TOUT EST DIT

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vendredi 16 septembre 2011

Une soirée inoffensive

Le premier «sommet» télévisé du PS a tenu toutes ses promesses. Il a été d’un ennui profond. France 2 avait pourtant fait beaucoup d’efforts pour dynamiser la formule avec des séquences courtes et rythmées. Rien n’y a fait: c’est le modèle d’émission qui est essoufflé. On a eu l’impression de revivre le même type de programme qu’en 2006. Il y a cinq ans...

La soirée d’hier a été emblématique de la sclérose de la vie politique française. Le monde a profondément changé, la crise bouleverse tous les repères, l’avenir ne peut plus se concevoir comme on le faisait auparavant, et le débat franco-français, lui, continue de ronronner. Le reste de la planète est resté à la porte du plateau...

La dette a tout écrasé, pourtant, comme si elle ligotait à l’avance les six prétendants à la candidature socialiste. Confisquerait-elle déjà les promesses de changements qu’ils sont censés porter? Les compétiteurs ont donné l’impression de ramer à contre-courant de l’actualité dans l’espoir de trouver dans les remous d’introuvables marges pour manœuvrer.

C’est une évidence. Même à l’intérieur de ses propres primaires, le PS va devoir jouer à l’extérieur, sur un terrain qui ne lui est pas favorable, celui de la rigueur budgétaire, quand il aurait préféré évidemment se placer sur celui du rêve et des projets. En pleine tourmente européenne, les projections du projet socialiste semblent prisonnières d’une situation financière qui soumet chaque jour les pays de la zone euro aux diktats des marchés.

Les calculs arithmétiques ont vampirisé le discours, au risque de creuser un peu plus le fossé entre le pays et ses élites. Dans cet exercice, les prétendants ont été condamnés à un contorsionnisme de circonstance pour prouver à la fois leur volonté de réformer et leur sens des responsabilités sans pour autant parvenir à définir un autre modèle de croissance. Le «peuple de gauche», premier concerné par les primaires, n’aura certainement pas trouvé son compte dans cette froide réunion d’experts.

Ce direct aura-t-il un impact dans la course à l’Élysée ? Rien n’est moins sûr. Si les protagonistes sont parvenus à gérer courtoisement leurs divergences, peu de lignes de forces se sont dégagées de ces conversations décousues mêlant l’essentiel et l’accessoire. Pas de quoi bousculer les rapports de force. Cadenassé par la peur du dérapage, le débat à six a ronronné. Chacun est resté dans son rôle, dans son registre et dans son statut. Plus affûtés, les deux favoris des sondages, François Hollande et Martine Aubry, ont mis de l’intensité dans l’émission même si Arnaud Montebourg et Manuel Valls ont su valoriser leur spécificité. Ségolène Royal, elle, n’a pas fait la différence devant les caméras, comme elle l’espérait. Une prestation insuffisante pour réduire l’écart avec le duo de tête. Une soirée pour rien ?

Six manières d'être de gauche

S'il avait voulu faire de la primaire un événement secondaire, et éviter à Alain Juppé de remuer le passé au procès Chirac, Nicolas Sarkozy n'aurait pas trouvé meilleure conjonction. En tout cas, son voyage éclair en Libye ne lui permet pas seulement de cueillir les lauriers du succès diplomatico-militaire le plus probant de son quinquennat.

Mais parce que les événements ne sont pas comparables, la liesse à Benghazi ou le spectre d'une implosion de l'Europe n'enlèvent rien à l'innovation que constitue le départage public et démocratique de candidats à la présidentielle. En témoigne l'attention portée à la longue confrontation télévisuelle d'hier soir.

Jean-Michel Baylet l'inconnu, Manuel Valls l'iconoclaste et Arnaud Montebourg l'avocat énergique de la démondialisation avaient tout à gagner d'une aussi prestigieuse tribune. Il était donc de leur intérêt d'affirmer leurs différences pour gagner en influence et prendre date.

Le faisant, ils bousculent un programme socialiste trop timoré pour l'un, trop coûteux pour l'autre, trop irréaliste pour le troisième, et tiennent des propos tellement asymétriques, sauf sur la critique de Nicolas Sarkozy, que l'on cherche parfois la cohérence.

Pour François Hollande, Martine Aubry et Ségolène Royal, l'exercice était d'une autre nature. Il leur fallait relever des défis déterminants pour la suite : comment se présidentialiser tout en restant soi-même ? Comment se distinguer tout en préservant l'unité ? Et surtout, comment séduire tout en restant crédible sur le fond ?

S'agissant de la forme, chacun a pris soin de ne pas agresser l'autre. C'était prévisible : le premier qui attaquerait perdrait immédiatement. Ce qui a pu compliquer le jeu de ceux ¯ ou plutôt de celles ¯ qui auraient eu besoin de se différencier pour combler leur retard dans les sondages.

François Hollande, lui, avait surtout à entretenir son capital d'intentions de vote. Bon débatteur, vif, ferme dans le ton, plus présidentiel et plus stratège, il semble avoir préservé son acquis. Plus démonstrative que charmeuse, soucieuse de rassembler, Martine Aubry peine toujours à fendre l'armure. Quant à Ségolène Royal, elle continue de mélanger des phrases-slogans, dont on ne voit pas toujours la traduction concrète, et des démonstrations simples dont il ne faut pas sous-estimer l'impact.

Mais c'est bien évidemment sur la crédibilité du projet que les présidentiables étaient attendus. Car entre décevoir les Français ou plomber les comptes publics, on a besoin de voir clair. On comprend bien la priorité de François Hollande donnée à l'éducation ou aux « contrats de génération »; on voit bien l'intention de Martine Aubry avec ses 300 000 emplois d'avenir. Mais on s'interroge toujours, comme Ségolène Royal, comme Manuel Valls surtout, sur le niveau de l'impôt ou sur l'ampleur des économies pour les payer.

Ainsi, même si chacun répète, au risque de ne pas faire rêver, qu'il faut dire la vérité aux Français, les projets sont assez différents, sur les déficits, sur le rythme de décroissance du nucléaire, sur le cannabis. Ce premier débat aura-t-il clarifié les positions ? Au bout du compte, on n'aura rien appris de neuf. Toutes les idées, toutes les formules ont déjà été entendues. Mais séparément. Et c'est là le mérite - ou le danger - de cette confrontation, civilisée sans être langue de bois, elle aura souligné les divergences plus que les convergences.

Le chômage frappe durement la Grèce

 Le pays compte 16,3% de demandeurs d’emploi contre 11,8% un an plus tôt.

16,3% contre 11,8% un an plus tôt. Le taux de chômage en Grèce a encore poursuivi sa hausse au deuxième trimestre 2011, a indiqué hier l’Autorité des statistiques grecques. Le nombre de personnes à la recherche d’un emploi au deuxième trimestre a augmenté de 36,5% en un an, et de 2,3% par rapport au premier trimestre. Plus de 810 000 chômeurs sont recensés aujourd’hui en Grèce. Les régions du pays les plus touchées se trouvent au nord-est, notamment aux alentours de la ville de Thessalonique, avec des taux supérieurs à 20%.
Cette envolée s’est amorcée début 2010 lorsque la débâcle financière et les rigoureuses cures d’austérité ont aggravé la récession qui, commencée en 2009, ne cesse de détériorer depuis les conditions de vie des habitants. Surtout des plus jeunes: la tranche d’âge des 15-29 ans, avec un taux de 32,9% au deuxième trimestre contre 22,8% un an plus tôt et 30,9% au premier trimestre, est la plus touché par le chômage. Les femmes continuent d’être plus frappées que les hommes, avec un taux de 20% (13,7% pour les hommes) contre respectivement 15,3% et 9,4% un an plus tôt.
Le taux de salariés en Grèce, à 63,7% de la population active (hors chômeurs), continue également d’être plus bas que celui de la moyenne dans les Etats membres de l’Union européenne (UE) où ce taux s’élève à 80%. En comparaison, parmi les 17 pays qui ont adopté l’euro, le taux de chômage s’élevait à 10% en juin, selon Eurostat.
Les hauts taux de chômage en Grèce sont à l’origine de nombreuses grèves qui secouent le pays depuis le début de la récession en 2009. Les propriétaires de taxis, les agents du fisc et les douaniers étaient en grève au début de cette semaine, les médecins et les dentistes aussi. Tous entendent aussi protester contre les mesures d’austérité qui accompagnent les plans de sauvetage adoptés par les capitales de la zone euro et le Fonds monétaire international, parmi lesquelles la réduction du secteur public ou la réforme des taxis, et les injustices fiscales, alors que 40% de l’activité économique du pays ne serait pas déclarée. Les taxis avaient déjà fait grève, trois semaines durant, en juillet, les étudiants aussi, notamment à Thessalonique. Les employés du secteur du tourisme, touchés par des mesures qui vont retarder les départs en retraite de cinq ans pour des métiers qui sont souvent épuisants, sont à leur tour descendus dans la rue en août. Les colères ne s’apaisent pas: plusieurs syndicats, notamment des enseignants et de la voirie, ont annoncé des grèves en début de semaine prochaine. Entre-temps, les ministres des Finances de l’UE se seront réunis en Pologne – ils se rencontrent vendredi et samedi – pour boucler le deuxième plan d’aide à la Grèce, 158 milliards d’euros promis le 21 juillet dernier. Une aide qui sera vraisemblablement accompagnée de mesures d’austérité, celle-là mêmes qui sont à l’origine des manifestations, des grèves et du chômage.

Après la Grèce, l’Italie sur la liste noire !

La Grèce peut se consoler de ne pas être l’unique parent pauvre de l’Europe des 27. L’Italie, l’Espagne et le Portugal ne sont pas eux aussi loin de la banqueroute. La dette publique italienne a atteint la somme faramineuse de 1.911,8 milliards d'euros en juillet dernier, soit 10 milliards de plus par rapport à juin, selon des données fraichement publiées par la Banque centrale d'Italie.
Déjà l’an dernier, la dette italienne qui est classée parmi les plus élevées du monde, avait dépassé pour la première fois la barre des 1.900 milliards d'euros en atteignant 1.901,9 milliards, soit 119 pc du PIB, alors que le gouvernement de Silvio Berlusconi, tablait, dans ses dernières prévisions économiques, sur 120 pc en 2011et prévoyait une légère diminution à 119,4 pc l'année prochaine. Ces chiffres ont été rendus publics au moment où la chambre des députés italienne vient d’adopter un rigoureux plan d'austérité de 54,2 milliards d'euros, destiné à réinstaurer à l'équilibre budgétaire en 2013 au lieu de 2014 et à réduire la dette publique à un seuil raisonnable. Après un vote de confiance remporté à une légère majorité mercredi par le gouvernement de Silvio Berlusconi, le plan d’austérité, très contesté par les masses, a été entériné formellement dans la soirée par les députés avec 314 voix pour et 300 contre. Le Sénat lui avait déjà donné son aval, la semaine dernière. «La crise sera payée par ceux qui l'ont provoquée», proclamait une banderole arborée par des militants syndicalistes rassemblés devant le siège du parlement avant le vote. Un premier plan a été adopté en juillet en échange du soutien de la Banque centrale européenne, mais il a été jugé insuffisant par les machés. Devant les craintes des investisseurs, le gouvernement a sorti d’urgence, un mois après, une nouvelle mouture. Celle-ci prévoit notamment une hausse de la TVA, le relèvement plus tôt que prévu de l'âge de la retraite des femmes dans le privé et une taxe sur les riches, de sévères coupes budgétaires pour les ministères et les collectivités locales et un renforcement des mesures de lutte contre l'évasion fiscale. Cela suffira-t-il pour écarter les risques d’engouffrement de l’économie italienne ? Seule l’évolution du cours des événements nous le dira.

Montebourg gonfle le prix du sauvetage de la Grèce

Lors du premier débat de la primaire PS, Arnaud Montebourg a surestimé le coût de l'aide apportée au voisin grec. Explications. 

Lors de son grand oral, jeudi soir, pour le premier débat télévisé des primaires, Arnaud Montebourg est revenu sur l'une de ses vieilles rengaines : les lacunes des dirigeants européens alors que l'Union européenne est en pleine tempête économique. L'occasion pour le député de Saône-et-Loire d'évoquer les différents plans d'aide à la Grèce. Tout en défendant le principe d'une solidarité européenne, l'avocat a plaidé pour une "une solidarité qui ne soit plus celle des Etats". Et le candidat à la primaire d'appuyer sa démonstration en prenant l'exemple de la Grèce. "Le sauvetage de la Grèce a coûté au contribuable français 40 milliards d'euros", a-t-il assuré. "Or, nous ne pouvons plus payer".

Un écart de huit milliards d'euros

Problème : le chiffre n'est pas exact. Il a été revu à la hausse par Arnaud Montebourg. Lors du premier plan de sauvetage de la Grèce, en mai 2010, la France a en effet apporté exactement 16,8 milliards d'euros pour un plan européen total estimé à 750 milliards d'euros. Des données apportées par le Conseil ECOFIN du 21 mai 2010 et disponibles sur le site du ministère de l'Economie. Le second plan grec, adopté lors du sommet de la zone euro, le 22 juillet 2011, d'un montant de 158 milliards d'euros, coûtera, lui, 15 milliards d'euros à la France d'ici à 2014. François Fillon l'a précisé lors d'une conférence de presse, tenu le même jour. 
 Le sauvetage de la Grèce n'a donc pas coûté 40 milliards d'euros aux contribuables français mais 31,8 milliards d'euros, si l'on additionne les deux aides apportées successivement par la France. Soit une différence d'un peu plus de huit milliards d'euros. L'équivalent de deux mesures phares du quinquennat Sarkozy : la défiscalisation des heures supplémentaires (4,5 milliards d'euros) et la TVA à 5,5% sur la restauration (2,4 milliards d'euros). 

BNP Paribas et la Grèce : « Totalement gérable »

François Villeroy de Galhau, membre du comité exécutif du groupe BNP Paribas, a assuré hier à Nancy que sa banque a les reins solides.

Après la crise bancaire, les experts parlent de crise du crédit. Est-ce le cas à BNP Paribas ?
François VILLEROY DE GALHAU :« Il n’y a pas de crise du crédit. Nous sommes toujours en situation et en volonté de développer le crédit vis-à-vis de nos clients. Les encours de crédit du groupe de Nancy, qui couvre la Meurthe-et-Moselle et les Vosges, étaient à fin juillet de plus de 1,1 milliard d’euros et sont en augmentation de 6,6 % par rapport à l’année dernière. Nous n’avons pas la volonté de freiner le crédit, bien au contraire. »
Jeudi, la note de la BNP a failli être abaissée. Ce jugement était-il justifié ?
« Depuis le début de la crise financière, en 2007, il y a eu d’autres moments où les notations de toutes les banques mondiales ont été abaissées. Cette fois-ci, on en a plus parlé à cause de l’actualité médiatique. Ce que l’agence de notation Moody’s a fait pour deux banques françaises est un alignement sur les notes données par d’autres agences. La nôtre a été maintenue. Nous apprécions ce jugement positif. Je rappelle que la principale agence de notation, Standard & Poor’s, place BNP Paribas parmi les six meilleures banques mondiales. »
La valeur actuelle de l’action BNP reflète-t-elle la réalité ?
« Le cours des actions des banques européennes et particulièrement françaises est très injustifié par rapport à leur valeur. Quand on regarde la valeur du bilan de BNP Paribas, elle est près de deux fois supérieure au cours actuel de l’action. Il n’y a pas de risques non connus. Pour la Grèce, même si nous devions provisionner davantage que les 500 millions mis de côté début août, ceci est totalement gérable au regard des 70 milliards d’euros de nos fonds propres. Ils sont les plus élevés des banques françaises et deux fois plus élevés qu’avant 2007. »
Faut-il craindre pour la solidité du secteur bancaire ? « Depuis le mois d’août, on ne peut pas dire que les marchés  financiers ont fait preuve d’une grande rationalité. Il faut dépasser les rumeurs et regarder les faits et les chiffres. Le cours de la bourse n’impacte en rien nos capacités financières. La Grèce fait partie des inquiétudes très fortes. Si nous devions provisionner la valeur de marché de ce risque, cela nous coûterait 1,7 milliard d’euros. Rapporté à nos fonds propres, l’impact est très limité. »
Le FMI a pourtant aussi demandé aux banques françaises de se renforcer ?
« Je ne polémiquerai pas. Mais les banques françaises n’ont pas besoin de capital supplémentaire. BNP Paribas a ouvert ses livres sur tous ses risques Les régulateurs qui les ont regardés partagent la même conviction.

jeudi 15 septembre 2011

Que se passerait-il si la Grèce faisait défaut ?

Le risque de défaut de la Grèce devient un problème mondial : téléconférence en urgence d'Angela Merkel, de Nicolas Sarkozy et de Georges Papandréou ; réunion vendredi des ministres de la zone euro en Pologne, en présence de Timothy Geithner, le secrétaire américain au Trésor ; inquiétudes de la Chine. Quels scénarios de sortie ? « La Tribune » en a recensé six.


Alors que les dirigeants européens se lancent dans une énième « opération de la dernière chance » pour sauver la Grèce et la zone euro, il est temps de s'interroger sur les scénarios possibles. Avec pour principal objectif pour l'Europe, comme le remarque Bruno Cavalier, le chef économiste d'Oddo Securities, de « tenter de définir celui où elle sera la moins perdante possible et où elle pourra restaurer la confiance ». Revue de détails.

1 - Le statu quo ou la fuite en avant

C'est encore le scénario officiel. Il repose sur la nouvelle aide à la Grèce de 109 milliards d'euros décidée le 21 juillet dernier. Il suppose que le FMI continue à payer sa quote-part et qu'Athènes poursuive ses réformes. La Grèce est désormais à l'abri de la faillite puisqu'elle ne dépend plus des marchés pour se financer, mais de ses partenaires qui entendent la soutenir à tout prix. « Jusqu'à cet été, souligne Bruno Cavalier, cette stratégie permettait de gagner du temps avant les échéances électorales françaises et allemandes en 2012 et 2013. » Mais les attaques contre l'Espagne, l'Italie et la France et celles sur les banques rendent cette stratégie intenable. « Que gagne-t-on désormais à suivre cette voie ? » s'interroge l'économiste. Du reste, ce schéma est illusoire : avec une dette équivalente à 160 % de son PIB, la Grèce devra dégager des excédents considérables pour rembourser son dû, au risque d'étrangler son économie. Et si ses partenaires financent avec leur propre dette une dette irrécouvrable, ce sont eux bientôt qui seront menacés de faillite.

2 - La faillite « ordonnée »

Pour Bruno Cavalier, l'insolvabilité d'Athènes étant évidente, il faut restructurer sa dette « d'au moins 50 % ». Evidemment, cette option est très risquée du fait des contagions inévitable et de l'impact de ces suites sur le bilan des banques européennes. Beaucoup évoquent alors une « faillite ordonnée ». Terme flou, qui renvoie à des procédures de droit privé offrant, pour les calmer, des garanties aux créanciers comme des nantissements de revenus fiscaux ou d'entreprises publiques. Mais « dans le contexte de tensions sur les marchés et de déprime économique, je ne crois pas à cette option », estime Bruno Cavalier.

3 - La faillite « désordonnée »

Pris à la gorge, par exemple, par le retrait du FMI du plan d'aide et par le refus des Européens de se substituer à lui, Athènes peut décider unilatéralement de faire défaut. « Il faudra alors allumer des contre-feux très puissants », considère Bruno Cavalier, qui évoque un redéploiement de l'aide prévue pour Athènes vers les banques et des rachats massifs de titres italiens sur le marché secondaire par la Banque centrale européenne (BCE) pour contenir la contagion. « Si l'on compare à ce qu'ont fait la Fed et la banque d'Angleterre, elle a les moyens d'agir », juge-t-il. L'euro devrait faire les frais de ces mesures, mais ceci jouera favorablement sur la compétitivité. Les conséquences de l'opération sur l'économie grecque et la situation politique et sociale en Grèce sont, en revanche, difficiles à estimer.

4 - La faillite... et l'intégration fédéraliste

La douloureuse faillite grecque peut réveiller les consciences européennes. Moyennant l'abandon d'une grande partie de leur souveraineté fiscale et budgétaire, les États pourraient accepter une solidarité élargie entre eux. Cette évolution sera nécessairement lente et difficile, car il faudra réviser les traités et, surtout, convaincre les opinions publiques. L'échec de la constitution en 2005 reste dans toutes les mémoires. La Grèce pourrait, elle, faire figure de « laboratoire » : avec des Européens la soutenant financièrement à condition de disposer du contrôle sur le budget. Ce scénario rappellerait alors le cas de Terre-Neuve, indépendant jusqu'à sa faillite en 1932, puis géré durant 14 ans par une commission britannique avant d'intégrer la fédération canadienne.

5 - La faillite... et la sortie grecque de la zone euro

Il n'existe pas de lien de nécessité entre faillite et sortie de la zone euro. Les traités proclament l'adoption de l'euro « irréversible » et ne prévoient de sortie éventuelle que de l'Union européenne. Aucune « exclusion » n'est possible. La Grèce pourra cependant décider unilatéralement de dénoncer ces traités et d'introduire une nouvelle monnaie. Les experts de la banque UBS ont exploré les conséquences d'une telle décision. La conversion forcée des comptes et des créances en euros en néo-drachmes, dont la valeur pourrait chuter de 60 % par rapport à la monnaie unique, provoquerait un vent de panique, un effondrement du système bancaire et une série de défauts des entreprises grecques. Selon la banque japonaise Nomura, les importations, mêmes de produits de première nécessité comme l'alimentaire, deviendraient difficiles. Dès lors, Athènes devra recourir à des mesures autoritaires pour sauver ce qui peut l'être, avec des conséquences sociales et politiques imprévisibles. En retour, la dévaluation compétitive apportera bien peu à un pays dont l'économie dépend davantage du tourisme, qui dans un tel contexte chuterait, que des exportations industrielles.

6 - La sortie de la zone euro de l'Allemagne

Excédée de payer pour l'indolence grecque et lassée d'appartenir à une Union qui refuse de se plier à la discipline budgétaire, l'Allemagne pourrait décider de quitter la zone euro. Seule ou en compagnie des pays « vertueux » du « nord », comme l'a récemment conseillé l'ex-patron des patrons allemands, Hans-Olaf Henkel. Mais une telle décision aura un coût : la nouvelle devise s'appréciera rapidement, devenant une valeur refuge, et ruinera la compétitivité allemande. Les déboires actuels de la Suisse montrent la difficulté de l'exercice. Il faudra aussi recapitaliser un système bancaire dont les actifs en euros se déprécieront. UBS estime que le coût pour l'Allemagne sera de 20 à 25 % de son PIB pour la seule première année ! Sans compter que, politiquement, ce retrait aurait pour conséquence la fin de la construction européenne. Les Allemands ne semblent pas prêts à assumer pour le moment un tel coût.

 Des mesures, pas de mesurettes

Des accents dramatiques au Parlement de Strasbourg, une téléconférence Sarkozy-Merkel-Papandréou, des pays émergents et la Chine proposant leur aide, les États-Unis qui s’affolent jusqu’à dépêcher leur secrétaire d’État au Trésor à la prochaine réunion des ministres des Finances de l’UE... Mais où en est arrivée l’Europe, et particulièrement la zone euro? Au point de devoir accepter les mains secourables du Brésil et de l’Inde, des pays auxquels les Européens n’ont cessé de donner des leçons de développement ?
Hormis le provisoire effet placebo d’une méthode Coué appliquée par téléconférence, rien ne semble convaincre, faute d’un vrai leadership politique. Même les annonces drastiques comme le plan de rigueur de 54 milliards adopté par Rome font flop sur les marchés : les taux  des émissions italiennes n’ont pas baissé. Peut-être par manque de confiance, en subodorant un de ces coups de bluff dont Berlusconi est coutumier. Peut-être parce que l’austérité à l’italienne risque d’entraîner la troisième économie de la zone euro dans la récession, avec contamination assurée.
Tout ce marasme à cause de la Grèce ? Allons, Athènes touchera les huit milliards promis depuis le plan de 2010 pour encore assurer une fin de mois. Et les aides annoncées le 21 juillet dernier seront également versées. Non pas pour sauver la Grèce de la faillite mais pour secourir le secteur bancaire européen. C’est la vraie raison de tant de « sollicitude » car un « défaut » de la Grèce ferait tache d’huile : toutes les grandes banques européennes, et pas seulement la Société Générale et le Crédit Agricole, regorgent de dettes souveraines italiennes, espagnoles ou portugaises.
Bien que ces perfusions en milliards calment les symptômes (pour combien de temps?), elles ne guérissent pas le mal  dont souffre la zone euro. Une thérapie de choc est nécessaire. Mais qui l’appliquera, qui mettra de l’ « ordre dans la maison », selon le conseil donné (avec raison) par la Chine ? Seules la France (en campagne électorale) et l’Allemagne (en proie à des problèmes politiques internes) prennent ostensiblement la question à cœur, les quinze autres de l’euro se taisant prudemment. Et jusqu’à hier devant les eurodéputés, la Commission de Bruxelles ne faisait guère plus que tirer la sonnette d’alarme. Désormais, pour son président Barroso, les euro-obligations ne sont plus un tabou, à la grande satisfaction des bourses, et il verrait bien son collège de commissaires se pencher à son tour au chevet du malade. Avec une arrière-pensée : que le « gouvernement économique de la zone euro » proposé par Paris et Berlin ne se limite pas aux 17 de la monnaie unique, qu’il ne relègue pas la Commission au second plan...
Mais l’heure est à l’urgence, jusque, si cela est nécessaire, dans la refonte des traités régissant la monnaie unique et la BCE. Malheureusement, «urgence» et «Europe» semblent à jamais antinomiques. Or, la crise exige cette réponse rapide et pérenne. À défaut, les marchés s’en chargeront à leur manière. En continuant leur frénésie cyclothymique à l’écoute de la moindre rumeur. En mettant l’euro et l’Europe en péril.

Euro : peser les mots et agir vite

Peser les mots, agir vite et de concert. Si l'Europe pouvait sortir ces trois jokers simultanément, la crise de la dette serait déjà, pour une bonne part, surmontée. Mais on en est loin. Ces derniers jours, la cacophonie anxiogène vient d'atteindre des sommets. L'action des dix-sept membres de la zone euro traîne en longueur. Quant aux divisions, elles s'étalent jusqu'au coeur de l'Europe, à Berlin.

Depuis une semaine, on a en effet entendu successivement un haut responsable allemand de la BCE démissionner au coeur de la crise, un ministre allemand parler ouvertement d'une faillite de la Grèce, la Chancelière le démentir et appeler à mesurer le langage. Un appel faiblement entendu au Bundestag. Hier, la fronde parlementaire des alliés libéraux d'Angela Merkel illustrait l'ampleur des divisions Outre-Rhin.

Hier encore, dans l'attente d'une téléconférence Sarkozy-Merkel-Papandreou, c'est le ministre polonais des Finances qui renchérissait dans l'alarmisme, en évoquant la fin de l'Union européenne si la zone euro devait se fissurer. Au même moment, une agence de notation déclassait sans frémir la note de cinq régions espagnoles, dont la Catalogne. L'Italie votait dans la contestation son projet de budget. Jamais l'orchestre européen n'a paru si désaccordé, désuni et sans guide.

Depuis décembre 2009, le film de la crise grecque, qui est avant tout une crise de la dette, s'est transformé en crise de l'euro. Ni le directoire franco-allemand ni les sommets à répétition n'ont permis, jusqu'ici, d'inverser la tendance. Deux plans de sauvetage de la Grèce ont été adoptés par les dirigeants. Le premier est depuis longtemps devenu inutile, le second attend encore le feu vert des Parlements des dix-sept. Le colmatage, manifestement, ne prend pas.

Alors, les autres puissances se penchent sur le cas Europe. Washington s'inquiète. Pour la première fois, le secrétaire au Trésor américain, Tim Geithner, participera à la rencontre des ministres des Finances de l'Union européenne, vendredi et samedi en Pologne. L'image sera d'ailleurs un bon résumé du problème de la gouvernance économique de l'euro, de ce qui différencie l'Europe des États-Unis dans la gestion de la crise. D'un côté, vingt-sept ministres, de l'autre un seul.

Les émergents, les seuls à disposer de liquidités, sont là, eux aussi, autour du patient. On les invite à racheter de la dette en Europe, ce que la Chine a déjà commencé à faire. Le marché européen, le plus développé du monde, fort potentiellement de ses cinq cents millions d'âmes, de son savoir-faire, serait le nouveau grand malade. Même si son déficit et son endettement restent inférieurs à celui des États-Unis.

Drôle de climat que celui de ce psychodrame financier qui flirte de plus en plus dangereusement avec une crise réelle. Et la répétition de ce schéma brouille les critères ordinaires de la communication politique. Quand la confiance fait défaut, le poids des mots peut être redoutable. Les marchés, dit-on, y sont sensibles. Mais aussi pondérés soient-ils, les mots à eux seuls ne peuvent plus combler un manque de vision, de réaction, de projet, d'unité. Tout ce qu'il est encore temps de donner à l'Europe, à condition de le vouloir.

Écrans

Six candidats ce soir chez David Pujadas, un revenant dimanche chez Claire Chazal… Les socialistes occupent nos écrans, dans des registres bien différents. Ce soir, c’est politique, première télévisée d’une primaire qui mêlera grandes envolées et coups bas, boules puantes et promesses d’espoir. Car des six réunis ce soir sur France 2, il n’en restera qu’un, au lendemain du 16 octobre, pour affronter l’épreuve présidentielle – cela vaut bien qu’on y débatte à deux fois et davantage. Dimanche soir sur TF1, ce ne sera plus politique, mais people : Claire, l’amie d’Anne Sinclair, reçoit Dominique, le mari d’Anne. La destinée de DSK a hésité entre l’Élysée et la prison, il nous dira ce qu’il en espère désormais. Peut-être même présentera-t-il ses excuses à tous ceux qui auraient rêvé de le voir chez Pujadas, triomphant de ses concurrents... Il y a mille manières de jouer les vedettes, sur le petit écran.

20 pays où il ne fait pas bon vivre

Freedom House publie le classement des 20 pays où les droits de l'Homme et la démocratie sont bafoués.
 

Corée du Nord

SELON LE CLASSEMENT établi par Freedom House [PDF], le peuple le moins libre au monde est celui de la Corée du Nord. Kim Jong Il dirige le pays depuis 1994, année de la mort de son père (Kim Il Sung, chef d’État et fondateur de la Corée du Nord), et détient tout le pouvoir politique du pays. Le régime maintient un réseau de camps d’emprisonnement, où des milliers de prisonniers politiques subissent des mauvais traitements.
Toutes les facettes de la vie privée —l’emploi, l’éducation, le logement, et l’accès aux soins de santé sont déterminées par un système semi-héréditaire, qui classifie les citoyens en sous-groupes définis en fonction de la «loyauté» de chaque famille vis-à-vis du régime.
Après des décennies d’une gestion calamiteuse, le pays dépend directement de l’aide alimentaire extérieure —étroitement contrôlée par le pouvoir—, et sa population meurt de faim. Cette année, la Corée du Nord a procédé à différents changements au sommet de l’État: plusieurs membres clés de la famille de Kim Jong Il ont été promus en prévision de sa succession. Son fils, Kim Jong Un, apparaît aujourd’hui comme son probable successeur.
Freedom House
Freedom House est une organisation non gouvernementale indépendante qui soutient l'expansion des libertés dans le monde. L'organisation soutient le changement démocratique, surveille l'état de la liberté dans le monde et défend la démocratie et les droits de l'Homme.

Traduit par Jean-Clément Nau

Crise: la guerre de Grèce n'est pas perdue

Tenir bon jusqu'au Bundestag... Si les gouvernements tiennent tête aux marchés, alors l’Europe sortira de la pire tempête qu’elle a connu et, dès lors, l’eurozone sera inoxydable. 
 Et si les gouvernements gagnaient la guerre de Grèce contre les marchés? Et si l’ensemble des décisions prises –à savoir la quasi mise sous tutelle d’Athènes par les envoyés de la Troïka (la Commission, la banque centrale européenne et le FMI), la mise en œuvre des deux plans d’aide de 110 milliards d’euros chacun et, troisième volet, l’abandon «volontaire» par les banques de 20% de leurs créances– si ces décisions permettaient d’éviter le krach?
Il suffit pour cela que, dans la douleur et les larmes, le gouvernement Papandreou et la Troïka parviennent à imposer les mesures prévues d’austérité, quitte à en rajouter encore si la récession (le PIB va se creuser de plus de 5% cette année) tarit encore plus le robinet des recettes fiscales.
Il suffit pour ça que le gouvernement grec n’ait pas besoin de lever plus de liquidités que ne lui en versent les autres membres de la zone euro.
Ce passage de cap est oh combien difficile! Il faudra mois après mois maintenir à flot la trésorerie de l’Etat. 
Mais certains au sein des gouvernements de l’eurozone y croient encore. S’ils ont raison, si un «défaut» grec est évité, alors l’Europe sera sortie de la pire tempête qu’elle a connu et, dès lors, l’eurozone sortira inoxydable.
Les gouvernements auront fait un pas considérable en créant les outils de gestion de crise qui manquaient, dont le Fonds européen de stabilité financière. L’euro entrera dans l’âge adulte, fort et presque inattaquable.

Et l'euro deviendrait plus fort que le dollar

C’est d’ailleurs cette perspective d’un sauvetage européen réussi qui, selon les tenants du «complot américain», crée des frayeurs à Wall Street: l’euro jeune monnaie est déjà une monnaie de réserve (avec une part du «marché» mondial de 30%), elle sera alors à même de passer à l’étape suivante et de devenir monnaie d’échange (par exemple payer son gaz en monnaie européenne). Avec toutes les conséquences que cela implique, comme le déplacement de milliers d’opérations financières et d’emplois de New York vers l’Europe (vers Londres sans doute) et la perte symétrique pour les grands banques américaines.
Cette hypothèse est au cœur du relatif immobilisme d’aujourd’hui: il suffit de tenir bon, jusqu’au vote par le Bundestag du deuxième plan d’aide à la Grèce, vote qui aura lieu le 29 septembre.
Tenir bon, ne pas changer de ligne et faire taire les sceptiques: c’est ce à quoi s’est employée Angela Merkel sur une radio allemande le 13 septembre, en imposant le silence dans ses rangs. La chancelière, sans doute invitée à ce geste par le président français, estime qu’il n’est pas nécessaire d’en rajouter à l’affolement des marchés par des déclarations anticipant un défaut grec voire une sortie de l’euro.
Maintenir la ligne: ne rien faire de plus, en particulier pour les banques européennes dans l’immédiat. Si elles sont attaquées, c’est uniquement à cause de la crise des Etats, il n’y a pas d’autre cause. Les craintes qu’elles défaillent sont irrationnelles. Contre l’irrationalité, il n’y a rien à faire que d’attendre que les marchés se calment.
Est-ce possible? Peut-on rêver encore s’en sortir avec ce dispositif? Ce serait évidemment l’idéal: puisque les banques ont accepté «volontairement» de faire une croix sur 20% de leur dette grecque, on ne peut pas parler juridiquement de défaut.
Autrement dit, la zone euro se serait sortie d’affaire sans faire défaut, comme le souhaite Jean-Claude Trichet avec vigueur et constance depuis le début.
Un mirage? Pour les marchés financiers et, désormais, beaucoup de monde au sein des gouvernements, cette stratégie ne suffira pas. Elle ne va pas tenir jusqu’en 2013, date butoir visée car à cette date le «défaut» juridique devient possible: à partir de 2013, les nouvelles créances comporteront une clause de risque de défaut à la charge des investisseurs privés. L’honneur de Trichet sera sauf. C’est donc tout l’objectif des gouvernements que de tenir jusque-là.
Mais donc, selon les marchés, c’est trop loin. L’examen des échéances grecques convainc que le pays manquera de liquidités avant 2013, probablement même avant la fin 2011.

L'idée du pare-feu

Dès lors, il faut une autre stratégie. Et celle-ci, celle d’un «vrai défaut» grec,  est préparée en coulisses. Il ne s’agit même plus d’un secret. Mais que se prépare-t-il exactement? Un défaut de la Grèce sur 50% de ses dettes? Un sauvetage de ses banques, aspirées dans le vide dans ce cas? Sûrement.
Mais il y a fort à parier qu’il faudra aller encore plus loin, jusqu’à l’organisation d’un grand pare-feu complet et global.
Cette idée de pare-feu avait été envisagée, avant le vote du deuxième plan, mais elle a été repoussée par Jean-Claude Trichet qui s’arc-boute à la pureté d’une zone euro «sans défaut».
Elle est reprise actuellement mais en quelque sorte mise au réfrigérateur avant le 29 septembre. On ne va la promouvoir et abandonner le deuxième plan alors que les députés allemands, si réticents, sont convoqués et qu’il faut, en tout état de cause, qu’ils votent la transformation et le refinancement du FESF. Attendre le 29 septembre, voilà le cœur de la stratégie actuelle des gouvernements.
Ensuite, le 30 septembre, soit la crise s’apaise –le rêve. Soit elle reprend –mais alors les Etat seront mieux armés.
Que pourront-ils faire? Anticiper les effets d’un vrai défaut grec sur les autres pays surendettés; calculer de combien il faut aussi prévoir un défaut portugais (par exemple un défaut de 15% des dettes), idem pour l’Irlande; s’occuper des conséquences pour les banques de ces pays et des autres et mettre de côté de quoi les renflouer; enfin, imaginer une solution pour l’Italie.

Les pauvres au secours des riches

L’Europe seule est trop petite pour la sauver en cas d’attaque, il faut mondialiser le plan. La Chine, un moment contactée, a refusé d’acheter des titres italiens. Il reste les Etats-Unis: en clair, il faudrait dire (et cela suffirait) que la Federal Reserve américaine est partie prenante du plan.
Reste aussi… les autres pays des Brics: Brésil, Russie, Afrique du Sud ou Inde… Le ministre de Finances brésilien,  Guido Mantega, a annoncé le 13 septembre que ces pays allaient se réunir à Washington la semaine prochaine (à l’occasion de l’assemblée du FMI) «pour savoir comment aider l’Union européenne à sortir de la crise». Une déclaration absolument historique sur laquelle il faut s’arrêter: les pauvres viennent au secours des riches.
La Grèce, vieux creuset de la civilisation européenne, aura-t-elle présidé à sa chute au second rang des nations du monde?

"Les Grecs vont dépenser l'aide en ouzo"

Le premier ministre estonien Andrus Ansip a jugé mercredi "primitives et insultantes" les insinuations de membres de l'opposition parlementaire en Estonie selon lesquelles les Grecs "dépenseront l'aide (européenne) en ouzo, pour danser ensuite le sirtaki". "C'est insultant, non seulement pour la nation et l'Etat grecs, mais aussi pour tous les chefs des Etats membres de l'UE et les employés de la Banque centrale européenne", a déclaré M. Ansip lors d'un débat au parlement estonien.

Plus tôt, la députée de l'opposition centriste Marika Tuus-Laul a considéré comme "injuste" une contribution estonienne au fonds européen d'aide, après les années où les Estoniens ont dû se serrer la ceinture avant que leur pays puisse rejoindre la zone euro au 1er janvier 2011. "Les sommes que l'Estonie doit débourser paraissent aux gens très importantes et injustes", a-t-elle déclaré. "Nous avons procédé à de nombreuses coupes et gelé nos retraites. Aujourd'hui, j'ai l'impression que les Grecs veulent boire du vin et continuer à verser des retraites élevées à leurs personnes âgées, alors que c'est nous qui serons obligés de payer pour cela", a-t-elle dit.

Le parlement estonien va prochainement débattre et voter sur le renforcement du Fonds européen de stabilité financière (FESF) et la création en 2013 d'un mécanisme de sauvetage permanent. La coalition de centre-droite de Andrus Ansip dispose de 56 voix dans le parlement de 101 sièges.

mercredi 14 septembre 2011

Delors: sauver la Grèce et sauver l'euro

L'ancien président de la Commission européenne, Jacques Delors, a jugé aujourd'hui  indispensable de maintenir la Grèce dans la zone euro pour éviter une contagion à d'autres pays.

"Si la Grèce quitte l'euro, c'est l'effet domino, le lendemain les marchés vont s'intéresser davantage aux autres pays, ce que l'Allemagne appelle 'l'olive zone', l'Espagne et l'Italie notamment", a-t-il déclaré lors de l'émission Question d'infos LCP-Le Monde-AFP-France Info-Dailymotion.  "Sauver le soldat grec, c'est sauver l'euro", a ajouté l'ancien ministre des Finances (1981-1984) et président de la Commission européenne (1985-1994).

La fin de la monnaie unique signerait selon lui "la fin d'une certaine idée de l'aventure européenne".  Jacques Delors a eu des mots sévères pour les dirigeants français et allemand Nicolas Sarkozy et Angela Merkel dans la conduite des affaires de la zone euro.  "On dirait que les 15 autres regardent la France et l'Allemagne. De temps en temps ils bougonnent (...), mais il n'y a plus cet esprit collégial, cet équilibre", a-t-il estimé.  "Quant aux institutions européennes, monsieur Sarkozy et madame Merkel leur ont mis tellement de coups sur la tête à monsieur Barroso et monsieur Junker que ces deux-là ne savent plus où se mettre, se taisent", a-t-il ajouté.

QUE NE SE TAIT-IL PAS CE SOMBRE CON ???

Faut-il punir les Grecs ?

Les Grecs nous ont menti pendant des années en truquant leurs comptes publics pour entrer dans l'Euro. Il ne font pas les efforts qu'ils prétendent faire. Faut-il refuser de payer leur ardoise et les sortir de l'Euro pour autant? Non, bien sûr. La Grèce, c'est l'Europe. Leur monnaie, c'est la nôtre et leurs difficultés sont les nôtres. L'Europe survivra et sortira plus forte. L'édito de Christophe Barbier.


La règle d'or, un "piège à cons" pour Delors ?

Pour Jacques Delors, la règle d'or sur l'équilibre des finances publiques n'est ni plus ni moins qu'un « piège à cons pour l'opposition ». 

Est-ce le début des débats socialistes en vue des primaires qui a poussé Jacques Delors à sortir de l'ornière ? Le père de la candidate Martine Aubry est intervenu mercredi à l'occasion de l'émission Questions d'info LCP/France Info/Le Monde/AFP/Dailymotion. Si certains reprochent à la maire de Lille son manque de dynamisme lors de la campagne pour l'investiture du PS, son père n'est semble-t-il pas fait du même bois. L'ancien président de la Commission européenne s'est vivement invité dans le débat public, critiquant largement la règle d'or proposée par Nicolas Sarkozy et visant à inscrire dans la Constitution l'équilibre des finances publiques. 
On croyait Jacques Delors favorable à une telle initiative. On se trompait. « Une règle d'or, pour qu'elle soit valable, il faut qu'elle définisse bien, ce qu'on appelle un déficit. Prenons un exemple, un pays X a 96 % de recettes par rapport à 100 de dépenses. Il se trouve que les 4 % de dépenses en plus sont des dépenses d'avenir. Est-ce qu'il doit tout faire financer par les recettes de cette année ? », s'est-il interrogé. Et de répondre : « Puisque ces dépenses profiteront aux prochaines générations », il faut recourir à l'emprunt ; et sur la règle d'or, il  « faut préciser les choses ».

Vide

L'ancien président de la Commission européenne a un avis bien tranché sur la question. Pour lui, « la règle d'or, c'est comme celui qui va à confesse et qui dit : 'je ne recommencerai pas'. (…) On se fout du monde, et pour la France, je n'en dis pas plus, c'est un piège à cons pour l'opposition. » Jacques Delors va même jusqu'à considérer cette proposition comme « une très bonne opération de marketing, mais derrière, c'est le vide ». 
Papa Aubry, Monsieur sans couilles ( il a tout de même eu la trouille de se présenter aux présidentielles 1995), nous sort une connerie de plus pour protéger sa fille.

Réformer les banques ? Pas avant 2019...

La réforme des banques britanniques vise à éviter que le contribuable ne soit de nouveau obligé de les renflouer. Mais, d'ici à sa mise en œuvre, de nouvelles crises ont largement le temps d'éclater.
 
Pour les observateurs de la crise bancaire, les jours qui viennent marqueront deux anniversaires : celui de la ruée des clients de Northern Rock, en septembre 2007 [la banque britannique a été nationalisée l'année suivante], et celui de la faillite du géant américain Lehman Brothers, le 15 septembre 2008. Cet effondrement a déclenché la crise qui devait finalement contraindre le contribuable britannique à renflouer les banques du pays [Royal Bank of Scotland (RBS) et Lloyds Banking Group] en octobre 2008.

Il ne faut donc pas s’étonner si, du point de vue des syndicats, la Commission indépendante sur les banques (CIB), dans son rapport sur le secteur [remis le lundi 12 septembre], repousse la réforme des banques aux calendes grecques. Sous la présidence de sir John Vickers, la CIB propose certes d'ériger une muraille entre les activités de banque de dépôts et les opérations d’investissements, plus risquées, mais il n’est apparemment pas nécessaire de mettre ces propositions en œuvre avant 2019 – ou, comme le ministre des Finances l’a dit  “d’ici la fin de la décennie”. [George Osborne s'est engagé à faire adopter les textes nécessaires durant l'actuelle législature, soit avant 2015, pour une mise en œuvre progressive.]

Quant à ceux qui espéraient des propositions radicales afin de renforcer les droits des consommateurs, habitués à être mal servis tout en se faisant escroquer par la vente de produits comme l’assurance décès-invalidité, ils en seront pour leurs frais. Il ne devrait pas y avoir d’enquête sur la concurrence dans un secteur dominé par le Lloyds Banking Group. En outre, la CIB est revenue sur une proposition précédente et ne demande plus à cet établissement de se séparer d'agences supplémentaires, se contentant des 632 actuellement mises en vente pour répondre aux exigences des régulateurs de l’Union européenne. [C'était la condition posée par l'UE pour le renflouement du Lloyds Banking Group par l'Etat.]

La CIB est la première à reconnaître que ses mesures sont “délibérément composées d’éléments modérés”, mais elle pense que, une fois combinées, elles auront des conséquences “d’une grande portée”. A en juger par les mouvements autour des actions des grandes banques le 12 septembre, l’inquiétude est à l’ordre du jour – à l’ouverture, les banques britanniques avaient chuté de 5 %, ce qui reste moins important que la dégringolade de leurs homologues françaises. Preuve que le marché réagit à l’aggravation de la crise dans la zone euro, au lieu de faire une fixation sur le rapport Vickers. D'ailleurs, en milieu de matinée, les actions des banques britanniques s’étaient reprises.

En réalité, Vickers n'est pas allé aussi loin que l'auraient souhaité les partisans d'une réforme radicale. Il n'y aura pas une séparation totale entre les banques de dépôt et les banques d'investissements “casinos”, telle que l'avait prônée Vince Cable, le ministre des Affaires [libéral-démocrate], afin d'éviter un nouveau sauvetage par les contribuables.

Ian Gordon, analyste bancaire chez Evolution, admet d'ailleurs que les banques ont échappé au “pire”. “Le rapport de la CIB est inopportun et n'apporte rien, mais cela aurait pu être encore bien pire, assure-t-il. Certes, nous continuons à considérer que les recommandations de la CIB accroîtront de manière permanente les risques d'instabilité au sein du secteur britannique des services financiers, ce qui ne pourra qu'avoir des conséquences négatives sur l'économie du Royaume-Uni dans son ensemble ; mais certains des pires excès du projet de ‘réformes’ extrémistes ont été, semble-t-il, limités. Nous admettons qu'un tel commentaire puisse paraître un peu bizarre, alors même que la CIB évalue encore la mise en œuvre de ses dangereuses propositions de ‘pare-feu’ à  4 à 7 milliards de livres [4,6 à 8,1 milliards d'euros]."

Les patrons des banques ne vont pas manquer de se plaindre. Mais, étant donné que la plupart d'entre eux auront changé de poste en 2019, ce ne sera peut-être plus leur problème. Et, en 2019, nous aurons peut-être un nouvel anniversaire de crise à célébrer.


Consensus politique presque parfait
Le rapport de la CIB a finalement été adopté par le chancelier de l'Echiquier, George Osborne, longtemps réticent. Osborne, rapporte The Independent, a travaillé avec ses partenaires libéraux-démocrates à convaincre le Premier ministre David Cameron. Celui-ci était                                 
soumis à un intense lobbying de la part des banques, qui affirmaient que les réformes mettraient en danger la reprise. Le Labour a aussi approuvé le rapport, reprochant au gouvernement de "traîner des pieds" dans sa mise en œuvre.

Une farce tragique

Intégrer une taxe dans les factures d’électricité : la dernière proposition du gouvernement est un aveu d’échec des mesures prises depuis un an et demi, déplore Ta Nea. Et le comble, c’est que certains fonctionnaires refusent de l’appliquer. 

Comme dans les sombres tragédies de Shakespeare, la scène politique grecque peut être renversée par un seul personnage. Ce personnage n'est pas un premier rôle mais il est crucial dans l'évolution des scènes, et pas positif. Quelqu'un comme Iago dans Othello.
Toute proportions gardées, cette analogie pourrait s'appliquer à Nikos Fotopoulos, le président du syndicat Genop-DEI (l'Electricité de Grèce). Il est brun, mal rasé, vêtu de noir et a quelque chose de théâtral.  Mais surtout parce que ce syndicaliste surgit sur le devant de la scène à un moment critique de notre tragédie financière nationale.
Le gouvernement Papandréou est déséspéré. Il cherche environ 2 milliards d'euros pour combler le déficit public. Pour les recueillir, il a donc soumis l'idée d'imposer à nouveau les propriétés immobilières, en utilisant les factures d'électricité [pour identifier les propriétaires] car il n'y a pas de cadastre, tandis que DEI comptabilise au mètre carré près l'ancienneté et le quartier. Mais utiliser les factures de DEI pour imposer une nouvelle taxe [elle sera intégrée dans le calcul de la facture]  est l'aveu d'un échec. Le gouvernement reconnaît ainsi qu’il ne fait pas confiance aux mécanismes de récolte de l'impôt. C'est un bien triste constat qui remet en cause l’efficacité des taxes précédentes.

L'élite de l'Etat se retourne contre leur propre gouvernement

Le gouvernement va donc imposer une nouvelle taxe extraordinaire cette année et l'année prochaine. Il le fait parce que depuis 20 mois, il essaie en vain de réformer l'administration publique, de vendre des biens et de supprimer des organismes publics. Il y a eu des coupes sur les salaires, mais pas de véritables réformes. La mise en place d'un salaire unique pour tous les fonctionnaires à tellement d'exceptions que ce salaire s'annule de lui même, la mise en disponibilité de fonctionnaires est tellement obscure que l'Etat ne pourra pas y arriver sans licencier des employés d'Etat.
En réalité, le PASOK [le parti socialiste au pouvoir], pas plus que la Nouvelle Démocratie [l’opposition de droite], n'ose toucher à l'Etat parce que c'est sa propre création, même si c'est une horreur. Pour éviter de réformer l'Etat, le gouvernement préfère faire payer tous les propriétaires grecs.
C'est donc une pièce de théâtre avec un metteur en scène invisible mais, ironiquement, avec pour personnage Fotopoulos et les caïds de Genop-DEI qui refusent que les factures d'éléctricité soient utilisées pour appliquer la loi imposée par le gouvernement. Ces enfants du PASOK, qui constituent une élite de l'Etat, se retournent donc contre leur propre gouvernement. Ils préfèrent que le pays sombre dans la faillite plutôt que toucher à leurs avantages. Dans tous les cas, le coût sera important pour les Grecs. Le problème est donc qu'aucune vraie tragédie – de Shakespeare ou des financiers – n’a de fin heureuse. Au final, nous devront payer.

A la Une

Derniers euros dans les caisses

"Il n'y a de l'argent que jusqu'en octobre", s’alarme To Vima. "Il y a donc urgence, et le retour des experts de l'UE et du FMI la semaine prochaine sera décisif. Le gouvernement grec fera tout pour que la sixième tranche du prêt de 100 milliards d'euros lui soit accordée. Sinon, c'est le défaut de paiement assuré. Cela effraie les marchés et déstabilise le gouvernement assommé par les pressions de ses créanciers et par les déclarations des dirigeants allemands dans la presse", note le quotidien.

Des marchés vraiment trop réactifs

Parler ou ne pas parler ? Que dire ou ne pas dire ? La crise financière est décidément un casse-tête pour nos gouvernants. Ils semblent perdus face à des marchés qui sursautent à la moindre rumeur, sur-réagissent au silence comme à une déclaration ou à un démenti. Au final, pour faire remonter un temps les cours, la simple annonce d'une téléconférence avec le premier ministre grec en fait autant que l'évocation d'une aide des grands pays émergents à l'Europe. Si le yoyo actuel a tendance à faire perdre leurs nerfs aux bourses, le tandem Sarkozy-Merkel doit garder les siens plus que jamais. Surtout après les dégâts produits par l'attentisme et les divisions de leurs partenaires européens, sans oublier les fuites dans leurs entourages. Un sacré champ de mines, dont nul en Europe y compris à Bruxelles, n'a réussi à prendre la mesure. Même le tabou ultime, la faillite partielle de la Grèce, n'est désormais plus exclu, illustrant l'absence d'une ligne directrice et d'un leadership affirmé. On comprend mieux la tentation du président de revenir à la politique nationale et à sa candidature, sujets qu'il maîtrise bien mieux : en promettant des places de prison et des mineurs délinquants encadrés par des militaires, il a fait réagir tout le monde et fâche Ségolène Royal. De la vraie communication électoraliste aux accents classiquement sécuritaires, qui ne coûte rien et dont personne n'est vraiment dupe. C'est bien plus simple que de parler aux marchés financiers. Eux exigent des projets clairs et financés, des résultats rapides et concrets. Et ils votent tous les jours à la Bourse, pas dans neuf mois…

Délit de paresse

Pendant de longues semaines encore, le président de la République fera savoir qu’il se consacrera jusqu’au bout à son «métier» de chef de l’État. Comprenez: pendant que les socialistes s’écharpent dans leurs primaires, je m’occupe du pays! Une posture sans surprise, mais elle ne trompe personne. Si Nicolas Sarkozy est bien à la manœuvre et si cet hyperactif a multiplié les voyages éclairs en province depuis son entrée à l’Élysée, il est déjà bel et bien en campagne pour 2012 au rythme de ses déplacements officiels aux six coins de l’Hexagone et, accessoirement, aux frais de la nation.

Hier, le thème était donc les mineurs délinquants et les prisons. Tout sauf une surprise puisque ce grand classique a fait partie de sa liste de favoris dès son arrivée au ministère de l’intérieur. Dix ans! Un long bail qui, en creux, fait apparaître l’échec d’une politique et l’incapacité de son promoteur à mener à bien les objectifs qu’il lui avait assignés.

Retour à la case départ, donc. Bien évidemment, on ne saurait reprocher au président l’évolution avérée de la délinquance juvénile vers des formes de plus en plus violentes et de plus en plus précoces. La tâche, mouvante, était difficile. Elle aurait sans doute mérité moins d’arrogance, de vantardises, d’annonces, et plus de ténacité, d’imagination, de constance.

Celui qui fut le ministre de l’Intérieur avait pourtant, dès le départ, insisté sur l’urgence de développer des centres éducatifs fermés qui apparaissent comme autant de lieux adaptés pour éviter à des jeunes de prendre le chemin de la prison, et leur ouvrir une voie vers un salut. Mais peu d’efforts, finalement, ont été réellement entrepris pour généraliser et enrichir les expériences souvent positives menées par nombre d’associations spécialisées.

Plus spectaculaire, la solution de facilité a prévalu. L’incarcération. De ce point de vue, M. Sarkozy est coupable de paresse dans la conception, primaire, de sa politique répressive. Ses orientations n’avaient aucune chance de corriger le retard dans l’exécution des peines, ni de remédier au désastre carcéral français dénoncé depuis tant d’années, y compris à l’échelon européen. Surpeuplement, vétusté, insuffisance d’encadrement spécialisé... Des usines criminogènes qui non seulement fabriquent de la récidive mais transforment des petits voyous en brutes beaucoup plus difficilement récupérables à la sortie.

Alors, 30 000 places de détention supplémentaires, pourquoi pas? Des encadrements militaires plutôt que la prison, pourquoi pas (avec toutes les précautions, toutefois, pour qu’ils ne soient pas des camps livrés à l’arbitraire d’un régime d’exception et du non-droit)? Mais assez de rodomontades! Des actes, maintenant! Ce qui suppose d’expliquer un vrai volontarisme de société. Et son coût.

Recomposition au Proche Orient

Il y a un peu plus d'un an, la diplomatie israélienne pouvait encore tabler sur trois axes majeurs de son environnement proche. La stabilité du régime syrien, dont c'était d'ailleurs la seule vertu. La solidité des relations avec l'Égypte, premier État arabe à avoir signé, dès 1979, la paix avec Israël. La coopération militaire et stratégique avec la Turquie.

Ces axes, aujourd'hui, n'existent plus. La Syrie est au bord de l'implosion sous la pression incessante de la rue. L'Égypte n'est plus dirigée par Moubarak, chassé en février, mais par des militaires qui viennent de laisser saccager l'ambassade israélienne au Caire. La Turquie n'est plus un allié depuis que l'épisode sanglant de la flottille pour Gaza a fini de brouiller les deux partenaires. Depuis, surtout, qu'Ankara étale ouvertement ses visées diplomatiques sur l'ensemble de la région.

Israël, plus isolé que jamais, ne peut plus compter sur ses alliés. Ses ennemis (l'Iran, le Hamas, le Hezbollah) ne baissent pas la garde pour autant. Le contexte y est pour beaucoup. Les choix du gouvernement Nétanyahou aussi, prisonnier d'un attentisme sécuritaire qui le place à la remorque des bouleversements en cours.

Car c'est, en fait, toute la région qui est en pleine recomposition, sous l'effet cumulé du Printemps arabe et des suites de la guerre en Irak. Le vote, la semaine prochaine aux Nations Unies, d'une résolution qui pourrait mener à une reconnaissance internationale de l'État palestinien ajoute à la mobilité du tableau, comme un facteur d'accélération aux répercussions assez imprévisibles.

Le « moment turc »

Nouvel acteur clé, la Turquie de Recep Tayyip Erdogan est la puissance montante de ce nouveau Proche Orient. La visite triomphale que le Premier ministre turc effectuait hier au Caire, ses voyages à suivre en Libye et en Tunisie, les desseins stratégiques finement élaborés depuis cinq ans par son ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, la vigueur de l'économie turque dont la croissance au second trimestre a atteint 8,8 % cette année : tout corrobore cette montée en puissance. Même l'exportation des séries télévisées turques sert ce dessein d'influence.

Ce choix délibéré d'Ankara est favorisé par la faiblesse américaine et les turbulences arabes qui viennent d'ôter au Caire et à Damas une part de leur influence. Le « moment turc » se nourrit en outre d'une corde malheureusement sensible dans toute la région. Que les critiques à son encontre soient fondées ou non, l'hostilité à Israël fédère. Erdogan sait qu'en agitant l'épouvantail israélien, il gomme d'autant mieux tout ce qui pourrait être perçu par les populations arabes comme une résurgence de la puissance ottomane.

Et les Palestiniens dans tout cela ? Longtemps à l'écart du mal nommé Printemps arabe, ils voient leur cause faire un retour fulgurant au centre de la scène diplomatique. Pour de bonnes raisons, tant la demande de reconnaissance internationale est légitime. Pour mille autres raisons aussi, moins généreuses. Le dossier palestinien n'est-il pas, depuis des lustres, un gage de plus-value diplomatique pour tous ceux qui s'en saisissent ?

Pataquès Sarkozy-Merkel sur le sauvetage des banques et de la Grèce

L'Elysée a nié vers 14 heures la publication, mardi 13 septembre, d'un communiqué commun entre la chancelière allemande, Angela Merkel, et le chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy. Pourtant, l'idée d'une initiative franco-allemande a été annoncée par l'agence Reuters tandis qu'un conseiller de l'Elysée confirmait au Monde la publication d'un communiqué dans l'après-midi.  Après avoir rappelé leur engagement à ratifier le plan de sauvetage grec, invité Athènes à respecter ses engagements, les deux dirigeants devaient réaffirmer leur volonté de soutenir leurs banques. Ceci alors que M. Sarkozy reçoit le président du conseil de l'Union européenne, Herman Van Rompuy, mardi en fin d'après-midi.
En fait, un communiqué était bel et bien en préparation au service de presse de l'Elysée mardi matin. Le premier ministre, François Fillon, a évoqué une initiative franco-allemande au petit déjeuner de la majorité. Visiblement, le feu vert de Berlin n'était pas encore là.  "Pouvez-vous confirmer la publication d'un communiqué dans l'après-midi ?", a-t-on demandé à un responsable allemand: "Non", répond-il au Monde.
Le pataquès de communication révèle l'immense fébrilité des dirigeants européens, notamment français, qui étudient toutes les options pour sauver leurs banques des attaques des marchés.
Pour sortir de la crise, il faudrait assainir le bilan des banques et les recapitaliser. Il n’est pas possible de faire appel aux marchés financiers, tant la défiance est forte. D’où l’idée d’avoir une participation de l’Etat. Nationalisation ? Bercy oppose un "triple démenti". Mais l’idée d’une intervention n’est pas exclue dans les cercles du pouvoir. "Evidemment que c’est étudié, c’est étudié dans tous les pays du monde", explique un proche de l’exécutif. L’intervention pourrait prendre la forme d’une participation au capital, de prêts participatifs, etc. "C’est une poignée de milliards d’euros qui ne change pas l’endettement de la puissance publique", poursuit ce proche. Avec l’idée de s’octroyer une clause de retour à meilleure fortune.
En 2008, l’Etat avait sauvé les banques mais n’avait pas profité de leur extraordinaire rebond en Bourse. "Si on va à la faillite, on verra. Mais pour l’instant on n’y est pas", poursuit un conseiller de M. Sarkozy.
Il n’est pas exclu d’avoir une réponse coordonnée comme lors du sauvetage de 2008. Le Fonds européen de stabilité financière (FESF), dont les nouvelles missions ont été arrêtées le 21 juillet, aura la capacité de recapitaliser les banques. En France, le bras armé habituel de l’Etat est la Caisse des dépôts, mais "pour l’instant, elle n’est pas mise à contribution", assure ce conseiller.
Pour l’heure,  le financement au jour le jour est assuré par la Banque centrale européenne (BCE). La crainte est que les déposants retirent leurs avoirs. "Ce n’est pas le cas pour l’instant", explique cet expert.
Le renforcement des fonds propres des banques impliquerait une opération vérité sur les comptes. "La BNP et la Société générale n’ont provisionné leurs créances grecques qu’à hauteur de 21 %. Elles doivent faire comme Axa et aller à 40 %", accuse un haut responsable financier français. Les règlements de comptes commencent. "Les banques auraient dû accepter une restructuration de la dette grecque de 30 % à 40 % il y six mois. Mais Michel Pébereau [patron de BNP Paribas] a refusé de payer, prétextant que cela allait créer un effet de contagion sur les autres pays", poursuit ce responsable. Henri de Castries, patron d’Axa, lui, prônait un sacrifice immédiat, mais n’a pas été entendu, l’Elysée choisissant la ligne Pébereau. "Le provisionnement à 21 % a été recommandé par les institutions internationales", défend un banquier de la place.
Le calendrier est serré avec la tenue d’un Eurogroupe, en présence du secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner, vendredi à Wroclaw en Pologne, alors que le G7 n’a pas permis de dégager une ligne de conduite claire. "Si une déclaration euro-américaine, ou Europe-Fonds monétaire international, ne suffit pas, la convocation d’un conseil européen apparaît inéluctable", poursuit cet expert financier.

La zone euro peut-elle éviter l’extinction ?

Le ministre de l’Economie, Philipp Rösler – qui est aussi le chef de file du FDP, appartenant à la coalition Merkel – est le responsable de cette inoubliable phrase : « la faillite de la Grèce n’est plus tabou ». Quant au ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, d’après Der Spiegel, il aurait élaboré deux scénarios possibles, dont celui de la faillite de la Grèce accompagnée d’une sortie de la zone euro.
Avez-vous remarqué, cher lecteur, que depuis quelques jours, les médias n’ont plus que le mot tabou en bouche ? Le « tabou » sur le défaut de la Grèce serait levé. De même que le « tabou » de sa sortie de la zone euro. Une manière polie de nous avouer que gouvernements et autorités concernées nous avaient menti ces derniers mois en excluant ne serait-ce que la possibilité de défaut de la Grèce. Que les stress tests bancaire étaient complètement faussés et absolument pas réalistes.

Cette manipulation pudique de la réalité se paie chère sur toile de fond de dissensions grandissantes non seulement au sein de la zone euro (entre l’Allemagne et le reste de l’Europe) mais aussi au sein même de la BCE et des différents pays membres de la zone.
Un rapport d’UBS sème encore plus le doute (vous pouvez le lire ainsi qu’un résumé, ici) : « Sous sa forme actuelle et avec ses membres actuels, l’euro ne fonctionne pas. Soit son fonctionnement, soit ses membres devront changer ».
Changer le fonctionnement de la zone euro
Une solution régulièrement évoquée mais qui, une nouvelle fois, se heurte aux défauts structurels de la zone euro : la multiplicité des intérêts de chacun de ses membres. La crise de la dette européenne a déjà l’occasion pour la BCE de passer outre ses principes en rachetant de manière massive les obligations des Etats en détresse.
Jean-Claude Trichet semble aussi avoir mis un mouchoir sur sa lutte contre l’inflation. La semaine dernière, il a d’ailleurs annoncé que la BCE n’augmenterait pas ses taux directeurs.
Quelles réformes pourraient être introduites ? La principale reviendrait à donner encore plus de pouvoir à la BCE pour… faire de l’assouplissement quantitatif par exemple. Ce qui permettrait certes de calmer pour un certain temps les marchés mais ne résoudrait rien. Cela reviendrait à donner un quasi-blanc-seing aux Etats pour s’endetter encore plus. L’exemple américain – et la dégradation de sa note souveraine cet été – démontre les dangers d’une telle politique.
Autre solution : mettre en place un euro à plusieurs vitesses (nous vous en parlions il y a quelques jours dans La Quotidienne. Un pour les pays à économie forte comme l’Allemagne ou les Pays-Bas. Un autre pour les économies en difficulté, Grèce, Espagne, Portugal, etc.
Un peu dans le même genre, certains évoquent la possibilité de coexistence d’une monnaie unique (pour les échanges internationaux) coexistant avec une monnaie nationale.
Malheureusement, de tels changements impliqueraient une certaine cohésion et volonté commune des pays de la zone euro. Or il est plus facile de faire la liste de leurs dissensions que celle de leurs points d’accord. En débat :
– la création d’eurobonds
– les modalités du déblocage du nouveau plan d’aide à la Grèce
– la mise en place de sanctions pour les pays ne respectant pas les règles fixées par l’UE
– la nécessité de création d’une autorité économique commune à la zone euro
– la nécessité de recapitaliser les banques européennes – et avec quel argent
Jusqu’à présent, ils étaient tous à peu près d’accord sur la nécessité d’empêcher une faillite de la Grèce mais de nombreuses voix discordantes s’élèvent ces derniers temps – essentiellement en Allemagne, il faut bien le reconnaître.
Bref, on voit mal comment les Européens parviendront à mettre en place des réformes du fonctionnement de l’euro.
Pouvons-nous encore éviter l’explosion de la zone euro ?
L’Union européenne peut-elle vraiment exploser en vol ? Pour tout vous dire, cher lecteur, nous n’en savons rien.
Quand nous lisons les analyses de nos collègues outre-Atlantique, nous en sommes à deux doigts d’en être persuadés. Puis quand nous lisons la presse française, nous finissons par nous laisser bercer par les douces promesses de nos gouvernements qui nous promettent de ne pas laisser tomber la Grèce et l’euro.
Je mise sur la force d’inertie. Cette mystérieuse capacité de nos économies à survivre à peu près tout et n’importe. Alors, certes la zone euro sera mal en point et bancale mais elle pourrait survivre.
Une situation qui fait penser à celle du Japon depuis plus de 20 ans. Un marasme, une économie morte-vivante, qui ne se relève pas mais qui ne disparaît pas complètement non plus… En attendant le prochain cataclysme économique.
Et vous, qu’en pensez-vous ?
Vous n’avez pas de boule de cristal, nous non plus – même si nous le ne regrettons en ce moment –, mais vous avez des idées.
La zone euro risque-t-elle d’imploser ? Les Européens parviendront-ils à faire évoluer son fonctionnement pour répondre à la fois aux attentes des Allemands et à celles des Grecs ? Pourrons-nous éviter la contagion aux autres pays de la zone ?
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Que faire ?
Evidemment, en période de troubles, les vieux réflexes font surface. Les investisseurs se précipitent sur :
Le dollar. Très mauvais choix. Pour le moment, l’Europe est dans le collimateur des marchés, mais ils ne tarderont pas à s’intéresser de nouveau à la dette américaine et à son dollar moribond.
- Les obligations d’Etat, et en particulier les bons du Trésor. Très mauvais choix. Comme pour le dollar, les obligations américaines vivent sur leur réputation usurpée de placement sûr. N’oubliez pas la dégradation de la note souveraine américaine – et ce n’est que le début. Préférez les obligations des pays émergents, moins risquées et au rendement intéressant.
- L’or. Bon choix… mais peut-être pas pour tout de suite. Comme vous l’explique Simone Wapler dans son article « Jusqu’où pourrait nous emmener une consolidation de l’or ? », l’or pourrait corriger dans les semaines qui viennent. Pas de panique, cette baisse devrait être temporaire et surtout limitée – vers les 1 500 $ probablement. Simone vous préviendra quand il sera de nouveau temps de passer à l’achat. Entretemps, les matières premières affichent une belle tenue face aux marchés actions. L’occasion idéale de s’intéresser à d’autres formes d’investissement sur l’or – je pense en particulier aux minières.
Nous aborderons tous ces sujets au cours de notre Jour de l’Or. Nous fermons les inscriptions dans deux jours… n’attendez donc plus pour réserver votre place ici.
- Restez cash. Cela vous permettra de vous placer de nouveau dès que les signaux passeront dans le vert – nous vous tiendrons bien évidemment au courant !
D’ici là, courage, c’est une mauvaise passe !