La terre tremble si fort autour de nous que même Hadès craint de voir s'effondrer la voûte des Enfers…
Je vous écris de Céphalonie, la grande sœur d’Ithaque, à la merci depuis dimanche de la colère du dieu Poséidon. Maître de la mer, mais également des tremblements de terre, ébranleur du sol, Poséidon se rappelle brutalement à notre bon souvenir. Et sur les deux îles grecques, il manifeste sa force gigantesque – plus d’une dizaine de secousses rien que cette nuit – par ses actions telluriques à répétition. Phénomène récurrent en Grèce ou signes de la colère divine ? Les deux sans doute, mais la perspective d’une braderie des trésors de la Grèce antique – et en particulier du sanctuaire de Zeus à Némée – pourrait soulever, à juste titre, l’irritation divine…
Car les hommes, une fois de plus, n’ont rien compris : telle une entreprise en faillite, le gouvernement grec envisage – comme il l’a fait pour le port du Pirée – de brader ses richesses archéologiques qu’il ne peut plus entretenir. Le ministère de la Culture grec a vu son budget réduit de 52 % depuis 2010, un budget de misère qui ne lui permet plus de financer les nombreux musées et sites archéologiques que compte la Grèce. Sans compter qu’avec moins de moyens, de gardiennage notamment, les actes de pillage ou de fouilles clandestines sont devenus monnaie courante sur les sites archéologiques.
« Vendez vos îles, vous les Grecs en faillite, et l’Acropole aussi ! », avait titré le journal Bildzeitung. Le magazine Time vient de lui emboîter le pas avec l’interview d’un archéologue américain qui suggère de privatiser le site antique de Némée dans le Péloponnèse, qu’il restaure depuis 40 ans. Notre Américain aimerait confier à des entreprises privées le développement, la mise en valeur, la gestion de ce site célèbre pour son sanctuaire en l’honneur de Zeus, et comme le lieu où s’est déroulé le combat entre Hercule et le lion de Némée.
On imagine volontiers Némée et ses colonnes élégantes devenir un nouveau Disneyland : l’auteur de ce projet un peu hollywoodien y organise d’ores et déjà des « Jeux néméens modernes » ouverts à tous, sans distinction de sexe ni d’âge, où les concurrents et les juges doivent être… vêtus à l’antique ! On n’en est pas à une pantalonnade près au pied du Parthénon : le Parlement grec a déjà autorisé la location lucrative de ses sites archéologiques pour le tournage de clips publicitaires ou l’organisation d’événements festifs en dehors des heures d’ouverture. Demain peut-être, McDo et Coca-Cola exploiteront le fast-food de l’Acropole, assorti d’un distributeur de « Nespresso, what else ? »…
« Notre patrimoine culturel n’est pas à vendre… ». La révolte gronde chez les archéologues grecs qui ont lancé un appel international pour protester contre les menaces qui pèsent sur le patrimoine archéologique grec : « Nous nous battons pour préserver la mémoire et les traces matérielles du passé, parce que nous savons qu’un peuple sans mémoire est condamné à répéter les mêmes erreurs, encore et encore ». Les monuments, rappellent-ils, n’ont pas de voix : « Ils doivent avoir la vôtre ! »
Les archéologues grecs comptent sur vous pour diffuser leur appel sur la Toile. Pour que Poséidon, frère de Zeus, retourne rassuré dans son palais au fond de la mer. Car la terre tremble si fort autour de nous que même Hadès craint de voir s’effondrer la voûte des Enfers…
mardi 28 janvier 2014
"Il faut le passage aux 39 heures payées 35!" (Hervé Morin)
Hervé Morin n'y va pas par quatre chemins. Interrogé sur la capacité du "Pacte de responsabilité" à améliorer l'emploi et la croissance, au cours d'un entretien accordé au quotidien Les Echosdaté de ce mardi, le président du Nouveau Centre se montre plus que sceptique:
"Je n'y crois pas. La question fondamentale est que la France souffre d'un vrai problème de compétitivité, qui n'est pas seulement lié à la question du coût du travail."
Selon le président du conseil national de l'UDI, "la France n'est plus compétitive dans son espace économique : on le voit avec sa balance commerciale, une croissance des entreprises moins forte qu'ailleurs, des taux de marge inexistants, un sous-investissement".
"Un vrai choc de compétitivité"
Aussi défend-il "l'idée d'un vrai choc de compétitivité, autour d'une politique libérale, qui dit aux Français : c'est par l'amélioration des conditions de production que l'on fera la meilleure des politiques sociales, c'est-à-dire le retour au plein-emploi!"
Ce choc de compétitivité commencerait par le passage aux 39 heures travaillées mais payées 35:
"D'abord, première mesure, il faut le passage à 39 heures payées 35!", s'exclame l'ex-ministre de la Défense. "Est-ce que notre destin est de voir notre pouvoir d'achat se réduire, un chômage massif, des prélèvements obligatoires augmenter pour un déficit qu'on n'arrive plus à réduire car il n'y a pas assez de production? Ou essaie-t-on de renverser la vapeur?", s'interroge-t-il.
Enfin, Hervé Morin prône "une réduction des charges sociales avec une baisse des cotisations patronales familiales" et la "mise en place d'un contrat de travail unique". "Pour que les entreprises n'aient plus peur d'embaucher, il faut aussi qu'elles puissent licencier", affirme-t-il.
Pari stupide
Pari stupide
On attendait la publication des chiffres du chômage à la fin décembre comme on guette les résultats d'un concours de pronostics. François Hollande allait-il gagner ou perdre son pari sur l'inversion de la courbe du chômage ? On avait beau être à peu près sûr du résultat, les médias entretenaient le suspense. Et puis les statistiques sont tombées. Impitoyables. Surtout pour les 3,3 millions de chômeurs recensés en 2013. C'est à eux, et à eux seuls, que l'on aurait dû penser, mais l'échec de François Hollande a éclipsé tout le reste. Il faut dire que le chef de l'État est tombé dans le piège qu'il s'était lui-même tendu.
Quel besoin avait-il de promettre « coûte que coûte » l'inversion de la courbe du chômage à la fin de l'année ? Et surtout, pourquoi avoir tant persisté quand tout laissait prévoir que le but ne serait pas atteint ? Par sa faute, François Hollande a contribué à ce que l'attention se focalise exclusivement sur un résultat érigé en symbole de sa réussite politique. Plutôt que de se condamner, dans un pari stupide, à une obligation de résultat, il aurait dû se consacrer, dès le début de son quinquennat, à une obligation de moyens en s'attaquant au traitement économique du chômage plutôt qu'à son seul traitement social.
Cela lui aurait évité les discours tarabiscotés pour réfuter la réalité des statistiques. Cela aurait aussi privé l'opposition d'une victoire qu'elle n'hésite pas à surexploiter, Marine Le Pen dénonçant « la fin d'un sketch grossier » et Jean-François Copé revendiquant carrément le départ de Michel Sapin, ministre du Travail.
Il est grand temps que les chômeurs, cessant d'être instrumentalisés par les uns et les autres à des fins politiciennes, reviennent au centre des préoccupations des gouvernants et des partenaires sociaux. L'ouverture des consultations sur le « pacte de responsabilité » devrait être l'occasion d'une prise de conscience collective. Les esprits vont bien devoir s'ouvrir à une culture du « donnant-donnant » jusque-là si étrangère à notre dialogue social. Il faut tenter le pari. Celui-ci n'est pas stupide.
ANGES ET PROPHÈTES
ANGES ET PROPHÈTES
C ela se passe au théâtre de Los Angeles. Sur scè-ne, des stars, Nile Rod-gers du groupe Chic et Stevie Wonder chantent le tube « Get Lucky » du duo français Daft Punk. Soudain le rideau se lè-ve sur les robots blancs, des anges immaculés… Dans la sal-le derrière l’ex-Beatles Paul McCartney, tout Hollywood se trémousse dans une commu-nion fiévreuse à la gloire des « Frenchies ». Ils rafleront cinq Grammy Awards, la ré-compense musicale suprême. Depuis 20 ans et le succès pla-nétaire de leur premier album, ces créateurs versaillais ont fait de leur anonymat une marque de fabrique, comme effacés derrière leur œuvre. Ce n’est pas si fréquent dans cette époque où les people rivalisent de singeries éphémères. Pharrell Williams, l’un des chanteurs invités, incarnation de ce que la nou-velle génération américaine
a de plus glamour, prend le micro à leur place et jubile : « Je crois que la France est très fière de ces deux gars ». De fait, cet événement dit beaucoup de cette vieille histoire des prophètes méconnus dans leur pays. « Comme d’habitude » de Claude François, même inter-prété par Sinatra ou Presley, n’égale pas la performance de ces héritiers de Kraftwerk
ou Jean-Michel Jarre. L’aura synthétique de ces princes de la pop électronique n’a jamais frôlé le velours du canapé rouge des dimanches télévisés d’une douce France parfois un peu rantanplan face aux génies qu’il lui arrive d’enfanter sans en prendre
“Dies Irae”
“Dies Irae”
Ne rien lâcher. Obtenir la « coagulation ». Rassembler tous ceux que révolte cette politique qui, dans le régime présidentiel de la Ve, porte un visage : le visage de François Hollande.
Si tous les mécontents de Hollande n’étaient pas au rendez-vous – en ce cas, on aurait compté une participation en millions ! – la diversité, elle, l’était bien. La presse a voulu réduire « Jour de Colère » à une manifestation de « l’extrême droite ». C’est aller bien vite dans l’amalgame. Comment mettre dans le même sac les Blacks et Beurs de fin de cortège, avec quenelles et ananas, et les défenseurs de la famille traditionnelle, quelques jeunes prêts à en découdre et tous ces braves gens – employés et entrepreneurs – victimes du chômage et de la crise, les « Catholiques en colère » de Civitas et les très convenables piliers des paroisses du VIIe arrondissement venus en voisins sur la place Vauban ?
Oui, la colère est grande, c’est la France qui gronde ! Si montrer l’exaspération de tous ces dissemblables oblige à se retrouver sur un plus petit dénominateur commun, au moins la preuve a été faite que l’on peut faire voisiner des groupes et des intérêts aussi différents dans ce qui pourrait s’appeler – toute référence à un parti existant mise à part – un « front national ».
« On » peut faire voisiner : le pronom est choisi à dessein. L’anonymat choisi par les organisateurs a certainement nui à la participation, en même temps qu’il était indispensable pour obtenir tous ces voisinages improbables autour d’un même mot d’ordre : « Hollande dégage ! » C’est le prix, toujours, de l’ostracisation d’une partie des Français, celle-là même qui a pesé sur les mobilisations de l’an dernier contre le « mariage pour tous ».
Certains voudraient voir dans « Jour de Colère » une initiative dirigée en sous-main par le Front national. Celui-ci avait pourtant fait savoir jeudi, par la voix de Nicolas Bay, secrétaire général adjoint aux fédérations : « Il n’y a pas d’appel à manifester, ni national ni local. Même si on peut apprécier le mot d’ordre, on préfère au FN transformer la colère lors des échéances électorales », a-t-il déclaré à l’AFP. Les appels à rejoindre le rassemblement parisien relayés par le site internet de la fédération du Vaucluse en ont été retirés et l’entourage de Marion Maréchal-Le Pen, député du Vaucluse, a annoncé qu’elle ne serait ni présente ni représentée. « D’une manifestation très unitaire, on se retrouve avec des mouvements un peu curieux, avec les amis de Dieudonné, etc. », a justifié son entourage.
En l’occurrence, ces « mouvements un peu curieux », profitant de l’ouverture à tous les groupes quels qu’ils soient, ont fini par servir le pouvoir en place en facilitant les amalgames médiatiques.
Et si nombre de manifestants ont répondu aux médias en souhaitant l’arrivée de Marine Le Pen au pouvoir, d’autres disaient attendre le retour de Sarkozy…
L’annonce-surprise faite en fin de manifestation – les organisateurs avaient demandé à chacun de rester pour ne pas la rater – laisse songeur. S’appuyant sur l’article 68 de la Constitution, il a été demandé que le Parlement se constitue en Haute Cour de justice pour engager la procédure de destitution du président de la République pour « manquement grave » à l’exercice de ses fonctions.
Béatrice Bourges entend même observer un « jeûne complet » au pied du « Mur de la Liberté » sur le Champ de Mars à Paris jusqu’à ce que la procédure soit ouverte. Il n’est pas certain que l’Assemblée et le Sénat, sous domination absolue de la gauche, se laissent émouvoir…
D’autant qu’ils sont coresponsables, avec Hollande et sous cette autre domination qui pèse sur la « droite » comme sur la gauche, celle de l’Union européenne, de la politique qui provoque la juste colère des Français.
Chômage : l’étrange défaite
Chômage : l’étrange défaite
Harlem Désir, en apparatchik de bois : « On est en train de réussir. » Pierre Moscovici, en techno-volontariste : « Une décélération très nette. » Michel Sapin, en mini-mini-ministre : « Une stabilisation, c’est déjà considérable. » Résultat : sur un an, le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté de 5,7 %. Et aucune formule, aussi ciselée soit-elle, ne travestira en victoire l’échec de François Hollande. Le chef de l’Etat a fait un pari. Il l’a perdu. A-t-il cru que sa boîte à outils suffirait à créer un choc d’embauches ? Perdu. A-t-il misé sur la croissance, revenue trop tard, trop faible ? Perdu.
Depuis trente ans, le chômage de masse mine la société française, quand parfois en Europe le plein-emploi existe. On glose sur cette « préférence française ». On blâme notre « pessimisme paresseux ». On se souvient du « on a tout essayé ». Puis on pleure sur ce « gâchis humain ». Sans jamais oser dire que cette Etrange défaite tient d’abord à l’incapacité du commandement.
Le pari perdu de l’inversion de la courbe restera comme un exemple du genre. Absence de lucidité sur l’ampleur de la crise, la fragilité des entreprises, l’attractivité abîmée du site France, le ras-le-bol fiscal. Manque de courage pour s’attaquer aux rigidités statutaires, simplifier le droit social, réformer la formation. Biais idéologique sur le coût et le marché du travail, les contrats aidés, le smic, l’assurance-chômage, les licenciements collectifs. Travers malthusien sur le travail dominical, les rentes. Le Premier ministre a raison : ce n’est pas satisfaisant. Exclus et déclassés méritent mieux qu’un pari.
Le billet de Michel Schifres
Emue et admirative
Ce jour-là, notre ministre de la Francophonie, Mme Benguigui, n’en pouvait plus. Elle venait d’entendre le discours d’investiture du nouveau président malgache. Elle était « très, très émue » : « C’est un discours absolument fabuleux, plein d’espoir ». Le chef de l’Etat avait promis de tendre la main à ses ennemis en assurant : « Parce que lorsqu’il s’agit de Madagascar, il n’y a plus de camp ». Hélas, certains ont découvert que ce texte était le même, souvent au mot près, que celui de Nicolas Sarkozy pendant sa campagne de 2007 ! Notre homme, pas sot, avait juste changé le nom de France par celui de son pays. On ne jettera pas la pierre à la ministre : en sept ans on peut changer et admirer aujourd’hui ce que l’on détestait hier. Comme quoi, il ne faut désespérer de rien.
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