TOUT EST DIT

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mercredi 12 juin 2013

L'impossible gestion de la retraite par les socialistes

On s'en souvient (vaguement) : le candidat Hollande avait promis, outre quelques ruisseaux de miel et de lait, des fesses roses aux bébés et des retraites heureuses aux anciens. Le président Hollande, pour conserver son pouvoir, va cependant devoir fermer le robinet à miel et à lait, arrêter la distribution de talc et réformer les retraites. Ou, au moins, faire comme si.

Et c'est donc après avoir ramené la retraite à 60 ans (pour les salariés ayant commencé jeune, scrofuleux et avec un pied bot) avec la sagacité qui caractérise les démagogues débonnaires que notre président a décidé, à l'odeur de la situation générale qui ne sent plus trop la rose, de lancer une grande et belle réformichette de la retraite afin de sauver (une fois encore) ce système par répartition qui, comme chacun le sait, fait saliver le reste du monde.
Pour cette tâche, qu'on imagine fort ingrate, il a désigné ce dont le pays avait vraiment besoin : un super-Ayrault, qui redressera les comptes, réformera les retraites et guérira les écrouelles (enfin pour les écrouelles, on verra demain, car aujourd'hui il doit aller voir où en sont les travaux de l'aéroport Notre-Dame des Landes). Cette courageuse remise à plat d'un système presque séculaire a été saluée comme il se doit par toute l'intelligentsia politique de Paris comme en témoigne par exemple la palpitante exégèse de la pigistechroniqueuse attitrée d'Europe1 dont la profondeur d'analyse permet même aux bambins de garder pied sans petits brassards mickey gonflés aux bras, et qu'on peut résumer sommairement (mais avec exactitude) ainsi : Hollande doit faire une réforme, et comme il y en a eu d'autres, celle-ci sera la réforme Ayrault, ça va dépoter les petits amis je ne vous dis que ça fouyaya fouyaya. Ah et puis aussi Marisol et Michel veulent se faire mousser.

Malgré cette volée de steaks dodus et roboratifs, on comprend bien sûr que cette "réforme" sera du même acabit que les précédentes : de la dentelle législative finement ouvragée, toute en nuances subtiles et aérée comme du coton d’Égypte, ménageant toutes les susceptibilités et plus encore. Bien sûr que l’État ne peut plus attendre ! Bien sûr que la réforme est indispensable pour faire croire qu'on veut et qu'on peut sauver quelque chose ! Bien sûr qu'Ayrault va batailler avec les partenaires sociaux, entre deux bâillements et un petit somme sur les bancs de l'Assemblée, pour obtenir -- à l'arrachée -- un magnifique texte de Rénovation de la Retraite en France qui sera proclamé, ubi et orbi, trompettes et cors inclus, dans les journaux télévisés pour assurer aux Français que leur système social tiendra le coup.
Car il n'a pas le choix : il lui faudra faire bonne figure ou déclencher l'ire de ses concitoyens.
Mais pour la réforme de fond, celle qui remettra vraiment le système sur des rails solides, qui donnera une vraie perspective aux retraités de toucher, dans les cinq ou dix ans à venir, autre chose que des clopinettes marqué "Don de l'Etat Français" dessus, n'y comptez-pas. Il faut être chroniqueuse à Europe 1 et béatement amoureuse du socialisme appliqué par la fine équipe de Hollande pour voir dans Ayrault un chevalier de la réforme. En réalité, le petit rond de cuir villageois va nous enfumer comme ses prédécesseurs, et le système de retraite continuera cahin-caha comme devant, vers son destin funeste et inévitable. Même si le pesant carrosse vermoulu n'avance plus très vite, il versera dans le fossé, écrasera les chevaux salariés et tuera, plus ou moins vite, ses passagers endormis.
Car la solution, tout le monde la connaît. Elle est économiquement balisée, assez simple à comprendre ... mais politiquement impossible à faire passer ; et elle sera donc oubliée entre la page 173 et la page 789 du copieux rapport qui sera pondu suite aux moulinets oratoires qui s'enchaînent actuellement sur le sujet. Cette solution, c'est la capitalisation, sans laquelle il n'y aura pas de salut. Et pour la façon d'y arriver, d'autres pays ayant expérimenté le trajet avec succès, on sait déjà comment on peut procéder.
Mais, comme je l'ai dit, cette capitalisation est politiquement impossible : d'une part, le mot est tabou. D'autre part, une telle réforme nécessitera de remettre à plat tout le système, et concernera donc tous les retraités.
Tous les retraités ?
Non. Un petit village de plusieurs millions de fonctionnaires résiste à l'envahisseur ultra-turbo-libéral et refusera catégoriquement toute modification à ses privilèges. Et alors même que les (âpres) négociations n'ont pas encore commencé entre patronat, syndicats et État, une chose est déjà dans les tuyaux ; la grève de la fonction publique aura lieu, motivée par les raisons habituelles : pas d'alignement du public sur le privé ! Jamais. Scrogneugneu.
la retraiteEt pourquoi diable s'opposent-ils donc tant à cette réforme ? Pourquoi l'alignement strict des retraites du public sur le privé serait-il scandaleux alors que ceci répond vraiment à l'objectif d'égalité de tous devant les droits du merveilleux système social français ? Tous ces gens seraient-ils des socialistes de pacotille ? D'autant qu'en plus, outre ce vrai effort de solidarité et d'égalité, cet alignement permettrait aussi de gagner de précieuses années pour passer sans trop de casse à la capitalisation...
Peut-être cette opposition est-elle aussi forte parce que, précisément, la capitalisation, ils en bénéficient déjà et qu'après tout, c'est encore mieux si c'est un privilège à eux seuls réservé ? Allez savoir.
Enfin... Je dis qu'ils en bénéficient, je vais un peu vite en besogne.
Sur le papier, nos amis fonctionnaires ont effectivement la possibilité de bénéficier de ce genre de mécanismes qu'ils semblent résolus à ne pas voir appliqué aux salariés du privé. Mais si les structures qui gèrent ce genre de retraites sont aussi bien gérées que la MRFP, nos amis obstinés peuvent s'attendre à quelques déboires.
Et pour ceux qui ont un peu perdu de vue les aventures de René Teulade, rappelons simplement que l'ancien ministre et sénateur PS avait été à la tête de la Mutuelle Retraite de la Fonction Publique (MRFP) qui, après de nombreuses années à ses bons soins (1974 - 1992), a terminé sa course dans une faillite mémorable. Faillite qui aura conduit Teulade au procès dans lequel il fut condamné à 18 mois de prison avec sursis et 5.000 euros d’amende pour abus de confiance et dont l'appel va se dérouler dans les jours qui viennent.
Fâcheuse coïncidence avec l'actualité, ne trouvez-vous pas ?
Surtout si l'on se rappelle que le même Teulade fut ancien député suppléant de ... François Hollande, en Corrèze, et que le président lui avait accordé toute son amitié en octobre 2012 -- au grand dam des cotisants à la défunte mutuelle, spoliés par Teulade -- allant jusqu'à déclarer, je cite : « Je salue les présidents qui ont marqué l’histoire de votre organisation. René Teulade auquel je suis lié par une fidélité corrézienne (....) »
Surtout si l'on se rappelle que Hollande, dans ce cadre, pourrait être appelé comme témoin, et qu'il avait clairement dit, pendant sa campagne, qu'en tant que président, il ferait tout pour aider à la manifestation de la vérité, quitte à témoigner : « Moi, président de la République, j’aurai à cœur de me rendre à la convocation de tel ou tel magistrat. »
Surtout si l'on se rappelle que le brave président a laissé la Corrèze dans un état catastrophique, faisant de ce département l'un des plus endettés de France par habitant (sa dette sera passée de 300 à 345 millions pendant qu'il y sévit), à coup d'iPads pour collégiens et autres dépenses ridicules.
Bref : on aura bien du mal à trouver dans la gestion de cette mutuelle, et les liens présidentiels, un quelconque argument en faveur des socialistes en matière de gestion, que ce soit des retraites ou d'autre chose...
Ce pays s'est acharné, pendant les presque 70 ans qui ont suivi la Libération, à distribuer des petits privilèges et des passe-droits à chacun, de façon différente, en faisant croire à tous que c'était économiquement tenable, quitte à faire des promesses absurdes et à endetter les générations futures. Pour la retraite, il en a été comme pour le reste : on a patiemment construit un système où chacun avait tout intérêt à tirer la couverture à lui, en utilisant le levier de la répartition pour gommer des injustices de plus en plus fortes. Mieux : comme le prouve la petite histoire ci-dessus, on a placé à la tête d'organismes de gestion de ces retraites de parfaits aigrefins qui ont, chacun à leur façon, amené le pays dans la position catastrophique qu'on connaît actuellement. Et maintenant que l'addition arrive, une partie du peuple refuse obstinément tout ajustement ou tout compromis, pendant que l'autre, toute aussi butée, frétille de joie à l'idée d'avoir placé au pouvoir de besogneux bureaucrates aux desseins exclusivement personnels et aux compétences plus que douteuses.
Franchement, je peine à voir en France une issue réjouissante au problème des retraites avec de telles prémices...

Grèce. Le gouvernement ferme brutalement la télévision publique

Le gouvernement grec a annoncé et immédiatement mis en application ce mardi la fermeture des chaînes de la télévision publique ERT, engageant par surprise une épreuve de force inédite avec les syndicats sous la pression de ses bailleurs de fonds internationaux.

Une annonce sans préavis
Vers 23 h, les chaînes d’ERT ont cessé d’émettre et les écrans sont devenus noirs, la police ayant neutralisé selon une source syndicale le principal émetteur situé près d’Athènes.

La décision a été annoncée dans l’après-midi par le porte-parole du gouvernement, Simos Kedikoglou. « La diffusion d’ERT s’arrêtera après la fin des programmes ce soir », a déclaré à la presse le porte-parole.
ERT constitue « un cas exceptionnel d’absence de transparence et de dépenses incroyables. Et tout ceci prend fin maintenant », a asséné le porte-parole.
Il a assuré que ce service public, où les grèves se multipliaient ces derniers mois pour s’opposer aux plans de restructuration, rouvrirait sous une autre forme, avec un nombre réduit de salariés.
Tous les salariés actuels d’ERT, au nombre de 2 656, recevront une compensation et seront autorisés à postuler à nouveau à un emploi dans la nouvelle structure, a-t-il dit.
Cette mesure radicale et sans précédent a été annoncée sans préavis au moment où les chefs de file de la troïka des créanciers de la Grèce (UE-BCE-FMI) sont à Athènes.
« Un choc total »
ERT appartient aux multiples organismes d’Etat qui devaient être restructurés ou fusionnés en vertu du protocole d’accord signé entre la Grèce et ses bailleurs de fonds.
Les réactions syndicales et politiques ont été très vives.

« ERT appartient au peuple grec […] c’est le seul média indépendant et la seule voix publique, qui doit rester dans le domaine public […] nous condamnons cette décision soudaine », a déclaré dans un communiqué le syndicat GSEE.
« C’est un choc total », a commenté auprès de l’AFP un journaliste de la rédaction, Pantelis Gonos. « Le gouvernement, sans consultations ni discussions, a choqué tout le monde en annonçant la suspension à minuit de la télévision », a-t-il dit.
La télévision publique et la radio « sacrifiée »
Peu après l’annonce du gouvernement, des milliers de personnes ont afflué vers le bâtiment principal d’ERT dans la banlieue nord d’Athènes pour apporter leur soutien à la télévision publique. Près de 500 personnes se sont aussi rassemblées devant le bâtiment d’ERT à Thessalonique, dans le nord de la Grèce.
Le syndicat de journalistes Poesy a appelé à une grève immédiate de soutien dans les médias privés. « Le gouvernement est déterminé à sacrifier la télévision publique et la radio » pour satisfaire ses créanciers, a déploré le syndicat.
Les chaînes d’ERT ont effectivement cessé d’émettre peu après 23h.« C’est illégal. Le gouvernement a arrêté l’émetteur principal », a déclaré à l’AFP le président du principal syndicat des salariés de la télévision, Panayotis Kalfayanis.
« Cela ressemble plus à un gouvernement de Ceausescu qu’à une démocratie », a-t-il lancé, dans une référence au dictateur roumain Nicolae Ceausescu.
Le ministère des Finances a publié au même moment un communiqué annonçant qu’ERT en tant qu’entité n’existait plus.
« Un coup d’État »
Les deux partenaires de la Nouvelle Démocratie (ND), la formation du Premier ministre conservateur Samaras, au sein de la coalition ont fermement exprimé leur opposition à la fermeture d’ERT.
« Nous sommes absolument en désaccord avec les décisions et la gestion du gouvernement dans cette affaire », a déclaré le Pasok (socialiste).
« Nous réitérons notre ferme opposition à la fermeture d’ERT », a également dit la Gauche démocratique (Dimar).
« C’est un coup d’Etat », a pour sa part déclaré aux journalistes Alexis Tsipras, leader du principal parti d’opposition Syriza (gauche radicale), venu en toute hâte au siège d’ERT.
Rupture de la solidarité gouvernementale
Pasok et Dimar ont annoncé qu’ils ne voteraient pas pour le décret gouvernemental lorsqu’il serait présenté au Parlement pour être validé après son entrée en application.
Cette rupture de la solidarité gouvernementale pourrait provoquer une crise politique au sein de la fragile coalition en place depuis un an sous la direction du Premier ministre conservateur Samaras, à un moment où la Grèce est surveillée de près par ses créanciers internationaux.
L’Union européenne de radio-télévision (UER), dans un communiqué publié à Genève, a appelé M. Samaras à annuler la décision revenir de fermer ERT.
Le président de l’UER, Jean-Paul Philippot, et sa directrice générale, Ingrid Deltenre, ont appelé dans une lettre le Premier ministre à « user de tous ses pouvoirs pour annuler immédiatement cette décision », indique le communiqué.
Satisfaire les créanciers
Selon les syndicats, en fermant ERT, le gouvernement remplit d’un coup l’objectif assigné par les créanciers de la Grèce de supprimer 2 000 emplois publics d’ici à la fin juin.
C’est une « solution facile pour répondre aux exigences de la troïka », estime le syndicat Poesy.
Les hauts responsables de la troïka ont repris lundi à Athènes l’audit des comptes grecs et le contrôle des réformes, parmi lesquelles figurent la réduction du nombre des fonctionnaires et la fusion ou la suppression des organismes publics.
Lundi soir, les responsables de la troïka ont eu un entretien avec le ministre de la Réforme administrative Antonis Manitakis sur la restructuration du secteur public

Le tonneau des Danaïdes

Le tonneau des Danaïdes


1995, 2003, 2010, 2013… L’accélération du calendrier des réformes sur les retraites dit à elle seule l’urgence d’une situation qui ne cesse de se dégrader. Elle souligne tout autant la faible portée des mesures adoptées ces vingt dernières années qui n’ont bien souvent consisté qu’en un poreux colmatage, repoussant sans cesse le moment de trancher dans le vif.
Il faudra pourtant bien se résoudre un jour à en finir avec cet illusionnisme collectif nourri à crédit. Le pays ne pourra faire l’économie d’une vraie réforme structurelle s’il veut assurer la pérennité du système. Même admissible par tous, l’allongement de la durée des cotisations ne peut pas être une solution suffisante à très long terme.
Cette restructuration globale, qui pourrait emprunter à d’autres systèmes européens, n’est pas pour demain. Ni pour septembre prochain d’ailleurs puisque les propositions du rapport Moreau sont une fois de plus prises dans l’urgence et donc grosso modo calquées sur celles de 2010. En nettement plus radical et un peu plus équitable aussi, avec notamment la fin du tabou sur le traitement des fonctionnaires qui était une injustice flagrante, quoi qu’en disent les syndicats.
François Hollande espérait secrètement faire l’économie de cette question des retraites, surtout après une première année de gouvernement économiquement et socialement extrêmement difficile. La réforme Woerth de 2010, celle qui a conduit des mois durant des centaines de milliers de personnes dans les rues, était en effet censée ramener l’équilibre à l’échéance 2020 et il était tentant d’y croire. Trois ans plus tard, on parle d’un déficit de 20 milliards d’euros à cet horizon-là et tout est à refaire…
S’engager sur cette même voie est donc particulièrement risqué pour le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Pas seulement parce qu’elle est impopulaire, mais surtout parce qu’à long terme elle est inefficace.

mardi 11 juin 2013

Les véritables leçons sur la Grèce

Apprenons de la Grèce : refusons toute ligne artificielle de sauvetage et évitons la suspension de paiement en réduisant exclusivement les dépenses.

Chaque fois que le FMI parle, il tape à côté. Et même lorsque personne n'écoute ce qu'il dit en réalité. En tant que plus grand représentant du néolibéralisme sauvage – même s'il s'agit d'une bureaucratie internationale créée par Keynes, alimentée par le pillage des contribuables et dont la tâche principale est de sauver des États dépensiers pour qu'ils continuent de gaspiller –, il remplit sa fonction sociale dans le cadre dominant de la pensée unique étatiste, en fournissant de tendancieux titres de presse qui, par hasard, permettent de charger la barque du libre marché, mais qui ne seront jamais assez contondants que pour procéder à la très nécessaire fermeture du Fonds.

Cela s'était déjà passé avec le fameux « paper » de l'économiste en chef du FMI, Olivier Blanchard, dans lequel, même s'il reconnaissait des erreurs de calcul au moment d'anticiper les effets contraires de l'austérité, il admettait également qu'il n'y avait pas d'alternatives aux ajustements fiscaux. Certes, je ne suis pas en train de dire que le FMI aurait raison du simple fait d'être le FMI (il devrait, certainement, exister une présomption contraire), mais qu'il est clairement biaisé de mettre en avant la première partie de l'information et d'occulter la seconde. Il se trouve que le même schéma de désinformation a été reproduit avec la récente publication du rapport d'évaluation du soutien financier fourni à la Grèce depuis 2010.
La plus grande partie des médias a poussé des cris d'orfraie en titrant que le FMI reconnaissait avoir sous-estimé l'impact de l'austérité en Grèce et qu'il aurait été préférable que la Grèce ait pu compter sur un plus grand soutien financier de ses associés communautaires pour minimiser les ajustements. Ce n'est pas tant que cette présentation des faits soit absolument fausse – on sait bien qu'une demie vérité est beaucoup plus efficace qu'un mensonge complet – mais elle occulte une bonne partie du raisonnement et des conclusions.
Le rapport du FMI sur la Grèce
D'entrée de jeu, le FMI explique que le modèle de croissance de la Grèce durant les premières années du 21e siècle était en tous points insoutenable. Le crédit facile a permis de fonder son « boom » économique « sur d'énormes déficits fiscaux financés par le crédit étranger qui ont contribué à ce que les dépenses du pays dépassent sa production ». Il suffit de constater que les dépenses publiques ont doublé entre l'année 2000 et 2008 (passant de € 63 milliards à 117) grâce à des déficits publics qui ont atteint en 2008 les 10%. [...] En résumé, la Grèce était un pays qui produisait beaucoup moins que ce qu'il consommait et qui, par conséquent, ne cessait de s'endetter auprès des créanciers étrangers pour maintenir un train de vie insoutenable. Oui, on vivait mieux follement, mais les folies ont fini avec la crise.
Ayant atteint en 2009 un taux d'endettement de 130% par rapport au PIB et comptant sur le même modèle de « croissance » assise sur la bulle du crédit, il paraissait clair que le pays était condamné et que jamais il ne pourrait rembourser la totalité de ses engagements. À partir de là, les créanciers ont commencé à lui refuser son financement et la Grèce s'est retrouvé en situation de défaut de paiement en 2010. C'est ici qu'ont commencé les erreurs : la troïka était obsédée par l'idée d'éviter que la Grèce fasse faillite (en raison de la récente mauvaise expérience avec Lehman Brothers) et on a lancé un plan de sauvetage destiné à stabiliser le pays en assainissant ses finances. Seulement, il y avait un problème : les dimensions du déséquilibre budgétaire étaient telles que, pour simplement apurer les comptes avant de procéder aux paiement des intérêts (équilibre primaire), il fallait un ajustement de 14,5 points du PIB.
Il aurait dû apparaître évident qu'un ajustement de cette dimension devait nécessairement faire s'effondrer le PIB au milieu d'une dépression internationale. Les carottes étaient cuites : près de 15% des dépenses du pays se finançait par la dette (non pas avec la production) et il fallait commencer à sevrer le drogué de cette addiction. À moins que de manière soudaine le secteur privé grec commence à croître à des taux élevés sans rapport avec la réalité (remplissant avec la production le vide laissé par l'abandon de la dépense à crédit), il était inévitable que le PIB s'effondre. C'est comme lorsque quelqu'un s'habitue à vivre avec un crédit bancaire pour lequel il paie d'un mois sur l'autre plus de 20% de ce qu'il gagne : évidemment, quand ce crédit laxiste disparaît, ses dépenses mensuelles s'effondrent à moins qu'il ne trouve un emploi complémentaire qui lui permette d'augmenter son salaire mensuel de 20%. L'ajustement étant essentiel (le pays n'a jamais été riche, il vivait à crédit), il n'aurait pas été mauvais de présenter des estimations plus réalistes sur la croissance et l'emploi (même si l'ajustement n'aurait pu être postposé ou avec d'autres estimations : ou, selon les mots du Fonds, « dans tous les cas, une profonde dépression était inévitable »).
Mais le FMI a insisté dans son affirmation qu'un ajustement de près de 15% des finances allait seulement générer une chute des dépenses totales de 5,5% jusqu'en 2012, quand, au final, elle a été de 17%. La réalité de cette chute a été de 12 points supérieure à celle estimée ? Ce que nous avons dit : « Une partie de la contraction n'avait pas de lien avec l'ajustement fiscal mais bien avec l'absence de croissance dans le secteur privé dérivée de l'augmentation de la productivité et de l'amélioration du climat d'investissement que l'on espérait résulter des réformes structurelles ». Passer d'une économie privée sclérosée et « dettomane » à une économie productive fondée sur l'épargne interne ne se fait pas en un tour de main. Alors, pourquoi le FMI a-t-il présenté des estimations aussi irréalistes des effets de l'ajustement ? Parce qu'elles étaient nécessaires pour faire croire à tout le monde que la situation financière grecque pouvait être reconduite sans restructuration de la dette. Et pourquoi voulait-il tromper tout le monde ? Pour que les possesseurs étrangers de la dette grecque (banques allemandes et surtout françaises) aient le temps de s'en débarrasser, pour la transférer au contribuable européen. Le FMI le reconnaît lui-même : « Le délai [pour la restructuration de la dette] a fourni une fenêtre aux créanciers privés pour qu'ils réduisent leur exposition à la Grèce et transfèrent leurs passifs entres les mains gouvernementales ».
Erreurs et leçons
La première erreur a été de sauver la Grèce ; la seconde de la sauver sans imposer dès le départ une restructuration conséquente, puisqu'il était évident qu'une telle charge de la dette ne pouvait être réglée – au moins sans procéder à la privatisation des milliards d'actifs étatiques que possède le pays ou sans transformer de fond en comble le modèle d'État grec (quelque chose que l'on n'a même pas envisagé). De nouveau, le FMI reconnaît après la bataille cette seconde erreur : « Pour ne pas avoir affronté le problème de la dette publique dès le début, une incertitude a été créée concernant la capacité de l'eurozone à résoudre le problème, ce qui a aggravé la contraction. Une restructuration initiale aurait été meilleure pour la Grèce, même si elle n 'était pas acceptable pour ses compagnons de l'eurozone ».
Troisième erreur : si l'ajustement budgétaire draconien et la dépression ultérieure étaient inévitables, la manière logique de l'affronter était exclusivement du côté des dépenses publiques. Si l'État était devenu sur-dimensionné durant la bulle, quoi d'autre que de le discipliner ? Mais non, la moitié de l'ajustement a été réalisé en augmentant les impôts, ce qui a écrasé encore plus un secteur privé qui devait se restructurer pour créer à nouveau de la richesse le plus vite possible : « La gestation du déficit public durant la décennie qui a commencé en 2000 a été presque entièrement due à une augmentation des dépenses publiques. Il convient de s'interroger sur la nombreuse présence de mesures destinées à augmenter les revenus au sein du programme d'aide financière. »
Avec toutes ces nuances, le FMI conclut que « les politiques adoptées ont été correctes dans les grandes lignes ». Pour ma part, je ne partage pas l'avis du FMI, mais ses opinions ne devraient pas être présentées de manière biaisée et intéressée. De ce que je comprends, le rapport du FMI donne raison à tous ceux qui répètent depuis longtemps qu'il ne faut sauver aucun État dans la mesure où il doit affronter les conséquences de sa propre irresponsabilité ; la Grèce n'a jamais été disposée à réaliser le dur ajustement financier qui était nécessaire pour éviter le défaut de paiement, de sorte que la restructuration de la dette était indispensable dès le début ; et, surtout, les indispensables ajustements budgétaires doivent s'effectuer en diminuant les dépenses et non pas en augmentant les impôts. Rien de tout cela n'aurait évité que le PIB chute – parce que, Mesdames, Messieurs, le PIB doit chuter quand on l'a gavé de dettes et que le pays n'est plus capable de les rembourser. Mais cela aurait minimisé le temps de restructuration et attribué les pertes à ceux qui les méritaient.
Cependant, la troïka a choisi de résoudre le problème grec d'une très étatiste manière : en ne laissant pas le marché agir (faillite et réduction des dépenses), mais en socialisant les pertes de la banque européenne entre tous les contribuables européens et en serrant la vis au secteur privé grec avec des impôts beaucoup plus élevés. Un non-sens étatiste injuste et inefficace. Maintenant, le plus inquiétant est le parallèle que l'on peut faire avec les manœuvres de la troïka en Espagne : la sauver, donner du temps aux banques européennes pour liquider leurs positions, et « sabrer » d'impôts les Espagnols pour effectuer une grande partie de l'indispensable ajustement. Apprenons de la Grèce : refusons toute ligne artificielle de sauvetage (spécialement l'OMT) et évitons la suspension de paiement en réduisant exclusivement les dépenses.


Un optimisme qui tombe mal

Le président français François Hollande a déclaré, le dernier jour de sa visite au Japon, que la crise en Europe était terminée. Mais il a préféré ne pas parler de la récession économique, du chômage grandissant et du problème du sauvetage des banques, rappellent les médias et des experts dubitatifs.

Les experts et les commentateurs des médias européens essaient de comprendre pourquoi le chef de l'une des locomotives de l'intégration européenne donne une appréciation aussi optimiste de la situation actuelle au moment où la zone de l'euro connait une situation difficile.
Ainsi, la déclaration du président français, selon la plupart des experts, tombe mal à propos. Une semaine avant son intervention, les milliers des citoyens sont sortis dans les rues des villes européennes, protestant contre la politique d’austérité. Et, selon le portail Internet d’Euronews à Athènes, à l’initiative de la Confédération européenne des syndicats (ETUC) a eu lieu un « Sommet alternatif » qui a réuni les représentants des mouvements de gauche de Grèce, d’Italie, d’Espagne et de certains autres Etats européens, dont la France. La devise principale de la manifestation finale du Sommet alternatif était « Nous sommes pour une autre Europe ! ».
On sait bien pour quelle Europe se prononçaient les membres du Sommet. Dans la zone de l’euro, il y a 19,4 millions de chômeurs. Un jeune sur quatre (entre 15 et 24 ans) n’a pas de travail, soit 24 % des jeunes ou 7,5 millions de personnes. 
Entre-temps, selon les pronostics de la Commission Européenne publiés en mai, la dette des Etats de la zone de l’euro augmente. La Commission Européenne prédit à la France une baisse de l’économie en 2013 de 0,1%, de 0,2% d’après le pronostic du. Les désaccords entre Berlin et Paris aggravent la situation en France et dans la zone euro. Hollande prône de dynamiser l’économie, et la chancelière allemande Angela Merkel s’en tient à une politique d'austérité. Les solutions rapides dont rêve Hollande sont impossibles, croit le chef du secteur de l’intégration européenne de l’Institut de l’économie mondiale Sergueï Outkin.
« Les autorités de différents niveaux, des Etats séparés ou de toute l’UE, ne peuvent pas influer sur tout, dit l’expert. Et lorsqu’on parle d’une hausse, on n’arrive pas à l’assurer administrativement. Ce sont les tendances profondes qui deviennent décisives, en fin de compte. Il faudra du temps pour que l’économie se redresse ».
Selon le docteur ès sciences économiques du Fonds allemand de la science et de la politique Ognian Hishow, « une grande question » pour l’avenir de l’économie européenne est la situation en France.
« Comment la France pourra-t-elle venir à bout de ses problèmes (si c’est le cas) et quel impact aura l’aggravation de la situation économique en France sur la crise ? » – s'interroge le chercheur dans un entretien avec La Voix de la Russie. Pour être honnête, il faut l'avouer : cet impact sera plutôt négatif.  N

La presse : une crise dans la crise


Si nous nous réjouissons des bons chiffres de vente d'Ouest-France qui viennent d'être publiés pour 2012, nous ne pouvons pas oublier que, dans la crise globale que nous subissons, la presse écrite est elle-même plongée dans une crise spécifique.
à la suite du surgissement de nombreux nouveaux médias (multiplication des chaînes de télévision et des sites web), la presse écrite est directement concurrencée dans ce qui fait sa raison d'être : l'information. Ces médias nouveaux distribuent celle-ci à longueur de journée et de nuit, et le plus souvent gratuitement.
Bien sûr, cette information ne remplace pas complètement l'information apportée par les quotidiens. Ceux-ci ajoutent leurs commentaires à l'information brute. Ils peuvent s'étendre longuement sur un fait, un événement. Ils vont très loin dans la recherche locale de l'information avec leurs nombreuses éditions différentes. Tout cela coûte cher et ne peut être offert gratuitement.
Pour réaliser un journal, il faut, en effet, collecter l'information, c'est-à-dire aller la chercher sur le terrain. C'est le travail des journalistes et des correspondants qui sont beaucoup plus nombreux dans les titres de presse écrite que dans les sites web ou les chaînes de télévision.
Cependant, la concurrence est aussi fortement accrue dans le domaine de la publicité. Les annonceurs sont en effet sollicités par tous ces médias électroniques qui atteignent de multiples publics. Du coup, la presse écrite voit diminuer ses recettes de publicité et compense ces pertes par une hausse des prix de vente du journal proprement dit. Or, par les temps qui courent, chacun veille plus que jamais à ses dépenses.
Adaptation urgente et impérative
Cet enchaînement désastreux est général. Dans le monde entier, notamment en Europe et en Amérique du Nord, de nombreux journaux sont gravement menacés. Ils voient leur diffusion s'effondrer et sont amenés soit à fermer complètement, soit à licencier massivement leur personnel, journalistes y compris.
On devine les conséquences pour ces personnes, mais on constate aussi une dégradation de l'information globale. Or, ne l'oublions pas, cette information nécessaire aux citoyens est un des piliers de nos démocraties.
À Ouest-France, nous nous efforçons de concilier ces évolutions pour que le journal puisse s'adapter aux temps nouveaux. Nous nous efforçons de retarder les inévitables hausses de prix de vente qui se profilent à l'horizon, de manière à favoriser l'achat pour nos lecteurs et donc l'accès à l'information qui leur est nécessaire en tant que citoyen.
S'adapter signifie réorganiser nos processus de fabrication, nos organisations, pour qu'elles soient moins coûteuses et plus performantes. S'adapter signifie aussi informer en utilisant tous les moyens électroniques dont nous pouvons disposer. Dès maintenant, il est possible de lire Ouest-France partout en France et dans le monde sur une tablette où on peut y choisir l'une ou l'autre de nos 53 éditions. On peut aussi consulter le site ouest-france.fr qui déjà accueille plus de 500 000 visiteurs par jour et également le site ouestfrance-entreprises.fr, le site jactiv.ouest-france.fr à destination des étudiants et des jeunes actifs, le site de notre hebdomadaire Le Marin (lemarin.fr).
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François Hollande considère que la crise de la zone euro est derrière nous : incroyable erreur de diagnostic ou hypocrisie ébouriffante?


"Il faut bien comprendre que la crise dans la zone euro est terminée", a déclaré François Hollande à l’occasion de son voyage au Japon. Sur quoi se base-t-il pour tenir ces propos ? Quels éléments allant dans ce sens peut-il invoquer ?

Nicolas Goetzmann : En premier lieu, il est tout de même préférable qu'un président en déplacement dans un important pays partenaire ait un discours positif. Personne ne souhaiterait que son discours fut "ne venez pas investir en Europe, vous vous exposeriez à de lourdes pertes".

En second lieu, il existe effectivement des éléments allant dans son sens. Les dernières statistiques "live" du mois de mai font état d'un ralentissement de la récession. Mais cela est principalement dû aux politiques de relance américaine et japonaise. Pas de quoi pavoiser finalement, et rien ne permet de promettre quoi que ce soit sur le moyen ou long terme.
Bien entendu la crise de la zone euro n'est pas terminée et l’inquiétude relative à la prochaine décision de la Cour Constitutionnelle Allemande sur le programme OMT, mis en place par la BCE, en est une preuve flagrante. Si cette décision s’avérait négative, François Hollande se retrouverait dans de beaux draps avec ses annonces de « fin de crise » parce que le risque de voir celle-ci s’emballer deviendrait inévitable.

Désirer voir aboutir les accords de libre-échange entre le Japon et l’Europe justifie-t-il de tenir un discours aussi sujet à contestation ? Pourquoi ?

Les Japonais ne sont pas dupes. Ils ont été confrontés à une crise de même type depuis plus de 20 ans et s’en sortent uniquement aujourd’hui. Que François Hollande tente de séduire les investisseurs japonais est tout de même de bonne guerre. La politique des « Abenomics » consiste à donner un accélérateur à la demande intérieure japonaise, ce qui pourrait profiter à l’économie européenne et française en particulier. Et ce malgré la baisse du Yen. Le Japon est un marché porteur pour les sociétés exportatrices et il serait dommage de ne pas essayer d’en profiter.
Ce qui était difficile à accepter lors de ce déplacement était le soutien apporté par la président à la doctrine de Shinzo Abe tout en manifestant l’impossibilité de pratiquer la même chose en Europe. Nous connaissons le problème mais on ne peut rien faire parce que ce serait aller contre les traités. Le tout est de savoir quand la pression des peuples européens sera suffisamment forte pour agir, il semblerait que le cap n’ait pas encore été franchi.

Faut-il y voir une déclaration d’ordre strictement diplomatique, ou bien François Hollande y croit-il réellement ? Qu’en déduire sur sa capacité d’appréciation de la situation économique et financière actuelle de l’Europe ?

Je ne crois pas qu’il en soit convaincu. Le simple fait qu’il ait besoin de le dire prouve bien que cela n’est pas du tout évident. Mais les remèdes apportés à la crise sont par contre une source d’inquiétude, puisqu’ils ne servent à rien. François Hollande est enfermé dans une vision de cycle économique classique alors que nous sommes plongés dans une crise monétaire, et au final une crise de structure européenne.
Lors de cette visite, François Hollande faisait part de son admiration pour les réformes japonaises, notamment via la relance monétaire. Une certaine hypocrisie voit ici le jour parce que François Hollande a été favorable à toute les étapes de la construction européenne, et notamment la perte de souveraineté monétaire. De ce fait, il devient difficile de critiquer ce que l’on a contribué à mettre en place. Nous pouvons lui donner le droit de changer d’avis et d’agir en ce sens, ce serait même une recommandation s’il voulait véritablement pouvoir annoncer la fin de la crise de la zone euro.

Comment les hommes d’affaires du monde entier qui étaient présents ce jour-là ont-ils pu interpréter cette déclaration ? Quel est le message « crypté » qui se cache derrière ?

Je ne vois pas de message crypté, tout au plus un discours maladroit. Il aurait tout de même été préférable d’annoncer la prise de conscience de la problématique actuelle, à savoir la politique menée par la BCE, et d’annoncer une réforme en ce sens. En lieu et place de cela, aujourd’hui comme hier, tout investisseur présent peut légitimement avoir quelques doutes sur les actions qui seront menées dans la zone euro. De plus, l’incapacité actuelle d’avoir une ligne commune avec l’Allemagne est un problème majeur. D’autant qu’il va tout de même falloir un  jour convaincre les Allemands que la politique de stricte stabilité des prix envoie tout le monde dans le mur. 
Mais il me semble que les marchés financiers reflètent bien cette situation. La faiblesse des marchés européens est à mettre en perspective avec les records enregistrés par la bourse américaine et l’envolée du Nikkei depuis l’automne dernier. Les investisseurs sont faiblement présents dans la zone euro car la politique de la BCE ne permet pas une sortie de crise à long terme. Les marchés ne sont pas parfaits mais ils reflètent tout de même l’appréciation actuelle des investisseurs sur l’avenir d’une zone économique. 

Que sent Paris selon vous ?


Sans le vouloir, nous relions souvent une odeur à un lieu et c’est ce mécanisme curieux qu’a décidé d’exploiter Kate Mc Lean. L’étude qu’elle a réalisée retrace les odorats de certaines grandes villes du monde. Si cette enquête possède des allures scientifiques, elle n’en est pas moins artistique et permet de s’intéresser au pouvoir des odeurs sur notre subconscient.
L’idée de la cartographe et designer Kate Mc Lean fera frémir plus d’un nez. On relie souvent une odeur à un souvenir, que ce soit une personne, un moment ou un lieu. Sans le savoir nos narines ont aussi une très bonne mémoire, et c’est ce que ce projet démontre encore une fois.

A la recherche des odeurs de villes en villes
Intéressée par les souvenirs et les odeurs, elle a décidé de réaliser une carte olfactive de grandes villes(Glasgow, Edinbourg, Newport, New York, Amsterdam et Paris). Mousse à raser, miel, crème solaire, diesel, beaucoup d’odeurs bien différentes ont pris place sur les cartes de la chercheuse. Sa démarche est donc davantage artistique que scientifique si on se fie aux recherches qu’elle a entreprises pour colorer ses cartes.
Son approche est d’autant plus humaine qu’elle a consisté à interviewer un échantillon diversifié de personnes. Qu’ils soient touristes, nouveaux arrivants ou d’anciens résidants, elle leur demandait leurs impressions, parfois même en se baladant dans la ville avec eux.

Des odeurs reliées aux émotions des souvenirs
Pour élaborer ses cartes, elle dessine les contours selon la portée et l’intensité des odeurs des personnes qu’elle a interrogées. Elle opère aussi différemment de ville en ville : pour Amsterdam, par exemple, elle a parcouru la capitale à l’aide d’un "nez" employé dans une entreprise de parfums, ce qui lui a permis d’avoir un point de vue différent.
Parfois certaines odeurs ont besoin d’être comprises, par exemple quand quelqu’un lui explique que Paris sent le miel. Après réflexion, elle a trouvé que la source de cette odeur venait des nettoyants pour parquets à la cire.
Et les Parisiens sont chanceux puisque la carte concernant la capitale française est interactive : elle  invite le public à sentir les odeurs. En effet des échantillons de parfums décrits y sont accrochés. Une fois l’odeur sentie,la personne est invitée à se souvenir de ce que lui rappelle l’odeur et à le décrire sur un post-it, puis à l’accrocher auprès de la bouteille sur la carte. En tout, 530 notes d’odeur colorient la carte de notre chère capitale.
En général les lieux sont reliés à un souvenir, par exemple lors de la cartographie de Newport, beaucoup de gens déclaraient que l’odeur de l’océan correspondait à celle de leur maison.

Une meilleure prise en compte du pouvoir de son nez
En plus de fasciner un grand nombre de gens, beaucoup ont réalisé qu’ils faisaient appel à leur sens olfactif malgré eux.
Même si les cartes de l’auteure sont particulièrement jolies et curieuse à lire et sentir, cette enquête lui aura permis certaines conclusions sur notre comportement par rapport aux différentes fragrances. Elle en a conclu que chaque odeur était rattachée à une émotion, que le café aidait tout particulièrement à se remémorer des histoires, tandis que le parfum encourage les gens à mentionner d’autres personnes. Quant au vin, il permet de mieux se remémorer un événement passé. De quoi faire un peu plus attention à ce que nous ressentons lorsque nous flânons dans certains lieux.

L'industrie auto tricolore accélère sa désindustrialisation... en France


Michelin annonce de nouvelles suppressions d'emploi. PSA et Renault réduisent très fortement la voilure. En sept ans, la production des deux constructeurs dans l'Hexagone a chuté de moitié. Les effectifs des usines françaises d'équipements pour véhicules sont passés de 114.000 à moins de 80.000 personnes entre 2007 et 2012. Inquiétant.
Michelin annonce 730 suppressions d'emplois à Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire). La Française de Mécanique (FM), filiale de Renault et PSA employant quelque 3.400 personnes à Douvrin (Pas-de-Calais), pourrait supprimer « plus de 1.000 emplois » d'ici à 2016, affirme la CGT. En attendant, le groupe PSA a prévu de réduire ses effectifs de 11.200 personnes entre 2012 et 2014 en France ainsi que de fermer son usine d'Aulnay-sous-Bois, en région parisienne.
Renault procédera pour sa part à 7.500 suppressions nettes d'emploi dans l'Hexagone d'ici à fin 2016.  Aïe. Du côté des usines françaises d'équipements automobiles, c'est tout aussi désastreux. Leurs effectifs globaux ont chuté de 7,3% l'an dernier à 79.000 personnes, selon la Fédération des fabricants d'équipements pour l'automobile Fiev, contre 114.000 en 2007 ! Une vraie Bérézina de l'emploi.
Chiffre d'affaires en berne
Certes, PSA Peugeot-Citroën et Renault incriminent la chute du marché auto européen. Le chiffre d'affaires de la branche automobile de PSA a ainsi reculé de 10,3% à 8,7 milliards d'euros au premier trimestre. Renault a vu ses ventes reculer de 11,8% à 8,27 milliards. Quant aux équipementiers automobiles, le chiffre d'affaires de leurs sites français a fléchi de 13,4% l'an passé à 16,15 milliards, d'après la Fiev. En corollaire, la balance commerciale des composants pour véhicules a vu son excédent fondre à 1,7 milliard d'euros à peine l'an dernier, contre... 2,5 milliards en 2010. Et les perspectives pour l'année 2013 ne sont pas vraiment réjouissantes.
Plongeon de moitié
Toutefois, la crise en Europe n'explique malheureusement pas tout. Car les deux constructeurs tricolores sont engagés dans une spirale structurelle de désindustrialisation en France, entraînant logiquement dans leur sillage celle de leurs fournisseurs. PSA a ainsi vu sa production de voitures particulières et d'utilitaires baisser de 35,7% dans l'Hexagone à 230.337 unités au premier trimestre. De son côté, Renault a reculé de 23,7% à 118.060. Sur l'ensemble de l'année 2012, PSA avait déjà réduit ses fabrications françaises de 16% à 1,11 million et Renault de 17,6% à 532.571 exemplaires... soit à peine moins que l'ensemble de la production de son allié japonais Nissan dans sa seule usine britannique de Sunderland.
Des niveaux quasi-dérisoires, qui témoignent d'un mouvement de fond. Les sites français de PSA ont en effet fabriqué 41% de véhicules en moins l'année dernière par rapport à... 2005. Les usines de Renault dans l'Hexagone ont réduit, elles, de presque 60% leurs volumes en sept ans. Du coup, la production cumulée de Renault et PSA en France a plongé exactement de moitié par rapport au milieu des années 2000. Cela va au-delà d'une crise du marché européen.
Effectifs en pleine chute
Dans ces conditions, les usines voient leurs effectifs fondre. Le site PSA de Rennes a produit 129.600 unités à peine l'an dernier.... contre plus de 360.000 au milieu des années 2000, pour un potentiel installé qui était alors de 400.000 ! A cette époque, le site employait 10.000 personnes, le double d'aujourd'hui. Sacrée dégringolade.
Et ce n'est pas fini. Rennes, où la suppression de 1.400 emplois est prévue, sera d'ailleurs à l'arrêt durant six semaines cet été en raison de nouvelles mesures de chômage partiel. L'usine de Renault à Flins (Yvelines) a assemblé l'an passé 115.500 Zoé et Clio avec 2.600 salariés, contre 270.000 voitures avec 4.750 personnes en 2004. A Sandouville, le site phare de Renault en Seine maritime voué jusqu'ici à la gamme moyenne et au haut de gamme comme celui de PSA à Rennes, a vu ses effectifs passer de 5.300 employés en 2004 à 2.150 aujourd'hui seulement.
Des produits qui se vendent moins
La baisse d'activité des usines tricolores reflète celle de la popularité des modèles. Le fameux monospace compact Scénic (et son dérivé Grand Scénic) a été  produit à une cadence réduite des deux-tiers à 132.760 unités l'an passé par rapport à il y a dix ans. La familiale Renault Laguna a atteint péniblement les 27.700 unités en 2012, contre plus de 145.000 dix ans auparavant. Quant à l'Espace, longtemps considéré comme le fleuron du génie français, il n'était plus assemblé l'an passé qu'à raison de 12.900 véhicules, soit six fois moins. Quant à PSA, il assemblait certes encore 566.000 petites Peugeot l'an dernier. Mais la production était répartie entre trois modèles (206, 207, 208), dont une grosse part construite hors de l'Hexagone.
Il y a dix ans, en revanche, PSA fabriquait 816.500 Peugeot 206, pour l'essentiel en France. Dans la gamme moyenne supérieure, PSA produisait 259.000 Peugeot 407 en 2005 (à Rennes). En 2012, PSA n'assemblait plus que 116.400 Peugeot 508, son successeur, dont une moitié environ seulement dans l'Hexagone...
Les gros véhicules n'ont plus la cote
La chute de production en France de Renault et PSA s'explique en partie par la délocalisation vers des pays à bas coûts, surtout au sein de l'ex-Régie. Mais pas seulement. Le plongeon des volumes en France reflète aussi la désaffection des clients pour les véhicules de gamme moyenne et supérieure à fortes marges potentielles des deux constructeurs tricolores, traditionnellement fabriqués dans les usines hexagonales.
Les modèles vendus à des prix élevés sont logiquement moins sensibles au différentiel de coûts en France par rapport à l'Europe de l'est que les véhicules d'entrée de gamme devenus la spécialité de Renault et PSA, sous la pression en particulier des pouvoirs publics dont la politique fiscale favorise les petites voitures. Dans le même temps, l'industrie automobile allemande a, elle, globalement maintenu ses volumes de production outre-Rhin grâce au succès de ses véhicules en général mais surtout de son haut de gamme!
710. 000 voitures en 2016?
Alors, cette descente aux enfers de l'industrie automobile dans l'Hexagone est-elle irrémédiable ? Pas forcément. PSA, qui vient d'industrialiser des modèles nouveaux comme le « Crossover » 2008 en France, négocie avec les syndicats un accord de compétitivité pour améliorer sa productivité en France. Il souhaite conclure un accord du même genre que celui paraphé à la mi-mars par Renault, lequel prévoit notamment une augmentation de 6,5% du temps de travail, une refonte des comptes épargne temps, un gel des salaires en 2013.
Le constructeur au losange s'est engagé en échange à ne fermer aucune de ses usines dans l'Hexagone à court terme et à leur assurer une activité minimum de 710.000 véhicules par an: 630.000 Renault et 82.000 Nissan (à Flins à partir de 2016). Formidable, non ? Bof. En 2004, Renault ne produisait-il pas en France plus d'1,3 million d'unités ? On sera loin du compte...
Douai, espoir de Renault
Carlos Ghosn, PDG de Renault,  est très fier de l'annonce fin mai par le groupe de solides perspectives pour l'usine de Douai (Nord). Le plus important site du constructeur au losange en France doit lancer à partir de 2014 toute une série de nouveaux modèles sur une nouvelle plate-forme modulaire commune Renault-Nissan. Premier jalon : le futur remplaçant du fameux Espace. Viendra ensuite le successeur de la Laguna de gamme moyenne supérieure.
Douai espère produire jusqu'à 250.000 voitures par an d'ici à la fin 2016, grâce au lancement de cinq nouveaux véhicules. Cocorico ? Non, pas vraiment. Car Douai ne fabriquait-il pas plus de 450.000 véhicules au milieu des années 2000 ? Au fond, dans le meilleur des cas, tout juste peut-on espérer que Renault et PSA maintiennent globalement leurs niveaux actuels de fabrication dans l'Hexagone. Auxquels on peut heureusement ajouter les 200.000 Toyota produites annuellement à Valenciennes (Nord) et les 100.000 Smart (Daimler) environ à Hambach (Moselle)... Piètre consolation.

Hors-la-loi

Hors-la-loi


Il ne fait plus bon être catholique en France

Les choses sont claires, désormais. Affirmer la morale traditionnelle du mariage et le respect de sa réalité est aujourd’hui une occupation dangereuse, comme en attestent les menaces de lourdes sanctions qui pèsent sur un maire des Pyrénées-Atlantiques qui entend ne pas se prêter à la mascarade d’un « mariage » gay dans sa commune d’Arcangues.
Jean-Michel Colo porte – fièrement – l’étiquette « divers droite » et c’est sans la moindre hésitation qu’il a fait savoir à la préfecture qu’il refusera, tant qu’il sera à la tête de sa commune, de répondre à la demande d’une paire homosexuelle qui y a élu domicile de profiter de la loi Taubira, « illégitime » comme dit ce Basque qui, avant d’être un « bon républicain », est « d’abord un bon Français », comme il ne craint pas de le dire. Et comme un seul homme, ses adjoints l’ont approuvé, assurant à leur tour qu’ils ne « marieraient » pas.
Si Noël Mamère pense avoir identifié là un « vide juridique » et l’absence de toute sanction possible, mise à part la suspension provisoire de sa fonction de maire de Bègles qu’il avait lui-même subie pour avoir « marié » un couple gay en 2004, il n’en va pas de même pour les hautes autorités de l’Etat, qui brandissent déjà les menaces.
La préfecture, dans un communiqué diffusé vendredi soir, a rappelé que le « droit au mariage dans la commune du domicile ou de la résidence de l’un des époux, inchangé depuis 1804, ne connaît aucune dérogation » (pauvre Napoléon). Et elle a souligné que le maire s’expose à de lourdes sanctions, précisant les peines encourues en cas de plainte du couple : Jean-Michel Colo risque « jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende », il peut être suspendu en conseil des ministres, voire être révoqué.
L’homme des lacrymos et des brutalités policières contre les « gay-sceptiques », l’Erdogan français, ministre de l’Intérieur plus zapatériste que l’ancien Premier ministre de son pays d’origine, est monté au créneau samedi : Manuel Valls a brandi la menace.
« Les lois s’appliquent partout et il ne peut pas y avoir la moindre rupture d’égalité. Évidemment, s’il y avait rupture d’égalité le procureur serait saisi. Et les élus qui ne respecteraient pas cette égalité, les lois de la République, risquent des sanctions importantes. Donc, j’espère que la raison va l’emporter là-bas comme ailleurs », a-t-il déclaré.
La raison, c’est bien sûr en l’occurrence la déesse Raison à laquelle il faut sacrifier et non cette caractéristique un peu désuète qui cherche la logique du réel pour atteindre l’expression de la vérité.
Jean-Michel Martin et Guy Martineau-Espel, les deux quinquagénaires au charme plus que discret qui mettent au défi la commune d’Arcangues de les « marier », ont annoncé qu’ils porteraient plainte contre le maire, menaçant aussi de ne plus payer d’impôts et de renvoyer leurs cartes d’électeur à Christiane Taubira, ce dont le PS ne se moquera pas.
Car la guerre est ouverte, ça y est. Le courageux Jean-Michel Colo – qui rappelle en vain l’engagement de François Hollande d’autoriser l’objection de conscience aux maires récalcitrants – est d’ores et déjà le symbole d’une résistance qu’il va falloir soutenir, et à fond. En comprenant bien que c’est de persécution religieuse qu’il s’agit. Affirmer la morale traditionnelle du mariage et le respect de sa réalité est à la portée de quiconque, mais aujourd’hui elle est d’abord et surtout affirmée par les catholiques, avec un panache grandissant : on n’oubliera pas le tweet d’encouragement admiratif de Mgr Marc Aillet au maire Colo qui, en tant que Basque, est aussi l’une de ses ouailles.
C’est maintenant, la croisée des chemins. C’est maintenant qu’il va falloir tenir bon.
Car, déjà, la clique au pouvoir serre l’étau, non sans glorifier les couples gays enfin « reconnus » : Vincent et Bruno Boileau-Autin, les « mariés » de Montpellier, sont allés passer leur lune de miel à Tel Aviv, en pleine gay pride, pour y recevoir les félicitations officielles de la municipalité, accueillis comme des hôtes de marque à l’ambassade de France, qui les a hébergés.
Conclusion, les cathos et les hommes de bonne volonté ne sont plus que des « has-been », des ringards, des hors-la-loi à ranger parmi les esclavagistes, les intégristes et les extrémistes contre lesquels la chasse est ouverte.
Ce qu’il y a de bien, c’est que le club s’agrandit.

'Des hauts-gradés de l'armée française ont envisagé un coup d'Etat'

Jean-Philippe Merchet, un journaliste français qui se spécialise sur les questions militaires, affirme sur son blog « Secret Défense » qu’un magazine militaire d’extrême droite, « la Revue de l’arsenal », exhorte les hauts-gradés de l’armée française à organiser un putsch en France, rapporte le site de la chaîne française LCI-TF1.
« Un groupe royaliste qui se revendique du printemps français appelle à un «coup de force» de la part d'officiers catholiques », écrit-il. Le déclencheur de cette insurrection serait les manifestations contre le mariage pour tous, qui auraient exacerbé le mécontentement des milieux d’extrême droite traditionnaliste catholique auxquels appartiennent ces gradés.  
La revue de l’Arsenal cite les noms de quelques militaires de l’Etat-major français : Benoît Puga, chef d'état-major particulier du président de la République François Hollande, Pierre de Villiers, major général des armées, et Bruno Dary, ancien gouverneur militaire de Paris. Selon l’article, ces généraux catholiques ont initié  un « combat » contre le « cabinet franc-maçon » du ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian. L’article regrette qu’ils n’aient pas concrétisé leur opposition par un putsch, et s’en remet à leurs subalternes : « le salut viendra des capitaines », écrit-il.
Le journal français Le Monde affirme que cette rumeur de coup d’Etat n’est pas une nouveauté, et que lors des manifestations contre le mariage des homosexuels, des « micro-cercles nourrissaient le fantasme d'une sorte de comité de salut public dont le général Puga aurait été la tête pensante et le général Dary la façade consensuelle ».
Le gouvernement français suivrait de près cette affaire, conclut le journal.