« Que vaut dans une démocratie la liberté d’aller et de venir quand cette liberté peut, à tout moment, se traduire par l’assassinat d’un membre de votre famille, de vos enfants, de vous-même, parce que vous prenez le métro, l’autobus, ou que vous vous rendez dans un grand magasin ? Que représente la liberté d’aller et de venir si nous vivons dans un monde de danger immédiat très difficilement contrôlable par le Gouvernement ? »
dimanche 21 septembre 2014
Les libertés d’expression et de mouvements sabotées par un anti-terrorisme fort commode
Qu’on soit en régime ultra-néo-libéral de droite fasciste sous Sarkozy, ou en régime turbo-libéral de gauche sous Hollande, il ne fait pas bon être un vilain terroriste, notamment islamiste, notamment sur le départ pour aller faire le djihad. Et une chose est certaine : entre les conférences de presse d’un président de plus en plus accessoire et le retour éventuel d’un ex-président tout aussi dispensable, l’esprit des Français est suffisamment occupé pour ne pas l’encombrer de considérations complexes sur sa liberté d’aller et venir, d’expression ou d’opinion politique ou religieuse.
En plus, ça tombe bien, les autorités compétentes, investies de l’onction républicaine, ont largement décidé à leur place, et leur conclusion est sans appel : les Français n’ont que faire de leurs libertés, et sont bien plus intéressés par une sécurité ouatée que le monde d’aujourd’hui a bien du mal à leur fournir. Heureusement, nos élus travaillent (discrètement) à résoudre ce problème. Et c’est ainsi, un peu après le raout médiatique bidon sur le « vote de confiance » (au suspens ridiculement monté en épingle par des médias affamés d’audience) que nos fiers représentants ont courageusement décidé d’amputer une nouvelle fois un bon morceau de liberté qui vivotait encore, en approuvant, mardi 16 septembre, l’interdiction administrative de sortie du territoire visant à empêcher le départ de candidats au djihad, par exemple en Syrie et en Irak.
En effet, à ce point de la lecture, le citoyen français, largement travaillé au corps ces dernières années par le lourd travail « explicatif » des médias, imagine très bien de quoi et de qui il est question dans ce texte. Pour tous, c’est évident, cette nouvelle loi joyeuse et sécurisante permettra d’attraper le jeune, un peu trop barbu, la tête un peu trop farcie de cet opium du peuple officiellement réprouvé par l’Éducation Nationale, qui aurait des velléités d’apprentissage en alternance comme fabricant d’engins explosifs improvisés, combattant/chair à canon, voire, pire que tout, terroriste à visée médiatique sur le retour. En revanche, aucun n’envisage qu’une interdiction de sortie du territoire puisse être prononcée à l’encontre de la bande de jeunes qui voudront partir quelques jours en vacances en Turquie, en Tunisie, au Maroc ou en Algérie. Pourtant, sur le papier, à peu près rien ne l’empêchera. Il suffira de rassembler quelques éléments permettant d’engluer le ou les individus en question dans le concept lui aussi volontairement flou « d’entreprise terroriste individuelle » pour lui faire tomber dessus ce que la puissance publique a de plus spécifique : le monopole de la force, dans la gueule et avec mise au frais sans procès.
Au passage, on s’interrogera sur la pertinence réelle d’une loi qui empêche les gens desortir du pays, alors que pour réellement protéger les citoyens, il aurait surtout été nettement plus efficace d’empêcher certains de rentrer… À moins bien sûr de se rappeler que le mur de Berlin ou le Rideau de Fer n’ont jamais été construits pour empêcher les capitalistes de l’Ouest de fuir leur enfer et se réfugier en RDA ou en URSS, ce qui éclaire ce genre de nouvelles dispositions légales d’un jour nouveau, surtout si l’on vise à plus long terme.
Il était temps : malgré le travail acharné du Législateur, malgré les lois LOPPSI, malgré les Hautes Autorités et institutions diverses d’espionnage de sécurisation du Réseau des réseaux, malgré la volonté des différents ministres de nous faire tous passer au travers de pare-feu OpenOffice ou autres, malgré la traque permanente des pédonazis qui pullulent sur les interwebs, il y a encore des sites, vaguement cachés mais clairement terroristes, qui émettent des opinions, qui disent des choses abominables et qui sont contre la démocratie, contre l’État républicain, qui décrivent les procédés chimiques pour faire des explosifs, qui détaillent tous les moyens pour réaliser des virus informatiques, bref, des sites qui ne respectent ni le pouvoir en place, ni le vivre-ensemble. Et ça, là, mes petits amis, ça va trop loin.
Moyennant quoi, les députés, conscients qu’il fallait enfin mettre un terme à toutes ces opinions, tous ces faits, tout ce savoir dangereux mis à la portée de tous, ont courageusement voté le déplacement du délit de provocation ou d’apologie d’actes terroristes de la loi sur la presse de 1881 vers le Code pénal, ce qui permet au passage d’allonger les délais de prescription et d’utiliser les règles de procédure qui ont le bon goût de rentrer dans le régime dérogatoire en matière terroriste. Le mot important est « dérogatoire », car c’est celui qui sera utilisé contre vous, un jour, pour expliquer qu’on puisse vous appliquer consciencieusement une matraque sur les gencives.
Tout ceci est bien évidemment assorti d’un durcissement des sanctions vis-à-vis des sites contenant ce genre d’abominations, permettant le blocage par l’autorité administrative de ceux faisant l’« apologie du terrorisme » (terme ô combien étendu) si l’éditeur ou l’hébergeur ne l’a pas retiré dans les 24 heures (durée encore en débat), le tout, sans juge ni jugement, zip zoup, emballé c’est pesé et ça ne pèse pas lourd.
Autrement dit, en plus de la liberté de mouvement, la liberté d’expression continue d’être rognée à grands coups de mâchoires législatives goulues, et c’est super parce que c’est pour notre sécurité à tous. Et lorsqu’on lit les meilleurs morceaux des interventions de nos députés pour défendre ces textes, on comprend qu’il n’y aura pas de demi-mesure ! La guerre est déclarée, sur tout le territoire, et tout sera fait pour qu’enfin soit mis un terme à cette liberté d’expression évidemment délétère, et cette liberté d’aller et venir pour égorger nos filles et nos compagnes, comme le dit Lellouche (UMP), trémolos en dolby-surround :
C’est vrai, ça, d’abord, à quoi peuvent bien servir toutes ces libertés si c’est pour faire le Mal et être un Méchant ? Vite, arrêtons tout ça bien vite, le monde est trop cruel !
…
La droite, toute humide à l’idée de plier Internet aux lobbies qui l’arrosaient, rêvait d’utiliser la loi pour enfin fermer le clapet à ces gens qui osaient exprimer leur mécontentement de la politique sarkozienne. Les médias français, pas toujours francs du collier et toujours aussi arrosés de subventions, ont assez vite fait le calcul qu’une liberté d’expression limitée aux seules institutions reconnues (celles qui distribuent la carte de presse, par exemple) n’était pas, à proprement parler, pour leur déplaire. La gauche, une fois arrivée au pouvoir, aura donc fermé la marche funèbre qu’ils avaient ouverte, en donnant à l’une et à l’autre tout ce qu’ils espéraient et même plus encore.
Tout ceci va, forcément, très bien se terminer.
Le réveil des Vikings
Conséquence directe de la victoire des sociaux-démocrates, arrivés en tête aux élections législatives dimanche avec 31,2 % des voix, le Premier ministre conservateur Fredrik Reinfeldt, dont le Parti du rassemblement modéré n’a recueilli que 23,2 % des suffrages, a présenté lundi sa démission, après huit années passées au pouvoir. Mais, ce qui aura surtout marqué ce scrutin, c’est la percée historique des Démocrates de Suède, dont la campagne anti-immigration leur aura permis d’obtenir 12,9 % des voix, contre 5,7 % il y a quatre ans.
Les maîtres du jeu
Avec désormais 49 députés au Parlement, contre 20 auparavant, la formation emmenée par Jimmie Akesson a ainsi réussi à s’imposer comme la troisième force politique du royaume. Et, comme s’en est félicité son chef, « nous sommes tout à fait les maîtres du jeu maintenant (…) On ne peut plus nous ignorer de la façon dont on l’a fait ces quatre dernières années. Il est évident que les autres partis devront désormais nous prendre en considération ». Les Démocrates de Suède ont même réussi à priver de majorité absolue les sociaux-démocrates, dont le chef de file, Stefan Löfven, en est aujourd’hui réduit à tendre la main à « d’autres partis démocratiques » qui souhaiteraient travailler avec lui au Parlement…
Ce dont les Suédois ne veulent plus
C’est là une gifle magistrale pour ce fameux modèle suédois, tant cité en exemple par nos politiques, mais dont les Suédois eux-mêmes ne veulent plus. Dans ce pays de 9,5 millions d’habitants, les étrangers et descendants d’immigrés représentent en effet pas moins de 15 % de la population, conséquence d’une politique d’asile délirante. Ici, les demandeurs sont systématiquement accueillis, peuvent faire venir leurs familles, se voient immédiatement attribué un logement, des allocations, et leurs enfants peuvent même bénéficier de cours dans leur langue d’origine afin de ne pas rompre avec leurs racines… Cette politique a bien évidemment entraîné la formation de véritables enclaves étrangères, dans lesquelles la police et autres services publics n’osent plus s’aventurer parce qu’ils sont systématiquement pris pour cible. Chacun a encore en mémoire les graves émeutes ethniques de Stockholm l’an dernier, avec ses centaines de voitures brûlées, ses dizaines d’arrestations, et même un mort.
Des quartiers entiers des grandes villes vivent aujourd’hui sous le joug de la charia et d’une communauté musulmane d’autant plus virulente et revendicative qu’on ne lui refuse rien. C’est que, comme le confiait au Dagbladet Skånska Adly Abu Hajar, imam de Malmö, où les musulmans représentent plus de 25 % de la population : « La Suède est le meilleur Etat islamique.»
Denis Tillinac : le réveil du peuple de droite
L'écrivain Denis Tillinac se réjouit du renouveau de la sensibilité de droite, qui se manifeste selon lui par un foisonnement d'idées et d'initiatives partout en France. Extrait.
Le succès des «marches pour tous», l'élection d'académiciens politiquement incorrects, l'audience croissante de chroniqueurs indociles, l'éclosion d'une école historique iconoclaste, la floraison de libelles frondeurs, l'explosion d'une dissidence multiforme sur les sites Internet: autant de symptômes d'une sensibilité qui s'éveille à la conscience politique dans les marges d'une droite passablement sclérosée. On voit émerger ici et là des postures informelles, encore brouillonnes mais d'une ferveur juvénile, qui promettent une émancipation des esprits inédite depuis un demi-siècle.
Les médias caricaturent cette effervescence intellectuelle en scoutisme rétro, voire en activisme facho. Ces amalgames paresseux n'abusent que les bobos de la mouvance UMP, habitués à mendier leur respectabilité aux intellos de la rive gauche. Or cette «droite» toute neuve qui peu à peu affirme sa singularité entre les mailles du conformisme ambiant, est franche du collier, idéaliste sur les bords, mais nullement ultra. À vrai dire elle se réclame plus volontiers de Péguy ou de Bernanos que d'une famille politique répertoriée: son positionnement à droite résulte d'une allergie aux idéologues de la gauche, rien de moins, rien de plus. Elle exprime dans un désordre foisonnant un mix de hantises, de dégoûts et d'aspirations qui la détourneront des urnes si les candidats de l'actuelle opposition tentent de la mettre sous le boisseau.
Estimez-vous heureux
Estimez-vous heureux
Le bonheur ne doit pas être remis à demain, mais pratiqué chaque jour. Notamment par l’estime de soi.
François Hollande a refait le coup de l'anaphore
Bis repetita. Pourquoi changer une formule qui marche ?Jeudi lors de sa conférence de presse à l'Elysée, François Hollande a ressorti une vieille recette. Le chef de l'Etat a utilisé une tournure stylistique, l'anaphore, qu'il avait naguère rendue célèbre par sa formule "moi président", en répétant à maintes reprises jeudi les formules "pas facile de...", puis "c'est dur...".
Le 2 mai 2012, lors du débat d'entre-deux-tours présidentiel, le candidat socialiste avait asséné 15 fois à son adversaire Nicolas Sarkozy, qui était resté coi : "moi, président de la République..." en détaillant la ligne, notamment déontologique, qu'il se fixait.
Jeudi, lors de sa quatrième conférence de presse semestrielle à l'Elysée, il a à nouveau eu recours à cette technique d'éloquence basée sur la répétition : "pas facile, quand on a été élu comme je l'ai été par des personnes souvent modestes, d'expliquer qu'il convenait d'abord de distribuer des soutiens aux entreprises", "je l'ai fait". "C'est pas facile de faire la réforme pour la dépense publique", "je l'ai fait", a-t-il enchaîné. "Pas facile de supprimer la détaxation des heures supplémentaires", "pas facile d'aller demander des impôts supplémentaires". "Je l'ai assumé". "C'est pas facile de faire des réformes du marché du travail", "pas facile de dire que nous allions faire le choix de l'innovation de la recherche... Nous l'avons fait". "Pas facile de faire la réforme territoriale", "eh bien oui, j'ai fait toutes ces réformes", a-t-il conclu.
"C'est dur". Au total, sept phrases commençant par cette formule. A la fin de son intervention, interrogé sur son expérience de chef d'Etat, il a usé une nouvelle fois de la tournure stylistique en affirmant : "c'est dur d'imposer à ses proches la vie ici, c'est dur d'être avec des collaborateurs, même avec un gouvernement, c'était dur pour moi aussi de me séparer de Jean-Marc Ayrault qui avait été un Premier ministre dévoué, c'est dur de faire un changement de gouvernement".
"C'est chiant de mourir !": les Mémoires posthumes de Robert Sabatier
Le romancier des "Allumettes suédoises", vendu à des millions d'exemplaires, était aussi poète. Et d'une modestie d'un autre temps.
C'était un homme gentil, dans un milieu qui en compte si peu et où ils sont toujours moqués. Tellement gentil qu'il semblait gêné par son phénoménal succès, lourd comme un fardeau, et qu'il ne faisait rien pour contrarier son image populaire de bon vivant égrillard et rigolard. Qu'importe si elle n'était pas ressemblante, il s'en accommodait.
Car le grand public connaissait le sociétaire des «Grosses Têtes», mais ignorait le juré Goncourt, plébiscitait le romancier des «Allumettes suédoises», mais négligeait le poète d'«Icare», dévorait ses «Noisettes sauvages», mais ne voulait pas savoir qu'il était l'auteur d'un «Dictionnaire de la mort», dont Pierre Desproges avait fait son livre de chevet.
A la fin de sa vie, Robert Sabatier promenait sa bonhomie dans les Salons du Livre et du Vin, où il n'était pas rare qu'on lui demande, pour la route, une dernière blague. Et il la racontait, tirant sur sa bouffarde à la manière, tranquille et pince-sans-rire, de Maigret. Il était devenu le Jean Richard de la littérature.
D'ailleurs, quand il s'éteignit, le 28 juin 2012, après avoir murmuré: «Que c'est chiant de mourir!», il n'y eut guère de voix pour saluer, comme il le méritait, l'écrivain des «Années secrètes de la vie d'un homme», ambitieux roman de près de 600 pages que personne, en son temps, ne sut lire.
"J'aime plus la poésie que ma poésie"
C'est peu dire que, pour beaucoup, ces Mémoires posthumes - en vérité, un mélange de journal intime et de souvenirs littéraires - corrigeront le portrait idyllique et convenu du romancier à succès. Sa seule et vraie passion, depuis son plus jeune âge, où il troussait sonnets et villanelles, c'était la poésie, dont il rédigea l'«Histoire» en neuf gros volumes, du Moyen Age au XXe siècle. Lui-même ne cessa jamais d'en écrire, sans se faire d'illusions sur sa postérité: «J'aime plus la poésie que ma poésie.» Francis Ponge l'avait d'ailleurs mis en garde: «Défiez-vous du sentiment et du lyrisme.»
Ses Mémoires l'attestent: c'est en compagnie des poètes, de Bousquet à Char, de Follain à Guillevic, de Frénaud à Tardieu, que Robert Sabatier se sentait le mieux. L'orphelin de Montmartre avait recomposé, avec eux, une deuxième famille. Mais quand la fresque autobiographique du «Roman d'Olivier» fit de lui un auteur de best-sellers, les «intellos» (sic) se détournèrent de lui.
L'ami d'Aragon devint suspect. On lui marqua soudain du dédain. On le rangea «dans la catégorie des romanciers mineurs, charmants, apportant du plaisir, sans chercher midi à quatorze heures». Il en fut blessé, mais ne le montra pas ni ne se révolta. Il est vrai que le verdict prononcé, en 1969, par son éditeur, Francis Esménard, après la lecture des «Allumettes suédoises», l'avait immunisé contre la vanité:
Ce n'est pas le grand roman que nous attendions de vous. Les lecteurs peuvent-ils s'intéresser à l'enfance d'un autre? Publions-le, mais n'espérez pas un énorme succès.
A quoi, dans ses carnets, Sabatier ajouta: «C'était aussi mon avis.»
"Le plus grand drame de ma vie"
S'il lui arrivait d'être tenté de se flatter de ses tirages ou de juger que lui, l'ancien poulbot, avait bien réussi sa vie, aussitôt sa femme lui rabattait le caquet. Peintre et écrivain, Christiane Lesparre, qui refusait qu'on l'appelât Mme Sabatier, considérait que le succès de son mari était «une usurpation» et son entrée à l'Académie Goncourt, «une trahison».
D'ailleurs, elle négligeait de le lire et s'amusait à le ridiculiser dans son roman «Un hamac dans le Vaucluse». Ce Vaucluse où le couple acheta une ancienne abbaye, dont Robert restaura avec bonheur les murs et le jardin, mais que Christiane déserta un beau jour en lui ordonnant de la vendre. Du moins cette femme orgueilleuse, égoïste et brutale, qu'il aima passionnément, fidèlement, empêcha-t-elle l'auteur des «Fillettes chantantes» de céder à la complaisance.
Ces Mémoires sont l'exact opposé d'«A défaut de génie», le grand livre féroce de François Nourissier, son voisin de Drouant: avec une courtoisie démodée et une modestie d'un autre temps (il ignore la télé, l'ordinateur, internet, le téléphone portable), Robert Sabatier y parle moins de lui que des autres - on y croise aussi bien Maurice Chevalier que Brigitte Bardot ou le tout jeune Fabrice Luchini. Jamais il ne se préfère. Toujours il doute de ses dons.
Celui qui fut typographe et dactylo-facturier aux PUF aspire plus au «calme provincial» qu'à la notoriété parisienne. Et la fin est poignante lorsqu'il évoque, pizzicato, «le plus grand drame de [sa] vie»: son fils, Jean-Pierre, dont il fut séparé «par une absurdité inexplicable», retraité lyonnais alors âgé de 60 ans, qui vient lui rendre visite. Il n'en dit pas plus. Robert Sabatier n'en disait jamais plus. Même avec ses douleurs, il était gentil.
Jérôme Garcin
Je vous quitte en vous embrassant bien fort, par Robert Sabatier,
préface de Jean-Claude Lamy, Albin Michel, 656 p., 29 euros.
préface de Jean-Claude Lamy, Albin Michel, 656 p., 29 euros.
Robert Sabatier en chiffres
Né à Paris en 1923, mort en 2012, ROBERT SABATIER est l'auteur d'une «Histoire de la poésie française» en 9 tomes et du «Roman d'Olivier», cycle de 8 romans vendus à plus de 8 millions d'exemplaires. Il était membre, depuis 1971, de l'Académie Goncourt.
Grèce: la transphobie enfin reconnue dans la loi
Un premier pas pour lutter efficacement contre les nombreuses agressions homophobes et transphobes en Grèce.
Trois ans après son entrée au parlement grec, une loi punissant l’incitation à la haine et à la violence a été adoptée le 10 septembre. La mention de l’identité de genre a été ajoutée au dernier moment. La loi établit que «quiconque, intentionnellement, en public, oralement, ou par voie de presse et par Internet, ou de quelque manière, provoque, cause, sous-entend ou incite des actes ou des actions conduisant à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne ou un groupe de personnes qui sont identifiées en raison de la race, de la couleur de peau, de la religion, de l’origine, ethnique ou national, du handicap, de l’orientation sexuelle, ou de l’identité de genre, dans le but de compromettre l’ordre public ou de menacer la vie d’autrui, la liberté ou l’intégrité physique, sera punie d’une peine de prison allant de trois mois à trois ans, et d’une amende allant de 5000 à 20000 euros.» La nouvelle loi sanctionne aussi les propos négationnistes.
La pression de l’Europe a semble-t-il fait son effet, puisqu’un mois auparavant, le Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe Nils Muižnieks avait appelé le gouvernement à prendre des mesures contre les violences: «L’augmentation des attaques homophobes et des crimes de haine racistes en Grèce signale le besoin urgent d’adopter une législation effective dans le but d’éliminer l’intolérance, les propos haineux et la violence de ce pays».
Le vice-président de l’Intergroupe LGBT du Parlement européen Dennis de Jong a félicité le Parlement grec pour l’adoption de cette loi, tout en rappelant que d’autres actions doivent consolider ces mesures: «Mais les lois ne sont pas suffisantes. Trop souvent celles et ceux qui perpétuent ces attaques contre les personnes trans’ échappent aux peines, la police préfère regarder ailleurs. Mais accompagner grâce à une stratégie de sensibilisation avec un renforcement de la loi, un grand pas sera franchi pour les droits des personnes LGBT.» La Grèce est le neuvième pays de l’Union européenne à reconnaître l’identité de genre dans une loi contre les crimes de haine.
vendredi 19 septembre 2014
Caractère bien trempé
Caractère bien trempé
Pour sa quatrième conférence de presse du quinquennat, François Hollande n'a pas répugné à jouer sur les mots : il s'est affiché en président qui se mouille ! Revenant sur l'épisode surréaliste du 25 août dernier sur l'île de Sein où, dégoulinant sous la bourrasque, il avait prononcé son discours commémoratif, le président a manié l'allégorie : quand cela va mal autour de lui, il n'est pas homme à ouvrir les parapluies. Voilà qui pourrait résumer la tonalité générale de sa prestation. Sous le déluge des mauvaises nouvelles, François Hollande a refusé de se mettre aux abris. Bien plus, il est passé à l'attaque sur tous les fronts dans un souci manifeste de « représidentialisation ».
Aux discours trop « techno » de ses précédentes conférences, il a substitué un langage de fermeté dans l'action alors que le monde affronte des crises graves, que l'Europe est confrontée à des choix cruciaux et que la France s'interroge sur son avenir. François Hollande a ainsi joué les chefs : chef de guerre pour combattre les terroristes de Daesh en Irak (et seulement là), chef de la diplomatie pour réorienter l'Europe et convaincre Angela Merkel de favoriser la croissance, et enfin chef de l'État décidé à tenir le cap irrévocable des réformes et aller jusqu'au bout de son mandat.
Désireux de redorer une image d'autorité, François Hollande a insisté sur sa capacité à choisir, même quand c'est dur. En confessant que la fonction présidentielle était une fonction exceptionnelle rencontrant des circonstances exceptionnelles, il a implicitement enterré le « président normal » et reconnu avoir manqué d'expérience. On ne regrettera pas qu'il ait éludé, sans trop de ménagement, la question sur sa vie privée.
Tout cela suffira-t-il à le sortir de l'ornière ? François Hollande est loin d'avoir levé toutes les incertitudes sur le plan économique. Après d'imprudentes prévisions passées sur la survenance de la reprise, François Hollande donne maintenant rendez-vous en 2017 en espérant, cette fois obtenir la bénédiction de Bruxelles pour le report de nos réductions de déficits. Sans parapluie, gare à ne pas trop se mouiller !
Un causeur plaisant
Le décor était somptueux : les ors, les tableaux, les lustres,, le plafond orné contribuaient à la magnificence. Le bleu de la veste de Mme Taubira était légèrement plus soutenu que celui de Mme Royal. Beaucoup de ministres opinaient aux propos présidentiels quels qu’ils fussent. Le premier d’entre eux affichait souvent un semi-sourire que l’on aurait pu croire ironique alors qu’il se voulait sans doute complice. Le Président était brillant, enfin son visage, qui luisait, certainement à cause de la chaleur du lieu. On apprenait peu, et même aucune véritable nouveauté, mais le temps, certes un peu long, passait agréablement : l’orateur, bon conteur, était un causeur plaisant. C’était la quatrième conférence de presse de M. Hollande, qui était somme toute content de lui.
J’y suis, j’y reste
J’y suis, j’y reste
Deux heures pour dire « je reste ». Quelle que soit la situation du pays, le seul message de fond délivré lors de sa quatrième conférence de presse par le président de la République, c’est qu’il ira au bout de son mandat, qu’il fera « ses » cinq années.
Historiquement impopulaire, rejeté par huit Français sur dix, provoquant un profond scepticisme jusque dans son propre camp, François Hollande demeurera, quoi qu’il survienne, à l’Elysée.
Et pour le reste ? Rien : la France ne fera par un iota de plus pour se conformer à ses engagements, elle ne changera pas de ligne. Rien, à part un incroyable aveu d’impuissance sur sa politique. Comment interpréter autrement ce constat terrible fait par François Hollande : « Les résultats tardent à venir… Ils viendront… J’espère avant 2017 » ? La société a beau être, il le reconnaît lui-même, en pleine défiance, le sentiment d’abandon a beau gagner, la France ne fera pas davantage, et certainement pas différemment.
Deux ans après le début catastrophique de son premier septennat, François Mitterrand avait, dans les mêmes conditions de doute sur sa politique, donné une conférence de presse au cours de laquelle, à bout d’arguments pour justifier le manque aveuglant de résultats, il avait martelé qu’il faisait son devoir, tout son devoir.
A l’époque, déjà, la France s’enfonçait dans la crise et se retrouvait sous la surveillance inquiète de ses voisins. C’est le même scénario qui se répète : malgré les reniements, les zigzags, les hésitations et l’inefficacité criante de la politique menée, le recours au « devoir » permet de rejeter toute remise en question. On sait maintenant que cela peut encore durer 30 mois.
It's No go: by 55%-45%, Scotland rejects independence
Scottish voters have rejected the option of independence by a clear margin.
While Glasgow voted in favour, the margin of victory was not large enough to give Alex Salmond and his campaign the momentum they need.
His deputy Nicola Sturgeon conceded defeat with a handful of results still to be declared.
The Deputy First Minister said there was a "real sense of disappointment that we have fallen narrowly short of securing a Yes vote".
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| Mr Salmond rejected |
Mr Salmond had been expected to make an appearance at the count at the Aberdeen Exhibition and Conference Centre but did not arrive, flying straight to Edinburgh before it was announced that voters in his constituency of Aberdeenshire had resoundingly rejected independence by 60.3% to 39.6%.
Sir Malcolm said: "This is the SNP's backyard, it's Alex Salmond's backyard. He didn't have the guts to come to his own count in his own area because he knew he had been comprehensively rejected."
Apart from Glasgow, there were wins for Yes in only three other of Scotland's 32 local authority areas - Dundee, West Dunbartonshire and North Lanarkshire - and damaging losses in other SNP strongholds like Perth & Kinross, Angus and Moray.
While there was a comfortable majority in Dundee, the turnout in the city was 78.8% - lower than many other parts of Scotland, indicating that the Yes campaign has not managed to get voters out in sufficient numbers. The turnout in Glasgow was even lower at 75%.
No won convincingly in Edinburgh and the result in Fife - where 114,148 voted Yes and 139,788 No - made the result a mathematical certainty.
In an early-morning phone call, Prime Minister David Cameron spoke to former Labour chancellor Alistair Darling, the leader of the cross-party Better Together campaign, to congratulate him on "a well-fought campaign".
The PM is due to make a televised address to the nation this morning in which he is expected to set out plans for further devolution to Scotland as well as a "rebalancing" of the representation of the four nations of the UK.
Deputy Prime Minister Nick Clegg said: "I'm absolutely delighted the Scottish people have taken this momentous decision to safeguard our family of nations for future generations.
"In a dangerous and uncertain world I have no doubt we are stronger, safer, and more prosperous together than we ever could be apart.
"But a vote against independence was clearly not a vote against change and we must now deliver on time and in full the radical package of newly devolved powers to Scotland.
"At the same time, this referendum north of the border has led to demand for constitutional reform across the United Kingdom as people south of the border also want more control and freedom in their own hands rather than power being hoarded in Westminster.
"So this referendum marks not only a new chapter for Scotland within the UK but also wider constitutional reform across the Union."
Référendum en Écosse : le camp du «oui» reconnaît sa défaite
Avec une participation massive au scrutin, les Écossais ont majoritairement répondu «non» à l'indépendance de l'Écosse par 55,42% contre 44,58%.
Le seuil officiel de la victoire a été dépassé. Après le dépouillement de 31 des 32 circonscriptions, le «non» remporte le référendum sur l'indépendance de l'Écosse, avec un score provisoire de 55,42% contre 44,58% pour le camp du «oui». Le «non» a en effet obtenu 1.914.187 votes, au-delà du cap de 1.852.828 votes nécessaires pour remporter le référendum, selon les chiffres officiels diffusés par la BBC.
Ces résultats sont tombés avec retard du fait de l'impressionnant taux de participation, qui s'établit à 84%. La tendance s'est toutefois dessinée très rapidement. Parmi les rares exceptions en-dessous des 80% figure la ville de Glasgow, où la participation s'est établie à 75%.
À Glasgow justement, plus grande ville de l'Écosse, les électeurs ont placé le «oui» en tête avec 53% des voix contre 47% pour le «non». Un écart insuffisant pour peser de façon décisive sur l'issue du scrutin. À Édimbourg en revanche, la capitale du pays, le «non» a écrasé le «oui» à 61,1% des voix contre 38,9%, rapporte The Guardian .
«J'accepte ce verdict du peuple»
Le premier ministre écossais Alex Salmond, leader des pro-indépendance, a rapidement pris la parole depuis Edimbourgh, la capitale écossaise. «J'accepte ce verdict du peuple et j'appelle toute l'Écosse à accepter ce verdict prononcé par le peuple écossais», a annoncé le premier ministre devant ses partisans. Se félicitant d'un «chiffre monumental» de participation, il a affirmé qu'il s'agit d'une «étape monumentale dans l'histoire du pays» et que ce processus «crédibilise beaucoup» les Écossais.
Acceptant la défaite, Alex Salmond s'est engagé «à travailler de manière constructive pour l'Écosse et le Royaume-Uni». Il a toutefois rappelé que «les parti unionistes ont émis des voeux, disant qu'ils allaient dévoluer», c'est à dire déléguer de nouveaux pouvoirs à l'Écosse. «Ces promesses doivent être honorées très rapidement, la dévolution doit continuer», a conclu le premier ministre.
Un peu plus tôt, il avait renoncé à assister au dépouillement dans sa localité, précise The Guardian. Sur Twitter, il s'est malgré tout félicité de la victoire massive du «oui» à Glasgow.
«Une campagne bien menée» juge Cameron
Du côté du «non», le premier ministre britannique David Cameron s'est de son côté réjouit de la victoire de son camp. Il a félicité le chef de file des unionistes, Alistair Darling, pour une «campagne bien menée». Le chef du gouvernement doit s'exprimer publiquement à 7 heures, heure locale. Un message de la reine est aussi attendu dans la matinée.
Seuls les 4,2 millions d'électeurs résidents en Écosse étaient habilités à voter. Les 95,8% de Britanniques restants, Anglais, Gallois et nord-Irlandais, ont assisté en spectateurs au scrutin déterminant pour le sort du Royaume-Uni. Un sondage YouGov auprès de 1828 personnes ayant déposé leur bulletin dans l'urne a également donné le «non» vainqueur à 54% contre 46% pour le «oui».
«J'accepte ce verdict du peuple et j'appelle toute l'Écosse à accepter ce verdict prononcé par le peuple écossais.»
6 millions de votes pour l'indépendance de l'Écosse, c est un chiffre monumental. C'est une étape monumentale dans l'histoire de notre pays.
Je pense que le processsus qui fait que nous avont pris une décision nous crédibilise beaucoup. Une participation de 86% est ... l'une des plus fortes participations «de toute l'histoire»
Je m'engage à travailler de manière constructive pour l'Écosse et le Royaume-Uni. Les parti unionistes ont émis des voeux, disant qu'ils allaient dévoluer. Ces promesses doivent être honorées trè_s rapidement. La dévolution doit continuer.
jeudi 18 septembre 2014
Le combat exemplaire de 595 femmes de ménage grecques et la solidarité sans frontière
Depuis un an, tous les jours, un collectif de 595 femmes de ménages se bat et manifeste en Grèce pour la dignité, avec un soutien national et international croissant, des messages venant du monde entier, de Ken Loach par exemple. Elles ont été licenciées en septembre 2013 par leur employeur public, le Ministère des finances, sous la pression de la Troïka exigeant de fortes réductions de l’emploi public et des privatisations partout.
Peu importe que cette activité, désormais confiée à des sous-traitants privés, coûte presque aussi cher que les salaires de ces femmes, la rationalité économique est elle aussi battue en brèche au profit… des profits privés et de l’idéologie du « moins d’Etat ». Sans parler du fait que le secteur privé du nettoyage est, en Grèce, une sorte de mafia, très réputée en matière d’évasion fiscale… Au fond, la dette n’est pas le problème de ces « réformateurs ». Leur objectif est bel et bien une révolution conservatrice au service exclusif des grands intérêts privés. La dette est même devenue pour eux une formidable opportunité !
Ces femmes de ménage ont pourtant introduit et GAGNE un recours en justice mais, pour l’instant, le gouvernement n’en a cure. Il attend le verdict de la Cour suprême, dans quelques jours, le 23 septembre.
Ces femmes sont devenues un symbole de la résistance à une « occupation » économique et politique de la Grèce au nom d’une dette largement illégitime, propulsée vers le haut, encore aujourd’hui, par les politiques d’austérité menées depuis 2008-2009.
Qui plus est, ce sont des femmes qui luttent, des femmes occupant des emplois de service considérés, à tort, comme subalternes. Les femmes sont partout les premières victimes de l’austérité et de la démolition des services publics. Victimes comme salariées, et victimes comme principales bénéficiaires, de fait, de nombreux services publics ou associatifs : soin, éducation, petite enfance, personnes âgées, etc.
Le gouvernement actuel, bras armé de la Troïka, a sans doute estimé qu’il ne courait pas de grands risques en s’en prenant aux plus faibles, aux « classes inférieures », des femmes payées autour de 400/500 euros par mois, jugées non qualifiées voire pas très intelligentes, susceptibles donc d’accepter les salaires de misère proposés par les sous-traitants : environ la moitié de leur salaire actuel, sans protection sociale digne de ce nom. Il s’est lourdement trompé.
Ces femmes, qui ont entre 45 et 57 ans, avec une proportion importante de mères élevant seules leurs enfants, de divorcées, de veuves ou de femmes de chômeurs, souvent surendettées elles-mêmes, ou devant s’occuper de personnes handicapées et de parents âgés, sans accès à une retraite anticipée, ont pourtant décidé de prendre en mains les choses, et leur propre vie. De mener leur lutte de façon autonome, d’inventer des formes d’action nouvelles en faisant quotidiennement un « mur humain » dans la rue (photo), en face de l’entrée du Ministère place Syntagma, un symbole de résistance. En imaginant avec intelligence et succès d’innombrables façons de se faire voir et entendre, d’obtenir un large soutien populaire. Avec, en face, régulièrement, un déploiement de forces de police n’hésitant pas à les brutaliser. Car, pour le gouvernement et la Troïka, c’est insupportable. Il faut au plus vite… faire le ménage.
Leur combat a une très grande portée, bien au-delà de la Grèce. Il va se poursuivre et je vous en informerai.
PS. Je me suis inspiré pour certains passages de ce texte d’un article en anglais de Sonia Mitralia, militante grecque membre de « l’initiative des femmes contre la dette et l’austérité ». Voir ce lien.
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