jeudi 4 juillet 2013
Immunité levée pour Marine Le Pen :
Immunité levée pour Marine Le Pen :
On cherche à m’abattre »
Le Parlement européen a voté hier la levée de l’immunité de Marine Le Pen, eurodéputée depuis 2004. Votée par ses adversaires politiques de l’UMP et du PS comme un seul homme. Une décision exemplaire, pour délit d’opinion, qui rompt avec la jurisprudence constante protégeant la liberté de parole des députés, comme l’a souligné la présidente du Front national. Elle avait également fait remarquer que l’immunité est conservée pour les députés qui tapent dans la caisse, mais pas quand il s’agit d’un propos politique.
C’est pour « tenter de m’intimider », a-t-elle déclaré. « Je suis en effet un cas à part. Je ne peux pas être protégée parce que je suis un adversaire politique et peut-être plus dangereuse que les autres, compte tenu de mes résultats dans les sondages ou dans les partielles. »
Une Marine Le Pen qui assume totalement ses propos, combative et en grande forme pour répondre à ce traitement tout spécial qui vise à la disqualifier pour les prochaines élections :
« Moi, j’assume mes propos, et ces propos je les défendrai et je prouverai devant le tribunal qu’il ne s’agit là en aucune manière d’une quelconque provocation à la haine (…) mais bien d’un constat qui est partagé par une majorité de Français. »
Pour la présidente du FN, cette décision, qui « déshonore le Parlement européen, exprime la crainte croissante de l’oligarchie face à l’irrésistible montée en puissance d’un mouvement patriote qui porte haut et fort la parole du peuple et propose de réelles solutions aux problèmes des Français ».
Renvoi en correctionnelle ?
Marine Le Pen est visée par une information judiciaire ouverte à Lyon pour « provocation à la discrimination, à la violence et à la haine envers un groupe de personnes en raison de leur religion ».
En décembre 2010, pendant une réunion publique devant des militants, elle avait dénoncé dans un discours les « prières de rue » de musulmans, les qualifiant d’« occupation, sans blindés (ni) soldats, mais d’occupation tout de même » : « Je suis désolée, mais pour ceux qui aiment beaucoup parler de la Seconde Guerre mondiale, s’il s’agit de parler d’occupation, on pourrait en parler, pour le coup, parce que ça c’est une occupation du territoire. »
Un procès est très probable, mais pas certain. Le règlement intérieur du Parlement européen précise que celui-ci « ne se prononce en aucun cas sur la culpabilité ou la non-culpabilité du député ni sur l’opportunité ou non de le poursuivre au pénal ». La présidente du Front national peut espérer un non-lieu en justice.
En cas de procès et de condamnation, le délit d’incitation à la haine raciale est passible d’un an de prison ou de 45 000 euros d’amende. Une peine complémentaire d’inéligibilité d’une durée maximale de cinq ans peut être prononcée par le tribunal. Une simple amende peut d’ailleurs être assortie d’une peine d’inéligibilité. En cas de condamnation définitive à une peine d’inéligibilité – qui ne peut être exclue – la présidente du FN se verrait déchue de ses mandats et perdrait le droit d’en briguer de nouveau pendant le délai fixé par la justice. Une éventuelle condamnation pénale ne deviendrait définitive qu’une fois épuisées toutes les voies de recours – appel, cassation –, ce qui pourrait prendre entre trois et quatre ans. Mais une condamnation à une peine d’inéligibilité par le tribunal de grande instance de Lyon ferait peser une épée de Damoclès sur la possibilité, pour Marine Le Pen, de se présenter à la présidentielle de 2017.
Une nouvelle tribune
Le politologue Jean-Yves Camus a estimé mardi que la levée de l’immunité parlementaire de Marine Le Pen pourrait à terme profiter à la présidente du Front national en lui fournissant « une nouvelle tribune ».
« Les propos reprochés à Marine Le Pen diffèrent de ceux de son père sur le fait que là, c’est l’islam qui est en cause », a judicieusement souligné Camus. « C’est-à-dire un sujet qui est loin d’être aussi consensuel dans l’opinion que le régime nazi. »
Et dans ce contexte, dit-il, « toute critique principielle adressée à l’islam recueille un écho qui dépasse l’électorat classique du FN et donnera à Marine Le Pen une possibilité d’être entendue quand elle présentera sa défense ». Plus le jugement sera proche des échéances électorales, plus il pourra constituer « une caisse de résonance ».
Jean-Yves Camus constate lui aussi « un traitement différent » par le Parlement européen entre Marine Le Pen et d’autres eurodéputés d’extrême droite, comme « le Britannique Nick Griffin par exemple qui a écrit un pamphlet négationniste ». Mais il aurait pu étendre la comparaison à trente autres députés, y compris de gauche, dont l’immunité a été jalousement préservée par le Parlement européen alors qu’ils étaient poursuivis, parfois dans des affaires de droit commun, ou pour complicité de terrorisme – comme Daniel Cohn-Bendit…
Une France fidèle à l’islam ?
Rappelons enfin que le président du Collectif contre l’islamophobie en France, qui poursuit Marine Le Pen en justice, Marwan Muhammad, n’est ni plus ni moins qu’un militant de la Chariah en France. Il déclarait en novembre dernier :
« Qui a le droit de dire que la France dans trente ou quarante ans ne sera pas un pays musulman ? Personne dans ce pays n’a le droit de nous enlever ça. Personne n’a le droit de nous nier cet espoir-là. De nous nier le droit d’espérer dans une société globale fidèle à l’Islam. Personne n’a le droit dans ce pays de définir pour nous ce qu’est l’identité française. »
Effectivement, un éventuel procès s’annonce passionnant.
ET LE FN GAGNE DES VOIES
mercredi 3 juillet 2013
Pourquoi la jeunesse française ne s’indigne-t-elle pas ?
Les jeunes seraient-ils la dernière roue du carrosse ? Variables d'ajustement pour les entreprises, laissés-pour-compte du logement social ... Ils sont bien éloignés des préoccupations électorales des candidats. Les jeunes ne devraient-ils pas se distinguer du mythe de mai 68 pour créer leur propre mouvement d'indignation ?
Non contents d’afficher des records de pessimisme, de chômage et de précarité, les jeunes Français font aussi preuve d’une passivité saisissante au pays de Gavroche et de Mai 68. Faute de prise de conscience collective, l’élection présidentielle est passée à côté de l’enjeu national que constitue l’avenir de la jeunesse en France. Comment expliquer cet aveuglement collectif?
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| L'audace Espagnole, la peur Française ? Non. La lâcheté Française |
La liste des maux qui accablent la jeunesse française ressemble pourtant à un inventaire à la Prévert, la poésie en moins. Sur le front de l’emploi d’abord, où l’exclusion est plus palpable, les jeunes font face à des difficultés d’insertion historiquement élevée, avec plus d’un actif sur cinq de moins de 30 ans au chômage. Selon la DARES, les actifs de 15-29 ans sont trois fois plus nombreux que leurs ainés à enchaîner les contrats précaires, CDD ou intérim, qui leur sont presqu’exclusivement réservés. Parce que même plus qualifiés, les jeunes coûtent moins chers à licencier, ils sont devenus la variable d’ajustement du marché du travail.
Outsiders, les jeunes le sont par contrecoup sur le marché du logement, où le CDI est un sésame. Dans le parc privé, les prix se sont envolés sans que la solvabilité suive. L’INSEE a montré que le taux d’effort net pour se loger des ménages de moins de 30 ans avoisine un quart de leur revenu. C’est deux fois plus que pour les plus de 45 ans. Dans le parc social, où la mobilité est quasi inexistante, il faut attendre huit ans pour obtenir un logement social. La loi SRU en exige 20% dans chaque commune, mais 60% des ménages y sont éligibles. Comment, dans ces conditions, éviter les injustices?
Pourtant, aucun candidat à la présidentielle n’a proposé de réforme substantielle pour redresser ces maux. La proposition de passer de 20 à 25% de logements sociaux, en deçà de l’enjeu, ne résout pas les problèmes d’attribution. Concernant l’emploi, ni les emplois aidés, qui ont déjà échoué à faire baisser durablement le chômage des jeunes, ni les contrats de génération, ni le service civique, ne répondent aux problèmes de fonds, la rigidité et le coût du travail. Le contrat unique, évoqué à gauche et à droite en 2007 reste absent du débat français.
Et puis évidemment, il y a la dette publique, qui avoisine les 85% du PIB. Les jeunes en paieront le prix fort, puisqu’ils paieront plus de prélèvements obligatoires plus longtemps. Réduire la dette en augmentant l’impôt, c’est renchérir le coût du travail et frapper les actifs d’aujourd’hui, pour rembourser les dettes contractées par leurs ainés. C’est faire perdurer un modèle dépassé.
Face à cette désintégration intergénérationnelle, pourquoi la jeunesse reste-elle passive?
Selon une première hypothèse, les jeunes n’auraient pas trouvé de porte-voix pour exprimer leurs aspirations collectives. Et pour cause, jouer la carte des jeunes n’est pas payant électoralement, quand on sait que 30% des moins de trente ans ont voté systématiquement à tous les tours des élections présidentielles et législatives de 2007, contre plus de 60% des plus de 60 ans… Ou bien la classe politique française est-elle tout simplement déconnectée car elle est elle-même vieillissante ? L’âge moyen à l’Assemblée, 61 ans, est le plus élevé depuis 1945, et dépasse celui du Sénat. Le cumul de mandats et l’absence de proportionnel favoriseraient ceux qui se sont constitué un capital politique de longue date. Peu de changement en perspective.
Selon une dernière hypothèse, plus perverse, la jeunesse française serait prisonnière de ses propres mythes, incapable de remettre en question un modèle social façonné par la génération de Mai 68, désormais au pouvoir. La mythologie nationale assimile volontiers la jeunesse à cette révolte fondatrice, source de conquêtes sociales. Les rebelles d’hier sont devenus les conservateurs d’aujourd’hui. Le modèle est rouillé et la jeunesse s’est fait duper par une vision romantique. C’est le signe qu’elle rêve encore…
Egalité hommes-femmes : là où la loi s’avère utile et là où elle ne l’est pas
A l'occasion de la présentation d'un projet de loi pour "l'égalité entre les femmes et les hommes", panorama des résultats produits par les différentes législations sur le sujet depuis la loi Roudy de 1983.
Si l’on devait prendre du recul sur les trente dernières années, quelles ont été les mesures en matière d'égalité hommes-femmes qui, rétrospectivement, sont apparues comme les plus efficaces ?
Louis Maurin : La question n'est pas aisée. Je ne crois pas que ce soit ces "mesures" qui aient eu finalement le plus d'impact, tout particulièrement en termes d'égalité salariale. Il est clair que la loi Roudy de 1983 a pu représenter, parmi d'autres, un "moment fort" mais on ne peut pour autant parler d'un événement majeur. Ce texte exigeait, entre autres, la publication d'un rapport de situation comparé par toutes les entreprises de plus de 50 salariés, or nous voyons bien que cela n'a pas particulièrement porté ses fruits. On peut parler d'un rôle symbolique mais finalement peu déterminant.
L'essor du travail féminin professionnel et salarié au lendemain de la Seconde Guerre mondiale a par contre été un moteur qu'il ne faut pas négliger, et cela a pu être rendu possible grâce aux efforts massifs de scolarisation qui ont été fait durant les années 1950 et 1960 (en France, NDLR). A partir de cette période les écoles de filles ont progressivement atteint le même nombre d'heures de cours que celles des écoles de garçons avant d'arriver aux écoles mixtes dans les années 1970. On pourrait même remonter encore plus loin et voir que c'est avec la Première Guerre mondiale que de nombreuses femmes investissent pour la première fois des métiers d'hommes. Il ne faudrait pas croire par ailleurs que mai 68 a tout bouleversé d'un coup de baguette magique ! Il s'agit là d'un long processus, initié par des bouleversements économiques puis sociaux.
Catherine Xhardez : Cela dépend évidemment des pays concernés, mais on retrouve des points communs. L’une des mesures qui marche assez bien dans les pays nordiques et qui vient d’être introduite en Belgique est l’intronisation des quotas de femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises. L’idée a généré son lot de tensions et a été très décriée mais il m’apparaît légitime que des entreprises profitant d’une participation publique soient contraintes à introduire des femmes dans le processus de décision lorsque celles-ci en sont totalement absentes. Le nombre de femmes aujourd’hui diplômées en Europe est plus important que le nombre d’hommes, mais l’on constate que dans les hauts postes hiérarchiques elles restent relativement absentes. L’argument qui dit que l’on ne trouve pas suffisamment de femmes qualifiées pour ces fonctions n’est donc pas valable.
Cependant, une série de mesures plus incitatives (plans diversités) visant à promouvoir l’égalité homme-femme au sein des GRH à travers divers programmes de sensibilisation n’ont pas toujours eu les résultats escomptés. Par exemple, en dehors des pays nordiques, la plupart des réunions professionnelles se tiennent à 18h, ce qui est évidemment un frein pour les mères de famille qui doivent, le plus souvent, récupérer leurs enfants dans ce créneau horaire. En dépit de plusieurs tentatives de sensibilisation, ces pratiques ne sont pas prêtes de disparaître.
Le projet de loi actuel est censé faire la part belle à la lutte contre les stéréotypes sexistes ainsi qu'à l’instauration de sanctions pour les entreprises ne respectant pas l’égalité professionnelle. Pensez-vous que ces mesures peuvent porter leurs fruits ?
Louis Maurin : Je ne pense pas qu'il soit vraiment utile de se prononcer sur de simples projets législatifs. Si l'on parle néanmoins de la lutte contre les stéréotypes, cela va, à mon avis plutôt dans le bon sens. Il ne faudrait pas évidemment que la loi devienne potentiellement abusive, en instaurant par exemple des comités de censure de la publicité, mais cette éventualité ne doit pas nous interdire non plus de réguler certaines choses.
Catherine Xhardez : Je pense que la lutte contre les stéréotypes est effectivement fondamentale, dans le sens où ils sont un obstacle conséquent à l’évolution des consciences. On réalise qu’en dépit de preuves toujours plus nombreuses de la légitimité professionnelle des femmes, les clichés hérités de l’enfance perpétuent les écarts. La question de l’éducation est ici centrale puisqu’elle permet de s’attaquer aux racines du problème. Il est difficile cependant d’estimer pour l’instant les résultats d’une telle politique, cette de
L’outil législatif vous apparaît-il comme le plus efficace pour remplir cet objectif ?
Louis Maurin : J'ai l'impression que ce serait déjà beaucoup d'utiliser réellement l'arsenal juridique déjà existant. Finalement, on peut se demander si ce projet de loi est véritablement utile après les textes de 1983, 2000, 2006 et 2010. S'assurer que les sanctions déjà prévues soient appliquées me semblerait bien plus efficace que de se réfugier dans les discours et les codes de bonne conduite. Ce projet de loi aurait d'ailleurs eu intérêt à se pencher davantage sur ce problème majeur que représente le temps-partiel (occupé à 82% par des femmes, NDLR) qui est un élément très structurant des inégalités de sexe aujourd'hui.
Catherine Xhardez : Il est encore une fois difficile de quantifier sérieusement ces résultats, mais la plupart de ces lois ont été pensées dans une logique transitoire, le but n’étant pas de les graver dans le marbre à tout jamais. Pour l’exemple des quotas, il est évident qu’ils ne sont pas fait pour durer, l’objectif étant ici de rétablir un équilibre. Le principal problème est de mesurer les effets de ces lois au quotidien et d’arrêter de croire qu’elles sont des baguettes magiques qui changeront tout du jour au lendemain.
Peut-on dire que le fait de directement légiférer sur l'égalité homme-femme a pu générer des effets pervers ?
Louis Maurin : Je pense encore une fois que ces lois n'ont pas vraiment eu d'impact déterminant, dans un sens comme dans l'autre. On peut cependant affirmer qu'il ne faudrait pas, au nom de cette lutte pour l'égalité, oublier que ce qui pénalise le plus les femmes, ce sont de fait les inégalités sociales : entre homme et femmes nous sommes dans un rapport de 1,3 alors qu'entre une femme cadre et une femme ouvrière on entre dans un rapport de 1 à 3. Une politique de lutte contre les inégalités ne peut pas, par essence, traiter ces deux faits séparément. Si on oublie cela, on oublie tout en quelque sorte.
Catherine Xhardez : Je ne pense pas vraiment qu'il y ait de conséquences négatives L'amélioration des écarts salariaux, des conditions professionnelles ainsi que le recul des stéréotypes sexistes ne sont pas pour moi des effets pervers.
Quels sont les secteurs professionnels où l’on constate aujourd’hui le plus d’écarts ? Quels enseignements en tirer ?
Louis Maurin : Plusieurs secteurs engagent désormais un taux important de femmes, en particulier la communication (80%) l'administration bancaire (56%) le droit/fiscalité (69%) la comptabilité (57%) et la gestion (63%). A l'inverse on trouve relativement peu de femmes dans l'automobile (21%) et la métallurgie (20%). Il faut ajouter par ailleurs que les trois emplois "féminins" qui se développent le plus sont vendeuse, assistante maternelle et femme de ménage. On note par ailleurs, de manière plus générale, un élargissement significatif du champ professionnel féminin aux métiers de la médecine et du commerce.
Pour ce qui concerne les postes au sein d'une même entreprise, une étude de l'APEC baptisée "Le salaire des femmes cadres (mars 2013)" nous donne plusieurs éléments intéressants. Ainsi les postes de direction générale (+14%), de direction de R&D (+17%), direction informatique (10%) témoignent d'une certaine féminisation bien que certains postes restent très majoritairement masculins (direction d'unité industrielle, services techniques...)
Catherine Xhardez : On sait qu’il y a une surreprésentation des femmes dans les métiers du « Care » (métiers de la santé, éducation…) mais parallèlement, c’est important de le signaler, on trouve une sous-représentation des hommes dans plusieurs professions (métiers de la petite enfance notamment). Les métiers manuels restent eux largement masculins, bien que ce fait repose encore sur des stéréotypes : des études ont ainsi démontré que les infirmières portaient tout autant que les dockers sur les ports.
L’égalité homme-femme, en particulier l’égalité salariale, s’est améliorée progressivement sur les vingt dernières années. Peut-on en déduire que nos sociétés sont en train de se porter naturellement vers cette égalité ?
Louis Maurin : Même s'il y a eu progression, on note que sur les 15 dernières années l'évolution du salaire à temps plein des femmes par rapport aux hommes est stable. Autrement dit, ce rapprochement vers l'égalité s'est enrayé. Ce fait est d'autant plus frappant que pendant ce temps les femmes ont continué à être de plus en plus diplômées, bien que je ne souhaite pas lancer ici le débat sur les diplômes filles/garçons, qui est bien plus complexe que ce que l'on pense. Cette stagnation de l'écart des salaires s'explique à mon sens par deux éléments : tout d'abord une certaine solidarité masculine qui persiste dans la haute hiérarchie, ensuite une baisse du taux de féminisation dans certains secteurs (dont l'informatique).
Catherine Xhardez : Si elles se portent vers l’égalité c’est justement grâce aux différentes législations qui ont été adoptées. Je ne parlerais donc pas d’évolution naturelle, d’autant plus que les chiffres de l’égalité salariale à compétences égales sont à observer de façon vigilante. S’il y a effectivement eu une progression, on oublie de parler de certains pièges, dont le temps partiel et l’attribution des avantages extra-légaux (voiture de fonction, vacances…) qui sont, d’après les quelques chiffres dont on dispose, principalement à l’avantage des hommes.
rnière s’inscrivant dans le très long-terme.
Peut-on dire que « tout est foutu ? »
Peut-on dire que « tout est foutu ? »
Parfois, nous avons un peu le sentiment d’être quelque part entre le 20 mai et le 14 juin 1940, en pleine débâcle militaire, quand le président du Conseil Paul Reynaud proclamait en vain : "Je crois au miracle car je crois en la France". Ou bien, avec le Général de Gaulle à Baden-Baden, un sinistre 29 mai 1968: "Tout est foutu, Massu!"désastre sont en effet réunis : une épouvantable catastrophe économique, une phénoménale impuissance politique, la tragédie du déchirement de la société française. Qui est responsable ? Une classe dirigeante qui depuis le début des années 1980, par aveuglement et instinct grégaire, a précipité le pays dans une double fuite en avant : la bruxellisation, c’est-à-dire le placement sous tutelle rigide des nations européennes et la suppression de leurs frontières au profit d’une grande ouverture et d’une fragmentation de la société. La dissidence a été peu à peu réduite à néant. Les grandes voix isolées et prophétiques se sont tues en particulier, en France, celles de Philippe Séguin, décédé après avoir été marginalisé, et de Jean-Pierre Chevènement, quasi-disparu. Toute contestation du processus s’est trouvée diabolisée et neutralisée par la création de puissants partis repoussoirs auxquels le système politico-médiatique renvoie toute velléité de contestation. Les rares voix lucides, dans ce pays, sont placées sous l’éteignoir médiatique : Nicolas Dupont Aignan, Jacques Myard, Thierry Mariani… Bref, tout paraît bloqué, verrouillé, cloisonné. « Garder espoir », n’est-ce qu’une formule de convenance, à laquelle plus personne ne croit ? On se dit, avec André Tardieu, que « rien de ce qui est humain n’est définitif » (pardon, je me souviens avec certitude l’avoir lu, mais je n’ai pas noté la référence), ou bien avec Napoléon, à Sainte Hélène « La force de l’inconnu est incommensurable » (Las Casas). Bref, il reste forcément de l’espoir, quelque part masqué derrière le caractère imprévisible, erratique de l’histoire, comme dans toutes les situations qui paraissent les plus désespérées, même s’il est impalpable, invisible aujourd’hui, sauf pour les naïfs ou les victimes de manipulation.
François Hollande limoge sa ministre de l'Écologie
Le président socialiste français François Hollande a tranché dans le vif en renvoyant mardi sa ministre de l'Écologie, Delphine Batho, qui contestait à voix haute une importante réduction des crédits de son ministère dans le projet de budget 2014.
Cette mini-crise, sur fond de rigueur budgétaire, met en difficulté les deux ministres écologistes du gouvernement socialiste, qui ont annoncé dans l'urgence une réunion mardi soir. L'une des deux, Cécile Duflot, avait soutenu Delphine Batho après sa déclaration-choc.
«C'est un mauvais budget», avait déclaré sur la radio RTL Mme Batho, 40 ans, enfreignant frontalement le principe de solidarité gouvernementale en vigueur en France.
Réputée pour son sérieux et sa discipline, Mme Batho réagissait à la baisse de 7 % de ses crédits prévue l'année prochaine. Son ministère de l'Écologie est ainsi l'un des plus sévèrement touchés par les économies que le gouvernement veut réaliser afin de contenir le déficit public à 3,5 % du PIB, contre 2,9 % initialement prévus, conformément aux attentes de Bruxelles.
Reconnaissant que «la situation budgétaire est extrêmement difficile», la ministre avait ajouté qu'il fallait «désormais se poser la question : l'écologie est-elle «bien une priorité»? «Est-ce qu'on a la capacité de passer du discours aux actes?».
«Le président de la République a mis fin aux fonctions de Mme Delphine Batho et a nommé M. Philippe Martin (NDLR: un député socialiste), ministre de l'Écologie, du développement durable et de l'énergie», a annoncé quelques heures plus tard la présidence de la République.
C'est la première fois depuis son élection en mai 2012 que le président François Hollande limoge l'un de ses 37 ministres. En mars, l'ex-ministre du Budget Jérôme Cahuzac, mis en cause par des médias, avait démissionné de lui-même, avant d'avouer quelques jours plus tard qu'il détenait un compte non déclaré à l'étranger, ce qui lui a valu une mise en examen (inculpation) pour blanchiment de fraude fiscale.
Les écologistes se réunissent
Le renvoi rapide de Delphine Batho ne marque pas forcément la fin de la crise politique ouverte en France sur fond de prévisions économiques pessimistes, alors que Bruxelles exige un retour du déficit public français à 3 % fin 2015.
Les deux ministres écologiques du gouvernement socialiste, Cécile Duflot (Logement) et Pascal Canfin (Développement) devaient se réunir mardi soir pour une «analyse politique de la situation» avec le responsable de leur parti EELV, Pascal Durand.
Avant l'annonce du renvoi de Mme Batho, sa collègue Cécile Duflot avait déclaré à l'AFP : «Je l'ai vue ce (mardi) matin, nous travaillons ensemble. Elle sait qu'elle peut compter sur mon soutien pour que le gouvernement traduise dans les faits la transition écologique».
Habituel aiguillon et trublion d'EELV (Europe Écologie - Les Verts), le député et ex-journaliste Noël Mamère a suggéré une vraie «réunion de crise» sur la participation des écologistes au gouvernement.
Le renvoi de Mme Batho intervient alors que dans le passé, des ministres avaient déjà pris ouvertement le contre-pied du gouvernement.
Responsable du Redressement industriel, Arnaud Montebourg, connu pour ses prises de position contre la mondialisation, avait reproché en privé au premier ministre de gérer la France comme un «conseil municipal». Des propos jamais démentis par Jean-Marc Ayrault. «Un outrage d'un ministre à son chef du gouvernement qui reste à l'heure actuelle sans conséquence», avait commenté le quotidien Le Monde.
Le premier ministre, dont le remplacement était encore évoqué il y a quelques mois, avait réussi à restaurer sa crédibilité ces dernières semaines. «Il n'y a plus de couacs (fausses notes)», se félicitait il y a quinze jours devant l'AFP l'un de ses ministres.
Quel prix paieront les Etats-Unis pour l’espionnage global ?
Une nouvelle tentative des Etats-Unis de se doter de la suprématie mondiale, cette fois dans le domaine de l'intelligence technique, s’est transformée en gros problèmes. Le scandale lié à l’espionnage des Etats-Unis a reçu un nouvel élan, cette fois de l'Est. C’est le Japon qui demande des explications sur les écoutes de son Ambassade à Washington.
Une question se pose maintenant : comment établir des relations avec un partenaire qui n’inspire plus confiance. Comme le suggère par l'expert allemand spécialisé en sécurité informatique à l'Université libre de Berlin Sandro Gaycken, l'incident lié à la surveillance des hommes politiques originaires de l’UE risque de poser obstacle à la coopération économique américano-européenne.
« Ce n'est pas une surprise que les États-Unis espionnaient les Européens », explique l’expert. « Nombreux étaient ceux qui suspectaient qu’une telle activité était menée. Mais il est très frustrant lorsque les Alliés mènent une telle activité. De nombreux hommes politiques s’inquiètent quant à la question quelle est l'ampleur réelle de la surveillance et, surtout, dans quel but elle était effectuée. Dans le cas de l’UE par exemple, il n'est pas clair si
l'espionnage pourrait servir d'objectif pour la lutte contre le terrorisme. Il y avait probablement d'autres raisons - le désir d'influencer la diplomatie, les processus de négociation. Par exemple, le prochain accord sur le libre-échange entre les Etats-Unis et l'UE. Si c'est le cas, cette affaire pourrait certainement compliquer les relations euro-américaines ».
l'espionnage pourrait servir d'objectif pour la lutte contre le terrorisme. Il y avait probablement d'autres raisons - le désir d'influencer la diplomatie, les processus de négociation. Par exemple, le prochain accord sur le libre-échange entre les Etats-Unis et l'UE. Si c'est le cas, cette affaire pourrait certainement compliquer les relations euro-américaines ».
Une telle réaction est plus fréquente dans la partie occidentale de la communauté mondiale. Dans le cas du Japon, il ne faut pas s’attendre à un scandale. La surveillance de Tokyo par les Etats-Unis – c’est une touche au portrait de la politique étrangère américaine, analyse le directeur du Centre des expertises géopolitiques, le politologue Valeri Korovine.
« Le Japon a été humilié par les Etats-Unis en 1945, deux bombes nucléaires ont été jetées sur son territoire. Des bases militaires américaines s’y trouvent et il faut parler de l'absence de la politique souveraine au Japon. La nouvelle que l'Ambassade du Japon était écoutée par les Américains est certes désagréable, mais dans un sens global, cette situation n'affecte pas les relations américano-japonaises. Le Japon restera un pays occupé pour un certain temps. Mais l’opinion publique japonaise pourrait provoquer des déclarations plus sévères contre la présence américaine, qui sont déjà en place. Ce qui n’est pas une réaction suffisamment active ».
Autre chose, si dans la prochaine publication des « Secrets d'Edward Snowden » on retrouve des informations sur l'espionnage électronique américain contre la Chine. Il n’y a aucun doute que cet espionnage a lieu et la récente vague de récriminations réciproques entre Washington et Pékin en sont la confirmation. La discussion de ce conflit sur la scène mondiale peut considérablement exacerber les relations entre la Chine et les États-Unis, est persuadé le directeur adjoint de l'Institut des études sociales et politiques de l’Académie des Sciences de Russie Wilen Ivanov.
« Cela peut susciter une réaction plus appropriée. Objectivement, la rivalité entre les Etats-Unis et la Chine gagne du terrain. La Chine, en tant qu’une superpuissance, est presque indépendante du partenariat économique avec les États-Unis. Pékin a certes ses propres intérêts économiques par rapport aux États-Unis, mais la réponse de la Chine sera plus sévère ».
Les experts ajoutent que la Russie aura une bonne occasion de profiter de cette situation Comme l'a noté Valeri Korovine, Moscou peut stimuler la discussion sur le thème de l'espionnage mondial des États-Unis sous l'action des organisations et des fondations à but non lucratif étrangères. Si Washington proteste, les Etats-Unis confirmeront leur étiquette hypocrite, surtout dans le contexte de la critique actuelle des autorités russes par rapport à l’activité des ONG.
L'ancien homme d'affaires était reçu sur France 2 après ses 4 jours de garde à vue et sa mise en examen dans l'affaire d'arbitrage Adidas.
ET POURQUOI TAPIE SERAIT UN VOYOU ?
PARCE QUE TOUTE LA FRANCE EST JALOUSE.
JALOUSE DE TOUT ET DE TOUS CEUX QUI RÉUSSISSENT.
L'ARGENT EST SALE DANS CE PAYS DÉCADENT.
PARCE QUE TOUTE LA FRANCE EST JALOUSE.
JALOUSE DE TOUT ET DE TOUS CEUX QUI RÉUSSISSENT.
L'ARGENT EST SALE DANS CE PAYS DÉCADENT.
mardi 2 juillet 2013
Dérisoire gadget
Dérisoire gadget
Tiens, la nouvelle politique du weekend, c’est l’adoption du principe des primaires par l’UMP, 4 ans à l’avance, sans doute pour départager M. Fillon et M. Copé en 2017. Je suis triste de dire cela, mais les politiciens actuels (de tous les partis), ceux qui se débattent dans le champ politico-médiatique, sont comme des moucherons dans la lumière des phares. La perspective de devenir président de la République en 2017 les rend fous, ils ne pensent plus qu’à cela. Ils se foutent de la France, et d’ailleurs se montrent rigoureusement incapables de formuler la moindre proposition pour elle. L’Elysée se présente désormais comme le symbole, non plus du pouvoir, mais de la tragédie française, incarnant le rêve mégalomaniaque de personnages sans envergure, sans caractère ni vision. Le régime politique actuel n’est plus qu’un avatar de la Vème République dans ses heures de gloires et la présidence croupion au cœur de cette déchéance. La présidence de la République souveraine, lamonarchie républicaine est faite pour les hommes de l’histoire et non pour les politichiens. Désormais, il est urgent et indispensable d’en revenir à des institutions équilibrées, autour d’un président arbitre, incarnant l’unité nationale, et un Premier ministre, responsable devant le Parlement, qui gouverne et dirige le pays au quotidien. Vous verrez qu’on n’en sortira pas autrement.
Le poids de l’immigration sur l’insécurité
Le poids de l’immigration sur l’insécurité
Les statistiques officielles qui dérangent
C’est un sujet interdit en politique. Si l’on établit un rapport entre immigration et délinquance on est accusé d’être un raciste pur et dur théorisant sur les prédispositions génétiques à la criminalité (voir le procès Zemmour). Des statistiques officielles existent pourtant bel et bien. Avec d’énormes précautions et circonvolutions, dans un jargon parfois illisible et indigeste au possible, avec force tableaux et graphiques, le dernier rapport de l’Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales démontre à nouveau le poids de l’immigration sur l’insécurité. Il y a bien une sur-représentation des étrangers dans la délinquance française.
L’Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales vient de rendre publique une étude dans laquelle figurent des statistiques concernant les nationalités des personnes mises en cause pour des crimes ou délits à Paris en 2009 et 2010. Sans grande surprise, cette étude établit de manière incontestable la forte proportion d’étrangers dans l’ensemble des crimes et délits commis sur notre territoire : près d’un tiers. Alors que cette étude ne permet pas de distinguer parmi les délinquants et criminels de nationalité française ceux qui le sont de fraîche date ou dont l’assimilation est catastrophique depuis des années.
Des chiffres restés très discrets et difficiles à avaler pour tous les chantres UMPS du multiculturalisme et de l’immigration de masse. Les chiffres bruts sont sans appel : en ce qui concerne les atteintes aux biens (dont les vols), le nombre d’étrangers mis en cause pour ce type d’infractions a augmenté de 48,3 % entre 2008 et 2011.
L’Observatoire offre par ailleurs un panorama par nationalité. Les nationalités les plus couramment représentées parmi les personnes mises en cause sont les Roumains, les Marocains, les Algériens, les Tunisiens, les Africains et les ressortissants de l’ex-Yougoslavie. Les Roumains sont le groupe de personnes le plus représenté et dont la part parmi les personnes mises en cause est en plus forte progression. Le nombre de mis en cause venus de Roumanie a très fortement augmenté entre 2008 et 2010, de 144,5 % pour les vols sans violences, de 168,1 % pour les vols avec effraction et de 153 % pour les vols à la tire dans la zone police. Cette accélération fait notamment suite à l’entrée de la Roumanie dans l’Union européenne à partir du 1er janvier 2007, où de nombreux réseaux ont profité de l’ouverture pour se développer en France.
En ce qui concerne les Tunisiens, l’Observatoire notait l’année dernière un pic très marqué fin 2010-début 2011, conséquence directe ou indirecte de la révolution.
L’Observatoire marche sur des œufs
Prudente mise en garde (il y en a à chaque page) quant au résumé de ces chiffres : il s’agit des personnes « mises en cause » par la police, et non des personnes effectivement condamnées. « Il s’agit d’un concept statistique qu’on ne peut confondre en aucun cas avec la notion de culpabilité », prévient l’Observatoire de manière surprenante. Est « mise en cause » une personne dès lors que des policiers ou les gendarmes considèrent qu’il existe « des indices ou éléments graves et concordants de culpabilité, attestant sa participation à la commission de l’infraction ». A part ça, rien à voir avec une quelconque culpabilité ! Il est vrai que le laxisme judiciaire et carcéral de Taubira qui ne peut qu’encourager le sentiment d’impunité et le passage à l’acte, est passé par là.
Les femmes mineures multi mises en cause sont essentiellement originaires de Roumanie ou d’Europe balkanique. Les autres nationalités présentent des nombres de filles mineures très faibles. La part des hommes majeurs est
élevée pour les « multi-mis en cause du Maghreb » (73,3%) et les multi-mis en cause d’Afrique hors Maghreb (65,1%).
Le rapport relève que le pourcentage des étrangers détenus est plus important que dans l’ensemble de la population (incriminations pour séjour irrégulier comprises).
En 2013, on ose à peine risquer un timide rapport avec mille précautions entre délinquance et immigration. Le nier depuis des décennies est pourtant un mensonge qui a des conséquences dramatiques sur la vie de nos citoyens au quotidien. Un mensonge qui a la vie dure, avec lequel, à l’exception du Front national, refusent toujours de rompre l’ensemble de nos pseudos-élites et autres planqués de la bien-pensance.
Bonnes (mais toxiques) intentions : la taxation des CDD n’améliorera ni la situation des travailleurs précaires, ni celle du marché de l’emploi
Comme le prévoit l’accord de sécurisation de l’emploi négocié entre les partenaires sociaux en janvier 2013, le fait recourir aux contrats à durée déterminée sera davantage taxé à compter de ce lundi. A compter du 1er juillet 2013, la cotisation patronale à l'assurance chômage sera portée de 4% à 7% pour les CDD d'une durée inférieure à un mois et à 5,5% pour les CDD d'une durée comprise entre 1 et 3 mois.En échange, le patronat réclame 3 mois de cotisations exonérés, pour chaque nouveau CDI. S’agit-il d’un bon compromis ? Pourquoi ?
Eric Verhaeghe : Précisons d'abord que ce ne sont pas tous les CDD qui seront surtaxés, mais seulement les CDD sur des "postes nouveaux", pour aller vite. La nuance est importante parce qu'elle sous-entend plein de choses.
D'abord une complexité supplémentaire: pour échapper à la taxation, il faut se lancer dans des tas d'explications et de justifications qui me paraissent très contraires au choc de simplification qui devait se produire en urgence pour aider les entreprises, surtout les plus petites.
Ensuite, dans quel cas une entreprise recrute-t-elle un CDD pour faire face à des missions nouvelles? Le plus souvent, et c'est très vrai dans les TPE et les PME, lorsqu'elle bénéficie d'un nouveau marché ou qu'elle a rentré une nouvelle affaire, sans savoir si cela va durer ni quelles seront ses marges. Le CDD sur un poste nouveau s'explique généralement parce qu'on essuie les plâtres et qu'on n'est pas bien sûr de stabiliser son chiffre dans les mois qui suivent. En ce sens, c'est un outil de flexibilité qui épaule efficacement les stratégies innovantes ou commerciales des petites entités. Imposer une surtaxation sur cet outil est un frein de plus au coup de collier que les entrepreneurs ont envie de donner pour relancer la machine à prospérité.
Entendons-nous bien : je comprends bien l'impératif de rééquilibrage des comptes de l'assurance-chômage. Quand on sait que l'essentiel des inscriptions à Pôle Emploi s'explique par une sortie de CDD, je ne trouve donc pas absurde l'idée de renchérir leur coût. Cela participe d'une gestion intelligente du risque. Simplement, il faut que ce mécanisme s'accompagne de contreparties... qui n'apparaîtront qu'au moment de la renégociation, cet hiver, de la convention d'assurance-chômage. Sur ce point, il faut quand même souligner l'étrange méthode qui consiste à imposer d'emblée des concessions, 4 ou 5 mois avant le début des négociations, aux employeurs. Cela biaise complètement le déroulement même du processus.
Mais qu'importe! vous me demandez si les 3 premiers mois de CDI exonérés de cotisations constituent une bonne contrepartie. Là encore, prenons les choses dans l'ordre. Est-ce parce que les CDD de moins de 3 mois vont coûter plus cher que les embauches en CDI vont se développer? Sauf à laisser penser que l'employeur, de façon déloyale, va recruter en CDI avec la certitude de mettre fin à la période d'essai, ce qui rendra le CDI moins cher que le CDD pour une durée courte, cette idée n'a pas de sens. On ne décide de recruter un CDI plutôt qu'un CDD simplement pour une histoire de 1,5% de surcoût. Le passage au CDI coûte bien plus cher que cela, et je ne vois pas, surtout en l'état de la crise, quelle PME ou quelle TPE décide de recruter un CDI sans une vision à long terme de son activité. Vision que très très peu de patrons ont aujourd'hui.
Gilles Saint-Paul : L'idée de base est qu'une entreprise qui licencie un salarié ne prend pas en compte le fait que ceci représente un coût pour l'assurance chômage. Il y a donc un réel argument économique pour taxer les CDD. Je n'en suis pas moins sceptique quant à cette idée. Les CDD sont le seul moyen actuel pour les entreprises d'embaucher un travailleur à l'essai sans avoir à payer les coûts considérables que représenteraient son licenciement au cas où celui-ci se révélerait inadéquat.
La prolifération des CDD n'est que le symptôme de la rigidité du marché du travail français. Par ailleurs l'argument concernant le coût de l'assurance chômage s'applique également aux embauches non effectuées, et la taxe sur les CDD aura un impact négatif sur celles-ci. D'où l'idée de la compenser par une subvention à l'embauche en CDI, ce que réclame le patronat. Mais je ne crois pas qu'une telle subvention ait des effets très forts, elle est en effet faible au regard du coût de licencier un travailleur en CDI.
Après le premier volet de l’accord qui prévoyait plus de flexibilité, la loi prévoit donc également certaines contraintes. Si l'on compare aux exemples étrangers, de la contrainte ou de la flexibilité, qu’est-ce qui est le plus efficace pour débloquer le marché de l’emploi ?
Gilles Saint-Paul : Il est clair que les pays flexibles comme le Royaume-Uni ou la Suisse ont une performance supérieure en matière d'emploi. Dans un marché fluide, la perte d'emploi a des conséquences moindres et la demande sociale pour la protection de l'emploi est plus faible. La France est dans un cercle vicieux où l'accumulation des contraintes réglementaires décourage l'embauche, ce qui incite les gens à s'accrocher à leur emploi et à réclamer des protections supplémentaires, qui au final ne font que réduire encore l'embauche.
Eric Verhaeghe : Je ne sais pas qui vous dira que la contrainte est meilleure que la flexibilité, bien entendu. Maintenant, il me semble quand même que les exemples étrangers où ça marche s'appuient sur une logique préventive: ils multiplient les dispositifs qui préservent le plus longtemps possible le contrat de travail. L'emblème de cette stratégie est le "Kurtzarbeit" allemand, qui fonctionne de façon très simple: quand l'entreprise subit une baisse d'activité, elle met ses salariés au chômage partiel. L'assurance-chômage prend alors en charge le salaire de remplacement, et l'entreprise continue à payer des cotisations sociales, pour éviter de créer un déficit de la sécurité sociale. En France, on fait exactement l'inverse: en cas de chômage partiel, l'entreprise continue à payer une part importante du salaire, parce que l'UNEDIC, gérée par les partenaires sociaux, refuse de se substituer à elle! en revanche, le patron ne paye plus de cotisations sociales, ce qui creuse le déficit de la sécurité sociale. Tout est donc fait pour encourager l'employeur à licencier ses salariés en cas de gros temps.
Quelles sont les avantages et les effets pervers de chacune de ces deux méthodes ? Faut-il s'inspirer des autres modèles européen ?
Eric Verhaeghe : Personnellement, je ne crois pas à la flexibilité. Cette idée que tous les salariés sont interchangeables et peuvent être virés un jour, remplacés le lendemain, me paraît une aberration totale. Une entreprise a besoin de salariés motivés, qui croient en son projet et qui adhèrent à ses valeurs. Je vois mal comment un salarié peut se considérer comme un partenaire utile de son entreprise si celle-ci lui envoie le message, ne serait-ce qu'implicite, de sa dépersonnalisation structurelle: tu travailles pour moi comme un robot, et l'entreprise n'attend rien de toi en particulier, sinon l'application de procédures standard qui te déresponsabilisent complètement. Cette vision-là ne me paraît pas tenir la route. Je sais qu'elle est assez développée en France, ce qui me semble expliquer le désespoir de beaucoup de salariés.
Je crois beaucoup plus à l'agilité de l'entreprise, c'est-à-dire à sa capacité à réagir vite et bien en cas de changement conjoncturel. Cela suppose une véritable adhésion des salariés, et un management compétent qui rentre en contact, en relation effective (c'est-à-dire pas seulement hiérarchique ou descendante) avec ses équipes pour les entraîner dans un virage impromptu. Ce faisant, j'explique aussi pourquoi l'agilité est peu présente dans les esprits français: l'acte managérial n'est pas une spécialité locale.
Gilles Saint-Paul: Le système actuel fondé sur le dualisme CDD/CDI a des inconvénients. Certains travailleurs sont très protégés tandis que d'autres sont condamnés à la précarité. Les entreprises ont peu d'incitations à investir dans la formation de ces derniers. Les syndicats ne représentent pas les intérêts des travailleurs précaires et peuvent d'autant plus être tentés de réclamer des hausses de salaires néfastes à l'emploi que les employés en CDD seront les premiers à perdre le leur. Néanmoins, un CDD est une meilleure base pour obtenir un CDI que le chômage, et cette situation résulte d'un compromis politique entre les employeurs qui veulent un volant d'ajustement de la main-d'oeuvre et les syndicats qui ne veulent pas lâcher leurs avantages acquis pour faire de la place aux chômeurs et autres outsiders. Pour cette raison je ne crois pas au "contrat unique" prôné par de nombreux économistes qui serait plus flexible que le CDI mais plus rigide que le CDD.
Il y a deux modèles qui semblent viables. Le modèle anglo-saxon avec des syndicats peu puissants, un marché du travail concurrentiel et des travailleurs peu protégés.Dans un tel modèle la probabilité relativement élevée de perdre son emploi est compensée par le dynamisme du marché du travail. Le modèle scandinavo-germanique où les syndicats sont forts mais coopèrent avec le patronat et prennent mieux en compte les intérêts des chômeurs et les réalités de la conjoncture est aussi viable.
Les entreprises peuvent-elles vraiment s’autoréguler sans intervention de l’Etat ? Étant donné la faiblesse des syndicats en France, le risque n’est-il pas de laisser les salariés à la merci de leurs employeurs ?
Gilles Saint-Paul : Les français craignent qu'une libéralisation du marché du travail ouvre la porte à l'exploitation. Pourtant leurs homologues anglais ou américains ne sont pas plus pauvres, loin de là. Le pouvoir d'achat des Français est de 10 % inférieur à celui des Britanniques et notre taux de chômage est plus élevé. Il n'y a donc aucune raison de penser que les salariés finissent à la merci de leur employeur. S'ils peuvent avoir à souffrir d'un employeur particulier, il leur sera en revanche plus facile de le quitter pour en trouver un autre. Nos multiples avantages (35 heures, formation professionnelle, 1% logement, etc...) ne sont pas gratuit et se payent in fine sous la forme d'une réduction du pouvoir d'achat des salariés.
Eric Verhaeghe : Vous posez utilement la question de la "compliance", c'est-à-dire la question de la capacité d'une entreprise à se conformer à des règles sans gendarme derrière le patron pour l'y obliger. Et c'est vrai que c'est un sujet majeur pour les entreprises françaises aujourd'hui. La compliance exige d'abord de la transparence: le management de l'entreprise doit fournir à l'assemblée générale des actionnaires toutes les explications nécessaires sur la façon dont il applique les règles propres à une bonne gestion. Les Anglais appellent cela la soft law. Dans cette soft law, je place la mise en en place d'une gestion intelligente du dialogue social, c'est-à-dire le respect sincère du dialogue avec les salariés.
Les entreprises françaises sont-elles prêtes à franchir cette étape? Je lis régulièrement des discours émanant d'organisations auto-proclamées représentatives des PME particulièrement contraires à cette évolution, ce qui pose un vrai problème sur la capacité des entreprises françaises à se réinventer dans la crise. Si le code AFEP-MEDEF a franchi un vrai saut, récemment, sur ce sujet, pour les entreprises cotées en bourse, le sujet reste entier pour les autres. Sur ce point, je crois qu'il faut être limpide: on ne pourra pas avoir le beurre et l'argent du beurre, c'est-à-dire la diminution du rôle de l'Etat et l'obstruction à toute réforme de la gouvernance des entreprises.
Comment simplifier le code du travail français réputé pour sa complexité sans pour autant fragiliser les salariés ?
Gilles Saint-Paul : Une telle réforme ne fragiliserait que certains salariés et uniquement à court terme. Il s'agit de ceux qui occupent des emplois qui disparaîtraient si leurs employeurs étaient libre de gérer leur entreprise comme ils l'entendent. On peut envisager d'"acheter" le soutien de ces opposants potentiels à une réforme en leur proposant une compensation financière forfaitaire. Ce type de mesure (justifiées au nom du réalisme politique, non pas de la stricte équité) a déjà été mis en place par le passé, par exemple lors de la fermeture de chantiers navals en Espagne. On peut aussi envisager à plus long terme de changer la logique de notre système d'assurance en remplaçant l'assurance-chômage et la protection de l'emploi par une assurance sur les pertes de salaires liées à l'obsolescence des qualifications.
Eric Verhaeghe : Je suis un grand adepte du dialogue social d'entreprise, mais d'un dialogue sincère et performant. Cela ne signifie nullement la co-gestion, qui est une absurdité. Cela signifie plutôt le partage des objectifs de l'entreprise avec les salariés. Pour y parvenir, il faut que les partenaires sociaux au sein de l'entreprise aient la faculté de fixer des normes sociales acceptables pour le fonctionnement de l'entreprise. Pour les TPE, je suis favorable à la généralisation du mandatement, qui permet de mandater un salarié pour négocier des accords sans création d'une section syndicale.
Si nous disposions de ces outils, nous pourrions envisager une vraie simplification du code. Le problème aujourd'hui tient à un musellement de la parole patronale par des organisations qui n'ont de représentatif que la prétention. Le MEDEF, comme la CGPME ou l'UPA se vivent d'abord comme co-rédacteurs du Code du Travail, et non comme simplificateurs. C'est pour cette raison que je suis favorable à l'instauration d'une concurrence dans la négociation des accords nationaux, comme cela existe déjà dans les branches. Dans la branche du cinéma, par exemple, coexistent deux accords: l'un négocié par la CGT, très favorable, paradoxalement, aux majors, et l'un négocié par la CFDT, plus favorable aux petits producteurs. Il faut laisser à chacun le choix de sa convention collective. Et, au niveau national, il faut laisser à chacun le choix de son accord interprofessionnel.
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