TOUT EST DIT

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lundi 21 octobre 2013

La "reprise" vue d'ailleurs : 60% des patrons étrangers anticipent une dégradation de l'économie française


Le baromètre du moral des investisseurs américains en France, publié le 15 octobre, montre que seulement 10% d'entre eux anticipent une amélioration du contexte économique en 2013.

Pour François Hollande et le Gouvernement, les mauvaises nouvelles continuent. Lebaromètre du moral des investisseurs américains en France, effectué par la « American Chamber of commerce in France » et par Bain & Cie, était publié ce 15 octobre.
Ce rendez-vous annuel est publié depuis 1999 et permet ainsi de mesurer l’attractivité de la France au regard des entreprises américaines implantées sur notre territoire. Les résultats sont édifiants.

« Une baisse significative du moral »

« Seulement 10% des répondants anticipent une amélioration du contexte économique en 2013 et 60% anticipent une dégradation » « L’attractivité de la France en tant que destination d’investissement est également en forte baisse. Moins de 13% des répondants jugent que leur maison mère a une perception positive de la France, contre 56% d’opinions favorables en 2011. »
En effet, ce qui inquiète plus n’est pas le très faible niveau de confiance mais bien l’effondrement de celle-ci sur une courte période. La confiance en la France en qualité de destination économique subissait une amélioration entre 2010 et 2011, passant de 46% à 56%. L’année 2012 marque le pas en chutant à 22% de confiance, pour finir l’année 2013 à 13%.
Les principales raisons de ce désamour sont listées ; le manque de lisibilité politique du gouvernement, un manque de prévisibilité des changements de législation, et une complexité croissante de la législation fiscale et du travail.
Les membres du gouvernement avancent régulièrement le manque de confiance des Français dans leur économie pour justifier le manque de résultats, mais il semblerait que le manque de confiance se reporte plus volontiers vers le gouvernement pour les investisseurs américains.
Le rapport va plus loin en indiquant que seuls 9% des employés des sociétés américaines recommanderaient le pays à des salariés étrangers. Le niveau d’imposition, la bureaucratie, et le climat social sont les moteurs de cette défiance. L’accès aux services de santé et le système scolaire ont par contre la faveur des personnes interrogées.
Selon les auteurs, la France dispose pourtant de points forts : qualité des infrastructures, qualification de la main d’œuvre, sa situation géographique etc., mais ils ne suffisent pas à contenir le mécontentement.
Pour finir, « les nouvelles mesures du gouvernement n’ont pas eu d’impact significatif sur l’attractivité de la France ». « De manière générale, les mesures sont vues comme n’adressant pas les sujets les plus critiques tout en renforçant l’aspect complexe et opaque de la législation française »
La chambre de commerce achève le rapport de recommandations, priant le gouvernement de bien vouloir offrir plus de lisibilité et de stabilité fiscale, de baisser le coût du travail mais également de « mieux communiquer ses réformes à l’international ».
La défiance envers François Hollande et le Gouvernement de Jean Marc Ayrault ne pourraient être exprimée plus clairement.

lundi 16 septembre 2013

Finance, banques, Etats, banquiers centraux... : 5 ans après le déclenchement de la grande crise, avons-nous vraiment compris qui était le(s) coupable(s) ?


Le premier épisode de notre série "La grande crise cinq ans après son déclenchement" se concentre sur les responsables de cette crise. Si elle est habituellement attribuée aux subprimes, ses véritables origines pourraient être plus surprenantes.


Chercher un coupable à ce qui est appelé aujourd’hui la grande récession, c’est admettre le fait qu’elle ait pu être évitée. L’Edito du « Monde » du dimanche 15 septembre 2013 nous donne une première version pour le moins moralisatrice de cette crise « Pour comprendre cet enchainement, il faut revenir aux causes de la crise. Elle était le résultat d’un cocktail explosif : la forte croissance des pays émergents, qui a sapé la compétitivité du nord ; la course à l’endettement, public et privé, qui a fait croire aux occidentaux qu’ils pourraient éternellement consommer les biens produits par d’autres, une finance folle, qui, dans le délire de l’enrichissement des traders et des martingales mathématiques, permettait de créer de l’argent à partir de rien, totalement déconnectée de l’économie réelle ». 
Cette première version peut être jointe au récit communément admis qui commence par l’explosion de la bulle immobilière américaine. Nous sommes en 2006 et les prix commencent à plonger entrainant avec eux les établissements financiers dans une tourmente qui trouvera son apogée à l’automne 2008. L’irresponsabilité des banques, leur fragilité, seront le point de départ d’une crise de « l’économie réelle » en 2009 et dont les répercussions sont encore sensibles aujourd’hui. Le sauvetage des banques par les gouvernements, la hausse du chômage seront eux responsables du surendettement massif des Etats qui à leur tour seront visés par des marchés financiers décidément insupportables.
Le problème est que cette histoire ne tient pas debout, et qu’elle ne supporte pas l’épreuve des faits. La crise immobilière américaine n’a eu que peu d’impact sur le reste de l’économie. Entre 2006 et 2008, le taux de chômage américain ne progresse que de quelques décimales, passant de 4.7 à 4.9% en deux ans. Et ce malgré une chute majeure des prix. Deux tiers de la baisse totale ayant eu lieu au courant de cette période. Les salariés retrouvent des emplois et la crise, comme il se doit, ne se limite alors qu’à ce secteur seul.
Déterminer la responsabilité de la crise, c’est se poser la question de la transmission d’une simple crise immobilière à l’ensemble de l’économie, et à la finance en premier chef.
Il ne fait aucun doute que les anticipations de hausse infinie des prix de l’immobilier ont entrainé les banques à baisser leur garde de façon inadmissible. L’empilage acrobatique des dettes risque de s’effondrer à tout moment si le sol n’est pas stable. Ce seront les banques centrales qui vont dérober le tapis sous les pieds de la finance pour transformer une crise « classique » en un évènement historique.

Decembre 2007 : L’avertissement de Frederic Mishkin à la FED

Nous sommes en décembre 2007, la banque centrale américaine se réunit afin de décider des mesures à prendre face à un ralentissement économique encore embryonnaire. Le gouverneur Frederic Mishkin prend alors la parole :
“Je suis actuellement très, très inquiet, pour ne pas dire déprimé. Ceci parce que je crois que le type de scénario négatif du « livre vert » est très probable. Il y a en particulier deux scenarii qui sont traités séparément : La crise immobilière et le « credit crunch ». Je pense que ces deux vont se produire de façon simultanée, car si les prix immobiliers baissent cela crée encore plus de problème en termes d’évaluation du risque, ce qui signifie de plus gros problèmes pour le marché du crédit, ce qui nous entraine vers un risque macroéconomique. L’économie réelle va en souffrir. L’incertitude gagne du terrain. Les écarts de crédit s’aggravent et vous obtenez un scenario noir. Cela nous mène au « credit crunch ». Ce dernier entrainera l’économie réelle et l’immobilier dans une spirale negative. »
“il y a dans les medias beaucoup de discussion à propos du « découplage » des économies. Ce qui me semble raisonnable. Mais lorsque nous parlons de finance, il y a de très bonnes raisons de penser au recouplage car une perturbation financière aux Etats-Unis a de très bonne chances de s’étendre à l’étranger ».
Lors de cette réunion ; Mishkin tente de convaincre le Board d’agir de façon conséquente, non pas au regard de la situation présente, mais en prévention de ce qui lui semble apparaître comme une catastrophe des plus probables. Mishkin propose de baisser les taux de façon abrupte pour donner un signal à l’économie : « nous avons compris ». Le Board ne suivra pas cette voie bien que son président, Ben Bernanke y semble plutôt favorable. L’influence de ce courant de pensée est alors encore minoritaire au sein de la banque centrale américaine.

Juillet 2008 : Jean Claude Trichet relève les taux en Europe

De l’autre côté de l’Atlantique, Jean-Claude Trichet reste sourd et aveugle. Il restreint même l’offre de monnaie disponible en juillet 2008 en relevant les taux directeurs. Ce qui restera sans doute comme la plus grave erreur de ce début de crise. L’économie européenne vient de comprendre qu’aucun soutien ne lui sera apporté, c’est la tête sous l’eau que démarre l’été 2008.
Les banques sont aux abois suite à ces décisions inconséquentes. Ces choix, ou absence de choix donneront un signal aux marchés financiers : l’autorité monétaire ne remplira pas son rôle. La panique prend le dessus sur toute autre considération. Ce rôle avait pourtant été défini par Ben Bernanke lui-même : stabiliser la croissance nominale (croissance dont l’inflation n’est pas encore retranchée). Celle-ci chutera dans des proportions inconnues depuis les années 1930.
Variation du PIB Nominal de la France par rapport à sa tendance longue.
Ici et pour l’exemple ; le PIB nominal de la France qui avait connu une croissance moyenne de 4% depuis 1995, et ce de façon stable comme cela est préconisé. L’année 2008 marque une rupture, l’économie française fonctionne sans filet.

Les banques centrales, quel pouvoir ?

Nous pouvons rappeler les propos du prix Nobel d’économie Paul Krugman afin d’étayer l’ampleur du pouvoir lié aux banques centrales « Si vous voulez un modèle simple pour prévoir le taux de chômage aux États-Unis pour les prochaines années, le voilà : il sera là ou Alan Greenspan (Ancien président de la Réserve fédérale américaine) le voudra, plus ou moins une marge d’erreur reflétant le fait qu’il n’est pas Dieu ».
En l’espèce, les différentes autorités monétaires avaient le pouvoir de neutraliser cette crise en annonçant simplement qu’elles ne laisseraient pas la croissance nominale s’effondrer. En donnant simplement la priorité à la croissance plutôt qu’à la stabilité des prix, chaque autorité pouvait prévenir cette crise.
C’est de cette manière que  de leurs côtés, Le Canada et la Suède éviteront les plus graves effets de la récession grâce à leurs banquiers centraux (Mark Carney au Canada, qui a depuis été recruté par la Bank of England, et Lars Svensson en Suède).
Les responsables politiques n’interviendront qu’après le déclenchement du feu. Le mal est fait et seul un rôle de pompier peut leur être attribué. Barack Obama et Nicolas Sarkozy sont en tête. La création du G20 permettra d’apporter des réponses coordonnées, l’entente des banques centrales permet tout de même d’éviter le pire. Mais à aucun moment les responsables politiques ne prendront la mesure du vide laissé à l’origine des évènements par leurs autorités monétaires respectives.
Les banquiers ont été cupides, les politiques n’ont rien vu venir, les entreprises ont été prises au dépourvu, les salariés ont subi. La macroéconomie a quant à elle échouée et Fréderic Mishkin a prouvé que les évènements restaient prévisibles, envisageables, et évitables.L’ampleur de la crise doit tout aux banquiers centraux et seuls les représentants de la Banque centrale européenne se refusent encore à entrevoir toute responsabilité dans ces évènements. Il appartient aux politiques de corriger ces erreurs, en modifiant les statuts de la BCE. Les Etats-Unis, Le Royaume-Uni, le Japon ont déjà agi en ce sens, et admis par la même la responsabilité de la « pensée » monétaire alors en vigueur.
« Le Monde » conclu son édito dédié aux causes de la crise sur des mots moralisateurs de Jean-Claude Trichet, tout en lui réservant une interview de spécialiste (ou il omet à ce propos de revenir sur sa décision de juillet 2008) « l’ancien patron de la Banque centrale européenne n’est pas le plus mal placé pour en juger ». Justement si, il l’est.

mardi 11 juin 2013

François Hollande considère que la crise de la zone euro est derrière nous : incroyable erreur de diagnostic ou hypocrisie ébouriffante?


"Il faut bien comprendre que la crise dans la zone euro est terminée", a déclaré François Hollande à l’occasion de son voyage au Japon. Sur quoi se base-t-il pour tenir ces propos ? Quels éléments allant dans ce sens peut-il invoquer ?

Nicolas Goetzmann : En premier lieu, il est tout de même préférable qu'un président en déplacement dans un important pays partenaire ait un discours positif. Personne ne souhaiterait que son discours fut "ne venez pas investir en Europe, vous vous exposeriez à de lourdes pertes".

En second lieu, il existe effectivement des éléments allant dans son sens. Les dernières statistiques "live" du mois de mai font état d'un ralentissement de la récession. Mais cela est principalement dû aux politiques de relance américaine et japonaise. Pas de quoi pavoiser finalement, et rien ne permet de promettre quoi que ce soit sur le moyen ou long terme.
Bien entendu la crise de la zone euro n'est pas terminée et l’inquiétude relative à la prochaine décision de la Cour Constitutionnelle Allemande sur le programme OMT, mis en place par la BCE, en est une preuve flagrante. Si cette décision s’avérait négative, François Hollande se retrouverait dans de beaux draps avec ses annonces de « fin de crise » parce que le risque de voir celle-ci s’emballer deviendrait inévitable.

Désirer voir aboutir les accords de libre-échange entre le Japon et l’Europe justifie-t-il de tenir un discours aussi sujet à contestation ? Pourquoi ?

Les Japonais ne sont pas dupes. Ils ont été confrontés à une crise de même type depuis plus de 20 ans et s’en sortent uniquement aujourd’hui. Que François Hollande tente de séduire les investisseurs japonais est tout de même de bonne guerre. La politique des « Abenomics » consiste à donner un accélérateur à la demande intérieure japonaise, ce qui pourrait profiter à l’économie européenne et française en particulier. Et ce malgré la baisse du Yen. Le Japon est un marché porteur pour les sociétés exportatrices et il serait dommage de ne pas essayer d’en profiter.
Ce qui était difficile à accepter lors de ce déplacement était le soutien apporté par la président à la doctrine de Shinzo Abe tout en manifestant l’impossibilité de pratiquer la même chose en Europe. Nous connaissons le problème mais on ne peut rien faire parce que ce serait aller contre les traités. Le tout est de savoir quand la pression des peuples européens sera suffisamment forte pour agir, il semblerait que le cap n’ait pas encore été franchi.

Faut-il y voir une déclaration d’ordre strictement diplomatique, ou bien François Hollande y croit-il réellement ? Qu’en déduire sur sa capacité d’appréciation de la situation économique et financière actuelle de l’Europe ?

Je ne crois pas qu’il en soit convaincu. Le simple fait qu’il ait besoin de le dire prouve bien que cela n’est pas du tout évident. Mais les remèdes apportés à la crise sont par contre une source d’inquiétude, puisqu’ils ne servent à rien. François Hollande est enfermé dans une vision de cycle économique classique alors que nous sommes plongés dans une crise monétaire, et au final une crise de structure européenne.
Lors de cette visite, François Hollande faisait part de son admiration pour les réformes japonaises, notamment via la relance monétaire. Une certaine hypocrisie voit ici le jour parce que François Hollande a été favorable à toute les étapes de la construction européenne, et notamment la perte de souveraineté monétaire. De ce fait, il devient difficile de critiquer ce que l’on a contribué à mettre en place. Nous pouvons lui donner le droit de changer d’avis et d’agir en ce sens, ce serait même une recommandation s’il voulait véritablement pouvoir annoncer la fin de la crise de la zone euro.

Comment les hommes d’affaires du monde entier qui étaient présents ce jour-là ont-ils pu interpréter cette déclaration ? Quel est le message « crypté » qui se cache derrière ?

Je ne vois pas de message crypté, tout au plus un discours maladroit. Il aurait tout de même été préférable d’annoncer la prise de conscience de la problématique actuelle, à savoir la politique menée par la BCE, et d’annoncer une réforme en ce sens. En lieu et place de cela, aujourd’hui comme hier, tout investisseur présent peut légitimement avoir quelques doutes sur les actions qui seront menées dans la zone euro. De plus, l’incapacité actuelle d’avoir une ligne commune avec l’Allemagne est un problème majeur. D’autant qu’il va tout de même falloir un  jour convaincre les Allemands que la politique de stricte stabilité des prix envoie tout le monde dans le mur. 
Mais il me semble que les marchés financiers reflètent bien cette situation. La faiblesse des marchés européens est à mettre en perspective avec les records enregistrés par la bourse américaine et l’envolée du Nikkei depuis l’automne dernier. Les investisseurs sont faiblement présents dans la zone euro car la politique de la BCE ne permet pas une sortie de crise à long terme. Les marchés ne sont pas parfaits mais ils reflètent tout de même l’appréciation actuelle des investisseurs sur l’avenir d’une zone économique.