TOUT EST DIT

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jeudi 18 septembre 2014

L’imputrescible déficit des comptes de la Sécurité sociale

Bon, pour l’État, c’est dit, on va avoir de l’action, de la réforme, du changement même, c’est Valls qui le dit, et Valls, il fait des trucs avec ses petits bras musclés agités de façon spasmodique aux tribunes républicaines, donc, c’est que c’est du solide : tiens, on va sucrer une tranche d’impôt (peut-être), ce qui va mécaniquement améliorer les finances du pays. Voilà. Ça, c’est fait. Maintenant, le problème de l’État français enfin résolu, il reste celui des déficits chroniques de la Sécurité Sociale. Ne vous inquiétez pas, le gouvernement va aussi s’en occuper.
Pour cela, il a été très très clair en se fixant des objectifs finement étudiés, comme celui d’équilibrer les comptes d’ici à la fin du mandat de François Hollande, en 2017. Et chacun s’est donc mis au travail, en retroussant son collier et en donnant un coup de manches (ou l’inverse, peu importe), afin de remettre un peu d’ordre dans le bazar fumant qu’avait laissé la méchante droite. Et petit à petit, les dettes ont disparu … Ah euh non, les nouveaux déficits ont seulement rétréci, diminuant de 7 milliards en 2011, puis 3.5 milliards en 2012 puis 3.1 en 2013, pour s’y établir à 16 milliards, ce qui représente tout de même une somme assez coquette par les temps qui courent, mes petits amis. Mais ne nous formalisons pas : ce qu’il faut retenir, c’est que s’ils continuent de s’empiler, ils s’empilent moins vite, dans la bonne humeur et l’huile de coude d’un gouvernement tout attelé à la tâche.
chaton youpi encore une mission réussie
Ah et puis zut, voilà que ces rabats-joie de la Cour des Comptes n’ont rien trouvé de mieux à faire que d’encore sortir l’un de ces épais rapports dont ils ont le secret et que personne ne lit. Flûte à la fin, alors que nous touchions au but et que régnait la sérénité que seule permet la certitude d’atteindre le but qu’on s’est fixé, poum, voilà le gouvernement tout embarrassé : avec l’inflation qui refuse de se redresser productivement, les comptes sont dans le rouge et ne font rien pour montrer leurs meilleurs atours. Et le pire n’est pas que ces comptes sont déficitaires (oh zut) encore une fois (oh zut) et au moins autant que l’année passée (oh zut), mais bien que, dans son rapport, la Cour estime que l’objectif fixé pour les dépenses d’assurance-maladie n’était pas assez rigoureux. Franchement, voilà qui est fort méchant pour un gouvernement (de combat) qui s’est tant donné pour arriver à ces résultats (grandioses) et qui se félicitait même de n’avoir cessé de faire ralentir la progression de la dépense en affichant toujours des déficits moins gros que leurs gargantuesques prévisions. Malheureusement, la Cour ne l’entend pas de cette oreille :
« Le taux de progression provisoire de l’ONDAM exécuté s’établit à ce stade en 2013 à +2,4%, comme celui annoncé en 2012 à la même période, ce qui traduit un coup d’arrêt dans le ralentissement des dépenses constatées ces dernières années. (…) Les dépenses d’assurance-maladie ont ainsi augmenté deux fois plus vite en 2013 que le PIB en valeur. »
C’est vraiment trop injuste. Non seulement l’inflation ne veut pas leur venir en aide, mais les dépenses continuent de croître plus vite que prévu, et plus vite que le PIB. Ce n’est vraiment pas la fotogouvernement.
pas rigoureux
Bon, soit, ce n’est pas totalement faux : le gouvernement actuel n’est pas entièrement responsable de la dérive constatée, qui est aussi le résultat de l’entêtement de tant de politiciens passés à maintenir le système en marche, par tous les moyens, et ce, quel qu’en soit le prix. En réalité, l’institution a, depuis longtemps, échappé à tout réel contrôle politique, et continue donc de faire du gras, dirigé par des organisations parasitaires syndicats tout-puissants qui entendent continuer à se servir la soupe tant qu’ils le pourront. Et lorsque la Cour des Comptes préconise quelques voies d’améliorations (au niveau des génériques, en modifiant la façon dont sont gérées les urgences, par exemple), tout le monde sait que la bataille qui devrait s’engager pour obtenir ces réformes est tellement dantesque qu’elle a épuisé, rien que d’y penser, les pauvres ministres qui se débattent déjà âprement dans les tourments d’une crise à laquelle ils ne comprennent plus rien depuis longtemps.
D’ailleurs, imaginez-vous vraiment ces braves bonshommes, rassemblant leur courage (à la pince à épiler) pour tenter de réduire les émoluments versés aux directions des cadres de la Sécu, dont on apprend qu’ils sont pourtant plus que roboratifs ou que leurs plafonds ne sont pas toujours respectés ? Non, vraiment, la lutte contre les déficits ne peut pas tout motiver, voyons…
cat facepalm
Et cette imputrescibilité des déficits constatés commence à provoquer des problèmes.
Bien sûr, il y a le petit souci qu’une fois les déficits constatés, il faut tout de même payer les personnels, rembourser les malades qui ont cotisé, et tenter de reboucher les trous. Très concrètement, cela veut dire, d’une façon ou d’une autre, accroître les cotisations, diminuer les prestations ou faire des emprunts. Comme la diminution des dépenses est, on l’a vu, un problème aussi épineux qu’électoralement miné, on pourrait tenter de se rabattre sur l’augmentation des cotisations. Cela pose un souci grandissant : d’augmentation en augmentation, de tabassage social en bastonnade fiscale, le coût du travail en France est devenu tellement prohibitif qu’on pourrait se dire qu’il y a là une des raisons au chômage endémique dans le pays, et qu’il serait dangereux de l’augmenter encore. D’ailleurs, une récente étude (qui sera évidemment qualifiée d’ultra-néo-libérale, mensongère et caricaturale) du cabinet d’audit et de conseil BDO semble abonder en ce sens.
Fiscalité-sur-le-travail
Enfin, si on ne peut pas réellement diminuer les dépenses ni augmenter les cotisations, il va donc falloir se résoudre à emprunter ce qui manque. Or ça, on le comprend, ça ne peut durer qu’un temps. Financièrement parlant, la France est déjà en situation délicate et tout nouvel emprunt précarise encore un peu plus l’ensemble des institutions qui en croquent. Dans la bouche de Migaud, le président de la Cour des Comptes, cela se traduit par cette phrase :
« La permanence des déficits sociaux est pernicieuse. Elle ronge comme un poison à effet lent la légitimité même de notre système de Sécurité sociale. »
Et là, ce problème dépasse largement le cadre financier puisqu’il touche à l’idéologique. De plus en plus de personnes se demandent où passent les piscines, que dis-je, les montagnes entières d’argent englouties dans un système dont le service rendu ne cesse de décroître en qualité et en quantité. De plus en plus d’assurés commencent à comprendre, encore confusément mais tout de même, que les 157 milliards (oui oui, 157 milliards) d’euros de dette sociale accumulée jusqu’à présent pèsent avant tout sur ces générations futures dont on ne se gargarise exclusivement que lorsqu’il s’agit d’emmerder le consommateur-pollueur-payeur. Et ils commencent à comprendre qu’en fait de soins et de couverture sociale, les générations futures auront droit à un magnifique bras d’honneur laissé par cette tripotée d’adulescents incapables d’équilibrer un budget, mais très capables de se constituer de solides fortunes personnelles.
oh noesDès lors, comment s’étonner que, parmi cette foule grossissante de personnes voyant chaque mois la facture sous forme de cotisations sociales, certains individus choisissent, consciemment, d’arrêter les frais ? Comment ne pas comprendre que les trous constatés ne peuvent pas être suffisamment expliqués par une fraude qui démontre surtout les limites d’un système redistributif, sans contrôle, et depuis trop longtemps l’objet de manœuvre politiques et sociales ?
Combien de personnes ont, en effet, choisi de quitter qui le pays, qui le travail déclaré, qui les organismes sociaux étatiques, de façon légale ou pas, pour échapper enfin au sentiment de gâchis immense qui s’empare de celui qui, lucide, regarde la réalité en face ?
Les expatriés sont de plus en plus nombreux, et ce ne sont pas les plus oisifs qui partent. Le travail non déclaré, en pleine explosion, très délicat à traquer tant il se niche dans les plus petits recoins du quotidien, représente une fortune qui disparaît du radar social. Et ceux qui ont entamé, et réussi, les démarches pour quitter la Sécu et s’assurer auprès d’organismes privés (que ce soit les frontaliers ou, de façon grandissante, les professions libérales excédées des exactions du RSI) ferment la marche de cette génération qui en a eu assez de se faire spolier.
depressed cat - déficits
La Cour des Comptes peut bien, comme à son habitude, pointer du doigt les gabegies, gaspillages et problèmes structurels qu’il faudrait résoudre pour rétablir un peu de cohérence à l’ensemble. Elle peut bien espérer que ses conseils redonneraient quelques années à un système à bout de souffle. Mais la réalité est impitoyable, et tous les petits chatons mignons de ce billet n’y changeront rien : le système collectiviste d’assurance maladie empile les dettes, par nature. Par nature, il déconnecte ceux qui payent de ceux qui bénéficient et est donc voué à l’échec. Et par dessus le marché, comme tous les autres rapports, celui-ci sera lu, commenté, et aussi vite oublié.
Dès lors, aucun doute : ce système est foutu.

lundi 11 août 2014

Le passé aussi appartient à l’État

La situation internationale est tendue. La situation intérieure l’est tout autant. Des manifestations, interdites, dégénèrent. Dans certaines cités, pudiquement appelées sensibles, les urgences ne se déplacent plus et, parfois, cela entraîne des conséquences fâcheuses. Heureusement, les autorités veillent, les douanes, notamment, sont sur le pont. Et un vigneron, archéologue amateur, va salement trinquer.
Oui, parce que s’il y a parfois, en France, des individus qui bénéficient d’une justice très clémente ou d’un vice de procédure commode, d’autres seront, eux, correctement pourchassés, traînés en justice et condamnés d’autant plus fermement que leurs exactions sont abominables et ne méritent aucune pitié de la part des pouvoirs publics et du peuple qu’ils représentent.
De ce point de vue, on ne peut qu’applaudir devant le fier travail de la douane française qui a permis de démanteler tout un réseau de trafiquants d’antiquités, réseau international composé de tout un dangereux viticulteur de la Marne et de l’intégralité de sa femme. Et les faits qui sont reprochés à cette bande criminelle sont particulièrement graves et répugnants : le tribunal correctionnel de Meaux a reconnu ce vigneron de 60 ans coupable d’avoir fouillé des terrains privés, certes avec l’autorisation des propriétaires, mais sans celle, impérative, officielle, indépassable et indispensable de l’État, puis d’y avoir trouvé des choses, puis d’en avoir pris possession et, pour certaines, de les avoir vendues contre de fortes sommes à deux ou trois zéros. L’amende douanière, aussi logique qu’implacable et minutieusement calculée, s’établit donc à 197.235 euros précisément pour ces abominables vols d’objets archéologiques.
Pour faire bonne mesure, cette sanction est assortie d’une peine de six mois d’emprisonnement avec sursis. Quant à son épouse, au départ poursuivie pour recel, elle a droit à une amende de 3500 euros pour complicité, ce qui lui fera réfléchir à deux fois à son mariage, tiens. S’ils avaient eu un fils, un chien et un canari qui passaient par là, soyez sûrs qu’ils auraient aussi pris cher. On ne défie pas ainsi la puissance de l’État sur son patrimoine archéologique sans se retrouver, un beau matin, avec les deux rotules pétées et deux ou trois doigts sectionnés. Notez que ce n’est rien de personnel, mais business is business et si l’État laisse faire, rapidement, la pratique de la prospection va s’installer et on risque de voir 45.000 personnes la pratiquer tous les ans. Ce serait horrible, comme de voir des châteaux ou des églises tomber en ruine.
douanes boba fett
Eh oui, on ne badine pas avec le patrimoine français, d’autant qu’ici, la volonté de nuire était évidente : le viticulteur — quel salaud ! — faisait ses recherches méthodiquement, précisément là où les archéologues et autres chercheurs dûment accrédités ne vont pas. Il profitait — quel fourbe ! — de l’expérience acquise auprès de son grand-père, probablement une autre pointure mafieuse dans le blanchiment d’argent et le trafic d’antiquités, et notre horrible individu s’était constitué — quel goujat ! — avec l’aide ancestrale et au cours des années, un véritable petit musée de plusieurs milliers de pièces diverses et variées qui n’auraient jamais été découvertes s’il n’avait pas pris la peine de sombrer dans sa coupable passion archéologique.
Heureusement, et pour peu que l’appel, interjeté par ce filou, n’aboutisse pas, cet archéologue amateur est à présent ruiné. C’est bien fait ! Depuis quand la République peut-elle ainsi tolérer que des gens exhument son passé, s’en emparent, l’entretiennent et le fassent vivre ? On commence comme ça et bientôt, on en vient à parler des racines celtiques, gallo-romaines, voire, pire que tout, chrétiennes de la France et là, c’est la porte ouverte aux heures les plus sombres de notre histoire ! Il était temps d’agir et grâce au remarquable travail de la douane qui a ainsi saisi quelques poignées de pièces anciennes, la France est maintenant un pays un peu plus sûr, un peu plus policé, un peu plus régulé.
C’est vraiment trop cool.
Et puis, savoir qu’il est formellement interdit d’aller, avec la seule permission des propriétaires, fouiller un terrain privé pour y trouver, éventuellement, une poignée de débris millénaires dont la large abondance enlève toute valeur réelle autre qu’historique, c’est indispensable. Là encore, on peut se demander depuis quand la République autoriserait-elle ainsi deux adultes consentants à contracter ensemble, sans y mettre un frein et des bornes strictes ? Laisser faire une telle chose, c’est s’assurer que le patrimoine sera exhumé par des gens qui y trouvent un intérêt, qui l’entretiennent sans limite, passion oblige. Ce serait le début de musées privés qui, comme chacun sait, sont à la fois impossible et tous pourris par le capitalisme galopant !
Compte-tenu de ces éléments, de Force Reste À La Loi et du principe que l’État C’est Plus Fort Que Toi, il n’y a donc aucune disproportion entre les faits et la sanction si l’on tient compte qu’il s’agit de faire un exemple et de frapper aussi fort que possible pour terroriser les citoyens au casier vierge, aux motivations bénignes et aux occupations sans danger pour autrui.
Depuis plusieurs années, l’État a entrepris d’être fort avec les faibles, et faible avec les forts. En effet, la condamnation appliquée est une amende douanière et ceci n’est pas un hasard : comme dans d’autres cas tout aussi iniques que j’avais précédemment exposés (le cas des bingos de dangereux retraités/mafiosi est symptomatique), la douane joue ici le bras lourdement armé de l’État, et applique encore une fois une totale démesure entre les faits et la sanction (200.000 euros, tout de même). Ceci montre que plus une administration est illégitime, plus elle s’éloigne de l’intérêt des citoyens et se rapproche de celui, très étroit et bien compris, de l’État seul, plus elle sera prête à utiliser un maximum de force pour que sa violence, aussi illégitime soit-elle, ne soit jamais diminuée ni remise en question.
customs no one is above suspicion
Quel meilleur moyen que celui choisi pour frapper les esprits, les faire paniquer et oublier les questions pourtant essentielles ici : où est la victime, où sont les dégâts ? L’État, celui qui n’a à l’évidence pas les moyens d’assurer les fouilles que des milliers de chercheurs passionnés entreprennent tous les ans ? Les archéologues patentés, diplômés, officiels et autorisés, ceux qui œuvrent sur les sites déclarés, et donc précisément pas ceux concernés par les fouilles de ces passionnés ? Les douaniers, qui ont peut-être besoin, avec ces amendes ridicules, de refaire le plein de la caisse de leur association sportive, en plus de leurs bingos illégaux mais jamais interdits ? Allez savoir.
On peut raisonnablement s’interroger sur la portée des actions de l’État lorsqu’il poursuit ce couple. En effet, en terme de pillage archéologique, ou bien l’État laisse les richesses dormir ou se perdre et n’en a absolument rien à faire (et n’a, de toute façon, absolument pas les moyens pour changer d’attitude), ou bien les récupère, par la force, des mains de ceux qui les ont découvertes, qui les entretiennent, et poursuit ces derniers vigoureusement pour avoir osé imaginer pouvoir faire le travail qui lui est normalement dévolu (mais qu’il s’empresse de ne surtout pas mener à bien). Si pillage il y a eu, c’est bien du fait de l’État, qui fait tout pour mettre la main sur les richesses du pays pour, sous prétexte de les préserver, s’en assurer la jouissance exclusive. Il faut se rendre à l’évidence : le passé appartient officiellement à l’État.
Je ne suis pas sûr que ce soit bon signe.

lundi 4 août 2014

2000 milliards de mille sabords, la dette continue de grossir

Bien que tout le monde s’affaire au foot ou aux vacances qui approchent à grands pas, c’est maintenant officiel : la dette de l’État et des administrations français est désormaisde 2000 milliards d’euros, après une joyeuse augmentation au premier trimestre 2014 de plus de 45 milliards. Jolie performance.
haddock.jpgPremier constat : l’augmentation de la dette est donc soutenue, et le rythme s’est accéléré ces derniers mois. Et lorsqu’on examine un peu la répartition du gâteau (ou, disons, de l’anti-gâteau, puisqu’il s’agit d’une dette), c’est l’État qui arrive en tête avec 43.3 milliards des 45.5 milliards d’augmentation (95%), les miettes étant laissées à la Sécurité Sociale. En somme, celui qui devrait faire le plus d’économies est celui qui contribue le plus à la dérive de la dette.
Deuxième constat : si on se focalise un peu sur le chiffre de 2000 milliards, c’est d’abord parce que, tombant bien rond (douze zéros, ça, c’est du score !), il attire l’attention et surtout parce que, grosso-modo, c’est le chiffre qu’on peut retenir pour le PIB français. Bon, certes, il est un peu supérieur ce qui permet encore d’affirmer que la dette française ne représente pas (encore) 100% du PIB, mais dans les grandes masses, cela permet de fixer les idées : le pays doit à ses créanciers ce qu’il produit en une année, peu ou prou.
Troisième constat : très clairement, le fait que la France ait, jusqu’à présent, bénéficié de taux bas sur le marché des emprunts d’État (par différents mécanismes dont un soutien plus ou moins caché de la BCE) a manifestement joué en défaveur de la dette elle-même. Tout se joue comme si on empruntait d’autant plus sur les marchés que de tels taux sentent la bonne affaire, et comme si nos gouvernants, en parfaits irresponsables, continuaient d’appuyer sur l’accélérateur au lieu de prudemment ralentir. De ce point de vue, on est en droit de se demander si ces taux bas ne sont pas plus une malédiction qu’autre chose, incitant à une dépense incontrôlée dont les fruits pourris devront bien être récoltés un jour ou l’autre…
haddock ritQuatrième constat : tout le monde s’en fiche ou à peu près, et l’annonce du dépassement de ce chiffre fort joufflu n’a semblé déclencher aucune panique nulle part. Bercy s’en fiche calmement. Montebourg s’en tamponne en agitant sa toison frisée dans la douce brise de juillet. Sapin s’en accommode fort bien en reprenant du poulet à la cantine. Ça en touche une à Hollande sans faire bouger l’autre, pendant qu’il regarde la télé, mollement accoudé à un fauteuil Louis XV. Quelques économistes, notamment libéraux, trouvent bien la situation préoccupante, mais comme on ne les écoute pas, leur petite poussée de stress n’entraîne aucune espèce de prise de conscience. Si tout ne va pas bien, rien ne va suffisamment mal de toutes façons pour justifier de courir à droite et à gauche et tenter des trucs, des machins, de vraies réformes et tout ça.
C’est tout de même un peu gênant.
dette en stockParce qu’au contraire de ce qu’on lit parfois sous la plume de communistes vasouillards ou de keynésiens détendus du déficit, cette dette existe bel et bien. Elle n’est pas le résultat d’un petit dérapage comptable. Elle n’est pas apparue, pouf, au détour du bois ces dernières années, et n’est pas non plus, quoi qu’ils puissent en penser, la résultante de méchants capitalistes qui feraient rien qu’à embêter les gouvernements français et les forcer, un flingue rhétorique sur la tempe, à emprunter toujours plus sur les marchés pour arriver à se payer le fix de moraline et de vivrensemble en dosettes faciles à distribuer dont ils ne peuvent plus se passer. Et non, elle n’est pas non plus la conséquence catastrophique de lafourbe loi de 1973, qui n’a strictement rien changé. Pas plus d’ailleurs que cette dette serait plus grave parce que la monnaie est maintenant européenne au lieu d’être strictement française : s’il semble évident qu’on doive à présent se trimballer une monnaie forte alors que nos gouvernants rêveraient de l’affaiblir sauvagement, cette monnaie nous amène aussi ces fameux taux bas, revers agréable sans lequel la messe aurait déjà été dite depuis un moment.
La réalité, c’est que cette dette existe bel et bien. Elle est la résultante logique de l’achat d’un niveau de vie donné, celui qu’on a observé en moyenne jusque dans les années 2000, et d’un modèle social particulièrement complexe, beaucoup trop protecteur et furieusement tourné vers lui-même. Or, ce modèle, ce niveau de vie, ces facilités ont en très grande partie été financés à crédit. À crédit, les retraites de la génération d’après-guerre, puis de mai 68. À crédit, la myriade d’administrations et son personnel pléthorique. À crédit, la paix sociale à coup de 35 heures, de RTT, de protection chômage, de congés payés, d’avantages plus ou moins élevés dans des douzaines de domaines. À crédit, la paix dans les quartiers. À crédit, toutes les opérations militaires à droite et à gauche. Bref, à crédit ce qui a maintenu les Français dans l’illusion que leur pays était encore une puissance majeure, pouvant décider du sort du monde, pendant que la Chine, le Brésil, l’Inde ou la Russie grandissaient…
Et tout ce crédit, tout cet achat de niveau de vie passé, il va falloir le payer, dans un futur de plus en plus proche.
Or, où est donc la rigueur budgétaire qui présiderait à un remboursement, à une diminution de la dette et des contraintes qu’elle fait peser sur l’économie et la politique française ? Si la dette augmente autant, où est donc l’austérité qu’on honnit très fort ? Serait-on en train de pressurer toujours un peu plus nos concitoyens à défaut de faire, justement, les nécessaires économies ? NoOon, ce serait franchement étonnant ! Puisqu’on vous dit que l’austérité est là, c’est que cela doit bien se traduire concrètement par des baisses de dépenses quelque part, non ? Ben non. Les faits sont là, têtus : 45,5 milliards d’euros de dette supplémentaire. La dette refuse de s’envoler.
(Sparadrap de Haddock) Saleté de nom d'une pipe de truc qui ne veut pas partir !
Et le pire est que cette dette a augmenté quel que soit le bord de l’exécutif, avec des poussées d’accélérations tant à droite (merci Sarkozy) qu’à gauche (merci Hollande). Grâce (ou à cause, selon le point de vue) d’une joyeuse décentralisation du pouvoir (dans les administrations locales), on a dilué les dépenses à toutes les strates de l’État (national, local), ce qui a dilué d’autant les responsabilités. La dette, fléau national, n’est maintenant plus la faute de personne, ne dépend plus de personne, et personne ne voudra bien sûr la rembourser.
haddock ca suffitCe qui va se traduire de façon simple : elle va continuer à grimper (et dépasser les 100% du PIB). On ne change pas une formule qui perd. Comme ce n’est la faute de personne, personne ne s’en inquiétera. Petit à petit, parce que le reste du monde ne pourra pas continuellement s’adapter aux caprices français, les taux augmenteront et le poids de la dette s’aggravera, probablement au point où le budget opérationnel de l’État sera nul. Il n’y aura plus un kopeck pour payer les salaires, les retraites, les indemnités, les aides, les allocations.
Et à ce moment là, il n’y aura pas 36 solutions. Dans un savant panachage des éléments suivants, l’État sauvera sa peau en vendant celle du peuple.
Les promesses de l’État n’engageant personne, pas même lui, il mettra les retraites à la poubelle  (ou disons, les retardera, les réduira, les posera sous conditions et fera tout pour sortir le maximum de personnes du système). Futurs retraités, ne comptez pas sur l’État français.
Parallèlement, il y aura, inévitablement, un défaut sur une partie de la dette. Les créanciers pleureront. Ceux qui n’avaient pas fait leurs « due diligences » un peu plus fort, parce que ce seront, majoritairement, des Français eux-mêmes.
Une autre partie de la dette sera remboursée, mais par un chyprage dodu : un matin, les banques couperont un joli pourcentage de vos avoirs en banque, assurance-vie, épargne diverse, et vogue la galère. Comment ça, c’est du vol ? Allons. On appellera ça « impôt exceptionnel » et ça ira très bien.
Enfin, une bonne dose d’inflation là-dessus achèvera la dette restante lorsque la monnaie sera exactement aussi faible que ce que souhaitent nos politiciens, en donnant l’occasion aux uns et aux autres de sortir des brouettes pour aller acheter le pain, ou, plus pragmatiquement, d’utiliser la notation scientifique pour les avoirs restant dans les comptes en banque.
De même qu’il est évident que la dette dépassera les 2000 milliards puis les 100% de PIB, la question n’est donc pas de savoir si ces scénarios prendront corps, mais seulement de savoir quand et quelle forme prendra le panachage.


À vos pronostics.
 

Un système à bout de souffle

La France, c’est ce pays merveilleux où le temps est clément, les nourritures roboratives et les vins capiteux. C’est cette contrée magique des 35 heures et des RTT, des cinq semaines de congés payés et de la retraite à 60 62 64 65 ans. C’est cette fabuleuse région du monde où tout finit en chansons. D’ailleurs, c’est bien simple : tout le reste du monde envie ce pays, notamment son système de sécurité sociale…
Pourtant, il choisit prudemment de ne surtout pas le copier.
mst smallD’aucuns pourraient trouver ça étrange, mais pour le coup, l’élite française a la réponse évidente à ce paradoxe factice : ce qui marche en France ne pourrait marcher ailleurs, parce que les Français ont un petit quelque chose, un je-ne-sais-quoi qui donne au système sa cohérence et permet la tendresse de tous ses participants, du premier cotisant au dernier des malades en passant par les personnels de soin, les administratifs et, bien sûr, Marisol Touraine sur laquelle il est bon de taper parfois parce que si vous ne savez pas pourquoi, elle, le sait.
Mais les faits sont têtus et indiquent d’autres raisons. Le je-ne-sais-quoi ressemble même, lorsqu’on sort des frontières, à un petit je-ne-sais-rien qui fleure bon le lavage de cerveau, obtenu par répétition inlassable d’un mantra accepté par tous, à savoir que sans ce système que nous connaissons, nous aurions :
a/ des pauvres qui ne pourraient pas s’assurer
b/ des gens qui mourraient dans les rues
c/ des riches qui auraient une super couverture santé
d/ des médicaments forcément inabordables, des docteurs aux prix prohibitifs, des soins minimalistes ou luxueux
e/ des morts de petit cheval et de chatons mignons par packs de douze.
Pourtant, lorsqu’on compare avec les autres systèmes du reste du monde, on se rend compte qu’il existe mieux ailleurs, sur tous les points de vue. Par exemple, en terme d’espérance de vie, la France est dépassée par plusieurs pays (Singapour, Hong Kong, l’Australie, Israël, le Japon, l’Espagne, l’Italie, la Suède ou la Suisse). Pour ce qui est du coût, on retrouve beaucoup de ces mêmes pays à faire mieux que la France (c’en est même quasiment comique pour les habitants de Hong Kong, qui dépensent un tiers seulement de ce que dépensent les Français pour leur couverture santé, et vivent presque deux ans de plus).
secu depenses prot sociale pibLe plus gênant dans tout ceci est que si les coûts diminuaient régulièrement, le cotisant accepterait sans doute ces différences. Après tout, tout le monde ne veut et ne peut pas vivre à Hong Kong, ne serait-ce que parce qu’ils n’ont aucun cru classé (et je n’évoque même pas le fromage local, c’est une plaisanterie). Malheureusement, les coûts de la protection sociale française ne cessent de grimper.
Ces coûts qui grimpent ont une conséquence directe : certains Français renoncent à obtenir des soins pour des raisons financières. Et actuellement, la proportion des Français faisant ce choix grimpe à 25.7% (avec en tête les soins dentaires – la prothèse de plusieurs milliers d’euros remboursée une centaine doit nettement refroidir certains – et l’optique).
Parallèlement, si certains patients, n’ayant plus les moyens de bénéficier de ce système que le monde nous envie, renoncent à s’y faire soigner, on constate que certains docteurs renoncent quant à eux à donner certains soins. Un quart des patients bénéficiant de la CMU se voit ainsi refuser des rendez-vous avec les praticiens…
etat de sante RSAOn pourrait trouver cela gênant d’autant plus que ce sont précisément dans les populations les plus pauvres que les besoins de soins sont les plus grands.
Tout ceci est fort peu réjouissant, j’en conviens. Mais rassurez-vous : ce n’est pas fini puisqu’on apprend qu’à ces écarts de plus en plus grands entre la médecine de riches et la médecine de pauvres s’ajoute un déficit maintenant récurrent, et plus fort que prévu.
Devant ces éléments, quelques questions me turlupinent.
D’abord, où sont passés les déficits cumulés depuis des années ? Il n’y a en effet pas plus de scanners, pas plus d’IRM en France qui permettraient d’accepter qu’on a fait des dettes pour s’équiper. Or, par tête de pipe, la France se situe entre le Portugal et la Turquie pour l’imagerie médicale (les pays avec le plus de matériel étant le Japon, les USA et l’Italie). Le temps d’attente pour passer en IRM n’arrête pas d’augmenter, tout comme les files s’allongent aux urgences. Or, poser le bon diagnostic, en un temps rapide, c’est aussi gagner en efficacité de traitement et faire baisser les coûts de santé. Les médecins ne sont pas assez nombreux, pas assez bien localisés, pas assez jeunes ; on en importe, mais ils ne sont pas assez bien diplômés, pas assez fiables (le peuple a droit à des médecins qui sont propres sur eux, pas louches, qui parlent sans accent !), bref pas assez Français.
Ensuite, comment expliquer que les effectifs de la fonction hospitalière n’ont pas arrêté de croître ces quinze dernières années, passant de 873.000 en 1998 à 1.153.000 en 2012 alors que la qualité de soins fournie et la disponibilité des personnels n’a pas arrêté, elle, de chuter ? Peut-être les déficits sont-ils expliqués par ces effectifs… Mais avouez que s’endetter pour payer les salaires, ce n’est pas très rassurant. Et quand bien même : la population (et donc a fortiori, le nombre de malades) n’a pas augmenté en France dans les mêmes proportions sur la même durée…
Enfin, comment expliquer qu’on accroît sans cesse le nombre de personnes qui bénéficient de la couverture alors que dans le même temps, le nombre de contributeurs nets n’a pas cessé de diminuer (vieillissement, chômage, …) ?
Sécurité sociale
En réalité, on ne l’explique pas. Personne n’essaye même vraiment de trouver une raison à la croissance des déficits, si ce n’est les explications faciles et idiotes des collectivistes de gauche (« c’est parce que les rentrées sont trop faibles, demandons plus aux entreprises ! ») ou des collectivistes de droite (« c’est parce que les sorties sont trop fortes, distribuons moins aux immigrés ! »), sans que personne ne s’inquiète pourtant de voir ce qui est évident : il n’y a aucun lien entre ceux qui payent les soins et ceux qui en bénéficient, dans un système qui incite alors les premiers à tout faire pour diminuer leur apport, et les seconds à maximiser les services obtenus, sans que les uns soient jamais mis en rapport avec les autres.
Mathématiquement, c’est donc un système voué à l’échec et c’est cet échec auquel nous assistons actuellement.
Mais à cet échec financier s’ajoute un échec moral. Non seulement, la promesse d’une santé disponible à tous n’est pas tenue, non seulement le mythe de la santé gratuite ou même « bon marché » est largement oublié, mais en plus la promesse d’une qualité égale pour tous ne l’est pas non plus, loin s’en faut. La médecine française est maintenant à deux, trois ou quatre vitesses, séparant durablement les pauvres, qui n’ont pas toujours accès aux soins et aux prestations minimales voire bas-de-gamme, et de l’autre, les couches plus aisées voire riches qui, par réseau et petites combines, parviennent à trouver encore leur compte dans ce système inique, résultat pourtant prévisible d’une collectivisation délétère et d’une déresponsabilisation générale.
Le système français empile les dysfonctionnements, il n’apporte plus ni la qualité qu’on serait en droit d’attendre pour les sommes engouffrées, ni même l’égalité sur laquelle, pourtant, il est entièrement bâti.
Pourtant, ce ne sont ni les personnels dévoués, ni les équipementiers de pointe, ni les laboratoires innovants, ni les médecins compétents qui manquent. Ce ne sont pas les moyens financiers non plus puisque, on l’a vu, avec moins d’argent, on peut faire largement mieux et diminuer la charge sur les Français aurait le double bénéfice de leur redonner des marges de manœuvres et de pouvoir d’achat, et par voie de conséquence, de leur améliorer sensiblement la santé.
Le système est à bout de souffle, ce souffle dont on fait les utopies, ces utopies d’égalité et de déresponsabilisation, ces utopies de politiciens qui n’ont jamais eu le courage d’affronter la réalité.
Ce pays est foutu.

lundi 4 novembre 2013

Quelle horreur, la déflation continue !


Les nouvelles économiques, on le sait, ne sont pas bonnes. Au niveau français, le gouvernement semble tout faire pour accroître la confusion et la misère, avec une assez bonne réussite. Au niveau européen, les différentes institutions, même avec l’inertie qui les caractérise, sont obligées d’admettre que la situation n’est pas joyeuse. Mais là où on sait qu’elle est en train de prendre un tournant vraiment croquignolet, c’est lorsqu’un type comme Dominique Strauss-Kahn en vient à l’annoncer publiquement.
Entendons-nous bien : je ne suis pas en train d’expliquer ici que Dominique serait subitement parvenu à un niveau de compréhension tel de l’économie qu’on puisse affirmer que ses déclarations ont pris une valeur. Mais il faut remarquer qu’un keynésien en diable comme lui, toujours partant pour aller claquer du pognon en inutiles et dispendieuses relances, qui annonce que, finalement, ça ne le fait pas trop, cela change franchement du crin-crin habituel de ses amis politiciens et économistes.
En effet, lors d’une conférence à Séoul (il faut bien gagner sa vie, hein), l’ex-ministre socialiste, ex-patron du FMI, ex-inculpé du Carlton, ex-inculpé du Sofitel, ex de Anne Sinclair, a délivré un réquisitoire cinglant contre la stratégie de l’Eurozone qui mène, selon lui, le Vieux Continent tout droit à un « cauchemar » :
« La faible croissance va conduire à des troubles sociaux, puis à des menaces contre la démocratie. Concernant les timides signaux favorables en Europe, personne ne peut croire à cette image rose bonbon. Nous allons avoir une faible croissance qui ne crée pas d’emplois, pendant de longues années, jusqu’à ce que cela crée des problèmes sociaux et politiques. (Les dirigeants européens) se cachent tous derrière la BCE pour camoufler leur inaction. »
Je ne peux pas dire, à proprement parler, que c’est faux. Sa conclusion (à savoir que tout est en train de partir en sucette) est même globalement correcte. Cependant, elle est assise sur des prémisses bidons, comme par exemple, que l’austérité serait en place (la bonne blague), et que les États européens se bousculeraient tous pour faire des coupes drastiques dans leurs dépenses (ah oui ?), et que cette méchanceté budgétaire se traduirait par l’horreur économique et sociale qu’on observe actuellement, pour aboutir à la catastrophe prédite par ce sacré Dominique.
La réalité factuelle, qui ne correspond pas des masses à ce qu’on entend dans les médias mainstream, est évidemment ni rose bonbon, ni similaire aux prémisses implicites du bon vieux Dominique. L’austérité (qui marche lorsqu’elle est vraiment appliquée) n’a pas été mise en place, les dépenses ont continué de plus belle, les relances keynésiennes débiles et forcenées n’ont absolument rien changé au problème initial et la situation est, maintenant, effectivement pire qu’elle ne l’était au début de la crise en 2008.
Ce qui explique d’ailleurs les tourments dans lesquels sont à présent plongés les dirigeants européens à commencer par Mario Draghi, le patron de la BCE dont la prochaine réunion, ce jeudi 14 novembre, devra l’amener à quelques déclarations au sujet de l’inflation, du chômage et de l’euro. Eh oui ! Malgré les différentes opérations menées par la banque centrale et les vigoureuses manipulations de la monnaie auxquelles se sont livrés nos alchimistes économiques, pouf, rien n’a marché comme prévu : l’euro est une monnaie trop forte (ce qui amène un peu d’eau dans les yeux du teckel épileptique montebourgeois) et surtout, la déflation continue de s’installer.
DeflationEt comme j’en vois qui continuent d’être un peu confus devant la bataille que se livrent actuellement les tenants de l’inflation et ceux de la déflation, revenons un peu sur les bases. D’un côté, il est difficile de camoufler les multiples bidouillages qui ont eu lieu, tant côté BCE que côté Fed, et qui visent tous à créer de la monnaie. Cette création a pour but, dans certains cas, de favoriser la liquidité, et dans d’autre, de favoriser une inflation modérée qui est, dans la doxa actuelle, nécessaire pour que tout le monde se porte mieux : les prix montent, les salaires montent, les cours de bourse montent, et psychologiquement, ça inciterait les gens à dépenser. En pratique, on a surtout observé que les sommes ainsi créées s’enfuyaient rapidement vers la bourse et, dans une moindre mesure, l’immobilier (qui recommence à monter doucement aux États-Unis, par exemple). En outre, les pays émergents, aux dernières loges de cette création monétaire, subissent indirectement cette hausse des prix (bon, je passe sur les cas des pays socialistes à la mode chaviste, qui, eux, se prennent en plus les délires monétaires de leurs dirigeants, accroissant ainsi la folie haussière).
Pendant ce temps, les individus qui ont deux sous de bon sens comprennent intuitivement que la litanie des plans sociaux, le chômage qui touche de plus en plus de monde, les perspectives globales médiocres et, surtout, le fait que les dettes s’entassent au lieu de se résorber, tout cela ne peut pas favoriser, à long terme, une reprise économique. Dès lors, il n’est pas étonnant de constater que les uns et les autres ont une tendance manifeste à thésauriser, d’une façon ou d’une autre, et à remettre autant que possible les achats non indispensables à plus tard.
La bataille entre l’inflation et la déflation fait donc rage actuellement. Je vous invite à relire ce précédent billet qui remet l’ensemble des acteurs en perspective et dont les explications sont encore valables actuellement.
Phénomène intéressant lorsqu’on parle déflation, les analystes keynésiens sortent du bois, ce qui donne lieu à des articles assez croustillants de la part d’une Agence Fausse Presse toujours aussi affûtée. Parce que, comprenez-vous, lorsqu’une déflation s’installe, c’est l’horreur : face à des prix qui baissent, le consommateur diffère ses achats, dans l’espoir de payer encore moins cher demain sa voiture, son canapé, son appartement. C’est horrible, que voulez-vous. Notez que pour le sandwich ou le carré de bœuf, c’est un peu moins vrai : il semble que la déflation ne porte finalement pas trop sur les patates et plus sur les biens … pas indispensables. Dont, d’ailleurs, on finit par voir qu’ils sont toujours achetés. Juste plus tard (après tout, une voiture finit un jour ou l’autre par tomber en panne fatale et nécessiter son remplacement). Peut-être un fait intéressant se cache-t-il dans cette observation ?
Allons. Tout le monde sait que la déflation, cela veut dire des commandes aux entreprises qui baissent, ces dernières qui réduisent leur production, voire les salaires, ou pire, qui licencient, ce qui paralyse encore davantage les ménages, et enclenche évidemment un cercle vicieux dont on ne sort que lorsque tout le monde est au chômage et que plus personne ne consomme.
Comment ça, c’est idiot ? La déflation, ce ne serait pas toujours tout mauvais ?
Ben non. La déflation, c’est, aussi, le retour à la normale, c’est-à-dire le retour à un monde où les gens sont tenus de mettre de côté avant de pouvoir acheter au lieu d’en passer toujours par le crédit. C’est un monde où les individus planifient pour leurs dépenses futures, font attention à leurs dépenses courantes. C’est un monde où la préférence pour l’épargne est supérieure à la préférence pour le crédit. C’est, horreur des horreurs, un monde où le capital peut se constituer par accumulation de richesses produites et non par des jeux financiers plus ou moins opaques. C’est un monde qui incite à la disparition du crédit… et de la dette.
dépoussiérer le dollar - pawel-kuczynskiLa déflation, intrinsèquement, c’est la façon dont les économies françaises et anglaises ont fonctionné pendant tout le 19ème siècle, qui aura laissé une trace abominable de développement scientifique, technique et humain dont beaucoup rêvent encore. C’est aussi, logiquement, la disparition des politiques de dépenses keynésiennes, et, par voie de conséquence, la fin des dispendieuses distributions d’argent des générations futures sur lesquelles ont pornographiquement prospéré tous nos politiciens sur les 100 dernières années.
On comprend l’horreur que cette déflation peut représenter aux yeux des dirigeants actuels.
Maintenant, il ne faut pas se bercer d’illusions : d’une part, ce n’est pas parce qu’on est en déflation depuis un moment que l’inflation ne viendra pas, jamais. Et ce jour-là, absolument rien n’indique que nos banquiers et nos politiciens seront capables de la contrôler (et l’historique navrant des uns et des autres laisse plutôt supposer le contraire). D’autre part, tout retour à la réalité, qu’il soit fait par le truchement d’une déflation ou d’une hyperinflation carabinée, sera extrêmement douloureux. On ne vit pas plusieurs décennies dans le rêve rose d’un socialisme redistributeur aux frais des générations futures sans en payer un jour le prix.
Et le jour où la facture tombera, elle fera mal.