vendredi 22 février 2013
Hollande en Grèce : Retour vers le futur
La DeLorean du film des années 80 n'est pas le seul moyen de faire un retour vers le futur. Parfois il suffit juste de prendre l'avion pour aller en Grèce. C'est ce que fait aujourd'hui François Hollande. En se rendant dans le pays martyr des turpitudes du FMI et de la Commission de Bruxelles, il découvre un pays s'infligeant les mêmes remèdes de savant fou que ceux qu'il est en train d'imposer à la France.
Et avec quel résultat ? La Grèce est en pleine récession avec un PIB qui a encore chuté de 6,4% en 2012 et un taux de chômage qui vient de franchir la barre historique des 27% ! Le pays n'a pas seulement perdu 5 ans depuis le début de la crise mais est en train de faire un bond en arrière de 30 ans. Un minimum de pragmatisme devrait faire comprendre à toute personne raisonnable qu'une telle voie mène droit au précipice. La Grèce est dans la situation de la France dans 5 ans.
D'ailleurs le fait que Monsieur Hollande annonce en Grèce que la France n'atteindra pas les 0,8% de croissance devrait être pris pour un signe du destin. Pourtant il n'est est rien. Comme Nicolas Sarkozy avant lui, François Hollande s'obstine à suivre une voie suicidaire. Toutes les expériences étrangères démontrent que la rigueur bête et méchante n'apporte aucun résultat positif. Le vrai objectif c'est d'atteindre 3% de croissance. Avec une croissance à 3% nous pourrons inverser la courbe du chômage et nous pourrons réduire les déficits grâce à l'accroissement des recettes. Tous les pays qui ont réduit les déficits sont des pays qui ont d'abord renoué avec la croissance.
Avant de rentrer à Paris, François Hollande devrait donc faire un détour par le Brésil, la Corée du Sud, l'Islande ou la Suède. Tous ces pays ont pris la direction inverse de celle de Monsieur Hollande. Et surtout, tous ces pays ont une croissance insolente comparée à la France ou laGrèce.
Si Monsieur Hollande ne comprend pas le sens de l'Histoire, il rentrera dans les manuels scolaires comme le Papandréou français.
Droit d’inventaire?
Droit d’inventaire?
Monsieur Jean-Pierre Raffarin a fait valoir son « droit d’inventaire » à propos du quinquennat précédent de Nicolas Sarkozy. Ayant gouverné la France pendant trois ans, de 2002 à 2005, l’ancien premier ministre pourrait donner l’exemple et effectuer son propre inventaire : quel souvenir reste-t-il de son long passage à la tête du pays ? Cela dit, il n’a pas tort concernant le mandat 2007-2012, mais un inventaire doit porter sur le positif comme sur le négatif. En quelques années, des réformes colossales, monumentales ont été accomplies, dans le sens de l’effort, de la remise en cause des droits acquis et de la modernisation du pays, ce qui n’était jamais arrivé depuis des décennies : retraite à 62 ans, service minimum dans les transports en publics, quasi abolition des 35 heures par l’encouragement des heures supplémentaires. En matière de sécurité, des mesures essentielles, d’un courage inouï dans l’affrontement avec la « pensée unique » ont été introduites, comme la rétention de sureté pour les criminels sexuels et les peines planchers applicables aux récidivistes. Le tandem Sarkozy-Fillon n’a pas reculé d’un pouce face à la rue, au blocage des raffineries, au risque de pénuries d’essence, la démocratie sortant victorieuse d’une épreuve de force avec les syndicats pour la première fois depuis des décennies. Toutefois, il serait irresponsable d’ignorer les erreurs qui ont été commises en parallèle, entraînant la défaite de 2012 et toutes ses conséquences pour le pays. Que s’est-il passé pour provoquer cet immense et douloureux gâchis ? Le déséquilibre dans les institutions, aboutissant à l’affaiblissement de Matignon et une surexposition de l’Elysée, des changements de caps soudains, les errements dans la communication et l’image, des choix de personnes hasardeux. Nous n’aurions jamais dû perdre en 2012, avec un soutien profond de 60% des Français qui aiment la France envers la politique appliquée. Alors que s’est-il passé ? On ne peut pas éternellement mettre la catastrophe sur le compte des seuls « médias » (que les Français, visiblement, écoutent de moins en moins), des mensonges de l’opposition, ni de tel ou tel parti : trop facile, cela n’apporte rien. Il faut au contraire dire toute la vérité, regarder le passé en face, parler aux Français comme on s’adresse à un peuple adulte. La question n’est évidemment pas d’entrer dans une logique de repentance, mais de préparer un retour au pouvoir – peut-être plus rapide que prévu, qui sait ? compte tenu de l’évolution des choses – reprendre tout ce qui a été fait d’excellent, de lucide et de courageux et laisser le reste, les loupés, sur le bas-côté comme autant de mauvais souvenirs. Voilà, tel est le fond de ma pensée en tout cas…
Montebourg-Taylor : la presse américaine se défoule
L'échange de lettres incendiaires entre le PDG américain de Titan et Arnaud Montebourg a inspiré les médias américains, qui oscillent entre «French bashing» et désaveu du patron. Revue de presse.
Le Wall Street Journal est le plus virulent. Le quotidien économique prend sans réserve la défense du PDG de Titan, dans un éditorial sous-titré «Un PDG Américain dit la brutale vérité à l'Etat français”. «M. Taylor a construit Titan à partir de rien, en a fait un important fabricant mondial de pneus pour le matériel agricole. Quand Goodyear a voulu vendre son usine d'Amiens Nord, Titan a été la seule entreprise à faire une offre. Mais l'usine est contrôlée par la CGT, syndicat d'extrême gauche que M. Taylor appelle, non sans raison, ‘le syndicat communiste.»
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| Arrogant et tellement nul !!! |
L'éditorial égratigne le ministre du Redressement productif , Arnaud Montebourg: «Pas un mois ne passe sans qu'une nouvelle usine ferme, ou que M. Montebourg ne menace un patron qui menace de fermer une usine, ou bien qu'il supplie un patron (parfois le même) de rester en France». L'éditorialiste suggère finalement de rebaptiser Arnaud Montebourg «ministre du déclin industriel.»
Le New York Times titre «Quel Brouhaha!», en Français dans le texte, et considère que la lettre du PDG a «touché au nerf» les Français. «L'inquiétude sur la baisse de la compétitivité et la politique fiscale clivante du gouvernement Hollande ont conduit certains économistes à se demander si la France ne risquait pas de devenir le prochain grand malade d'Europe.» Pour le quotidien New Yorkais, «La semaine de 35 heures, le marché du travail rigide et l'influence des syndicats sur le marché du travail ont longtemps été source d'aggravation des affaires.»
Le pure player économique Quarz que la productivité des Français est meilleure que celle des Allemands ou des Britanniques. «Le droit du travail, souvent moqué, établit la semaine de travail à juste 35 heures. Mais en incluant les heures supplémentaires, la semaine moyenne est de 39,5 heures, tout près de la moyenne de 40 heures des 17 pays de la zone euro en 2011 selon l'OCDE». Le vrai problème n'est pas la productivité française, selon Quarz, mais les demandes des syndicats de se voir garantir cinq ans de production continue.
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| Le ridicule ne tue pas, dommage.... |
Le Los Angeles Times publie un éditorial plein d'humour de Paul Whitefield, titré «Un loup du capitalisme américain contre les Français fainéants». Il brode avec ironie sur la prétendue paresse des travailleurs français dont se plaint Maurice Taylor. «En visite en France, j'ai constaté que ‘l'heure du repas' est un terme inapproprié: elle dure généralement de 11h30 à 13h30. Mais qui pourrait en vouloir aux Français? Vous, essayez donc de manger une assiette de fromage ou une salade, une baguette fraiche, peut-être un filet de sole et une assiette de fruits, le tout arrosé d'une bouteille de Bordeaux, en une heure seulement.»
Le journaliste raille ensuite la «méthode américaine» que propose le PDG de Titan dans sa lettre: acheter des pneus en Chine, payer les ouvriers moins d'un euro de l'heure et exporter les pneus en France. Puis en appelle à l'Histoire pour proposer une alternative miracle: «La grande idée d'Henry Ford était de vendre sa Ford T à un prix suffisamment bas, et en payant ses ouvriers assez bien pour qu'ils puissent se l'offrir. Ça a marché. Ça pourrait surement marcher aujourd'hui. Peut être même en France.»
La nouvelle lettre au vitriol du PDG de Titan à Montebourg
Piqué par la réponse du ministre du Redressement productif, le PDG du fabricant américain de pneus donne dans la surenchère. Washington tente de calmer le jeu.
Dans une nouvelle lettre cinglante, le PDG du fabricant américain de pneus Titan poursuit sa croisade contre le système français. Piqué par la réponse du ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, à sa première missive, le PDG américain donne dans la surenchère. Maurice Taylor qualifie notamment le gouvernement français «d'extrémiste».
Alors qu'Arnaud Montebourg avait qualifié l'homme d'affaires «d'extrémiste», la réponse du PDG a été immédiate: «L'extrémiste Monsieur le ministre, c'est votre gouvernement et son manque de connaissances sur la façon de bâtir une entreprise. A aucun moment, Titan n'a demandé de baisser les salaires. Nous avons juste dit que si on voulait être payé pour sept heures de travail, il fallait en travailler au moins six». «Pourquoi le chômage est-il si élevé en France, et particulièrement chez les jeunes? C'est à cause de la politique de votre gouvernement, Monsieur», assène encore Maurice Taylor.
Les syndicats ne sont pas épargnés par la verve acide de l'homme d'affaires américain: «Votre lettre n'a jamais mentionné pourquoi le gouvernement français n'était pas intervenu pour sauver l'activité agricole de Goodyear. Votre gouvernement a laissé les barjots du syndicat communiste détruire les emplois les mieux rémunérés», lance le PDG.
Mais l'homme d'affaires semble de plus en plus isolé dans sa critique acerbe du système français. Même Washington est sortie de sa réserve pour tenter de calmer le jeu. Le département d'Etat américain avait ainsi pris position en qualifiant de «réussite» les relations commerciales franco-américaines. «Cela ressemble à une affaire privée et pas à une question entre deux gouvernements. Mais vous connaissez notre relation avec la France, notre plus vieille alliée, nos liens larges et profonds, notamment avec beaucoup d'entreprises américaines qui réussissent en France et beaucoup d'entreprises françaises qui réussissent aux Etats-Unis», a déclaré hier la porte-parole du département d'Etat, Victoria Nuland.
Ils veulent détruire la famille
La famille a toujours été la grande ennemie des socialistes. Car elle est le creuset de l’éducation. Le lieu où se transmettent les valeurs et où se forgent les individus.
En 1981, lorsqu’ils sont arrivés au pouvoir, les socialistes voulaient “changer la société”. Cette fois tout porte à croire qu’ils ont décidé de la détruire. En s’attaquant d’abord et avant tout à cette société en miniature qu’est la famille. En sapant par tous les moyens possibles cette « institution divine qui constitue le fondement de la vie des personnes, comme le prototype de tout ordre social », comme la qualifie Benoît XVI.
La famille a toujours été la grande ennemie des socialistes. Car elle est le creuset de l’éducation. Le lieu où se transmettent les valeurs. L’endroit où se forgent les individus autour de ces piliers universels que sont l’autorité, l’ordre, le mérite et la responsabilité. Ce n’est pas un hasard si, dans la plupart des dictatures socialo-communistes, l’une des premières mesures prises constituait à séparer très tôt les enfants de leurs parents. Au nom, paraît-il, de l’égalité des chances. Avec surtout comme arrière-pensée de former des adultes, dociles, soumis et résignés à la misère matérielle et intellectuelle que leur réserve le collectivisme.
Dans les soixante propositions formulées il y a un an par le candidat socialiste, il ne figurait aucune mesure en faveur de la famille, à l’exception de l’augmentation de l’allocation de rentrée scolaire qui sert davantage à acheter un nouvel écran plat ou une console de jeux que des cartables et des trousses. En revanche François Hollande fourmillait déjà d’idées pour détruire cette réussite française qu’est la politique familiale. Avec en tête de chapitre, la suppression ou la réduction du quotient familial et l’instauration du mariage homosexuel, négation par excellence de la cellule familiale.
Le président de la République a mis moins de temps à appliquer ces deux promesses qu’à réduire le nombre de chômeurs ou qu’à freiner l’accroissement de la dette publique. Il est tellement plus facile de détruire que de construire !
Le vote de la loi inepte sur le “mariage pour tous”, sans prêter la moindre attention aux centaines de milliers de Français qui ont souhaité montrer leur attachement au modèle familial tel qu’il existe depuis le début de l’humanité, témoigne de cette volonté forcenée de détruire cette cellule constituée par un homme, une femme et leurs enfants. Une destruction qu’il symbolise à lui seul par le refus d’épouser les deux femmes de sa vie et de construire pour ses enfants une cellule familiale.
Maintenant que cette loi a été votée en première lecture par les députés, la majorité manifeste sa volonté de s’attaquer au portefeuille des familles, en affichant son désir de fiscaliser les allocations familiales. Comme si ces prestations étaient superflues. Comme si toutes les statistiques qui montrent que la naissance d’un premier enfant entraîne une perte de 10 % du pouvoir d’achat des ménages n’existaient pas. Comme s’il fallait casser à tout prix cette politique familiale qui reste l’un des derniers atouts français.
Bien sûr l’importance de la famille ne se résume pas à des questions d’argent. Bien sûr que chacun peut comprendre la nécessité de réformer un modèle social trop dispendieux. Bien sûr qu’il est aussi important pour les familles d’avoir un bon accès aux crèches, aux soins et à l’éducation. Mais pourquoi ce choix délibéré d’aller prendre 800 millions d’euros dans la poche de ces Français qui tentent d’élever leurs enfants du mieux possible ? Alors que ce montant correspond justement à ce que l’État dépense à travers l’aide médicale aux étrangers, qui est une prestation réservée aux… clandestins. Formidable appel d’air pour l’immigration illégale.
D’autant que, dès cette année, les familles vont déjà être largement mises à contribution avec la sensible réduction du quotient familial qui permet de moduler les impôts en fonction du nombre d’enfants présents dans le foyer. Bercy a eu beau déclarer que seulement 10 % des ménages allaient être concernés par ce rabotage, l’addition va se révéler salée. Il suffit que monsieur et madame aient, chacun, un salaire de 3 000 euros par mois pour se voir pris au piège de cette mesure qui va rapporter 490 millions d’euros à l’État.
Si au moins cet argent permettait d’améliorer l’éducation de nos enfants, de faire en sorte que leurs lycées ne deviennent pas des archipels d’incivilité et de les doter de davantage d’installations sportives. Mais ne rêvons pas. Cet argent va d’abord servir à verser 400 euros de prime à des instituteurs qui viennent de faire grève, et à engraisser le “mammouth” de l’Éducation nationale. Les enfants passeront plus tard. Il est décidément loin le temps où Goethe proclamait : « L’excellent est tout juste assez bon pour l’enfant. »
L’effet papillon
Il y a plus d’un an, la Roumanie a interdit la voiture à cheval sur les routes. Les bêtes, devenant inutiles, ont été abattues en nombre et vendues aux traders de la viande. Petite cause, grands effets : les lasagnes “pur boeuf mi-cheval” ont envahi les assiettes européennes.
Le consommateur grugé prend peur. Trois ministres montent au front (Agriculture, Consommation, Agroalimentaire). D’abord, le système d’alerte sanitaire est très performant en Europe. Au ministère de l’Agriculture, deux ordinateurs recensent au quotidien les alertes vétérinaires dans les vingt-sept États membres. La traçabilité de la viande congelée, d’origine roumaine, a vite été établie. Un trader néerlandais, un autre chypriote, avant d’arriver à Castelnaudary dans l’entreprise Spanghero. Sur les factures, le code douanier précisait qu’il s’agissait bien de viande de cheval, laquelle repartait étiquetée “viande de boeuf” vers l’entreprise Comigel qui cuisine les plats pour le compte de Findus et autres grandes marques.
Benoît Hamon dénonce la « suspicion » de « tromperie » chez Spanghero, d’où une suspension d’agrément sanitaire pour huit jours. C’est l’arrêt forcé de l’entreprise. Le patron plaide qu’il ne connaissait pas le code douanier mais reconnaît quelques anomalies. Le problème devient politique : Spanghero est le premier employeur de la ville, elle-même dirigée par… un maire socialiste, Patrick Maugard, très en colère. Attention danger, les municipales sont dans un an. Le patron accuse Hamon de légèreté et fait planer le spectre de la fermeture. Aux juges d’arbitrer entre une sanction méritée et l’intérêt des travailleurs qui redoutent de se retrouver au chômage.
Il n’y aurait pas de risque sanitaire, très bien. On s’interroge quand même. Proposer aux consommateurs des lasagnes farcies avec du “minerai”, un mélange de déchets de muscle, de graisse et de collagène qu’on ose appeler “viande”, bon appétit ! Il y a quarante ans, ces produits-là étaient brûlés. On en a fait ensuite des pâtés pour les chiens. Aujourd’hui, ils sont sur la table. Les Français dépensant de moins en moins pour se nourrir, il se crée donc une alimentation à deux vitesses : une pour les riches, une pour les pauvres. Une lasagne vendue à 1,40 euro ne peut être fabriquée avec des produits de premier choix. Révoltant, penserez-vous. S’il est prouvé que ces lasagnes sont propres à la consommation, elles ont déjà trouvé preneurs, aux Restos du coeur et au Secours populaire. Pour eux, une aubaine !
« Il y aura un avant et un après lasagnes au cheval », annonce fièrement Guillaume Garot, le ministre de l’Agroalimentaire. Il promet que la législation sera modifiée au niveau européen pour que figure sur l’étiquette des plats préparés leur origine géographique. Chouette ! Hélas, ça ne changera pas la farce !
La crise de la dernière chance
De son issue dépendra la vocation de la France, berceau historique de l’automobile, à fabriquer encore des voitures.
Le dossier que Valeurs actuelles consacre cette semaine à la crise de l’automobile ne plaira pas à tout le monde. Et surtout pas aux syndicats, qui portent une responsabilité éminente —même si elle n’est pas exclusive — dans le marasme traversé par PSA et, dans une proportion moindre, par Renault.
En s’arc-boutant sur des dogmes absurdes — à commencer par celui de la réduction du temps de travail, mais aussi le refus de réduire la capacité de production d’un constructeur quand la demande s’effondre —, la CGT a rendu, de fait, un fier service à nos concurrents.
Pendant que les Français maintenaient des sites en activité comme si la crise n’existait pas, Américains, Allemands, Italiens ou Coréens ajustaient leur outil de travail aux réalités pour le rendre plus compétitif. Aujourd’hui, leurs usines fonctionnent à 80 % de leurs capacités, engrangent des bénéfices, recréent des emplois ; les nôtres, comme le souligne David Victoroff, tournent à 60 %, perdent de l’argent, n’investissent plus. De l’issue de cette crise dépendra la vocation de la France, berceau historique de l’automobile, à fabriquer encore des voitures…
Rien, pourtant, n’est irréversible. Bien avant la crise financière de 2008, l’Allemagne, confrontée aux problèmes de compétitivité nés de sa réunification, avait donné l’exemple : chez Siemens, les syndicats acceptaient, en 2004, de porter temporairement le temps de travail à un maximum légal hebdomadaire de 48 heures sans augmentation de salaire. Et chez Daimler, de 34,5 à 39 heures pour les moins de 54 ans (mais 40 heures et plus pour les “cols blancs”). Est-il besoin de se demander lesquels se trouvent aujourd’hui dans la situation la plus enviable, des salariés français de l’automobile ou de leurs camarades allemands ?
Le chanoine François Hollande
Il a accepté le titre de chanoine de Saint-Jean-de-Latran. “Par tradition”, dit-il. Mais qui est-il ? Respectueux de la France “fille aînée de l’Église” ou croisé de la laïcité ?
La question qui se pose ces jours-ci à l’Élysée est la suivante : le président de la République se rendra-t-il à la messe d’inauguration du pontificat du successeur de Benoît XVI ? Cette question n’est pas anodine après les remarques faites par le chef de l’État lors de l’annonce par le pape de sa renonciation. « Une décision éminemment respectable », disait-il d’abord, avant d’assurer qu’il laissait « l’Église catholique déterminer comment elle entend organiser la succession ». Jusque-là, tout allait bien. C’est ensuite que François Hollande s’est laissé aller : « Nous ne présentons pas de candidat », a-t-il cru bon d’ajouter. Ce n’était que de l’humour, a-t-on dit. Mais sous la “blague” perçait une ironie déplacée. Plus même, de l’indifférence, voire du mépris. Observant les dégâts dans l’opinion, les conseillers du président se sont empressés de fournir une explication : au moment où la droite l’accusait de vouloir placer partout ses “copains”, là justement, il n’en avait pas… L’explication était pire que la “blague”.
Élevé par un père de droite et une mère de gauche, mais tous deux catholiques, François Hollande aura passé ses années d’enfance et d’adolescence dans un établissement des Frères des écoles chrétiennes, à Rouen, puis chez les jésuites. Serge Raffy, son biographe, le décrit comme rebelle à cette éducation, mais jouant les élèves pieux, faisant ses deux communions, se soumettant « en apparence à toutes les règles », trouvant « la ruse pour éviter d’être promis à la damnation : il arbore un sourire étincelant ». Bref, « il est le roi de l’esquive ». Où est le vrai ? Or c’est durant ces années-là que se construisent un caractère et une personnalité. « Le style, c’est l’homme, dira plus tard François Hollande ; le style, c’est le président. »
C’est une première sous la Ve République : ce gouvernement de trente-huit ministres ne compte aucun catholique assumé ; nombre d’entre eux sont baptisés, certains mêmes mariés à l’église, mais aucun ne se signerait en public, “laïcité” oblige. Durant sa campagne d’entre les deux tours de la présidentielle, le 28 avril 2012 à Limoges, François Hollande affichait sa conception de la laïcité par opposition à celle de Nicolas Sarkozy : « Nous ne dirons jamais que le prêtre ou le pasteur a une autorité supérieure à l’instituteur et au maître ! Nous ne dirons jamais que la laïcité doit être ouverte et tolérante, parce que la laïcité, par définition, est ouverte et tolérante. » Comme si cela allait de soi, quand la laïcité de gauche a toujours été, par nature si ce n’est par définition, tolérante avec son électorat, intolérante avec ceux qui n’en sont pas.
Le roi Henri IV, qui voulut de toutes ses forces mettre fin aux guerres civiles entre Français, légua à ses successeurs le titre de chanoine honoraire de la basilique Saint-Jean-de-Latran. Un titre de protecteur et de pacificateur. Tous les présidents de la République l’ont porté. Sans remonter plus loin, le général de Gaulle plus encore que les autres, qui se rendit au Vatican dès 1944 auprès de Pie XII, puis auprès de Jean XXIII et de Paul VI. Valéry Giscard d’Estaing de même et dès 1975 ; Jacques Chirac aussi qui alla en visite officielle à Rome peu après son élection, avant d’assister aux obsèques de Jean-Paul II et à l’intronisation de Benoît XVI. Le 20 décembre 2007, Nicolas Sarkozy se rendit à son tour au Latran, dans cette « cathédrale du pape, la mère de toutes les églises de Rome et du monde », selon ses propres mots, pour y rappeler les « racines chrétiennes de la France ». François Mitterrand, l’inspirateur et le mentor de François Hollande, alla lui aussi au Vatican rencontrer le pape Jean-Paul II, dès le 28 février 1982, en précisant qu’il s’agissait d’une « visite privée ». Mais quand il accueillit l’année suivante le pape qui se rendait à Lourdes, il salua « l’homme qui porte les grandes causes qui donnent son sens à la vie ».
François Hollande a dit qu’il acceptait (sans avoir rendu visite au Saint-Siège) le titre de chanoine de la basilique Saint-Jean-de-Latran, « au nom de la tradition ». Laquelle ? Celle de la « France, fille aînée de l’Église » ? Mais s’il en est ainsi, pourquoi a-t-il provoqué l’Église au sujet du mariage, pourquoi veut-il inscrire la loi de 1905 dans la Constitution, alors que l’article 1er de celle-ci affirme déjà que la République est « laïque » et qu’elle « respecte toutes les croyances » ? La moindre des choses que l’on puisse attendre d’un président de la République serait qu’il soit le défenseur de la Constitution, y compris à l’égard des catholiques de ce pays.
À la radio, le mercredi à 8 h 50 sur France Info dans le Duel des éditorialistes ; à la télévision, le jeudi à 10 h 10 sur LCI dans Choisissez votre camp et le lundi 25 à 19 heures, chez Michel Field.
Au bonheur des médias
Tout peut se dire pourvu qu’on soit dans le “bon camp”, celui des censeurs qui passent leur temps à condamner les dérapages et exiger des excuses.
La société médiatique est devenue un tribunal, aveugle et acharné. L’adrénaline de l’information n’est pas engendrée par l’information elle-même mais par : 1. Le “scoop” ; le premier qui a annoncé l’événement a gagné, peu importe sa véracité ; 2. Le “dérapage”, piège verbal dans lequel tombe n’importe quelle chroniqueuse ou toute personne s’exprimant publiquement ; 3. La “petite phrase”, un mélange des deux précédents : elle est facile à retenir, raccourcie et permet une reprise médiatique ; 4. “Le couac”, autre version qui va mériter semonce ; il est une nouvelle pratique gouvernementale qui va croissant. C’est la façon pour un ministre de se faire connaître ou de tester une idée. C’est aussi une manière pour le premier ministre de prouver son autorité en rappelant à l’ordre. Pour la majorité c’est le signe du respect de la diversité des opinions ; pour l’opposition le signe de graves dissonances et de dysfonctionnements !
Messieurs les censeurs ayant plume, micro et pignon sur rue répètent jusqu’à l’usure les propos repris par d’autres. On reprend jusqu’à plus soif, jusqu’à ce qu’à la fin on ait oublié ce dont on parlait au début (personne n’a vérifié entre-temps).
Arrive alors une séquence très prisée : le temps de l’excuse. La tolérance absolue de notre société est directement proportionnelle à son intolérance à tout ce qui ne correspond pas au prêt-à-penser sociétal. On peut tout dire à condition que ce soit dans le créneau du politiquement correct. Ainsi, vous pouvez insulter les “forcément coupables”, tous ceux qui, de près ou de loin, sont au pouvoir, sont riches, bleus, blancs, blonds, ont réussi, veulent nuancer leurs propos, n’ont pas de “sensibilité” (de gauche), etc.
Dans les “épargnés” figurent souvent les femmes mais pas toujours, elles sont, selon les cas, “victimes” donc imposées par quotas, ou bien vraiment discriminées (par les mêmes qui imposent les quotas). Sont forcément épargnés aussi : le “jeune” (de préférence de banlieue), les minorités visibles, les homosexuels, les sans-papiers, les sans-emploi, etc. En d’autres termes, tous ceux qui ne risquent pas de faire l’objet de la jalousie démocratique et sociale et qui suscitent la compassion.
En fait, tout peut se dire à condition d’être dans le “bon camp”. Ce “bon camp” se rétrécit de mois en mois au fur et à mesure des problèmes économiques et des crises dans le monde. Le “bon camp”, ce n’est pas celui qui veut changer le monde, créer, entreprendre, émanciper, promouvoir, élever, éduquer, enrichir ; le “bon camp”, c’est celui qui réclame des excuses et de la repentance sur tous les tons et à tous — footballeurs, patrons, acteurs ou politiques —, celui qui veut prendre “l’argent où il est” pour le redistribuer.
Peu importe l’hypocrisie, peu importe l’inefficacité de la réponse, peu importe le motif, le moment, les circonstances. L’excuse est un tampon pour se dédouaner de la responsabilité individuelle, de la culpabilité collective. L’excuse, c’est un peu les jeux du cirque, on lève le pouce pour absoudre ou on le baisse pour condamner, et le pouce aujourd’hui s’exerce sur Twitter. “Joker” : on a présenté ses excuses (grammaticalement d’ailleurs on s’excuse soi-même, la faute de grammaire rend la chose plus confortable !). Le condamné s’en relève… ou pas. Il attend que l’orage médiatique passe, quelle que soit la faute réelle ou supposée ; il guette le tour du suivant, le prochain qui trébuchera et détournera l’attention. Sa faute présumée sera toutefois gravée dans son ADN puisqu’elle sera inscrite sur la Toile ou les réseaux sociaux.
La liberté d’expression n’a jamais été aussi revendiquée et aussi contrainte. Le lissage médiatique rétrécit la pensée en flattant “l’opinion publique”. De quelle opinion parle-t-on ? Et de quel public ? Tout le monde a un avis sur tout et au nom de l’égalité, tout est équivalent ; le discours d’un bac + 10 a la même valeur que celui d’un bac — 5, quel que soit le sujet. La revendication de la “liberté d’expression” limite notre choix de pensée au rayon d’un supermarché bas de gamme aux produits étiquetés avec la composition et la date de péremption.
Intox garantie !
Pour en finir avec un mythe
Dans “le Mythe du grand silence”, François Azouvi fait un sort à l’idée selon laquelle la France, malade de son passé, aurait longtemps été incapable de scruter la Shoah.
Les légendes sont comme le chiendent, impossible de s’en défaire, surtout quand elles sont noires. Il en est une qui veut que les Français aient longtemps refoulé le souvenir de la Shoah au prix d’une amnésie collective — un trou noir de trente à quarante ans occupé par le grand récit gaulliste, la légende dorée de la Résistance, qui s’est fracassée au tournant des années 1970-1980.
Or, rien n’est plus faux, selon François Azouvi, philosophe, spécialiste de Bergson et de Descartes, qui, dans un livre magistral peuplé des fantômes de la déportation, le Mythe du grand silence. Auschwitz, les Français, la Mémoire, a rouvert le dossier à rebours des interprétations courantes. Il n’y a jamais eu de déni de la Shoah, sinon chez une poignée de négationnistes. Le processus de reconnaissance s’est, classiquement, diffusé par “cercles concentriques”, des élites à l’opinion, de l’espace public à l’espace institutionnel, le tout ponctué par le discours de Chirac en 1995.
Avant d’en arriver là, il a fallu prendre la mesure de l’événement. Les premiers à s’en emparer — et à le penser dans son irréductibilité — sont les écrivains catholiques, dès août 1944. Claudel, Mauriac, Maritain, Mounier, Gabriel Marcel, Julien Green et quantité d’autres, auxquels Azouvi rend un hommage appuyé. Il en ira de même des intellectuels protestants. Si les uns et les autres ont parlé si tôt et si fort du génocide, non sans culpabilité, c’est qu’ils disposaient, pour reprendre une expression d’Alain Besançon, d’un « schéma théologique cohérent de la Shoah », comme si l’histoire contemporaine bégayait une autre histoire, celle-là sacrée, consignée dans l’Ancien Testament.
C’est ensuite une foule de romans, récits et films qui vont introduire dans la culture populaire la réalité du génocide. Rien qu’en France, on dénombre pour la décennie 1950 quatre prix Goncourt consacrés au sujet. En 1956, sort Nuit et Brouillard, immédiatement salué comme un chef-d’oeuvre, ni plus ni moins que le Journal d’Anne Frank (1950), aujourd’hui décrié. On pourrait poursuivre la liste. En vérité, le flux des publications ne va jamais tarir.
Pour s’en convaincre, il suffit de lire le Mythe du grand silence, assurément l’ouvrage le mieux informé sur ce que les Américains appellent “la littérature de la Shoah”. Azouvi a tout lu, tout vu, tout décrypté. Son livre est si empli de connaissance — et de reconnaissance — qu’on serait bien en peine d’en donner seulement un résumé. Il est malheureux qu’il ait suscité aussi peu d’écho dans la presse. Non seulement il fait date par l’ampleur de la documentation, le sérieux de la mise en perspective historique, l’impartialité jamais prise en défaut de l’auteur, mais il offre aux Français la possibilité de panser leurs plaies, à défaut de se réconcilier avec leur passé.
Azouvi n’avance pas d’explication globale à ce “grand silence”, sinon la commotion que la Shoah a produite après coup sur les opinions publiques. Une sorte de stupeur rétrospective. Peut-être est-il permis aussi d’y voir l’effet de ce que Paul Yonnet avait naguère appelé le « malaise français », entretenu depuis les années 1970 par des historiens qui n’ont eu de cesse d’instruire le procès de notre pays, ce que Pascal Ory a désigné sous le nom de “rétro-satanisation”. À la longue, un ressort, essentiel dans la psychologie des peuples, s’est cassé : l’estime de soi. Parions que le livre d’Azouvi contribuera à la restaurer.
Le rythme de Peillon ne sied à personne
Le rythme de Peillon ne sied à personne
La réforme des rythmes scolaires pèse de plus en plus lourd dans la besace de Vincent Peillon, notre ministre de l’Education nationale. Et il s’acharne à en lâcher quelques kilos au fur et à mesure de sa visite méthodique des régions et des villes pour vendre son produit qui est loin de faire l’unanimité… Il plaide pour « l’intérêt des élèves au-dessus de tout », de ces quelque six millions de jeunes Français qui devront bientôt retourner à notre bonne vieille semaine de neuf demi-journées, soit quatre jours et demi.
Peillon promet de payer. Un joli « fonds d’amorçage » de 250 millions d’euros. Les communes qui passeront aux quatre jours et demi dès cette année toucheront ainsi 40 euros par élève – 90 euros dans les quartiers difficiles et les zones rurales déshéritées. En revanche, en 2014, seulement les communes défavorisées continueront à percevoir une allocation. Rappelons que la semaine de quatre jours avait été instaurée en 2008 par Xavier Darcos. Elle est aujourd’hui largement critiquée par les chronobiologistes selon lesquels elle fatigue les enfants et ne favorise pas les apprentissages. Aucune classe en Europe n’a, d’ailleurs, de journées si longues.
Mais tout le monde n’en est pas persuadé. Ou du moins ne veut pas l’être. Le dossier concerne les parents qui doivent revoir leur organisation. Mais surtout les professeurs. Et plus encore les collectivités locales – les enfants, on en parle beaucoup moins !
Les enseignants qui ont pris leurs habitudes et que le seul mot de « réforme » a toujours fait hurler. Leurs syndicats, bien remontés, ont par deux fois dit « non » au projet. D’autant plus que ni Bercy ni Matignon ne veulent rallonger leur sauce… Eux qui espéraient tant d’un gouvernement de gauche qui avait donné la priorité à l’éducation et promis les 60 000 postes disparus sous l’ère Sarkozy, sont d’autant plus déçus et amers. Ils redoutent également des inégalités croissantes entre les écoles au niveau des activités périscolaires.
Mais ce sont les collectivités locales qui devront organiser et financer ces activités périscolaires, recruter de nouveaux animateurs, prendre en charge le transport du mercredi et prévoir une cantine supplémentaire. Le coût de la réforme Peillon, elles le sentent venir. Le ministère l’a chiffré à 250 millions d’euros, ce qui est déjà conséquent, mais l’Association des maires de France avance le chiffre de 600 millions. Ce qui ne fait sourire personne, à gauche comme à droite.
Un sondage Harris publié ce mercredi par le principal syndicat du primaire, le Snuipp, montrait les Français globalement sceptiques et surtout absolument pas prêts à payer de leur poche quoi que ce soit de plus – c’est vrai que par rapport à 0 euro, ça fait une belle différence. Seuls 12 % considèrent que la réforme doit être mise en œuvre pour toutes les écoles dès la rentrée 2013.
D’aucuns affirment que le crédit politique de Peillon est à même de diminuer dans cette pétaudière qui ne représentait pourtant qu’un morceau de la réforme complète de l’enseignement qu’il tenait à mener. Mais la cristallisation s’est faite. Et le pari est aussi à présent politique – les municipales, c’est en 2014… Les villes sont tendues. Elles ont jusqu’au 31 mars pour déterminer si elles l’appliqueront en 2013 ou 2014. Et selon le ministère, « près de 60 % » d’entre elles « ne se sont pas prononcées ». Une quinzaine de villes s’y sont engagées publiquement, la plupart de gauche – dont Nantes. Et quelques-unes ont déjà choisi la rentrée 2013, comme Grenoble, Belfort ou Dijon. En revanche, un report à 2014 a été prévu par Lyon – gros revers pour Peillon – le problème financier étant « extrêmement important », selon son maire Gérard Collomb.
Plus grave, des « éléphants » du PS traînent violemment les pieds, comme Marseille, mais surtout Lille et Paris. Martine Aubry donnera sa décision, après moult consultations, à la mi-mars seulement. Et Delanoë, inflexible au début, se met depuis plusieurs jours à tergiverser. Il faut dire que les enseignants parisiens se sont massivement mis en grève mardi – plus de 90 % de grévistes et plus d’une école sur deux fermée, selon le SNUipp-FSU Paris. Et les animateurs de centre ont continué la fronde ce mercredi. Delanoë s’est dit « ouvert au dialogue », en précisant néanmoins qu’il ne « reculera pas ».
Le dossier, par la multiplicité de ses acteurs, est dangereux à tous niveaux pour un ministre qui veut voir aboutir une réforme à son nom. Sa seule arme et pas des moindres : le niveau pourri de jeunes Français qui sont en régression dans les classements internationaux de l’OCDE et également dans les enquêtes nationales. Lecture, dictée et calcul sont en dégringolade constante. Et ce malgré les deux heures par semaine d’aide personnalisée mise en place depuis 2008 – le problème serait-il ailleurs ?
Peillon dénonce donc une « instrumentalisation politique ». D’autant que le « précédent gouvernement avait fait une consultation de plusieurs mois sur les rythmes scolaires qui était arrivée à l’unanimité ». Pourtant, Valérie Pécresse fustige aujourd’hui une « réforme mal préparée ». Sa consultation à lui n’aurait donc pas été du goût de tous ? S’il convient ne pas vouloir « passer en force », « il y a une certitude, tous les enfants de France seront en 2014 aux 4 jours et demi »… Il faut « faire un effort et se reprendre » ! Il pourrait peut-être aussi se reprendre sur ses propos dépénalisant le cannabis : un bon facteur de plus pour déconcentrer les élèves, il semble.
Non, vraiment, comme l’a dit Libération, Peillon n’a pas le sens du rythme.
jeudi 21 février 2013
Un repaire de paresseux revendicatifs ? Radiographie des véritables points forts et points noirs de la France
Dans une lettre adressée au ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, le PDG de Titan International, qui a renoncé à reprendre l'usine de pneus Goodyear d'Amiens-Nord, raille "les soi-disant ouvriers" qui "ne travaillent que trois heures".
Dans une lettre adressée au ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, le PDG de Titan International, qui a renoncé à reprendre l'usine de pneus Goodyear d'Amiens-Nord, raille "les soi-disant ouvriers" qui "ne travaillent que trois heures". Au-delà de cette vision caricaturale, quels sont les réels ponts forts et points faibles de la France ? De quels autres pays européen peut-elle s’inspirer ?
- Infrastructures
Éric Verhaeghe : La France a, comme c'est sa tradition pluriséculaire, investi dans un réseau routier de grande qualité, globalement efficace, qui garantit une bonne desserte du territoire. En outre, toute entreprise qui s'installe en France dispose d'une organisation administrative, d'un accès à des équipements collectifs, à des réseaux, à des approvisionnements de qualité, qui expliquent globalement l'attractivité du territoire français pour de nombreux investissements directs à l'étranger.En revanche, là aussi pour des raisons historiques, la France est une puissance maritime et fluviale secondaire, alors qu'elle est la seconde puissance mondiale en superficie des eaux territoriales. Aucun port maritime français ne peut rivaliser avec ses voisins belges ou hollandais. C'est un grand mystère, car la France dispose d'atouts colossaux pour s'imposer comme une puissance de première ordre. Les situations géographiques de Marseille, du Havre, de Dunkerque sont idéales pour accueillir en France le trafic maritime qui fait la prospérité de la Belgique (10% du PIB belge est apporté par les ports) ou des Pays-Bas.Qui peut expliquer que les transporteurs mondiaux préfèrent dépasser Marseille et accoster à Rotterdam pour livrer des marchandises destinées au sud de la France ?
- Dialogue social
Éric Verhaeghe : Historiquement, la France n'aime pas le dialogue social, car elle y voit du corporatisme. C'est l'héritage de la loi Le Chapelier de 1790, qui avait interdit en son temps tous ces fameux corps intermédiaires, et qui avait fait place nette pour l'omnipotence législative. Depuis une trentaine d'années, la France tente d'inverser la tendance en disséminant le dialogue social. Mais il contrevient à la culture du management français, éduqué dans une vision aristocratique des responsabilités : il y a ceux qui décident, et ceux qui travaillent. Les deux catégories n'aiment pas se rencontrer pour partager une stratégie commune.
- Droit du travail
Éric Verhaeghe : Incontestablement, le droit du travail est devenu une immense faiblesse, mais pas forcément parce qu'il est trop protecteur. Le premier problème du droit du travail en France est celui de sa complexité. Quel chef d'entreprise normal peut faire son métier raisonnablement, et sans risquer en permanence la mise en cause pénale ou le procès-verbal d'un inspecteur du travail, avec des milliers de pages de Code, qui portent sur une multitude de points de détails. Le drame français tient largement au synonyme qui règne dans les esprits entre politique et loi. Quand un problème politique se pose, on fait une loi. L'empilement des lois depuis 50 ans a rendu le droit du travail impraticable.
- Coût du travail
Éric Verhaeghe : Là encore, j'irai à contre-courant de l'opinion dominante en n'incriminant pas directement le coût du travail en France, mais en soulignant la complexité du coût du travail. L'empilement de cotisations sociales en tous sens est tout simplement ingérable pour un chef d'entreprise. Le moindre salaire payé se traduit par des formalités à n'en plus finir. La simplification des contributions sociales est une urgence plus grande que la baisse de ces contributions.
Si l'on aborde la question du coût proprement dit, il me semble qu'il faudrait un débat non-idéologique. Car si le coin social, comme on dit, c'est-à-dire le poids des cotisations, est élevé, il s'agit plus d'un investissement que d'une charge pour les entreprises. Il est quand même très sain pour l'économie française de disposer d'amortisseurs sociaux qui permettent, comme disait Marx, de reconstituer la force de travail sans mise en péril de l'ordre social.
- Productivité
Éric Verhaeghe : Incontestablement, c'est la très grande force de l'économie française et de son circuit de production. Les Français sont de piètres managers. Ils sont en revanche de bons assembleurs de processus complexes et le système éducatif français forme des ouvriers à haute qualification. Ce mélange des genres permet aux entreprises françaises, en tout cas dans le secteur industriel, de dégager une forte productivité.
- Innovation
Éric Verhaeghe : un point faible. La France peine à déposer de nouveaux brevets industriels. La recherche n'occupe pas le poids qu'elle devrait occuper. Et l'intelligence française n'a pas encore intégré le modèle d'innovation sociale qui fait la prospérité des pays qui maîtrisent les technologies du Net. Le modèle français d'intelligence est fondé sur une ascèse solitaire, rationnelle, pyramidale. Le monde contemporain fonctionne avec des processus horizontaux, intuitifs, collectifs. La France est restée attachée à l'idée que le modèle de l'intelligence, c'est la physique. Alors que le Net est un modèle fondé sur le primat de la biologie. D'un côté l'approche mathématique. De l'autre l'approche virale. D'un côté le mouvement mécanique, de l'autre le grand élan de la vie.
- Formation
Éric Verhaeghe : La formation en France est un mélange de plus en plus précaire. L'enseignement professionnel est d'excellente qualité, l'enseignement général vit un naufrage, et l'orientation est en déroute. Ce vaste sujet ne peut être abordé en quelques lignes. En revanche, une chose est sûre: le dispositif d'alternance, qui est l'avenir de l'égalité des chances et de l'insertion des jeunes dans l'entreprise n'est plus adapté. Il faudrait entamer une réforme en profondeur de ce sujet, notamment en simplifiant l'apprentissage.
- Financement des entreprises
Éric Verhaeghe : Un point noir français. Les entreprises françaises sont sous-capitalisées. Cette lacune se vérifie particulièrement dans les TPE, les PME et les ETI. Le financement à long terme se fait rare, et l'intermédiation bancaire est étouffante. Il faut d'urgence développer le crowdfunding, qui constitue une solution simple pour rapprocher les petits porteurs d'épargne et les porteurs de projets à petits besoins de financement, sans l'intermédiaire des banques dont les commissions alourdissent le coût du capital.Dommage que la loi sur la séparation des activités bancaires n'aborde pas ce sujet en supprimant le monopole des banques sur l'appel à l'épargne - point réglementaire qui bloque le développement du crowdfunding en France.
- Fiscalité
Éric Verhaeghe : Ce point ne mérite pas vraiment d'être relevé s'agissant des grandes entreprises de dimension internationale. Celles-ci pratiquent couramment la mondialisation fiscale et jouent sur les comptes de leurs filiales pour diminuer leur imposition. Le problème se pose en revanche pour les autres entreprises, qui ne peuvent ignorer, même lorsqu'elles sont de petite taille, la proximité d'un pays comme la Belgique où la fiscalité est bien plus favorable...
Alain Fabre : Le courrier du PDG de Titan vient une fois de plus, souligner l’éloignement de la France de la réalité entrepreneuriale et la dégradation de son image auprès du monde économique international. Après Mittal, après tant d’autres exemples. Elle prend même la forme désormais d’un discrédit total. On a vu récemment le groupe ARKEMA jeter l’éponge d’un projet d’investissement de 70 M€ par suite des surenchères de la CGT.
Des signaux bien fâcheux à un moment où la France confirme son incapacité à respecter ses objectifs de déficit budgétaire alors que l’Italie a respecté les siens malgré un recul de son PIB. A un moment où la France affiche 67 Md€ de déficit extérieur quand l’Italie récolte 11 Md€ d’excédents, le sentiment gagne que la descente aux enfers pourrait bien s’accélérer alors que la croissance dévisse.
Et pourtant la France jouit d’atouts considérables que constitue sa position centrale en Europe et la qualité reconnue de ses infrastructures (TGV, autoroutes, parc nucléaire, réseaux télécoms, etc...) La France peut aussi attirer les investisseurs internationaux du fait de son système de formation qui demeure en termes absolus et relatifs reconnu. La qualité de la main d’œuvre lui permet de se prévaloir de niveaux de productivité significatifs même si ses performances résultent pour une bonne part d’un marché du travail qui ne s’ouvre qu’aux éléments les plus qualifiés ou les plus productifs. On peut même s’imaginer que le pire n’est pas sûr comme le montre la capacité des syndicats réformistes d’accepter la possibilité d’accords de compétitivité dans les entreprises avec l’accord signé le 11 janvier dernier, sur le modèle de ce qu’ont pu réaliser l’Allemagne de Schroeder ou l’Italie de Monti.
Pour le reste, tous les feux passent progressivement du vert à l’orange, de l’orange au rouge. Nous restons englué dans un droit du travail dissuasif, avec comme figure emblématique de nos paralysies les 35 heures dont Jean Peyrelevade a pu dire qu’elles étaient synonymes de sabordage de l’économie. Du fait de l’effet combiné de l’explosion des charges sociales et des 35 heures, les coûts horaires ont progressé dans des proportions telles qu’elles excluent les entreprises françaises de bien des marchés internationaux comme le montre la fonte de nos parts de marché mondiales. Incapables de soutenir la concurrence internationale, les entreprises françaises s’accrochent à leurs parts de marché en sacrifiant leurs marges qui alimentent mécaniquement un processus d’affaiblissement de l’innovation et de la capacité à investir. Le rapport Gallois a-t-il vraiment signifié une prise de conscience, une inversion de tendance, alors qu’il indiquait que notre pays détenait un parc de robots inférieur de moitié à celui de l’Italie et de moins du quart de celui de l’Allemagne ? Nos dépenses de R&D patinent, notamment celles du secteur privé, ce qui augure mal de la possibilité de redresser une compétitivité fortement entamée.
Les entreprises françaises s’avèrent financièrement vulnérables. 2012 a établi un record de faillites d’entreprises (62.000) ; en particulier les grosses PME – entre 250 et 5.000 personnes – ont particulièrement souffert : 45 d’entre elles ont disparu, ce qui représente 26.000 emplois. La base productive française déjà fortement érodée depuis une dizaine d’année donne de nouveaux signes d’affaissement. Nous avons moins de 90.000 entreprises exportatrices contre 110.000 il y a dix ans alors que l’Allemagne en compte trois fois plus. La France ne compte que 4.200 entreprises de 250 à 5000 personnes et seulement 185 de plus de 5.000. Le taux de profitabilité est un des plus faibles de la zone euro : 6,8%. Alors qu’il est de 9,5% en Italie, de 10% en Allemagne et de 14 % en Espagne.
L’option française chronique qui consiste à reporter le poids des crises depuis le premier choc pétrolier sur les entreprises, tendance qui s’est renforcée depuis 2008 et plus encore depuis 2012, s’avère meurtrier. Avec 18% de prélèvements sur la valeur ajoutée des entreprises, la France figure en tête du classement européen alors qu’ils ne dépassent pas 11% en Allemagne, voire 14% en Italie.
Ce choix n’est ni anodin ni subi : il repose sur la volonté continue mais fortement réaffirmée depuis l’élection de François Hollande de sanctuariser les rentes du secteur protégé ; son poids politique représente de l’ordre des deux tiers des suffrages exprimés, ce qui interdit ainsi toute remise en cause en profondeur par des réformes. Car comment comprendre alors que la croissance dérape, que les déficits dérivent, que le gouvernement en soit encore à rétablir la retraite à 60 ans pour certaines catégories de salariés, à stopper la réduction des effectifs publics et au contraire à recruter des enseignants supplémentaires par milliers et même à envisager des augmentations de traitement ?
La France peut bien miser sur la clémence de la Commission, ou sur le répit dont elle jouira encore jusqu’aux élections allemandes de septembre. Et après ? Continuerons nous dans le rêve éveillé du déni de réalité ? En s’exposant à l’éventualité d’une brusque remontée des taux, la France risque bel et bien de redécouvrir l’économie de marché grâce aux claques de la main invisible.
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