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jeudi 12 janvier 2012
Présidentielle 2012 : Aubry déclare la guerre à Accoyer
Martine Aubry s'est littéralement insurgée, ce jeudi, contre les propos de Bernard Accoyer. Et la première secrétaire du Parti socialiste s'est chargée de le lui faire savoir. Le président de l'Assemblée nationale avait annoncé "la guerre" si la gauche l'emportait.
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| La pute Aubry en attitude de racolage |
Sarkozy "casse, divise, abîme"
La maire de Lille en a rajouté une couche affirmant que « ce ton, c'est le ton de l'UMP par rapport à François Hollande et par rapport au Parti socialiste » avant d'ajouter : « nous sommes à un autre niveau ». Bernard Accoyer n'était pas le seul à subir les foudres de Martine Aubry. Rebondissant sur l'affaire des trucages de l'IGS, la chef de file du PS a répondu : « Je n'ai jamais vu ça. J'ai été ministre, j'avais 40 directeurs, sans doute la moitié de droite, la moitié de gauche, je n'ai jamais eu de problème parce qu'à ce moment la République était là. Monsieur Sarkozy aujourd'hui casse, divise, abîme, et c'est cela qui fait le lit du Front national et des extrémismes ».Sarkozy à Lille ? "Je l'accueillerai naturellement"
En pleine tournée des radios, Martine Aubry a également réagi sur France Bleu Nord à propos de la venue du président de la République à Lille. « J'espère que nous sommes encore en République, j'en doute un peu quand j'entends les propos de certains ministres, du président de la République. Moi, j'ai toujours respecté mes adversaires, comme je le fais ici à Lille, nous sommes là pour faire marcher la démocratie et la République », a-t-elle dénoncé avant d'estimer que Nicolas Sarkozy « fait sa campagne en faisant des vœux partout en France et en les utilisant pour taper sur ses adversaires ». « Je l'accueillerai en haut des marches très naturellement, c'est le président de la République », a-t-elle conclu. La « guerre » présidentielle ne fait que commencer...STUPIDITÉ : Joly propose un jour férié pour Kippour et l'Aïd-el-Kebir
La candidate écologiste à la présidentielle a déclaré mercredi qu'elle voulait que «chaque religion ait un égal traitement dans l'espace public».
Lors d'une «Nuit de l'égalité» dans un Bataclan bien rempli , la candidate EELV à la présidentielle, après un hommage au journaliste Gilles Jacquier mort en Syrie, a déclaré que «le rêve français pour (elle) est celui de la passion de l'égalité». Pour l'ex-magistrate, «cette égalité, élément clé de l'identité nationale, a été mise à mal par cinq ans de présidence sarkozyste». «Quand j'entends Claude Guéant et Marine Le Pen, j'ai mal à ma France, j'ai mal à notre France», a fait valoir la Franco-Norvégienne, parlant notamment de la circulaire sur les étudiants étrangers.
Sa première «priorité du quinquennat pour l'égalité» sera «l'égalité territoriale» car «les habitants des banlieues, ou des zones rurales ont le droit d'être traités dignement». Sur l'éducation, elle a plaidé pour «une nouvelle carte scolaire» pour «combattre l'apartheid scolaire». En matière d'égalité hommes-femmes, elle a proposé que «pas un euro d'argent public» n'aille à une entreprise «qui pratiquerait une inégalité de salaires».
«Représenter la France qui n'est pas bien née»
Côté laïcité, pour que «chaque religion ait un égal traitement dans l'espace public», la candidate Verte, se référant au rapport Stasi, a souhaité que «juifs et musulmans puissent célébrer Kippour et l'Aïd-el-kebir lors d'un jour férié» car alors «l'égalité et la laïcité auront avancé dans notre pays», selon elle.Elle s'est aussi dit favorable à des «statistiques de la discrimination», «instrument utile pour permettre demain un même accès à l'emploi, à la santé, au logement, voir aux responsabilités politiques». Celle qui entend «représenter la France qui n'est pas bien née» s'en est, une nouvelle fois, pris à Marine Le Pen (FN) dont «le projet porte en lui-même la fin de la France», selon elle.
Par ailleurs, dans la journée, un séminaire stratégique s'était réuni autour d'Eva Joly pour faire le point sur sa campagne alors que la candidate plafonne à 3 ou 4% d'intentions de vote dans les sondages. Conclusion, il lui faut mener «une campagne plus lisible» avec «plus de cohérence» en recentrant les thématiques sur les questions d'écologie, d'emploi, de réindustrialisation et d'Europe, selon plusieurs participants. Eva Joly doit d'ailleurs vendredi détailler ses propositions sur l'emploi.
La faillite… du leadership
Au XXIe siècle, l’expérience passée a permis, dans un premier temps, de contenir la catastrophe et de reprendre espoir. C’était sans compter avec l’aveuglement des dirigeants des pays européens les plus fragiles qui n’ont pas hésité à s’endetter auprès des banques. Ils avaient imaginé que leur appartenance à l’euro les préserverait de ce qui les eut menés du temps des monnaies nationales à une catastrophe. Leur impéritie s’avéra contagieuse pour toute l’Europe du fait de l’existence de cette monnaie commune. Un autre point commun à ces deux crises dévastatrices explique l’incapacité à en contrôler l’ampleur, c’est l’extrême faiblesse du personnel politique. Aux Etats-Unis, de 1929 à 1932, le président Hoover se révéla incapable de prendre la moindre initiative. En Allemagne, le chancelier Brüning à la tête de la fragile république de Weimar, terrorisé par le souvenir de l’inflation qui avait ravagé son pays dans les années 20, se lança dans une politique déflationniste qui provoqua un chômage de masse et ouvrit la voie à Hitler. En France, Pierre Laval crut bon de suivre son exemple et favorisa ainsi, contre son gré, l’accès au pouvoir du Front populaire. Au XXIe siècle, si, aux Etats-Unis, Obama a su dans un premier temps prendre les mesures d’urgence qui s’imposaient, il est désormais paralysé par une opposition républicaine majoritaire au Congrès, qui entrave ses nouvelles propositions de relance de l’économie.
En Europe, la Commission a été dépassée par les événements. Il serait impossible de citer une initiative significative de MM. Barroso ou Van Rompuy. Les institutions européennes ont abandonné la conduite des opérations au couple franco-allemand qui avance certes vers un renforcement des liens communautaires, indispensable pour sauver l’euro, mais dont la conduite de la politique économique n’est pas loin de rappeler celle de MM. Brüning et Laval. C’est en période de crise qu’un leadership clairvoyant et déterminé se révèle indispensable. Sans aller jusqu’à évoquer ce que nous devons à Roosevelt, Churchill et de Gaulle, on se souviendra que la naissance de l’Europe n’eut pas eu lieu sans Adenauer, Schuman et Alcide de Gasperi et que c’est l’alliance de Reagan, Thatcher, Mitterrand et Kohl, auxquels il faut ajouter Jean-Paul II, qui précipita la fin de l’Union soviétique. La crise actuelle appelle urgemment à l’émergence d’un nouveau leadership sur les deux rives de l’Atlantique. Malheureusement, il n’en existe pas de signe avant-coureur.
LEAD 1-Grèce-Les négociations sur la dette se passent mal-sources
* Les Etats européens pourraient devoir accroître leur aide-sces bancaires
* Cela risque d'être difficile à faire accepter en Allemagne
* Le représentant du lobby bancaire jeudi à Athènes (Actualisé avec contexte, détails, visite de Dallara à Athènes §12)
FRANCFORT, 11 janvier (Reuters) - Les discussions sur la participation du secteur privé au sauvetage grec se passent mal, apprend-on mercredi auprès de responsables bancaires européens, ce qui signifie que les Etats de la zone euro pourraient devoir accroître leur contribution au deuxième plan d'aide à Athènes.
"Les gouvernements envisagent une augmentation de leur participation", a déclaré l'un des banquiers, proche des discussions.
Prié de dire si les Etats allaient devoir mettre la main au porte-monnaie pour compenser une participation du secteur privé inférieure à ce qui était prévu, un autre banquier a déclaré : "Rien n'est encore décidé, mais plus forte sera la décote imposée, moins il y aura d'appétit pour une conversion volontaire."
Un troisième banquier a confirmé : "La participation du secteur privé se passe mal."
Parmi les cercles gouvernementaux de la zone euro, certains suggèrent que les ministres commencent à admettre qu'ils pourraient devoir renforcer sur fonds publics le deuxième plan de sauvetage de 130 milliards d'euros de la Grèce.
Mais une telle issue pourrait être difficile à faire accepter politiquement en Allemagne et dans d'autres pays de la zone.
Lundi, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy ont insisté sur le fait que les détenteurs d'obligations grecques devaient assumer leur part du fardeau, sans quoi les Etats ne verseraient pas leur contribution.
Le même jour, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaire Olli Rehn a déclaré que les discussions avec les créanciers privés étaient sur le point d'aboutir et qu'un accord pourrait être trouvé rapidement. (voir )
CHARLES DALLARA À ATHÈNES JEUDI
Sans ce deuxième plan d'aide, la Grèce risque de faire défaut autour du 20 mars, date à laquelle 14,5 milliards d'euro de sa dette arrivent à échéance. Un accord doit intervenir bien avant cette date parce que les formalités risquent de prendre à elles seules six semaines.
Des sources ont rapporté que les hedge funds détenteurs de dette grecque tentent d'esquiver la conversion de leurs avoirs en nouveaux titres amputés d'une décote.
Ces fonds spéculatifs préfèrent soit une faillite de la Grèce, qui déclencherait le versement des assurances qu'ils ont souscrites, soit recouvrer totalement leur mise si suffisamment d'autres contributeurs privés acceptent d'amputer la leur.
Charles Dallara, directeur général de l'Institut de la finance internationale (Ifi), le lobby bancaire qui représente les créanciers dans les négociations avec la Grèce, s'entretiendra avec des responsables grecs jeudi à Athènes, a annoncé un porte-parole mercredi.
Les banques représentées par l'Ifi ont accepté l'an dernier une décote de 50% sur la valeur nominale de leurs avoirs en dette grecque, une opération destinée à réduire le ratio dette sur produit intérieur brut (PIB) du pays à 120% d'ici 2020.
Mais les négociations butent sur les modalités de cet échange de titres : le coupon, la maturité et les garanties de crédit.
La semaine dernière, Athanasios Orphanides, membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE), a estimé que les dirigeants de la zone euro devraient abandonner l'idée de faire participer le secteur privé au plan de sauvetage de la Grèce afin de restaurer la confiance dans l'ensemble de la région. (Danielle Rouquié et Jean Décotte pour le service français, édité par Danielle Rouquié)
Deux passeports valent mieux qu’un
En temps de guerre, l’Etat revendique totalement votre loyauté, pour ne pas dire votre vie. La citoyenneté est le ciment soudant l’individu et l’Etat. Que l’on y touche, et ce lien se relâche.
Mais la vie est plus compliquée que ça. La loyauté vis-à-vis d’entités politiques n’a pas à être exclusive. En fait, bien souvent, elle peut être partagée. De nombreux juifs détiennent des passeports israéliens en signe de solidarité avec l’Etat hébreu (et en guise d’assurance), tout en étant ressortissants de leurs pays d’origine. Les Teutons peuvent fièrement être à la fois bavarois, allemands et européens.
La résidence comme critère pour les droits et devoirs
Les citoyens irlandais peuvent voter aux élections britanniques. L’ancienne idée de citoyenneté d’un Etat et d’un seul paraît aujourd’hui dépassée : plus de 200 millions de personnes vivent et travaillent désormais ailleurs que là où ils sont nés – ce qui ne les empêche pas de vouloir revenir au pays, pour s’y marier ou y investir, par exemple.En réaction, ce phénomène suscite à tort un protectionnisme politique, les Etats obligeant les citoyens à choisir une seule nationalité, ou les empêchant d’obtenir plusieurs passeports. Approche qui peut sembler curieuse, sachant qu’il est si facile d’acquérir la citoyenneté, puisque cette dernière est même carrément en vente dans certains pays.
Dans d’autres, comme aux Etats-Unis, elle peut être un accident de naissance, sans que le choix conscient ait joué un rôle quelconque. Au lieu de faire du passeport un objet paré de pouvoirs magiques, il serait plus avisé de considérer la résidence (en particulier fiscale) comme le principal critère pour les droits et les responsabilités d’un individu.
Cela encouragerait la cohésion et l’engagement, découlant de la décision consciente de vivre dans un pays et d’en respecter les règles. Le monde s’oriente peu à peu dans ce sens. Mais beaucoup d’Etats (le plus souvent pauvres et mal gouvernés) résistent à cette tendance, et quelques démocraties riches comme les Pays-Bas et l’Allemagne s’efforcent de la juguler en invoquant toutes sortes d’excuses.
Longtemps, l’Etat a craint pour sa sécurité, ce qui paraît aujourd’hui obsolète dans de nombreux pays. La citoyenneté comptait, du temps où la défense dépendait de la conscription. Mais la guerre moderne n’a plus besoin d’armées d’appelés mal entraînés.
Rares sont les Etats qui, actuellement, ont recours au service militaire, et ceux qui le font le réduisent progressivement pour la plupart. La citoyenneté n’est pas une garantie de loyauté : les pires traîtres de l’histoire furent des citoyens de naissance. Beaucoup de ceux qui sont prêts à se battre avec le plus d’enthousiasme pour un drapeau ont traversé l’enfer pour arriver dans leur pays d’adoption.
Une politique libérale et inévitable
Ce qui laisse une horde de problèmes politiques et financiers que les gouvernements associent aux non-ressortissants : ils échappent aux impôts, récupèrent les profits ou restent fidèles aux coutumes rétrogrades de leurs pays d’origine. C’est parfois le cas.Mais les Etats qui souhaitent réprimer l’évasion fiscale, défendre leur langue nationale ou dissuader le respect de traditions étrangères comme les mariages forcés devraient le faire par le biais de lois spécialement conçues dans cette optique, plutôt qu’en s’appuyant sur le pouvoir symbolique de la citoyenneté.
La politique américaine qui consiste à imposer les citoyens des Etats-Unis partout où ils vivent semble particulièrement perverse ; c’est de l’expertise comptable. Quant aux bénéfices, la résidence est assurément la solution. Si vous vivez et payez vos impôts dans un même pays, alors, vous devriez être traités de la même façon que les autres résidents, et mieux qu’un ressortissant qui, lui, vivrait à l’étranger et ne paierait pas ses impôts.
Pour le système basé sur la résidence, le problème le plus épineux est celui du vote – un droit longtemps associé à la citoyenneté. Mais là encore, un compromis est possible. En France et en Italie, par exemple, les citoyens qui vivent en permanence à l’étranger (souvent avec une double nationalité) ont le droit de vote.
Ce qui est logique. A l’inverse, les Etats devraient donner le droit de vote aux non-ressortissants résidant depuis longtemps sur leur territoire, du moins dans les élections locales. Les pays de l’Union Européenne le permettent déjà.
Mais il ne faut pas considérer la question de la citoyenneté multiple uniquement sur la base des coûts et des problèmes. Car elle encourage également les liens entre les diasporas (souvent aisées et influentes) et leurs pays d’origine (généralement plus pauvres), à leur avantage mutuel. Elle est inévitable et, fondamentalement, plutôt libérale. Accueillons-la à bras ouvert.
L’Europe à contre-courant
En novembre dernier, des hommes politiques ont en Allemagne, pays qui offre généralement la double nationalité aux seuls demandeurs européens, rejeté une proposition qui aurait permis aux Allemands nés étrangers de garder leur nationalité d'origine tout au long de leur vie. A partir du 1er janvier, les nouveaux citoyens français devront signer une charte stipulant "en devenant Français, vous ne pourrez plus vous réclamer d'une autre nationalité sur le territoire français", bien que la double nationalité reste tolérée.[...] Un nouvelle loi proposée par le gouvernement néerlandais entend ne pas seulement limiter la double nationalité des immigrés (en 2011, environ 20 000 personnes ont été naturalisés) mais souhaite également simplifier la possibilité de retirer leur nationalité au 850 000 membres de la diaspora néerlandaise, qui auraient une seconde nationalité à l'étranger […]
En cherchant à durcir ses lois relatives à la nationalité, les Pays Bas vont à l'encontre d'une tendance mondiale. En 2008, le think tank Migration Policy Institute, a estimé que près de la moitié des pays du monde toléraient la double nationalité d'une manière ou d'une autre. […] L'une des raisons qui plaide en faveur d'une poliitque plus libérale en la matière est d'ordre purement pratique : la double nationalité est devenue beaucoup plus difficile à contrôler. L'augmentation de l'immigration et le nombre croissant de mariages transfrontaliers impliquent qu'un nombre toujours plus important d'enfants naissent dans des familles multinationales. […]
Les gouvernements qui accueillent de nombreux immigrés […] ont intérêt à leur permettre de garder leurs anciens passeports. Des études suggèrent en effet que les immigrés qui n'ont pas peur de perdre leur nationalité d'origine sont davantage enclins à demander une naturalisation dans leur pays d'adoption – et sont par conséquent plus prompts à s'intégrer que ceux qui maintiennent sur le long terme leur statut de résident étranger. (S'ils deviennent ensuite de meilleurs ou de pires citoyens est en revanche plus difficile à savoir).
mercredi 11 janvier 2012
LA VOIX DU CON : Morin menace de ne pas soutenir Sarkozy
Candidat du Nouveau Centre, Hervé Morin n'est pas certain, dit-il, de soutenir Nicolas Sarkozy en cas de duel avec François Bayrou au second tour.
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| Le pire, c'est qu'il est dangereux ce connard ! |
Vers un retrait ?
Hollande contraint par Sarkozy à une mise au point sur ses projets fiscaux
Attaqué sur le projet socialiste de suppression du quotient familial, le leader du PS a dû ajuster le tir.
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| LE VISAGE DE LA VÉRITÉ, DU COURAGE ET DE LA CONNERIE . |
Cette suppression d'un système attribuant un avantage fiscal croissant avec le nombre d'enfants (les fameuses "parts") et le revenu avait été confirmée la semaine dernière par le bras droit de François Hollande, le spécialiste des questions économiques, Michel Sapin, et ce mardi par Manuel Valls, chargé de la communication du candidat socialiste. L'idée circulant au PS est de supprimer le système de quotient, non pas pour augmenter les recettes de l'Etat, mais pour le remplacer par une somme forfaitaire attribuée pour chaque enfant, et ne dépendant donc pas du revenu. Un projet fortement redistributif, qui conduirait à augmenter l'impôt de plus de 40 % des foyers (les plus aisés), frappant surtout les 10 % les plus riches, et au contraire à accroître les ressources des moins favorisés, tous ceux qui ne paient pas l'impôt sur le revenu. Un projet marqué à gauche, donc. Mais le candidat socialiste peut-il laisser dire qu'il a l'intention « d'assassiner » les classes moyennes, selon l'expression du ministre de l'Enseignement supérieur, Laurent Wauquiez ? Evidemment non. Le risque serait grand d'effrayer les dits Français moyens, au profit d'un François Bayrou, par exemple.
Ajustement
Du coup, François Hollande a tenu faire une mise au point. « Je ne veux pas supprimer le quotient familial qui est un avantage fiscal pour les Français » a-t-il déclaré. Il s'agit de « moduler le quotient pour qu'il puisse être plus juste pour l'ensemble des familles, pour les plus modestes qui ne le touchent pas, pour les classes moyennes qui devront avoir un avantage plus élevé et un peu moins pour les familles très favorisées. »
Peut-on donc parler d'un recul par rapport au projet initial, d'un renoncement ? Il y aura, tout au moins, un ajustement. Tout est affaire de définition. Comment François Hollande définit-il les très favorisés ? Si les 10 % de foyers les plus aisés correspondent à cette définition, alors il pourra sans doute concevoir un schéma gagnant pour tous les autres. Au-delà, c'est la maîtrise de la communication du candidat socialiste qui est en cause. « Le seul moyen d'avancer sur ces sujets fiscaux, c'est de les inscrire dans une cohérence globale, un récit », souligne le politologue Stéphane Rozès. Ce n'est évidemment pas le cas, en l'occurence. C'est une étude de Bercy révélée par « Les Echos », montrant l'ampleur des hausses d'impôt qu'impliquerait la suppression du quotient, qui a mis le feu au poudre. Sans que François Hollande n'ait vu le coup venir.
Morin et les "putschistes du NC" : Bataille dans un verre d'eau
"Ils veulent mon scalp"
Les « putschistes » comme les appelle Hervé Morin seront même nombreux, promet Jean-Cristophe Lagarde, président exécutif du Nouveau Centre, à se presser sous les ors du Palais Bourbon pour désavouer le roi. Cette candidature « engage notre mouvement avant même que nous ayons pu avoir un débat sur notre stratégie collective », ont notamment dénoncé dans un courrier les ministres François Sauvadet et Maurice Leroy et les anciens ministres André Santini et Valérie Létard, chefs de file de la rébellion. Submergé par le raz-de-marée qui s'annonce, Jean Christophe Lagarde s'est même réjoui d'avoir dû « prendre une salle plus grande ». Une première réunion qui leur permettra surtout de se compter et d'évaluer les forces en présence.« Seuls 28 présidents ou délégués sur 150 seront présents », a compté pour sa part Hervé Morin pressé de voir les « putschistes » faire «pschitt». Selon lui, leur démarche ne sert qu'à « torpiller » sa candidature et à « amener (son) scalp sur un plateau » à Nicolas Sarkozy. Pas de doute, le NC est en plein «revival» de la conquête de l'Ouest, Hervé Morin incarnant toutes les tribus amérindiennes à lui tout seul. « Je suis le centre clair, non équivoque, non ambigu, qui veut porter une alternative mais au sein d'une majorité qu'on connaît », continue Hervé Morin. « Le vote Bayrou, c'est un chèque en blanc : quelle équipe, quelle majorité ? », ajoute-il encore, persuadé d'imposer un rapport de force avec Nicolas Sarkozy. Certaines personnes mal intentionnées seraient peut-être tentées de lui retourner la question.
mardi 10 janvier 2012
L'aspirine préventive à petites doses fait plus de mal que de bien
Les risques posés par la prise d'une faible dose d'aspirine chaque jour pour des personnes sans maladie cardiovasculaire dépassent les bénéfices en termes de prévention d'un accident cardiaque, selon une étude publiée mardi dans la revue spécialisée Archives of Internal Medicine.
L'étude dirigée par des chercheurs britanniques de l'université de Londres a examiné les données portant sur 100 000 participants à neuf essais cliniques. Les résultats montrent certes une diminution de 10 % du risque de maladie cardiovasculaire, sans conduire pour autant à une baisse significative des décès dus à un accident cardiovasculaire ou à un cancer. En revanche, la prise régulière d'aspirine à faible dose a entraîné un risque 30 % plus élevé de saignements internes mettant en danger la vie du patient.Or, l'aspirine à long terme peut entraîner des saignements de type ulcère mais aussi des saignements oculaires. "L'effet bénéfique de l'aspirine dans la prévention des maladies cardiovasculaires pour des personnes ayant fait des attaques ou des AVC [accidents vasculaires cérébraux] est indiscutable", a estimé le docteur Rao Sehasai, de l'université de Londres-St George, engageant ces patients à poursuivre leur traitement.
"Mais les bénéfices pour des personnes qui n'ont pas ces problèmes sont beaucoup plus modestes qu'on le croyait, et un traitement à l'aspirine peut entraîner potentiellement des dégâts majeurs consécutifs à des saignements", a-t-il ajouté. L'étude n'a en outre pas trouvé de preuve que l'aspirine pouvait prévenir des décès par cancer. Plusieurs études précédentes publiées dans The Lancet ont fait état d'effets protecteurs de l'aspirine contre plusieurs cancers courants (colon, prostate, poumon).
"La création se déplace inéluctablement en dehors des Etats-Unis"
Observateur avisé des nouvelles technologies de l'information, Francis Pisani livre les tendances du secteur. Au coeur de ses réflexions, la "mobiquité" et le déplacement de l'innovation vers l'Afrique.
Trois grandes tendances se dessinent pour les quatre à cinq ans qui viennent. Il y a d'abord l'hyperconnectivité. Les gens et les objets sont de plus en plus connectés. Via les réseaux sociaux bien sûr (800 millions de personnes sur Facebook !) et le déploiement accéléré des téléphones mobiles, presque 6 milliards aujourd'hui. Les objets aussi sont connectés. Ils sont de plus en plus équipés de puces qui contiennent des identifiants et des données qui alimentent la couche informationnelle. La technologie RFID ["radio frequency identification" ou radio-identification, Ndlr] permet d'identifier et de suivre ces objets tout au long de leur parcours.
Il y a ensuite ce que j'appelle le "tsunami des données". L'hyperconnectivité que je viens de décrire contribue à une production massive d'informations. Les réseaux sociaux sont des foyers de production de données importants. Puis il y a les capteurs qui fournissent les informations issues des objets connectés. Nous avons aujourd'hui accès à des milliards de "datas" concernant le moindre aspect de la vie. Et nous disposons d'outils pour traiter ces données. C'est essentiel pour analyser les phénomènes contemporains et prendre des décisions. Par exemple, une enquête est actuellement en cours sur les délocalisations américaines en Chine ; elle est réalisée à partir du brassage de milliards de données de ces deux pays et donne une vision plus précise et plus nuancée que celle que nous avions jusqu'à présent. On constate parallèlement le développement de l'infographie, qui aide à visualiser ces masses de données, et de ce qu'on appelle le "journalisme de données" qui doit nous les rendre plus compréhensibles.Les États-Unis ont d'ailleurs avancé très vite dans le traitement des données juste après le traumatisme du 11 Septembre. Ils ont investi beaucoup d'argent dans le domaine du "data mining", par exemple à partir d'In-Q-Tel, un fonds de capital-investissement, qui finance les entreprises et les nouvelles technologies dans les domaines qui intéressent la CIA.
La troisième tendance est celle de la "mobiquité", une notion qui combine l'idée de mobilité et d'ubiquité. Sans l'infrastructure, omniprésente sur une grande partie du monde, nous ne pourrions pas être connectés aux informations et aux gens quand nous nous déplaçons. La seule notion de mobilité ne rend donc pas complètement compte de ce qui est en jeu. Avec un mobile, on n'emporte pas simplement avec soi un outil de communication, mais tout son contexte, son univers personnel. Cela entraîne chez l'individu un bouleversement important de l'espace-temps, de ce que le théoricien russe du roman, Mikhaïl Bakthine, appelait le "chronotope". Tout récit, toute vie, s'insère dans une telle matrice. Or, nous connaissons un nouveau chronotope partiellement défini par cet écrasement du temps et des distances. Il altère la perception du monde par les individus ainsi que leurs relations aux groupes, à l'information, aux contextes. Ces notions évoluent et les technologies ne cessent d'avancer. La géolocalisation, par exemple, permet de savoir où chacun se trouve et à quel moment. Les applications et les opportunités sont innombrables dans ce secteur. Notons que la mobiquité n'est pas étrangère à une évolution de la consommation culturelle. On ne cherche plus à posséder livres ou CD, à les emporter avec soi, mais à accéder aux textes ou aux morceaux de musique, où que l'on soit.
Entre la mobiquité et l'hyperconnexion, c'est la consécration du "big brother" de George Orwell ?
Le citoyen doit veiller à garder la maîtrise des données. Et de leur utilisation. Par exemple, il se développe des applications de "geofencing", qui déclenchent un envoi automatique d'information lorsqu'on entre dans un périmètre géographique. Il faut que nous puissions refuser.
Il y a des risques, bien sûr, mais je préfère voir dans la pénétration accrue des technologies de l'information et de la communication (TIC) l'ouverture de nouveaux espaces de lutte. Il faut lutter contre la concentration excessive, par exemple, contre l'abus de surveillance, pour l'accès aux données publiques, ce qu'on appelle l'"open data". En ouvrant la porte sur les secrets diplomatiques, Wikileaks nous a servis. Il faut maintenant institutionnaliser, en tout cas partiellement, le processus. Il faut se battre pour l'accès, le contrôle et la récupération des données. C'est un des nouveaux devoirs du citoyen.
N'oublions pas que les mouvements de contestation de "big brother" et des systèmes autoritaires de toutes sortes utilisent massivement les nouvelles technologies de l'information pour agir au niveau local et développer de nouvelles formes de démocratie. Dans ce domaine, nous avons beaucoup à apprendre de ce qui se passe en Espagne où les "indignés" - de même que les différents "occupy" - recherchent l'autonomie et déploient leurs propres réseaux sociaux.
Le Net semble aujourd'hui dominé par quelques grands acteurs américains...
Bien sûr, Apple, Google, Amazon... sans oublier Microsoft qui a lancé des choses intéressantes, récemment comme Kinect et son Windows Mobile. Mais cette concentration n'est pas le problème le plus grave. Je crains la progression des "jardins entourés de murs", ces zones du Net fermées sous le contrôle d'une entreprise, comme Apple, ou la volonté de centralisation de Facebook.
Mais le monde s'ouvre. C'est pour mieux le comprendre que j'ai lancé Winch5 (Winch5.blog. lemonde.fr), un projet d'enquêtes sur le terrain et de veille sur les acteurs du changement qui utilisent les nouvelles technologies aux cinq coins du monde. Force est de constater qu'il y a un déplacement inéluctable de la création en dehors des États-Unis. La Silicon Valley s'essouffle. Il y a plus d'internautes en Chine qu'aux États-Unis aujourd'hui. Et rappelons que 600.000 ingénieurs sortent des universités chinoises chaque année... On voit émerger des acteurs chinois très importants comme QQ, un géant qui combine messagerie instantanée, réseau social et jeu social et qui réunit... 700 millions d'utilisateurs actifs ! Mais surtout, il faut regarder au-delà des pays émergents. En Afrique subsaharienne, on voit naître beaucoup d'innovations dans le secteur des technologies de l'information. Par exemple, M-Pesa ["pesa" veut dire argent en swahili, Ndlr], développé au Kenya, est le premier service de transfert d'argent sur mobile. En Afrique, où j'étais récemment, geeks, entrepreneurs et activistes ne cessent de se croiser et d'échanger. Ils ont en commun la volonté de "changer le monde" alors que les entrepreneurs de la Silicon Valley s'assèchent parce qu'ils ne s'intéressent plus qu'à l'argent.
La reconquête de l’Europe selon Geert Mak
Le chien de Tišma est un sombre petit livre. Avec Norman Davies, historien spécialiste de l’Europe, Geert Mak en est venu à la conclusion que le sommet des dirigeants européens en décembre a englouti son dernier espoir. "Je crains que ce ne soit fini."
C’est l’histoire de trop peu, trop tard. Trop peu d’argent pour le fonds de sauvetage, trop peu de possibilités de sanctions, trop peu de vision et en définitive trop peu de direction européenne. "L’Allemagne de Merkel, écrit Geert Mak, a manqué une occasion historique de devenir le véritable dirigeant de l’Europe. Par peur du mauvais spectre, le spectre de l’inflation, l’Allemagne pousse l’Europe dans une récession". "C’est une erreur, dit Geert Mak. Mieux vaudrait faire tourner la planche à billets. Et ne pas serrer la vis au Sud au point de l’étouffer".
Il faut reconquérir l’Europe, qui doit cesser d’obéir à une logique de l’argent, écrivez-vous. Mais comment ? En 1989, l’Occident libre l’a emporté sur le communisme. Et a autorisé un terrible dérapage vers un capitalisme de casino.
Quand on fait des affaires, on prend des risques. On peut voir ses efforts récompensés, mais cela peut aussi mal tourner. Tous les marchands forains le savent. Mais le libre-échange est perturbé par les banques, qui ont quasiment amorcé une révolution antidémocratique. Elles se sont emparées du pouvoir. Tout le monde sort extrêmement malmené de cette crise, sauf ceux qui en sont responsables. Les banques ne courent aucun risque et le secteur public en fait les frais.
Récemment, j’ai assisté à une réunion où un grand économiste chinois et un responsable africain de banque centrale chapitraient un groupe de spécialistes européens du secteur financier. Un revirement historique intéressant.
L’Africain disait : vos banques sont remplies de personnes extrêmement compétentes, mais elles ont commis toutes les erreurs possibles et imaginables. Cela ne peut s’expliquer que parce que d’autres facteurs sont intervenus dans leurs décisions. En Afrique, nous qualifions ces autres facteurs de corruption. Il y a eu un silence dans la salle. Il faisait référence aux primes, et il avait parfaitement raison.
L’Europe était une tentative de hisser la démocratie au-dessus des frontières nationales. La démocratie est-elle incapable d’affronter un marché mondial débridé ?
C’est bien ce qui m’attriste profondément. Malgré tous ses défauts, malgré toutes ses plaies et ses bosses, l’Union européenne est une expérience fantastique dans ce domaine. C’est pour cela que nous devons la défendre bec et ongles. En ce XXe siècle féroce, l’UE devrait être le modèle qui sert à maintenir debout les valeurs démocratiques. Si cela disparaît, d’autres combleront le vide laissé par l’Europe. Les Américains, les Chinois, les Brésiliens, les Russes.
L’UE est un produit caractéristique de la foi dans la faisabilité d’une vie communautaire. Les populistes vont-ils finir par avoir raison ? Cela ne fonctionne donc pas ?
Non. Ils ont raison sur un seul point : un sentiment de malaise s’abat sur l’Europe comme un brouillard. Aux Pays-Bas, ce sentiment est très fort. D’autres pays ronronnent encore de satisfaction. Les populistes traduisent ce malaise. Je comprends les critiques vis-à-vis de l’Europe. Mais se replier sur soi, c’est croire à la magie. Un mythe national est incroyablement séduisant. Parfois il m’arrive aussi de me dire le soir dans mon lit : et si j’étais de droite pendant un quart d’heure. Ce serait délicieux !
Ce malaise est tangible dans votre livre. Vous êtes européen dans l’âme, et vous portez le regard d’un historien. Mais vous ne vous en sortez pas. Vous finissez par admettre que cela ne fonctionne pas.
C’est peut-être triste, mais je n’étais pas surpris. Dans le dernier chapitre de mon livre In Europa [Voyage d’un Européen à travers le XXe siècle, traduit du néerlandais par Bertrand Abraham, Gallimard, 2007, NdT], j’écrivais déjà que le bateau est très déséquilibré avec 27 capitaines sur le pont. J’avais annoncé que cela poserait de très gros problèmes en cas de tempête. Et maintenant, la tempête fait rage.
Votre petit livre se termine sur une note sombre. Quel est votre espoir pour 2012 ?
L’année à venir, la question est de savoir à quoi va ressembler l’Europe. Va-t-elle rester un système communautaire sous la direction d’une puissante Commission européenne ou va-t-elle devenir un système intergouvernemental décentralisé, comme le souhaitent les Allemands. Les Pays-Bas peuvent jouer à cet égard un rôle d’intermédiaire. Nous ne sommes pas aussi dogmatiques que les Allemands. Jouons donc ce rôle pleinement, rien que dans notre intérêt personnel. Car nous sommes, et nous demeurons, un pays tourné vers le monde.
La disparition de l’Euro n’est pas possible !
L’Euro : Ne rêvez pas ! Il ne disparaîtra pas !
lundi 9 janvier 2012
Les think tanks, des idées en l'air
Omniprésents, ils passent d'un plateau de télévision à un micro, analysent, évaluent, conseillent, proposent, pérorent à l'occasion. Quand ils ne parlent pas, ils écrivent ou font écrire des études pour ausculter le pays sous toutes les coutures, pointer failles et atouts, suggérer ordonnances et médications. Pas un sujet ne leur échappe, ou presque. Ils ont des idées et espèrent qu'elles feront leur chemin. Même s'ils sont encore très loin d'avoir la puissance et le pouvoir d'influence de leurs équivalents américains.
Qui sont ces champions du prêt-à-penser ? Les think tanks – des réservoirs d'idées, en bon franglais – et leurs animateurs vedettes. Quelque 160 associations, fondations ou groupes de réflexion sont répertoriés par l'Observatoire français des think tanks. Mais seuls quelques-uns d'entre eux ont l'ambition de peser sur le débat politique, présidentiel en particulier. Signe d'une époque en mal d'idées neuves, ces lieux de réflexion sont apparus récemment.Sur le versant libéral, pour ne pas dire à droite puisqu'ils se défendent de toute attache partisane, l'Institut Montaigne et la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol) dominent le "marché". Le premier, créé en 2000 et toujours présidé par Claude Bébéar, l'ancien PDG d'Axa, se veut un instrument capable de proposer de solides pistes de réflexion pour améliorer la compétitivité de l'économie nationale et la cohésion de la société française. Ses études - une soixantaine en huit ans - ne passent pas inaperçues, comme celles, récentes, sur la réorganisation du maquis de la formation professionnelle, ou encore sur le poids croissant de l'islam dans les banlieues les plus déshéritées, analysé pendant dix-huit mois à Montfermeil et Clichy-sous-Bois par cinq chercheurs sous l'autorité de Gilles Kepel. "Nous avons besoin d'outils nouveaux pour penser la crise", note le directeur de l'Institut Montaigne, Laurent Bigorgne, un jeune agrégé d'histoire qui fut le bras droit de Richard Descoings à la direction de Sciences Po, à Paris. Faute de les trouver ailleurs, il entend bien les forger.
"12 IDÉES POUR 2012"
La Fondapol a une genèse plus tourmentée. Créée en 2004 par Jérôme Monod, conseiller de Jacques Chirac, elle était destinée à devenir la tête chercheuse du parti du chef de l'Etat. Marginalisée après l'arrivée de Nicolas Sarkozy à la tête de l'UMP, elle est repartie de l'avant en 2008 sous la houlette de son nouveau président, Nicolas Bazire, numéro deux de LVMH et proche de M. Sarkozy, et de son nouveau directeur général, Dominique Reynié.
Celui-ci, professeur à Sciences Po, à Paris, et qui a d'ailleurs installé ses locaux à deux pas de la rue Saint-Guillaume, se situe volontiers sur le terrain académique. Plusieurs études intéressantes réalisées en 2011 en témoignent : l'évolution des droites en Europe face à la montée des populismes, ou le grand blues des classes moyennes. Mais le politique n'est pas loin, affichant sa volonté de refonder une pensée "libérale, progressiste et européenne". Les "12 idées pour 2012" que la Fondapol vient de rendre publiques se présentent carrément comme un programme de gouvernement. Mais, "au-delà de l'ingénierie administrative" (comment maîtriser la dette, repenser l'Etat, révolutionner l'école, marier France et Allemagne...), il s'agit pour Dominique Reynié de "redéfinir notre projet de société".
Toujours dans la famille libérale, l'Institut français pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques (Ifrap), apparu en 1985 et devenu fondation d'utilité publique en 2009, n'a pas cette ambition. Mais il s'est fixé une mission : évaluer l'efficacité des mesures mises en place. "Dans un contexte de plus en plus contraint par la crise et la dette, il est impératif de dépenser mieux et moins", résume sa jeune directrice, Agnès Verdier-Molinié. La campagne présidentielle va offrir à ce contre-pouvoir déclaré l'occasion de s'exercer en chiffrant le coût des programmes des candidats. A l'instar de l'Institut Montaigne, qui s'est engagé avec le quotidien économique Les Echos dans cette bataille des chiffrages, ou de l'Institut de l'entreprise, qui avait été précurseur en 2007.
"UN TRAVAIL DE REFONDATION"
Deux think tanks dominent le paysage à gauche. Ils revendiquent leur liberté d'esprit mais ne cachent pas leur inscription dans l'espace socialiste. C'est une évidence pour la Fondation Jean-Jaurès (FJJ), créée en 1992 par Pierre Mauroy, alors premier secrétaire du PS, et installée cité Malesherbes à Paris, dans l'immeuble qui abrita longtemps la SFIO puis le Parti socialiste. Toujours présidée par M. Mauroy, elle est dirigée par Gilles Finchelstein, directeur des études d'Euro RSCG et proche de Dominique Strauss-Kahn.
Définie par ce dernier comme un lieu de "libre débat collectif", à l'écart des enjeux internes du parti, la FJJ a pour vocation de contribuer à "la rénovation de la pensée socialiste" en associant chercheurs, hauts fonctionnaires et responsables politiques. Elle y consacre de très nombreuses notes sectorielles, mais aussi, tous les deux mois, des essais plus transversaux. "Il est décisif d'avoir une analyse juste de l'état de la société", souligne M. Finchelstein, rappelant l'enquête remarquée de la fondation sur "Le descendeur social", avant la présidentielle de 2007, ou celle, récente, sur "Le nouveau paysage idéologique" français.
Fondée en 2008 par Olivier Ferrand, entreprenant énarque de 42 ans, installée de façon un brin provocatrice sur les Champs-Elysées (dans des locaux prêtés par un proche de Michel Rocard), la Fondation Terra Nova s'est imposée comme un acteur infatigable du débat public. Mobilisant un réseau de quelques centaines d'experts, elle est d'abord une machine qui produit des notes sur les sujets les plus variés de l'action publique, à une cadence spectaculaire : "Cinquante rapports programmatiques en un an", s'enorgueillit M. Ferrand. Qui n'entend pas seulement animer une boîte à idées. A ses yeux, c'est "le modèle de développement français et européen du dernier demi-siècle qui est mort. Il faut mener un travail de refondation et retrouver une vision globale".
Fort différente est la Fondation Copernic, créée en 1998. Pour Pierre Khalfa, l'un de ses animateurs, syndicaliste à Solidaires et membre du conseil scientifique de l'organisation cousine Attac, la volonté était alors de "répondre à l'offensive intellectuelle du néolibéralisme et au dépérissement idéologique" de la gauche socialiste. C'est toujours le cas : "Nous combattons explicitement les idées défendues par Terra Nova et la Fondation Jean-Jaurès." Il s'agissait en outre de rassembler les courants de la gauche critique, syndicale, associative et intellectuelle, "très méfiants à l'égard des partis politiques". Deux débats ont favorisé ces convergences : celui sur les retraites, depuis une douzaine d'années, et la campagne contre le traité constitutionnel européen, en 2005, dans laquelle Copernic a pris l'initiative de lancer les comités pour le non.
MÉFIANCE À L'ÉGARDS DES PARTIS
La méfiance à l'égard des partis est un des moteurs de l'émergence des think tanks. "Les partis politiques sont en crise, leurs taux d'adhésion sont très faibles, leurs organisations de jeunesse exsangues, ils ne sont plus des laboratoires d'idées mais des machines bureaucratiques essentiellement occupées à la distribution des investitures. Il est donc logique que le débat naisse à leur périphérie", analyse Pascal Perrineau, directeur du Cevipof, le centre d'études politiques de Sciences Po, et membre du conseil scientifique de la Fondapol. Laurent Bigorne confirme : "La panne intellectuelle des partis est saisissante. Ils ne posent ni les vraies questions ni les vrais enjeux."
A cela s'ajoute l'affaiblissement de la capacité d'analyse stratégique de l'Etat. Le Commissariat général au plan tenait ce rôle. Mais il a été supprimé en 2006 et il n'a été remplacé ni par le Conseil d'analyse stratégique, très discret, ni par le Conseil d'analyse de la société, qui l'est plus encore. "Les cabinets ministériels sont pris à la gorge par la crise et les contraintes budgétaires immédiates", note Laurent Bigorgne. Dominique Reynié va dans le même sens : "Nous sommes des sas de fertilisation entre les savoirs disponibles et le monde politique, qui n'a pas le temps de réfléchir."
Julien Vaulpré connaît bien les acteurs de cet écosystème : brillant trentenaire, il a participé à la petite équipe réunie entre 2005 et 2007 par Emmanuelle Mignon pour aider Nicolas Sarkozy à gagner la bataille des idées et a été le conseiller "opinion" du chef de l'Etat à l'Elysée jusqu'à récemment. "Les partis sont dissuasifs et n'attirent plus. Non encartés, plus souples, les think tanks permettent une externalisation attractive", note-t-il.
A gauche, Aquilino Morelle, ancienne plume de Lionel Jospin à Matignon et directeur de campagne d'Arnaud Montebourg lors de la primaire socialiste, fait le même constat, pour le déplorer : "Les think tanks occupent un vide et assurent une sorte de sous-traitance du travail intellectuel", quand il faudrait que le PS redevienne un lieu de pensée qui produit des idées. Alexis Corbière, responsable des études au Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, est encore plus sévère : il y aurait externalisation, mais aussi "marchandisation politique" : "Ces think tanks sont des lobbies malins, qui, sous un vernis scientifique, prétendent produire des idées non partisanes, alors qu'ils défendent les intérêts généraux des groupes privés qui les financent. C'est une supercherie."
La réponse d'Olivier Ferrand est plus pragmatique, d'autant qu'il vient d'être investi par le PS comme candidat pour les législatives de 2012 dans les Bouches-du-Rhône. A ses yeux, "l'élaboration intellectuelle s'est toujours faite à la marge des partis, par des groupes d'experts, des clubs ou des conseillers du prince. Ce que nous apportons de neuf, c'est une professionnalisation de cet espace de proposition".
Historien et "sage" du PS, participant aux travaux de Terra Nova comme à ceux de la Fondation Jean-Jaurès, Alain Bergougnoux partage en partie cette analyse, rappelant la tradition des clubs, comme le Club Jean-Moulin dans les années 1960 : "Le fonctionnement repose sur un cocktail comparable de commissions d'experts (associant universitaires, hauts fonctionnaires, responsables politiques et acteurs de la société civile), produisant des publications et organisant des colloques." La nouveauté, concède-t-il, c'est le nom de "think tank", qui fait moderne, leur efficacité médiatique, et le renouvellement de génération des animateurs.
D'"UTILES MÉDIATEURS"
Le phénomène des think tanks est également symptomatique de l'évolution du monde universitaire, de plus en plus marqué, selon Pascal Perrineau, par "la segmentation des disciplines et les crispations identitaires du monde académique". Pour lui, ces cercles de réflexion sont une sorte d'"ersatz de la figure du grand intellectuel généraliste et engagé dans le débat public, qui est en train de disparaître". Marc-Olivier Padis, rédacteur en chef de la revue Esprit et qui travaille aux côtés d'Olivier Ferrand à Terra Nova, partage ce constat, mais se réjouit de voir émerger "de nouvelles formes d'ingénierie intellectuelle, permettant de retrouver des approches globales grâce au travail collectif".
Ce n'est pas l'analyse de Daniel Cohen, responsable de l'Ecole d'économie de Paris, président du conseil scientifique de Jean-Jaurès (et membre du conseil de surveillance du Monde). A ses yeux, c'est précisément parce que les chercheurs en sciences sociales ont dépassé les cloisonnements théoriques anciens et se sont mis à explorer la "globalité vivante" de l'économie et de la société que leurs travaux peuvent nourrir le débat. A cet égard, les think tanks sont d'"utiles médiateurs".
Médiateurs, donc. Car chacun le souligne : s'ils sont des centres d'expertise et des lieux de rencontre où peuvent se construire des propositions, les think tanks ne produisent pas vraiment d'idées neuves. Ils ne sont pas un "lieu d'élaboration", dit le sociologue Michel Wieviorka. A cet égard, Daniel Cohen rend à César ce qui lui revient : "Celui qui irrigue véritablement la réflexion, à gauche, c'est Pierre Rosanvallon et le travail éditorial qu'il a engagé depuis des années, avec la République des idées, pour rendre accessible le pan de la recherche en sciences sociales."
Les animateurs des think tanks brandissent pourtant comme des trophées les initiatives qu'ils ont fait aboutir. La Fondapol revendique la paternité de la notion de "règle d'or" sur l'équilibre budgétaire, préconisée il y a deux ans par une note de l'économiste Jacques Delpla avant d'être reprise par Nicolas Sarkozy. Terra Nova a indéniablement été l'importateur, en France, de la procédure de la primaire pour désigner le candidat socialiste à la présidentielle. Et une note de Frédéric Bonnevay pour l'Institut Montaigne prônait, il y a deux ans déjà, la création d'eurobonds pour surmonter la crise de l'euro.
QUELLE INFLUENCE SUR LE DÉBAT PRÉSIDENTIEL ?
Mais les faits d'armes des think tanks sont peu nombreux, sans commune mesure avec leur résonance médiatique. Leurs initiateurs admettent qu'ils sont plus passeurs que producteurs d'idées. Faute de moyens suffisants pour commanditer des recherches au long cours, soulignent-ils tous. Le mieux doté, l'Institut Montaigne, a un budget annuel de 3 millions d'euros, grâce aux cotisations d'une petite centaine de grandes entreprises ; Jean-Jaurès, de 2,2 millions, dont deux tiers de subventions publiques ; la Fondapol, de 2,2 millions (deux tiers de subventions, un tiers de cotisations d'entreprises) ; l'Ifrap, de 1 million (presque exclusivement des donateurs privés) ; Terra Nova, de 400 000 à 500 000 euros (à 80 % du mécénat d'entreprises) ; Copernic vit avec 80 000 euros de cotisations individuelles.
Ces budgets (hormis pour Copernic) permettent de publier des études et de financer de petites équipes, de quatre à douze permanents, chargées de faire tourner la machine plus que de l'alimenter en idées, encore moins de faire du lobbying pour les imposer. Les dizaines d'experts qui rédigent des études pour Terra Nova sont bénévoles, alors que l'Institut Montaigne et la Fondapol rémunèrent, peu ou prou, les travaux. Tout cela reste artisanal par rapport aux think tanks allemands (plus de 100 millions d'euros de budget pour la Fondation Friedrich-Ebert) ou américains. Le seul point commun avec l'étranger n'est pas vraiment positif : ne pas froisser les entreprises qui financent les structures.
Reste à savoir si ces think tanks pèseront sur le débat présidentiel. Ils l'espèrent. Les responsables politiques sont plus dubitatifs, et même distants. "Les clubs, dans les années 1960, ou la Fondation Saint-Simon dans les années 1980, ont été les acteurs d'un renouveau parce qu'ils étaient articulés d'un côté avec la société civile, de l'autre avec la sphère politique. C'est peu le cas des think tanks actuels", estime Pascal Perrineau.
De fait, pour préparer son projet pour 2012, le Parti socialiste a préféré créer son Laboratoire des idées interne, qui a, pendant deux ans, mobilisé de 400 à 500 chercheurs, experts et politiques, bien au-delà du cercle des think tanks. "Le projet et le programme du parti, ça ne se délègue pas", tranche Christian Paul, député de la Nièvre et président de ce "Labo". De son côté, Jean-François Copé, le secrétaire général de l'UMP, a bien créé, début 2011, un Conseil national des think tanks, mais ceux qui ont accepté l'invitation jugent l'initiative décorative. Quant à la ministre de l'écologie et du développement durable, Nathalie Kosciusko-Morizet, elle trouve les think tanks "très académiques et traditionnels. Ce dont nous avons besoin, c'est de produire des intuitions neuves".
Laurent Bigorgne, de l'Institut Montaigne, le dit à sa manière, feutrée et lucide : "Ce qui m'intéresse en 2012, ce n'est pas le mois de mai et la campagne, mais le mois de septembre et l'action du futur gouvernement. C'est à ce moment-là que nous pourrons exercer notre influence." Bon résumé du rôle d'interface, encore expérimental, qu'entendent jouer ces boîtes à idées.


















