TOUT EST DIT

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dimanche 7 septembre 2014

Jean-Pierre Le Goff : «Scandales, révélations... Nous assistons au spectacle de l'insignifiance»

Dans quelle mesure le livre de Valérie Trierweiler dégrade-t-il la politique?

Jean-Pierre Le Goff : Ce livre n'est pas seulement le déballage et la revanche d'une femme humiliée. L'auteur du livre a participé aux côtés du Président de la République aux cérémonies officielles ; elle a occupé pendant quelque temps une fonction à l'Élysée qui dépasse sa personne privée. Ce livre dévoile et met en question les comportements du chef de l'État qui n'est pas un individu comme tout le monde, mais il incarne et représente le pays à travers sa fonction. Qu'ils le veuillent ou non, les deux protagonistes ont un statut particulier qui les distingue des citoyens ordinaires. C'est cette dimension symbolique essentielle à la représentation qui est déniée quand on veut en faire une simple affaire privée de règlement de comptes au sein d'un couple qui s'est séparé, comme on en voit beaucoup aujourd'hui. Ce déni et l'irresponsabilité politique qui l'accompagne sont symptomatiques d'un individualisme nouveau en politique pour qui le rapport à l'institution, les contraintes et les sacrifices qu'implique le service de l'État et du pays ne vont plus de soi. Après la publication des photos de l'escapade de François Hollande à scooter dans Closer, la publication de ce livre est un nouveau coup porté à l'autorité politique, au plus haut sommet de l'État, dans un moment particulièrement critique marqué par une crise politique et l'impuissance face au chômage de masse, sans compter les effets délétères sur l'image de la France dans le monde.
La proximité qu'affichent les politiques avec «les vrais gens» n'est-elle pas la cause profonde de ce genre d'événements?
Jean-Pierre Le Goff : Cet événement s'inscrit dans un processus d'érosion de la dimension transcendante de l'État et de dévalorisation de la représentation politique auquel les hommes politiques ont participé. Ils portent une responsabilité particulière, à gauche comme à droite, dans la mesure où beaucoup ont voulu donner à tout prix une image d'eux-mêmes qui soit celle de tout un chacun. Après les années gaulliennes et ce qu'on a appelé la «monarchie républicaine», le rapprochement entre l'État et la société a marqué une nouvelle étape démocratique. Les présidences de Georges Pompidou et de Valéry Giscard, d'Estaing puis celles de Mitterrand et de Chirac ont développé un nouveau lien entre gouvernants et gouvernés, tout en maintenant, tant bien que mal, la distance nécessaire. Mais très vite, avec le déclin du sens historique et de l'institution, beaucoup d'hommes politiques ont fait du surf sur les évolutions sociétales problématiques en espérant en tirer quelques profits électoraux. Dès les années 1980-1990, on a vu apparaître sur les plateaux de télévision le mélange des genres entre des animateurs de télévision plus ou moins drôles, des personnalités du show-biz et des politiques cherchant une notoriété à bon compte, au risque de l'insignifiance et du ridicule. Certains hommes politiques se sont mis à la chansonnette, racontant leur vie ou faisant visiter par le menu leur appartement devant les caméras. À la même époque, les premières émissions de déballage psychologique en direct ont vu le jour, avec une nouvelle catégorie d'animateurs-psychologues au style décontracté. Les chaines du service public ont suivi.
La campagne de 2007 fut une étape décisive?
La campagne présidentielle de 2007 a franchi une nouvelle étape en faisant apparaître une génération d'hommes et de femmes politiques élevés et éduqués dans une nouvelle époque marquée par l'érosion des repères symboliques de l'autorité et l'«ère du vide» des années 1980. Cette génération a poussé plus loin la volonté d'être à tout prix «proche des vrais gens», en faisant valoir le thème de la souffrance et une subjectivité quelque peu débridée dans le domaine sentimental comme dans les autres. Durant la campagne pour l'élection à la plus haute fonction de l'État, les démêlés sentimentaux de Nicolas Sarkozy et ceux de Ségolène Royal ont donné lieu à un feuilleton politico-médiatique comme on n'en avait encore jamais vu. Dans l'émission de télévision «Saga», la candidate a demandé François Hollande en mariage, sans du reste que le principal intéressé ait été mis préalablement au courant. En pleine soirée électorale du second tour des législatives, la «séparation du couple Hollande-Royal» a constitué un «événement» que les journalistes ont cru bon de mettre en avant face à des hommes politiques traditionnels visiblement décontenancés. Quelques années plus tard, en 2008, on assistera à une opération semblable dans un autre domaine, quand Raymond Domenech tentera de masquer sa responsabilité dans l'échec de l'équipe de France de Football, en faisant sa demande en mariage en direct à la télévision. Le nouveau style politique s'est développé dans les années suivantes avec un ministre de l'intérieur qui reçoit torse nu des journalistes en pratiquant des jugements à l'emporte pièce sur ses «amis» politiques, un président de la République qui grimpe les marches de l'Élysée en tenue de jogger, déclare tout bonnement qu'«avec Clara, c'est du sérieux», ou encore un président qui se veut «normal» en prenant le train comme tout le monde, trompant sa compagne et s'éclipsant discrètement de l'Élysée à scooter pour retrouver sa nouvelle conquête… La «normalité» s'étend désormais au nouvel état des mœurs.
À force de se présenter comme des hommes ordinaires, les femmes et les hommes politiques dévalorisent eux-mêmes leur rôle et leur fonction. Le discours politique officiel tend désormais à s'aligner sur un «franc parler» qui fait fi de la syntaxe ; on parle mal mais comme tout le monde ; les femmes et les hommes politiques font volontiers la bise et appellent chacun par son prénom. Nous sommes arrivés au paroxysme de cette évolution.
Quel rôle joue l'information continue et les réseaux sociaux dans ce bouleversement?
Jean-Pierre Le Goff : Ils y participent pleinement et l'accélèrent en lui donnant un plus large écho, créant une sorte de bulle médiatique et communicationnelle au sein de laquelle les individus et les politiques peuvent perdre le sens du réel, s'enfermer dans un entre soi coupé d'une bonne partie de la société, avec l'illusion de peser sur les événements et la réalité quand on les a beaucoup commentés et que l'on a exprimé son «ressenti». Là aussi, les politiques ont une responsabilité particulière quand ils cherchent à se faire valoir dans les médias par quelques formules chocs ou quand ils twittent à la moindre occasion. Quand on en arrive à interdire l'usage des smartphones lors des conseils des ministres, on ne peut s'empêcher de penser aux classes turbulentes d'adolescents avec leur portables que les enseignants confisquent pendant les cours… Comme les nouvelles technologies de l'information, les évolutions des mentalités et des comportement s'accélèrent: l'important est d'en être et d'apparaître à tout prix moderne, au risque de faire basculer la politique vers la «peopolisation» et le spectacle de l'insignifiance, au moment même où la crise s'aggrave et où les foyers de guerre se développent dans le monde. Le modernisme à tout prix est aussi une «politique de l'autruche».
En quoi publication du livre Valérie Trierweiler est elle révélatrice d'un certain état de la société?
Jean-Pierre Le Goff : Cette nouvelle «affaire» est en même temps révélatrice d'un éthos dégradé et du désarroi d'une partie de la société. Elle révèle un nouvel individualisme autocentré qui a le plus grand mal à s'oublier, à contenir et à transcender ses affects, pour se consacrer à une fonction ou une œuvre impliquant engagement dans la durée, dévouement et sacrifices. Les déchirements de l'ancien couple présidentiel et les aventures amoureuses d'un président en scooter reflètent une situation qui paraît banale, à l'heure des «liaisons extraconjugales» et des familles dite «recomposées», alors qu'elles sont décomposées et donnent lieu à de multiples conflits et déchirements dont les enfants sont les premières victimes. Les rapports amoureux sont marqués par ce narcissisme pour qui l'amour est synonyme d'une état fusionnel permanent qui, à la moindre déception ou contradiction, peut se retourner en ressentiment ou en haine. L'érosion globale du mariage, avec ce qu'il implique d'engagement public dans la durée aux yeux des autres, est pareillement symptomatique du développement d'une mentalité adolescente ou post-adolescente pour qui la liberté signifie refus de la limite, maintien de choix en suspens. En tout cas, le non mariage offre l'avantage d'un engagement temporaire et révisable, incluant la possibilité d'une infidélité qui peut paraître banale, alors qu'il n'en est rien. Toute une presse people, féministe et psychologique, s'en délecte et en tire profit.
L'éditeur a prévu un tirage exceptionnel d'un livre dont la promotion médiatique est assurée d'avance, à l'heure d'un désir de «transparence» à tout prix qui fait sauter les barrières entre vie publique et vie privée, et pratique la délation. Le spectacle télévisuel, y compris sur les chaînes publiques, la «télé-réalité», internet et les selfies mettent en scène des individus narcissiques qui n'hésitent pas à afficher leurs aventures amoureuses et des «secrets d'alcôve» qui relevaient antérieurement d'une littérature de gare. Le grand déballage médiatique du couple Trierweiler/Hollande a les allures d'un mauvais feuilleton ou d'une série de télévision qui n'en finit pas, chaque nouvel épisode voyant ses antihéros s'enfoncer un peu plus dans le méli-mélo et le règlement de compte.
Sommes nous, selon vous, au terme d'un cycle politique?
Jean-Pierre Le Goff : Une partie de la société a déserté mentalement le champ politique et ce qu'on appelle l' «affaire Trierweiler» creuse en peu plus le fossé avec une partie de la classe politique et médiatique qui vit dans un monde à part, en ayant tendance à se prendre pour le centre du monde. Au sein de la société, existe un phénomène de «ras le bol» et de rejet de cette surmédiatisation et de ce milieu qui vit un circuit fermé. L'effet de résonnance médiatique ne saurait faire oublier les forces vives du pays qui demeurent ancrés dans le réel, se passionnent pour leur activité, ont le souci des autres et de leur pays. C'est de ce côté-là que résident le renouveau et non du côté des «m'as-tu vu» qui étalent leur image et leur rancœur à tout va.
On ne saurait désespérer de la politique dans un pays qui est le fruit d'une longue histoire marquée par l'attachement à la puissance publique et à la capacité de la politique à changer le cours des choses. Mais encore faut-il que les politiques cessent de flirter avec un nouvel air du temps problématique et une «réactivité» à tout crin. Le pays disposent encore d'hommes et de femmes politiques qui ont gardé le sens de l'État et de l'«intérêt supérieur» du pays. Aux compétences nécessaires, s'ajoute un charisme indispensable à la fonction politique. Ces qualités ne se sont pas données à tout le monde ; elles ont un caractère aristocratique (au sens grec, premier du terme, qui signifie le pouvoir des «meilleurs») ou élitaire par le type de vertu qu'elles exigent et qui peut apparaître hors du commun. Si l'on ne reviendra pas à un ancien modèle autoritaire et hautain, la crise dans laquelle le pays est plongé implique de telles exigences, faute de quoi le pays sombrera un peu plus dans une démocratie informe et le morcellement. Le délitement n'en «finit pas de finir»… Il est temps de passer à une nouvelle étape de notre histoire.

De «casse-toi pauvre con» à « sans-dents » : petite histoire des mots qui tuent

De «qu'ils mangent de la brioche !» de Marie-Antoinette à «sans-dents» de François Hollande, Vincent Trémolet revient sur ces petites phrases qui restent associées aux grandes figures politiques.
Isolé comme un con

Le dictionnaire de la novlangue a une nouvelle entrée. Après les «sans domicile fixe», les «sans-papiers», les «sans-emploi», les édentés ne s'appellent plus que les «sans-dents». À en croire Valérie Trierweiler, nous devons cette formule à son compagnon d'alors. C'est un trait, précise-t-elle. Nous ne saurons jamais si ce mot est réel (et si oui, dans quel contexte il a été prononcé) ou s'il est né de l'imagination vengeresse d'une femme blessée. Cela n'importe plus. La passion des petites blagues de François Hollande lui a été fatale et l'expression s'est imposée comme une évidence en quelques minutes. Les réseaux sociaux, sorte de café du commerce sans comptoir et sans café, ont consacré la formule.Ségolène Royal peut s'époumoner, les communicants de l'Élysée promettre que c'est une calomnie: le mal est fait. Des comités de «sans-dents» existent, une manif est prévue, les bons mots - «sans dents, on peut manger un Flanby» - fleurissent comme les mazarinades sous la fronde. À croire qu'Internet, Twitter et l'information continue ne changent rien à la psychologie des peuples. Ils renforcent même cette passion pour la réduction des hommes publics à un trait de caractère, une phrase, un mot. Marie-Antoinette fut une des plus célèbres victimes de cette injustice. «S'ils n'ont pas de pain, qu'ils mangent de la brioche», lui fait-on dire au moment des journées de septembre. L'épouse de Louis XVI n'a sûrement pas prononcé ces mots en 1789. Ils sont un résumé d'une formule de Jean- Jacques Rousseau, mort onze ans plus tôt: «Je me rappelai le pis-aller d'une grande princesse à qui l'on disait que les paysans n'avaient pas de pain et qui répondit: “qu'ils mangent de la brioche”» (Confessions, livre VI). Deux cent vingt-cinq ans plus tard, Marie-Antoinette reste pourtant, dans l'imaginaire collectif, l'auteur de cette provocation. Formule qui résume à elle seule la morgue et l'aveuglement de la monarchie des derniers jours.
De «bruits et odeurs» en «pain au chocolat» et de «je vous demande de vous arrêter» en «vieilli, usé, fatigué», l'histoire politique récente appose aussi ses mots sur ceux qui les prononcent. Ceux-ci, bien réels, passent au magma médiatique pour cristalliser un sentiment diffus et créer une vérité qu'il faut des années pour faire disparaître. Nicolas Sarkozy en sait quelque chose. Le 23 février 2008, au Salon de l'agriculture, une personne refuse la poignée de main du président de la République en lâchant: «Ah non, touche-moi pas! Tu me salis.»«Casse-toi, pauvre con!» lui répond Nicolas Sarkozy. La France entière découvre la vidéo de cet épisode. Cette réplique d'automobiliste devint le concentré du Fouquet's, du yacht, de l'arrivée en jogging à l'Élysée, de Pétra et d'Eurodisney. De cérémonie militaire en discours solennel, Nicolas Sarkozy mettra des années à faire disparaître ces gros mots.
Le paradoxe, dans le cas des «sans-dents», est que ce mot n'a pas été filmé lors d'une conversation privée ou prononcé par erreur dans ce que la langue médiatique appelle un dérapage. Non, c'est une formule rapportée dans un livre de règlement de comptes. Il pourrait faire naître l'incrédulité, mais il arrive après les simagrées de Leonarda, les visites secrètes en scooter rue du Cirque, les communiqués de rupture envoyés à l'AFP. Les propos contradictoires sur la finance, les impôts, les «la reprise, elle est là». Après les mots qu'un livre récent prête à Arnaud Montebourg: «Hollande ment tout le temps, c'est pour cela qu'il est à 20 %.» Un Hollande dissimulateur, en perpétuel double jeu, trompant son monde et s'emmêlant dans ses mensonges, s'est esquissé dans les esprits. «Sans-dents»: il aura suffi d'une expression pour que l'image de François Hollande change. L'opinion publique le croyait simplement bonasse, elle le voit désormais affreusement cynique.

La République des petites phrases

Nous sommes gouvernés par les petites phrases de petites personnes. Pour reconquérir nos libertés, il faut avant tout reconquérir le réel, et ne plus laisser les politiciens jouer avec – en acte ou en parole.
En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées. Pas forcément bonnes ou reliées d’une quelconque façon à la réalité, mais on en a. Beaucoup. Trop, même. Et on a d’autant plus d’idées qu’on n’est pas en mesure de les appliquer.
On voit donc de nombreux membres du parti socialiste se désolidariser de leurs camarades pour aller – malgré leur adhésion et leur rôle au sein du parti majoritaire – rejoindre l’opposition. Et là, ils deviennent des génies créatifs, proposent des solutions pour sortir la France de l’ornière. En l’occurrence, il faudrait pour l’opposition autoproclamée une vraie politique de gauche, une politique de gauche qui marche, une politique de gauche authentique, par opposition sans doute à toutes les mauvaises politiques de gauche hétérodoxes qui ne marchent pas qu’ils ont jusque-là appliqué jusqu’à plus soif.
Il est d’autant plus aisé de faire de la politique que les journalistes sont mauvais. Et les politiciens français ont eu la bonne idée d’appliquer à tous ceux qui pouvaient leur être utiles les mêmes recettes qui les maintiennent en place : ils leur ont accordé divers privilèges et avantages pour rendre la concurrence difficile.
Les partis politiques, les syndicats et la presse (entre autres) sont donc financés par l’impôt, avec l’avantage d’accroître les barrières entre insiders et outsiders et de contraindre dans une large mesure les outsiders à se plier aux conditions du politique et devenir des insiders s’ils veulent rivaliser, perdant ainsi non seulement une bonne part de leur crédibilité mais aussi de leur liberté de pensée.
Et les journalistes français sont donc devenus en majorité de mauvais journalistes, au service d’une mauvaise presse, se contentant de remettre en forme et commenter ou orienter des dépêches au lieu de mener un réel travail d’investigation et d’enquête. La position des journalistes politiques en particulier est particulièrement dommageable : pour obtenir de l’information, ils doivent être proches des politiques, au prix de ne pas révéler tout ce qu’ils savent. Les frasques de Dominique Strauss-Kahn, par exemple, étaient connues du milieu journalistique, mais tues. Et aujourd’hui, certaines vérifications a priori aisées pour des journalistes ne sont pas faites, par exemple sur la « rumeur » selon laquelle Anne Hidalgo aurait un enfant de Français Hollande. Cela ne relève plus tout à fait de la vie privée dès lors que les avantages consentis par l’un à l’autre sont financés par le contribuable et que la politique échappe en France à toute mesure de prémunition contre les conflits d’intérêt.
Ils permettent donc à tous les auteurs de déclarations sans fondement et de petites phrases qui sonnent bien mais se révèlent creuses après quelques secondes de réflexion.
Cécile Duflot, par exemple, s’en prenait récemment à Manuel Valls :
Être moderne, ce n’est pas faire du blairo-thatchérisme ringard.
Le « blairo-thatchérisme » est à peu près aussi pertinent que le gorbatchevo-gaullisme, ou que le « stand-up libéral » dont elle, entre autres, accuse Manuel Valls. Mais personne ne songera à lui demander ce qu’elle veut dire par là, pas plus que ce qu’elle appelle de ses vœux, une « écologie de la demande » :
[Il] « faut créer une écologie de la demande, c’est-à-dire remplir les carnets de commandes des entreprises par la réponse aux besoins écologiques ».
Quels sont les « besoins écologiques », et en quoi permettraient-ils de remplir les carnets de commandes des entreprises ? Cécile Duflot se comporte, en bonne représentante de la classe politique française, comme ceux qui veulent passer pour de grands orateurs sans avoir rien à dire : elle utilise des buzzwords et cite quelques noms, et ça s’arrête là.
La construction des partis politiques connaît les mêmes travers. Tous accusent le libéralisme, concept qu’ils ne comprennent absolument pas, des maux qui accablent les Français ; par exemple, pour Debout La République, parti d’opposition légitime puisqu’il ne se fait pas élire,
L’UMP comme le PS ont fini par se rallier à la religion de la libéralisation et du tout marché, imposée par l’Europe qu’ils ont construite. Mais nous constatons depuis quelques années qu’avec cette anarchie économique règne une loi de la jungle où seuls les plus forts sont les gagnants. En cas de crise, les grandes entreprises, et notamment les banques, sont aidées à coup de milliards.
En quoi les aides versées par les États aux grandes entreprises et aux banques sont-elles libérales ? En quoi l’économie d’aujourd’hui, réglementée (pour rappel, l’inflation législative et réglementaire annuelle se mesure non pas en pages mais en kilos), dirigée et marquée par d’innombrables interventions de l’État correspond-elle à une « anarchie économique » ?
Forts de leur ignorance, les partis proposent donc des solutions qui sonnent bien mais n’ont, absolument, rien de positif à apporter. Le parti de Nicolas Dupont-Aignan propose donc par exemple, en matière économique, de :
  • Créer une monnaie nationale, contrôlée par le politique, avec des objectifs assez larges (lutter contre l’inflation et contre l’emploi) pour permettre aux politiciens de faire (encore plus) tout et n’importe quoi avec l’instrument d’échange de toute la population ;
  • Imposer des barrières douanières et commerciales pour empêcher la concurrence et enfermer la France dans un cocon pour que le retour à la réalité soit le plus lointain et le plus violent possible, que consommateur et citoyen soient privés des bienfaits de la concurrence, et permettre aux politiciens de faire (encore plus) tout et n’importe quoi avec l’économie ;
  • Orienter l’épargne, l’investissement, et l’économie pour permettre aux politiciens de faire (encore plus) tout et n’importe quoi avec le financement de l’économie ;
  • Planifier l’économie et la recherche, pour que les politiciens fassent preuve de leur incontestable lucidité et qu’ils puissent faire (encore plus) tout et n’importe quoi avec l’avenir de l’économie ;
  • Réduire largement l’agriculture à une échelle nationale, pour que les politiciens puissent faire (encore plus) tout et n’importe quoi avec l’agriculture, l’environnement et notre alimentation.
debout la république rené le honzecCe n’est qu’une partie (sur trois) de la politique économique proposée par DLR, elle-même ne représentant qu’un des trois chantiers auxquels Debout La République promet de s’atteler pour mettre à genoux les Français et s’asseoir sur le reste du monde. Comme au sein des autres partis, le programme consiste avant tout à placer encore plus de pouvoir dans les mains des politiciens français, pour répondre à des objectifs prétendument sociaux, environnementaux et économiques.
Alors qu’on peut constater chaque jour un peu plus ce qu’il se passe quand on place – ou laisse – dans les mains des hommes politiques notre avenir et qu’ils président à nos destinées sociales, environnementales et économiques, il ne se trouve personne pour inciter tous ces braves gens à remettre les pieds sur terre, faire acte d’humilité et rendre aux Français les libertés qu’on s’efforce jusqu’à présent de leur confisquer.
Demander aux hommes politiques ce qu’ils veulent dire, ce qu’ils proposent, en quoi cela va améliorer les choses et avec quels principes et mécanismes, permettrait assez rapidement de se rendre compte de leur incohérence et de leur incompétence. Mais on ne le fait pas, et on les laisse s’en sortir avec des affirmations creuses, des petites phrases, des programmes assis sur une base idéologique incohérente et qui, à y regarder de près, fait froid dans le dos.
Quand on pousse ce phénomène à l’extrême, on en vient en France à conduire des entreprises à la faillite au nom d’une « justice sociale » qui n’a de juste et de social que le nom, et ailleurs à promouvoir une idée de la « cohésion sociale » qui passe sous silence le viol de centaines d’enfants.
Pour reconquérir nos libertés, il faut avant tout reconquérir le réel, ce qui suppose de ne pas laisser les politiciens jouer avec – en acte ou en parole. Au commencement, il y a le verbe.

samedi 6 septembre 2014

André Bercoff : Marine Le Pen et les pièges de la cour des grands



Pour André Bercoff, Marine le Pen a mangé son pain blanc. Deux obstacles, l'un sociétal, l'autre économique, se dresse
nt désormais devant le Front National.
 Les sondages ont ceci d'intéressant qu'ils incarnent des miroirs qui ne réfléchissent pas. Fulgurante priorité de l'instant. Ici et maintenant, selon la plus récente livraison de l'Ifop,Marine Le Pen battrait François Hollande au second tour des présidentielles si celles-ci avaient lieu dimanche prochain. Version policée, scientifique et aussi instructive que l'immortel adage: si ma tante en avait, on l'appellerait mon oncle. Cela permet au président que le monde nous envie, de déclarer pour la énième fois qu'il est ici par la volonté du peuple et qu'il n'en sortira même pas par la force des baïonnettes depuis que celles-ci figurent parmi les victimes de l'ablation partielle - et partiale - du budget de la Défense. Reste que la répétition de sondages allant dans le même sens, fait information. Actuellement, Marine Le Pen serait en tête, dans tous les cas de figure du premier tour. Qu'elle batte Hollande au second ne serait même plus une surprise. Dimanche prochain, si Nabila ou Ribéry se présentaient, leurs chances respectives ne seraient pas minces. Ne pas oublier cependant que dans le même sondage, il apparaît que Marine Le Pen serait battue nettement, au second tour, par n'importe lequel des favoris de l'UMP. En effet, la présidente du Front national a très largement réussi son opération de dédiabolisation, attirant à elle les classes populaires que la gauche divine a abandonné depuis des décennies, toutes ces classes en voie de sous-développement que think tanks et associations rêvent de remplacer par les bobos et les immigrés de la deuxième ou de la troisième génération. Madame Le Pen semble, par ailleurs, s'être débarrassée de la plupart des néo-nazillons encombrants qui peuplaient la voiture-balai.
Mais à présent, un double écueil se dessine sur le sentier de sa gloire: obligée de se notabiliser pour demeurer dans la cour des grands, ne risque-t-elle pas de perdre une partie de la hargne, de la grogne et de la rogne qui fut et reste quand même le fonds de commerce du Front national? Sur les questions sociétales et identitaires, elle a réussi à transformer les faiblesses et les outrances de son père en pôles d'attraction pour des millions de Français qui ne savent plus où ils habitent. Mais en même temps - second et essentiel écueil - ses positions économiques rencontrent le scepticisme de la majorité d'une population qui ne voit pas dans le retour du franc et l'implosion de l'Europe, les clés du salut et qui n'ont pas forcément tort. Une France qui ferait cavalier seul dans un monde où les plaques tectoniques se déplacent désormais à toute vitesse, deviendrait vite encore moins indépendante qu'elle ne l'est actuellement. Cette propension effrénée - que le FN partage avec la gauche de la gauche - d'attendre tout de l'État, effraye encore une bonne partie de ses électeurs potentiels ; à l'heure des indispensables grands ensembles, il ne s'agit pas d'avoir plus ou moins d'État, mais mieux d'État. L'indépendance commence avec l'autonomie financière et le désendettement. À cette aune, le flou reste, au Front national, de rigueur. Reconnaissons-le cependant: entre une droite frappée de sidération régressive et une gauche en implosion accélérée, la petite musique de Marine Le Pen séduit le ras-le-bol des victimes du descenseur social. Encore lui faut-il éviter le piège de la démagogie politicienne, notamment dans le domaine économique, ce qui est loin d'être joué.

André Bercoff : in bed with François Hollande…

Pour André Bercoff, la publication jeudi du livre de Valérie Trierweiler, «Merci pour ce moment», est le dernier coup apporté à la protection de l'intimité du président de la République et à la personne de François Hollande.
Silence, on privatise. Le dernier clou dans le cercueil de la prétendue protection de l'intimité, vient d'être planté par Valérie Trierweiler dans son reportage vengeur dont le sous-titre aussi évident que subliminal est: «In bed with François Hollande». Sur le plan strict de l'anecdote, constatons tout de même que notre chère auteure n'a pas supporté de se voir appliquer le même traitement que l'actuel président de la République prodigua àSégolène Royal en 2005 et qui motiva en partie, fût-elle faible, la candidature de celle-ci aux Désirs d'avenir. Remarquons également que la «première dame» - titre qui n'a jamais existé - obtint bureau et collaborateurs à l'Élysée où, pendant dix-huit mois, elle joua un rôle quasiment officiel. Terminons ce court inventaire de l'écume des jours, par la soumission généralisée à la déesse de l'accélération: désormais, l'on peut régler son compte à un chef d'État sans attendre la fin de son mandat. Une fois de plus, dans ce domaine, les États-Unis auront ouvert la voie: mais Monica Lewinsky fut tout de même plus éphémère que Valérie Trierweiler, et Bill Clinton beaucoup plus vilipendé médiatiquement que François Hollande. Il suffit de se remémorer l'hallucinante confession télévisée de l'ex-président américain.
Au-delà de la vengeance d'une femme trompée et dont le vaudeville à la Feydeau - modernité oblige - prit des dimensions planétaires (la Corée du Sud ira jusqu'à diffuser des vidéos tristement désopilantes), se dessine un portrait à la fois féroce et inquiétant du prince qui nous gouverne. Si l'on en croit son ex-compagne, il serait machiste, misogyne, lâche, froid, n'aimant pas les pauvres, vivant dans une bulle, menteur et sans scrupules. Cela fait beaucoup pour un seul homme. N'en doutons pas une seconde: les choses étant ce qu'elles sont, cette réponse de la bergère au berger en fait un livre éminemment politique, eu égard aux sondages de popularité de l'impétrant et de la situation économico-socialo-identitaire de notre cher et vieux pays. D'où la question: ce petit conte de la lune vague après la pluie, rédigé dans un style - d'après les extraits que l'on a pu lire - qui ferait les délices de la collection Harlequin et de Barbara Cartland, ne grandit en fait, ni l'auteure, ni l'unique objet de son ressentiment.
Conséquence de cet étalage quotidien de basse-cour qui, en quelques années, est devenu quasiment doctrinaire: la politique apparaît de plus en plus, entre affaires privées et scandales publics, comme l'équivalent d'un couteau sans lame auquel il manque le manche. On aurait pu faire l'économie de cet enterrement de seconde classe.

François Hollande, les «sans-dents» et le cynisme de la gauche morale



Un extrait du livre de Valérie Trierweiler sur François Hollande souligne, de façon glaçante, la schizophrénie qui existe entre discours public et propos privés.
 On peut ne pas avoir l'âme d'un inspecteur, savoir qu'un homme n'est que contradictions, reconnaître qu'il y a toujours un décalage entre les mots et les choses et être stupéfait par l'extrait du livre de Valérie Trierweiler sur François Hollande et les pauvres. «En réalité, il n'aime pas les pauvres. Lui l'homme de gauche dit en privé: “Les sans-dents” très fier de son trait d'humour.» Par bienveillance, on peut y voir une énième blague du monsieur qui est en est le spécialiste, mais la bienveillance a des limites. En lisant ces mots, on ne peut s'empêcher de penser à la lettre d'Antoine de Saint-Exupéry à André Breton dans laquelle il fustigeait une société de surveillance où «l'homme n'est plus jugé sur sa qualité d'être mais sur son formulaire, où les manifestes tiennent lieu de cœur». Des manifestes, François Hollande en a signé. Des formulaires, il en a rempli. Toujours impeccables. Pas un mot qui dépasse: le Bien à toutes les pages. Ami des petits, des sans-grade. Ennemi de la finance. «J'aime les gens», on est riche à «4000 euros». A un million, c'est 75%!
Mais derrière le sourire qui accompagne, en général, ces déclarations, il faut sans doute voir la satisfaction de celui à qui on ne la fait pas. Une forme low-cost de Talleyrand confiant à l'abbé Louis lors de la messe de la fête de la Fédération: «Par pitié, ne me faites pas rire.» La vérité est que le chef de l'Etat est le représentant ultime d'une génération politique fascinée par Mitterrand et qui, sans avoir ni sa finesse, ni sa culture, a confondu le cynisme et le talent, désappris tout ce qui ressemblait à de la loyauté, du courage, de la profondeur et en est réduite aux déclarations d'estrades, au serment de canton, aux complots d'arrière-boutiques. Un machiavélisme middle-class. Tout cela n'est pas nouveau, mais sans invoquer les grandes vertus, il est juste de rappeler que cette génération n'a cessé, elle, de la faire, la morale. Qu'elle a dit le bien et le mal. Sans nuance et sans précaution, elle est la reine de l'invective, de l'anathème, de la condamnation. De Théâtre du Rond-Point en concerts solidaires, elle a passé trente ans la main sur le cœur. Était-il sec? Les sans- dents, les sans-influence, les sans-combines, les sans-carrières connaissent désormais la réponse.
Les sans un sou aussi, ceux que nous sommes, n'achetons pas ce truc qu'on nomme pompeusement livre....c'est à chier !

Cherchez l’erreur

Ce n’est pas bien de copier dès la rentrée ! Nos confrères de Valeurs actuelles titrent leur numéro du 4 au 10 septembre : « L’ayatollah ». Ils parlent de Najat Vallaud-Belkacem. Toute ressemblance avec la une de Présent du 28 août dernier serait évidemment fortuite.
Et le directeur général de Valeurs actuelles,Yves de Kerdrel, accusé d’incitation à la haine raciale (bienvenue au club !), invite, le dictionnaire à la main, les responsables du Parti socialiste comme de SOS Racisme à relire avec lui la définition que le dictionnaire Larousse donne du mot « ayatollah » : « personne aux idées rétrogrades qui use de manière arbitraire et tyrannique des pouvoirs étendus dont elle dispose ».
N’est-ce pas que c’était bien trouvé ?
« Il n’y a donc dans ce titre choisi par Valeurs actuelles, comme dans les huit pages que notre hebdomadaire consacre à la Ministre de l’Education nationale, pas la moindre allusion de nature raciste ou confessionnelle », conclut Kerdrel.
Il aurait pu ajouter (mais la culture de sa famille d’idées est davantage celle du Figaro) qu’il y a quelques années, une personnalité du Front national tout ce qu’il y a de plus Français de souche avait été surnommée « l’ayatollah Cassoulet ». Ce qui est bien la preuve de la non-confessionnalité de l’expression. Qui d’ailleurs avait été prise avec humour.
Nous ne demanderons pas de « droits d’auteur » à Valeurs actuelles qui fait le buzz avec cet emprunt. Après tout on ne copie que les meilleurs. 

La charge de Philippe Bilger contre le livre de Valérie Trierweiler

Philippe Bilger a pris le temps de lire le livre de Valérie Trierweiler, «Merci pour ce moment». Il nous donne ses impressions sur une œuvre qu'il juge dévastatrice et indécente.
Quel gâchis que ce livre!
Je ne me suis pas contenté des extraits et je suis allé au bout et puis-je dire que je suis à bout?
Il se murmure qu'aux côtés de Valérie Trierweiler, Laurent Binet y aurait contribué, mais cela ne change rien à mon point de vue.
Ces pages écrites dans l'urgence, composées dans le secret et publiées sans vergogne représentent à la fois une sale action et une indécence humaine. Ce n'est pas l'étrange bienveillance quasiment corporatiste dont deux journalistes éminentes duMonde ont fait bénéficier l'ouvrage qui me fera modifier mon appréciation.

J'avoue à ma grande honte que si le président Sarkozy avait pâti d'un tel traitement, j'aurais approuvé celui-ci avec un contentement laid et sadique. Mais force est de reconnaître qu'il a su mieux choisir et aimer que François Hollande. Cécilia Attias a écrit sur son ex-époux avec délicatesse et dignité et à un moment qui ne prêtait pas à équivoque et à polémique. Je n'imagine pas une seconde que Carla Bruni-Sarkozy, si son couple venait à se séparer, abandonnerait son occupation principale - parvenir à faire entendre sa voix et ses chansons - pour se livrer à une telle charge vulgaire.
Je comprends l'attitude de ceux qui à gauche comme à droite s'indignent devant ce déballage. Stéphane Le Foll, Claude Bartolone, Hervé Mariton et Nicolas Dupont-Aignan, notamment, ne le liront pas. Il n'y a que Brice Hortefeux, hypocrite, qui déplore tout en se félicitant de l'image négative donnée du président.
Pour ma part, contrairement à certains critiques, je préfère lire avant de juger.
Que cette chronique subjective et aigre soit le fait d'une «favorite répudiée» ulcérée plus que jamais de l'avoir été ne rend pas forcément absurde et partial l'ensemble de sa vision de François Hollande.
Que son entreprise ait été largement rémunérée et élaborée selon un processus qui révélait que Valérie Trierweiler avait évidemment conscience de ses effets ravageurs et qu'elle les désirait ne prive pas cependant de pertinence toutes ses analyses.
Etait-il toutefois absolument nécessaire de s'abandonner à cet exhibitionnisme dévastateur pour que la personnalité de François Hollande, pour ceux qui ont un peu le sens de la psychologie, soit enfin dévoilée? Faut-il être d'une sagacité indépassable pour deviner ce qu'il y a dans l'être intime de notre président à la fois de faiblesse et d'autorité, de peur, de méfiance et de défiance et en même temps d'aptitude au bonheur et de goût de la séduction? Est-il si difficile de percevoir que chez lui, comme chez tout séducteur qui sait ne pas pouvoir compter exclusivement sur lui mais sur l'aura et le pouvoir qui l'entourent, il y a eu et il y aura une part de misogynie? Convient-il d'être bouleversé parce qu'on nous affirme qu'il lui arrive de mentir dans l'intimité et d'être lâche quand il choisit de répondre à une question gênante par une désinvolture de fuyard? Il est obsédé par les sondages qui baissent et par les médias, paraît-il. Quelle nouvelle!
Le président de la République ne sort pas grandi par la relation de petites choses qui, en effet, font de lui moins un homme normal qu'une personnalité tristement banale.
Mais pour le reste qui est l'essentiel? Le quolibet - les «sans-dents» - qui manifesterait sa dérision à l'égard des pauvres, son mépris de la famille Massonneau, sa sécheresse et sa volonté permanente de la laisser sur «la touche», l'illégitimité qu'elle ressentait et qu'il aggravait, leur projet de mariage brutalement avorté parce qu'il avait commencé sa liaison avec Julie Gayet?
Pour ma part, aussi déplaisant que puisse apparaître François Hollande à ses adversaires et sans doute à nombre de ses alliés et soutiens - il lui en reste un peu! -, il me semble extravagant de lui imputer ce cynisme, cette haine, cette condescendance à l'encontre des humbles et des modestes, de lui refuser sa sincérité contre la misère, sauf à donner à des échanges provocateurs privés, qui peuvent surgir chez nous tous, une dimension politique et sociale sérieuse.
La version de Valérie Trierweiler est-elle d'ailleurs exacte? L'Elysée dément et conteste ces allégations. On comprend que François Hollande soit «atterré»: on le serait à moins sans que cela valide en quoi que ce soit les coups ciblés de cette dernière. Même si elle n'a pas eu tort de mettre en lumière les ambiguïtés de l'histoire amoureuse et politique entre Ségolène Royal et François Hollande, j'attache cependant infiniment plus de crédibilité à celle qui a été sa compagne durant longtemps, la mère de ses enfants et qui est autant imprégnée d'humanisme que Valérie Trierweiler. Ségolène Royal a formellement contredit cette image d'un François Hollande sarcastique et dédaigneux des affres de la misère.
Ainsi, une compagne du président durant vingt mois à l'Elysée, majoritairement détestée par les Français, écrirait un livre et elle devrait être crue sur parole? Oublie-t-on qu'elle a trouvé le moyen de commencer à affecter sa présidence par un comportement ridicule à la Bastille le 6 mai 2012, qu'elle a sciemment dégradé l'autorité présidentielle le 12 juin 2012 par son tweet de soutien à Olivier Falorni et qu'elle n'a cessé de répéter par la suite qu'elle était en train de s'habituer à son nouveau statut sans qu'à l'évidence elle y parvienne? Faut-il alors s'étonner que François Hollande, échaudé, ait eu tendance à se mettre à l'abri en tentant autant que possible de l'exclure, elle, de moments officiels importants et même d'une rencontre avec Nelson Mandela? Est-il choquant de se mettre à la place de François Hollande en l'approuvant d'avoir favorisé sa tranquillité personnelle au détriment d'une emprise jalouse et d'une susceptibilité souvent blessée?
La pantalonnade de la rue du Cirque, ce qu'elle révélait de la vie intime du président, certes, n'étaient pas reluisants, et la France était moquée comme si elle était dans le placard de ce vaudeville. La souffrance, l'humiliation de Valérie Trierweiler étaient évidemment authentiques, mais heureusement passagères, puisque l'indécence de ce livre, pour une femme qui avait bataillé pour l'intimité de leur vie privée, montre qu'elle s'est guérie par une lamentable vengeance. On sait que l'arrangement financier dont elle a bénéficié lors de son départ de l'Elysée le 25 janvier 2014 n'était pas à son désavantage et qu'il semblait exclure tout livre de ce type et en de telles circonstances où elle jouit de son coup de force éditorial.
La focalisation sur les attaques perfides qu'elle distille l'ont fait réagir et affirmer qu'elle avait éprouvé «une vive admiration» pour le président et qu'elle ne regrettait rien. L'amante offensée qui a écrit cherche à faire illusion: ce serait la journaliste qui devrait avoir le dernier mot! Et on a droit à «… Je ne compte plus ses reniements. Sait-il encore où est sa gauche?» Mais l'apothéose est toute de nostalgie et de passion: «Puis-je seulement avoir été aimée autant que j'ai aimé»!
Comme c'est grand, sincère et émouvant! Le fin mot de tout cela n'est-il pas, derrière la mousse apparente, de montrer qu'elle serait encore désirée par cet inconstant qui lui aurait transmis la bagatelle de 29 SMS le 3 juillet 2014 et qui aspirerait «à la regagner comme une élection» .
Mais, pour qui a ce livre entre les mains, c'est une honte. Il ne lui demandait que d'être belle: il pressentait que le pire était à venir.