L'équipe de campagne de François Hollande a annoncé ce soir la création en son sein d'un "observatoire des déplacements du président" Sarkozy afin de "contrôler que le président, dans la période précédant l'annonce éventuelle de sa candidature" à la présidentielle respecte la réglementation en vigueur.
Dans un communiqué, Daniel Vaillant, mandataire de la campagne de François Hollande, et Pascal Terrasse, président de la commission de contrôle financier du PS, expliquent que "soucieux de l'équité démocratique entre tous les candidats à l'élection présidentielle, cet observatoire aura pour mission essentielle de contrôler que le président, dans la période précédant l'annonce éventuelle de sa candidature à la prochaine élection, s'en tienne au respect rigoureux de la réglementation en vigueur concernant les comptes de campagne".
"Toute infraction à ces principes, et notamment l'exposition éventuelle d'éléments d'un programme du futur candidat, préviennent-ils, fera l'objet d'une saisine de la Commission Nationale des comptes de campagne (CNCC) afin qu'elle puisse vérifier que +les dépenses réalisées avant la déclaration officielle ou l'investiture+" et supportées par + la collectivité publique (l'Etat, au cas particulier) + ont bien été réintégrées dans les comptes de campagne déposés par le candidat à l'issue de la campagne".
Pour justifier leur démarche, ils mettent en avant l'avis mercredi de la CNCCFP qu'ils avaient saisie. La commission avait estimé qu'une partie du coût des déplacements du chef de l'Etat pourrait être intégrée à son compte de campagne s'il était "amené à exposer les éléments d'un programme de futur candidat" avant sa déclaration de candidature.
"Si au cours de ces manifestations auxquelles il participe dans la période précédant l'annonce éventuelle de sa candidature à la prochaine élection", le chef de l'Etat "est amené à exposer les éléments d'un programme de futur candidat, le coût de l'organisation de ces manifestations devrait être réintégré ultérieurement au compte de campagne, en tout ou partie", avait écrit François Logerot, président de la commission, dans sa réponse aux représentants de François Hollande.
samedi 17 décembre 2011
PS: déplacements de Sarkozy observés
vendredi 16 décembre 2011
Fais-moi l'amour, sinon je divorce !
La cour d'appel d'Aix-en-Provence a condamné, en mai, un homme au divorce à ses torts exclusifs au motif qu'il ne faisait pas l'amour avec sa femme. Pour Daniel Borrillo, cela n'a rien d'extraordinaire et cela fait partie des vestiges canoniques du droit civil qu'il dénonce depuis longtemps Quand le sexe est régi par le droit du mariage.
Un récent arrêt de la cour d'appel d'Aix-en-Provence condamne un homme au divorce à ses torts exclusifs et à verser 10 000 euros de dommages et intérêts à son ex-épouse au motif qu'il ne lui a pas assez fait l'amour durant leurs vingt et un ans de mariage. Mais comment, dans un Etat démocratique, en sommes-nous arrivés là ?
En France, jusqu'à la Révolution, les noces sont de la compétence exclusive de l'Eglise et si, en 1787, Louis XVI instaura, avec l'édit de tolérance, une forme embryonnaire de mariage civil, il a fallu attendre la Constitution de 1791 pour que le mariage soit considéré comme une institution laïque. Nous sommes cependant face à un paradoxe, car si, dans le texte de la loi civile, le processus de laïcisation de l'institution matrimoniale semble achevé, la jurisprudence (et une partie de la doctrine des juristes) ne fait que prolonger la tradition canonique. En effet, le mariage continue à être considéré, de nos jours, comme un remède contre les débordements sexuels et devient l'espace symbolique de la sexualité socialement reconnue.
Le droit civil détermine qui a accès ou n'a pas accès au mariage : il précise non seulement la dimension spirituelle de l'institution (consentement) mais aussi sa géographie physique (âge nubile, différence de sexes, prohibition de l'inceste…). Dans sa facture juridique, le mariage permet encore de circonscrire l'espace le plus légitime de la sexualité. Ainsi, afin d'éviter des excès luxurieux, l'acte sexuel doit s'accomplir au sein de cette union hétérosexuelle et monogamique. Les rapports doivent avoir une certaine qualité et une régularité, ils s'exécuteront principalement par la pénétration vaginale et la finalité reproductrice de l'acte doit demeurer son horizon. De surcroît, il faut que l'amour soit à l'origine de la sexualité conjugale (la rémunération pour un service sexuel de la femme est considérée comme nulle et contraire à l'ordre public).
S'il est vrai qu'avec le pacs, l'institution matrimoniale perd son caractère monopolistique et qu'elle n'a plus comme fonction la légitimation de la filiation, le mariage n'en demeure pas moins le sommet de la hiérarchie des sexualités. Par la figure du devoir conjugal, le droit entend ainsi organiser la vie sexuelle des individus en fonction d'un certain nombre de règles impératives. Certes, l'adultère est sorti de la loi pénale et n'est plus une cause péremptoire de divorce, mais la faute au sein de celui-ci garde toute son efficacité au moment de pénaliser le conjoint coupable. Ainsi, a priori, par les conditions d'accès aux noces établies par la loi et, a posteriori, par les sanctions infligées par les juges, le droit organise une véritable gouvernance sexuelle.
En France, l'érotique consacrée par le "matrimonium" doit être de nature hétérosexuelle, contraignante, régulière et monogamique. La première des conditions de la légitimation symbolique de l'acte sexuel est que celui-ci ait lieu entre personnes de sexe différent. L'hétérosexualité est ainsi présentée comme de la nature même de l'institution. Le juge du divorce n'est pas moins conservateur au point où la simple constatation de l'homosexualité de l'un des époux demeure une cause possible de divorce pour faute. C'est sur la base du devoir conjugal que les juges ont progressivement construit la normalité. La formule de l'article 215 du code civil "Les époux s'obligent mutuellement à une communauté de vie" implique une double dimension, vivre ensemble - communauté de toit - et entretenir des rapports sexuels - communauté de lit.
Dans le modèle officiel, la sexualité matrimoniale prend donc la forme d'un devoir (le "debitum" conjugal) à double dimension. Négativement, devoir de s'abstenir d'entretenir des rapports sexuels avec des tiers (fidélité) et positivement, devoir d'entretenir des rapports sexuels avec le conjoint (devoir conjugal proprement dit). Ce devoir est pour les époux une obligation d'ordre public. Ainsi, une convention, un accord entre l'homme et la femme stipulant l'absence d'intimité sexuelle, serait considéré comme nul. Le refus de partager le lit conjugal peut être considéré comme un fait injurieux justifiant le divorce contre un homme qui ne fait pas face à ses devoirs de mari. Cette intimité doit également se traduire par des rapports sexuels réguliers et modérés.
En effet, dans une décision du 28 mai 1956, la cour d'appel de Lyon stipulait que "le devoir conjugal impose l'établissement de relations sexuelles (…). En outre, il impose aux conjoints une continuité des relations". La Cour de cassation a estimé que constitue une injure, cause de divorce, "la décision de l'épouse d'imposer à son mari une limitation dans leurs rapports intimes". Si l'absence de rapports est condamnée par le droit, son inflation l'est tout autant. Concernant la fréquence de l'acte sexuel, le tribunal d'instance de Saintes a établi, en 1992, que "la moyenne relevée en général dans les couples français est d'un rapport par semaine".
Le refus d'entretenir des rapports sexuels avec son conjoint constitue une faute. Un divorce aux torts partagés a été prononcé par une autre cour d'appel dans une affaire où "la femme a refusé fréquemment d'avoir des rapports intimes et que le mari, exprimant son aspiration à un minimum de vie personnelle au détriment d'une vie conjugale normale, a délaissé son épouse en s'abstenant fréquemment".
Les juges deviennent ainsi les garants d'un équilibre sexuel situé au juste milieu entre l'excès et la carence et dans lequel les deux conjoints, en tant que créanciers du devoir conjugal, doivent remplir ces obligations. C'est toujours dans le cadre d'un contentieux que le contrôle judiciaire s'effectue, et c'est justement là que les égarements sexuels pourront être reprochés au conjoint fautif.
Seule la fin de la faute (vestige du droit canonique) permettra de mettre un terme à cette intrusion de l'Etat dans nos alcôves.
Une vidéo de Ioulia Timochenko en prison crée le scandale
Allongée dans son lit, elle agite ses mains, visiblement contrariée. Il y a de quoi, tant le procédé est violent et intrusif. Une vidéo montrant les conditions de détention de l'ancienne premier ministre ukrainienne, Ioulia Timochenko, a été diffusée anonymement sur la Toile et reprise sur les chaines de télévision nationales, jeudi 15 décembre. On découvre des choses d'une banalité totale dans la cellule 260 de la prison de Lukyanivka, près de Kiev : une télévision, des livres sur une étagère, un appareil pour l'air conditionné, une salle de bain à part, quelques fruits. Le message que veut véhiculer cet enregistrement amateur est limpide : Mme Timochenko ne serait pas à plaindre.
Cette vidéo a été diffusée opportunément à trois jours du sommet du 19 décembre entre l'Union européenne et l'Ukraine. Un accord d'association, en discussion depuis des mois, devait être signé. Mais les poursuites multiples engagées contre l'ancienne égérie de la "révolution orange", et sa condamnation à sept ans de prison début octobre, ont refroidi les Européens. Ioulia Timochenko a été jugée pour avoir abusé de ses fonctions en signant un accord gazier avec la Russie, en janvier 2009. Elle ne peut participer à son procès en appel pour raisons de santé. De très fortes douleurs dorsales la contraignent à rester à l'horizontale. Une dizaine d'autres enquêtes ont été ouvertes contre elle depuis sa condamnation, renforçant l'idée d'un règlement de comptes, pour la sortir du jeu politique alors que des élections législatives seront organisées en 2012.
Un des avocats de l'ancienne premier ministre, Serhiy Vlasenko, a vivement réagi à cet enregistrement. "La différence entre les êtres humains et les animaux se fait sur les principes de moralité. Je suis sûr que le nom de la brute en uniforme, du colonel du SBU [services de sécurité ukrainiens] qui a violé la loi, sera annoncé aux Ukrainiens, car le pays entier devrait connaître ces bêtes. "
Le SBU et le service pénitentiaire ont nié toute implication dans cette vidéo. Même Léonid Kojara, vice-président du Parti des régions (le parti au pouvoir, du président Viktor Ianoukovitch), a déclaré jeudi soir sur la cinquième chaîne ukrainienne que l'auteur de la vidéo devrait être condamné.
A la France ses fermiers, au Royaume-Uni ses banques
Les Tchèques se demandent déjà tout haut pourquoi un nouveau traité devrait également avoir une valeur contraignante pour les pays qui n'ont pas encore rejoint la zone euro. Le Premier ministre finlandais a indiqué qu'il ne pouvait pas accepter un transfert de souveraineté.
L'Irlande devra probablement organiser un référendum et les gouvernements hollandais et suédois auront besoin du soutien de partis d'opposition qui se révoltent.
"La défaite du capitalisme anglo-saxon"
Des fissures apparaissent sur la façade d'un accord qui, de toute manière, ne pourra pas sauver l'Europe. La dégringolade de l'euro ces trois derniers jours montre que les marchés savent que le programme d'austérité sans croissance défendu par l'Allemagne n'est pas la bonne solution.Prendre la défense des banques était un geste qui ne pouvait pas plaire à l'opinion publique, mais les Britanniques ont montré sans ambiguïté que leur détestation de l'Union européenne était encore plus grande que celle des banques. Pour quelles raisons David Cameron a-t-il donc décidé de se faire le champion de la City?
La semaine dernière, il a reçu une information capitale faisant état d'un important changement d'attitude de la part de l'UE vis-à-vis de la City ces dernières années. Jusqu'en 2007, les réglementations européennes étaient largement favorables à Londres car elles mettaient tout le secteur financier européen sur un pied d'égalité.
Puis, le vent a commencé à tourner. Aux inquiétudes légitimes liées à la crise financière s'est s'ajouté un ressentiment général face à l'influence de la City, ainsi que l'a si bien montré Nicolas Sarkozy en saluant la nomination d'un Français au poste de commissaire européen au Marché intérieur comme "une défaite pour le capitalisme anglo-saxon".
Un diktat contraire au principe de marché unique
Le problème n'est pas la taxation des transactions financières, à laquelle Londres est toujours opposé, mais les 29 directives et le nouveau régulateur financier européen chargé de contrôler ses homologues nationaux.Le problème est cette opposition fondamentale entre la volonté européenne d'imposer des règles uniques aux 8000 banques européennes et la conception anglo-saxonne lui préférant des mesures proportionnelles aux risques encourus.
Le Royaume-Uni veut obliger les plus grandes banques à détenir davantage de fonds que la limite autorisée par l'UE. Le dernier diktat européen voudrait que les chambres de compensation gérant des produits financiers libellés en euros soient physiquement établies dans la zone euro.
Il s'agit clairement de transférer les activités financières de Londres vers Paris et Francfort, ce qui est également contraire au principe de marché unique.
Les accusations selon lesquelles David Cameron essaierait de saboter le marché unique – ainsi que l'a affirmé le président de la Commission européenne cette semaine – sont un pur exemple de double discours.
Les Espagnols ont un droit de veto sur la pêche, les Français sur la politique agricole commune, même les Allemands font de l'obstruction dans l'industrie automobile.
Personne n'a obtenu ce qu'il voulait
Le gouvernement britannique ne demandait jeudi dernier que l'égalité pour la City, pas un privilège. Cette demande a toutefois été perçue comme la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Il s'agissait d'une réaction extraordinaire, la marque d'un recul significatif de l'influence britannique ces dernières années.Que va-t-il se passer maintenant que le Premier ministre n'a pas obtenu ce qu'il voulait? Bon nombre de spécialistes craignent que les règlements européens ne soient de plus en plus défavorables à Londres et que les banques allemandes et américaines ne se débarrassent en priorité de leurs équipes de la City.
D'autres disent que les banques américaines s'installent à Londres parce qu'il y a des affaires à faire et que personne ne se sépare de soixante étages de bureaux avec un coûteux réseau de connexions numériques du jour au lendemain.
L'avenir de la City est de devenir une passerelle vers le monde, pas seulement l'Europe. Le Royaume-Uni génère plus de crédits internationaux que tout autre pays.
Nous avons le plus grand marché des changes au monde et le troisième secteur d'assurance du monde. Alors que l'Europe est en panne, les véritables concurrents de Londres ne sont pas Francfort ou Paris mais Hong Kong et Singapour, et même New York. C'est là que se trouve le véritable défi.
De tous les points de vue, la diplomatie est catastrophique. Le Royaume-Uni ne veut pas faire dérailler l'euro ou donner l'impression de le vouloir. Nos alliés y parviennent très bien tout seuls.
Si la Banque centrale européenne n'avait pas lancé une bouée aux banques européennes la semaine dernière en leur offrant un crédit à peu près illimité, ce n'est pas un recul que nous verrions sur les marchés aujourd'hui mais une véritable débandade.
Personne n'a obtenu ce qu'il voulait la semaine dernière. Les Français voulaient que la BCE puisse émettre de la monnaie. Les Allemands voulaient faire garantir les nouvelles règles de bonne gestion économique par les institutions européennes.
D'autres, dont le Royaume-Uni, voulaient faire comprendre à l'Allemagne que si elle refusait de partager les responsabilités pour la dette de la zone euro, la monnaie unique ne pourrait que continuer de chuter.
Les sept péchés des Européens (2/2)
L’égocentrisme
Irlande – On peut bien sûr en donner la même explication que le ministre irlandais de la Culture. "Nous sommes un peuple heureux, proclamait-il récemment, et un peuple profondément sincère. Pour les investisseurs étrangers, ce sont des choses qui comptent". Cela ne fait aucun doute. Mais il n’est pas interdit de penser, en y regardant de plus près, que les taux d’imposition irlandais figurent parmi les petites raisons qui expliquent que l’île attire les entreprises internationales à la manière d’un aimant de levage.L’impôt sur les sociétés y est de seulement 12,5 %. Soit largement en-deçà de la moyenne européenne. La plupart des pays de l’UE taxent les entreprises à hauteur de 30 % environ, comme l’Allemagne et la France. Dans un marché unique censé garantir l’uniformité des conditions commerciales, comment expliquez-vous, s’il vous plaît, un tel écart ?
Avant la crise de la dette, l’Irlande attirait déjà à elle les grandes multinationales par dizaines : Facebook, Intel, Pfizer, Merk, SAP, IBM – toutes se pressaient sur l’île du céad míle fáilte ("cent mille bienvenues"). Tout cela est bien beau, mais relève d’une logique pour le moins insulaire : plus les entreprises s’y bousculent, plus l’Etat peut faire preuve d’égards à leur endroit. Et si le gouvernement irlandais prévoit actuellement de relever certaines taxes, l’impôt sur les sociétés ne figure pas sur la liste.
Selon Dublin, l’Irlande devrait compenser certains désavantages concurrentiels imposés par la nature – le fait, par exemple, qu’on ne peut pas y arriver par le rail. Ah ah. Et depuis quand cela gêne-t-il des secteurs comme l’informatique et les assurances ? Sans compter que l’Irlande est l’unique tête de pont anglophone de la zone euro, ce qui n’est pas rien. Alors, Messieurs les Irlandais : restez sincères, solidaires, et heureux ! J.B.
L’arrogance
France – Mi-décembre, le groupe nucléaire français Areva fait part de son projet de supprimer plusieurs milliers d’emplois. Mais les employés n’ont pas à s’en faire. "Il n’y aura pas d’impact, c’est la ligne que souhaite l’Etat", a fait savoir François Baroin, le ministre de l’Economie, après les premières fuites sur le projet de suppressions de postes.François Baroin a aussitôt convoqué Luc Oursel, le patron d’Areva. "Il n’y aura aucune décision qui considérera l’emploi comme une variable d’ajustement, quel que soit l’impact de l’activité économique mondiale ralentie", a-t-il martelé. Priorité aux emplois français, faut-il le préciser.
En France, nul ne s’étonne de tels propos. Ils participent de la raison d’Etat, depuis que Jean-Baptiste Colbert, ministre des Finances de Louis XIV, a entrepris de diriger l’économie d’une main de fer.
Peu importe qu’Areva appartienne à 87 % à l’Etat. Même lorsque le constructeur automobile privé PSA Peugeot-Citroën, sur la corde raide, a annoncé récemment des suppressions de postes, Eric Besson, le ministre de l’Industrie, s’est empressé de promettre que tous les emplois français seraient préservés.
Et Carlos Ghosn, le patron de Renault, a été rappelé à l’ordre lorsqu’il a voulu délocaliser une petite partie de sa production en Turquie. Au passage, les freins posés par l’Etat à l’implantation de sites de production dans les pays émergents sont aujourd’hui l’une des causes principales des difficultés rencontrées par le constructeur français.
Voilà ce qui arrive lorsque l’Etat s’érige en protecteur de l’économie. Les coûts de production s’envolent, les prix aussi. Pour prévenir un recul des exportations, le gouvernement renforce alors son protectionnisme. Un cercle vicieux. Au mieux, le gouvernement français récompense ainsi une mauvaise rentabilité. Au pire, l’Elysée se sert de son pouvoir sur les grandes entreprises comme d’une arme politique.
Les responsables politiques français deviennent des Européens convaincus dès le moment où ils ne parviennent plus à avancer seuls. D’où la création d’EADS, premier groupe d’aéronautique et de défense européen. D’où leur intérêt à voir émerger une alliance dans le secteur de la construction navale, sur le modèle de l’avionneur.
C’est le ministre de l’Economie de l’époque, Nicolas Sarkozy, aujourd’hui président de la République, qui a empêché Siemens de prendre pied chez Alstom, son concurrent français. Le même Nicolas Sarkozy qui, en 2004, avait combiné le rachat du groupe pharmaceutique franco-allemand Aventis par le français Sanofi, donnant ainsi naissance au troisième acteur mondial du secteur.
C’est à sa demande, également, que la formule préconisant un marché intérieur "où la concurrence est libre et non faussée" a été biffée du traité de Lisbonne. Combien de temps l’Union européenne acceptera-t-elle une telle arrogance ? K.F.
La cupidité
Grande-Bretagne – Les Britanniques n’ont-ils donc pas entendu le fracas ? Comme si le monde de la finance ne s’était pas écroulé au cours des trois dernières années, ils croient pouvoir continuer à jouer à qui perd gagne et compenser les pertes de leur industrie en spéculant avec de l’argent étranger.
Indécrottables et butés, ils persistent à suivre leur prétendue logique selon laquelle les marchés sont invulnérables et que la politique comme la société sont donc tenues, à terme, de se soumettre à leur loi.
Poussé à l’extrême dans cet univers dévoyé, le libéralisme de John Stuart Mill et Adam Smith a permis l’émergence dans la City londonienne d’un système financier dépourvu de véritable régulation, où ont été négociés tous les produits financiers très sophistiqués – instruments dérivés et titres adossés à des créances – qui sont responsables, dans une large mesure, du grand krach de 2008.
Des milliards d’euros, issus des comptes d’épargne et des caisses de retraite des particuliers, sont ainsi partis en fumée, et ce sont les banquiers de la City qui ont été indemnisés.
La crise de la dette souveraine date du moment où les gouvernements se sont vu contraints de renflouer les banques. Or, ne parviennent de Londres que des cris d’effroi devant la proposition d’associer les investisseurs au risque.
Quant à la taxe sur les transactions financières mise en avant par le gouvernement allemand – dont il est prouvé qu’elle pourrait mettre fin aux spéculations à court terme sur le marché des devises – elle a été qualifiée avec emphase de "balle en or dans le cœur de la City" par George Osborne, le chancelier de l’échiquier.
Ceux qui persistent de la sorte à vouloir nager contre le courant seraient sans doute bien inspirés d’aller se trouver un autre lieu de baignade.
Les sept péchés des Européens (1/2)
Grèce – C’est la faute d’Angela Merkel, disent-ils. Si l’Europe bat de l’aile, c’est à cause de l’insensibilité de l’Allemagne. Telles sont les explications que les tabloïds donnent de la crise en Grèce, tels sont les slogans des manifestants et des leaders populistes.
Le problème ne vient pas de la dette, pour ces Grecs-là, mais du fait que des étrangers les rappellent à l’ordre, les pressent d’agir et leur font la leçon. En réagissant de la sorte, ils se mentent à eux-mêmes, et mentent à l’Europe.
On est frappé, à Athènes, par l’auto-indulgence des Grecs. Qui s’en prend aux responsables de la misère actuelle ? A savoir une société fondée sur la dette. A savoir les gens qui étaient persuadés que l’Europe serait toujours assez riche pour venir en aide à Hellas. Les corporations, qui se cramponnaient à leurs privilèges.
Les cheminots du public, qui touchaient des paies mirobolantes à la faveur de grilles salariales inextricables. Les familles, qui empochaient la retraite de leurs défunts. Les responsables politiques, qui embauchaient les neveux et les nièces de leurs électeurs.
Lesdits neveux et nièces, qui se laissaient embaucher. Les médias athéniens parlent de tout cela, bien sûr. Mais ce qui fait défaut, c’est une grande colère cathartique en Grèce à l’égard de ces Grecs.
A Athènes, les populistes cassent du sucre sur le dos d’Angela Merkel, mais font preuve de clémence à l’endroit des responsables locaux de la situation actuelle. Car ils préfèrent déblatérer sur un lointain épouvantail que balayer devant leur porte. C’est dans cette faiblesse, dans cette inaptitude à l’autocritique que réside la vraie crise de la Grèce. M.T.
Le recel
Suisse – Les sommes en jeu sont colossales. Tellement colossales qu’elles devraient normalement faire se dilater les pupilles des responsables politiques européens. Rien qu’en Suisse, les particuliers – européens pour la plupart – détiennent 1 560 milliards d’euros.
Ils en possèdent 1 400 milliards en Grande-Bretagne, essentiellement dans les îles anglo-normandes, 440 au Luxembourg, 78 au Liechtenstein. Tous ces pays se rendent ainsi complices d’évasion fiscale. Ils ponctionnent les richesses nationales de l’étranger et vivent sur les intérêts. Et comment réagit l’Europe ?
Au lieu de s’indigner d’une seule voix, les capitales européennes abordent ces pratiques pourtant scandaleuses comme de vieilles traditions, des affaires diplomatiques.
Concernant le Liechtenstein et la Suisse, de rares pays, dont l’Allemagne, ont voulu signer leurs propres accords de double imposition : l’idée est qu’une partie des dettes fiscales soit remboursée au pays d’origine des fonds au moyen d’un impôt forfaitaire.
Ce type d’approche compromet le projet de la Commission européenne d’instaurer des échanges automatiques d’informations visant à dépister les fraudeurs – un projet également rejeté par le Luxembourg. Ce même Luxembourg qui prône si volontiers la solidarité européenne. P.T.
La bigoterie
Allemagne – Peut-il exister une Europe dans laquelle un pays exporte et fait des bénéfices tandis que les autres consomment et s’endettent ?
Les Allemands sont fiers de leurs performances à l’export, qui servent à prouver la performance de leur économie.
Or, lorsqu’un pays vend plus à l’étranger qu’il ne reçoit, cela finit par poser des problèmes à tout le monde. Cette année, les exportations allemandes vers les pays de l’UE ont permis de dégager un excédent de 62 milliards d’euros.
Cela signifie ni plus ni moins que les marchandises produites en Allemagne ne sont pas échangées contre des marchandises étrangères, mais sont pour ainsi dire livrées à crédit. L’Europe du Sud s’endette donc auprès des Allemands pour leur acheter leurs produits.
En d’autres termes : la richesse de l’Allemagne repose sur les dettes de ses voisins. Or, qui sont les premiers à se lamenter au sujet de ces dettes ? Parfaitement. Les Allemands.
Un jour ou l’autre, la faillite menacera les débiteurs et les créanciers devront revoir leurs exigences de remboursement à la baisse. Ces dernières années, l’Allemagne a amassé près de 1 000 milliards d’euros en avoirs extérieurs – elle pourra dire adieu à une grande partie de cet argent le jour où le Sud ne sera plus en mesure de payer.
D’où les actuelles déclarations de la chancelière, qui veut que tout le monde devienne comme les Allemands. Autrement dit, les pays en question sont également censés exporter plus qu’ils n’importent. Et donc baisser leurs salaires, et donc maîtriser leur consommation.
Plus facile à dire qu’à faire. Car si tout le monde se mettait à ne plus faire que vendre, il n’y aurait plus personne pour acheter. Et l’économie marquerait le pas.
Si les Européens ne veulent pas inonder le reste du monde de leurs produits – ce que le monde ne laissera pas faire – il faut alors parvenir à l’équilibre au sein même de l’Union. Les Italiens doivent se serrer la ceinture – et les Allemands dépenser plus. M.S.
La gourmandise
Espagne – "Tu ne videras point de ses poissons la mer de ton voisin", pourrait enjoindre un des dix commandements européens, suivi de : "Tes agriculteurs ne vivront point sous perfusion des subventions européenne”.
Pour la période 2007-2013, l’industrie espagnole de la pêche s’est vu allouer plus d’un milliard de dollars [767 millions d’euros] par Bruxelles – soit bien plus que n’importe quel autre pays de l’UE.
Parce que les eaux européennes sont largement victimes de la surpêche, l’Espagne envoie ses flottes ultramodernes devant les côtes du Sénégal et de Mauritanie, ne laissant plus grand chose aux pêcheurs locaux et dépassant par-dessus le marché les quotas convenus.
Il faudrait lancer des procédures juridiques contre les entreprises concernées et signer de nouveaux accords de pêche entre l’UE et les pays africains. Le gouvernement espagnol s’oppose à ces deux propositions de longue date. Ainsi qu’à une nouvelle réforme du système européen de soutien au monde agricole.
Près de 50 milliards d’euros quittent chaque année les caisses de Bruxelles en direction de l’agriculture européenne. La majeure partie bénéficie directement aux agriculteurs des différents pays de l’UE, qui peuvent ainsi maintenir leur compétitivité dans un secteur concurrentiel qui mise sur des prix sacrifiés.
En attendant, une part considérable de la viande, des produits laitiers et des légumes à prix réduit d’Espagne, d’Italie, de France ou d’Allemagne, atterrissent sur les marchés africains.
C’est bien pour les pauvres, arguent les exportateurs. Sauf que les productions vivrières locales de pays comme le Ghana, le Cameroun ou la Côte d’Ivoire s’écroulent.
Et que, en cas de hausse des prix des produits agricoles de base, ces pays ne peuvent plus se permettre d’importer du lait en poudre, des abats de volailles ou des céréales de l’UE.
Néanmoins, si cela devait déboucher sur une crise d’approvisionnement, voire une crise alimentaire, ils pourraient compter sur l’Europe : l’UE est le premier bailleur de fonds mondial en matière d’aide d’urgence.
jeudi 15 décembre 2011
Moscovici, la jeunesse (en stage) te dit merci !
A quoi ressemblerait une Grèce sortie de l’euro ?
A quoi servent les notes des agences ?
Les notes de crédit attribuées par les agences de notation sont sous les projecteurs. Le gouvernement français redoute une perte imminente de son triple A, tout comme les régions et grandes villes françaises, ainsi que plusieurs autres pays et entreprises européennes. Dans l'affolement de la crise de la dette européenne, on en aurait presque oublié à quoi ces fameuses notes sont censées servir.
Lorsqu'une entreprise, une banque, un assureur ou bien un Etat s'endette sur les marchés, il peut payer une agence de notation afin qu'elle lui délivre une note qui aidera les investisseurs à lui prêter en toute connaissance de cause. Ce principe de l'emetteur-payeur a fait l'objet de nombreuses critiques dénonçant un flagrant conflit d'intérêts depuis le début de la crise.
Un suivi permanent
Pour chaque émetteur, une équipe de deux analystes attribuent la note et suivent tous les événements susceptibles de la faire évoluer. Parfois, ce sont les entreprises elles-mêmes qui décrochent leur téléphone pour informer les agences d'une évolution de leur situation, comme ce fut le cas pour le directeur général de Groupama cette semaine, pour éviter, sans succès, une dégradation à BBB-.
S'il y a lieu, les analystes en charge convoquent un comité de notation. Composé d'au moins cinq analystes, d'expérience et de spécialité sectorielle différentes, celui-ci doit parvenir à un consensus pour dégrader, relever ou laisser inchangée une note.
Douze heures de préavis en Europe
"En cas de modification de la note, nous envoyons un projet de communiqué de presse à l'émetteur, qui dispose de douze heures pour nous signaler si certains faits que nous y énonçons sont faux ou si nous y avons mentionné par mégarde des informations confidentielles", détaille un cadre de Fitch, l'une des trois agences qui dominent le marché avec Standard & Poors (S&P) et Moody's. "Ensuite, nous rendons notre décision publique. En aucun cas, l'émetteur ne peut commenter le bien-fondé de la note". Ce qui est aisément compréhensible, puisque ce sont les emetteurs qui paient pour cette évaluation indépendante.
Le délai de douze heures est imposé par la réglementation européenne de 2009 à tous les analystes exerçant dans l'Union européenne. Mais si Fitch affirme le respecter dans le monde entier, les analystes de S&P ou de Moody's situés hors d'Europe laissent parfois des délais bien plus courts.
"La plupart des analystes travaillant sur les notes européennes sont établis en Europe et surtout, sauf extraordinaire, un changement de note ne se manifeste pas d'un jour à l'autre", minimise l'un d'entre eux, sous couvert d'anonymat. "Notre travail n'est pas de surprendre les émetteurs, mais plus le délai est court, plus nous limitons les risques de fuite et de potentiels délits d'initiés".
L'heure de publication de la nouvelle note n'est pas soumise à un quelconque réglementation, mais tient généralement compte des horaire d'ouverture des marchés concernés. Si l'émetteur est une société française cotée à Paris, l'agence attendra la clôture de la Bourse pour lancer son communiqué de presse afin de ne pas susciter de réactions exagérées des marchés au moment de l'annonce.
Plus que la dégradation de leur note, c'est la hausse de la rémunération demandée par les investisseurs qui en découle que redoutent les émetteurs. Il faut cependant signaler que cette conséquence, pour logique qu'elle paraisse, n'a rien d'automatique. Ainsi, les Etats-Unis, qui ont vu leur note dégradée le 5 août dernier de AAA à AA+ par S&P, une première historique, n'ont pour l'instant pas souffert d'un renchérissement conséquent de leur dette. Le 14 décembre, le Trésor américain affichait des taux d'emprunt à dix ans sous la barre des 2% tandis que la France, du haut de son triple A, paye plus de 3,2%.
Poutine moque la contestation et assure qu'il tiendra le pays
Le premier ministre russe, Vladimir Poutine, a écarté, jeudi 15 décembre, toute remise en cause de la victoire du pouvoir aux législatives du 4 décembre, ironisé sur l'opposition, et assuré, à trois mois de la présidentielle, qu'il tiendrait le pays face à la crise et aux menaces de déstabilisation étrangères.
"A mon avis, le résultat de ces élections reflète indéniablement l'état des forces dans le pays", a déclaré M. Poutine au cours d'une émission rituelle – un marathon de questions populaires qui aura duré plus de quatre heures et demie, un record. "L'opposition dira toujours que les élections ne sont pas honnêtes, c'est le cas partout, dans tous les pays", a-t-il poursuivi, minimisant la portée de la mobilisation qui a suivi l'annonce des résultats du scrutin, sans précédent depuis son arrivée au pouvoir en 1999.Le premier ministre a moqué les manifestants, affirmant les avoir pris, le lendemain des élections, pour des militants défilant contre le sida. "Franchement, quand j'ai vu à l'écran ce que certains avaient sur la poitrine, ce n'est peut-être pas très correct mais j'ai cru que c'était pour la propagande de la lutte contre le sida, que c'était, disons, des contraceptifs", a ironisé M. Poutine à propos du ruban blanc devenu le symbole de la contestation.
Le premier ministre a dénoncé à nouveau des tentatives de "déstabilisation" ourdies depuis l'étranger, et présumé que des étudiants avaient été payés pour participer aux défilés de l'opposition. Vladimir Poutine a particulièrement visé les Etats-Unis, "policiers du monde" en quête de "vassaux", pas "d'alliés", selon lui. "Les gens en ont marre du diktat d'un seul pays", a-t-il martelé, avant d'assurer de la volonté de Moscou de "continuer" à chercher de meilleures relations avec Washington. Déjà la semaine dernière, Vladimir Poutine avait nommément visé Hillary Clinton, accusée de donner "le la à certains activistes [qui], avec le soutien du département d'Etat, ont commencé à travailler activement".
"J'EN AI ASSEZ DE CES QUESTIONS"
M. Poutine a par ailleurs répété que les manifestations étaient acceptables tant qu'elles restaient dans les limites fixées par la loi. "De mon point de vue, le résultat des élections reflète indubitablement l'opinion publique du pays", a-t-il dit.
Bien rare signe d'inflexion dans cette posture de fermeté : Vladimir Poutine a proposé d'améliorer la transparence du processus électoral en équipant les bureaux de vote de caméras pour la présidentielle à venir. "Je propose et demande l'installation de webcams dans tous les bureaux de vote du pays", a-t-il dit. Par la suite, il s'est tourné vers le présentateur pour lui dire: "J'en ai assez de ces questions sur les élections."
Sur les sites sociaux, qui ont grandement contribué à la mobilisation, les commentaires étaient généralement négatifs. "C'est fini. Poutine a totalement perdu le contact. Et cela devient de plus en plus évident", écrivait sur Twitter un certain Oleg Kozirev, ajoutant que le premier ministre "insulte son peuple".
Une nouvelle journée de mobilisation est annoncée pour le 24 décembre. L'opposition devrait réitérer ses exigences, dont l'organisation de nouvelles élections, le limogeage du président de la commission électorale, l'enregistrement de partis d'opposition et la libération des "prisonniers politiques".
La crise distille son poison
A première vue, non : d’un côté, il y a un continent opulent et ses dirigeants incapables de redémarrer après un demi-siècle de succès ; de l’autre, un extrémiste néofasciste, raciste et armé.
Mais, si l’on regarde plus profondément, on voit comment les pires poisons de notre histoire sont en train de revenir à la surface, suite aux remous provoqués dans les consciences par l’atmosphère de récession.
Lorsqu’il est rentré à Londres après le divorce avec l’Europe, le Premier ministre britannique David Cameron a été certes critiqué par les observateurs de la City qu’il affirmait vouloir défendre. Mais les députés conservateurs de Westminster l’ont acclamé en criant “Bulldog spirit !”, l’esprit du bulldog cher à Winston Churchill.
Les clichés les plus nauséabonds ressortir
En quelques mois de débat sur l’euro, nous avons vus les clichés les plus nauséabonds ressortir de l’album des mauvais souvenirs que nous avions cru fermé pour toujours.En Grèce, on a demandé des "réparations de guerre pour l’occupation allemande lors de la Seconde Guerre mondiale" en échange du paiement de la dette d’Athènes.
Les journaux allemands, Bild en tête, ont décrit les Grecs comme des paresseux et nous autres Italiens comme des partouzards dépensiers. En réponse aux critiques des économistes berlinois quant à nos comptes publics, les sites italiens regorgent de commentaires anonymes se limitant à dire “Allemands = SS”.
La performance de Cameron a suscité des évocations de la "perfide Albion" chère à Mussolini. Haine, rancoeur, racisme, mépris des autres, intolérance : c’est le même ADN qui se manifeste en temps de crise, comme ce 13 décembre à Florence.
En 2003, à la veille de la guerre en Irak, les Etats-Unis et l’Europe, les alliés qui, 15 ans auparavant, avaient remporté sans coup férir la Guerre froide, se sont divisés et insultés avec une véhémence inattendue.
Vous vous souvenez ? Les Americains viennent de Mars, les Européens de Vénus… des bêtises qui avaient gâché le climat, mis en évidence un malaise et marqué une distance qui ne s’est pas encore comblée.
Au printemps 2003, le Congrès des Etats-Unis avait invité 4 témoins européens pour une audition, afin de combler le fossé qui s’était crée entre Washington et Bruxelles. J’en faisais partie, ainsi que l’actuel ministre polonais des Affaires étrangères, Radek Sikorski. Nous avions affirmé à l’époque que, dans le climat de difficultés économiques de ce début de siècle, jouer avec le feu du populisme et du nationalisme était dangereux.
S'en prendre à l'"autre" deviendra chose courante
Et aujourd’hui, de sérieux observateurs européens, comme Gideon Rachman et Martin Wolf, de même que le prix Nobel d’économie Paul Krugman, disent voir dans la haine qui monte sur Internet et dans la récession, déclenchées par les choix manqués de la chancelière Angela Merkel et du président Nicolas Sarkozy, les prémices d’une saison tragique comme celle des années 1930 en Europe, avec le totalitarisme fasciste en Italie, en Espagne et en Allemagne, et les purges staliniennes à Moscou.Krugman écrit que "la récession […] est en train de créer une colère immense […] contre ce qui apparaît à de nombreux Européen uniquement comme une sévère punition allemande. Quiconque connait l’histoire de l’Europe ne peut que trembler face à ce retour de l’hostilité.”
Le prix Nobel écrivait avant la tuerie de Florence, mais il évoquait déjà les néo-nazis proches du Parti de la liberté en Autriche, la xénophobie des Vrais Finlandais à Helsinki, le groupe anti-Roms et antisémite Jobbik et les tentations autoritaires du gouverment de la Fidesz en Hongrie. On pourrait ajouter les néofascistes en Angleterre et en France et nos racistes italiens, qui ont fait couler le sang dans la très civilisée Florence, capitale de la culture européenne depuis un demi-millénaire.
Krugman exagère ? J’espère que oui. Je ne pense pas, au contraire de mes confrères anglo-saxons, que les années 1930 vont se répéter et que nous verrons à nouveau des chemises brunes dans les rues : l’histoire ne procède pas de façon mécanique ; le Mal fait preuve d’imagination et de capacité à se métamorphoser.
Je pense toutefois que, face aux temps économiquement difficiles qui nous attendent, s’en prendre aux derniers, invoquer une supposée identité, accuser les Européens à Londres et les Anglais sur le continent, s’en prendre systématiquement avec les "autres" pour "nous" défendre sera chose courante.
Les leaders politiques qui souhaiteraient exploiter cette épidémie pour une voix de plus, les journalistes qui sèment la haine et le populisme pour une copie ou un clic de plus, préparent une potion qui peut faire beaucoup de mal.
Ce n’est pas la crainte du retour d’un passé autoritaire qui doit nous pousser à défendre le bien-être, la croissance, le dialogue et la tolérance. C’est la peur des démons à venir que l’intolérance évoque : ils ne portent pas la chemise noire, mais, du massacre des étudiants près d’Oslo à la tuerie de Florence, ils montrent déjà leur horrible visage.
Grèce
Les immigrés boucs émissaires
Par ailleurs, ajoute-t-il, depuis que la Grèce est devenue la principale porte d’entrée de l’UE via la Turquie, Athènes accueille chaque année 40 000 migrants, qui squattent les immeubles désaffectés ou dorment dans les parcs publics, alimentant le ressentiment contre eux. "Toute personne pouvant être assimilée à un migrant risque d’être passée à tabac, indépendamment de son statut légal ou de son niveau d’intégration", déclare au Volkskrant Judith Sunderland, de l’ONG Human Rights Watch Europe.
Plusieurs aggressions à caractère raciste ont été dénombrées, mais, depuis 1999, aucun de leurs auteurs, dont certains sont suspectés d’appartenir à des groupes d’extrême droite, n’a été jugé, ajoute-t-elle : “Prendre des mesures contre ce phénomène n’est pas une priorité du gouvernement.”
Poutine maintient que les élections ont été justes, ironise sur l'opposition
"L'opposition dira toujours que les élections ne sont pas honnêtes, c'est le cas partout et dans tous les pays", a déclaré M. Poutine, interrogé sur la contestation sans précédent en Russie après les législatives, lors d'une séance de questions-réponses télévisées.
"A mon avis, le résultat de ces élections reflète indéniablement l'état des forces dans le pays", a-t-il ajouté, alors que l'opposition dénonce des fraudes massives et exige l'invalidation des résultats.
"Le fait que les gens s'expriment sur ce qui se passe dans le pays, c'est une chose absolument normale, tant que cela reste dans le cadre de la loi", a poursuivi M. Poutine en dénonçant en même temps ceux qui veulent organiser en Russie une révolution destinée à renverser le pouvoir.
Il a déclaré avoir vu sur les images des manifestations beaucoup de jeunes gens "actifs, et formulant clairement leur position".
"Cela me réjouit, si c'est le résultat du régime Poutine", a-t-il dit.
Quelques minutes plus tard, il a cependant ironisé sur la mobilisation de l'opposition, affirmant avoir cru dans un premier temps qu'il s'agissait de lutte contre le sida.
Les mouvements d'opposition qui ont mobilisé samedi des dizaines de milliers de personnes à Moscou pour contester le résultat des élections du 4 décembre mais aussi, selon certains slogans, pour réclamer une "Russie sans Poutine", avaient décidé qu'un ruban blanc à la poitrine serait le symbole de leur mobilisation.
"Franchement, quand j'ai vu à l'écran ce que certains avaient à la poitrine, ce n'est peut-être pas très correct mais j'ai cru que c'était pour la propagande de la lutte contre le sida, que c'était, disons, des contraceptifs", a dit M. Poutine à ce propos.
L'ex-agent du KBG est connu pour ses plaisanteries parfois curieuses sur ses contradicteurs, comme lorsqu'il avait proposé à un journaliste européen qui l'interrogeait sur la guerre en Tchétchénie de le faire "circoncire" de manière à ce que "plus rien ne repousse".
"Pour moi, il est clair que les attaques sur les élections qui viennent d'avoir lieu ne sont pas le plus important, l'objectif principal(de ces critiques, ndlr), c'est la prochaine élection présidentielle", a poursuivi M. Poutine.
Jugeant que ces tentatives visaient à "priver de légitimité le pouvoir dans le pays", il a indiqué avoir ordonné d'installer des web-caméras de surveillance dans tous les bureaux de vote pour la présidentielle.
"Je propose d'installer des caméras vidéo qui fonctionnent jour et nuit et qui permettent à chacun, à n'importe quelle heure, qu'elle soit à la maison ou au travail, de cliquer avec sa souris et de regarder (sur internet) ce qui se passe" dans un bureau de vote, a ajouté M. Poutine.
Vladimir Poutine, président de 2000 à 2008 puis chef du gouvernement faute d'avoir pu enchaîner plus de deux mandats consécutifs, a annoncé en septembre son intention de revenir au Kremlin à la présidentielle de mars.
Le Front national n’est pas antisémite, il ne l’a jamais été. C’est Monsieur Aliot, son vice-président, qui nous le jure. Il est vrai qu’il revient d’Israël, où quelques juifs extrémistes lui ont délivré un diplôme de bonne conduite. C’est donc la nouvelle vérité, le Front n’est pas antisémite. Jean-Marie Le Pen n’a jamais fait l’apologie d’Hitler, jamais plaisanté sur Michel « Durafour crématoire ». Le Front n’est d’ailleurs, selon Madame Le Pen, ni d’extrême droite ni raciste. S’il a comparé un jour les immigrés au sida, c’était un compliment. Si les musulmans ont été assimilés par Madame Le Pen aux nazis occupant la France, c’était juste une petite phrase pour rire. Un détail, aurait commenté son père. Et vous verrez : dans la grande opération de blanchissage, on nous jurera bientôt que Marine Le Pen n’est pas la fille de Jean-Marie Le Pen. La vérité si je mens, dirait Monsieur Aliot.
Poutine se moque des opposants
Le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, a ironisé aujourd'hui sur le ruban blanc qu'arboraient samedi dernier les manifestants d'opposition, affirmant avoir cru reconnaître le symbole de "la lutte contre le sida", lors d'une séance de questions-réponses télévisées.
Les mouvements d'opposition qui ont mobilisé samedi des dizaines de milliers de personnes à Moscou pour contester le résultat des élections du 4 décembre mais aussi, selon certains slogans, pour réclamer une "Russie sans Poutine", avaient décidé qu'un ruban blanc à la poitrine serait le symbole de leur mobilisation.
"Franchement, quand j'ai vu à l'écran ce que certains avaient à la poitrine, ce n'est peut-être pas très correct mais j'ai cru que c'était pour la propagande de la lutte contre le sida, que c'était, disons, des contraceptifs", a dit Vladimir Poutine. La lutte contre le sida est symbolisée par un ruban rouge.
«Le manifestant», «personne de l'année» du Time
L'hebdomadaire américain rend hommage aux millions de contestataires qui ont défilé cette année dans les rues de nombreux pays pour défier les pouvoirs en place. Un choix qui a fait consensus parmi les jurés.
Ces manifestants «ont déjà changé l'Histoire et ils changeront l'Histoire à l'avenir, a expliqué Rick Stengel, le directeur de la rédaction du magazine. Partout les gens ont dit qu'ils en avaient assez. Ils ont contesté, ils ont exigé. Ils n'ont pas désespéré, même quand les réponses sont arrivées sous forme de gaz lacrymogènes ou de balles».
«Personne n'aurait pu savoir que lorsqu'un vendeur de fruits tunisien s'est immolé sur une place, cela générerait des manifestations qui ont fait tomber des dictateurs en Tunisie, Égypte et Libye, et secoué les régimes en Syrie, au Yémen ou à Bahreïn», a-t-il poursuivi. «Ou que l'esprit de contestation mènerait les Mexicains à se dresser contre la terreur des cartels de la drogue, les Grecs à manifester contre des dirigeants injustifiables, les Américains à occuper des espaces publics pour protester contre les inégalités et les Russes à se rassembler contre une autocratie corrompue», a ajouté le directeur de la rédaction. Dans ses pages, le Time fait le portrait de cinquante de ces manifestants dans le monde, dont un chien repéré lors des défilés organisés dans les rues d'Athènes.
Une tradition pour le Time depuis 1927
«La personne de l'année», est une tradition pour le Time depuis 1927. Elle est désignée, après un vote du public, par ses journalistes. Ce n'est toutefois pas la première fois qu'un groupe ou un concept sont sacrés «personne de l'année». Ainsi, en 2006, «vous» (les internautes, ndlr) l'avait emporté. En 1998, c'était «la planète en danger», en 1982 «l'ordinateur», en 1969 «la classe moyenne» et en 1950 «GI Joe», le soldat américain lambda.Alors que le choix entre les finalistes fait parfois l'objet d'âpres discussions, il s'est imposé facilement cette année. «Il y avait un vrai consensus parmi nos correspondants et journalistes. Tout le monde a pensé que c'était le bon choix, le plus sérieux. Cela nous a semblé juste», a précisé Rick Stengel. Parmi les autres finalistes figuraient Kate Middleton, l'épouse du prince Williams, l'amiral William McRaven, qui a dirigé les opérations contre Ben Laden en mai dernier au Pakistan et l'artiste chinois Ai Weiwei.
L'an dernier, c'est le jeune fondateur du réseau social Facebook, Mark Zuckerberg, qui avait remporté ce titre. Il avait succédé Ben Bernanke, le président de la banque centrale américaine, et au président américain Barack Obama, couronné en 2008.
Le gouvernement prépare la France à la perte de sa note AAA
Après Nicolas Sarkozy en début de semaine, c'est au tour du ministre des Affaires étrangères Alain Juppé d'envisager la dégradation de la signature française qui permet à Paris d'emprunter à des taux avantageux sur les marchés financiers.
"Ce ne serait pas une bonne nouvelle, bien sûr, mais ce ne serait pas non plus un cataclysme", dit Alain Juppé dans un entretien publié sur le site des Echos (www.lesechos.fr).
"Ce n'est pas en cassant le thermomètre qu'on fait retomber la fièvre", ajoute-t-il avant de critiquer la subjectivité des agences de notation.
"Elles sont parfois dans l'appréciation subjective et politique. Sans doute faut-il aussi leur accorder moins d'importance dans le débat politique", estime-t-il.
L'agence Standard & Poor's a placé sous surveillance négative les pays de la zone euro et envisage d'abaisser de deux crans le AAA de la France. Moody's menace de faire de même et les valeurs bancaires réagissent mal à cette éventualité.
Si la France perdait son triple A, "nous affronterions cette situation avec sang-froid et calme", déclarait Nicolas Sarkozy lundi dans Le Monde. A ses yeux, "ce serait une difficulté de plus mais pas insurmontable".
Le mois dernier, l'ancien conseiller du président socialiste François Mitterrand et ex-président de la Banque européenne de Développement (BERD) Jacques Attali, avait estimé que la France avait déjà perdu de facto sa note triple A compte tenu du grand écart entre les taux d'emprunt d'Etat consentis à la France et ceux, plus favorables, accordés à l'Allemagne.
Des propos alors jugés "irresponsables" par Valérie Pécresse.
UN "AVEU D'ÉCHEC" ?
La ministre du Budget a assuré mercredi que la France restait une "valeur sûre".
"Nous ne spéculons ni dans un sens ni dans l'autre sur les décisions qui seront prises par les agences" de notation, a-t-elle assuré lors du compte rendu du conseil des ministres. "Nous ne changerons pas de cap".
L'opposition socialiste, qui espère arriver au pouvoir lors de l'élection présidentielle du printemps 2012, voit dans une possible dégradation un "terrible aveu d'échec" du gouvernement.
"Si malheureusement la France est dégradée, ça veut dire que M. Sarkozy sera le président de la République qui aura laissé dégrader la France", a déclaré l'ancien ministre socialiste Laurent Fabius. "Donc c'est un bilan cataclysmique : un million de chômeurs en plus, 500 milliards de dettes en plus".
"Si on perd le triple A, ce qu'il nous restera c'est le double "I", c'est-à-dire à la fois l'inefficacité et l'injustice", a-t-il ajouté lors de l'émission "Questions d'Info" LCP/France Info/Le Monde/AFP.
Des critiques balayées par Alain Juppé.
"Si l'opposition arrivait au pouvoir, le risque de dégradation serait maximal", dit le chef de la diplomatie française, qui accuse François Hollande "d'hésiter et d'entretenir le flou le plus total sur ses propositions".
Le candidat PS a fait de la réduction de la dette une priorité et posé un objectif "zéro déficit" pour 2017.
Au chapitre européen, Alain Juppé juge "solide" l'accord conclu vendredi à Bruxelles sur un renforcement de la gouvernance et de la discipline budgétaire dans la zone euro - accord auquel les autres pays de l'Union à l'exception du Royaume-Uni se sont joints.
Le ministre critique l'idée de François Hollande de renégocier ce texte s'il arrive au pouvoir.
"Tout cela n'est pas très sérieux", dit-il. "Les déclarations de François Hollande nous fragilisent. Il y a des moments dans la vie des peuples où il faut faire prévaloir les intérêts collectifs sur les stratégies de campagne".




















