TOUT EST DIT

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mardi 18 mars 2014

Un jour sans lendemain

Un jour sans lendemain


Pas besoin d'habiter Paris, pour s'apercevoir que l'air était devenu irrespirable ces derniers temps. La faute au « climat des affaires » estimait-on. Erreur. Tout à l'inverse, c'était affaire de climat. La pollution n'était pas celle qu'on croyait et le gouvernement, lui, ne s'y est pas trompé en décrétant la chasse aux particules fines, lourde menace pour la santé publique et en particulier celle des Franciliens. D'où cette journée de circulation alternée, hier dans Paris et sa petite couronne, décidée en urgence sous la pression de Cécile Duflot, principale source de nuisance, pensait-on naïvement, au gouvernement.
Il n'y aura, dit-on, que les mauvais esprits pour contester la réussite de cette expérience, inédite depuis 17 ans. Philippe Martin, ministre de l'Écologie qui en redoutait les lourdeurs, a été le premier à en dresser, hier, un bilan louangeur dans une pompeuse conférence de presse. Malgré 40.000 PV à vocation pédagogique, le sens des responsabilités et le civisme des Franciliens a été flatteusement souligné. Une vraie incitation à recommencer, sauf que le ministre a ajouté que la baisse du pic de pollution rendait inutile une deuxième journée de circulation alternée.
C'est ici que l'envie de brocarder le pouvoir devient irrépressible. Il aura fallu cinq alertes aux pics de pollution en moins de trois mois et une nouvelle alerte déclenchée depuis plusieurs jours pour que Matignon déclenche à contretemps une réunion de crise… il est vrai à une semaine des municipales où les voix écologistes ne sauraient être étouffées.
Ce n'est pas qu'il faille renoncer à lutter contre la pollution urbaine en écartant toute remise en cause dans nos modes de vie. Mais cela ne saurait relever de l'improvisation ou de mesures punitives sur le seul diesel. Cette mobilisation d'hier, n'aura été qu'un coup d'épée dans l'air en l'absence de politique d'aménagement urbain, de transports, de fiscalité adaptée, à moyen et long termes. On n'a pas senti, hier, dans les propos de Philippe Martin une vision désembuée de l'avenir. Il s'est contenté de célébrer un jour… sans lendemain.

Big Bang : des scientifiques annoncent la plus grande découverte depuis des années

Des physiciens ont annoncé lundi avoir observé directement les premières secousses marquant la naissance de l'Univers, il y a près de 14 milliards d'années. Explications.
"C'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin mais à la place nous avons découvert un pied-de-biche", a expliqué le physicien Clem Pryke de l'université du Minnesota, co-leader de l'équipe. Il y a un an tout juste, le télescope Planck avait réussi à photographier l'enfance de l'Univers (revoir le sujet ci-dessus). Cette fois, des physiciens américains ont révélé lundi avoir observé directement les toutes premières secousses du Big Bang qui a marqué la naissance de l'Univers, il y a près de 14 milliards d'années. L'existence de ces ondes gravitationnelles primordiales, prévues dans la théorie de la relativité d'Albert Einstein, témoigne de l'expansion extrêmement rapide de l'univers dans la première fraction de seconde de son existence, une phase appelée l'inflation cosmique.


Ces minuscules fluctuations fournissent des indices de l'univers dans sa première enfance. Ainsi de petites différences de températures à travers le ciel révèlent où le cosmos était plus dense et où se sont formées des galaxies et des amas galactiques. "La détection de ce signal est l'un des objectifs les plus importants en cosmologie aujourd'hui et résulte d'un énorme travail mené par un grand nombre de chercheurs", a souligné John Kovac, professeur d'astronomie et de physique au Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics (CfA), responsable de l'équipe de recherche BICEP2 qui a fait cette découverte.

Pour le physicien théoricien Avi Loeb, de l'Université de Harvard, cette avancée apporte "un nouvel éclairage sur certaines des questions les plus fondamentales à savoir pourquoi nous existons et comment a commencé l'univers". "Non seulement ces résultats sont la preuve irréfutable de l'inflation cosmique mais ils nous informent aussi du moment de cette expansion rapide de l'univers et de la puissance de ce phénomène", explique-t-il. Les données recueillies "confirment aussi la relation profonde entre la mécanique quantique et la théorie de la relativité générale", soulignent ces astrophysiciens. La physique quantique décrit des phénomènes à l'échelle atomique que la relativité générale ne peut expliquer.
  
Grâce à un faible rayonnement laissé par le Big Bang

Cette percée en cosmologie a résulté d'observations, avec le télescope BICEP2 situé dans l'Antarctique, du fond diffus cosmologique, un faible rayonnement laissé par le Big Bang. En se déplaçant, les ondes gravitationnelles compressent l'espace ce qui produit une signature très distincte dans le fond cosmologique. Comme les ondes lumineuses elles sont polarisées, une propriété décrivant l'orientation de leurs oscillations. "Notre équipe a cherché un type particulier de polarisation propre à la lumière ancienne", dans la traque des ondes gravitationnelles cosmiques, précise Jamie Bock, du California Institute of Technology (Caltech) en Californie, un des co-auteurs de ces travaux.

"Cette caractéristique d'une polarisation 'en tourbillon' est la signature unique des ondes gravitationnelles...et c'est la première image directe de ces ondes à travers le ciel primordial", souligne Chao-Lin Kuo, un physicien de Stanford, et un autres membre de l'équipe de recherche. Pour Tom LeCompte, un physicien spécialiste des hautes énergies au Cern et au Laboratoire National Argone près de Chicago, qui n'a pas participé à ces travaux, cette percée "est la plus grande annonce en physique depuis des années". "Cela peut potentiellement donner le prix Nobel" à leurs auteurs, a-t-il dit à l'AFP comparant cette avancée à la découverte du Boson de Higgs en 2012, la clef de voûte de la théorie du Modèle standard, la particule élémentaire qui donne leur masse à nombre d'autres particules.

Cette détection directe des ondes gravitationnelles est "remarquable et enthousiasmante" dans le mesure où elle permet de voir ce qui s'est passé "le premier instant après le Big Bang", a-t-il poursuivi. "Cela va au-delà de ce que nous essayons de faire avec le Grand collisionneur de hadrons (en Suisse) pour voir comment se comportait l'univers à ses tout débuts (...) Cela permet de regarder encore plus loin dans le temps".

lundi 17 mars 2014

Les paradoxes du genre


Les débats récents sur la question du “genre” font apparaître au grand jour un raisonnement répandu sur l’égalité entre hommes et femmes. Les inégalités constatées, notamment au travail, seraient le produit de la discrimination, donc de stéréotypes, qu’il faut s’attacher à déraciner dès le plus jeune âge. D’où l’utilisation d’une pédagogie qu’on a pu accuser de flirter avec les études de genre pour apprendre aux enfants que les choix professionnels “genrés” doivent être déconstruits. Ce raisonnement me semble prendre appui sur un constat erroné, celui de la discrimination systématique des femmes.
Malgré des décennies de lutte, d’accès à l’éducation et de promotion sociale, les femmes sont toujours moins nombreuses que les hommes dans le monde des affaires, les sciences dures, le droit, les sciences de l’ingénieur ou encore la politique. On comprend que cela provoque, chez les progressistes, un haut-le-coeur et un recours immédiat à la grille de lecture qui prévalait jusque-là : jusqu’à récemment, il y avait en effet des barrières véritables et injustes à l’accès des femmes à certaines fonctions. Mais les temps ont changé. Le passionnant ouvrage de Susan Pinker, The Sexual Paradox (2008), permet de comprendre dans quelle mesure.
Pinker s’attache à démontrer qu’hommes et femmes n’ont pas les mêmes intérêts. Alors que la majorité des enfants rencontrant des problèmes scolaires sont des garçons, ceux-ci finissent souvent par dépasser ces obstacles à l’âge adulte. Les hommes se tournent ensuite en majorité vers des domaines quantitatifs, où les interactions sociales sont plus faibles. Parallèlement, les jeunes filles, qui obtiennent en moyenne de meilleurs résultats que les garçons durant leurs études, finissent par choisir des emplois moins rémunérateurs, la naissance de leurs enfants accentuant cette tendance. Pinker cite aussi de nombreux exemples de femmes cadres dirigeants, parfaitement reconnues par leurs supérieurs, quittant des métiers trop contraignants pour leur préférer une activité leur laissant davantage de temps pour leur famille.
Comment expliquer ce paradoxe ? Pour Pinker, les deux sexes ne sont pas biologiquement équivalents et les différences sexuelles fondamentales — génétiques, cérébrales, hormonales — influent sur les choix professionnels. Par exemple, la concentration supérieure de testostérone chez les garçons explique largement les difficultés premières de ces derniers, et ensuite leur capacité à se concentrer de façon parfois obsessionnelle sur certaines tâches. L’ocytocine féminine, elle, explique la plus forte empathie ressentie par les femmes.
Pinker ne prétend pas que la discrimination ne joue aucun rôle, elle pense seulement que ce rôle est minime. Elle montre que les parcours que nous regardons comme le fait de cette dernière sont en grande partie le fruit de choix, donc que l’égalité entre les hommes et les femmes, tout à fait louable, ne peut signifier leur identité. La liberté existe, mais elle est ancrée dans un temps et un corps.
Par conséquent, l’idée que les femmes devraient poursuivre exactement les mêmes objectifs professionnels que les hommes est justement, selon Pinker, une vision paternaliste, qui repose sur la représentation de l’homme comme le standard de l’être humain.
Qu’en est-il alors de ces “stéréotypes” dont les femmes seraient victimes ? Bien sûr qu’il en subsiste. Mais ils déclinent à mesure que les femmes occupent des fonctions autrefois réservées aux hommes. Il est d’ailleurs étrange de voir ces impératifs gouvernementaux émerger à l’heure où la situation des femmes dans les pays développés n’a jamais été aussi favorable.
Certes, les conclusions de Pinker peuvent faire débat. Mais ses thèses méritent d’être regardées avec attention. Notre ignorance à leur égard me semble significative : nous nous intéressons peu aux études scientifiques sur les questions de société, surtout étrangères ; nous sommes souvent en retard d’une guerre, celle d’il y a quelques décennies, où les combats féministes avaient tout leur sens. Je crains que cette petitesse d’esprit ne nous soit un jour fatale.

Hidalgo : la mandature du matraquage fiscal


Anne Hidalgo, candidate socialiste à la Mairie de Paris, a annoncé à plusieurs reprises que, si elle était élue, elle n’augmenterait pas les impôts des Parisiens lors de la prochaine mandature 2014-2020. Or, à l’exemple de François Hollande, dont elle est la digne représentante dans la capitale, c’est un véritable coup de massue fiscal qu’elle infligerait aux Parisiens.
Depuis treize ans qu’elle dirige la Ville avec Bertrand Delanoë, dont elle est la fidèle première adjointe, les prélèvements fiscaux ont augmenté de 94 % avec un record pour la taxe foncière (+ 242 %), les droits de stationnement (+ 239 %) et même l’impôt sur les spectacles (+205 %) !
La fiscalité des Parisiens était toujours restée modérée afin de leur éviter la double peine : un coût de la vie plus élevé qu’ailleurs qu’aurait accompagné une pression fiscale très élevée. Malheureusement, nous y sommes aujourd’hui avec ce véritable choc fiscal auquel les ménages et les entreprises ont été soumis depuis 2009, ajouté à un doublement du prix des logements en dix ans. Pris entre le marteau fiscal et l’enclume inflationniste, les contribuables parisiens subissent une forte amputation de leur pouvoir d’achat, sans compter les quelques dizaines de milliers d’entre eux devenus en 2013 imposables sur le revenu “grâce” à la politique nationale. Ce sont les Parisiens les plus fragiles qui ont été frappés ; ceux qui, précisément, faisaient plutôt confiance à la gauche qui les a trahis au niveau local comme au niveau national.
Mme Hidalgo porte une lourde responsabilité dans ces augmentations massives : directe sur les impôts locaux en ayant voté ces nouveaux prélèvements ; indirecte sur les impôts nationaux en ayant soutenu systématiquement François Hollande et son gouvernement. Ses tentatives maladroites pour s’exonérer de ses responsabilités démontrent d’ailleurs le peu de courage à assumer ses décisions et ses convictions, ce qui augure mal de son action future à la tête de Paris.
Le financement de son programme de mandature fait en effet froid dans le dos tant il accumule imprécisions et contre-vérités. Comment une responsable politique qui a laissé “filer” les dépenses de fonctionnement pendant treize ans (+ 62 %) serait-elle capable de freiner puis de réduire les dépenses publiques pour enfin amorcer à Paris une décrue fiscale ?
Mme Hidalgo serait-elle subitement devenue Janus : ultra-dépensière pendant treize ans ; ultrarigoureuse durant les six prochaines années ? Pourrait-on croire à la métamorphose de la cigale en fourmi ?
Tout indique au contraire une véritable fuite en avant.
— Les charges de personnel continueront en effet de croître sous l’effet automatique du glissement vieillesse technicité, sauf à envisager une réduction des effectifs de la Ville, ce que Mme Hidalgo n’envisage pas un instant. Au contraire, il faudra bien gérer les nombreux nouveaux équipements annoncés et donc augmenter les effectifs.
— La candidate socialiste fonde ses espoirs sur des recettes nouvelles qui seraient tirées de la vente du patrimoine immobilier de la Ville ; des produits d’exploitation ou du maintien des recettes actuelles des droits de mutation (un milliard d’euros). Recettes aussi imprécises qu’illusoires…
— Les dotations et participations, notamment celles de l’État, seront amenées à baisser dans les prochaines années. Elles représentent pourtant actuellement près de 24 % des ressources de la Ville. Comment fera Mme Hidalgo pour compenser ces baisses programmées ? Mystère…
— Enfin la création de la future métropole du Grand Paris va se traduire par une augmentation massive des impôts pour les entreprises parisiennes (+35 % pour la cotisation foncière) et pour les ménages (+ 19 % pour la taxe d’habitation).
Le résultat est donc parfaitement prévisible : soit Mme Hidalgo tient ses promesses d’investissement et elle devra augmenter la dette et ou les impôts, trahissant ainsi son engagement de campagne ; soit elle devra renoncer aux nouveaux équipements prévus et aura trompé les Parisiens.
Ceux-ci doivent bien réfléchir, car cette quadrature du cercle demeure imparable.
Jérôme Dubus est conseiller de Paris et secrétaire national de l’UMP en charge de la croissance.

Christiane Taubira, la fin d'une illusion ?

Le politologue Alexandre Vatimbella revient sur le parcours politique de la Garde des Sceaux, ancienne indépendantiste guyanaise devenue égérie du mariage gay. Et si Christiane Taubira n'était finalement qu'une bulle médiatique ?

Quand une ministre affirme n'avoir pas été mise au courant d'une affaire qui concerne son domaine d'intervention alors que des documents existent pour prouver le contraire, cela s'appelle, au mieux, une gaffe politique.
Elle fait ses adieux...bon vent, salope.
Quand une ministre brandit des documents pour prouver sa bonne foi devant une flopée de journalistes et une multitude de caméras et que ceux-ci démontrent le contraire de ce qu'elle est en train d'affirmer, cela s'appelle, au mieux, une gaffe politique.
Quand les deux gaffes sont commises par la même ministre sur une même affaire, cela s'appelle au mieux une faute politique, au pire un mensonge.
Que ce soit Christine Taubira qui en soit l'auteure ne semble pas, pour beaucoup d'observateurs de la politique, un plus grand étonnement que cela, elle qui est restée, pendant des années, un ovni politique multipliant les déclarations à l'emporte-pièce, les positionnements incongrus et qui a collectionné les échecs électoraux, obtenant 2,32% à la présidentielle de 2002, étant même accusée alors par les socialistes, au même titre que Jean-Pierre Chevènement, d'avoir fait perdre Lionel Jospin au premier tour et permis à Jean-Marie Le Pen d'accéder au second.
Pourtant, l'actuelle garde des Sceaux est depuis devenue un des «poids lourds» de l'équipe du socialiste Jean-Marc Ayrault alors même qu'elle à un bilan des plus controversés depuis 2012.
Ce «mystère» Taubira n'était-il qu'une simple illusion qui est en train de voler en éclats?
Déjà, son arrivée à la tête du ministère de la justice avait déjà été une réelle surprise pour ne pas dire comprise comme une erreur de casting de la part de François Hollande et qui étonna jusqu'à ses propres amis. Sans aucune référence à faire valoir pour ce poste, elle multiplia les bourdes et les déclarations à l'emporte-pièce se mettant à dos nombre de professionnels de la justice, jusqu'à ses collaborateurs de son cabinet où le turn-over fut particulièrement important.
D'ailleurs, les Français ne sont pas dupes puisque 59% d'entre eux, selon un sondage BVA pour Le Parisien-Aujourd'hui en France publié en février dernier, ont une mauvaise opinion de la ministre, 54% pensent que ses prédécesseurs étaient meilleurs qu'elle et 75% estime que la justice fonctionne mal.
Et puis vint son heure de gloire.
Envoyée au casse-pipe pour défendre la loi sur le mariage pour tous, elle fut égale à elle-même dans une sorte d'outrageuse-outragée, récitant de manière surréaliste des vers à la tribune de l'Assemblée nationale tout en réussissant (ce qui n'était guère difficile au vu de la large majorité de gauche en faveur de ce texte avant même sa discussion) à le faire voter alors que des centaines de milliers de personnes descendaient chaque semaine dans les rues pour demander son retrait.
Louée voire magnifiée par beaucoup qui, dans son propre camp, la critiquait vertement quelques semaines auparavant, elle devint le symbole, que dis-je, une sorte de Jeanne d'Arc de cette frange de la population gaucho-bobo qui s'était mobilisée en faveur de cette loi.
Tous les (mauvais) coups dont elle est depuis victime avec des attaques racistes inqualifiables de la part de l'extrême-droite renforcent çà chaque son aura et font d'elle une sorte d'égérie intouchable.
Qu'on se rappelle, par exemple, cette déclaration d'un député socialiste dans Le Monde la qualifiant de «dernier phare de la gauche dans la brume» (sic). Ou de la défense lyrique de l'écrivaine Christine Angot dans Libération demandant à François Hollande de la nommer premier ministre…
Quelle étonnante transfiguration pour cette ancienne militant extrémiste qui prônait la lutte armée pour l'indépendance de la Guyane avant de devenir une notable molle d'un des partis les plus transparents de l'échiquier politique, les Radicaux de gauche, dont beaucoup de ses membres semblent être là seulement en attente de quelques strapontins ministériels que l'on donne aux micro-formations qui permettent de faire l'appoint lors des élections et qui sont souvent surreprésentées dans les gouvernements par rapport à leur réalité électorale et militante.
Du «vilain petit canard», elle devenait «la meilleure d'entre nous»!
Dès lors, c'est à bon escient que l'on peut parler d'une illusion Taubira dont les errements actuels l'ont fait voler en éclats.
Sans doute, dans de nombreux pays, ceux-ci devraient la conduire à démissionner (ou à être démissionnée). D'autant qu'elle est ministre d'un département où la vérité et l'honnêteté sont théoriquement deux principes de base…
Mais, en France, nombre de ministres de gauche et de droite ayant commis des errements identiques voire pires n'ont jamais connu la disgrâce.
Christine Taubira interrogée par les journalistes à ce sujet a répété qu'elle se sentait très bien et qu'elle n'avait aucunement intention de s'en aller et le premier ministre lui a renouvelé sa confiance.
Car, politiquement parlant (et si aucune nouvelle révélation ne la fragilise), son départ serait un coup dur pour Hollande.
D'une part parce que Taubira est ce poids lourd évoqué plus haut mais aussi elle est ce symbole que nous avons expliqué pour de nombreux électeurs de gauche.
Son renvoi serait perçu par ceux-ci comme le lâchage inadmissible de celle qui a affronté face à face la droite et l'extrême-droite ainsi que tous les populismes fascisants.
Une reculade quasi-impossible en ces temps de tensions politiques et d'échéances électorales où l'on doit envoyer des gages à son propre camp.
Sans parler de ce que cet électron libre de la politique pourrait faire comme dégât si elle s'estimait lâcher en rase campagne.
Et puis, si Christine Taubira était sacrifiée, ne serait-ce pas, aussi, la fin définitive des illusions du gouvernement Ayrault?!
Reste que ces gaffes à répétitions ne sont peut-être pas des affaires d'une extrême gravité mais elles démontrent une nouvelle fois l'amateurisme extrême d'une partie de l'équipe au pouvoir, ce qui jette un doute raisonnable sur ses capacités à réellement gérer les affaires du pays…


Tout faux !

Tout faux !


On appellera cela, et pour cause, un résultat à la soviétique ! Les électeurs de Crimée ont voté à 95 % hier pour le « oui » au rattachement de la péninsule à la Russie. En somme, voilà un référendum d'autodétermination totalement illégal et anticonstitutionnel mais au résultat…
incontestable. Vladimir Poutine, redevenu « super-tsar » de Russie, ne va pas manquer de s'en prévaloir au nom du respect d'un peuple à disposer de son sort (comme le Kosovo en 2008). Il est trop tard, aujourd'hui, pour gloser sur les conditions d'un vote acquis d'avance après une ardente propagande.
On ne peut que se désoler d'un engrenage que la diplomatie occidentale a été incapable d'enrayer. Nombreux sont ceux qui ont eu tout faux depuis le début des événements de la place Maïdan. Comment aurait-on pu imaginer que, moins d'un mois après la chute du Président Viktor Ianoukovitch, la révolution ukrainienne servirait d'abord les desseins de grandeur de Vladimir Poutine en faisant de la Crimée la 84 e province de la fédération de Russie ?
Pour éviter cela, il aurait d'abord fallu que l'Union européenne évite de trop s'enthousiasmer après la victoire de la rue à Kiev, en imposant aux dirigeants investis par la place Maïdan un processus politique de transition ménageant les sensibilités russophones de Crimée. Au lieu de cela, on a vu se développer des campagnes haineuses exploitées par le « grand frère » russe. La faute de l'UE a été, sans conteste, de négliger l'impact qu'aurait auprès de Poutine notre politique d'accueil (surtout en paroles) à l'égard des Ukrainiens.
Diaboliser Poutine n'a servi qu'à conforter sa position en Russie où le nombre de satisfaits est passé de 27 % à 67 % de la population depuis l'occupation de la Crimée. Le risque est maintenant que Moscou abuse de sa victoire en attisant le séparatisme dans d'autres bastions à l'est de l'Ukraine. Que peuvent faire Européens et Américains, après avoir passé la Crimée par profits et pertes ? Punir Poutine, mais pas trop ? Et comment le punir, sans se punir soi-même ? Pour avoir eu tout faux, ils n'ont plus désormais de bonne solution.

Affaire des écoutes: Hollande garantit une justice "incontestable"


François Hollande a rappelé les trois principes sur lesquels repose l'indépendance de la justice, un "principe fondamental"
"La justice passera et je dois faire en sorte qu'elle puisse être incontestable parce qu'elle ne peut pas être contestée". Voici ce qu'a déclaré le chef de l'Etat samedi aux côtés de Matteo Renzi, le nouveau président du Conseil italien, s'exprimant pour la première fois publiquement sur l'affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy, lors d'un point de presse commun à l'Elysée.

Des écoutes décidées "par la justice seule"

François Hollande doit recevoir la semaine prochaine, à sa demande, le bâtonnier de Paris, qui proteste contre les écoutes de Nicolas Sarkozy et l'interception, par ricochet, de conversations avec son avocat, Me Thierry Herzog. Il recevra également le président de l'Union syndicale de la magistrature (USM), majoritaire, qui soutient les magistrats instructeurs dans cette affaire.

François Hollande a souligné samedi que les écoutes incriminées avaient été décidées "par la justice, et par la justice seule". Il a toutefois éludé les questions sur la date à laquelle il avait pris connaissance de ces écoutes, sur sa connaissance de leur contenu ou sur le renouvellement de sa confiance à la ministre de la Justice Christiane Taubira.

L'indépendance de la justice, un "principe fondamental"

Informée le 26 février par le parquet général de l'existence d'écoutes visant l'ancien président, celle-ci avait d'abord assuré lundi qu'elle en avait appris l'existence le 7 mars dans la presse, avant d'être corrigée le lendemain par le Premier ministre en personne, qui avait alors assuré être au courant des écoutes mais pas de leur contenu.

"Ma responsabilité, comme chef de l'Etat, c'est d'assurer l'indépendance de la justice", un "principe fondamental", a souligné François Hollande, rappelant que cette indépendance était "fondée sur trois principes".
La séparation des pouvoirs
Le premier est "la séparation des pouvoirs, c'est-à-dire le fait que l'exécutif n'intervienne pas sur le judiciaire", a-t-il dit assurant qu'il "y veill(ait) tout particulièrement" avec un "changement des pratiques".
Le respect des droits de la défense

"Le second principe, c'est le respect des droits de la défense", a-t-il poursuivi, rappelant qu'il recevra la semaine prochaine "les avocats qui, à un moment, ont pu s'interroger sur des écoutes qui ont été décidées par la justice et par la justice seule".
La présomption d'innocence

"Et le troisième principe, c'est la présomption d'innocence", a-t-il dit, notant qu'il y avait "des affaires, des noms qui sont cités, des procédures qui sont en cours" mais qu'il ne lui "appart(enait) pas de les qualifier".

FUNKY GOURMET


Le guide Michelin Main Cities of Europe 2014 accueille un nouveau restaurant deux étoiles: le Funcky Gourmet à Athènes (Grèce). Selon le Guide, celui-ci sert « une cuisine extrêmement recherchée, inventive et gaie, mais aussi et surtout toujours savoureuse ». Plusieurs nouveaux établissements ont également été distingués cette année, à Vienne (Autriche), par exemple, où quatre restaurants ont obtenu de nouvelles étoiles, comme Tian, qui propose des spécialités végétariennes, mais aussi à Budapest (Hongrie), où Borkonyha Winekitchen, qui offre « une formidable expérience gustative à un prix très attractif » et qui a décroché sa première étoile.  
La Scandinavie n’est pas en reste de nouveautés. À Copenhague, trois nouvelles étoiles ont été décernées, notamment aux restaurants Studio (the Standard) et Marchal (Hôtel d’Angleterre), « élevant » encore le niveau gastronomique déjà exceptionnel de la capitale danoise. De même, Helsinki (Finlande) compte à présent deux nouveaux établissements une étoile, dont Chef & Sommelier. Enfin, à Stockholm (Suède), deux styles culinaires très différents ont été mis à l’honneur : le traditionnel Operakällaren a en effet regagné son étoile, tandis que le restaurant contemporain Oaken Krog obtenait sa première étoile – à instar de Bhoga à Göteborg.  
Le guide Michelin Main Cities of Europe 2014 recense également 279 restaurants Bib Gourmand. Rédigé en anglais, il est disponible dans les points de ventes depuis le 13 mars, sur les mobiles ainsi que sur les tablettes numériques.    
Cette année, Michelin publie également un guide consacré aux pays nordiques : le guide Michelin Nordic Countries, qui sera mis en vente le 15 avril.
 

dimanche 16 mars 2014

Jean-Pierre Le Goff : «Nous assistons à l'autodestruction de la politique»

A la veille des municipales et après une semaine marquée par la succession des affaires, le sociologue Jean-Pierre Le Goff a accordé un long entretien à FigaroVox. Il analyse la profonde crise morale et politique que vit la France.

Christiane Taubira est une icône de ce que vous appelez «la gauche morale». A travers l'affaire des écoutes de Sarkozy, cette gauche, qui a souvent diabolisé ses adversaires, est-elle aujourd'hui prise à son propre piège, victime de ses propres contradictions ?
Jean-Pierre Le Goff: Assurément. On ne brandit pas la morale contre ses adversaires impunément. La gauche se prévaut d'une supériorité morale en se voulant le dépositaire attitré d'une certaine idée du Bien. Cette prétention s'est effondrée à travers une série d'affaires dont les plus récentes et les plus marquantes ont été l'affaire DSK et l'affaire Cahuzac, mais cela ne l'empêche pas de continuer à faire semblant. Les mensonges et les dénégations face à des faits avérés apparaissent d'autant plus scandaleux que la gauche continue de faire valoir cette prétention morale. La droite plus bonapartiste, empêtrée elle aussi dans des affaires, ne s'y risque pas trop. La politique a ses lois propres qui impliquent la ruse et le rapport de force, mais en démocratie tous les coups ne sont pas permis et l'activité politique s'exerce dans un État de droit. S'y ajoutent pour les politiques une exigence d'intégrité qui a valeur d'exemple auprès des citoyens et une éthique de la responsabilité qui entend répondre des effets non voulus de ses paroles et de ses actes dans une situation donnée. En politique, on ne saurait donc en rester à l'«éthique de conviction» et encore moins à l'éthique de la bonne intention et des bons sentiments.


Ce qui me frappe dans les réactions de Christine Taubira, c'est ce mélange de
Elle a aussi un vélo dans la tête
subjectivité débridée et ce point aveugle de certitude consistant à se croire constamment dans le camp du Bien, attitude que l'on retrouve chez nombre de militants, voire chez certains journalistes qui prêchent la bonne parole sans même s'en rendre compte. On en arrive à ce qui peut apparaître comme un paradoxe: on peut être «authentique» dans ses convictions, son indignation et ses affects, en refusant de reconnaître les faits et d'assumer clairement ses responsabilités. Le mensonge authentique, affectif et sincère, constitue la version post-moderne du «mensonge déconcertant» consistant à affirmer tout et son contraire avec un pareil aplomb. Face à cette réalité, la solidarité dont a fait preuve le PS a toutes les allures d'une solidarité de clan, malgré les contradictions et les désaccords existant. La droite peut elle aussi pratiquer cette «langue caoutchouc» et la dénégation, mais son état de décomposition et la lutte des égos en son sein est devenue aujourd'hui plus manifeste.
Comment analysez-vous les commentaires médiatiques autour de cette affaire et les leçons qui peuvent en être tirées ?
Les habiletés, les manœuvres politiciennes fascinent le milieu journalistique. En son temps, Libération avait salué l'«artiste» qu'était à ses yeux Mitterrand, pour sa capacité à rester maître du jeu politicien et à mettre à bas ses adversaires et ses concurrents. Michel Rocard, entre autres, pour qui l'éthique en politique est une exigence, en a pâti particulièrement. On se souvient également du duel télévisé au second tour de l'élection présidentielle de 1988: François Mitterrand avait réussi à décontenancer Jacques Chirac en l'appelant «Monsieur le Premier Ministre» et en lui attribuant une déclaration lors d'une affaire impliquant un diplomate iranien dans les attentats de 1986. Jacques Chirac eut beau protester en faisant valoir sa bonne foi, demander à Mitterrand de le regarder «droit dans les yeux», ce dernier, imperturbable, maintint ses affirmations. Il faut dire qu'à sa façon, Jacques Chirac sut en tirer les leçons et que dans le genre manœuvrier, sous des allures bonhommes, il ne manquait pas non plus de talent. Désormais, le «droit dans les yeux» et l'authenticité des sentiments sont devenus une posture de défense face à toute mise en question. Avec l'affaire Cahuzac, on sait maintenant qu'on peut parfaitement mentir «droit dans les yeux» aux représentants de la nation…
Quant aux leçons tirées de l'«affaire Taubira»par des commentateurs, elles en disent long sur la façon dont ils conçoivent la politique aujourd'hui: «amateurisme», «manque d'habileté», «erreur de communication…, comme si la politique se résumait désormais à des problèmes de management et de communication. Dans ces domaines, les conseillers ne manquent pas et ils font payer très cher leurs prestations avec les résultats que l'on sait… La compétence ou l'incompétence dans le cynisme politicien, telle semble être le nouveau critère pour évaluer la politique dans l'«essoreuse à idées» des grands médias audio-visuels et de nombre d'entreprises de conseils et de communication.
Quelles sont selon vous, les origines et les raisons d'une telle dégénérescence ?

Cette dégénérescence ne date pas d'aujourd'hui. Elle va se développer à partir de l'«ère du vide» des années 1980, qui fait suite à la fin des Trente glorieuses et à la crise des grandes idéologies du passé. La politique se désarticule d'une vision historique et le management, la communication acquièrent alors une importance sans précédent. Par delà leurs aspects fonctionnels, ces activités, dans leur volonté d'être à tout prix modernes et de coller au nouvel air du temps, ont véhiculé le cynisme, le modèle de l' «argent facile» et la «frime». L'histoire retiendra que pour fêter le bicentenaire de la Révolution française, le président de la République fit appel à un publicitaire pour organiser le grand défilé des Champs Elysées. Le marché, le management et la communication vont être érigés en modèles de référence et la politique n'y a pas échappé. C'est dans ce contexte, qu'ont été formées de nouvelles générations marquées par le culte de l'ego et le modèle du perpétuel gagnant. La droite et la gauche n'y ont pas échappé.
Chaque semaine, les scandales se succèdent. Après l'affaire Buisson, c'est l'affaire Taubira qui fait désormais la une des journaux, allant jusqu'à éclipser totalement la campagne des municipales. Est-on en train d'assister à l'autodestruction de la politique ?
Ces différentes affaires jettent une lumière crue sur ce qu'est devenue la politique. Les règlements de compte se succèdent entre les camps et à l'intérieur de chaque camp dans une spirale délétère qui a tous les traits d'une autodestruction, au profit de l'abstention et des extrêmes. La scène politique tend de plus en plus à se confondre avec celle des grands médias et des réseaux dits sociaux qui se nourrissent de l'émotion et sont friands des scandales en tout genre. Une partie de la classe politique lui fournit de la matière. On se repasse les affaires de main en main en espérant mettre à bas son adversaire sous l'œil complaisant des médias. La machinerie politico-médiatique s'emballe et personne ne semble en mesure de l'arrêter. Ceux qui se croient les plus malins espèrent en sortir gagnants ou s'en tirer à bon compte. Mais ils se trompent: leur victoire apparente
contre l'adversaire, à tel ou tel moment médiatique, peut se retourner comme un gant et ils risquent d'être emportés par ce qui ressemble à l'effondrement d'une classe politique aux yeux de l'opinion. À travers la succession des affaires au fil des ans, le monde politique apparaît de plus en plus comme une caste ou une oligarchie en voie de décomposition, de plus en plus étrangère aux préoccupations des citoyens ordinaires, mais qui n'en continue pas moins de vivre et de se déchirer dans l'entre-soi, et ce, dans une situation historique des plus critiques où le chômage de masse combiné avec l'érosion des acquis de notre héritage républicain a produit de puissants effets de déstructuration. Une France morcelée perd aujourd'hui l'estime d'elle-même à travers le spectacle désolant de la décomposition d'une partie de ses élites.
Si l'on ne reviendra pas en arrière vers un supposé «bon vieux temps», il conviendrait de rompre clairement avec le mélange des genres entre la politique, les affaires et les médias, voire le show-biz. C'est l'une des conditions pour renouer le lien de confiance entre gouvernants et gouvernés. Nous vivons la fin d'un cycle historique ; il est temps de passer à autre chose et d'entamer un long travail de reconstruction. Quel homme politique saura désormais s'élever à la hauteur de ces enjeux?

Christiane Taubira : pour Hollande, la sacrifier sera une opération à haut risque


Icone de la gauche, la ministre de la Justice, Christiane Taubira, est fragilisée par ses explications approximatives. Mais c'est un élément à manier avec grande précaution tant elle peut se révéler instable. Si son sort n'est pas scellé, l'opération d'exfiltration du gouvernement est déjà amorcée, comme l'explique notre chroniqueur Olivier Picard.

"Je n’ai aucun sentiment de lâchage". La formule - issue d’une interview donnée au Monde (14/03) - est alambiquée, et elle dénonce à elle seule le doute de Christiane Taubira. On connait la musique : ce refrain d’auto-réassurance a les accents classiques de tou(te)s les futur(e)s viré(e)s du gouvernement quand ils (elles) ont conscience d’être sur un siège éjectable.

"Bien sûr que non", comme elle le dit, la ministre de la Justice ne démissionnera pas. Bien sûr que non, elle ne sera pas "démissionnée". Bien sûr qu’elle peut même se prévaloir de la confiance officielle et réaffirmée de l’Élysée et de Matignon !

Elle sait qu’elle n’a rien à craindre pour le moment. Un départ précipité de la place Vendôme avant les Municipales signerait un aveu de culpabilité du pouvoir dans l’affaire des écoutes. Il faudrait être fou pour la livrer en victime expiatoire aux crocs d’une droite enragée qui aboie pour réclamer l’hallali.

Le président cherche à lui régler son compte proprement

Loin de précipiter la chute de la star Taubira, le scandale politique qui la déstabilise aurait plutôt un effet retardateur sur une échéance inéluctable. En fait, il repousse de quelques semaines la fin programmée de son histoire ministérielle.


Car - le sait-elle ? - la garde des Sceaux est condamnée depuis un bon moment. Le président cherche simplement à lui régler son compte le plus proprement, le plus dignement, et le plus amicalement possible, mais ce n’est qu’une question de forme, et de temps. L’héroïne qui a incarné l’avènement dumariage pour tous, seule réforme vraiment emblématique du quinquennat à ce jour, est devenue encombrante.

Une figure de la gauche

Un verdict injuste. Christiane Taubira est l’une des rares figures de ce gouvernement à porter, courageusement, les valeurs de la gauche contre les vents et marées des polémiques éphémères.

L’une des seules voix à oser définir les vraies différences avec la droite dans l’exercice du pouvoir et la définition des priorités publiques. L’une des rares consciences à résister aux diktats d’un réalisme gestionnaire froid.

L’une des rares ministres qui ne craint pas de mettre de l’âme et du romantisme politique dans son action et ses déclarations.

C’est précisément ce profil qui l’exclut par avance du scénario de la saison 2 du quinquennat Hollande. Elle n’a pas de rôle dans cette deuxième partie où la survie du président sera le fragile fil conducteur de l’histoire 2014-2017. Hors-sujet les convictions, l’indignation et l’exaltation ! Il faudra un casting passe-partout prêt à faire un jeu de droite libérale et vaguement sociale avec une étiquette de gauche. Désolé, Christiane, mais tu détonnes dans ce film-là…

En électron libre, elle peut faire des étincelles en 2017

Contrairement au tonitruant Nicolas Sarkozy qui peinait à passer à l’acte pour mettre ses sentences verbales à exécution et flinguer définitivement les ministres qu’il bashait en privé, le débonnaire Hollande, lui, ne fait pas de sentiment. C’est un calculateur sans affect, un horloger des équilibres politiques concentré sur la précision de sa minuterie électorale.

Si un rouage peut faire masse et bloquer le mécanisme, il faut l’éliminer. Point.

Certains analystes élyséens prétendent qu’il hésiterait à mettre Taubira hors-circuit de peur que cet électron redevenu libre fasse des interférences en 2017 avec une candidature qui pourrait s’avérer dévastatrice au premier tour.

C’est un danger effectivement, mais il aura trois ans pour le désamorcer et il n’est même pas sûr que la passionaria, inévitablement touchée par les haines qu’elle a dû affronter, ait encore suffisamment de désir et d’énergie pour s’engager dans une présidentielle où elle assurée de prendre des coups.

Un jugement ambivalent dans son propre camp

En revanche, les avantages que procurerait sa mise à l’écart lors du prochain remaniement apparaissent clairement. La droite serait privée d’un objet de caricature dont elle se sert pour décrédibiliser toute la gauche et la disparition de la figure de proue progressiste contribuerait à calmer les délires des anti-mariages pour tous.

En interne, la sortie de Christiane Taubira ne ferait pas que des mécontents. Si la ministre de la justice compte des fans parmi des collègues, d’autres ne se gênent pas pour dire toute l’exaspération que cette grande gueule leur inspire.

Ses maladresses dans le traitement du dossier écoutes ont aggravé son cas, à leurs yeux. Ils jugent sévèrement la témérité avec laquelle elle s’est elle-même exposée sur les plateaux de télé. Sa prestation, inhabituellement laborieuse, au Grand Journal a été crucifiée : "elle a voulu faire son numéro, mais c’était le numéro de trop et cette fois-ci elle s’est plantée", entend-on derrière son dos.

Pas besoin de les pousser longtemps pour qu’ils se laissent aller à dénoncer l’ego de cette forte personnalité qui ne les ménage pas non plus quand elle cingle : "Certains récitent des éléments de langage. Moi, je réponds aux questions, à mon détriment d’ailleurs".

Désavouée face à Valls

Le bilan à la chancellerie de cette magicienne du verbe est désormais revu à la baisse dans son propre camp. On rappelle charitablement qu’elle a épuisé ses collaborateurs avec son caractère difficile et ses emportements. Sans grand résultat concret : même les syndicats de magistrats, qui la regardaient d’un œil favorable, ont pris leurs distances.

Plus mesurable encore, la disgrâce politique, elle, a été enclenchée. Elle a perdu pratiquement tous les arbitrages qui la mettaient en opposition avec Manuel Valls sur la réforme pénale, vidée de son contenu - et en tout cas du sens qu’elle voulait lui donner - au profit de la poursuite d’une politique carcérale classique. Si, en supplément, elle pouvait ne plus être aux commandes au moment de l’examen du texte, en avril, cela serait l’idéal, vu de la place Beauvau… Son remplaçant est déjà en orbite : le sénateur André Vallini.

Transférer la charismatique Taubira dans un autre ministère, comme la Culture? Tentant mais il n’est pas sûr qu’elle accepterait ce qu’elle verrait comme un déclassement.

Pas sûr du tout, non plus, que son pouvoir explosif y serait neutralisé et que sa parole incontrôlable ne produisent pas d’autres nuisances sur des dossiers sensibles.

Alors François Hollande a fait le compte des avantages et des désavantages de son maintien dans l’équipe gouvernementale : la colonne des soustractions est plus longue que celle des additions. Et, on le sait, ce diplômé d’HEC a toujours fait prévaloir l’arithmétique sur la littérature, à l’Élysée comme au PS.