TOUT EST DIT

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vendredi 19 septembre 2014

Caractère bien trempé

Caractère bien trempé

Pour sa quatrième conférence de presse du quinquennat, François Hollande n'a pas répugné à jouer sur les mots : il s'est affiché en président qui se mouille ! Revenant sur l'épisode surréaliste du 25 août dernier sur l'île de Sein où, dégoulinant sous la bourrasque, il avait prononcé son discours commémoratif, le président a manié l'allégorie : quand cela va mal autour de lui, il n'est pas homme à ouvrir les parapluies. Voilà qui pourrait résumer la tonalité générale de sa prestation. Sous le déluge des mauvaises nouvelles, François Hollande a refusé de se mettre aux abris. Bien plus, il est passé à l'attaque sur tous les fronts dans un souci manifeste de « représidentialisation ».
Aux discours trop « techno » de ses précédentes conférences, il a substitué un langage de fermeté dans l'action alors que le monde affronte des crises graves, que l'Europe est confrontée à des choix cruciaux et que la France s'interroge sur son avenir. François Hollande a ainsi joué les chefs : chef de guerre pour combattre les terroristes de Daesh en Irak (et seulement là), chef de la diplomatie pour réorienter l'Europe et convaincre Angela Merkel de favoriser la croissance, et enfin chef de l'État décidé à tenir le cap irrévocable des réformes et aller jusqu'au bout de son mandat.
Désireux de redorer une image d'autorité, François Hollande a insisté sur sa capacité à choisir, même quand c'est dur. En confessant que la fonction présidentielle était une fonction exceptionnelle rencontrant des circonstances exceptionnelles, il a implicitement enterré le « président normal » et reconnu avoir manqué d'expérience. On ne regrettera pas qu'il ait éludé, sans trop de ménagement, la question sur sa vie privée.
Tout cela suffira-t-il à le sortir de l'ornière ? François Hollande est loin d'avoir levé toutes les incertitudes sur le plan économique. Après d'imprudentes prévisions passées sur la survenance de la reprise, François Hollande donne maintenant rendez-vous en 2017 en espérant, cette fois obtenir la bénédiction de Bruxelles pour le report de nos réductions de déficits. Sans parapluie, gare à ne pas trop se mouiller !

Un causeur plaisant

Un causeur plaisant

 Le décor était somptueux : les ors, les tableaux, les lustres,, le plafond orné contribuaient à la magnificence. Le bleu de la veste de Mme Taubira était légèrement plus soutenu que celui de Mme Royal. Beaucoup de ministres opinaient aux propos présidentiels quels qu’ils fussent. Le premier d’entre eux affichait souvent un semi-sourire que l’on aurait pu croire ironique alors qu’il se voulait sans doute complice. Le Président était brillant, enfin son visage, qui luisait, certainement à cause de la chaleur du lieu. On apprenait peu, et même aucune véritable nouveauté, mais le temps, certes un peu long, passait agréablement : l’orateur, bon conteur, était un causeur plaisant. C’était la quatrième conférence de presse de M. Hollande, qui était somme toute content de lui.

J’y suis, j’y reste

J’y suis, j’y reste

Deux heures pour dire « je reste ». Quelle que soit la situation du pays, le seul message de fond délivré lors de sa quatrième conférence de presse par le président de la République, c’est qu’il ira au bout de son mandat, qu’il fera « ses » cinq années.
Historiquement impopulaire, rejeté par huit Français sur dix, provoquant un profond scepticisme jusque dans son propre camp, François Hollande demeurera, quoi qu’il survienne, à l’Elysée.
Et pour le reste ? Rien : la France ne fera par un iota de plus pour se conformer à ses engagements, elle ne changera pas de ligne. Rien, à part un incroyable aveu d’impuissance sur sa politique. Comment interpréter autrement ce constat terrible fait par François Hollande : « Les résultats tardent à venir… Ils viendront… J’espère avant 2017 » ? La société a beau être, il le reconnaît lui-même, en pleine défiance, le sentiment d’abandon a beau gagner, la France ne fera pas davantage, et certainement pas différemment.
Deux ans après le début catastrophique de son premier septennat, François Mitterrand avait, dans les mêmes conditions de doute sur sa politique, donné une conférence de presse au cours de laquelle, à bout d’arguments pour justifier le manque aveuglant de résultats, il avait martelé qu’il faisait son devoir, tout son devoir.
A l’époque, déjà, la France s’enfonçait dans la crise et se retrouvait sous la surveillance inquiète de ses voisins. C’est le même scénario qui se répète : malgré les reniements, les zigzags, les hésitations et l’inefficacité criante de la politique menée, le recours au « devoir » permet de rejeter toute remise en question. On sait maintenant que cela peut encore durer 30 mois.

It's No go: by 55%-45%, Scotland rejects independence

Scottish voters have rejected the option of independence by a clear margin.

While Glasgow voted in favour, the margin of victory was not large enough to give Alex Salmond and his campaign the momentum they need.
His deputy Nicola Sturgeon conceded defeat with a handful of results still to be declared.
The Deputy First Minister said there was a "real sense of disappointment that we have fallen narrowly short of securing a Yes vote".
Mr Salmond rejected
Mr Salmond had been expected to make an appearance at the count at the Aberdeen Exhibition and Conference Centre but did not arrive, flying straight to Edinburgh before it was announced that voters in his constituency of Aberdeenshire had resoundingly rejected independence by 60.3% to 39.6%.
Sir Malcolm said: "This is the SNP's backyard, it's Alex Salmond's backyard. He didn't have the guts to come to his own count in his own area because he knew he had been comprehensively rejected."
Apart from Glasgow, there were wins for Yes in only three other of Scotland's 32 local authority areas - Dundee, West Dunbartonshire and North Lanarkshire - and damaging losses in other SNP strongholds like Perth & Kinross, Angus and Moray.
While there was a comfortable majority in Dundee, the turnout in the city was 78.8% - lower than many other parts of Scotland, indicating that the Yes campaign has not managed to get voters out in sufficient numbers. The turnout in Glasgow was even lower at 75%.
No won convincingly in Edinburgh and the result in Fife - where 114,148 voted Yes and 139,788 No - made the result a mathematical certainty.
In an early-morning phone call, Prime Minister David Cameron spoke to former Labour chancellor Alistair Darling, the leader of the cross-party Better Together campaign, to congratulate him on "a well-fought campaign".
The PM is due to make a televised address to the nation this morning in which he is expected to set out plans for further devolution to Scotland as well as a "rebalancing" of the representation of the four nations of the UK.
Deputy Prime Minister Nick Clegg said: "I'm absolutely delighted the Scottish people have taken this momentous decision to safeguard our family of nations for future generations.
"In a dangerous and uncertain world I have no doubt we are stronger, safer, and more prosperous together than we ever could be apart.
"But a vote against independence was clearly not a vote against change and we must now deliver on time and in full the radical package of newly devolved powers to Scotland.
"At the same time, this referendum north of the border has led to demand for constitutional reform across the United Kingdom as people south of the border also want more control and freedom in their own hands rather than power being hoarded in Westminster.
"So this referendum marks not only a new chapter for Scotland within the UK but also wider constitutional reform across the Union."

Référendum en Écosse : le camp du «oui» reconnaît sa défaite

Avec une participation massive au scrutin, les Écossais ont majoritairement répondu «non» à l'indépendance de l'Écosse par 55,42% contre 44,58%.
Le seuil officiel de la victoire a été dépassé. Après le dépouillement de 31 des 32 circonscriptions, le «non» remporte le référendum sur l'indépendance de l'Écosse, avec un score provisoire de 55,42% contre 44,58% pour le camp du «oui». Le «non» a en effet obtenu 1.914.187 votes, au-delà du cap de 1.852.828 votes nécessaires pour remporter le référendum, selon les chiffres officiels diffusés par la BBC.
Ces résultats sont tombés avec retard du fait de l'impressionnant taux de participation, qui s'établit à 84%. La tendance s'est toutefois dessinée très rapidement. Parmi les rares exceptions en-dessous des 80% figure la ville de Glasgow, où la participation s'est établie à 75%.
À Glasgow justement, plus grande ville de l'Écosse, les électeurs ont placé le «oui» en tête avec 53% des voix contre 47% pour le «non». Un écart insuffisant pour peser de façon décisive sur l'issue du scrutin. À Édimbourg en revanche, la capitale du pays, le «non» a écrasé le «oui» à 61,1% des voix contre 38,9%, rapporte The Guardian .

«J'accepte ce verdict du peuple»

Le premier ministre écossais Alex Salmond, leader des pro-indépendance, a rapidement pris la parole depuis Edimbourgh, la capitale écossaise. «J'accepte ce verdict du peuple et j'appelle toute l'Écosse à accepter ce verdict prononcé par le peuple écossais», a annoncé le premier ministre devant ses partisans. Se félicitant d'un «chiffre monumental» de participation, il a affirmé qu'il s'agit d'une «étape monumentale dans l'histoire du pays» et que ce processus «crédibilise beaucoup» les Écossais.
Acceptant la défaite, Alex Salmond s'est engagé «à travailler de manière constructive pour l'Écosse et le Royaume-Uni». Il a toutefois rappelé que «les parti unionistes ont émis des voeux, disant qu'ils allaient dévoluer», c'est à dire déléguer de nouveaux pouvoirs à l'Écosse. «Ces promesses doivent être honorées très rapidement, la dévolution doit continuer», a conclu le premier ministre.
Un peu plus tôt, il avait renoncé à assister au dépouillement dans sa localité, précise The Guardian. Sur Twitter, il s'est malgré tout félicité de la victoire massive du «oui» à Glasgow.

«Une campagne bien menée» juge Cameron

Du côté du «non», le premier ministre britannique David Cameron s'est de son côté réjouit de la victoire de son camp. Il a félicité le chef de file des unionistes, Alistair Darling, pour une «campagne bien menée». Le chef du gouvernement doit s'exprimer publiquement à 7 heures, heure locale. Un message de la reine est aussi attendu dans la matinée.
Seuls les 4,2 millions d'électeurs résidents en Écosse étaient habilités à voter. Les 95,8% de Britanniques restants, Anglais, Gallois et nord-Irlandais, ont assisté en spectateurs au scrutin déterminant pour le sort du Royaume-Uni. Un sondage YouGov auprès de 1828 personnes ayant déposé leur bulletin dans l'urne a également donné le «non» vainqueur à 54% contre 46% pour le «oui».
«J'accepte ce verdict du peuple et j'appelle toute l'Écosse à accepter ce verdict prononcé par le peuple écossais.»
6 millions de votes pour l'indépendance de l'Écosse, c est un chiffre monumental. C'est une étape monumentale dans l'histoire de notre pays.
Je pense que le processsus qui fait que nous avont pris une décision nous crédibilise beaucoup. Une participation de 86% est ... l'une des plus fortes participations «de toute l'histoire»
Je m'engage à travailler de manière constructive pour l'Écosse et le Royaume-Uni. Les parti unionistes ont émis des voeux, disant qu'ils allaient dévoluer. Ces promesses doivent être honorées trè_s rapidement. La dévolution doit continuer.

jeudi 18 septembre 2014

Le combat exemplaire de 595 femmes de ménage grecques et la solidarité sans frontière

Depuis un an, tous les jours, un collectif de 595 femmes de ménages se bat et manifeste en Grèce pour la dignité, avec un soutien national et international croissant, des messages venant du monde entier, de Ken Loach par exemple. Elles ont été licenciées en septembre 2013 par leur employeur public, le Ministère des finances, sous la pression de la Troïka exigeant de fortes réductions de l’emploi public et des privatisations partout.
Peu importe que cette activité, désormais confiée à des sous-traitants privés, coûte presque aussi cher que les salaires de ces femmes, la rationalité économique est elle aussi battue en brèche au profit… des profits privés et de l’idéologie du « moins d’Etat ». Sans parler du fait que le secteur privé du nettoyage est, en Grèce, une sorte de mafia, très réputée en matière d’évasion fiscale… Au fond, la dette n’est pas le problème de ces « réformateurs ». Leur objectif est bel et bien une révolution conservatrice au service exclusif des grands intérêts privés. La dette est même devenue pour eux une formidable opportunité !
Ces femmes de ménage ont pourtant introduit et GAGNE un recours en justice mais, pour l’instant, le gouvernement n’en a cure. Il attend le verdict de la Cour suprême, dans quelques jours, le 23 septembre.
Ces femmes sont devenues un symbole de la résistance à une « occupation » économique et politique de la Grèce au nom d’une dette largement illégitime, propulsée vers le haut, encore aujourd’hui, par les politiques d’austérité menées depuis 2008-2009.
Qui plus est, ce sont des femmes qui luttent, des femmes occupant des emplois de service considérés, à tort, comme subalternes. Les femmes sont partout les premières victimes de l’austérité et de la démolition des services publics. Victimes comme salariées, et victimes comme principales bénéficiaires, de fait, de nombreux services publics ou associatifs : soin, éducation, petite enfance, personnes âgées, etc.
Le gouvernement actuel, bras armé de la Troïka, a sans doute estimé qu’il ne courait pas de grands risques en s’en prenant aux plus faibles, aux « classes inférieures », des femmes payées autour de 400/500 euros par mois, jugées non qualifiées voire pas très intelligentes, susceptibles donc d’accepter les salaires de misère proposés par les sous-traitants : environ la moitié de leur salaire actuel, sans protection sociale digne de ce nom. Il s’est lourdement trompé.
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Ces femmes, qui ont entre 45 et 57 ans, avec une proportion importante de mères élevant seules leurs enfants, de divorcées, de veuves ou de femmes de chômeurs, souvent surendettées elles-mêmes, ou devant s’occuper de personnes handicapées et de parents âgés, sans accès à une retraite anticipée, ont pourtant décidé de prendre en mains les choses, et leur propre vie. De mener leur lutte de façon autonome, d’inventer des formes d’action nouvelles en faisant quotidiennement un « mur humain » dans la rue (photo), en face de l’entrée du Ministère place Syntagma, un symbole de résistance. En imaginant avec intelligence et succès d’innombrables façons de se faire voir et entendre, d’obtenir un large soutien populaire. Avec, en face, régulièrement, un déploiement de forces de police n’hésitant pas à les brutaliser. Car, pour le gouvernement et la Troïka, c’est insupportable. Il faut au plus vite… faire le ménage.
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Leur combat a une très grande portée, bien au-delà de la Grèce. Il va se poursuivre et je vous en informerai.
PS. Je me suis inspiré pour certains passages de ce texte d’un article en anglais de Sonia Mitralia, militante grecque membre de « l’initiative des femmes contre la dette et l’austérité ». Voir ce lien.

La réforme en tranches

La réforme en tranches

Drôle de moment pour la quatrième grande conférence de presse de François Hollande. Le chef de l'État doit-il dire effectivement merci pour ce « drôle de moment » à Manuel Valls, qui a prononcé deux jours plus tôt son discours de politique générale, et à Nicolas Sarkozy qui va officialiser, vendredi ou ce week-end, son retour en politique ? Une chose est sûre, ainsi prise en sandwich, l'intervention élyséenne va forcément perdre en impact. Pour lui donner du relief, il faudrait que François Hollande se réserve un retentissant effet d'annonce. Difficile à imaginer, maintenant que Manuel Valls a décidé de faire des risettes aux « sans-dents » à travers une réformette fiscale totalement improvisée et une aumône « exceptionnelle » aux petits retraités.
Alors, que pourrait faire François Hollande ? Se poser en meneur international de la lutte antiterroriste ? Il ne manquera pas de le faire mais ne doit pas en attendre un relèvement de sa cote ! Devra-t-il s'employer, en réponse aux inévitables questions, à évoquer ses ennuis domestiques ? Qu'il ne s'attende pas non plus, même en disant sa « blessure », à une commisération populaire.
Non ! Ce qui intéressera les Français, c'est une clarification définitive sur une politique demeurant brouillonne dans sa mise en 'uvre. Sur ce plan, les dernières heures ont été révélatrices. Que d'annonces confuses et que de bavardages intempestifs. On pense bien sûr aux propos incontrôlés du « petit génie » de l'économie, Emmanuel Macron, blessant les « illettrées » de Gad et évoquant sans tabou une « France malade » qui doit se réformer en urgence.
On aimerait savoir si François Hollande, qui va encore une fois évoquer la grandeur de notre pays, partage cette analyse décliniste. On aimerait savoir si, après le plaidoyer étatiste de Manuel Valls devant l'Assemblée, le social-libéralisme est dans l'impasse ? On voudrait savoir enfin si François Hollande, qui estime « avoir du temps pour changer les choses », après le vote de confiance, va de nouveau temporiser et s'accommoder, comme sur les impôts, de la réforme en tranches.

Le projet de loi Cazeneuve, ou comment s’adapter au nouveau terrorisme

Une analyse de trois aspects du projet de loi présenté par le ministre de l’intérieur pour combattre le terrorisme.
L’Assemblée nationale a commencé, le 15 septembre 2014, à débattre du projet de loi renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme, projet présenté par le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve. Observons qu’il n’y aura qu’un seul débat et un seul vote, puisque ce projet fait l’objet d’une procédure accélérée.
Comme souvent en matière de terrorisme, le projet de texte est avant tout réactif. Il vise à adapter la législation aux nouvelles menaces, c’est-à-dire aux nouvelles formes que prend le terrorisme, notamment celui issu de l’Islam le plus radical. Parmi les dispositions de ce projet, trois mesures particulièrement importantes, et médiatisées, illustrent cette démarche.
L’entreprise individuelle de terrorisme

Pendant bien longtemps, les systèmes juridiques occidentaux se sont battus contre des nébuleuses terroristes, des petits groupes se revendiquant souvent de différentes mouvances, d’Action Directe à Al Qaida. À l’époque, le droit avait d’ailleurs créé le délit d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, délit codifié dans l’article 421-2-1 du code pénal. Ce délit a rendu de grands services en permettant l’arrestation des individus concernés avant qu’ils n’aient commis un acte irrémédiable, c’est-à-dire au moment de sa préparation.
Aujourd’hui, la menace terroriste peut aussi prendre la forme de l’agression d’un individu isolé comme Mohamed Merah ou Mehdi Nemmouche. Le projet de loi, dans son article 5, prévoit la création d’un nouvel article 421-2-6 du code pénal ainsi rédigé : « Constitue également un acte de terrorisme, lorsqu’il est intentionnellement en relation avec une entreprise individuelle ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur, le fait de rechercher, de se procurer ou de fabriquer des objets ou des substances de nature à créer un danger pour autrui (…) ». Cette notion d’ »entreprise individuelle » permet donc, comme en matière d’association de malfaiteurs, d’interrompre le processus de préparation de l’acte de terrorisme.
Cette disposition est sans doute la moins contestée du projet de loi, d’autant que son champ d’application demeure limité aux cas les plus graves. Sont ainsi visés l’achat ou la fabrication d’armes et de substances toxiques ou explosives, c’est-à-dire des démarches très concrètes manifestant un commencement d’exécution d’un projet terroriste. En revanche, le fait de fréquenter des sites radicaux sur internet ou même de récolter des fonds n’entre pas dans cette « entreprise individuelle ».
L’interdiction de sortie du territoire
grenade terrorisme credits Israel defense forces (licence creative commons)Le terrorisme islamique a aujourd’hui un certain nombre de sanctuaires territoriaux, en particulier en Syrie. Le ministère de l’intérieur évalue ainsi à 950 le nombre de jeunes Français partis dans ce pays pour participer aux combats et se former aux méthodes terroristes. La menace est double car ces combattants, non seulement vont grossir les rangs d’une armée djihadiste, mais risquent aussi de revenir dans notre pays parfaitement formés pour y développer une action terroriste.
Le projet de loi s’efforce de lutter contre ces départs en instaurant une interdiction de sortie du territoire. Elle sera appliquée par une simple décision administrative « dès lors qu’il existe des raisons sérieuses de croire » que la personne visée « projette des déplacements à l’étranger ayant pour objet la participation à des activités terroristes ou « sur un théâtre d’opérations de groupements terroristes ».
Cette mesure est davantage discutée que la précédente. Sa durée, tout d’abord, suscite des débats à l’Assemblée, les parlementaires UMP souhaitant que l’interdiction soit prononcée pour une durée d’un an alors que le projet ne prévoit qu’une durée de six mois, éventuellement renouvelable. Surtout, une partie de la droite souhaite l’adoption d’un dispositif existant déjà au Royaume-Uni, permettant de déchoir de leur nationalité française les binationaux. Les amendements en ce sens ont cependant bien peu de chances d’être votés.
La propagande terroriste sur internet
La dernière caractéristique des mouvements terroristes d’aujourd’hui réside dans le fait qu’ils maîtrisent parfaitement les instruments de communication, et notamment internet. Le réseau constitue à la fois un instrument de recrutement et de formation.
Sur ce point, le projet de loi confère à l’autorité administrative compétence pour exiger le blocage des sites internet faisant l’apologie du terrorisme, selon un dispositif largement inspiré de ce qui existe pour les sites pédopornographiques. Concrètement, l’administration demandera à l’hébergeur le retrait du contenu illicite, retrait qui devra intervenir dans les 24 heures.
Cette disposition est sans doute la plus contestée du projet de loi. Les professionnels d’internet, tout d’abord, ont trouvé quelques relais au Parlement pour faire connaître leur opposition. Ils y voient le retour du délit de consultation habituelle de sites internet faisant l’apologie du terrorisme, délit que Nicolas Sarkozy avait annoncé vouloir introduire dans le code pénal, après l’affaire Merah. Il n’en est rien pourtant car ce n’est pas celui qui consulte qui est visé mais seulement les responsables du site. Les opposants à cette disposition insistent aussi sur son inefficacité et il est vrai qu’un site bloqué peut immédiatement créer des sites miroirs qui demeurent consultables. Au demeurant, la procédure risque d’être très difficile à mettre en œuvre lorsque le site est hébergé à l’étranger.
La critique essentielle formulée à l’égard de cette disposition est cependant de nature juridique et porte sur la place importante attribuée à l’autorité administrative, au détriment du juge. Certes, le juge administratif peut être saisi a posteriori d’un recours contestant la légalité de la mesure prise, voire d’une demande de référé pour en obtenir la suspension. Mais la décision elle-même demeure purement administrative alors qu’il s’agit toujours de porter atteinte à une liberté publique, liberté de circulation pour l’interdiction de sortie du territoire, liberté d’expression pour le contrôle d’internet. De telles mesures peuvent être prises, et sans doute doivent-elles l’être, mais l’article 66 de la Constitution énonce que l’autorité judiciaire est gardienne de la liberté individuelle. Ne conviendrait-il pas de restituer au juge judiciaire la compétence qui est la sienne ? Puisque la France a fait le choix de se doter de juges spécialisés dans la lutte contre le terrorisme, il serait sans doute possible de leur attribuer des compétences qui complètent logiquement celles dont ils disposent déjà.

L’imputrescible déficit des comptes de la Sécurité sociale

Bon, pour l’État, c’est dit, on va avoir de l’action, de la réforme, du changement même, c’est Valls qui le dit, et Valls, il fait des trucs avec ses petits bras musclés agités de façon spasmodique aux tribunes républicaines, donc, c’est que c’est du solide : tiens, on va sucrer une tranche d’impôt (peut-être), ce qui va mécaniquement améliorer les finances du pays. Voilà. Ça, c’est fait. Maintenant, le problème de l’État français enfin résolu, il reste celui des déficits chroniques de la Sécurité Sociale. Ne vous inquiétez pas, le gouvernement va aussi s’en occuper.
Pour cela, il a été très très clair en se fixant des objectifs finement étudiés, comme celui d’équilibrer les comptes d’ici à la fin du mandat de François Hollande, en 2017. Et chacun s’est donc mis au travail, en retroussant son collier et en donnant un coup de manches (ou l’inverse, peu importe), afin de remettre un peu d’ordre dans le bazar fumant qu’avait laissé la méchante droite. Et petit à petit, les dettes ont disparu … Ah euh non, les nouveaux déficits ont seulement rétréci, diminuant de 7 milliards en 2011, puis 3.5 milliards en 2012 puis 3.1 en 2013, pour s’y établir à 16 milliards, ce qui représente tout de même une somme assez coquette par les temps qui courent, mes petits amis. Mais ne nous formalisons pas : ce qu’il faut retenir, c’est que s’ils continuent de s’empiler, ils s’empilent moins vite, dans la bonne humeur et l’huile de coude d’un gouvernement tout attelé à la tâche.
chaton youpi encore une mission réussie
Ah et puis zut, voilà que ces rabats-joie de la Cour des Comptes n’ont rien trouvé de mieux à faire que d’encore sortir l’un de ces épais rapports dont ils ont le secret et que personne ne lit. Flûte à la fin, alors que nous touchions au but et que régnait la sérénité que seule permet la certitude d’atteindre le but qu’on s’est fixé, poum, voilà le gouvernement tout embarrassé : avec l’inflation qui refuse de se redresser productivement, les comptes sont dans le rouge et ne font rien pour montrer leurs meilleurs atours. Et le pire n’est pas que ces comptes sont déficitaires (oh zut) encore une fois (oh zut) et au moins autant que l’année passée (oh zut), mais bien que, dans son rapport, la Cour estime que l’objectif fixé pour les dépenses d’assurance-maladie n’était pas assez rigoureux. Franchement, voilà qui est fort méchant pour un gouvernement (de combat) qui s’est tant donné pour arriver à ces résultats (grandioses) et qui se félicitait même de n’avoir cessé de faire ralentir la progression de la dépense en affichant toujours des déficits moins gros que leurs gargantuesques prévisions. Malheureusement, la Cour ne l’entend pas de cette oreille :
« Le taux de progression provisoire de l’ONDAM exécuté s’établit à ce stade en 2013 à +2,4%, comme celui annoncé en 2012 à la même période, ce qui traduit un coup d’arrêt dans le ralentissement des dépenses constatées ces dernières années. (…) Les dépenses d’assurance-maladie ont ainsi augmenté deux fois plus vite en 2013 que le PIB en valeur. »
C’est vraiment trop injuste. Non seulement l’inflation ne veut pas leur venir en aide, mais les dépenses continuent de croître plus vite que prévu, et plus vite que le PIB. Ce n’est vraiment pas la fotogouvernement.
pas rigoureux
Bon, soit, ce n’est pas totalement faux : le gouvernement actuel n’est pas entièrement responsable de la dérive constatée, qui est aussi le résultat de l’entêtement de tant de politiciens passés à maintenir le système en marche, par tous les moyens, et ce, quel qu’en soit le prix. En réalité, l’institution a, depuis longtemps, échappé à tout réel contrôle politique, et continue donc de faire du gras, dirigé par des organisations parasitaires syndicats tout-puissants qui entendent continuer à se servir la soupe tant qu’ils le pourront. Et lorsque la Cour des Comptes préconise quelques voies d’améliorations (au niveau des génériques, en modifiant la façon dont sont gérées les urgences, par exemple), tout le monde sait que la bataille qui devrait s’engager pour obtenir ces réformes est tellement dantesque qu’elle a épuisé, rien que d’y penser, les pauvres ministres qui se débattent déjà âprement dans les tourments d’une crise à laquelle ils ne comprennent plus rien depuis longtemps.
D’ailleurs, imaginez-vous vraiment ces braves bonshommes, rassemblant leur courage (à la pince à épiler) pour tenter de réduire les émoluments versés aux directions des cadres de la Sécu, dont on apprend qu’ils sont pourtant plus que roboratifs ou que leurs plafonds ne sont pas toujours respectés ? Non, vraiment, la lutte contre les déficits ne peut pas tout motiver, voyons…
cat facepalm
Et cette imputrescibilité des déficits constatés commence à provoquer des problèmes.
Bien sûr, il y a le petit souci qu’une fois les déficits constatés, il faut tout de même payer les personnels, rembourser les malades qui ont cotisé, et tenter de reboucher les trous. Très concrètement, cela veut dire, d’une façon ou d’une autre, accroître les cotisations, diminuer les prestations ou faire des emprunts. Comme la diminution des dépenses est, on l’a vu, un problème aussi épineux qu’électoralement miné, on pourrait tenter de se rabattre sur l’augmentation des cotisations. Cela pose un souci grandissant : d’augmentation en augmentation, de tabassage social en bastonnade fiscale, le coût du travail en France est devenu tellement prohibitif qu’on pourrait se dire qu’il y a là une des raisons au chômage endémique dans le pays, et qu’il serait dangereux de l’augmenter encore. D’ailleurs, une récente étude (qui sera évidemment qualifiée d’ultra-néo-libérale, mensongère et caricaturale) du cabinet d’audit et de conseil BDO semble abonder en ce sens.
Fiscalité-sur-le-travail
Enfin, si on ne peut pas réellement diminuer les dépenses ni augmenter les cotisations, il va donc falloir se résoudre à emprunter ce qui manque. Or ça, on le comprend, ça ne peut durer qu’un temps. Financièrement parlant, la France est déjà en situation délicate et tout nouvel emprunt précarise encore un peu plus l’ensemble des institutions qui en croquent. Dans la bouche de Migaud, le président de la Cour des Comptes, cela se traduit par cette phrase :
« La permanence des déficits sociaux est pernicieuse. Elle ronge comme un poison à effet lent la légitimité même de notre système de Sécurité sociale. »
Et là, ce problème dépasse largement le cadre financier puisqu’il touche à l’idéologique. De plus en plus de personnes se demandent où passent les piscines, que dis-je, les montagnes entières d’argent englouties dans un système dont le service rendu ne cesse de décroître en qualité et en quantité. De plus en plus d’assurés commencent à comprendre, encore confusément mais tout de même, que les 157 milliards (oui oui, 157 milliards) d’euros de dette sociale accumulée jusqu’à présent pèsent avant tout sur ces générations futures dont on ne se gargarise exclusivement que lorsqu’il s’agit d’emmerder le consommateur-pollueur-payeur. Et ils commencent à comprendre qu’en fait de soins et de couverture sociale, les générations futures auront droit à un magnifique bras d’honneur laissé par cette tripotée d’adulescents incapables d’équilibrer un budget, mais très capables de se constituer de solides fortunes personnelles.
oh noesDès lors, comment s’étonner que, parmi cette foule grossissante de personnes voyant chaque mois la facture sous forme de cotisations sociales, certains individus choisissent, consciemment, d’arrêter les frais ? Comment ne pas comprendre que les trous constatés ne peuvent pas être suffisamment expliqués par une fraude qui démontre surtout les limites d’un système redistributif, sans contrôle, et depuis trop longtemps l’objet de manœuvre politiques et sociales ?
Combien de personnes ont, en effet, choisi de quitter qui le pays, qui le travail déclaré, qui les organismes sociaux étatiques, de façon légale ou pas, pour échapper enfin au sentiment de gâchis immense qui s’empare de celui qui, lucide, regarde la réalité en face ?
Les expatriés sont de plus en plus nombreux, et ce ne sont pas les plus oisifs qui partent. Le travail non déclaré, en pleine explosion, très délicat à traquer tant il se niche dans les plus petits recoins du quotidien, représente une fortune qui disparaît du radar social. Et ceux qui ont entamé, et réussi, les démarches pour quitter la Sécu et s’assurer auprès d’organismes privés (que ce soit les frontaliers ou, de façon grandissante, les professions libérales excédées des exactions du RSI) ferment la marche de cette génération qui en a eu assez de se faire spolier.
depressed cat - déficits
La Cour des Comptes peut bien, comme à son habitude, pointer du doigt les gabegies, gaspillages et problèmes structurels qu’il faudrait résoudre pour rétablir un peu de cohérence à l’ensemble. Elle peut bien espérer que ses conseils redonneraient quelques années à un système à bout de souffle. Mais la réalité est impitoyable, et tous les petits chatons mignons de ce billet n’y changeront rien : le système collectiviste d’assurance maladie empile les dettes, par nature. Par nature, il déconnecte ceux qui payent de ceux qui bénéficient et est donc voué à l’échec. Et par dessus le marché, comme tous les autres rapports, celui-ci sera lu, commenté, et aussi vite oublié.
Dès lors, aucun doute : ce système est foutu.

Encore un illettré?

Encore un illettré ?

  Il n’y a pas que les tranches d’impôts et les réformes forcément dites « de structure » dans la vie. Les petits tracas sont le lot de chacun. Le chef du parti socialiste, M. Cambadélis, par exemple vient d’être accusé par un journaliste de « Mediapart » d’avoir soutenu une thèse universitaire sans avoir tous les diplômes requis.  Ce qu’il dément en jugeant sobrement : «  C’est du très grand n’importe quoi ». On verra ce que l’avenir réserve à cette polémique. Mais elle fait déjà froid dans le dos tant elle témoigne de la cruauté de ce monde.  Avec les déficits qui s’aggravent, le chômage qui monte et les ministres qui fraudent, nous avons pourtant notre lot de soucis. Alors apprendre en plus que le parti au pouvoir est dirigé par un illettré, comme dirait M. Macron !

Du droit des peuples à s’illusionner eux-mêmes

Du droit des peuples à s’illusionner eux-mêmes

Forgé il y a un siècle pour justifier le démantèlement des Empires austro-hongrois et ottoman, consacré par la décolonisation, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes va-t-il trouver ses limites dans l’Europe du XXIe siècle ? Le Royaume Uni, pierre angulaire de la sécurité européenne depuis au moins un siècle, est menacé d’éclatement, et l’effet domino risque d’emporter une partie du continent. Or, c’est une utopie de croire que l’Europe pourrait devenir une série de micro-Etats homogènes sur les plans culturels et ethniques, qui commerceraient les uns avec les autres dans la paix et la sérénité. Le potentiel déstabilisateur d’une série de sécessions régionales ne doit pas être sous-estimé.
On peut gloser sur les responsabilités de cette impasse : la mondialisation qui favorise le réveil des identités et le repli sur soi ; Bruxelles qui a joué les petits Etats contre les gros et les régions contre les capitales ; les gouvernements nationaux qui n’ont pas su gérer les forces centrifuges ; les régions riches à l’identité culturelle forte qui ne veulent plus payer pour les moins bien loties. Tout cela s’explique.
Il reste que le moment est bien mal choisi pour remettre en cause l’ordre européen. Car le monde dans lequel nous vivons n’a probablement jamais été aussi dangereux depuis la fin des années 30. Entre une Russie en quête désespérée de sa puissance perdue, un Moyen-Orient proche du point de fusion, un Sahel en pleine déliquescence, comment l’Europe pourrait-elle imaginer baisser la garde et s’en sortir sans dommages ? Le fait que tout cela ne suscite pratiquement aucune réaction de nos gouvernants est préoccupant. Il ne reste plus qu’à s’en remettre à la sagesse des peuples, en espérant qu’ils choisiront la sécurité et la prospérité, et donc la liberté, contre l’égoïsme, le communautarisme et l’illusion.

Un périple autour du monde. Le douanier, ce héros

Parce qu’un con qui marche va toujours plus loin qu’un intellectuel assis, deux frères sont partis sur les routes depuis de longs mois, traversent les frontières, les villes et les campagnes à l’occasion d’un tour du monde à durée indéterminée, sans casques ni golden-parachutes. Au fil de leur voyage, ils livrent leurs impressions sur des expériences qui les ont marqués.
Aujourd’hui, leur regard s’arrête sur le rôle des douaniers. 
S’il est un personnage avec qui l’on ne peut faire sans pendant un tour du monde, c’est bien le douanier. Fidèle au poste, épaulettes lustrées, sa silhouette ne souffre aucun doute : il est temps de montrer patte blanche. Grâce à lui, le passage d’une frontière terrestre est systématiquement un moment particulier, une tradition attendue, redoutée pour certains, comiques pour d’autres.
Il y a de moins en moins à dire sur l’Europe. En ce qui nous concerne, les douanes italiennes et slovènes n’étaient déjà plus, à peine marquées d’une plaque commémorative ou d’un poste frontière à l’abandon. Que sont devenus ces fiers gardiens intra-Shengen ? Reclassés aux archives ?
Non loin de là, le douanier croate continuer d’œuvrer avec sérieux et se contente du traditionnel coup de tampon, 10 secondes top chrono. Le Bosniaque fait dans l’économie d’encre quand le Serbe sort les bottes et le révolver d’apparat, toujours dans un rôle de cow-boy tamponneur. Le Roumain, plus sérieux, demande si vous ne seriez pas à tout hasard en train de tenter de passer un produit illicite à vélo et vous croit sur paroles. Ouf ! Quel fin limier ! Le Moldave insiste pour savoir où vous habitez, précisément. Même si le village dont il n’entendra plus jamais parler ne correspond plus aux renseignements du passeport. Nouvelle leçon de douane : une fausse information vaut parfois mieux que pas d’information. Vous pouvez dire à peu près n’importe quoi à un douanier, il est rarement assez professionnel pour vérifier vos dires. Cette règle ne semble pas s’appliquer aux chauffeurs poids-lourds dont les véhicules forment systématiquement une longue file d’attente de plusieurs heures dans le meilleur des cas, et entraînant les coûts qu’on peut imaginer…
Le douanier de Transnistrie a vu en nos passeports deux bonnes raisons de prendre un peu sur son temps précieux et de nous questionner entre deux wagons, à l’abri des regards innocents. Ainsi, après nous avoir signalé que nous n’étions pas en règle en l’absence de tampon de sortie moldave (la Moldavie ne reconnaît pas cet État et considère que nous n’avons pas quitté le territoire…), il nous est demandé un « small present » pour récupérer nos papiers juste avant que le train reparte. Cinq euros seront nécessaires pour tuer dans l’œuf ce flux migratoire illégal. La Transnistrie remercie son héros.
En Russie, c’est un silence de mort qui accompagne la montée des agents tamponneurs dans un wagon, indiquant que la crainte de l’uniforme ne s’est pas effondrée avec le reste. Malgré leur contrôle rigoureux, notre fausse invitation pour rentrer en Russie ne les intéresse pas, ils espèrent sans doute attraper de plus gros poissons. En Mongolie, on ne transige pas avec la quarantaine. Il faut acheter un ticket au but incertain sous peine de ne pas revoir la couleur du passeport. Ou alors, la tentation de défier un douanier est plus forte que vous, et vous décidez de patienter 2h pour économiser 50 centimes, le temps qu’ils craquent. C’est parfois une question de principe. Cette règle est valable pour la plupart des pays d’Asie du sud-est, notamment Laos et Cambodge.
La frontière chinoise fut sans doute la plus éprouvante. Obligés de traverser en jeepdans un style plus proche du stock-car que de l’embouteillage, le passage au compte goutte nous fera perdre près de cinq heures pour scanner nos sacs. Tous les faux documents fournis à l’ambassade (attestation de travail, billets d’avion, preuves d’hébergement) ne sont en rien responsables de ces délais puisque rien n’a été vérifié. Il aurait pourtant suffi d’un coup de fil à n’importe quel hôtel mentionné ou plus simplement de lire pour voir que la signature de Barrack Obama ne correspondait pas au nom de mon supérieur, Gérard Bouchard.
Le douanier Viet est le plus « arrangeant » de tous. Il s’improvise banque d’échange de devises en un éclair, à un taux défiant toute concurrence. Il connaîtra du même coup le montant dont vous disposez, afin de régler les différents frais dont le calcul des charges reste à sa discrétion. Dans le doute, ne jamais avoir un seul centime en poche. Officiellement. Et faire semblant de ne pas comprendre les petits papiers plein de chiffres que l’on vous tend.
Enfin, il est une question commune à l’ensemble des douaniers : « pourquoi venez-vous chez nous ? » comme si la réponse conditionnait votre entrée sur le territoire alors qu’il est en train de parcourir votre « visa touristique ». Pour le logement, un nom d’hôtel bidon, voire un nom de ville au hasard suffit a priori à contrôler vos déplacements. Et l’Australie possède aussi des coutumes bien à elle.
Voici donc le rôle déterminant du douanier, que nous aurons vu berné par un simple chauffeur de bus chinois, dissimulant des téléphones portables sous le faux plancher, qui crée des files interminables de poids-lourds, ralentit les transports, entraînant des coûts dont tout le monde se passerait bien. Le gardien des frontières, premier rempart contre les invasions de toutes sortes, a-t-il un seul avantage ? Que gagne-t-on à voir nos passeports coloriés ? À devoir répondre aux questions les plus imbéciles ? À perdre des heures, des jours, à attendre qu’un tamponneur veuille bien accepter que nous poursuivions notre route ? Connait-on un seul trafic qui ait cessé grâce à ces héros en uniforme ?
Il y a plus d’un siècle, Bastiat avait déjà senti l’arnaque (et encore, en supposant le douanier honnête) :
Vraiment, je me demande comment il a pu entrer assez de bizarrerie dans nos cervelles pour nous déterminer à payer beaucoup de millions dans l’objet de détruire les obstacles naturels qui s’interposent entre la France et l’étranger (NDR : construction de routes, chemins de fer, ponts, etc.), et en même temps à payer beaucoup d’autres millions pour y substituer des obstacles artificiels qui ont exactement les mêmes effets, en sorte que, l’obstacle créé et l’obstacle détruit se neutralisant, les choses vont comme devant, et le résidu de l’opération est une double dépense.
Contre les envahisseurs, la France avait Maginot, le monde a ses douaniers.