TOUT EST DIT

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samedi 22 juin 2013

Le cri des peuples


les mouvements de contestation populaire qui se multiplient à travers la planète gomment, par leur répétition et leur accélération, toute idée même de hasard. Les régimes politiques en place sont différents, les causes de l’insurrection aussi, mais les germes de la colère sont partout identiques.
Des printemps arabes d’il y a deux ans aux manifestations monstres qui secouent le Brésil, en passant par le courant des indignados espagnols et les émeutes de la place Taksim, se construit une internationale de la révolte. Une chouannerie 2.0 qui a pour caisse de résonance la sphère des réseaux sociaux et pour ressort l’exaspération des catégories sociales les plus défavorisées. Ce qui s’exprime ici, c’est le cri des laissés-pour-compte du siècle naissant, qui étaient aussi ceux du précédent. Ceux qui se débattent dans un monde parallèle aux frontières de la misère et subissent de plein fouet la violence des crises et celle de la société.
Par-delà les points de fixation ponctuels qui mettent le feu aux poudres (ici l’abattage d’arbres dans un parc public, là l’augmentation des prix du bus ou la gabegie liée à la Coupe du monde), domine un ras-le-bol généralisé contre la classe politique et ses privilèges. L’impression de n’être que des machines à légitimer des élites de plus en plus déconnectées de la réalité. Ce n’est ainsi pas un hasard si ces révoltes se font hors des mouvements traditionnels d’opposition que sont censés être les syndicats ou les partis politiques. Elles sont d’autant plus imprévisibles et difficiles à juguler.
Ce qui se passe actuellement dans les rues de São Paulo ou de Rio n’est que la poursuite d’un processus engagé ailleurs et dont personne ne peut prédire l’impact qu’il aura sur nos sociétés. Les dirigeants du Parti des Travailleurs, au pouvoir depuis dix ans au Brésil, auraient tort de ne voir là qu’un feu de paille qui s’éteindra de lui-même. On ne calme pas les peuples en ne leur donnant que des jeux, il leur faut aussi du pain.

mercredi 12 juin 2013

Le tonneau des Danaïdes

Le tonneau des Danaïdes


1995, 2003, 2010, 2013… L’accélération du calendrier des réformes sur les retraites dit à elle seule l’urgence d’une situation qui ne cesse de se dégrader. Elle souligne tout autant la faible portée des mesures adoptées ces vingt dernières années qui n’ont bien souvent consisté qu’en un poreux colmatage, repoussant sans cesse le moment de trancher dans le vif.
Il faudra pourtant bien se résoudre un jour à en finir avec cet illusionnisme collectif nourri à crédit. Le pays ne pourra faire l’économie d’une vraie réforme structurelle s’il veut assurer la pérennité du système. Même admissible par tous, l’allongement de la durée des cotisations ne peut pas être une solution suffisante à très long terme.
Cette restructuration globale, qui pourrait emprunter à d’autres systèmes européens, n’est pas pour demain. Ni pour septembre prochain d’ailleurs puisque les propositions du rapport Moreau sont une fois de plus prises dans l’urgence et donc grosso modo calquées sur celles de 2010. En nettement plus radical et un peu plus équitable aussi, avec notamment la fin du tabou sur le traitement des fonctionnaires qui était une injustice flagrante, quoi qu’en disent les syndicats.
François Hollande espérait secrètement faire l’économie de cette question des retraites, surtout après une première année de gouvernement économiquement et socialement extrêmement difficile. La réforme Woerth de 2010, celle qui a conduit des mois durant des centaines de milliers de personnes dans les rues, était en effet censée ramener l’équilibre à l’échéance 2020 et il était tentant d’y croire. Trois ans plus tard, on parle d’un déficit de 20 milliards d’euros à cet horizon-là et tout est à refaire…
S’engager sur cette même voie est donc particulièrement risqué pour le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Pas seulement parce qu’elle est impopulaire, mais surtout parce qu’à long terme elle est inefficace.

mardi 4 juin 2013

Le guide du moutard


Après la lutte contre les paradis fiscaux, la loi sur le mariage pour tous ou bien encore la refondation scolaire, voici donc venir le temps de la politique familiale. Sujet hautement sensible qui a le don de mettre la population à fleur de peau et qui pourrait même se révéler explosif dans le contexte actuel. Les braises de la contestation contre le mariage pour tous sont encore chaudes et les six derniers mois ont montré qu’une frange de la société était prête à se mobiliser fortement contre tout ce qui pouvait apparaître comme une atteinte à la famille.
La réforme proposée aujourd’hui devrait toutefois éviter cet écueil-là. Timorée et minimaliste, on peut aussi dire réaliste si l’on veut, elle est aux antipodes de la révolution annoncée par le candidat Hollande lors de la dernière campagne quand il envisageait de supprimer purement et simplement le quotient familial pour le remplacer par un crédit d’impôt. Une mesure emblématique qui aurait contribué à transférer 3,5 milliards d’euros des plus riches vers les plus pauvres. À l’époque il n’était pas question pour l’État de faire des économies mais de redistribuer l’intégralité des fruits de cette réforme. La situation économique du pays en a décidé autrement. Les idéaux survivent rarement à la réalité.
Il faut trouver d’urgence de quoi remplir les caisses et les allocations familiales constituent un moyen comme un autre de boucher les trous. Aujourd’hui, il n’est donc plus trop question de symbole mais d’espèces sonnantes et trébuchantes, un milliard nous dit-on, ce qui n’est pas rien.
Une « modulation », selon le doux euphémisme usité, qui passera sans doute par le plafonnement du quotient familial. Une mesure qui adoucira la note et ne remettra pas en cause l’universalité des allocations, sujet tabou depuis 1945 et sur lequel le gouvernement Jospin s’était cassé les dents il y a 15 ans. François Hollande a de la mémoire.

vendredi 24 mai 2013

Ressources humaines


Le rapport de la Cour des comptes tombe à pic pour Vincent Peillon. Même s’il a dû se racler la gorge en lisant que 60 000 profs en plus ou en moins, finalement, ça ne changeait rien à la donne alors que l’on sait pertinemment que la diminution du nombre d’enseignants pèse mécaniquement sur la qualité de l’apprentissage, il n’aurait pu rêver meilleur prospectus promotionnel. En dehors de cette ligne qui va compter à l’heure des arbitrages budgétaires, tout est parfait. À commencer par le timing.
Six mois après avoir été confronté à l’inévitable fronde des enseignants et syndicats qui suit immanquablement toute tentative de réforme, il n’a ainsi pas eu à pousser très loin l’exégèse pour trouver, au fil des pages, le réconfort dont il avait besoin en ces temps hostiles.
Avec ce rapport, il possède désormais un instrument de poids, moral et chiffré, à opposer aux blocages corporatistes qui fonctionnent comme autant de verrous autour d’une chambre forte.
Car les sages n’ont pas fait que réaffirmer des vérités certes connues mais qui restent toutefois largement taboues et méritent donc d’autant plus d’être dites. Leur démonstration en creux valide quasiment point par point le projet de “refondation” scolaire du ministre déployé à la rentrée dernière.
Elle relève notamment que si la France pointe au 18e rang (sur 34 pays membres de l’OCDE) pour la performance de ses élèves, ce n’est pas parce que les profs sont nuls, toujours en grève ou en vacances mais tout simplement parce que le système scolaire lui-même n’est pas correctement « configuré » à la base. Qu’il reproduit depuis trente ans les mêmes erreurs structurelles en n’exploitant pas idéalement les formidables richesses humaines dont il dispose et qu’il ne correspond ni aux attentes, ni aux besoins des enseignants et des élèves. En clair qu’il est inadapté, l’État et son ministère de l’Éducation nationale se comportant comme un DRH has been incapable d’optimiser les ressources humaines de son entreprise.
Ce constat conforte de facto les desseins du ministre qui a prévu, à l’automne, d’entamer une grande discussion sur les métiers de l’enseignement. Et justement de remettre la formation des professeurs et l’humain au centre du dispositif. La vie est décidément bien faite…

lundi 6 mai 2013

Télé réalité

Télé réalité


Le temps politique n’est pas toujours celui de la communication, c’est entendu, mais il arrive que les deux coïncident parfaitement.
Sauf à se laisser submerger par les discours contestataires et à finir noyé sous les démonstrations de force de l’extrême droite, de l’extrême gauche et de tous les mouvements anti-quelque chose qui battent le pavé en ce mois de mai, Jean-Marc Ayrault se devait donc de réagir.
Il lui fallait urgemment occuper l’espace et reprendre la main. Histoire de réduire les slogans hostiles et les coups de menton de Mélenchon ou de Le Pen au rang de gesticulations. Et de réaffirmer, comme chaque Premier ministre avant lui, qu’il gardait le cap, que la route était droite mais la pente forte, que de profondes réformes avaient été entamées et que rien ne viendrait saper sa détermination, ce genre de formules toutes faites qui passent bien au journal de 20 h.
Quand la pression devient trop forte, il s’agit de desserrer l’étreinte. C’est une règle physique et politique intangible.
Sur la forme, Jean-Marc Ayrault s’est donc sans surprise évertué à donner l’image d’un homme pugnace. Martelant la notion de croissance comme un mantra et donnant, avec le projet de réduction de la participation de l’État dans certaines entreprises publiques, un sacré os à ronger aux commentateurs pour les prochains jours.
Au moment même où le « gros mot » de nationalisation resurgissait du côté de Saint-Nazaire après avoir été dans la bouche de Hollande à Florange, le message n’est évidemment pas anodin. Il dit l’air de rien que ce gouvernement, qui se veut celui de la « réalité » et qui continue à nier la notion même d’austérité, a sensiblement accentué son inclinaison libérale.
C’est une information qui plaira beaucoup à Bruxelles. Beaucoup moins du côté de l’électorat du PS et de ses alliés.

vendredi 26 avril 2013

Premier pas

Premier pas


Par un curieux glissement sémantique dont la communication politique et l’époque ont le secret, la trahison d’un ministre a donc accouché d’un projet de loi, rédigé en urgence, sur la transparence. A priori, le rapport n’est pas de première évidence puisqu’on voit mal en quoi le fait d’avoir publié son patrimoine aurait empêché Jérôme Cahuzac de mentir et de dissimuler ses revenus au fisc, mais admettons.
Dans une aussi vieille démocratie que la nôtre, l’opacité est un archaïsme qui n’a plus sa place. Et toute initiative visant à rendre un peu plus transparente la vie politique et publique est bonne à prendre. Même si on peut en l’espèce regretter la modestie de l’ambition. On n’est d’ailleurs pas obligé de se pâmer à l’énoncé des termes « moralisation » et « tournant pour les institutions » destinés avant tout à éteindre l’incendie allumé il y a trois semaines.
Quant à véritablement réformer la vie publique, c’est encore autre chose. Il faudra plus que cette loi, nécessaire certes mais largement insuffisante, pour changer de paradigme. Elle ne peut et ne doit être que le premier mouvement, l’acte fondateur d’une action plus profonde. Sauf à rejoindre au cimetière des espoirs déçus les rapports Sauvé et Jospin, pour ne citer que les deux dernières d’une longue liste de bonnes intentions.
Pour moraliser des pratiques d’un autre temps, il faudra aller bien plus loin. Ne plus se contenter de vérifier le patrimoine des élus, mais contrôler leurs revenus et ceux de leurs conjoints, seule façon de débusquer l’enrichissement sans cause.
Il faudra aussi traquer les conflits d’intérêts, en finir avec les paradis fiscaux qu’aucun État au fond ne veut voir disparaître, mettre en place une véritable politique de coopération européenne et, surtout, donner les moyens à un réel et démocratique organe de contrôle de travailler sans pression ni freins.
Le chemin est encore long, mais l’important était de commencer à se mettre en marche.

jeudi 25 octobre 2012

Couacophonie !

Couacophonie ! 


Pour une opposition en reconstruction et même en totale quête de repères, le gouvernement Ayrault est une véritable bénédiction. Même quand il ne se passe rien, il y a toujours matière à tirer profit de quelque chose. À condition évidemment de gonfler ses joues, façon chanteur d’opéra, et de savoir sursignifier l’indignation, ce qui est un exercice de style minimal en politique.
Ici, c’est un ministre qui s’en va jouer les francs-tireurs sur la question de la dépénalisation du cannabis, là, un autre qui pense tout haut ce qui se trame tout bas avant de se faire rabrouer sans ménagement, ailleurs, un troisième qui recule en rase campagne devant une armée de volatiles. Jusqu’au premier d’entre eux donc, en proie à une subite crise de fièvre à l’assemblée, mardi, avant de se prendre brutalement les pieds dans le tapis hier matin. Une vraie faute morale qui restera comme une estafilade parce qu’elle touche à ce que le pays a de plus intouchable, le respect des institutions, et parce que la gauche s’est longtemps posée en donneuse de leçon à ce sujet.
Depuis, dans les couloirs de l’Assemblée, c’est haro sur Ayrault. L’hallali, la révolte des janissaires à Istanbul, la bataille de Navarin, le scandale du Watergate, rien de moins.
Résumer cette passe d’armes sur fond de protocole juridictionnel à une simple question de postures serait cependant une erreur. Les couacs à répétition de la majorité depuis la rentrée, ses hésitations et ses reculades ont induit le doute sur ses capacités à mener les réformes nécessaires et attendues.
Alors que la période et la situation du pays exigent une action résolue et décidée, c’est au contraire le sentiment d’une grande confusion qui domine. Après avoir été accusés d’immobilisme, François Hollande et son équipe sont désormais taxés de précipitation et même d’amateurisme. Le malaise est là, y compris chez les membres de la majorité. 
Un luxe que personne ne peut se permettre.

dimanche 14 octobre 2012

L’homme qui sauva le monde

L’homme qui sauva le monde 


il y a cinquante ans, le monde avait un pied dans le vide, autant dire dans la tombe, et ce souvenir résonne étrangement alors que s’entrechoquent les rumeurs du trépas de Fidel Castro et la peur grandissante de l’émergence de la bombe iranienne.
C’est comme si, en un demi-siècle, l’humanité n’avait finalement pas appris grand-chose, et comme si l’équilibre ne pouvait qu’être celui de la terreur. Les blocs se sont déplacés, fragmentés, les échanges internationalisés, la menace de l’atome s’est dispersée, mais le monde reste à la merci d’un Docteur Folamour ou d’un despote illuminé.
Il faut donc continuer à faire confiance à l’homme. Il n’existe pas d’autre option. La crise de Cuba et son dénouement miraculeux nous rappellent qu’il suffit parfois que l’un d’entre nous, même le plus anonyme, se dresse pour éviter le pire qui n’est après tout jamais sûr.
Le 27 octobre 1962, au large de Cuba, l’apocalypse se serait déchaînée si Vassili Arkhipov, commandant en second d’un sous-marin russe équipé d’ogives nucléaires, n’avait pris le destin de la planète en main. Alors que son bâtiment avait franchi la ligne de blocus et se trouvait bloqué par onze navires américains, Arkhipov a refusé d’exécuter l’ordre de tir qui lui était donné. Il a choisi de refuser, au péril de sa vie, d’entraîner l’humanité dans une Troisième Guerre mondiale.
Il faut, pour prendre la mesure du courage de ce jeune homme, l’imaginer faisant face à deux supérieurs, au fond de l’océan, dans une chaleur étouffante. Se représenter la peur qui suinte parmi l’équipage, entendre les plaintes d’acier du sous-marin et les échos des bombes larguées par les bateaux en surface résonnant tels des craquements d’artillerie légère.
Il faut regarder cet homme refuser avec une obstination kominternienne de condamner le monde. C’est une bonne façon de continuer à espérer.
Cette histoire est restée secrète pendant quarante années, et Vassili Arkhipov, décédé en 1999 dans l’anonymat le plus complet, n’a jamais reçu le prix Nobel de la paix. Il mérite au moins, en cette date anniversaire, de rester dans les mémoires.

lundi 17 septembre 2012

Démocratie interne 2 


Les campagnes électorales internes ont ceci de formidable qu’elles constituent toujours un grand moment de réjouissance pour le parti adverse. En même temps qu’une source inépuisable de petites phrases à collecter et à recycler, plus tard, lors de joutes autrement plus conséquentes.
François Hollande, affublé par Mélenchon d’un costume de capitaine de pédalo régulièrement retaillé par la droite en sait quelque chose. Comme le morceau de scotch collé aux doigts de Haddock dans Tintin, l’anathème confraternel est encombrant et il est difficile de s’en débarrasser.
Après le PS et ses primaires acerbes, voilà ainsi l’UMP confronté à ce délicat et périlleux exercice qu’est la démocratie interne. Avec des candidats par essence sur la même ligne idéologique mais qui doivent réussir le tour de force de se démarquer sans s’en écarter. Tout en ayant bien conscience que, vainqueurs ou vaincus, ils devront par la suite composer avec leurs adversaires du jour. Il s’agit donc de rester modeste dans le dénigrement pour ne rien hypothéquer. Il s’agit aussi et surtout de ne pas se tromper de cible et encore moins de message.
Car l’heure n’est pas à la reconstruction, à la refondation ou au renouveau - on appelle ça comme on veut - d’une UMP ébranlée par l’enchaînement des défaites et orpheline de son chef. Elle n’est même pas au rassemblement. Ce sera pour plus tard.
Dans cette campagne, il n’y a pour le moment pas d’horizon fulgurant en vue, simplement des ambitions personnelles qui s’affrontent, des stratégies qui se heurtent entre candidats unis par des liens de chamailleries et des relations grincheuses. C’est l’exercice qui veut ça.
La campagne en cours ne s’adresse qu’aux quelque 260 000 adhérents, plus radicaux que les sympathisants, et ce sont eux qu’il faut séduire, personne d’autre. François Fillon et Jean-François Copé l’ont bien compris. Ils savent qu’ils doivent coller, non pas à l’air du temps, mais aux inclinaisons et aux états d’âme de leur base. Et qu’ensuite seulement ils pourront prendre de la hauteur.

mardi 28 août 2012

Au front, à droite

En politique, le présent est la seule connaissance qui soit vraiment utile. La mémoire ne pèse rien ou si peu, aux États-Unis encore un peu moins qu’ailleurs, semble-t-il.
Pour Mitt Romney, cette dictature de l’immédiat est une bénédiction. Elle lui permet de déplacer radicalement l’axe d’une campagne qui en manquait cruellement et de mettre la barre «à droite toute!» sans craindre de faire chavirer le bateau républicain.
À un tout petit peu plus de deux mois de l’échéance, ce changement de cap est audacieux mais à double tranchant. Il peut aussi bien rallier les déçus d’Obama qu’effrayer les électeurs indépendants ou modérés.
En attendant, l’extrémisation de son programme dans des proportions encore jamais vues depuis un siècle chez un candidat du «Great Old Party» a relancé une campagne qui patinait dangereusement. L’ancien gouverneur du Massachusetts a cloué le bec à ceux qui le disaient trop mou, trop flou, sans envergure. C’était son premier objectif.
Avec l’idole des partisans du Tea Party, Paul Ryan, comme colistier, il a choisi de s’allier la frange la plus dure de son mouvement, celle qui ne reculera devant aucun sacrifice humain pour arriver à ses fins. En même temps, il a posé sur la table la question du choix de la société à laquelle aspirent les Américains. Le 6 novembre, ce n’est pas seulement entre deux hommes que les électeurs devront choisir, mais entre deux programmes et deux visions du monde que tout oppose.
Privatisation des assurances santé pour les plus âgés, réduction du rôle de l’Etat à ses basiques fonctions régaliennes, baisse des impôts pour les plus riches, interdiction de l’avortement même en cas d’inceste et de viol: tout cela est annoncé et assumé par le ticket républicain. Et qu’importe que Romney lui-même ait mis en place hier dans son Etat le système d’assurance-maladie qu’il entend démolir demain au niveau fédéral, ou qu’il ait défendu les droits des femmes et des homosexuels. On le sait, ce n’est pas la girouette qui tourne, mais le vent. Et celui du moment vient clairement de la droite.

vendredi 17 août 2012

Le nouveau procès de Moscou 

Pour Vladimir Poutine, la liberté est une émeute. Dans son monde comme dans son vocabulaire, il n’existe ni malfaiteurs légers ni délits. La contestation, quel que soit son degré, a automatiquement valeur d’acte criminel.
Le procès intenté à ce trio de punkettes érigé en ennemi public n°1 n’est ainsi que le nouvel avatar d’une politique intérieure brutale comme un fouet. Basée sur la répression, la crainte et l’étouffement, et qui a besoin de temps en temps d’exemples pour que la société ne l’oublie pas.
Après la journaliste Anna Politkovskaïa, l’oligarque Mikhail Khodorkovski, le blogueur Alexeï Navalny et d’autres encore, c’est au tour des Pussy Riot de faire office de « piqûres de rappel ». Il ne faut pas occulter cette symbolique dimension-là.
Ridicule, ce procès ? Disproportionnées, les peines encourues ? Du point de vue de l’Occident peut-être, pas de celui de Poutine. L’ancien colonel du KGB sait parfaitement ce qu’il fait et à qui il s’adresse. Et il est illusoire de penser qu’il est aujourd’hui le moins du monde embarrassé par la publicité donnée à cette affaire. Au contraire, cela renforce encore son image d’homme fort.
Qu’importe en effet que l’opinion internationale pousse des cries d’orfraie à chacune des atteintes portées aux droits de l’homme, c’est sans valeur pour le maître du Kremlin. Il sait que le monde ne peut composer sans lui, qu’il est intouchable hors de ses frontières.
Il sait aussi, et le vent du printemps arabe le lui a rappelé, que paradoxalement plus aucun despote n’est à l’abri chez lui. Ce qui l’a incité à resserrer encore l’étau d’un cran.
Avec ce procès, il entend ainsi réaffirmer sa totale emprise sur la société russe, sur les tribunaux et la puissante Église orthodoxe, supplétifs zélés du régime. Le peuple doit comprendre et surtout accepter que sa seule liberté est de se taire, qu’il n’existe aucune place pour la contestation.

lundi 13 août 2012

La flamme éternelle 

Un jour viendra où les articulations d’Usain Bolt grinceront, où Thierry Omeyer n’aura plus du tout de cheveux tandis que Stephen Kiprotich lacera les chaussures d’un gosse sur une piste en latérite d’Ouganda en lui expliquant à mi-mots comment remporter le marathon et vaincre les Kenyans.
Un jour viendra où un gamin d’ici ou d’ailleurs devenu champion olympique expliquera la gorge serrée que sa vocation est née un soir d’août 2012. Qu’il se souvient de son père qui se lève d’un bond, hurle, embrasse ses copains comme du bon pain, qui pleure peut-être parce qu’une émotion, ça ne se maîtrise pas.
Il dira que cette nuit-là il n’a pas pu s’endormir et que mille fois il s’est vu, lui, ce môme d’Alsace, de Jamaïque ou d’Ouganda, embrasser la médaille qui pend aujourd’hui à son cou, acclamé par tout un stade. Il prononcera les noms de Bolt, Omeyer, Kiprotich, Phelps ou Riner, parlera de bonheur. Reprendra sans le savoir les mêmes mots que les athlètes de ses rêves. Il aura l’or heureux.
Les pages des journaux auront jauni mais la légende est comme la flamme des Jeux, elle ne s’éteint jamais. Elle se transmet de génération en génération avec la même force. Vacillante parfois, incandescente toujours. Ce fut le cas à Londres, ce le sera à Rio dans quatre ans.
Bien sûr, toutes ces médailles ont leur revers. Dans les jours, les mois et les années qui viennent, l’euphorie va s’atténuer puis disparaître.
Les Anglais vont se retrouver avec une sale facture à régler et les retombées économiques vendues par le gouvernement ne seront pas à la hauteur. Quelques cas de dopage vont surgir, quelques comptes se régler au sein de certaines fédérations jugées non performantes. Contrairement aux idées reçues, l’important n’est plus depuis longtemps de participer, on le sait bien.
Mais ces Jeux, parfaits en tout point, c’est-à-dire avec leur lot de petites tricheries et de gros scandales, d’exploits, d’émotions et de doutes, auront fait naître des étincelles. De celles qui donnent naissance aux flammes.

mercredi 8 août 2012

Souffle meurtrier 


C’est un vent mauvais qui souffle sur le «milieu» de l’île de Beauté et qui balaye tout sur son passage. La pègre est un monde sans pitié où l’on assassine ses propres légendes.
Au-delà du sanglant et tristement banal fait divers, le meurtre de Maurice Costa dit quelque chose d’un rapport de force qui s’inverse, d’un pouvoir occulte qui change de mains. L’époque est aux bouleversements, et dans ce monde-là, ils sont forcément violents.
Elle marque en tout cas clairement la fin des parrains corses, représentants de la seule forme de crime organisé née sur notre sol et qui régnait depuis la Première Guerre mondiale sur le grand banditisme français.
Ces gangsters mythifiés par le cinéma et la télévision, qui naviguent aux confluents de la voyoucratie, de la politique et des affaires, se sont longtemps crus intouchables. Ils l’ont été. Ce n’est plus le cas.
Dans le fracas des armes tombent ainsi les uns après les autres les «Beaux mecs», comme les appellent les policiers. À commencer par les membres de la mythique bande de la «Brise de mer» qui tenaient la Haute-Corse, les machines à sous et les cercles de jeux parisiens. Costa est le onzième de ces braqueurs de haut vol à avoir mordu la poussière ces quatre dernières années.
Dans une société d’ordinaire frappée de surdi-mutité, les langues ont commencé à se délier. Et les règlements de comptes à se poursuivre.
Plus personne n’est à l’abri, même pas les «bergers braqueurs» de Venzolasca, au sud de l’île, dont le chef, Ange-Toussaint Federici, considéré comme l’un des derniers hommes forts du milieu, est en prison.
Ces changements marquent sans doute anecdotiquement l’émergence d’une nouvelle génération de gangsters plus crâne-au-feu et moins «embourgeoisés» que leurs aînés. Ils soulignent surtout le retour dans la partie des nationalistes du FLNC qui ont déclaré la guerre à la mafia corse depuis l’assassinat de l’un des leurs en juin 2011.
Pendant ce temps-là, l’État français, impuissant, compte les points. Comme il le fait depuis quarante ans.

vendredi 6 juillet 2012

La clé de l’univers 


On le sait désormais : la science est capable de trouver une aiguille dans une botte de foin. Elle peut bousculer Dieu, ou l’idée que l’on s’en fait ce qui revient finalement au même, et le Diable qui aime tellement se cacher dans les détails et qui n’est plus à l’abri nulle part.
En validant une théorie élaborée il y a un peu plus de cinquante ans, la découverte du « Boson de Higgs » ouvre un champ infini. Infiniment petit, ce qui en physique quantique est paradoxalement la promesse d’immenses horizons.
Il s’agit en effet là d’une découverte fondamentale. Comparable à celle de Newton établissant la loi universelle de la gravitation au XVIIe siècle, nous dit-on.
Pas étonnant que les scientifiques en parlent comme les Vénitiens devaient autrefois parler de la Canée. Qu’ils évoquent le « chaînon manquant de l’univers », le « Graal » ou bien encore la poétique mais un tantinet blasphématoire « particule de dieu ».
Du coup, ce matin, on se sent tout penaud de s’être levé et couché tant de fois sans jamais imaginer un seul instant qu’autour de nous flottait un tel parfum de mystère. Sans même jamais ne serait-ce que soupçonner l’existence de cette mondialement célèbre particule, sans laquelle nous ne serions pas.
Pour le commun des mortels, la dimension de l’annonce faite hier reste difficilement appréciable. Mais elle a déclenché une telle vague d’euphorie dans un monde d’ordinaire tout en retenue qu’on veut bien croire qu’il s’agisse là d’un moment historique. Historique à 99,999 %, le scientifique étant un homme par nature prudent et qui ne s’engage pas à la légère.
Si les plus grandes aventures se racontent mal, celle-ci a en revanche tout pour nourrir les épopées et l’imaginaire. L’univers est le dernier espace à conquérir et on y a posé le pied.

mercredi 30 mai 2012

L’horreur au quotidien 


Il arrive un moment où les mots, comme les chiffres d’ailleurs, n’ont plus de sens, plus de rapport avec la réalité. Les 108 morts de Houla ne sont qu’une ligne de plus dans le décompte d’une quotidienne horreur syrienne à laquelle on a fini par s’habituer. On s’habitue à tout, la barbarie est tellement fastidieuse.
Scrupuleusement, les pays occidentaux tiennent les chiffres à jour : 13 000 morts en 14 mois, sans compter les estropiés à vie, les orphelins et les enfants torturés. Régulièrement, leurs dirigeants s’indignent, dénoncent, condamnent, s’émeuvent. Tout ça est parfait mais ne dit plus rien. Seules aujourd’hui les images parlent encore.
Et les images, ce sont celles, visibles ces dernières heures sur internet, qui montrent des dizaines de petits linceuls blancs alignés dans des fosses communes et des crânes de gosses défoncés. La réalité syrienne c’est celle-là et elle est insupportable. Comme l’inaction de la communauté internationale dans laquelle on inclut évidemment la Ligue arabe.
Tant que les grandes démocraties se contenteront de condamner en termes diplomatiques ses exactions, Bachar al-Assad poursuivra son œuvre d’auto-destruction. Pourquoi s’arrêterait-il ? Il avait fallu des semaines de bombardement sur la Libye et une conséquente aide matérielle et stratégique aux insurgés pour que Kadhafi finisse par lâcher prise. Pourquoi en serait-il autrement cette fois ?
Il y a toutefois paradoxalement un (faible) message d’espoir dans l’atroce escalade de ces derniers jours. Ce regain de violence montre que le régime syrien est à un tournant, qu’il lui faut rapidement emporter la partie. Donc, selon son interprétation, répondre à l’insurrection par l’épouvante.
Le vent est peut-être en effet en train de tourner. Bouclier de protection de la Syrie, la Russie semble sur le point de lâcher du lest. Hier, pour la première fois à notre connaissance, elle a affirmé, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, qu’elle ne soutenait pas le pouvoir d’al-Assad, mais le plan de Kofi Annan. Certains très au fait du langage diplomatique y ont vu une porte entrouverte.
Il arrive un moment où les mots n’ont plus de sens c’est vrai, mais c’est parfois la seule chose à laquelle se raccrocher.

mercredi 21 mars 2012

L’exercice de l’État 

L’odieuse tuerie de Toulouse ne sera pas sans effet sur la course à la présidence. Le choc a été trop violent et le traumatisme collectif est trop profond pour que les candidats à l’élection poursuivent leur chemin sur le même mode conflictuel et reviennent aux dérisoires chicanes domestiques qui ont émaillé le début de campagne.
Ils vont devoir prendre de la hauteur, prouver qu’ils ont les épaules pour endosser le costume de chef de la nation. C’est dans l’épreuve dit-on que l’on reconnaît les hommes d’État. Et celle-ci est de taille.
La difficulté de la tâche est à la hauteur de l’immense émotion qui a traversé le pays ces derniers jours. Dans un contexte aussi douloureux et aussi anxiogène puisque l’assassin court toujours, il est en effet tentant de mettre une intention politique derrière chaque phrase, à l’ombre de chaque geste.
Qu’un candidat soit un peu trop dans l’émotion justement et il sera aussitôt accusé de vouloir récupérer le drame à son profit. Qu’il soit trop détaché et on le soupçonnera de ne pas prendre la mesure de la situation, l’absence l’engloutira alors.
Pour tous, la marge de manœuvre est étroite, l’exercice périlleux. Si près de la ligne d’arrivée, le moindre dérapage ne pardonnera pas.
Tout à l’heure à Montauban, les principaux candidats s’inclineront devant la dépouille des parachutistes, premières victimes du tueur. Ils y seront, malgré les déclarations officielles, en campagne, mais ils y seront à leur place.
Affirmer que la course à la présidence a été mise entre parenthèses ces derniers jours sous prétexte de quelques passages télévisés reportés n’a que le sens d’une formule de circonstance. Un délai de décence a été respecté, rien d’autre. Il était nécessaire pour être en phase avec l’instant.