TOUT EST DIT

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mardi 13 juillet 2010

Aubry fustige "l'auto-persuasion" et "l'auto-satisfaction" de Sarkozy

Martine Aubry, première secrétaire du PS, a estimé lundi sur France 3 que l'intervention télévisée de Nicolas Sarkozy se résumait à de "l'auto-persuasion" et de "l'auto-satisfaction".
"J'ai trouvé un président de la République qui parlait d'abord de lui-même, avant de parler des Français. Je l'ai trouvé vivant dans un autre monde, très loin des Français et aussi très loin de la vérité, sur le chômage, les retraites, la sécurité", a déclaré Mme Aubry.

"Comme d'habitude, des grands mots et une réalité qui est toujours différente. Pas de changement de cap qui ramènerait un peu d'espérance face à cette crise morale que nous traversons et face à cette terrible crise économique et sociale, on continue comme avant, l'auto-persuasion et l'auto-satisfaction", a-t-elle poursuivi.
Sur l'affaire Bettencourt/Woerth, "nous attendions ce soir des clarifications et des décisions et nous n'avons eu ni les unes ni les autres", a estimé le maire de Lille.
Pour Mme Aubry, "on avait l'impression qu'il était au coeur d'un complot tout ça pour masquer des questions totalement embarrassantes et totalement floues".
Interrogée sur le "conseil" de Nicolas Sarkozy à Eric Woerth de quitter ses fonctions de trésorier de l'UMP, Mme Aubry a répondu: "C'est déjà une chose que nous demandons depuis trois ans. Ca veut bien dire qu'on reconnaît là qu'il y a un conflit d'intérêts".
Pour aller "jusqu'au bout" des conséquences de ces conflits d'intérêts, Mme Aubry a redemandé une commission d'enquête parlementaire et un "juge indépendant".
"La France de Nicolas Sarkozy, c'est Mme Bettencourt qui reçoit 30 millions d'euros au titre du bouclier fiscal (...) et c'est 30 millions de Français qui sont à quelques euros près, pour terminer leur mois", a-t-elle lancé, évoquant la suppression de l'APL pour les étudiants.
"Voilà la justice vue par Nicolas Sarkozy!", a-t-elle lancé.
Fustigeant les "contre-vérités permanentes" du président, elle a ajouté: "On aurait aimé qu'il y ait un peu de répondant en face", critiquant implicitement l'interviewer David Pujadas.
"Nous faire croire qu'il n'y aurait en France que 10.000 personnes qui auraient travaillé (exposées) aux intempéries, sur des charges lourdes (...) c'est totalement aberrant", a-t-elle asséné.
Vous avez le sentiment d'écouter votre adversaire de 2012 ? "L'adversaire de la gauche, l'adversaire des socialistes, oui", a-t-elle répondu..

ENCORE UNE FOIS CETTE GROSSE TRUIE FAIT DANS LA DÉMAGOGIE ÉLECTORALISTE, IL EST FACILE DE CRITIQUER SANS PROPOSER. L'INTELLIGENCE LUI FAIT CRUELLEMENT DÉFAUT, QU'ELLE RETOURNE CHIER DANS SA CAISSE LILLOISE.ÇA SUFFIT LES CONNERIES.

Sarkozy renouvelle sa confiance à Woerth et reste ferme sur les retraites

Après un mois de polémiques qui ont atteint le sommet de l'Etat, Nicolas Sarkozy espérait, ce lundi soir sur France 2, parvenir à mettre un point final à l'affaire Bettencourt-Woerth et recentrer le débat sur les «problèmes de fond», à commencer par la réforme des retraites.
Pour sa première prestation en direct depuis le 25 janvier, le chef de l'Etat a été interrogé un peu plus d'une heure par David Pujadas, sur une terrasse des jardins de l'Elysée. Installé face à Nicolas Sarkozy, une table les séparant, le journaliste de France 2 a débuté l'entretien par le feuilleton Bettencourt, qui atteint de plein fouet le ministre du Travail, Eric Woerth, en charge de la réforme emblématique des retraites.

Voici les principales déclarations du chef de l'Etat :

«Eric Woerth sera le ministre qui défendra» la réforme des retraites. «Eric Woerth est un homme honnête, c'est un homme compétent, c'est un homme qui a toute ma confiance et celle du Premier ministre», a immédiat souligné le chef de l'Etat. «Il sera donc le ministre qui défendra cette réforme si nécessaire des retraites selon le calendrier qui était prévu».

Sarkozy mis en cause dans l'affaire Bettencourt : «Une honte». Emprunt d'une colère froide, Nicolas Sarkozy a jugé que c'était «une honte» de l'avoir accusé d'avoir «ramassé des enveloppes» d'argent chez Liliane Bettencourt, comme l'avait rapporté le site Médiapart citant des premières déclarations, démenties ensuite, de l'ex-comptable de la patronne de l'Oréal. Pour symbole de son honnêteté, il a rappelé : «Le seul président qui a fait rentrer la Cour des comptes à l'Elysée, c'est moi ! Et j'ai voulu nommer un député de l'opposition comme président» au décès de Philippe Séguin.

«Mon conseil, c'est plutôt que (Woerth) abandonne» ses fonctions de trésorier UMP. En revanche, pour couper court à toute polémique, il a «conseillé» à son ministre du Travail de quitter ses fonctions de trésorier de l'UMP afin qu'il se consacre «exclusivement» à la réforme des retraites. «Je lui ai dit que je souhaitais qu'il se consacre exclusivement à cette importante réforme des retraites, que son honneur maintenant était lavé, que les soupçons étaient levés, et que mon conseil c'est plutôt qu'il abandonne cette responsabilité de trésorier», a-t-il dit.

«Si j'avais été un homme d'argent, j'aurais fait une autre carrière». A ses détracteurs, le chef de l'Etat rétorque qu'il aurait fait «une autre carrière» s'il avait été «un homme d'argent», comme certains de ses opposants le dépeignent. «Qu'est-ce que c'est, depuis quelques semaines, que cette attitude vis à vis de l'argent ?», s'est-il interrogé. «J'entends des gens qui disent leur détestation de l'argent. Mon Dieu ! Je me méfie autant des gens qui idolâtrent l'argent que des gens qui le détestent. Cela revient aux mêmes choses. C'est un rapport malsain», a-t-il lancé.

Pas de remaniement avant la rentrée. Malgré les appels pressants de la gauche et de plusieurs ténors de sa propre majorité, Nicolas Sarkozy a confirmé que le remaniement ministériel aurait lieu en octobre après la réforme des retraites, ajoutant que ceux qui préconisaient une «équipe resserrée» avaient «raison».

«La retraite, je dis : les 62 ans, on n'y touche pas». Appelant à cesser de «perdre du temps avec la calomnie pour nous concentrer sur l'essentiel», le président a abordé dans le détail le sujet des retraites. Il a réaffirmé qu'il n'accepterait pas de revenir sur le recul de l'âge de départ à la retraite à 62 ans ni sur l'alignement des cotisations retraites public-privé : «La retraite (à) 62 ans, on n'y touche pas.» En revanche, il s'est dit ouvert sur le reste.

«Il faut cesser cette marche folle de l'augmentation d'impôts». Interrogé sur sa politique de réduction des déficits, le chef de l'Etat s'est refusé à employer ce terme «connoté en France», lui préférant l'adjectif «rigoureux». «Le mot rigueur, ça veut dire baisser les salaires, je ne le ferai pas, augmenter les impôts, je ne le ferai pas». «De tous les pays du monde, la France est celui qui taxe le plus les contribuables. La fiscalisation sur les plus riches est la plus importante», a-t-il martelé. «Ce qui ne me fait pas peur, c'est le mot rigoureux (...) Rigoureux ça veut dire qu'on revient à l'équilibre (des comptes publics, ndlr), je le ferai», a ajouté le chef de l'Etat, réaffirmant l'engagement de la France à ramener son déficit public à 3% du produit intérieur brut (PIB) en 2013, ce qui revient à un effort d'économies d'environ 100 milliards d'euros en trois ans.

Niches fiscales : «Nous avons décidé d'essayer de trouver 10% d'économies». Le gouvernement travaille encore à la réduction des niches fiscales sur lesquelles il souhaite «trouver 10% d'économies» mais les exonérations pour les emplois à domiciles ou les aides à la personne seront globalement préservées, a indiquéNicolas Sarkozy. En revanche, il a annoncé la modification du dispositif par lequel l'Etat prend en charge les cotisations sociales sur les bas salaires qui ne prendra plus en compte les 13e mois, comme c'est le cas actuellement.

Défense du bouclier fiscal... et de Liliane Bettencourt Quid du bouclier fiscal, notamment mis en cause dans l'affaire Bettencourt ? Pas question de le supprimer. «En France, le bouclier fiscal, ça signifie que personne ne paye plus de 50 % de son revenu. Si en France, on n'a plus personne ou investir et dépenser ?» a lancé le chef de l'Etat. Interrogé sur l'intérêt de maintenir ce dispositif contesté, qui permet à un contribuable de ne pas payer plus de 50% de ce qu'il gagne en impôts, le chef de l'Etat a évoqué le cas de Liliane Bettencourt, qui «paye plusieurs millions d'euros d'impôts par mois». «Mme Bettencourt, qui est propriétaire de L'Oréal, je souhaite qu'elle reste propriétaire de L'Oréal et que L'Oréal - 17 milliards de chiffre d'affaires, 64 000 employés - ne parte pas dans un autre pays», a expliqué Nicolas Sarkozy. «Parce qu'à ce moment, qui le paierait ? (...) c'est les employés qui perdraient leur emploi», a estimé le président de la République.

Mineurs délinquants : «Appliquer la suppression des allocations sociales avec fermeté». «Nous avons décidé avec le ministre de l'intérieur de faire de la Seine-Saint-Denis une priorité. Je souhaite impliquer la responsabilité pénale des parents et appliquer la suppression des allocations sociales avec fermeté. Nous allons créer en outre une vingtaine d'établissements de réinsertion pour lutter contre les décrochages scolaires. J'ai demandé qu'on constitue un fichier pour que tout jeune qui sort de l'école à 16 ans, ne le fasse pas sans formation, ni travail.»

«Le visage désastreux» des Bleus. Interrogé sur le fait de savoir pourquoi il avait reçu Thierry Henry à son retour du Mondial le 24 juin, jour de mobilisation syndicale contre la réforme des retraites, Sarkozy a confirmé que c'est bien Thierry Henry qui avait demandé à le voir. «Pourquoi j'ai reçu Thierry Henry ? Il a porté le maillot de l'équipe de France 124 fois, dignement. Il a été le joueur qui a marqué le plus de buts pour l'équipe de France. Ca compte», a-t-il dit. Quant au «visage donné par l'équipe de France en Afrique du Sud... désastreux. J'ai dit : les responsables doivent partir. Ils sont partis. Ne les accablons pas. Les joueurs ne doivent pas toucher de primes. Ils n'ont pas touché de primes», a poursuivi le chef de l'Etat.

lundi 12 juillet 2010

Retraites, remaniement, otages : les autres sujets abordés par le président

* Sur la réformes des retraites : "Je dis : les 62 ans, nous n'y toucherons pas. Je dis : l'équilibre des cotisations public-privé, c'est une question de justice. On ne peut pas y toucher", a déclaré le chef de l'Etat. "Sur le reste, nous serons très à l'écoute de ce que nous diront nos interlocuteurs", a-t-il ajouté. Le chef de l'Etat a précisé qu'il aurait des contacts pendant l'été avec les partenaires sociaux. "Je m'attends à ce qu'il y ait des manifestations. Je sais qu'il y a de la souffrance. Ce qui aura une influence, c'est l'idée que nous nous ferons de la justice. Ce n'est pas l'importance des manifestations", a-t-il déclaré.

* Sur un remaniement ministériel : "Si je devais écouter tous les conseils qui me sont donnés, j'aurais fait un premier remaniement après les régionales et j'aurais fait un deuxième remaniement maintenant. Et sans doute les mêmes auraient recommandé un troisième remaniement après la réforme des retraites. Cela donne la valse des ministres et des ministères et une image ridicule de notre pays", a-t-il fait valoir. "Il y aura donc une nouvelle étape de l'action politique que je conduirai après la réforme des retraites à la fin du mois d'octobre. Je l'ai toujours indiqué. Cette étape-là marquera le dernier tiers de mon quinquennat", a annoncé M. Sarkozy en précisant que ceux qui préconisaient une "équipe resserrée" avaient "raison".

* Sur les niches fiscales : "Nous avons décidé d'essayer de trouver 10 % d'économies" sur les niches fiscales, qui représentent un manque à gagner d'environ 75 milliards d'euros par an pour l'Etat. "On est en train d'y travailler" et les économies seront de l'ordre de 7 à 9 milliards d'euros, a précisé le chef de l'Etat. Interrogé sur le "coup de rabot" général de 10 % évoqué pour toutes les niches, M. Sarkozy a assuré : "Nous n'avons pas encore décidé". Il a toutefois affirmé que les exonérations pour l'emploi d'un salarié à domicile ou les aides à la personne, qui bénéficient à de nombreuses familles, seraient globalement conservées, hormis des ajustements dans le calcul des cotisations. En revanche, il a annoncé la modification du dispositif par lequel l'Etat prend en charge les cotisations sociales sur les bas salaires qui ne prendra plus en compte les 13e mois, comme c'est le cas actuellement.

* Sur le bouclier fiscal : Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois exclu toute suppression du bouclier fiscal, de même que de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). "Nous sommes le dernier pays à avoir un impôt sur la fortune, parce que je l'ai voulu", a-t-il affirmé, ajoutant : "Quand on a de l'argent, il est normal de payer des impôts".

* Sur le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux dans les collectivités territoriales : L'Etat a "supprimé 100 000 postes de fonctionnaire en 3 ans", "dans le budget 2011 nous en supprimerons encore 34 000" selon la règle du non-remplacement d'un fonctionnaire partant à la retraite sur deux. "Je propose que les collectivités territoriales prennent la même règle que l'Etat", a-t-il ajouté, reprenant une suggestion qu'il avait déjà faite lors de la dernière conférence sur les déficits. "Il n'y a aucune raison que l'Etat s'impose une gestion rigoureuse et que les collectivités territoriales, notamment les régions, continuent une politique d'augmentation du nombre de fonctionnaires : 34 000 chaque année depuis 10 ans à compétence constante", a-t-il estimé. Pressé de dire si les régions ne s'étaient pas vu transférer de nouvelles compétences, il a répondu : "Aucune !" "Tout le monde applaudit au 'un sur deux', qu'est-ce qui empêche les régions de France d'appliquer la même règle ?" a-t-il lancé, soulignant que c'était un "appel à la responsabilité".

* Sur les otages français à l'étranger : A propos des deux journalistes de France 3 retenus en Afghanistan depuis décembre 2009. "Nous ferons tout pour les sortir de la situation où ils se sont mis" (...). "Nous n'avons pas d'inquiétude brûlante. Nous discutons. J'ai en revanche une inquiétude beaucoup plus brûlante pour un autre de nos compatriotes retenu en otage quelque part dans le Sahel. C'est ça la vérité", a poursuivi le chef de l'Etat. Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) a publié dimanche un message à l'attention de Paris dans lequel il menace de tuer un Français enlevé en avril au Niger, si Paris ne répond pas à ses demandes d'ici à quinze jours.

* Création d'une vingtaine d'internats pour élèves difficiles : "Nous allons créer, dès la rentrée prochaine, dont deux en Seine-Saint-Denis, des établissements adaptés de réinsertion scolaire" pour des collégiens et lycéens "dont personne ne veut" (...). "On en aura une vingtaine dès la rentrée prochaine avec encadrement renforcé", a-t-il précisé, soit deux fois plus que prévu jusqu'alors à l'horizon 2011.

Nicolas Sarkozy annonce la création d'une commission pour éviter les conflits d'intérêts

Tout en renouvelant sa confiance au ministre du travail, Eric Woerth, mis en cause dans l'affaire Bettencourt, Nicolas Sarkozy a conseillé à son ministre d'abandonner son poste de trésorier de l'UMP et annoncé la création d'une commision pour éviter "toute forme de conflits d'intérêts", lundi 12 juillet au soir dans un entretien sur France 2.
Eric Woerth est "lavé de tout soupçon par le rapport de l'IGF, je n'ai aucune raison de m'en séparer" a-t-il indiqué. C'est "un homme honnête, c'est un homme compétent, c'est un homme qui a toute ma confiance et celle du premier ministre", a dit le chef de l'Etat. "Il sera donc le ministre qui défendra cette réforme si nécessaire des retraites selon le calendrier qui était prévu", a-t-il poursuivi. "Le 13 juillet, demain, le conseil des ministres adoptera le texte de réforme, le 6 septembre le Parlement en discutera en séance plénière, les commissions travailleront dès le mois de juillet et à la fin du mois d'octobre, ce texte sera voté", a ajouté Nicolas Sarkozy.

"MON CONSEIL C'EST PLUTÔT QU'IL ABANDONNE CETTE RESPONSABILITÉ"

Il a par ailleurs dit que c'était "une honte" d'avoir accusé Eric Woerth d'avoir "ramassé des enveloppes" d'argent chez Mme Bettencourt, comme l'avait rapporté le site Mediapart citant des premières déclarations, partiellement démenties ensuite, de l'ex-comptable de la patronne de L'Oréal. Ces présumées enveloppes auraient été distribuées avant la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007. Certains ont suggéré qu'elles auraient pu servir au financement de sa campagne présidentielle.

Eric Woerth est accusé de "conflit d'intérêts", d'abord pour avoir été au même moment ministre du budget (de 2007 à mars 2010) et trésorier du parti présidentiel l'UMP, mais aussi parce que dans le même temps, son épouse, Florence, gérait une partie de la fortune de Liliane Bettencourt, l'héritière des cosmétiques L'Oréal.

Alors que de nombreuses voix se sont élevées pour critiquer la double casquette d'Eric Woerth, le président de la République a indiqué qu'il avait conseillé à son ministre d'abandonner son poste de trésorier : "Je lui ai dit que je souhaitais qu'il se consacre exclusivement à cette importante réforme des retraites, que son honneur maintenant était lavé, que les soupçons étaient levés, et que mon conseil c'est plutôt qu'il abandonne cette responsabilité", a-t-il dit. "Je ne suis pas en charge du fonctionnement de l'UMP, c'est Xavier Bertrand qui en est en charge", a-t-il ajouté pour signifier que la décision formelle ne lui appartenait pas.

Et pour éviter à l'avenir "toute forme de conflit d'intérêts", le président a annoncé la mise en place la semaine prochaine d'une "commission représentant toutes les familles politiques". "Sur cette question de conflit d'intérêts, j'ai entendu qu'il y avait des propositions des uns ou des autres sur le sujet et je suis très attentif à ces propositions", a expliqué le président. "Je demanderai à une commission représentant toutes les familles politiques de réfléchir dès la semaine prochaine à la façon dont on doit ou non compléter ou modifier la loi pour éviter dans l'avenir toute forme qui pourrait intervenir de conflit d'intérêts", a-t-il annoncé. "Je précise que ça ne concernera pas que les ministres, cela doit concerner aussi les parlementaires, et pourquoi pas telle ou telle personne qui exerce une responsabilité", a-t-il ajouté.

"CE SERAIT INDÉPENDANT DE DIRE 'CE SERAIT BIEN QU'ON CHANGE DE JUGE' ?

Nicolas Sarkozy a par ailleurs défendu la conduite des enquêtes dans l'affaire Woerth-Bettencourt par le procureur de Nanterre, Philippe Courroye, soupçonné par des syndicats de magistrats et l'opposition d'avoir une approche partiale de l'affaire. "Comme c'est curieux, lorsqu'au début de la semaine dernière les éléments étaient à charge contre Eric Woerth, personne ne posait cette question, comme par hasard les juges étaient indépendants", a estimé M. Sarkozy. "Maintenant que les témoignages s'effondrent les uns après les autres, que l'honnêteté d'Eric Woerth éclate en plein jour, le même juge devient quelqu'un dont il faut soupçonner la partialité", s'est-il étonné. Placé sous l'autorité hiérarchique du ministre de la justice, le procureur Courroye est réputé proche du chef de l'Etat. Il a rappelé que le procureur était "compétent" dans cette affaire "parce qu'il a été saisi en son temps d'une procédure pour abus de faiblesse engagées par la fille de Mme Bettencourt à l'endroit de Mme Bettencourt".

Le président a rejeté l'idée de changer de cadre procédural alors que de nombreuses personnes, dont Dominique de Villepin et François Bayrou, demandent qu'un juge d'instruction – magistrat indépendant et inamovible – soit saisi des enquêtes dans l'affaire Bettencourt. "Vous croyez que ce serait indépendant de dire 'ce serait bien qu'on change de juge', qu'on en mette un autre ? Ce n'est pas ma conception de l'indépendance de la justice", a-t-il martelé.
"LA RÉPONSE, C'EST BIEN SOUVENT LA CALOMNIE"
"J'ai été élu pour résoudre les problèmes de la France et des Français, des problèmes qui n'ont pas été résolus depuis des années parce qu'ils sont très difficiles (...) notamment la réforme des retraites", a-t-il ajouté. Selon lui, quand on met en forme des réformes, on "bouscule des intérêts, des situations acquises", on "gêne un certain nombre de gens. La réponse, c'est bien souvent la calomnie". "On l'a connu il y a trois mois : ma femme et moi, on a subi les pires racontars, mensonges. Il y a quatre ans, lorsque j'ai pris la présidence de l'UMP, j'ai eu à faire face à l'invraisemblable affaire Clearstram. Et voilà qu'avec la réforme des retraites, on me décrit comme quelqu'un qui, depuis 20 ans, irait chez Mme Bettencourt pour ramasser des enveloppes. C'est une honte !" s'est exclamé M. Sarkozy.

"J'ai lu dans la presse le témoignage du maître d'hôtel de Mme Bettencourt qui travaillait chez eux depuis 17 ans. Il a dit : 'En 17 ans, j'ai vu Nicolas Sarkozy au domicile de M. et Mme Bettencourt deux fois, peut-être trois fois'. Et à chaque fois, dit-il, c'était soit pour un déjeuner, soit pour un dîner, avec plusieurs personnes", a encore dit M. Sarkozy. "Vous m'imaginez, pendant un dîner, devant les convives à table, repartant avec de l'argent ?" a-t-il demandé.
"Il ne s'agit pas pour moi d'être victime de quoi que ce soit. J'étais prêt" mais "c'est une perte de temps par rapport à ce que les gens attendent de moi. Et ils attendent une chose très simple : "Sortez-nous de la crise", a-t-il ajouté.

"LA FRANCE N'EST PAS UN PAYS CORROMPU"

Enfin, en réponse à la socialiste Ségolène Royal qui dénonçait le 29 juin "un système Sarkozy corrompu", le président a affirmé : "La France n'est pas un pays corrompu". "La classe politique gauche-droite confondue est en général honnête. Les fonctionnaires français sont des gens d'une grande rigueur", a ajouté M.Sarkozy. Mais le chef de l'Etat a reconnu qu'"il y avait, dans notre pays, des habitudes, c'est incontestable, un certain laisser-aller, trop d'appartements de fonction, trop de voitures de fonction, trop de mauvaises habitudes. C'est exact et je le reconnais bien volontiers".

"Ces mauvaises habitudes, il faut y mettre un terme", a-t-il dit en rappelant qu'il avait décidé des mesures pour réduire les avantages dont bénéficient les ministres. "J'ai promis une République irréprochable, c'est ce que nous faisons", a martelé le président de la République.

Ile-de-France : RFF va investir 4 milliards d'euros sur 3 ans

Réseau ferré de France (RFF) a annoncé lundi qu'il allait engager pour les trois prochaines années 4 milliards d'euros pour investir et assurer le fonctionnement, la maintenance et le développement de son réseau en Ile-de-France.
"RFF engagera globalement, pour les trois prochaines années, 4 milliards d'euros pour le fonctionnement, la maintenance, la modernisation et le développement du réseau de l'Ile-de-France", a annoncé RFF dans un dossier de presse.
Sur ces 4 milliards, 2 milliards d'euros seront consacrés au "fonctionnement et l'entretien" et 2 milliards à l'"investissement, dont la moitié au titre du renouvellement et de la fiabilisation du réseau".
"Par ailleurs, 150 millions d'euros seront engagés par RFF en faveur d'équipements pour les personnes à mobilité réduite, au titre de la mise en accessibilité de plus de 200 gares", a ajouté le réseau.
Ces travaux portent sur les cheminements en gares, la remise en état des quais, la création d'ascenseurs et l'adaptation ou la mise en place d'équipements spécifiques.
RFF, à travers ces 4 milliards, a notamment pour objectif de réduire de 30% les irrégularités liées à ses infrastructures.
Constitué en étoile autour de Paris, le réseau ferré en Ile-de-France compte 3.783 km de voies, plus de 400 gares, et près de 500 passages à niveaux.
Le réseau ferré en Ile-de-France comporte par ailleurs cinq lignes de RER (dont deux, la A et la B, sont partagées avec la RATP) neuf lignes dites "Transilien" au départ des grandes gares parisiennes, une rocade fret ainsi qu'un système grande vitesse (la ligne à grande vitesse Nord, Est, Sud-Est et Atlantique).

Les affaires d’Etat de la Ve République




Gaspillage d'impopularité

L'achat d'un nombre respectable de boîtes de cigares ; le déplacement coûteux, en jet privé, d'un ministre (dans l'exercice de ses fonctions) ; un permis de construire contesté ; un salaire confortable accordé à une personnalité de la majorité pour une mission temporaire ; des logements de fonction ministériels prêtés à des proches ; un possible conflit d'intérêts concernant une des principales têtes du gouvernement ; et enfin, un soupçon de financement politique illégal. De toutes ces « fautes » présumées, certaines sont potentiellement graves - si une instance objective et indépendante en établit la preuve -, d'autres sont vénielles (même si elles révèlent des comportements choquants). Mais jetées ensemble dans le grand chaudron médiatique, elles s'amalgament et se mettent mutuellement, si l'on peut dire, en valeur. L'effet le plus clair de cet enchaînement ravageur est de compromettre des réformes (des retraites, des collectivités locales, de la gestion budgétaire…) dont l'impact financier et économique est hors de proportion avec celui des « affaires ».

L'électeur qui a contribué à porter Nicolas Sarkozy à la tête de l'Etat peut légitimement lui adresser deux reproches. Le premier est d'avoir manqué de vigilance sur le comportement de certains membres de son équipe. Le second, bien plus grave, est d'avoir mis en péril des changements structurels sur lesquels il s'était engagé. Tout dirigeant politique décidé à agir sait qu'il devra affronter l'impopularité : il dispose, dans ce domaine, d'un capital de résistance qu'il doit savoir gérer au plus juste. Nicolas Sarkozy a commencé à gaspiller le sien dès le soir de son élection, avec son dîner au Fouquet's, puis avec un certain nombre de démonstrations tapageuses et de formules malheureuses. Ce qu'on considérait au début du quinquennat comme un simple travers, la contrepartie naturelle d'un tempérament hyperactif, est devenu un boulet paralysant. Pour que l'exécutif récupère ce minimum d'adhésion populaire indispensable à la poursuite des réformes, il ne suffira pas d'un remaniement ministériel.


FAVILLA

Mauvaise note

C'était il y a trois ans. Au coeur de l'été 2007, le grand public apprenait un mot nouveau, « subprime », et découvrait que de nombreux produits d'épargne réputés sans risques en contenaient, à des doses plus ou moins fortes. La suite a montré combien l'évaluation des risques de ces instruments financiers et de leur chapelet de dérivés laissait à désirer : un produit financier jugé aussi sûr que des obligations allemandes la veille pouvait basculer le lendemain dans la catégorie des actifs « toxiques », virtuellement sans valeur. C'était il y a trois ans et les agences de notation, responsables de ces évaluations, étaient clouées au pilori, leurs méthodes contestées, leur indépendance mise en cause, leur immense influence dénoncée.

Que s'est-il passé depuis ? Pas grand-chose, en vérité. Le rapport publié vendredi par l'Autorité des marchés financiers témoigne que, en dépit de leur faillite dans l'affaire Enron, la crise du « subprime » ou la déconfiture de Lehman Brothers, les agences de notation suscitent toujours autant de critiques. L'AMF relaie un grief adressé depuis longtemps à ces juges privés de la finance : comme les marchés, ils sont moutonniers. L'autorité française estime ainsi que le comportement procyclique des agences de notation a jeté de l'huile sur le feu dans la crise des dettes souveraines européennes. Aux Etats-Unis, ce sont surtout les méthodes des agences de notation qui ont été dénoncées. Une commission d'enquête du Congrès a auditionné d'anciens salariés de Moody's qui ont affirmé avoir subi des pressions pour noter favorablement des produits financiers risqués.

Au regard de critiques exprimées depuis plusieurs années, les remèdes proposés paraissent tardifs et timides. Un récent règlement de l'Union européenne contraint désormais les agences de notation à s'enregistrer auprès des autorités boursières nationales. Rien de bien révolutionnaire ! Aux Etats-Unis, le projet de réforme financière actuellement soumis au Congrès comporte un point clef : les notes des agences de notation ne pourront plus être considérées comme des « opinions » et relever du premier amendement de la Constitution sur la liberté d'expression. Autrement dit, elles seront attaquables devant un juge, ce qui n'est pas rien dans un pays aussi procédurier.

Mais le vrai contrepoids à l'influence des agences de notation est à chercher du côté des investisseurs et des institutions financières qui les font vivre. Il est temps que ces derniers se fient davantage à leur propre jugement dans l'évaluation de la solidité d'une signature. Bref, qu'ils renouent avec la base de leur métier.



NICOLAS BARRÉ




Il n'est jamais facile de faire deux choses à la fois, même pour un être aussi intelligent que notre Président. C'est pourtant le défi qu'il affronte ce soir : nous convaincre doublement, et sur sa réforme des retraites, et sur l'affaire Bettencourt. Deux domaines politiques régis par des logiques opposées. D'un côté, il lui faut plonger dans la mêlée de la réforme et du combat contre l'opposition et les syndicats. De l'autre, il doit prendre de la hauteur, chef de l'Etat très au-dessus de cette affaire abracadabrantesque qui ne peut manquer de faire pschiiit. En clair, il doit sur les retraites redevenir le Nicolas Sarkozy de la rupture contre Jacques Chirac, et sur l'affaire Bettencourt jouer l'édredon consensuel à la Jacques Chirac. Vraiment pas simple. Et on est vraiment impatient de voir ce qui est aujourd'hui le plus difficile pour notre Président : faire du Sarkozy ou du Chirac ?

Sarkozy devra parler juste

Dans leur traditionnelle "tournée des plages", les jeunes de l'UMP rament. Ils ont beau distribuer tongs et stylos à l'effigie du parti, on les boude. Plombé par les "affaires", l'exercice de com' estival tombe à l'eau. À peine si le juilletiste ensablé se redresse au passage de la caravane bleue. Ou alors, c'est pour lancer des remarques assassines, sur l'air de "tous pourris".

Le vacancier n'a que reproches aux lèvres. Le film des récents événements, "whisky, cigares et jet privé", l'exaspère. Même la démission de deux ministres n'a pas réussi à calmer le jeu. Le feuilleton Woerth-Bettencourt, parfois au détriment de la présomption d'innocence, en remet une couche chaque jour. Du coup, la classe politique tout entière se trouve soupçonnée de "relations incestueuses" avec l'argent.

Un inquiétant rejet des élites se dessine. Nicolas Sarkozy y est sans doute pour quelque chose. Ce soir, à la télévision, le fêtard repenti du Fouquet's s'appliquera à endiguer la vague de populisme qui monte. Accuser la presse de "manipulations" ne suffira pas. Le chef de l'Etat devra trouver les mots justes, quitte à battre un peu sa coulpe, pour regagner la confiance des Français.

Sinon, sous les parasols du Touquet, le jeune UMP continuera de se faire rabrouer. Et pas seulement par les vieux communistes...


Gilles Debernardi

Pour dire quoi ?

Il a donc décidé de parler le jour de la St Olivier. C'est un hasard du calendrier évidemment, mais on souhaite au président de la République d'aborder son rendez-vous télévisé de ce soir avec la paix et la résistance qui caractérisent l'arbre qu'on célèbre aujourd'hui à travers un prénom.
Il en aura besoin. Rarement un président de la République aura abordé une telle épreuve médiatique dans des conditions aussi difficiles. S'il a sauvé la face en résistant aux injonctions de ceux qui le pressaient de parler immédiatement - il a eu raison de rester ferme sur la gestion de son propre agenda - le chef de l'État donne malgré tout le sentiment d'aller au devant des caméras avec une épée dans le dos.
La présentation du projet de loi de réforme des retraites en conseil des ministres le lendemain lui donne un excellent prétexte, et une raison valable, de s'exprimer. Sur ce sujet essentiel, il est parfaitement légitime qu'il fasse le point sur sa religion en la matière, et prenne des engagements autrement que de façon empirique, comme cela a été le cas depuis le début du débat sur le dossier. Mais évidemment tous les Français qui l'écouteront ce soir en prime time - et on peut parier qu'il seront fort nombreux - le regarderont surtout pour « savoir ». Certains savourent à l'avance, un peu grossièrement, ce moment où le funambule va encore une fois défier la pesanteur politique, ou perdre son équilibre.
Ils risquent, de toutes façons, d'en être pour leurs frais. Sur « l'affaire », le président ne dira rien, sinon quelques formules de circonstance. C'est trop tard ou trop tôt. Que pourrait-il dire d'intéressant qui ne le mette en porte-à-faux ?
Il a retrouvé un peu de marge de manoeuvre après la publication du rapport de l'Inspection générale des Finances (IGF) qui disculpe totalement son protégé. Il y avait peu de chances que le document, rédigé par une administration dépendant du ministre du Budget, soit dérangeant, mais ça va mieux en le disant. Le chef de l'État se fera un plaisir de surfer sur ces excellentes conclusions - tombées opportunément un dimanche d'été. Et il saura évidemment s'en servir pour prendre l'avantage sur l'adversaire.
Ceux qui l'imaginaient déjà au fond du trou (politique) se font des illusions en oubliant l'exceptionnelle combativité du personnage. L'essentiel ne sera pas tant ce qu'il dira que la façon avec laquelle il le dira. Tout tiendra dans ces minutes qu'aucun conseiller de communication ne saurait prétendre maîtriser. Ce soir, c'est définitivement un nouveau Sarkozy qui va parler. Il n'annoncera sans doute pas de remaniement, ce lourd machin qu'il n'aurait aucun intérêt à se lancer maintenant. Ce ne sont pas de nouvelles têtes - fûssent-elles expérimentées - qui pourront changer quoi ce soit à la perception du gouvernement. Un changement serait purement psychologique autant qu'éphémère. Mieux vaut garder cette carte pour l'automne. En attendant, il n'aura pas d'autre choix que de réussir sa prestation.

Olivier Picard

Pour une diplomatie européenne


À une large majorité, le Parlement européen a donné, jeudi, son feu vert à la naissance du SEAE, le Service européen pour l'action extérieure. L'Europe se dote ainsi d'un véritable service diplomatique, comme le prévoit le traité de Lisbonne. La responsable de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, très critiquée depuis sa nomination, disposera, d'ici à la fin de l'année, d'une intendance qui lui faisait défaut. Espérons que la politique suivra. En somme, que l'organe créera la fonction.

Car, au-delà du choix des personnes et des périls bureaucratiques, la naissance de ce service revêt un enjeu considérable. On peut même dire que c'est sans doute le seul projet d'envergure transnationale actuellement sur la table de l'Union, à l'instar de ce que furent l'union monétaire ou l'élargissement. Pour le mener à bien, l'Union européenne doit éviter un écueil et poursuivre trois objectifs.

L'écueil, ce serait de donner l'impression que rien ne change dans les options diplomatiques des grandes capitales, et que ce service n'est, en fait, qu'une administration de plus. À plein régime, le SEAE occupera environ 6 000 fonctionnaires, répartis entre Bruxelles et les 136 représentations diplomatiques de l'Union dans le monde. À l'heure où la rigueur impose à tous les budgets nationaux des coupes sévères dans les services publics, le devoir d'efficacité des nouveaux diplomates européens n'en sera que plus grand.

Pour être efficace, il faut des objectifs. Jamais, compte tenu de divergences d'intérêts aussi légitimes qu'inévitables, les Vingt-Sept ne seront d'accord sur tout en matière de politique extérieure. Ce qui importe, c'est de définir deux ou trois priorités afin de confirmer, rapidement, la raison d'être de ce service diplomatique. Les relations avec la Chine ou la Turquie, la régulation financière, le Proche-Orient... On est tenté de dire : peu importe le sujet. C'est l'utilité même de ce service diplomatique qui doit être évidente.

Pour cela, un équilibre est nécessaire. La naissance de ce service a donné lieu à de vives luttes d'influence depuis janvier. Entre capitales, tout d'abord, pour préempter les postes-clés. Paris aurait ainsi obtenu celui de secrétaire général que devrait occuper Pierre Vimont, actuel ambassadeur de France à Washington. Berlin et Varsovie ceux de secrétaires adjoints. Il faudra saupoudrer, c'est inévitable. L'important, c'est que l'Union vaille plus que la simple somme de ses membres. On peine à le constater depuis quelques mois.

Quant aux luttes entre les institutions européennes, notamment entre le Parlement, soucieux d'étendre son pouvoir de contrôle, et le Conseil, souvent amnésique quand on évoque l'aventure communautaire, elles ont débouché sur un compromis. Le service comptera 60 % de fonctionnaires européens et 40 % de diplomates nationaux.

Il ne fait aucun doute que le brassage de tous ces diplomates au service d'une action commune sera, à moyen terme, un facteur d'intégration de nos élites respectives. Ce qui semble beaucoup moins acquis, c'est la volonté politique des gouvernements actuels de se départir de leur vision purement intergouvernementale de l'Union. C'est pourtant à ce prix que peut naître une authentique diplomatie européenne, et pas seulement une intendance.

L'IGF assure qu'Eric Woerth n'est pas intervenu dans le dossier fiscal de Liliane Bettencourt

e ministère du budget a mis en ligne, dimanche soir, sur son site Internet, le rapport (PDF) de l'inspection générale des finances sur le rôle d'Eric Woerth dans la situation fiscale de Liliane Bettencourt.
Selon le document de l'IGF, l'ancien ministre du budget "n'est pas intervenu pour demander, empêcher ou orienter une décision ou un contrôle portant sur Mme Bettencourt, MM. Banier ou de Maistre". Le rapport affirme également que "les informations obtenues dans le cadre du contrôle fiscal de M. Banier, notamment de source judiciaire, n'étaient pas de nature à conduire l'administration à déclencher un examen de la situation fiscale personnelle de Mme Bettencourt."

Un rapport très ciblé. En moins de douze pages, le document répond à deux questions. D'abord, le ministre du budget était-il informé de la situation fiscale de Banier, Bettencourt, Patrice de Maistre et des sociétés Téthys et Clymène, et est-il intervenu ? La mission établit que le ministre a été informé de l'existence d'un contrôle fiscal à l'encontre de François-Marie Banier, mais n'est pas intervenu.

En outre, le rapport fait part d'une rencontre entre Patrice de Maistre et Eric Woerth, le 22 juin 2009, sur les conséquences fiscales d'une fondation Schueller-Bettencourt, "sans la présence des services" fiscaux. M. de Maistre a également saisi la cellule fiscale du ministère dans un autre cas. Dans les deux situations, le rapport souligne que les dossiers ont fait l'objet d'un traitement normal.

L'autre question soulevée par le rapport concerne les données sur la situation fiscale de François-Marie Banier. Ces informations étaient-elles de nature à justifier un examen de la situation de Liliane Bettencourt ? Le rapport assure qu'"aucun procès-verbal ne laisse supposer la détention de comptes non déclarés". Sur les dons, d'environ un milliard d'euros, reçus par le photographe de la part de la milliardaire, la mission explique que "les obligations déclaratives relatives aux donations examinées par le vérificateur étaient régulièrement remplies". "Et le montant des dons, rapportés au patrimoine de la donatrice, ne soulève pas, de ce point de vue, d'interrogation".

En conclusion, le rapport assure que le ministre du budget n'a eu aucune intervention dans le dossier. Seul bémol, les rapporteurs estiment qu'"il conviendrait de s'interroger sur la tradition consistant à créer au sein du cabinet du ministre une équipe dédiée au traitement des situations fiscales individuelles, dont l'existence même nourrit la suspicion".

Ce rapport avait été commandé par l'actuel ministre du budget, François Baroin. L'Inspection générale des finances (IGF) est un service d'inspection ministériel, placé sous la tutelle du ministre de l'économie et du ministre du budget. Le rapport est signé de l'inspecteur général des finances, Jean Bassères.

La publication du rapport ne va pas clore l'affaire. La majorité ne cachait pas qu'elle attendait précisément de ce rapport qu'il blanchisse Eric Woerth des accusations dont il est l'objet. Devant des députés de la majorité, Nicolas Sarkozy avait assuré, le 7 juillet, qu'il était "assez confiant sur le fait que (l'IGF) ne trouvera pas de faute ". La publication de ce rapport intervient à la veille d'une intervention télévisée de Nicolas Sarkozy.



"Je compte beaucoup sur le rapport de l'IGF", avait déclaré Eric Woerth lui-même mardi. "C'est pas vraiment des gens faciles. C'est des gens autonomes", ajoutait-il. Le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre, avait pour sa part estimé sur France inter qu'"une fois remis le rapport de l'inspection générale des finances, tout le monde devra se taire". Dimanche soir, il s'est félicité de la publication du rapport, estimant qu'il mettait "un terme à la suspicion volontairement entretenue à l'encontre d'Eric Woerth et à des semaines de malveillance".

A gauche, plusieurs élus avaient par avance mis en cause sa validité et demandé la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire. Le porte-parole des députés PS, Jean-Marc Ayrault avait ainsi estimé que "l'Inspection générale travaille sur les ordres du gouvernement et c'est le directeur de l'IGF qui fait ce rapport. Comment voulez qu'en si peu de jours, il y ait le temps de faire des investigations ?". "Tout ça, ce sont des moyens pour se disculper, des moyens pour éviter que la vérité éclate", avait-il ajouté. Dans un chat sur Le Monde.fr, le député Arnaud Montebourg estimait vendredi que "l'Inspection générale des finances répond aux instructions de l'actuel ministre du budget, et est donc totalement liée aux intérêts du pouvoir." Après la publication du document, le député Bruno le Roux dénonce un "rapport partiel et partial".

L'association Transparence International avait aussi contesté l'objectivité de ce rapport, avant même sa publication. "L'IGF opère sous l'autorité directe" du ministère des finances et "ne dispose d'aucun des attributs d'une autorité d'enquête indépendante", avait affirmé son président, Daniel Lebègue.

Surtout, trois enquêtes préliminaires sont aujourd'hui ouvertes par le procureur de Nanterre Philippe Courroye. L'une porte sur les enregistrements pirates, une deuxième sur le financement illégal de partis politiques. Et une troisème, ouverte vendredi, sur un éventuel blanchiment de fraude fiscal de la part de Liliane Bettencourt.
Nabil Wakim

dimanche 11 juillet 2010

L'argent de la vieille

A qui profite le fascisme, quand on le brandit en argument ultime pour fustiger des journalistes et proclamer la fin d’une affaire, comme l’ont fait Xavier Bertrand et quelques autres, échotiers de la colère de Nicolas Sarkozy?

La violence langagière inouïe des porte-parole du Président, dans une semaine rythmée de scoops et de démentis gigognes, peut transformer l’indignation en confusion. Plus volent les insultes, moins les faits sont visibles, et le pouvoir s’en arrange, qui peut éluder les doutes et les questions.

Cette stratégie n’exclut pas une sincérité: la rage de Nicolas Sarkozy, accusé, sans preuves, d’avoir touché des enveloppes, au temps où il était maire de Neuilly. Cette colère en rejoint d’autres, d’un Président dont même la vie privée a été en proie aux rumeurs… L’homme le plus puissant de France se sent aussi calomnié, sali, voire persécuté. C’est baroque, mais pas toujours infondé. Pas faux, mais problématique, quand le Président justifie d’autres violences, verbales ou politiques, de sa part ou des siens: témoin, cette campagne venue d’en haut contre un journaliste, Edwy Plenel, et un site Internet, Mediapart, promus premiers ennemis de l’Etat, fascistes, trotskistes et villepinistes à la fois…. Tant de mots et tant de puissance pour des plumitifs? La colère présidentielle, compréhensible un moment, devient ensuite gênante, un prétexte ou une habileté.

Plusieurs choses peuvent être vraies en même temps. Que Nicolas Sarkozy inspire à ses ennemis une passion hors du sens commun, c’est exact, et cela pousse à la faute. Mediapart a surjoué ou surinterprété contre le Président le témoignage de l’ex-comptable des Bettencourt? C’est dommageable. Mais cela n’annule aucune révélation antérieure, née de Mediapart, ou du JDD, du Point ou de Marianne, et ne fait rien disparaître d’une affaire qui dévoile une étrange République.

Il reste le cumul des casquettes du M. Rigueur de la droite. Il reste les légèretés, a minima, et les croisements à risque entre Eric Woerth, son épouse, l’argent des Bettencourt et celui qui les gérait. Il reste ce bouclier fiscal, si doux aux riches et même dans la crise. Il reste une justice à courant alternatif, brusquement empressée à éclaircir des affaires qui semblaient, avant, si peu l’intéresser. Il reste enfin ces agapes, réelles et fantasmées, cette ambiance de méchante comédie qui entoure madame Bettencourt ; cet argent de la vieille qui aurait arrangé et nourri tant de monde, jadis et plus récemment, cet argent qui coule et qui ruisselle et qui pollue tout, tel un poison républicain…

On dénonce, au sommet de l’Etat, l’atmosphère de suspicion qui emporterait les médias et bientôt la France. Peut-être. Mais en assimilant au fascisme le simple droit de poser des questions, en faisant comme si tout allait de soi et toute critique valait complot, on alimente un peu plus le soupçon et le dégoût, on précipite sa perte en croyant se sauver.



Claude Askolovitch

Le Talk - Bernard Kouchner


L'éclatement de la zone euro relancerait la croissance en Europe (économiste)

L'éclatement de la zone euro permettrait un retour de la croissance économique dans toute l'Europe, selon Christopher Smallwood, économiste du cabinet Capital Economics, qui prône un retour au système des monnaies nationales pour relancer la prospérité en Europe.

"Dans l'intérêt de la santé économique et du succès futur de l'Union européenne, la zone euro doit être démantelée", estime le cabinet londonien.

"Dans les conditions actuelles, les membres les plus faibles de la zone euro que sont le Portugal, l'Italie, l'Irlande, la Grèce et l'Espagne (aussi appelés "PIIGS", un acronyme approximatif du mot "cochons" en anglais) risquent d'avoir à faire face à de nombreuses années, et même décennies, de dépression et de déflation", estime Christopher Smallwood.

Alors que dans le même temps, "l'Allemagne (le champion économique de la zone euro, ndlr) continuera à baser sa croissance sur les exportations (...), déprimant ainsi les perspectives d'exportation de ses partenaires", explique M. Smallwood.

En effet, "l'Allemagne, malgré son large excédent commercial, refuse de laisser progresser sa consommation alors que cela pourrait aider les économies les plus faibles", forçant au contraire ces pays à prendre des mesures déflationnistes qui endommagent encore plus leurs déficits, selon l'économiste.

"Cette situation conduira à une sous-performance à long terme de la zone euro, un comble quand on sait que l'un des arguments majeurs de la mise en place de l'euro était l'amélioration de la prospérité économique", souligne l'économiste.

Ainsi, les "PIIGS" pourraient sortir de la zone euro, et reprendre leurs monnaies d'origine en les laissant baisser, "effaçant de cette façon tout ou partie de leur manque de compétitivité et relançant leurs exportations", propose M. Smallwood.

Mais pour l'économiste, "la meilleure solution pour l'Europe" est un éclatement total de la zone euro, avec un retour à toutes les monnaies antérieures et notamment au Deutsche Mark allemand.

En effet, M. Smallwood estime que le retour de la devise allemande, dont l'appréciation serait importante, permettrait à l'économie du pays de se rééquilibrer, notamment par une augmentation des dépenses publiques et un redressement de la demande, qui bénéficierait à ses partenaires commerciaux européens, qui souffrent actuellement d'un surplus de production.

Le commentaire politique de Christophe Barbier du 09 juillet


samedi 10 juillet 2010

Affaire Woerth-Bettencourt : quand le PS fait profil bas

rofil bas. Depuis le début de l'affaire Woerth-Bettencourt, Martine Aubry a choisi la retenue dans ses attaques. Tout en réclamant la "transparence " et que cette affaire soit "clarifiée avant d'être classée", la première secrétaire du PS s'est gardée de demander la démission du ministre du travail.
Une prudence à laquelle les ténors du PS ont fini par se rallier lors du bureau national du parti, mardi 6 juillet. Ce jour-là, Ségolène Royal avait dénoncé, sur Public-Sénat un "système corrompu" estimant qu' "il faudrait sans doute plusieurs" karchers "pour nettoyer ce qui se passe aujourd'hui au niveau du système Sarkozy". Mais sa virulence est restée singulière. "Il fallait qu'on adopte une attitude responsable alors que la droite aurait voulu nous entraîner dans la boue. On a résisté", se félicite un membre de la direction. "On savait qu'en tapant sur tel ou tel ministre, il suffirait à Sarkozy de remanier le gouvernement pour étouffer les choses", poursuit cette même source, proche de Mme Aubry.

L'unisson des socialistes n'a pas été immédiat. Au bureau national du 29 juin, Laurent Fabius était partisan de taper plus fort. Arnaud Montebourg dénonçait le même jour dans Libération "une France consanguine du pouvoir et de l'argent". Mais une semaine après, au fil des révélations, "on a tous compris qu'on passait d'un affaire Woerth à une crise de régime bien plus sérieuse avec un risque qu'elle abîme l'image de l'ensemble de la classe politique" raconte Bernard Soulage, secrétaire national du PS, proche de Dominique Strauss-Kahn.

LA TENTATION DU "TOUS POURRIS"

Un constat qu'étayent les analystes de l'opinion : "Tout ce qui se passe construit du rejet et de la désillusion, observe Brice Teinturier, directeur adjoint de TNS Sofres, les gens consomment des informations mais ils attendent des preuves. Le climat risque d'être aussi ravageur pour les media que pour la classe politique".

Le PS s'est épargné une bataille interne sur sa tactique. Mais il n'est pas pour autant certain de tirer les marrons du feu de la crise politique. Pas un responsable PS ne se risque à prédire la victoire lors de la législative partielle, dimanche 11 juillet dans la 10 e circonscription des Yvelines. Dans ce fief de la droite conservatrice, ex-circonscription de Christine Boutin, députée de 1986 à 2007, Anny Poursinoff candidate écologiste, soutenue par le PS, est certes arrivée en tête au premier tour, dimanche 4 juillet, avec 42,62 %. Mais elle n'a pas creusé l'écart autant qu'elle l'espérait avec le député sortant Jean-Frédéric Poisson, ex-suppléant de Mme Boutin (40,71 %). Celui-ci peut compter sur le report des voix du Front National (7, 48 %), au premier tour.

Pour la gauche, le principal écueil sera l'abstention. Seuls 26,75 % des électeurs sont allés voter, le 4 juillet. Venue soutenir, à Rambouillet, au cœur de la circonscription, le 7 juillet, Mme Poursinoff, avec Cécile Duflot, la patronne des Verts, Mme Aubry a tenté de conjurer les risques du "populisme" qui éloignent les électeurs des urnes. Elle a dénoncé la tentation du "tous pourris" et pour donner plus de poids à ses propos s'en est pris aux errements de son propre camp : "Je me souviens de la loi d'amnistie [votée sous le gouvernement de Michel Rocard en 1989, elle concernait les élus épinglés dans des affaires de financement électoral ]. Je me rappelle que le FN a vécu là-dessus. Quand on se serre les coudes pour masquer des comportements immoraux, on donne des voix au Front national", a mis en garde Mme Aubry.
Béatrice Jérôme

Non

Ce 10 juillet 1940, ils sont 80 pour dire « non » au Maréchal Pétain. Sur 669 parlementaires, c'est peu. Et c'est déjà beaucoup : 80 de gauche et de droite qui, dans la confusion de l'époque, face à la peur qui monte, font le bon choix. Cela ne condamne pas les autres : il y eut des « oui » qui devinrent résistants, comme tant de Français qui passèrent de Pétain à de Gaulle. Et l'on sait que, dans les temps de troubles, il tient souvent à peu de chose de basculer d'un côté ou de l'autre - nous pouvons tous être des Lacombe Lucien. Il n'en existe pas moins un bon et un mauvais choix. Ce 10 juillet 1940, les 80 ont fait le bon, comme devait le faire deux ans plus tard « Le Progrès » en se sabordant… N'allons pas parler de « devoir de mémoire », cette adoration moderne des icônes. Contentons-nous de nous souvenir de ce qu'ont fait nos aînés, et de ne pas en être indigne.

La maladie, c’est la corruption

Quand les hommes politiques sont à court d’arguments, ils se retournent contre la presse. L’habitude ne date pas de ce gouvernement. Durant la guerre d’Algérie, les journaux dénonçant la torture étaient régulièrement saisis. Cela n’a empêché ni la réalité des sévices – depuis confirmés et revendiqués par le général Aussaresses – ni la défaite des jusqu’au-boutistes de la colonisation. Quelques décennies plus tard, François Mitterrand comparait les journalistes à des « chiens » s’acharnant sur l’honneur de Pierre Bérégovoy, qui venait de se suicider. Les plus grosses révélations sur les turpitudes du pouvoir socialiste étaient pourtant à venir. Si l’on peut reprocher des excès aux médias de l’époque, ce sont des excès de pudeur, concernant la double vie du président, avec tout ce qu’elle coûtait à la France…

Voilà que la presse serait responsable du scandale Bettencourt, et qu’elle mettrait en danger la démocratie, en jetant le discrédit sur le monde politique. Faut-il donc taire, alors que l’austérité est à l’ordre du jour, les 30 millions d’euros remboursés à la femme la plus riche de France au titre du bouclier fiscal ? Faut-il jeter un voile sur les comptes non déclarés que la même possédait en Suisse ? Faut-il prendre pour argent comptant (l’expression ne manque pas de sel) les seules vérités officielles ? Il n’y a pas si longtemps, la presse soviétique fonctionnait sur ce schéma. L’URSS a croulé quand même !

Sans les révélations du site Médiapart et du « Canard enchaîné », Christian Blanc continuerait à fumer ses cigares aux frais des contribuables, et personne ne poserait de question à Alain Joyandet quant à l’utilisation d’un coûteux jet privé pour aller aux Antilles et quant à la légalité du permis de construire de sa maison varoise. Autant de sujets, n’est-ce pas, qui n’intéressent pas les Français ! Tout comme le financement des partis politiques : pourquoi parler de ce dossier scabreux, alors qu’il fait si beau et que l’été pourrait sentir bon le sable chaud…

Oui, il y a menace sur la démocratie, et un vrai risque de faire remonter le Front national. Mais ce n’est pas la révélation des scandales qui produit ce risque : ce sont les scandales eux-mêmes. La presse est le thermomètre qui montre la fièvre. La maladie, c’est la corruption. C’est elle qu’il faut éradiquer.La maladie, c’est la corruption
Par Patrick Fluckiger.- Quand les hommes politiques sont à court d’arguments, ils se retournent contre la presse. L’habitude ne date pas de ce gouvernement. Durant la guerre d’Algérie, les journaux dénonçant la torture étaient régulièrement saisis. Cela n’a empêché ni la réalité des sévices – depuis confirmés et revendiqués par le général Aussaresses – ni la défaite des jusqu’au-boutistes de la colonisation. Quelques décennies plus tard, François Mitterrand comparait les journalistes à des « chiens » s’acharnant sur l’honneur de Pierre Bérégovoy, qui venait de se suicider. Les plus grosses révélations sur les turpitudes du pouvoir socialiste étaient pourtant à venir. Si l’on peut reprocher des excès aux médias de l’époque, ce sont des excès de pudeur, concernant la double vie du président, avec tout ce qu’elle coûtait à la France…



Par Patrick Fluckiger.

Le populisme contre la presse


L'affaire Woerth-Bettencourt a agi comme un révélateur acide sur l'image des journalistes. Que de ressentiment déversé sur les médias. Que de morgue. Que de mépris. Le pouvoir et sa presse... Comme chez un vieux couple usé par tant de petites haines recuites, le couvercle de la cocotte minute a explosé projetant les insultes sur les murs de leur démocratie commune.
Que voulez-vous... c'est triste cette incapacité à se parler franchement et même vertement sans glisser si vite jusqu'à l'injure. Nous voilà donc fascistes, ou trotskistes, ou les deux à la fois (on va s'gêner). Ah, j'allais oublier que nous sommes aussi des assassins d'hommes politiques avec le sang de Salengro et de Bérégovoy sur les mains. C'est du lourd. Me trompé-je ou les soupçons contre M. Woerth n'ont pas cette hargne ?
On ne réagira pas par un corporatisme stérile. Après tout, c'est vrai que les journalistes (tous sauf nous évidemment) peuvent parfois se montrer exaspérants, mesquins, insistants, grossiers, petit bras, veules, insistants, indiscrets, donneurs de leçons (ça va là, il y en a assez ?). Mais ils n'ont pas la liberté de mentir ou de raconter n'importe quoi comme on fait semblant de le leur reprocher. Le droit qui encadre la presse française est très sévère sur ce point. La diffusion de fausse nouvelle est un délit grave, et sanctionné. La diffamation aussi, et quand ils sont dans leur bon droit, les hommes politiques ne se privent pas d'attaquer et de faire condamner les fautifs. Pourquoi ne l'ont-ils pas fait massivement puisqu'ils crient à l'imposture ?
Quant aux accusations portées contre les journalistes, elles sont nettement supérieures en force brute aux simples interrogations sur les comportements, et l'absence de sens politique, du ministre du Travail. A-t-on jamais vu des unes intitulées : Sarkozy compromis ! Poser la question d'une situation de conflit d'intérêt dans laquelle un membre du gouvernement s'est lui-même placé, c'est déjà le traîner dans la boue. S'étonner qu'il ait remis lui-même la légion d'honneur à l'employeur de sa femme, c'est faire du mauvais esprit, donner un crédit - réservé - aux déclarations de l'ancienne secrétaire de la milliardaire, c'est être assoiffé du sang de la polémique.
Le 1er pouvoir veut donc taper à la règle sur les doigts du 4°. Et lui donner des leçons de vertu. Mais comment s'étonner que les journalistes politiques ne désarment pas quand la vérité se dérobe ? Les dirigeants politiques dépensent beaucoup d'énergie à masquer la vérité et à tenter d'instrumentaliser, d'une façon ou d'une autre, cette presse qui les fascine. Devant laquelle ils sont prêts à tout, pour la séduire mais sans vraiment comprendre son indivisible liberté. Comment s'étonner, après ça, qu'ils soient aussi vulnérables ?


Olivier Picard

Rigueur : appeler un chat un chat !

« Je suis à la tête d'un État qui est en situation de faillite », avait déclaré François Fillon, en septembre 2007. Il faisait ainsi connaître, à la fois, sa lucidité, sa grande inquiétude et sa détermination. Cela signifiait, pour le pays, combien il allait falloir fournir d'efforts pour redresser la situation.

Aussitôt, on lui fit reproche d'affoler les Français. Pourtant, aujourd'hui, les évolutions actuelles, aggravées par la crise, sont devenues encore plus difficiles à gérer. C'est le cas pour la France, mais aussi pour nombre de pays européens comme pour les États-Unis.

Des mesures d'austérité sont prises un peu partout, y compris en France, notamment avec le plan Baroin de réduction des déficits publics, entre 2011 et 2013. Les Anglais ont pris, eux aussi, des dispositions sévères. Mais contrairement aux Français, ils osent appeler cela « rigueur ».

« Je ne cache pas au Parlement que l'impact de ce changement des impôts et des allocations sociales sera dur pour les gens », a déclaré, fin juin, à la Chambre des communes, George Osborne, chancelier de l'Échiquier, l'équivalent de notre ministre des Finances. Il ajoutait : « Mais c'est inévitable, étant donné la taille de la dette à laquelle notre pays doit faire face et la catastrophe que cela provoquerait si nous ne nous en occupions pas. » La presse en a rajouté : c'est « le pacte de la hache et des impôts », c'est « un budget de l'enfer », « de la douleur pour maintenant et encore plus pour plus tard ». Mais un journal conclut : « Dur ? Oui... mais juste ? »

En France, les déclarations et les explications sont plus feutrées. Doit-on, en cet anniversaire des terribles journées de juin et juillet 1940, retrouver là cette différence entre nos deux peuples qui poussait l'un à ouvrir ses villes sans combattre et l'autre à barricader le pays pour éviter l'invasion ? Les paroles, terribles d'exigence et de vérité d'un Churchill promettant de la sueur, du sang et des larmes, nous ont sauvés.

Un langage de vérité

Les Français savent, eux aussi, combien la situation est grave. En 2006, François Fillon a publié un livre intitulé La France peut supporter la vérité. Il avait raison et la vérité doit être dite explicitement si l'on veut mobiliser le pays dans l'effort indispensable. Par conséquent, il faut appeler un chat un chat. C'est ce que l'on commence à faire avec le problème des retraites dont « les enjeux sont terrifiants » aux yeux de Michel Rocard qui évoquait, dans France-Soir (1), la manière dont les ministres accueillirent, en 1981, l'annonce faite par François Mitterrand de la baisse de l'âge de la retraite de 65 à 60 ans : « Tous les ministres en charge de l'économie ¯ même Fabius et surtout Delors ¯ étaient effondrés, décomposés. » L'ancien Premier ministre poursuit : « En faisant de l'âge légal de départ à la retraite un symbole, le Parti socialiste est encore en train de se tromper de combat... Quant à faire reposer les retraites sur la fiscalité, c'est absurde et dangereusissime. Il faut absolument que le régime des retraites s'auto-équilibre... C'est une réforme courageuse. Le gouvernement a eu raison de la faire. Je suis socialiste, je le reste, mais je le dis, tout en regrettant que le gouvernement n'ait pas suivi la voie de la négociation. »

Il y a les retraites... et tout le reste. Un langage de vérité, associé à une volonté de justice, de solidarité et de dialogue authentique, dans la recherche permanente d'une rigueur nécessaire qui ne paralyse pas une croissance indispensable, voilà la seule manière d'obtenir la compréhension et l'adhésion des Français. Cela ne pourra se faire dans la division. L'union est nécessaire en ces domaines si l'on veut sortir de l'impasse et préparer l'avenir.

Cependant, réfléchissons à l'interrogation du Financial Times qui s'interrogeait récemment à propos du nouveau gouvernement britannique : « Peut-être que seul un gouvernement jeune ¯ par son âge et le caractère récent de son arrivée au pouvoir ¯ pouvait oser un tel pari. » Dans les circonstances actuelles, les Français peuvent être amenés à se poser la même question...

vendredi 9 juillet 2010

En attendant la rigueur

C'est hélas dans l'indifférence générale que l'acte I du prochain budget s'est terminé hier avec le débat d'orientation au Sénat. L'acte II de la préparation de la loi de Finances la plus cruciale depuis longtemps ne sera joué que dans quelques semaines : le gouvernement tranchera alors sur les fameuses niches fiscales à raboter ou à supprimer. Mais d'ores et déjà une question se pose. Tel qu'il se présente pour l'instant, ce budget permettra-t-il de ramener le déficit public au niveau annoncé pour 2011 et les années suivantes ? La vérité est que la réponse n'est pas évidente du tout.

Côté face, un certain nombre de vrais et sérieux efforts sont faits pour redresser la situation des finances publiques la plus grave que la France ait connue depuis les années 1950. La poursuite de la diminution du nombre de fonctionnaires en est un. En cinq ans, des réformes de structure auront permis de réduire de 160.000 les effectifs publics de l'Etat. Si quelques astuces et transferts vers des opérateurs ont réduit la réalité de ce chiffre, l'absence, dans l'ensemble, de drame montre à quel point l'exercice était possible ! La réforme des retraites apporte un autre levier qui contribue directement à la baisse du déficit public dès l'an prochain avec une montée en puissance jusqu'en 2018. Enfin, le gel des salaires constitue un signal politique et financier nécessaire. Habituel dans les entreprises quand elles sont en difficulté, il est toutefois beaucoup plus relatif dans la fonction publique, compte tenu des automatismes qui sont les siens.

Côté pile, plusieurs incertitudes menacent toutefois la crédibilité des efforts annoncés. La plus évidente et la plus commentée concerne la prévision de croissance. Pour 2011 et les deux années qui suivent, le gouvernement parie sur 2,5 % ; le FMI, dont l'horizon s'arrête à l'an prochain, la voit limitée à 1,6 %… L'écart représente des milliards d'euros. Deuxième zone d'ombre, il est peu probable que les dépenses des collectivités locales ralentissent d'elles-mêmes comme par miracle comme il l'est écrit dans la feuille de route officielle. Troisième point, et c'est le plus important, le hiatus entre un discours dramatisant et le nombre limité d'économies concrètes annoncées cette semaine sur les dépenses dites d'intervention (aides économiques et sociales) est un mystère. Alors que l'enjeu à moyen terme est bien de transformer un Etat providence trop généraliste en un Etat providence ciblé sur ceux qui ont vraiment besoin de lui. Il faut espérer que la « séquence niches fiscales » sera plus convaincante. En attendant la rigueur
C'est hélas dans l'indifférence générale que l'acte I du prochain budget s'est terminé hier avec le débat d'orientation au Sénat. L'acte II de la préparation de la loi de Finances la plus cruciale depuis longtemps ne sera joué que dans quelques semaines : le gouvernement tranchera alors sur les fameuses niches fiscales à raboter ou à supprimer. Mais d'ores et déjà une question se pose. Tel qu'il se présente pour l'instant, ce budget permettra-t-il de ramener le déficit public au niveau annoncé pour 2011 et les années suivantes ? La vérité est que la réponse n'est pas évidente du tout.

Côté face, un certain nombre de vrais et sérieux efforts sont faits pour redresser la situation des finances publiques la plus grave que la France ait connue depuis les années 1950. La poursuite de la diminution du nombre de fonctionnaires en est un. En cinq ans, des réformes de structure auront permis de réduire de 160.000 les effectifs publics de l'Etat. Si quelques astuces et transferts vers des opérateurs ont réduit la réalité de ce chiffre, l'absence, dans l'ensemble, de drame montre à quel point l'exercice était possible ! La réforme des retraites apporte un autre levier qui contribue directement à la baisse du déficit public dès l'an prochain avec une montée en puissance jusqu'en 2018. Enfin, le gel des salaires constitue un signal politique et financier nécessaire. Habituel dans les entreprises quand elles sont en difficulté, il est toutefois beaucoup plus relatif dans la fonction publique, compte tenu des automatismes qui sont les siens.

Côté pile, plusieurs incertitudes menacent toutefois la crédibilité des efforts annoncés. La plus évidente et la plus commentée concerne la prévision de croissance. Pour 2011 et les deux années qui suivent, le gouvernement parie sur 2,5 % ; le FMI, dont l'horizon s'arrête à l'an prochain, la voit limitée à 1,6 %… L'écart représente des milliards d'euros. Deuxième zone d'ombre, il est peu probable que les dépenses des collectivités locales ralentissent d'elles-mêmes comme par miracle comme il l'est écrit dans la feuille de route officielle. Troisième point, et c'est le plus important, le hiatus entre un discours dramatisant et le nombre limité d'économies concrètes annoncées cette semaine sur les dépenses dites d'intervention (aides économiques et sociales) est un mystère. Alors que l'enjeu à moyen terme est bien de transformer un Etat providence trop généraliste en un Etat providence ciblé sur ceux qui ont vraiment besoin de lui. Il faut espérer que la « séquence niches fiscales » sera plus convaincante.