TOUT EST DIT

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mercredi 2 février 2011

Logement : Pour obtenir une HLM, mieux vaut connaître le maire

Terminé, les petites affaires d’appartements à loyer modéré refilés aux copains ? Hélas non. L'enquête publiée dans le numéro de Capital, actuellement en kiosque, prouve que la foire aux HLM continue dans des tas de communes.

Promettez-moi au moins de ne pas donner mon nom de famille.» Dominique s’inquiète : visiblement, elle regrette un peu de nous l’avoir racontée, son histoire de HLM. «C’est vrai que j’ai eu de la chance, reconnaît-elle. Je n’ai attendu que deux mois avant d’emménager.» Et pas dans une cage à poules de la cité des 4 000, à La Courneuve !
Pour 500 euros par mois – pas même la moitié du prix du marché – cette célibataire sans enfants s’est vu attribuer un trois-pièces de 62 mètres carrés avec poutres apparentes, près du parc des Buttes-Chaumont, à Paris. Bien mieux qu’elle n’aurait jamais osé espérer. Un cadeau du ciel, ce bijou avec cuisine aménagée ? Euh… pas tout à fait. «En fait, je connaissais quelqu’un qui travaillait dans une société HLM», avoue la chanceuse en baissant la voix.
A vrai dire, on s’en était un peu douté. N’empêche, son histoire risque de faire encore grincer des dents les 1,3 million de mal-logés qui ne connaissent personne dans une société HLM. Et qui doivent patienter quatre ou cinq ans – parfois même dix à vingt en région parisienne – avant de décrocher un «chez-eux» à loyer modéré, en général sans poutres apparentes et loin des Buttes-Chaumont. On leur avait pourtant promis qu’elles étaient terminées, ces affaires d’appartements refilés aux copains et aux camarades de parti. En particulier à Paris, où les frasques de l’époque Tiberi – l’ancien maire RPR était allé jusqu’à loger ses propres enfants pour une somme symbolique en plein Quartier latin – ont sans doute contribué à faire basculer la capitale à gauche. «Tout ça, c’est du passé, balaie Patrick Kamoun, de l’Union sociale pour l’habitat, qui regroupe les fédérations d’offices HLM de France.
Un si lourd soupçon pèse désormais sur nos têtes que nous ne pouvons pas nous permettre de déraper.» A l’en croire, la quasi-totalité des 450 000 logements attribués chaque année par les collectivités locales, les préfectures, les offices HLM ou les entreprises (via le 1% logement) le serait donc en toute régularité. On aimerait le croire. Hélas ! Notre enquête le prouve, même s’il y a du mieux ici et là, les renvois d’ascenseur polluent toujours les cages d’escalier.
Voyons par exemple Levallois, une banlieue bourgeoise des Hauts-de-Seine. Dans ce fief des Balkany, grands amis du président de la République, la distribution de logis à petit prix pour bons et loyaux services est encore monnaie courante. Ce retraité qui a longtemps travaillé au conseil général peut en témoigner. Il y a une dizaine d’années, les élus RPR lui ont déniché un coquet 70 mètres carrés en plein centre-ville pour 650 euros par mois, presque trois fois moins qu’un loyer normal. En échange, il a simplement dû accepter d’organiser des réunions électorales à domicile, entre voisins.
Un bon deal… «Je suis loin d’être le seul à avoir profité de l’aubaine, se défend-il. Les élus ont distribué des dizaines de beaux appartements comme le mien, et ils continuent de le faire.» A tout seigneur, tout honneur, le bras droit de Patrick Balkany, Jean-Pierre Aubry, s’est ainsi vu octroyer, de son propre aveu, un duplex de plus de 100 mètres carrés dans un immeuble de standing à loyer modéré. «Aujourd’hui, c’est mon ex-femme qui l’occupe», précise-t-il. Coïncidence, l’adjointe au maire et conseillère générale UMP Danièle Dussaussois, vit, elle aussi, dans cette résidence. «Le plus scandaleux, c’est que Levallois n’est pas une exception, peste un élu vert de la capitale. Ça se passe comme ça dans bien d’autres villes.»
A priori, pourtant, les procédures en vigueur devraient rendre impossible le favoritisme. Depuis 1991, tous les logements doivent en effet être affectés par une commission réunissant des représentants de la mairie, des offices HLM, des locataires, ainsi que des assistantes sociales. Chaque logement disponible fait impérativement l’objet de trois candidatures, sélectionnées en fonction de critères sociaux et familiaux objectifs. Et les dossiers doivent être numérotés, afin que leur ancienneté puisse être prise en compte. Voilà pour la théorie.
Mais, dans la pratique, ces règles sont loin de suffire à assurer la transparence. D’abord parce que certaines collectivités s’assoient joyeusement dessus, comme le constate à longueur de rapports la Mission interministérielle d’inspection du logement social (Miilos). A Dinan, en Bretagne, ses inspecteurs ont découvert que, entre 2005 et 2007, 16 logements sur 90 avaient été attribués avant passage en commission. Idem (à plus petite échelle) à Puteaux ou à Châtillon, deux cités des Hauts-de-Seine tenues par l’UMP.
A la mairie socialiste de Montpellier, la foire aux copains est encore plus débridée. Dans une étude publiée en août 2009, la Miilos note que 85% des appartements offerts à la location n’y ont pas fait l’objet des trois propositions de candidature obligatoires. Dans 22% des cas, la commission n’a même eu à se prononcer que sur un unique dossier, ce qui lui a pas mal facilité la tâche.
Autre dérive pointée par les contrôleurs dans la ville du regretté Georges Frêche : beaucoup de fiches de demandeurs ne comportent aucun numéro, en sorte qu’il est impossible de connaître la date de leur requête – et donc, de faire jouer l’antériorité. «Ici, il vaut mieux que je ne recommande personne, plaisante Jacques Domergue, député UMP de l’Hérault. Mes candidats risqueraient d’être rayés à vie des listes d’attente par la gauche au pouvoir !»
A noter que, lorsque leur protégé est à l’aise, et bien qu’ils encourent pour cela des amendes, certains (rares) pistonneurs continuent de fouler aux pieds la règle des plafonds de ressources. Ces derniers ne sont pourtant pas très contraignants. Afin de tenir compte de la hausse des prix de l’immobilier, l’Etat les a en effet régulièrement relevés ces dernières années (ils sont actuellement fixés à 36 326 euros net pour un couple en Ile-de-France, 28 220 euros en province, pour une HLM classique).
Si bien que 60% de la population est aujourd’hui éligible aux loyers modérés, et même 70% si l’on inclut le parc locatif «intermédiaire», un peu plus cher, mais toujours avantageux par rapport aux prix du marché. En somme, il y a de la marge pour les petites combines.
Du reste, même quand les communes semblent respecter les règles à la lettre, la transparence est loin d’être garantie. Car enfin, comment s’assurer que la présélection des dossiers se fait sans aucun a priori amical ou politique ? Nul n’a encore trouvé la solution. Pour faire taire les soupçons, certaines municipalités ont bien choisi d’utiliser un logiciel, mais cette technique s’avère peu concluante, pour ne pas dire absurde.
«Quand j’ai un appartement libre, l’ordinateur me sort des centaines de dossiers éligibles, témoigne un fonctionnaire en poste dans une mairie d’arrondissement de Paris. Comme je ne peux évidemment pas analyser une à une toutes ces candidatures, je regarde en priorité celle des familles qui sont venues me voir pour plaider leur cas et aussi, bien sûr, celles qui ont fait l’objet d’une “recommandation”.» Ça ne manque pas. Des coups de piston, il dit en recevoir «toutes les semaines», de la part «d’élus, d’animateurs de télévision ou de journalistes» pressés d’aider leur femme de ménage ou leur gardien de parking à trouver un toit pour pas cher.
Est-ce que ça marche ? «Pas systématiquement, prévient notre trieur. Mais, quand le candidat répond aux critères et qu’il travaille dans le quartier, alors oui, il m’arrive de le faire passer en haut de la pile. Et, en général, la commission suit mon avis.»
Dès lors, l’heureux élu peut dormir tranquille car, une fois qu’il a passé la porte, il est presque impossible de le faire sortir, les pistonnés des décennies passées peuvent en témoigner : presque tous sont restés en place. En faisant le tour des HLM de Neuilly-sur-Seine, nous avons trouvé une flopée de cadres sup, des commerçants, des comtesses et des propriétaires de résidences secondaires dans le Loir-et-Cher ou en Dordogne. Quant aux élus, hauts fonctionnaires et autres VIP parisiens installés par les équipes Chirac et Tiberi, ils s’accrochent à leurs HLM.
Et ce n’est pas la loi Boutin qui les en délogera ! Entré en application début 2010, ce texte permet désormais aux bailleurs de facturer un supplément de loyer aux locataires dépassant plus de deux fois les plafonds de ressources. A Paris, la note de ces infortunés peut ainsi doubler du jour au lendemain. Mais, à l’évidence, ils n’en ont cure : à l’été, Paris Habitat, qui gère 41 000 logements dans la capitale, n’avait encore enregistré aucun départ. Il est vrai que, même augmentés, les loyers restent souvent inférieurs aux prix du marché. Misère…
«Si l’on voulait vraiment faire le ménage dans ce bazar, il faudrait publier les noms de tous les bénéficiaires de HLM avec la date de leur demande, estime en privé un patron d’office de l’est de la France. Ça a été fait dans les années 1950. Mais on a arrêté, car les locataires concernés s’y sont opposés.» Pistonnés de tous les pays…
Emmanuelle Andréani
Jean-Christophe Fromantin, le maire de Neuilly, le reconnaît volontiers : les HLM de sa ville, l’une des plus chics de France, hébergent pas mal de familles aisées. Pendant ce temps, 2 000 ménages modestes attendent d’être logés. «Je voudrais bien faire partir nos locataires fortunés, mais je ne dispose d’aucun moyen juridique pour cela», soupire le maire. Il assure que, depuis son élection, en 2008, les nouvelles attributions se font dans la transparence.

Piston et passe-droits : les ruses des chasseurs de privilèges

Crise oblige, les Français sont de plus en plus en quête de coups de pouce pour trouver un job, dénicher un logement ou obtenir une place en crèche. Pas très civique, mais il faut dire que l’exemple vient d’en haut.

Pas de doute : celui-là est bien placé pour savoir qu’un bon passe-droit peut valoir son pesant d’or. Accusé par sa belle-mère d’avoir dissimulé une bonne partie de son fabuleux héritage dans des paradis fiscaux, Guy Wildenstein, 69 ans, reste de marbre. «J’ai pourtant adressé un dossier très fourni à l’administration fiscale, ainsi qu’à Eric Woerth et à son successeur au ministère du Budget, François Baroin, raconte Me Claude Dumont-Beghi, l’avocate de la plaignante. Mais je n’ai jamais reçu la moindre réponse.»
Il faut dire que le fils du richissime marchand de tableaux Daniel Wildenstein possède un très joli carnet d’adresses. Pilier du Premier Cercle des donateurs de l’UMP, il porte fièrement sur le revers de son veston le ruban rouge que lui a remis à l’Elysée, en mars 2009, son ami Nicolas Sarkozy. Circulez, y a rien à voir.
Rien à voir ? Pas si sûr. Car, comme en témoigne le battage autour de la saga Bettencourt, avec ses renvois d’ascenseur, ses embauches par copinage et ses indulgences fiscales, les passe-droits entre puissants interpellent de plus en plus les Français. Depuis l’épisode du Fouquet’s, dont nombre de participants se sont par la suite vu remettre la Légion d’honneur, chaque traitement de faveur donne d’ailleurs lieu à une intense couverture médiatique.
Un jour, c’est un conseiller économique de l’Elysée qui est propulsé à la présidence du deuxième groupe bancaire français dont il a lui-même piloté la réorganisation. Entraînant, au passage, la démission de deux membres de la Commission de déontologie, outrés par ce conflit d’intérêts manifeste. Un autre, c’est Bernard Tapie qui se voit miraculeusement offrir 210 millions d’euros de dédommagement d’argent public dans l’affaire du Crédit lyonnais avec la bénédiction de l’Elysée.
Un an plus tôt, le feuilleton du fiston Jean Sarkozy briguant, du haut de sa deuxième année de droit, la présidence de l’Epad (l’Etablissement public de gestion de la Défense, premier quartier d’affaires d’Europe) avait fait un carton international, jusqu’en Chine. «On a l’impression de vivre dans une république bananière», tonne le patron du Modem, François Bayrou.
Il n’est pas le seul à s’indigner. A force de se multiplier, les échanges de bons procédés entre hautes sphères du pouvoir et intérêts privés ont fini par exaspérer les Français. «En affichant sa décontraction vis-à-vis du monde de l’argent, Nicolas Sarkozy a permis le dévoilement de ces réseaux jusqu’ici plutôt discrets», commentent les sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, dans leur dernier opus «Le Président des riches» (éditions Zones). Le déferlement de propos acerbes sur les pistonnés du monde politique ou des entreprises dans des centaines de blogs et de forums électroniques en dit long sur le rejet de ces connivences.
Et pourtant, aussi paradoxal que cela puisse paraître, les Français s’avouent eux-mêmes prêts à succomber aux charmes de ces petits arrangements si l’occasion leur en était donnée. Les résultats d’un récent sondage réalisé par la société Sky Prods le démontrent mieux que tous les discours : 88% de nos concitoyens sont convaincus que le piston prime sur le talent. Et 78% accepteraient d’être favorisés si l’opportunité se présentait.
Schizophrénie ? «Pas tant que cela, commente l’économiste et député européen Robert Rochefort. A force de voir les petites combines prospérer chez les élites, et les capitaines d’industrie et les barons de la finance se tenir par la barbichette dans leurs conseils d’administration, les Français ont perdu confiance dans un système qu’ils jugent profondément injuste.»
La crise n’améliore évidemment pas les choses. En durcissant la société, elle pousse chaque jour un peu plus les citoyens à se replier dans le chacun pour soi, au détriment du civisme et de la méritocratie républicaine. «Au sein des nouvelles générations, la montée du chômage, la précarisation, la faiblesse des salaires et l’envolée des prix de l’immobilier entraînent une lente paupérisation des classes moyennes», souligne le sociologue Louis Chauvel. Tétanisés par la peur du déclassement social – phénomène inconnu du temps des Trente Glorieuses – les parents sont aujourd’hui prêts à faire jouer tous les appuis pour donner de meilleures chances à leurs enfants… et à eux-mêmes.
D’autant que les services publics, désormais soumis au régime minceur, ont de plus en plus de mal à répondre à une demande sociale grandissante. Résultat : les goulots d’étranglement se multiplient. Et, avec eux, les coups de pouce pour griller les files d’attente. Plus que jamais, la bataille pour les places en crèche se mène dans les couloirs des mairies, l’attribution des HLM – y compris à Paris – donne toujours lieu à des faveurs amicales, et le piston gangrène chaque jour un peu plus les salles d’attente des grands services hospitaliers. Quant à la révision de la carte scolaire, prétendument menée au nom de la transparence, elle a précipité des milliers de parents dans les antichambres des rectorats avec, en poche, des lettres de recommandation.
La crise n’est pourtant pas l’unique responsable de cette foire aux passe-droits. De l’autre côté des frontières, en particulier en Europe du Nord ou dans les pays anglo-saxons, les ravages de la croissance en berne sont atténués par une société plus fluide, qui favorise l’égalité des chances. Chez nous, la rigidité du corps social bloque toujours autant la mobilité et reste un obstacle à la création d’emplois. Enarques, grandes écoles de commerce, cheminots, enseignants, aiguilleurs du ciel… Chacun se calfeutre dans sa corporation, défendant au pic à glace ses avantages acquis menacés par l’impératif du désendettement.

Al-Qaida chercherait à viser des banques américaines

Les banques de Wall Street et leurs dirigeants ont été prévenus par les autorités américaines qu'ils pourraient être visés par des attentats d'Al-Qaida, a-t-on appris mardi auprès d'un responsable américain. Ce responsable a confirmé sous couvert d'anonymat qu'il existait des menaces. Celles-ci sont connues par "des écrits d'Al-Qaida dans la péninsule Arabique (AQPA) et des tentatives d'attentats", a-t-il assuré.
Le magazine Inspire, une cyber-revue publiée par AQPA pour encourager les musulmans anglophones à rejoindre le mouvement djihadiste international, a appelé en janvier ses troupes à cibler les "banques" et les "entreprises internationales". "Nous maintenons notre vigilance et envoyons des alertes sur ces intentions violentes", a ajouté le responsable américain.
Interrogé par l'AFP, le FBI s'est refusé à tout commentaire. Selon NBC, qui a révélé l'information, des responsables du renseignement américain ont prévenu les banques de Wall Street et leurs dirigeants que des agents d'Al-Qaida situés au Yémen pourraient essayer d'envoyer des colis piégés, avec des bombes ou des substances chimiques, aux personnels de ces entreprises.
La chaîne américaine ajoute qu'il n'y a "aucune indication faisant état d'un assassinat ciblé" contre un patron de Wall Street, mais que des responsables américains s'inquiètent du fait que les noms de dirigeants financiers aient été évoqués par Al-Qaida. Les établissements qui pourraient être visés, dont Goldman Sachs, Citibank, JP Morgan Chase, Barclays, ont été alertés par une unité antiterroriste du FBI, selon NBC.

Yémen : le président Saleh renonce à briguer un nouveau mandat

Le président yéménite Ali Abdallah Saleh, confronté à des protestations populaires, a annoncé aujourd'hui renoncer à briguer un nouveau mandat et appelé l´opposition à arrêter les manifestations et reprendre le dialogue.
Lors d´un discours devant le Parlement, M. Saleh, au pouvoir depuis 32 ans, a en outre annoncé le report des élections législatives prévues pour le 27 avril et dont la tenue en l´absence d´une réforme politique était contestée par l´opposition.
Le discours du président Saleh intervient à la veille d´une «Journée de la colère» demain jeudi, à l´appel de l´opposition.
Des milliers de Yéménites, inspirés par la Tunisie et l´Egypte, avaient déjà manifesté jeudi dernier à Sanaa à l´appel de l´opposition pour réclamer le départ du chef de l´Etat.
«Je suis contre un renouvellement de mon mandat, et contre la transmission héréditaire du pouvoir», a déclaré M. Saleh, précisant qu´il demandait «le gel des amendements constitutionnels dans l´intérêt national».
Les députés devaient examiner le 1er mars une révision constitutionnelle proposée par les parlementaires du Congrès populaire général (CPG) susceptible d´ouvrir la voie à une élection à vie du président.
L´opposition le soupçonne en outre de vouloir transmettre le pouvoir à son fils aîné Ahmed, chef de la garde républicaine, unité d´élite de l´armée.
M. Saleh a appelé l´opposition à «geler les manifestations» et à reprendre le dialogue avec le CPG, interrompu depuis la décision des autorités d´organiser des élections législatives le 27 avril sans attendre le résultat de ce dialogue sur des réformes politiques.
Le président Saleh a également appelé à la formation d´un «gouvernement d´union nationale».
Au pouvoir depuis 1978, M. Saleh a été élu pour la première fois en 1999 au suffrage universel direct pour un mandat de sept ans. Il a été réélu pour la deuxième fois en 2006 pour un mandat qui arrive à expiration en 2013.

Puissance et prudence américaines


Le discours de Hosni Moubarak, hier soir, est pathétique. Le dictateur égyptien cherche une sortie moins déshonorante que celle de Ben Ali en Tunisie. Il veut durer jusqu’en septembre, en promettant qu’il ne se représentera pas à la présidentielle. Mais il n’a rien compris à l’état d’esprit de son peuple, et il ne gagnera, au mieux, que quelques jours. Car il ne dirige plus rien. En refusant de tirer sur la foule, l’armée lui a enlevé toute illusion de pouvoir. La question n’est plus : partira ou partira pas ? Elle est désormais : quand partira-t-il ? Comment ? Et pour aller où ?

Ses alliés américains l’ont lâché avec un grand savoir faire… pas seulement diplomatique. Quand la crise a éclaté, le chef d’état-major égyptien était en visite à Washington. Il a eu tout loisir de s’entretenir avec ses homologues américains avant de revenir au pays. Les deux armées entretiennent des relations étroites depuis le renversement d’alliance qui a vu l’Égypte de Sadate choisir la protection et le matériel américain en lieu et place du bouclier soviétique. Sans les États-Unis, l’armée égyptienne ne serait pas l’une des mieux équipées de la région. Elle suit les conseils… de ses bienfaiteurs.

Pour les Occidentaux, mais aussi pour les laïcs et les modérés en Égypte, il s’agit maintenant de veiller à ce que la révolution ne verse pas dans l’extrémisme religieux, ou dans le revanchisme anti-israélien. L’effigie de Moubarak a été pendue sur la place publique, hier, avec l’étoile de David accrochée autour du cou… Les Américains et les Israéliens craignent plus que tout une explosion. Si Moubarak n’a rien compris à son peuple, il joue avec une certaine habileté, en revanche, sur la prudence US. Jusqu’à quand la foule le laissera-t-elle faire ?

On remarquera que la diplomatie européenne ne tient aucune place dans cette crise. Catherine Ashton est aussi inexistante qu’Hillary Clinton est omniprésente. Et que dire de l’Union pour la Méditerranée, inventée par Nicolas Sarkozy ? La guerre israélienne à Gaza l’a mise en veilleuse six mois à peine après sa création, et son secrétaire général jordanien a démissionné la semaine dernière. Sur le plan international, il vaut mieux disposer de la puissance économique et militaire américaine que d’un gadget politique.

Moubarak, la fin 

Que le raïs se soit exprimé une dernière fois, qu’il ait annoncé ne pas se représenter en septembre (à 82 ans ou 84 ans, on ne sait trop...), n’y change rien: l’ère Moubarak est terminée. Sans doute le président honni restera-t-il «formellement» en place jusqu’à la fin de son mandat, dans une cage dorée et... médicalisée. L’état-major n’abandonne pas un des siens et cette solution aurait l’aval de nombreuses ONG et des Américains. Encore faut-il voir dans les prochains jours comment la population qui exige le départ du dictateur réagira. Tous les scenarii restent possibles.

Car, avouons-le, les marées humaines déferlant sur Le Caire, Alexandrie et les autres villes d’Égypte suscitent autant d’admiration que d’appréhension. Admiration, parce qu’un peuple qui brise ses chaînes fait rêver comme la chute du Mur de Berlin avait fait rêver en 1989. Appréhension, parce qu’on se demande ce que seront les lendemains.

Certes, l’armée contrôle la situation, voire détient le pouvoir depuis deux ou trois jours. Washington prend officiellement contact avec Mohamed ElBaradei, tandis que l’Europe s’embrouille en circonvolutions diplomatiques. Comme si, malgré les beaux discours sur les droits de l’homme pour sermons du dimanche, on semblait regretter le temps des dictatures arabes garantes de stabilité. Avec un œil rivé sur le Canal de Suez, artère du pétrole et de la mondialisation, et l’autre sur l’opposition islamiste des « Frères musulmans » que certains craignent de voir répéter le scénario de la révolution iranienne de 1979. Un fantasme, sans doute, car l’armée égyptienne ne se fera jamais déposséder de son pouvoir... et de ses privilèges. Aucun gouvernement n’existera sans son aval.

Toutefois, il est évident que la démocratisation qui pour des millions d’Égyptiens signifie surtout un mieux vivre impliquera de profonds changements. D’une façon ou d’une autre, les « Frères musulmans » seront représentés en reprenant ouvertement leur place, jusqu’à présent clandestine, dans la société égyptienne. Et si la révolution tunisienne reste le déclencheur d’un vaste tsunami, le bouleversement en Égypte, pays phare du monde arabe, fera forcément tache d’huile. Le très précipité changement de gouvernement hier en Jordanie donne un premier signal. En même temps, le « front du refus » risque – du moins, jusqu’à son implosion - de se renforcer: le Hezbollah détient désormais tous les pouvoirs au Liban, la Syrie se recroqueville, l’Iran souffle sur les braises, l’Algérie s’emmure dans son autisme... Pour Israël aussi, une Égypte pluraliste, tout en respectant ses engagements envers l’État hébreu, représentera un nouveau défi poussant à plus de flexibilité dans de vraies négociations avec les Palestiniens... auxquels reste aussi beaucoup à apprendre, et pas seulement à Gaza: le soutien qu’a affiché Mahmoud Abbas à Hosni Moubarak est plus qu’un faux pas.

Moubarak n’est plus, politiquement parlant. Mais l’avenir de l’Égypte que l’on espère plus démocratique reste encore à écrire.



En Egypte, l’après Moubarak commence

Au Caire ce matin, la question n’est plus de savoir si le régime Moubarak va tomber sous les coups de boutoir du peuple égyptien mais quand et comment. La suite de l’histoire et la fin du Raïs seront dictées par l’armée égyptienne, désormais du côté de la foule comme à Tunis et aussi avalisées par Washington. Il ne s’agit plus de reproduire les erreurs de l’époque Bush : des bombes pour les dictatures ennemies (Irak), des salamalecs pour les dictateurs amis. Mais l’Occident a beau se défendre de toute ingérence dans ce jeu de dominos aux allures de chute du mur pour les vieux totalitarismes du monde arabe, les enjeux et les risques de la révolte égyptienne sont autrement plus stratégiques que ceux de la révolution du jasmin. Les lapsus de diplomates et de médias qualifiant le mouvement de « contagion», comme si la démocratie était une maladie honteuse que l’on attrape en manifestant, en disent long. L’inquiétude du lendemain de révolution incertain souffle en Occident en même temps que ce vent de liberté sur le monde arabe. Dans ce pays clé aux portes du Proche-Orient où le parti islamiste des Frères musulmans n’est pas le moins armé pour’après-Moubarak, l’alliance nouée hier au Caire entre l’armée laïque et l’aspiration démocratique du peuple est porteuse d’espoir. A défaut de certitudes. Par définition, l’issue d’une révolution reste du domaine de l’imprévisible.

Égypte, la loi du nombre

Hosni Moubarak n’en revient pas, un monde s’écroule sous ses yeux. Il arbore la même mine hébétée que Ben Ali à la mi-janvier. La tête de l’autocrate, régnant par la peur, et qui s’aperçoit soudain que la peur a disparu… Ce pays qu’il tenait d’une main de fer lui glisse entre les doigts.

L’armée, jusqu’alors inébranlable pilier du régime, juge “légitimes” les revendications civiles. L’État-major a compris que la répression aveugle, cette fois, ne réglera pas l’affaire. Un général ne doit jamais se rendre, sauf à l’évidence. Les soldats refusent de tirer dans le tas. La troupe s’écarte sur le passage des “révoltés du Nil”, comme jadis la mer Rouge devant les Hébreux.

Hier, dans les rues du Caire, une marée humaine portait la contestation. Les Égyptiens, par centaines de milliers, battent le pavé en réclamant un avenir nouveau. La tyrannie trouve ici ses limites. On en tue quelques-uns, et puis quoi ? Ils ont pour eux la loi du nombre. Faute de parvenir à les “plomber” tous, il va falloir lâcher du lest.

Nul ne sait la forme que prendra l’inéluctable changement. Le bain de foule, après tout, risque toujours de se transformer en bain de sang. À moins que les Frères musulmans, tapis dans l’ombre, ne tordent bientôt le cou à la liberté naissante.

Mais si l’espoir demeure fragile, on veut croire aux chances de la démocratie. L’Histoire retiendra peut-être que, dans le monde arabe, le “printemps des peuples” débuta à l’hiver 2011…

Quelle sortie pour le raïs égyptien ?

Combien étaient-ils ? Un million ? Un peu moins, le double ? Les chiffres ne comptent plus. C'est un signal sans précédent que le peuple égyptien a lancé hier en défilant massivement dans les rues du Caire. Toutes les différences de sensibilité étaient gommées au nom d'un objectif commun : chasser Moubarak du pouvoir. Quand la révolte prend une telle ampleur, quand un président d'un régime autoritaire catalyse une telle colère sur sa personne, la sortie est inéluctable. Reste, et c'est le plus dur, à en définir le mode et le moment.

Au terme de cette journée historique, le vieux raïs en a annoncé le principe, en promettant qu'il ne se représentera pas aux prochaines élections, qu'il allait oeuvrer pour un changement de la Constitution répondant au désir d'ouverture, et assurer la transition politique. En clair, Moubarak, sous la pression intenable de la rue, de l'armée, de son allié américain et des répercussions économiques déjà perceptibles, a accepté de faire un pas en arrière. Mais pas tout de suite, contrairement à ce que lui demandaient les manifestants. Il accepte de partir, mais refuse de fuir.

Trop peu, trop lent, trop tard. C'était sans doute, hier soir, le sentiment des centaines de milliers de manifestants qui, après avoir passé une journée relativement joyeuse, sous le regard bienveillant des militaires, apprenaient que le départ du Président n'était plus si imminent.

Grâce à l'attitude de l'armée égyptienne, qui a ouvertement laisser violer le couvre-feu, et même cautionné la légitimité de ces manifestations, le bain de sang a été évité. Après la Tunisie, l'Égypte ose dire, haut et fort, que la dictature d'un homme, d'un parti, d'un clan, est illégitime. Un grand espoir démocratique traverse cette partie du monde et fait trembler plus d'un autocrate.

Depuis ce week-end, plusieurs options avaient circulé. Beaucoup avaient en tête un exil immédiat, alertés par le départ à Londres de son propre fils. Un départ type Ben Ali, emblématique. La foule serait radieuse. L'effet domino garanti. L'impact immédiat sur les mouvements de protestation à Amman, Sanaa ou Khartoum. Et c'est précisément ce qui préoccupe toutes les capitales de la région, Washington et même la Chine, dont les dirigeants ont dû repenser hier à Tien'anmen en voyant la place Tahrir si vivante.

Alors, une transition plus maîtrisée ? Un départ programmé ? C'est ce que Moubarak a promis hier, même si les Égyptiens demandaient des gages pour un changement sans délai. Un vrai. Le bras de fer n'est donc pas terminé. Beaucoup va dépendre des contacts établis par les militaires eux-mêmes avec le fidèle et généreux allié américain. Beaucoup va dépendre également des gages réels, en matière de réforme, donnés à l'opposition et notamment à Mohamed ElBaradeï, dont le rôle pourrait être moins secondaire qu'on n'a pu le penser dans un premier temps.

La seule annonce d'un retrait de la bataille électorale n'est pas à la hauteur des attentes d'une foule surprise elle-même par son audace. Le vieux raïs voit agoniser en direct trente ans de règne, passé à sécuriser son pouvoir et à tisser de solides alliances. En une semaine, cette construction s'est envolée. Il veut sauver la face, réussir sa sortie, mais rien ne dit qu'il sera maître du temps. On a vu, en une semaine, Washington passer du soutien initial à la demande de transition puis de renoncement. Si la rue continue de pousser, rester pourrait devenir intenable.

Maroc -Égypte : La malédiction des pharaons

Le virage historique
de l’Égypte a pris de court tout le monde. Ses répercussions sur les pays partenaires, surtout ceux du voisinage à l’instar
du Maroc, sont déjà là.

Après la Tunisie, c’est au tour du pays des pharaons de rejoindre la liste des pays à haut risque, et pas des moindres. Qui aurait cru que ces régimes politiques s’écrouleraient comme un château de cartes à la vitesse de la lumière ? Le virage historique de l’Égypte a pris tout le monde de court. Et les répercussions sur les pays partenaires, surtout ceux du voisinage à l’instar du nôtre, sont déjà là. Royal Air Maroc a programmé pour aujourd’hui de mobiliser deux vols afin de rapatrier nos ressortissants. Dans ce sens, «une opération de coordination avec l’ambassade du Maroc au Caire est en cours pour rapatrier les quelques Marocains résidant en Égypte», nous confie Abderrahmane Sadouk, DGA des Affaires aériennes à la RAM. La compagnie aérienne serait en train d’étudier la possibilité de suspendre ses vols à destination du pays de Moubarak au vu de la quasi-absence de réservations. Déjà, le vol en provenance du Caire, dimanche dernier, avait affiché moitié vide, selon Sadouk. À part le transport des marchandises, le fret connaît lui aussi des perturbations. Sur ce dernier sujet, la RAM a préféré pour le moment reporter toute discussion.

Facture énergétique

Pour mesurer l’effet domino de la crise égyptienne sur notre économie, Le Soir échos a contacté nombre d’économistes et d’officiels, mais le mutisme reste le mot d’ordre. Il semble qu’il est encore prématuré de parler d’impact réel, de l’avis de la quasi-majorité des sondés.

Toutefois, que ce soit des effets directs ou indirects, faut-il le dire, les ondes de choc déferleront tôt ou tard. En attestent les cours du pétrole qui ont déjà franchi la barre des 100 dollars/baril à cause des tourments que vit ces temps-ci l’économie égyptienne. Pis, les prévisions pour les prochains jours tablent sur les 120 dollars, de quoi accentuer les spirales spéculatives, déjà en pleine effervescence.

Cette flambée soudaine des prix trouve son fondement dans les interconnexions très fortes entre l’Égypte et les pays du Golfe, d’ailleurs principaux producteurs d’or noir. La turbulence des cours du pétrole, si elle persistait, se traduira négativement sur notre facture énergétique. Là se pose, encore une fois, le mécanisme défaillant de la caisse de compensation. Surtout que la loi de finances 2011 a pris comme base pour son scénario d’hypothèses le prix de 75 dollars le baril. «La non-maîtrise de la situation dans le court terme de la part des pays du Golfe risque de compliquer les choses», prévient l’économiste Driss Benali.

Le séisme politico-économique égyptien aurait également des répercussions sur la région MENA en général en matière de tourisme. «Les touristes étrangers voient du même œil le monde arabe en tant que marché homogène mais également en tant que région enflammée», analyse Benali. Et d’ajouter que ces scénarios d’angoisse et de craintes causent une psychose chez les étrangers.

Le tourisme n’est pas le seul à subir ce renversement de tendance. Le flux des investissements directs étrangers est aussi concerné. En effet, l’agence de notation Moody’s avait abaissé dernièrement ses notes réservées à la Tunisie. Suivant la même trajectoire, l’agence Fitch vient elle aussi de dégrader le pays de Moubarak pour voir ses notes tomber au-dessous même de celles attribuées à un pays comme l’Irak. Ce qui ne manquerait pas d’accentuer l’instabilité que connaît généralement la région MENA (risque pays très élevé).

Ajoutée à tout cela, la décision des autorités égyptiennes de suspendre l’activé de la bourse du Caire. Cet arrêt brusque n’a pas tardé à impacter négativement les places financières internationales y compris la place casablancaise (voir page 18). Débutant en forte baisse, les bourses de Tokyo et de Londres ont cédé respectivement 1,18% et 1,48%. Idem pour la bourse de Paris qui a annoncé des indicateurs au rouge.

Par ailleurs, les tensions en Égypte seront-elles en mesure de produire des effets positifs sur notre économie, puisqu’il s’agit de perte de part de marchés? «Il ne faut pas se faire des illusions. Si contraction il y a, ça sera certainement et automatiquement au profit des puissances économiques comme la Chine ou la Turquie», explique Benali.

3 MMDH pour nos importations

A noter enfin que l’Égypte est l’un des 17 principaux partenaires du Maroc. En l’absence de données chiffrées sur l’année 2010, nos exportations vers ce pays se sont chiffrées à 861 millions de dirhams, tandis que nos importations se sont établies à plus de 3 milliards de dirhams à fin 2009. En somme, le solde commercial est largement en faveur de l’Égypte. Selon l’office des changes, les recettes MRE se sont élevées à près de 18 millions de dirhams, au moment où les investissements se sont fixés à plus de 300 millions de dirhams. La structure des produits vendus par le Maroc fait ressortir les voitures de tourisme (361 MDH), la pâte à papier (49,6 MDH), les poissons frais (31 MDH), les médicaments (4 MDH) et les vêtements confectionnés (3 MDH).

S’agissant de nos commandes en provenance de ce partenaire, on peut citer les barres, tôles et tubes en aluminium (261 MDH), le papier fini et les ouvrages en papier (214 MDH), les matières plastiques artificielles (186 MDH), la parfumerie (76 MDH), les produits céramiques (69 MDH).

Le commentaire politique de Christophe Barbier



A la recherche d'un modèle

Alors que, de Tunis à Amman ou au Caire, le monde arabe sort à une vitesse accélérée de l'ère glacière, les leaders occidentaux voient s'effondrer sous leurs yeux leurs certitudes d'hier. Depuis l'immolation, il y a un mois et demi, d'un vendeur de fruits et légumes tunisien à Sidi Bouzid, des régimes qu'ils croyaient solides vacillent. Pire, on semble découvrir avec étonnement que des peuples décrits comme condamnés à subir encore longtemps des régimes autoritaires aspirent à autre chose. Quelle surprise !

Ce n'est pas la première fois que la croyance dans le statu quo a conduit à de lourdes erreurs d'analyse. On se souvient que ni François Mitterrand ni Margaret Thacher ne comprirent la signification de la chute du mur de Berlin qui se déroulait pourtant sous leurs yeux. Il ne faudrait pas commettre les mêmes erreurs, même si le parallèle avec les événements actuels n'est pas totalement pertinent. Lors de la chute du Mur, les peuples des « démocraties populaires » avaient tous un seul modèle, leurs voisins de l'Ouest libres et prospères. Si ce rêve d'Occident traverse les sociétés arabes, il est loin d'être le seul ni peut-être le principal, variant en tout cas grandement en intensité d'un pays à l'autre. Une enquête du Pew Research Center américain montre que plus de 80 % des Egyptiens ont une vision négative des Etats-Unis. Aussi, les dirigeants occidentaux, américains en tête, ne peuvent s'empêcher de lire ce qui se déroule au sud de la Méditerranée à la lumière de la révolution iranienne de 1979 : l'Ouest, qui se félicitait du renversement du Shah, découvrit rapidement que l'alternative était bien pire.

Ce danger est bien réel en Egypte comme ailleurs. Mais il n'y a pas de fatalité à ce que, dans le monde arabo-musulman, les peuples soient condamnés à choisir entre deux ordres, le militaire ou l'islamique. Le plus grand pays musulman du monde, l'Indonésie, est passé de plus de trente ans de dictature de Suharto à la démocratie à la fin des années 1990. Plus près, la Turquie, République laïque, représente un modèle pour les peuples de la région. Modèle que l'Europe, d'ailleurs, ferait mieux d'encourager plutôt que de dénigrer. Il faudrait citer également les évolutions profondes de la société iranienne, qui permettent d'espérer, à un horizon pas si lointain, l'émergence, enfin, d'une grande Perse moderne.

L'enjeu des événements actuels est que cet intense moment de libération, où, après tant d'années, toutes les voies sont soudain ouvertes, débouche sur la modernité et non l'obscurantisme. 
Que ces pays ne se trompent pas de modèle !

TVA, plan B

Le débat relancé, hier, par le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, sur l'opportunité d'une hausse « sociale » de la TVA n'a rien d'illégitime. Le responsable du parti majoritaire est bien dans son rôle lorsqu'il nourrit la réflexion collective. C'est non seulement son droit, mais son devoir. Et seuls peuvent s'offusquer de cette liberté retrouvée les nostalgiques d'un chiraquisme qui se morfondait dans le monolithisme. Ce débat-là est d'autant moins illégitime qu'il s'appuie sur une réalité de proximité, l'Allemagne ayant, depuis 2007, un bout de sa TVA (1 point) à vocation sociale. Et, depuis le lendemain de la présidentielle, la majorité ne cesse de tourner autour de cette transgression qui l'attire et la répulse à la fois. La réflexion portée par Jean-François Copé est d'autant moins infondée qu'elle procède d'une juste analyse du caractère néfaste du poids des prélèvements sociaux. C'est leur niveau, plus que celui des salaires, qui explique l'essentiel de la perte de compétitivité subie par les entreprises industrielles françaises depuis une dizaine d'années, notamment par comparaison avec leurs concurrentes allemandes. Vouloir alléger ces lourdes taxes intérieures à l'exportation et créer du même coup de l'emploi en France est tout sauf inconvenant car, si notre modèle social est parfois envié, rares sont les pays de croissance à convoiter nos prélèvements et nos déficits sociaux. Cependant, qu'elle soit « sociale » ou « antidélocalisation », la hausse de la TVA est une réponse inappropriée à cette bonne question. Creuser l'écart avec le taux allemand - qui plus est en pleine obsession de la convergence -est un luxe que l'économie française ne peut pas s'offrir. A un moment charnière pour la croissance, un relèvement de cette taxe risquerait surtout d'alimenter l'inflation, de contracter la consommation. Le risque est grand pour un bénéfice incertain. Si la voie de la TVA ne convient pas, alors il faut en proposer une autre. Il existe un plan B, plus cohérent avec l'objectif global de baisse des prélèvements, plus pertinent que celui consistant à remplacer une cotisation par un impôt : c'est de réduire le niveau des dépenses sociales, qui commande celui des cotisations. Hier, le Premier ministre, François Fillon, a esquissé cette saine approche. Mais, avant d'en arriver là, il faudra plus qu'une réforme des retraites.

Comment simuler le monde ?

Comment prévoir un monde complexe ? "En simulant la complexité elle-même !", répondent les spécialistes.

Il est courant aujourd’hui de penser que dans le domaine des systèmes complexes, la prévision est un exercice impossible. Triste constat de défaite, car la plupart des problèmes qui se posent aujourd’hui (économie, écologie, mentalités) entrent dans cette catégorie. Aussi est-il intéressant de constater que certains chercheurs (qui, loin d’ignorer les lois de la complexité, travaillent dans ce domaine) n’ont pas baissé les bras et tentent de trouver les moyens de prédire ces systèmes, voire d’agir sur eux.

Ainsi, nous explique la BBC, certains cherchent aujourd’hui à créer un “simulateur de monde” (baptisé le Life Earth Simulator, ou LES) combinant l’ensemble des données transports, économie, émigration, environnement, santé, etc. Le LES n’est d’ailleurs qu’une partie du gigantesque projet européen mené par l’Institut de technologie de Zurich, FuturICT qui se définit comme un “accélérateur de connaissance”, équivalent social d’un “accélérateur de particules” comme le LHC en physique. Ce centre devrait voir le jour d’ici 2022, à condition de recevoir les fonds de 1 milliard d’euros nécessaires à une telle entreprise.

A son origine, le docteur Dirck Helbing, spécialiste des systèmes complexes, s’était déjà fait remarquer en 2008 lorsqu’avec ses collègues James Breiding et Markus Christen, il avait publié un papier mettant en lumière des instabilités dangereuses dans le système financier mondial, qui n’auraient pas du s’y trouver d’après les analyses (trop simples selon eux) des économistes. C’était juste avant la crise.

Un tel travail implique naturellement des ressources herculéennes. Tout d’abord, il faut des superordinateurs, admet Helbing. Aspect inquiétant, note-t-il, l’Europe est singulièrement en retard dans le domaine des supercalculateurs.

En revanche la plupart des données sont déjà accessibles. La Technology Review a d’ailleurs publié récemment la liste des 70 bases de données “qui comptent” dans le domaine de la simulation sociale. Notons parmi les sites mentionnés, la présence de deux systèmes d’intelligence artificielle, chacun cherchant à leur manière à donner aux machines une forme de compréhension du langage naturel et un peu de “sens commun” : Freebase et WolframAlpha. Cela n’est pas étonnant, car, nous rappelle la BBC, accumuler les données n’est pas suffisant. Encore faut-il leur donner un sens, trouver comment organiser toutes ces informations. Les technologies du “web sémantique” devraient donc, selon Helbing, jouer un rôle important dans ce domaine.

Une approche pluraliste

Naturellement diverses questions se posent quant à la viabilité d’un tel projet. Est-il réellement possible de prévoir les comportements sociaux comme celui des particules élémentaires ? Quel serait exactement le rôle de ce LES ?

Dick Helbing est bien entendu tout à fait conscient de ses difficultés. La réflexion sur la viabilité des modèles en sciences sociales et même centrale dans ses préoccupations. “Ma propre impression”, explique-t-il dans un de ses textes sur le sujet, “est que la tentative de développer des modèles mathématiques des systèmes sociaux est moins désespérée que ne le pensent la plupart des sociologues, mais plus difficile que ne le croient les chercheurs en sciences naturelles.”.

Mais pour cela, il va falloir abandonner certaines habitudes de pensée, comme la croyance en un modèle explicatif “juste” et “unique” explique Helbing . En réalité il existe de nombreux modèles en sciences sociales, certains basés sur des théories différentes (par exemple, une même analyse des transports routiers pourra être effectuée suivant un système multi-agents, ou selon une série d’équations inspirées de la mécanique des fluides), d’autres sur des niveaux d’approche variée (par exemple, on peut élaborer une modélisation du trafic en partant de la voiture individuelle, ou du flux global des véhicules), et tous possèdent leur valeur dans un cadre limité. D’où la nécessité d’utiliser simultanément plusieurs modèles pour réfléchir sur un seul et unique phénomène.

En fait, même dans les domaines “naturels” de l’ingénierie, cette approche est déjà utilisée, “même les avions modernes sont contrôlés par plusieurs programmes d’ordinateur tournant en parallèle. Lorsqu’ils sont en désaccord les uns avec les autres, une décision est prise à la majorité. Cela peut sembler un peu effrayant, mais de façon surprenante cette approche a bien fonctionné jusqu’ici. Du reste, lorsqu’on simule des “crash tests” pour de nouvelles voitures, les simulations en question se basent sur différents modèles, chacun basé sur des méthodes d’approximation spécifiques”.

Prédiction, recommandation ou contrôle ?

Une autre objection souvent posée à de tels systèmes d’information serait que leur existence même change la situation qu’ils sont censés prédire. Si par exemple, se basant sur une simulation, on dit aux automobilistes d’éviter tel carrefour et de prendre plutôt telle route, ils se précipiteront tous sur celle-ci, provoquant ainsi un nouvel embouteillage, mais ailleurs…

Pour Helbing et son coauteur Stefano Balietti, “un tel problème pourrait être résolu par “un système d’information donnant des instructions spécifiques aux utilisateurs… autrement dit, on pourrait dire à certains usagers de quitter la route, à d’autres d’y rester.”

Ce qui ne va pas, reconnaissent les auteurs, sans poser certains problèmes éthiques. Il faudrait s’arranger pour qu’un tel système ne désavantage pas systématiquement certains utilisateurs en leur faisant suivre constamment la solution la moins optimale, ou n’en avantage pas d’autres simplement parce qu’ils ont accès à un meilleur système ou qu’ils payent plus.

A ce stade, les choses deviennent assez compliquées : “si, par exemple, le système recommande à un conducteur de choisir un trajet plus lent un jour donné, celui-ci aura toujours le “droit” de prendre la route la plus rapide, mais devra dans ce cas s’acquitter d’une certaine somme qui pourrait être gagnée par quelqu’un qui accepterait d’échanger son “ticket”pour une route rapide avec un “ticket” pour un chemin plus long (afin que le système reste optimal)” ! Au final, expliquent-ils, un conducteur “normal” ne paierait rien, ou pourrait aisément regagner ce qu’il a perdu en négociant ses “tickets” les jours où ça l’arrange… Seuls les conducteurs désirant systématiquement prendre la voie rapide se retrouveraient financièrement perdants…

Dans leur texte, les auteurs affirment qu’il faut abandonner l’idée du contrôle des systèmes complexes, pour se diriger vers une “gestion de la complexité”. Mais le système présenté ici ne tend-il pas, à son tour, vers une forme de “contrôle” ?

Certainement. En attendant de trancher cette question, voici donc comment, selon les auteurs, les décisions politiques seront prises demain. Tout d’abord, on fera tourner une multitude de simulations pour explorer les scénarios possibles et leurs effets. Ensuite, on effectuera une série d’expériences, les unes sur le web, d’autres dans des réalités virtuelles ou des serious games, ou encore dans un laboratoire. Ensuite, on initiera certaines “études pilotes” sur des régions locales du “monde réel”.

L’approche envisagée n’est donc pas seulement pluraliste par son usage de plusieurs modèles théoriques, mais aussi par la combinaison d’approches pratiques différentes : labo, mondes virtuels et monde réel. Peut être est-ce là le grand apport d’un projet comme le LES : la mise en place de la méthode expérimentale en sciences sociales, par la simulation, informatique ou autre, de “tous les mondes possibles”.





L'euro grimpe à 1,38 dollar avant la réunion de la BCE

L'euro s'est apprécié de 2,7 % depuis le début d'année. Le ton plus ferme de la Banque centrale européenne sur l'inflation conduit les opérateurs à anticiper une hausse des taux avant la fin 2011. Le marché attend le discours de Jean-Claude Trichet jeudi.


 La monnaie unique a franchi le seuil de 1,38 dollar en séance, grimpant de 0,78 %, à 1,3804 dollar au plus haut mardi 1er février. Depuis le début de l'année, l'euro s'est apprécié d'environ 3 %. Il a renoué avec ses niveaux de novembre 2010 -avant la crise irlandaise -du fait d'anticipations de hausse des taux plus agressives dans la zone euro.

Actuellement, les marchés estiment que la Banque centrale européenne (BCE) procédera à un premier tour de vis de 25 points de base (0,25 %) en septembre et à un deuxième en début d'année 2012. Jusqu'à la réunion de l'institut d'émission, le 13 janvier dernier, les opérateurs ne s'attendaient à aucun resserrement de la politique monétaire dans la zone euro cette année. Reflet des anticipations du marché, l'Euribor à 3 mois s'est fortement tendu depuis cette date et atteint désormais ses niveaux de juillet 2009, à 1,082 %.
Le discours de Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, a été à l'origine de ce virage brutal. Celui-ci a durci le ton au sujet de l'inflation, suivi dans cette voie par Lorenzo Bini Smaghi, membre du directoire de la banque centrale. La publication, lundi, d'un chiffre d'inflation de 2,4 % en janvier, supérieur aux estimations de marché et à l'objectif de la BCE, a enfoncé le clou. L'analyse de Trichet jeudi est donc très attendue par les intervenants de marchés.

Le sentiment grandit qu'il existe bien une volonté politique de sauver l'euro

« Voici comment nous interprétons la stratégie de la BCE à ce stade : elle sait qu'une remontée prochaine du loyer de l'argent risque de heurter les pays de la ‘périphérie' et la confiance des marchés, donc elle essaie par un langage plus ferme d'empêcher que les anticipations d'inflation ne dérapent, ce qui serait son pire cauchemar », explique Marco Valli chez Unicredit.
L'euro a aussi bénéficié de l'apaisement des craintes envers la dette souveraine, grâce au succès des émissions obligataires des Etats « périphériques » et à celui, plus spectaculaire, des emprunts européens pour l'Irlande : les investisseurs se sont arrachés les papiers émis en janvier par le Mécanisme de stabilité européen (MESF) et le Fonds de stabilité (FESF). Par ailleurs, bien que l'incertitude ne soit pas levée -et ne le sera sans doute pas avant mars -le sentiment grandit qu'il existe bien une volonté politique de sauver l'euro. Ceci devrait se traduire par un renforcement du Fonds de stabilité européen.
En attendant, certains préconisent la prudence. « Le vrai problème c'est que la plupart des gouvernements de la zone euro empruntent à des taux plus élevés que leur taux de croissance nominal et, dans des cas comme la Grèce ou l'Irlande, à des taux nettement supérieurs, » rappellent ainsi les spécialistes Devises de Morgan Stanley, qui craignent que l'optimisme retombe.

14 juillet -14 janvier

L'effet sismique de la révolution tunisienne invite à revenir sur son instant initial. La symbolique des dates parle. Le 14 janvier 2011, la dictature s'est effondrée dans l'instant où le satrape mafieux s'est enfui, tandis que, le 14 juillet 1789, la monarchie a vacillé lorsque la prise de la Bastille a montré la fragilité de l'absolutisme. Chacune de ces deux dates aura soulevé les mêmes espoirs. Des peuples épuisés d'injustices, révoltés de l'arrogance des puissants, se sont jetés avec un admirable courage à la conquête des libertés démocratiques. Partout en Europe hier, à Tunis, au Caire et peut-être ailleurs aujourd'hui, les jeunes, les miséreux et les élites culturelles auront pensé au moins l'espace d'un jour qu'un soleil de liberté s'est soudain levé dans leur ciel.

Mais il leur faut voir aussi les nuages qui menacent. Sans forcer la comparaison entre deux époques, il est aisé de distinguer les mêmes nuages pour les mêmes causes de météorologie politique. D'abord, les causes internes. Dès que la parole se libère, les opinions et les forces qu'elles représentent se mettent à diverger. Nous eûmes nos girondins, nos montagnards et toutes les factions intermédiaires ; les Tunisiens et les Egyptiens vont voir surgir toute la gamme des options politiques doublées de variantes religieuses. Risque de tensions garanti. Et comment faudra-t-il représenter ces courants : par la représentation proportionnelle, au risque d'un Parlement ingouvernable, ou par un scrutin majoritaire, au risque de brimer des minorités au moment même où elles accèdent à la parole ? Ce sera l'un des choix les plus difficiles pour la définition des nouvelles institutions.

Les nuages viennent aussi de l'extérieur : les régimes en place, monarchiques ou militaires, ont intérêt à ce que le nouveau cours démocratique échoue. Il a déjà ébranlé le pouvoir égyptien. Un succès durable pourrait étendre la contagion bien au-delà. Après 1789 aussi, les voisins autocratiques de la jeune Révolution française s'étaient ligués contre elle. Souhaitons à la jeune révolution arabe de connaître bientôt son Valmy.

L’agriculteur, le spéculateur, le G20 : instabilités, révoltes

La spéculation c’est Zeus, nulle statistique ne peut mesurer sa puissance mais il est le maître de l’Olympe


El Nino, la Nina, la Nada : trois phénomènes aux conséquences mondiales sur les températures, les précipitations et l’agriculture ; la démographie et l’élévation du niveau de vie des consommateurs ; les OGM, les surfaces et la richesse des sols cultivés ; les prix de l’énergie dans les engrais, dans l’irrigation, dans la récolte, dans le transport et dans la transformation… Autant de fondamentaux qui affectent également deux agricultures : l’artisanale et celle qui se définie par analogie productrice de minerais. Cette seconde composante orientée coût-volume dirige en partie les variations des prix des matières agricoles.

En partie seulement. Outre la demande, une thèse affirme que les hausses, les baisses et la volatilité (variation rapide des cours à la hausse ou à la baisse) des prix agricoles sont dominées par la spéculation : ces marchés sont largement ouverts aux opérateurs non commerciaux (non agro-industriels). Leurs modèles météorologiques globaux anticipent les stocks de récoltes : ils opèrent des stratégies simples (long maïs 2011-short soja 2011) ou plus complexes (blé 2012 au regard d’El Nino, du "QE2", de l’inflation chinoise et de l’Egypte), ils utilisent des produits structurés et dérivés, du trading à haute fréquence... La spéculation est réputée tuer les prix.  


 L’amplitude est faible
Le graphique N°1 nous indique les variations de prix du blé (orange) du maïs (vert) et du soja (bleu) cotés à Chicago (CBT) base 100 de 1973, puis le coton et le café sur l’ICE. Pour les trois premiers, les tensions tiennent rarement plus de 18 mois (les campagnes 1996-1997, 2007-2008, 2010-2011) tout comme les affaissements 1987-1988, les périodes de calme (1998-2002) sont rares sur cette période de presque 40 ans. Les matières agricoles comme les autres commodities disposent de marchés organisés (techniques de base misent au point sous l’ère Tokugawa au Japon pour le marché à terme du riz), de diffusions d’informations sur les prix voire sur les stocks mondiaux et régionaux (blé), d’organisations supra nationales, d’observatoires divers… L’amplitude des variations de prix était faible (de 100 à 200) jusqu’en 2008.

Abandon des politiques agricoles et …
Jusqu’au milieu des années 1990 les prix étaient régulés garantis par des politiques agricoles, des stocks d’amortissement et autres caisses de stabilisation des matières premières. Après 1994, en général, l’agriculteur reçoit des subventions, les prix sont libérés. Entre 1995 et 2005 l’ancienne inertie continue sur son ère mais, pendant cette période, les marchés placent d’abondantes liquidités dans les ressources naturelles ; en 2007-2008, prix historiques et crise.

…les cycles agricoles sont courts
Entre les deux hémisphères terrestres, 18-20 mois séparent les premiers emblavements au nord des dernières récoltes au sud. Sauf aléa climatique, les promesses de récoltes se vérifient. Les prix ont peu de temps pour prendre de l’élan. En moyenne, depuis 1972, les tensions ne dépassent pas 29 mois pour le blé, maïs 17, sucre 22, café 16, cacao 26, soja 15, coton 22.
A un surcroît de demande, le délai de la réponse de l’offre est de quelques mois : choix de l’emblavement, mise en culture d’une jachère ou amélioration d’un rendement. Nous sommes bien loin de la nécessité d’une découverte géologique suivie d’une première production minière ou énergétique 5 à 10 ans plus tard. Ces prix-là (métaux, énergies) ont le temps de se projeter plus longuement.

Anticipation commerciale : anticipations naturelles, sans grand excès

Les prix du blé, du maïs, du coton, du soja, du colza... comme le pas de temps permettent à l’agriculteur un choix rationnel sur la nature de sa future récolte. C’est la première anticipation. Qu’il protège son revenu en ouvrant une position à terme ou bien qu’il vende sa production au comptant après la récolte, la société agricole jouera avec le temps et anticipera une seconde fois.
L’anticipation des états aussi n’est pas nouvelle, elle est guidée par l’insuffisance alimentaire : l’Asie pour le riz ; l’Afrique du Nord pour le blé, récemment le Mexique pour le maïs (couvert jusqu’au troisième trimestre 2011 à Chicago).
 Spéculation non-commerciale
La spéculation c’est Zeus, nulle statistique ne peut mesurer sa puissance mais il est le maître de l’Olympe.

Quittons les acteurs commerciaux pour rejoindre les non-commerciaux.
Ajoutons l’or sur le graphique N°2 toujours en base 100 de 1973. Les variations du blé et du maïs apparaissent très basses au regard du celles du métal précieux.
Ajoutons sur le graphique N°3 le pétrole, le cuivre et le nickel en base 100 de 1983.
Entre 2006-2010 la courbe du nickel surpasse le cuivre puis viennent les courbes du pétrole, du blé et du maïs. Ce dernier graphique étonne : trois compartiments (énergie, métaux, agriculture) qui, sans être liés les uns avec les autres par des fondamentaux communs, entrent conjointement dans d’importants mouvements de prix. Ils s’effondrent dans la même crise systémique de 2009 et rejaillissent dans un même ensemble en 2010.

Concernant le blé, les productions des années 2007 et 2008 étaient généreuses, les exportations furent assurées, les stocks finaux étaient bas mais pas épuisés. Certes, les stocks mondiaux ne sont pas tous mobilisables pour l’exportation - comme souvent - par exemple ceux de la Chine et l’Inde. Cependant, ils assuraient les besoins africains avec les émeutes que l’on connaît. Justifiaient-ils des prix historiques ? Sur le même tableau, les campagnes 2008-2009-2010 se soldent par des productions records, des stocks supérieurs à ceux de 2003 et 2007, mais le mouvement des prix du blé accompagne ceux des métaux et du pétrole, ils ont changé d’univers. Certains concluent que l’anticipation agricole est engloutie sous la spéculation non-agricole.

Morcellement, opacité, volatilité, migration
Il est un fait que l’information sur les non-commerciaux est morcelée : produits structurés et dérivés ne sont pas tous compatibilités. Morcellement des volumes, opacité des informations, rumeurs : asymétries qui provoque la volatilité. Un marché volatile attire plus qu’un marché atone : les opérateurs migrent des marchés sans surprise vers l’excitation des marchés agricoles pour exercer un savoir nomade : effet boule de neige.

G20
La préoccupation politique du G20 reste les conséquences du rationnement de la demande. Une hausse des prix (30 % pour le blé en 2011-2012 ?) semble inévitable (la demande peut-elle baisser ?) tant que les surfaces cultivées n’augmenteront pas (Afrique), que les rendements ne s’amélioreront pas encore plus.

La thèse financière actuelle, réfléchie et implémentée début 2008, durera aussi longtemps que les opérations pourront être roulées. Le danger : que les crises agricoles ne se comblent plus automatiquement à chaque récolte ; que les positions ouvertes sur les termes ne donnent pas lieu ou ne réclament pas toutes une livraison physique. C’est même l’inverse, un économiste le dirait-il avec malice et peut être philosophie : quel négociant livrera le dernier contrat à terme sur le blé lorsque nous serons tous morts ? La filière agricole a changé : chaos croissant, perte d’autorégulation.

Finance-fiction sur le blé
L’exemple de la crise du blé de 2010 est intéressant. Sur les graphiques 4 et 5, le blé à Paris (jaune) et à Chicago (vert). Sous l’effet d’un fondamental (sécheresse) croisé d’une survente, la Russie signe un embargo le 5 août 2010. Une forte volatilité s’éprend des marchés, les achats sont intenses les cours s’envolent. Qui achète quelques minutes après la décision de l’embargo ? Zeus sans doute. Les volumes traités au Matif à Paris en 2010 sont impressionnants au regard de 2007, ceux de Chicago progressent constamment depuis 1995. Six mois plus tard, les stocks mondiaux de blé anticipés sont meilleurs qu’en 2007-2008 (la récolte australienne du Queensland a eu lieu en grande partie avant les inondations, cependant il existe des problèmes de qualité). Soudain, l’Egypte, après la Tunisie, rentre dans l’équation : elle exporte de l’urée et du phosphate (possible hausse des prix des engrais si elle en exporte moins) et importe des grains.
Vous appréciez les antithèses agricoles : je vous recommande ce reportage vidéo de Reuters sur le lien blé-Egypte et le documentaire que je retrouve dans le coffret des Césars de cette année, « Le Temps des Grâces ». Agriculture, terre de contrastes.
Les exportations seront probablement supérieures à celles de 2007 et 2008, le marché connaît un équilibre, son prix est juste sous son plus haut historique.

Courte digression. L e marché parisien exprimait l’agitation le 5 août dernier. En effet, le CBT suspendait les cotations du blé en limit up alors que la régulation française permet au Matif de continuer (i) de traiter et (ii) sans limite de position par opérateur : les volumes américains investissaient le Matif. Comparaison n’est pas raison, cependant, si le ratio entre la production de blé aux Etats-Unis et en France est d’environ 1,6 le ratio entre les volumes de blé traités sur le CBT et le Matif est supérieur à 7. En cas de récidive, le Matif sera le centre du monde, cela peut ne pas être enviable.

Poursuivons et anticipons la future levée de l’embargo, une prochaine surproduction de blé (par exemple celle attendue l’an prochain dans une Australie rendue particulièrement fertile par les inondations de cette année), une moindre consommation sectorielle (consommation animale par exemple), un retournement de marché. Le marché vend le blé et par contagion vend le cuivre, l’or, le pétrole, le gaz… alors que des agriculteurs espérant un prix plus élevé n’ont pas hedgé. Dans l’incapacité de rembourser ils sont confrontés aux clauses de sortie de préfinancement.

Risque systémique
Le quatuor morcellement-opacité-volatilité-nomadisme s’ouvre sur cette préoccupation. Les préfinancements agricoles, crédits contre collatéral (la récolte), notamment au Brésil et en Europe centrale, portent-ils le virus de l’instabilité systémique ? Le risque prix est soutenu par l’augmentation future des prix (cf. subprime), le risque contrepartie est adossé aux actifs de l’agriculteur (ibid). La répétition de chocs affaiblit les défenses ; le marché amortit le prix qui s’effondre ou bien la pénurie de récolte par la disparition d’une ou de deux société agricoles, mais il craindra l’effet destructeur sur une filière, des sociétés de négoce, des banques…

Abrégeons
Ce scénario n’aborde pas la gestion du risque prix dans la filière agro-industrielle ; la compétitivité se joue sur l’anticipation, l’habileté et le minutage des positions approvisionnant des usines de transformation de blé, maïs, soja, riz, café, cacao...
Il n’aborde pas non plus le complexe : le maïs par exemple. Son prix est lié aux prix des énergies : l’éthanol représente 42 % de la demande de maïs aux Etats-Unis. Là-bas comme ailleurs, la gestion de la surface cultivable allouée aux blé-soja-maïs-colza, est décidée au regard des prix du blé-soja-maïs-colza… mais aussi de l’éthanol, du pétrole et pourquoi pas du gaz naturel et donc de l’électricité…
Il n’aborde pas non plus l’appauvrissement du sol, les remèdes du bois raméal, l’eau, la chimie, les coûts, le taux de change du dollar, le foncier…

Anticiper reste un devoir, spéculer une raison d’être
Déjà vu ? Non : globalisation, le monde plus peuplé ne se nourrit pas lui-même (exportations) comme il ne fabrique plus lui-même (Chine : usine du monde) ; interconnexions, contagions, recherche de volatilité, indices regroupant trois mondes (énergie, métaux, agriculture) ; nomadisme rapide des traders entre les cinq marchés si l’on ajoute les devises et le fret.
Autant de réseaux propulsant les produits agricoles, eux aussi, dans l’univers instable du système.




 

Egypte : "L'armée souhaite rester au pouvoir"

Au rythme des "Moubarak dégage", les rangs des manifestants gonflent en Egypte depuis mardi 25 janvier. Un slogan évocateur : il vise personnellement le président mais pas l'institution sur laquelle il repose, l'armée. Des chars applaudis, des soldats embrassés par les manifestants : l'armée jouit d'une image positive au sein de la population.

Lundi 31 janvier, elle a déclaré que les revendications du peuple étaient "légitimes". Elle s'est également engagée à ne pas faire usage de la force. Un message clair, selon Denis Bauchard, conseiller spécial pour le Moyen-Orient à l'Institut français des relations internationales, destiné à montrer que "l'armée souhaite rester au pouvoir".
Comment interpréter le message de l'armée de lundi soir qui considère les aspirations des manifestants "légitimes"?
La publication de ce communiqué s'est faite dans des conditions étranges. En effet, il a émané de "l'état-major". La raison en est peut-être le souci de montrer qu'il reflétait la position, non d'un haut responsable identifié, mais de l'armée en tant que telle. Il était clair que depuis quelques jours, l'armée n'était pas disposée à tirer sur les manifestants. Mais elle a eu besoin de s'affirmer comme une force, une force pacifique.
En outre, je pense que si l'on rapproche ce communiqué du fait que le général Omar Souleïmane a été nommé vice-président de la République, il y a un double message. Tout d'abord, la transition est amorcée. En clair, Hosni Moubarak devra partir au plus tard à la fin de son mandat à l'automne de cette année, il ne se représentera pas. Et son fils Gamal ne sera pas candidat. Deuxièmement, l'armée entend rester au pouvoir. Il s'agit là d'un signal envoyé à la communauté internationale et à la population. En somme, il n'y aura pas de transition sans participation active de l'armée.
Quel est justement le rôle politique de l'armée en Egypte ?
L'armée est au cœur du pouvoir en Egypte. Elle joue un rôle central depuis longtemps : depuis 1952 et l'arrivée du colonel Nasser au pouvoir. Elle détient tous les leviers du pouvoir : le vice-président, Omar Souleïmane, le premier ministre, plusieurs ministères sensibles – défense, intérieur – sont entre ses mains. La plupart des gouverneurs sont issus de l'armée. L'armée est fidèle à l'Etat et au régime.
Elle joue également un rôle économique : elle contrôle un certain nombre d'entreprises publiques dans des secteurs très divers, d'Egypt Air à des compagnies pétrolières et bien d'autres. Mais d'ancien militaires sont également à la tête d'un certain nombre d'entreprises privées.
Aujourd'hui, l'objectif optimal de l'armée est, sans donner l'impression de lâcher le président Moubarak, d'assurer la pérennité de l'Etat et celle de son propre pouvoir. Est-ce que Moubarak va être incité à partir tout de suite ou va-t-il terminer son mandat ? En tout cas, l'armée n'a pas intérêt à donner l'impression de lâcher le président dans la mesure où celui-ci est l'émanation de l'armée.
L'armée est au pouvoir, un pouvoir qui est contesté à travers la personnalité de M. Moubarak, pourtant l'armée n'est pas remise en cause. Comment expliquer cette apparente contradiction ?
L'armée est restée dans l'ombre et le mécontentement se focalise sur le président personnellement. Il apparaît comme l'homme des Américains, l'homme de la conciliation avec Israël. C'est aussi à lui qu'on attribue toutes les déficiences économiques, le chômage, la pauvreté, la corruption. M. Moubarak est ainsi la personnalité la plus exposée.
L'armée n'est donc pas critiquée, elle a toujours conservé une très bonne réputation : elle a une image d'intégrité, la réputation d'assurer la sécurité et la sauvegarde du pays. Elle s'est bien battue en 1973 [lorsque le président Sadate s'est engagé dans la guerre du Kippour contre Israël]. Il y a un sentiment largement positif envers elle au sein de la population.
C'est donc une situation différente de celle qu'a connue, par exemple, la Tunisie : le président Ben Ali, sa famille et le système étaient remis en cause alors qu'en Egypte, il y a une remise en cause de M. Moubarak mais pas du régime lui-même. Très rares sont ceux qui critiquent le régime militaire, bien que M. Moubarak soit une émanation de l'armée.
En outre, l'armée a des privilèges, elle attire des jeunes soucieux de faire carrière, ses métiers sont recherchés, contrairement à la police qui a une image très négative. Car ces dernières années, l'armée n'a jamais eu à réprimer les manifestations, c'est la police qui s'en occupait. Durant les événements récents, elle a eu un rôle de maintien de l'ordre mais de façon statique, par sa seule présence, notamment autour de la place Tahrir.
Lundi 31 janvier, le vice-président, Omar Souleïmane, a annoncé l'ouverture d'un dialogue avec l'opposition. L'armée semble devoir jouer un rôle dans cette transition, mais de quelle transition s'agit-il ? L'armée peut-elle apporter la démocratie ?
Le général Souleïmane, dans sa brève intervention d'hier soir a souligné qu'il était prêt à réfléchir à certaines dispositions constitutionnelles. Certaines d'entre elles ont un caractère peu démocratique, notamment la nécessité de récolter 250 signatures de parlementaires pour être candidat à l'élection présidentielle, alors que le parti présidentiel contrôle le Parlement. La possibilité de nouvelles élections législatives semble envisagée.
En revanche, il faut bien se rendre compte que le Parlement n'est pas fort en Egypte. Il s'agit d'un régime présidentiel. A supposer qu'il y ait une majorité d'opposants au Parlement, cela ne veut pas dire qu'il y aura une réelle opposition. C'est le président qui tient le pouvoir.
Dans son communiqué, l'armée reconnaît la nécessaire liberté d'expression. Mais la question est de savoir jusqu'à quel point elle est prête à accepter des éléments de démocratie. Il pourrait y avoir un scénario à la turque : un pouvoir dans lequel l'armée est garante d'un certain nombre de valeurs, notamment la laïcité, au cas où les Frères musulmans venaient à participer au pouvoir et seraient tentés de promouvoir la charia.
Quoi qu'il en soit, cette période transitoire va être difficile à gérer. La difficulté pour l'armée va être de maintenir sa bonne image tout en ne donnant pas l'impression de lâcher le chef de l'Etat.
Les Etats-Unis ont une relation privilégiée avec l'armée égyptienne. Comment peut-on la caractériser ?
Elle est ancienne et très forte. Beaucoup d'officiers égyptiens sont allés aux Etats-Unis pour des périodes de formation ou des stages. Les Américains fournissent aussi une aide militaire très importante : sur les 2 milliards de dollars d'aide accordés chaque année, environ la moitié a un caractère militaire.
Le chef d'Etat major de l'armée va régulièrement à Washington, où il se trouvait lorsque les troubles ont éclaté. Il y a donc des liens institutionnels et humains. Ceci n'est pas en contradiction avec le discours des Etats-Unis, qui insistent sur la nécessité de répondre aux aspirations de la population, ce qui coïncide exactement avec ce que dit l'armée.
Les Frères musulmans sont la principale force d'opposition du pays. Quelles relations entretient l'armée avec la confrérie ?
Entre le pouvoir et les Frères musulmans, il y a eu dans le passé une alternance de répression et de dialogue. La confrérie est tenue en suspicion. Elle est théoriquement interdite mais elle est de facto tolérée. Par le passé, il y a eu de grandes vagues répressives à leur égard. Mais depuis quelques années, il y a un modus vivendi.
A mon sens, les Frères musulmans ne souhaitent pas affronter le pouvoir. Il y a probablement des contacts maintenus en permanence, y compris au niveau d'Omar Souleïmane.

L'Autriche débloque 6 millions d'euros pour restaurer Auschwitz

Le gouvernement autrichien a débloqué, mardi 1er février, en conseil des ministres une enveloppe de 6 millions d'euros pour restaurer le camp d'extermination nazi d'Auschwitz-Birkenau (Pologne), où périrent 1,1 million de personnes pendant la seconde guerre mondiale, a indiqué un porte-parole du gouvernement, Leo Szemeliker.
Le Parlement autrichien doit encore approuver cette décision, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2012. Le ministre des finances autrichien avait auparavant précisé que l'Autriche fournira, relativement à sa taille, autant que l'Allemagne. La République fédérale, qui compte dix fois plus d'habitants, a promis 60 millions d'euros. Au total, les autorités polonaises veulent constituer un fonds international de 120 millions d'euros pour financer la préservation du site.
Cette annonce intervient alors que, le même jour, plus de cent personnalités juives, chrétiennes et musulmanes, et des représentants de nombreux pays notamment du Moyen-Orient et d'Afrique, ont rendu hommage ensemble aux victimes de l'Holocauste sur le site du camp d'Auschwitz-Birkenau.
PROMOUVOIR DES RAPPROCHEMENTS INTERCULTURELS
La visite, parrainée par l'Unesco et la Mairie de Paris, était organisée dans le cadre du projet Aladin, lancé en 2009 par plus de deux cents personnalités d'Europe et du monde arabo-musulman pour promouvoir des rapprochements interculturels et rendre disponibles en arabe, en persan et en turc des informations objectives sur la Shoah.

"Je suis là pour dire à ceux qui nient l'Holocauste à Auschwitz et à ceux qui nient le génocide à Srebrenica [lieu du massacre de 8 000 Bosniaques musulmans en 1995] qu'ils sont en train de commettre aussi un génocide", a notamment clamé le grand mufti de Bosnie Mustafa Ceric, lors d'un discours à Birkenau. Le grand rabbin de Pologne, Michael Schudrich, a lui exprimé l'espoir que cette rencontre inter-religieuse contribuerait à prévenir des génocides dans l'avenir.

Quelque 1 100 000 personnes, dont environ un million de juifs, ont été tuées entre 1940 et 1945 à Auschwitz-Birkenau, camp installé par l'Allemagne nazie dans le sud de la Pologne. En plus des victimes juives, 70 000 à 75 000 Polonais non juifs y sont morts, ainsi que 21 000 Roms, 15 000 prisonniers de guerre soviétiques et 10 000 à 15 000 autres prisonniers, dont des résistants, selon les données du Musée d'Auschwitz.

Hosni Moubarak veut "terminer son travail"

Lors d'une intervention télévisée, mardi soir, le président égyptien a annoncé qu'il ne serait pas candidat à la prochaine élection présidentielle mais que d'ici là il resterait au pouvoir pour "organisation une transition pacifique du pouvoir". 
 Il ne partira pas. Le président égyptien Hosni Moubarak, en proie à une vague de contestation sans précédent, a annoncé mardi soir à la télévision qu'il ne se représenterait pas à l'élection présidentielle, mais qu'il consacrerait les derniers mois de son mandat à la transition. La stabilité, a-t-il souligné, est une condition de ce transfert du pouvoir. Le prochain scrutin présidentiel doit avoir lieu en septembre. "Le Hosni Moubarak qui vous parle aujourd'hui est fier du bilan de ses années au service de l'Egypte et de son peuple", a ajouté le chef de l'Etat, qui a exclu de quitter le pays après la fin de son mandat. "Je le dis en toute sincérité, et sans tenir compte de la situation actuelle, je ne comptais pas me présenter à un nouveau mandat présidentiel", a déclaré le président égyptien dans une allocution très attendue. "J'ai passé assez de temps à servir l'Egypte et son peuple", a-t-il ajouté. "Je n'ai jamais demandé le pouvoir". "Je vous parle dans des conditions difficiles qui mettent l'Egypte et son peuple à l'épreuve et qui pourraient l'entraîner vers l'inconnu", a ajouté M. Moubarak, estimant que le pays avait le choix entre "le chaos et la stabilité". "Ce pays, j'y ai vécu, j'ai fait la guerre pour lui, et l'histoire me jugera", a-t-il dit. "Ma première responsabilité maintenant est de ramener la sécurité et la stabilité à la patrie pour assurer la transition pacifique du pouvoir", a dit le chef de l'Etat. Il a appelé le Parlement à "débattre d'un amendement aux articles 76 et 77 de la Constitution pour modifier les conditions de la candidature à la présidentielle et limiter les mandats". 
 Les manifestants rejettent le discours
Plus d'un million d'Egyptiens ont manifesté mardi dans le pays pour réclamer le départ du président Moubarak, au pouvoir depuis 29 ans, selon les services de sécurité. C'était la plus importante mobilisation en huit jours de contestation du  pouvoir du président égyptien. Et le discours du président ne les a pas convaincu.
Ils étaient encore des milliers massées dans la soirée sur la place Tahrir à scander :"Dégage ! Dégage !", "Nous ne partirons pas ! Vendredi après-midi, nous serons au palais!", ont-il repris en coeur, évoquant le défilé baptisé "vendredi du départ" qui doit avoir lieu ce jour-là pour réclamer la démission du chef de l'Etat.