TOUT EST DIT

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jeudi 12 janvier 2012

TU PEUX TOUJOURS TE MARRER SALOPE !!

Présidentielle 2012 : Aubry déclare la guerre à Accoyer

Martine Aubry s'est littéralement insurgée, ce jeudi, contre les propos de Bernard Accoyer. Et la première secrétaire du Parti socialiste s'est chargée de le lui faire savoir. Le président de l'Assemblée nationale avait annoncé "la guerre" si la gauche l'emportait. 

Bernard Accoyer est au cœur d'une polémique. Le président de l'Assemblée nationale a déclaré mercredi : « si nous ratons ce rendez-vous de la responsabilité et du courage, les conséquences économiques et sociales pourraient être comparables à celles provoquées par une guerre ». Ce jeudi, ce dernier a affirmé « ne pas regretter ses propos ». C'est pourquoi Martine Aubry s'est chargée de lui délivrer une réponse des plus cinglantes. La première secrétaire du Parti socialiste a estimé sur France Info que « quand Monsieur Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale, s'exprime ainsi, il fait honte à notre République ».
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La pute Aubry en attitude de racolage

Sarkozy "casse, divise, abîme"

La maire de Lille en a rajouté une couche affirmant que « ce ton, c'est le ton de l'UMP par rapport à François Hollande et par rapport au Parti socialiste » avant d'ajouter : « nous sommes à un autre niveau ». Bernard Accoyer n'était pas le seul à subir les foudres de Martine Aubry. Rebondissant sur l'affaire des trucages de l'IGS, la chef de file du PS a répondu : « Je n'ai jamais vu ça. J'ai été ministre, j'avais 40 directeurs, sans doute la moitié de droite, la moitié de gauche, je n'ai jamais eu de problème parce qu'à ce moment la République était là. Monsieur Sarkozy aujourd'hui casse, divise, abîme, et c'est cela qui fait le lit du Front national et des extrémismes ».

Sarkozy à Lille ? "Je l'accueillerai naturellement"

En pleine tournée des radios, Martine Aubry a également réagi sur France Bleu Nord à propos de la venue du président de la République à Lille. « J'espère que nous sommes encore en République, j'en doute un peu quand j'entends les propos de certains ministres, du président de la République. Moi, j'ai toujours respecté mes adversaires, comme je le fais ici à Lille, nous sommes là pour faire marcher la démocratie et la République », a-t-elle dénoncé avant d'estimer que Nicolas Sarkozy « fait sa campagne en faisant des vœux partout en France et en les utilisant pour taper sur ses adversaires ». « Je l'accueillerai en haut des marches très naturellement, c'est le président de la République », a-t-elle conclu. La « guerre » présidentielle ne fait que commencer...

L'Europe face à la dérive hongroise

Si la Hongrie était aujourd'hui candidate à l'adhésion à l'Union européenne, elle ne remplirait sans doute plus les conditions démocratiques suffisantes pour être admise. Ce constat inquiète les observateurs depuis des mois, tant les entorses aux principes démocratiques élémentaires se multiplient sur les rives du Danube, sous la férule de Viktor Orban, l'homme fort de Budapest.

Il y a un an, à la veille de son semestre de présidence de l'Union, son gouvernement n'avait rien trouvé de mieux que de faire passer une loi menaçant lourdement la liberté de la presse. Cette année, en pleine crise économique, il récidive en visant l'indépendance de la Banque centrale hongroise.

Parallèlement, le pouvoir hongrois, fort d'une majorité des deux tiers au Parlement depuis son retour aux affaires, en 2010, multiplie les gestes contre tout ce qui peut constituer un contre-pouvoir. Atteintes au secret des sources journalistiques, retrait des fréquences d'une radio dérangeante, atteintes à l'indépendance de la Cour suprême et plus généralement à celle des juges. Le recrutement des nouveaux magistrats hongrois est désormais dans les mains d'un organisme qui répond directement au gouvernement, et dont le président désignera seul les juges. Ce qui a, entre autres motifs, amené à démissionner le président de la Cour suprême, ancien juge à la Cour européenne des droits de l'homme à Strasbourg.

En outre, le nouveau texte constitutionnel, entré en vigueur le 1er janvier, s'en prend aux communautés religieuses de Hongrie, restreignant les financements publics aux seules congrégations opérant depuis au moins vingt ans. Ce qui va avoir pour effet de réduire leur nombre de trois cents à quatorze. Sans reparler de la décision d'octroyer unilatéralement la nationalité hongroise à toutes les minorités hongroises des pays limitrophes.

Face à cette dérive clairement autoritaire, l'Europe a jusqu'ici réagi timidement. Les lois menaçant l'indépendance de la Banque centrale ont toutefois créé l'émoi à Bruxelles et à Washington, au siège du FMI, où la détérioration des comptes publics hongrois est bien connue. Ce qui explique la menace brandie, hier, par la Commission européenne, de déclencher une procédure contre Budapest pour déficit excessif. Le tout assorti de mises en garde contre les lois liberticides en matière de justice.

En cas de « violation grave et persistante » des valeurs européennes, le traité de Lisbonne prévoit, dans son article 7, un mécanisme de sanctions. Un mécanisme complexe et progressif, nécessitant l'approbation du Parlement, celle des 4/5e du Conseil pour constater le risque, de l'unanimité des pays membres (moins un) pour constater la violation avant de prendre, le cas échéant, des mesures de rétorsion, cette fois à la majorité qualifiée.

Derrière la technicité de la procédure, jamais utilisée à ce jour, c'est l'avertissement politique qui compte. On peut regretter que la Commission ait attendu les atteintes à la Banque centrale pour réellement réagir, on ne peut que se féliciter des mises en garde annoncées hier. Mais il faut aller plus loin et porter haut la défense des valeurs démocratiques, comme l'ont fait les dizaines de milliers de Hongrois qui manifestaient le 2 janvier. Un dangereux cocktail, mêlant populisme nationaliste, crise économique et suppression des garde-fou démocratiques, plane sur Budapest. Il n'a pas sa place en Europe.

STUPIDITÉ : Joly propose un jour férié pour Kippour et l'Aïd-el-Kebir

La candidate écologiste à la présidentielle a déclaré mercredi qu'elle voulait que «chaque religion ait un égal traitement dans l'espace public».

C'est une manière de voir la laïcité. Eva Joly a proposé mercredi qu'un jour férié soit accordé aux juifs et aux musulmans pour célébrer Kippour et l'Aïd-el-Kebir afin que «chaque religion ait un égal traitement dans l'espace public».
Lors d'une «Nuit de l'égalité» dans un Bataclan bien rempli , la candidate EELV à la présidentielle, après un hommage au journaliste Gilles Jacquier mort en Syrie, a déclaré que «le rêve français pour (elle) est celui de la passion de l'égalité». Pour l'ex-magistrate, «cette égalité, élément clé de l'identité nationale, a été mise à mal par cinq ans de présidence sarkozyste». «Quand j'entends Claude Guéant et Marine Le Pen, j'ai mal à ma France, j'ai mal à notre France», a fait valoir la Franco-Norvégienne, parlant notamment de la circulaire sur les étudiants étrangers.
Sa première «priorité du quinquennat pour l'égalité» sera «l'égalité territoriale» car «les habitants des banlieues, ou des zones rurales ont le droit d'être traités dignement». Sur l'éducation, elle a plaidé pour «une nouvelle carte scolaire» pour «combattre l'apartheid scolaire». En matière d'égalité hommes-femmes, elle a proposé que «pas un euro d'argent public» n'aille à une entreprise «qui pratiquerait une inégalité de salaires».

«Représenter la France qui n'est pas bien née»

Côté laïcité, pour que «chaque religion ait un égal traitement dans l'espace public», la candidate Verte, se référant au rapport Stasi, a souhaité que «juifs et musulmans puissent célébrer Kippour et l'Aïd-el-kebir lors d'un jour férié» car alors «l'égalité et la laïcité auront avancé dans notre pays», selon elle.
Elle s'est aussi dit favorable à des «statistiques de la discrimination», «instrument utile pour permettre demain un même accès à l'emploi, à la santé, au logement, voir aux responsabilités politiques». Celle qui entend «représenter la France qui n'est pas bien née» s'en est, une nouvelle fois, pris à Marine Le Pen (FN) dont «le projet porte en lui-même la fin de la France», selon elle.
Par ailleurs, dans la journée, un séminaire stratégique s'était réuni autour d'Eva Joly pour faire le point sur sa campagne alors que la candidate plafonne à 3 ou 4% d'intentions de vote dans les sondages. Conclusion, il lui faut mener «une campagne plus lisible» avec «plus de cohérence» en recentrant les thématiques sur les questions d'écologie, d'emploi, de réindustrialisation et d'Europe, selon plusieurs participants. Eva Joly doit d'ailleurs vendredi détailler ses propositions sur l'emploi.

La faillite… du leadership

Comment a-t-il pu se faire que la crise d’une dette souveraine, minuscule à l’échelle du monde, celle de la Grèce, ait pris des dimensions telles qu’elle en soit devenue une menace non seulement pour l’euro mais aussi pour la cohésion de l’UE et même pour la prospérité de la planète ? Du fait de leurs hésitations, de leurs erreurs parfois, les dirigeants européens en sont en grande partie responsables. Pour se défendre, ceux-ci affirment qu’ils ont dû faire face à la crise la plus grave depuis celle qui, débutant en 1929 par le krach de Wall Street, devait mener ensuite à la Grande Dépression des années 30 puis à la Deuxième Guerre mondiale. Il existe une cause commune au déclenchement de ces deux faillites de l’économie : c’est aujourd’hui, comme en 1929, l’aveuglement et l’irresponsabilité des établissements financiers américains libérés de la régulation de leurs activités.
Au XXIe siècle, l’expérience passée a permis, dans un premier temps, de contenir la catastrophe et de reprendre espoir. C’était sans compter avec l’aveuglement des dirigeants des pays européens les plus fragiles qui n’ont pas hésité à s’endetter auprès des banques. Ils avaient imaginé que leur appartenance à l’euro les préserverait de ce qui les eut menés du temps des monnaies nationales à une catastrophe. Leur impéritie s’avéra contagieuse pour toute l’Europe du fait de l’existence de cette monnaie commune. Un autre point commun à ces deux crises dévastatrices explique l’incapacité à en contrôler l’ampleur, c’est l’extrême faiblesse du personnel politique. Aux Etats-Unis, de 1929 à 1932, le président Hoover se révéla incapable de prendre la moindre initiative. En Allemagne, le chancelier Brüning à la tête de la fragile république de Weimar, terrorisé par le souvenir de l’inflation qui avait ravagé son pays dans les années 20, se lança dans une politique déflationniste qui provoqua un chômage de masse et ouvrit la voie à Hitler. En France, Pierre Laval crut bon de suivre son exemple et favorisa ainsi, contre son gré, l’accès au pouvoir du Front populaire. Au XXIe siècle, si, aux Etats-Unis, Obama a su dans un premier temps prendre les mesures d’urgence qui s’imposaient, il est désormais paralysé par une opposition républicaine majoritaire au Congrès, qui entrave ses nouvelles propositions de relance de l’économie.
En Europe, la Commission a été dépassée par les événements. Il serait impossible de citer une initiative significative de MM. Barroso ou Van Rompuy. Les institutions européennes ont abandonné la conduite des opérations au couple franco-allemand qui avance certes vers un renforcement des liens communautaires, indispensable pour sauver l’euro, mais dont la conduite de la politique économique n’est pas loin de rappeler celle de MM. Brüning et Laval. C’est en période de crise qu’un leadership clairvoyant et déterminé se révèle indispensable. Sans aller jusqu’à évoquer ce que nous devons à Roosevelt, Churchill et de Gaulle, on se souviendra que la naissance de l’Europe n’eut pas eu lieu sans Adenauer, Schuman et Alcide de Gasperi et que c’est l’alliance de Reagan, Thatcher, Mitterrand et Kohl, auxquels il faut ajouter Jean-Paul II, qui précipita la fin de l’Union soviétique. La crise actuelle appelle urgemment à l’émergence d’un nouveau leadership sur les deux rives de l’Atlantique. Malheureusement, il n’en existe pas de signe avant-coureur.

LEAD 1-Grèce-Les négociations sur la dette se passent mal-sources

* Les Etats européens pourraient devoir accroître leur aide-sces bancaires
* Cela risque d'être difficile à faire accepter en Allemagne
* Le représentant du lobby bancaire jeudi à Athènes (Actualisé avec contexte, détails, visite de Dallara à Athènes §12)
FRANCFORT, 11 janvier (Reuters) - Les discussions sur la participation du secteur privé au sauvetage grec se passent mal, apprend-on mercredi auprès de responsables bancaires européens, ce qui signifie que les Etats de la zone euro pourraient devoir accroître leur contribution au deuxième plan d'aide à Athènes.
"Les gouvernements envisagent une augmentation de leur participation", a déclaré l'un des banquiers, proche des discussions.
Prié de dire si les Etats allaient devoir mettre la main au porte-monnaie pour compenser une participation du secteur privé inférieure à ce qui était prévu, un autre banquier a déclaré : "Rien n'est encore décidé, mais plus forte sera la décote imposée, moins il y aura d'appétit pour une conversion volontaire."
Un troisième banquier a confirmé : "La participation du secteur privé se passe mal."
Parmi les cercles gouvernementaux de la zone euro, certains suggèrent que les ministres commencent à admettre qu'ils pourraient devoir renforcer sur fonds publics le deuxième plan de sauvetage de 130 milliards d'euros de la Grèce.
Mais une telle issue pourrait être difficile à faire accepter politiquement en Allemagne et dans d'autres pays de la zone.
Lundi, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy ont insisté sur le fait que les détenteurs d'obligations grecques devaient assumer leur part du fardeau, sans quoi les Etats ne verseraient pas leur contribution.
Le même jour, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaire Olli Rehn a déclaré que les discussions avec les créanciers privés étaient sur le point d'aboutir et qu'un accord pourrait être trouvé rapidement. (voir )

CHARLES DALLARA À ATHÈNES JEUDI
Sans ce deuxième plan d'aide, la Grèce risque de faire défaut autour du 20 mars, date à laquelle 14,5 milliards d'euro de sa dette arrivent à échéance. Un accord doit intervenir bien avant cette date parce que les formalités risquent de prendre à elles seules six semaines.
Des sources ont rapporté que les hedge funds détenteurs de dette grecque tentent d'esquiver la conversion de leurs avoirs en nouveaux titres amputés d'une décote.
Ces fonds spéculatifs préfèrent soit une faillite de la Grèce, qui déclencherait le versement des assurances qu'ils ont souscrites, soit recouvrer totalement leur mise si suffisamment d'autres contributeurs privés acceptent d'amputer la leur.
Charles Dallara, directeur général de l'Institut de la finance internationale (Ifi), le lobby bancaire qui représente les créanciers dans les négociations avec la Grèce, s'entretiendra avec des responsables grecs jeudi à Athènes, a annoncé un porte-parole mercredi.
Les banques représentées par l'Ifi ont accepté l'an dernier une décote de 50% sur la valeur nominale de leurs avoirs en dette grecque, une opération destinée à réduire le ratio dette sur produit intérieur brut (PIB) du pays à 120% d'ici 2020.
Mais les négociations butent sur les modalités de cet échange de titres : le coupon, la maturité et les garanties de crédit.
La semaine dernière, Athanasios Orphanides, membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE), a estimé que les dirigeants de la zone euro devraient abandonner l'idée de faire participer le secteur privé au plan de sauvetage de la Grèce afin de restaurer la confiance dans l'ensemble de la région. (Danielle Rouquié et Jean Décotte pour le service français, édité par Danielle Rouquié)

Deux passeports valent mieux qu’un

Dans un monde métissé et globalisé, il est naturel d’avoir plusieurs identités. Voilà pourquoi, estime The Economist, les Etats devraient rendre plus facile l’accès à la nationalité — et au droit de vote...
Du point de vue de l’Etat, la citoyenneté multiple est au mieux une notion confuse, et au pire une menace. Les autorités préfèreraient que vous soyez nés, que vous viviez, travailliez, payiez vos impôts, gagniez votre argent et mourriez au même endroit, ne vous déplaciez qu’avec un seul passeport et n’accordiez à votre progéniture qu’une unique nationalité.
En temps de guerre, l’Etat revendique totalement votre loyauté, pour ne pas dire votre vie. La citoyenneté est le ciment soudant l’individu et l’Etat. Que l’on y touche, et ce lien se relâche.
Mais la vie est plus compliquée que ça. La loyauté vis-à-vis d’entités politiques n’a pas à être exclusive. En fait, bien souvent, elle peut être partagée. De nombreux juifs détiennent des passeports israéliens en signe de solidarité avec l’Etat hébreu (et en guise d’assurance), tout en étant ressortissants de leurs pays d’origine. Les Teutons peuvent fièrement être à la fois bavarois, allemands et européens.

La résidence comme critère pour les droits et devoirs

Les citoyens irlandais peuvent voter aux élections britanniques. L’ancienne idée de citoyenneté d’un Etat et d’un seul paraît aujourd’hui dépassée : plus de 200 millions de personnes vivent et travaillent désormais ailleurs que là où ils sont nés – ce qui ne les empêche pas de vouloir revenir au pays, pour s’y marier ou y investir, par exemple.
En réaction, ce phénomène suscite à tort un protectionnisme politique, les Etats obligeant les citoyens à choisir une seule nationalité, ou les empêchant d’obtenir plusieurs passeports. Approche qui peut sembler curieuse, sachant qu’il est si facile d’acquérir la citoyenneté, puisque cette dernière est même carrément en vente dans certains pays.
Dans d’autres, comme aux Etats-Unis, elle peut être un accident de naissance, sans que le choix conscient ait joué un rôle quelconque. Au lieu de faire du passeport un objet paré de pouvoirs magiques, il serait plus avisé de considérer la résidence (en particulier fiscale) comme le principal critère pour les droits et les responsabilités d’un individu.
Cela encouragerait la cohésion et l’engagement, découlant de la décision consciente de vivre dans un pays et d’en respecter les règles. Le monde s’oriente peu à peu dans ce sens. Mais beaucoup d’Etats (le plus souvent pauvres et mal gouvernés) résistent à cette tendance, et quelques démocraties riches comme les Pays-Bas et l’Allemagne s’efforcent de la juguler en invoquant toutes sortes d’excuses.
Longtemps, l’Etat a craint pour sa sécurité, ce qui paraît aujourd’hui obsolète dans de nombreux pays. La citoyenneté comptait, du temps où la défense dépendait de la conscription. Mais la guerre moderne n’a plus besoin d’armées d’appelés mal entraînés.
Rares sont les Etats qui, actuellement, ont recours au service militaire, et ceux qui le font le réduisent progressivement pour la plupart. La citoyenneté n’est pas une garantie de loyauté : les pires traîtres de l’histoire furent des citoyens de naissance. Beaucoup de ceux qui sont prêts à se battre avec le plus d’enthousiasme pour un drapeau ont traversé l’enfer pour arriver dans leur pays d’adoption.

Une politique libérale et inévitable

Ce qui laisse une horde de problèmes politiques et financiers que les gouvernements associent aux non-ressortissants : ils échappent aux impôts, récupèrent les profits ou restent fidèles aux coutumes rétrogrades de leurs pays d’origine. C’est parfois le cas.
Mais les Etats qui souhaitent réprimer l’évasion fiscale, défendre leur langue nationale ou dissuader le respect de traditions étrangères comme les mariages forcés devraient le faire par le biais de lois spécialement conçues dans cette optique, plutôt qu’en s’appuyant sur le pouvoir symbolique de la citoyenneté.
La politique américaine qui consiste à imposer les citoyens des Etats-Unis partout où ils vivent semble particulièrement perverse ; c’est de l’expertise comptable. Quant aux bénéfices, la résidence est assurément la solution. Si vous vivez et payez vos impôts dans un même pays, alors, vous devriez être traités de la même façon que les autres résidents, et mieux qu’un ressortissant qui, lui, vivrait à l’étranger et ne paierait pas ses impôts.
Pour le système basé sur la résidence, le problème le plus épineux est celui du vote – un droit longtemps associé à la citoyenneté. Mais là encore, un compromis est possible. En France et en Italie, par exemple, les citoyens qui vivent en permanence à l’étranger (souvent avec une double nationalité) ont le droit de vote.
Ce qui est logique. A l’inverse, les Etats devraient donner le droit de vote aux non-ressortissants résidant depuis longtemps sur leur territoire, du moins dans les élections locales. Les pays de l’Union Européenne le permettent déjà.
Mais il ne faut pas considérer la question de la citoyenneté multiple uniquement sur la base des coûts et des problèmes. Car elle encourage également les liens entre les diasporas (souvent aisées et influentes) et leurs pays d’origine (généralement plus pauvres), à leur avantage mutuel. Elle est inévitable et, fondamentalement, plutôt libérale. Accueillons-la à bras ouvert.


Double nationalité

L’Europe à contre-courant

Alors que la tendance générale est à l’assouplissement des règles en matière de double nationalité, plusieurs pays européens suivent le chemin inverse, note The Economist :
En novembre dernier, des hommes politiques ont en Allemagne, pays qui offre généralement la double nationalité aux seuls demandeurs européens, rejeté une proposition qui aurait permis aux Allemands nés étrangers de garder leur nationalité d'origine tout au long de leur vie. A partir du 1er janvier, les nouveaux citoyens français devront signer une charte stipulant "en devenant Français, vous ne pourrez plus vous réclamer d'une autre nationalité sur le territoire français", bien que la double nationalité reste tolérée.[...] Un nouvelle loi proposée par le gouvernement néerlandais entend ne pas seulement limiter la double nationalité des immigrés (en 2011, environ 20 000 personnes ont été naturalisés) mais souhaite également simplifier la possibilité de retirer leur nationalité au 850 000 membres de la diaspora néerlandaise, qui auraient une seconde nationalité à l'étranger […]
En cherchant à durcir ses lois relatives à la nationalité, les Pays Bas vont à l'encontre d'une tendance mondiale. En 2008, le think tank Migration Policy Institute, a estimé que près de la moitié des pays du monde toléraient la double nationalité d'une manière ou d'une autre. […] L'une des raisons qui plaide en faveur d'une poliitque plus libérale en la matière est d'ordre purement pratique : la double nationalité est devenue beaucoup plus difficile à contrôler. L'augmentation de l'immigration et le nombre croissant de mariages transfrontaliers impliquent qu'un nombre toujours plus important d'enfants naissent dans des familles multinationales. […]
Les gouvernements qui accueillent de nombreux immigrés […] ont intérêt à leur permettre de garder leurs anciens passeports. Des études suggèrent en effet que les immigrés qui n'ont pas peur de perdre leur nationalité d'origine sont davantage enclins à demander une naturalisation dans leur pays d'adoption – et sont par conséquent plus prompts à s'intégrer que ceux qui maintiennent sur le long terme leur statut de résident étranger. (S'ils deviennent ensuite de meilleurs ou de pires citoyens est en revanche plus difficile à savoir).


mercredi 11 janvier 2012

LA VOIX DU CON : Morin menace de ne pas soutenir Sarkozy

Candidat du Nouveau Centre, Hervé Morin n'est pas certain, dit-il, de soutenir Nicolas Sarkozy en cas de duel avec François Bayrou au second tour.

Hervé Morin crée la surprise. Le candidat du Nouveau Centre à la présidentielle a laissé entendre mercredi sur Linternaute.com que son choix n'était pas clairement arrêté en cas de duel entre François Bayrou et Nicolas Sarkozy au second tour. Alors qu'on lui demandait « Au second tour, si les deux sont qualifiés, vous votez pour qui : Sarkozy ou Bayrou ? », l'ex-ministre de la Défense de Nicolas Sarkozy a hésité, avant de répondre en souriant : « Ecoutez, laissez-moi voir les programmes et après, je vous en parlerai ». « J'aurai à ce moment-là, très clairement, une interrogation », a t-il ajouté.
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Le pire, c'est qu'il est dangereux ce connard !

Vers un retrait ?

Les hésitations d'Hervé Morin apparaissent comme une riposte directe à tous ceux qui, dans son camp, le pressent de retirer sa candidature pour soutenir le président sortant. « Je rappelle que j'ai été le seul membre du gouvernement à faire part de mon inquiétude à la suite du discours de Grenoble en pensant qu'on n'avait pas besoin d'opposer les Français les uns aux autres (...) Je tire les conséquences de tout cela, et je dis qu'il faut une majorité plus équilibrée », a-t-il insisté pour justifier sa participation à la présidentielle, vivement contestée dans les rangs de son propre parti.
Interrogé la semaine dernière sur sa volonté de maintenir à tout prix sa candidature alors que les sondages le créditent de 0 à 1% d'intentions de vote, Hervé Morin avait légèrement infléchi son discours, sans ménager déjà l'actuel chef de l'Etat . « Si l'affaiblissement de Nicolas Sarkozy est tel qu'il ne puisse pas être au second tour ou si, au 15 mars, je suis à 0,2%, alors je me poserai des questions », avait-il expliqué.
CE CONNARD EST UN TRAITRE À SA PATRIE, IL N'EST RIEN, COMME JE LE DISAIT HIER, CE TYPE EST UN ZÉRO POINTÉ, UN  NÉANT POLITIQUE. 
UNE TÂCHE, QUOI.

Médaille d’or !

Le ministère de l’Intérieur nage donc dans le bonheur. Enfin un succès pour ce quinquennat avec un record pulvérisé: 14 % au-dessus de la barre. Entonnons la Marseillaise ! Paris n’a pas remporté l’organisation des Jeux Olympiques mais en 2012 elle a au moins cette performance à offrir au monde: un total d’expulsions d’étrangers beaucoup plus important que prévu. Claude Guéant est satisfait. Il le dit. Il le montre. Oui, pourquoi cacher sa joie après un tel succès ?

La satisfaction de l’ancien secrétaire général de l’Élysée met de très nombreux Français mal à l’aise. Il ne s’agit pas de contester à une démocratie le droit et même le devoir de maîtriser ses flux migratoires. Même le rêve américain n’épargne guère des réveils difficiles à ceux qui en convoitent les horizons ! En France, un certain nombre de reconduites à la frontière - pas toutes ! - sont justifiées et les lois de notre hospitalité - même si elles sont parfois discutées - sont faites pour être respectées. Mais expulser des hommes, des femmes et des enfants dont (pour l’immense majorité d’entre eux) le seul crime est d’avoir voulu s’installer sur notre territoire pour essayer de vivre mieux, dont la seule mauvaise intention est d’avoir cherché à échapper à la misère, ne saurait être une victoire en soi. Répétons-le (au risque d’agacer quelques lecteurs), car on aurait tendance à l’oublier: c’est d’hommes, de femmes et d’enfants dont on parle, et pas de délinquants, et la légèreté du contentement ministériel semble faire abstraction d’une désespérance dont n’ont pas idée ceux qui bénéficient de l’immense privilège d’être nés Français dans un des cinq pays les plus riches du monde.

Faute de pouvoir célébrer une percée de notre commerce extérieur, le gouvernement se console en faisant le ménage à l’intérieur de nos frontières. On a les plaisirs que l’on peut et tant pis, alors, s’ils sont artificiels. Même la limitation de l’immigration légale, y compris dans les universités, est désormais présentée comme un bienfait, alors qu’elle rapetisse l’image internationale de la France. Le pouvoir, lui, préfère laisser croire qu’il débarrasse la nation d’un poison mortel ou, au moins, la désintoxique quand, à y regarder de près, les étrangers concourent positivement à la richesse nationale et représentent moins d’une interpellation sur six.

Quand la question de l’immigration se délivrera-t-elle des idées reçues, récupérations, angélismes et autres dénis, qui empêchent qu’on y réponde avec intelligence, sérénité et confiance ?

Libre

Toute personne qui a un jour essayé de comprendre son forfait de téléphone mobile s’en doute un peu : dans la nouvelle offre de Free, il doit bien y avoir une entourloupe quelque part. Ou alors, c’est à se demander comment son PDG s’enrichit… Drôle de PDG, ce Xavier Niel. Pas encore cinquante ans, pas de voiture avec chauffeur, mais déjà milliardaire et copropriétaire d’un journal vénérable, « Le Monde ». Hier, sans cravate ni costume, il a fait le bateleur de son offre, promettant de casser les prix et de bousculer les vieux Bouygues, France Telecom et Vivendi (SFR)… Xavier Niel, c’est la génération « pirate » des patrons, qui se moque des règles parce qu’elle n’en reconnaît qu’une : la libre concurrence. Grâce à Xavier Niel et Free, nous voici donc libres de payer moins cher pour téléphoner plus longtemps. Certains appellent ça une révolution. L’époque a les révolutions qu’elle peut.

Hollande contraint par Sarkozy à une mise au point sur ses projets fiscaux

Attaqué sur le projet socialiste de suppression du quotient familial, le leader du PS a dû ajuster le tir.

"L'affaire" du quotient familial, puisqu'il faut bien, désormais, l'appeler ainsi, va-t-elle handicaper durablement François Hollande, à l'image de sa déclaration pendant la campagne de 2007, sur la taxation des riches, c'est-à-dire tous les salariés au-delà de 4.000 euros ? Peut-elle le marquer comme le socialiste "taxeur" et matraqueur des classes moyennes ? C'est évidemment le souhait de l'UMP.
LE VISAGE DE LA VÉRITÉ, DU COURAGE ET DE LA CONNERIE .
Nicolas Sarkozy lui-même est monté mardi au créneau pour dénoncer comme une "folie" le projet socialiste de suppression du quotient familial, qui « aurait des conséquences absolument dramatiques » pour la politique familiale.
Cette suppression d'un système attribuant un avantage fiscal croissant avec le nombre d'enfants (les fameuses "parts") et le revenu avait été confirmée la semaine dernière par le bras droit de François Hollande, le spécialiste des questions économiques, Michel Sapin, et ce mardi par Manuel Valls, chargé de la communication du candidat socialiste. L'idée circulant au PS est de supprimer le système de quotient, non pas pour augmenter les recettes de l'Etat, mais pour le remplacer par une somme forfaitaire attribuée pour chaque enfant, et ne dépendant donc pas du revenu. Un projet fortement redistributif, qui conduirait à augmenter l'impôt de plus de 40 % des foyers (les plus aisés), frappant surtout les 10 % les plus riches, et au contraire à accroître les ressources des moins favorisés, tous ceux qui ne paient pas l'impôt sur le revenu. Un projet marqué à gauche, donc. Mais le candidat socialiste peut-il laisser dire qu'il a l'intention « d'assassiner » les classes moyennes, selon l'expression du ministre de l'Enseignement supérieur, Laurent Wauquiez ? Evidemment non. Le risque serait grand d'effrayer les dits Français moyens, au profit d'un François Bayrou, par exemple.
Ajustement
Du coup, François Hollande a tenu faire une mise au point. « Je ne veux pas supprimer le quotient familial qui est un avantage fiscal pour les Français » a-t-il déclaré. Il s'agit de « moduler le quotient pour qu'il puisse être plus juste pour l'ensemble des familles, pour les plus modestes qui ne le touchent pas, pour les classes moyennes qui devront avoir un avantage plus élevé et un peu moins pour les familles très favorisées. »
Peut-on donc parler d'un recul par rapport au projet initial, d'un renoncement ? Il y aura, tout au moins, un ajustement. Tout est affaire de définition. Comment François Hollande définit-il les très favorisés ? Si les 10 % de foyers les plus aisés correspondent à cette définition, alors il pourra sans doute concevoir un schéma gagnant pour tous les autres. Au-delà, c'est la maîtrise de la communication du candidat socialiste qui est en cause. « Le seul moyen d'avancer sur ces sujets fiscaux, c'est de les inscrire dans une cohérence globale, un récit », souligne le politologue Stéphane Rozès. Ce n'est évidemment pas le cas, en l'occurence. C'est une étude de Bercy révélée par « Les Echos », montrant l'ampleur des hausses d'impôt qu'impliquerait la suppression du quotient, qui a mis le feu au poudre. Sans que François Hollande n'ait vu le coup venir.

Morin et les "putschistes du NC" : Bataille dans un verre d'eau

La candidature d'Hervé Morin à l'élection présidentielle n'en finit plus de créer des remous au Nouveau Centre qui menace d'exploser. La République toute entière en tremble d'avance.

Hervé Morin va-t-il maintenir sa candidature ? Ses lieutenants vont-ils se retourner contre lui ? Le parti s'en remettra-t-il ? Pas de doute, les prochaines heures que vivra le Nouveau Centre nous promettent du sang et des larmes. Le valeureux Hervé Morin qui vient de faire une remontée spectaculaire dans les sondages en passant de 0,5 à 1% - la performance est à souligner - au premier tour ne fait pas que des heureux au sein de sa formation politique. Certains cadres du parti débattront ainsi mercredi à l'Assemblée nationale du bien fondé ou non, de la candidature de l'ancien ministre de la Défense de Nicolas Sarkozy.
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"Ils veulent mon scalp"

Les « putschistes » comme les appelle Hervé Morin seront même nombreux, promet Jean-Cristophe Lagarde, président exécutif du Nouveau Centre, à se presser sous les ors du Palais Bourbon pour désavouer le roi. Cette candidature « engage notre mouvement avant même que nous ayons pu avoir un débat sur notre stratégie collective », ont notamment dénoncé dans un courrier les ministres François Sauvadet et Maurice Leroy et les anciens ministres André Santini et Valérie Létard, chefs de file de la rébellion. Submergé par le raz-de-marée qui s'annonce, Jean Christophe Lagarde s'est même réjoui d'avoir dû « prendre une salle plus grande ». Une première réunion qui leur permettra surtout de se compter et d'évaluer les forces en présence.
« Seuls 28 présidents ou délégués sur 150 seront présents », a compté pour sa part Hervé Morin pressé de voir les « putschistes » faire «pschitt». Selon lui, leur démarche ne sert qu'à « torpiller » sa candidature et à « amener (son) scalp sur un plateau » à Nicolas Sarkozy. Pas de doute, le NC est en plein «revival» de la conquête de l'Ouest, Hervé Morin incarnant toutes les tribus amérindiennes à lui tout seul. « Je suis le centre clair, non équivoque, non ambigu, qui veut porter une alternative mais au sein d'une majorité qu'on connaît », continue Hervé Morin. « Le vote Bayrou, c'est un chèque en blanc : quelle équipe, quelle majorité ? », ajoute-il encore, persuadé d'imposer un rapport de force avec Nicolas Sarkozy. Certaines personnes mal intentionnées seraient peut-être tentées de lui retourner la question.
MORIN, AH MORIN ! VOILÀ UNE CANDIDATURE À 0%

mardi 10 janvier 2012

L'aspirine préventive à petites doses fait plus de mal que de bien

Les risques posés par la prise d'une faible dose d'aspirine chaque jour pour des personnes sans maladie cardiovasculaire dépassent les bénéfices en termes de prévention d'un accident cardiaque, selon une étude publiée mardi dans la revue spécialisée Archives of Internal Medicine.

L'étude dirigée par des chercheurs britanniques de l'université de Londres a examiné les données portant sur 100 000 participants à neuf essais cliniques. Les résultats montrent certes une diminution de 10 % du risque de maladie cardiovasculaire, sans conduire pour autant à une baisse significative des décès dus à un accident cardiovasculaire ou à un cancer. En revanche, la prise régulière d'aspirine à faible dose a entraîné un risque 30 % plus élevé de saignements internes mettant en danger la vie du patient.
L'étude conclut que pour des patients en bonne santé, sans pathologie cardiaque détectée, la prise d'aspirine à petite dose entraîne davantage de risques que de bénéfices. L'aspirine, qui prévient la formation de caillots, est administrée aux patients souffrant d'une maladie cardiovasculaire, par exemple après la pose d'un stent. Mais des médecins ont également commencé à prescrire la prise de faibles doses d'aspirine de façon préventive, sans pathologie connue.
Or, l'aspirine à long terme peut entraîner des saignements de type ulcère mais aussi des saignements oculaires. "L'effet bénéfique de l'aspirine dans la prévention des maladies cardiovasculaires pour des personnes ayant fait des attaques ou des AVC [accidents vasculaires cérébraux] est indiscutable", a estimé le docteur Rao Sehasai, de l'université de Londres-St George, engageant ces patients à poursuivre leur traitement.

"Mais les bénéfices pour des personnes qui n'ont pas ces problèmes sont beaucoup plus modestes qu'on le croyait, et un traitement à l'aspirine peut entraîner potentiellement des dégâts majeurs consécutifs à des saignements", a-t-il ajouté. L'étude n'a en outre pas trouvé de preuve que l'aspirine pouvait prévenir des décès par cancer. Plusieurs études précédentes publiées dans The Lancet ont fait état d'effets protecteurs de l'aspirine contre plusieurs cancers courants (colon, prostate, poumon).

"La création se déplace inéluctablement en dehors des Etats-Unis"

Observateur avisé des nouvelles technologies de l'information, Francis Pisani livre les tendances du secteur. Au coeur de ses réflexions, la "mobiquité" et le déplacement de l'innovation vers l'Afrique.

Comment voyez-vous le futur des nouvelles technologies de l'information ?
Trois grandes tendances se dessinent pour les quatre à cinq ans qui viennent. Il y a d'abord l'hyperconnectivité. Les gens et les objets sont de plus en plus connectés. Via les réseaux sociaux bien sûr (800 millions de personnes sur Facebook !) et le déploiement accéléré des téléphones mobiles, presque 6 milliards aujourd'hui. Les objets aussi sont connectés. Ils sont de plus en plus équipés de puces qui contiennent des identifiants et des données qui alimentent la couche informationnelle. La technologie RFID ["radio frequency identification" ou radio-identification, Ndlr] permet d'identifier et de suivre ces objets tout au long de leur parcours.
Il y a ensuite ce que j'appelle le "tsunami des données". L'hyperconnectivité que je viens de décrire contribue à une production massive d'informations. Les réseaux sociaux sont des foyers de production de données importants. Puis il y a les capteurs qui fournissent les informations issues des objets connectés. Nous avons aujourd'hui accès à des milliards de "datas" concernant le moindre aspect de la vie. Et nous disposons d'outils pour traiter ces données. C'est essentiel pour analyser les phénomènes contemporains et prendre des décisions. Par exemple, une enquête est actuellement en cours sur les délocalisations américaines en Chine ; elle est réalisée à partir du brassage de milliards de données de ces deux pays et donne une vision plus précise et plus nuancée que celle que nous avions jusqu'à présent. On constate parallèlement le développement de l'infographie, qui aide à visualiser ces masses de données, et de ce qu'on appelle le "journalisme de données" qui doit nous les rendre plus compréhensibles.
Les États-Unis ont d'ailleurs avancé très vite dans le traitement des données juste après le traumatisme du 11 Septembre. Ils ont investi beaucoup d'argent dans le domaine du "data mining", par exemple à partir d'In-Q-Tel, un fonds de capital-investissement, qui finance les entreprises et les nouvelles technologies dans les domaines qui intéressent la CIA.
La troisième tendance est celle de la "mobiquité", une notion qui combine l'idée de mobilité et d'ubiquité. Sans l'infrastructure, omniprésente sur une grande partie du monde, nous ne pourrions pas être connectés aux informations et aux gens quand nous nous déplaçons. La seule notion de mobilité ne rend donc pas complètement compte de ce qui est en jeu. Avec un mobile, on n'emporte pas simplement avec soi un outil de communication, mais tout son contexte, son univers personnel. Cela entraîne chez l'individu un bouleversement important de l'espace-temps, de ce que le théoricien russe du roman, Mikhaïl Bakthine, appelait le "chronotope". Tout récit, toute vie, s'insère dans une telle matrice. Or, nous connaissons un nouveau chronotope partiellement défini par cet écrasement du temps et des distances. Il altère la perception du monde par les individus ainsi que leurs relations aux groupes, à l'information, aux contextes. Ces notions évoluent et les technologies ne cessent d'avancer. La géolocalisation, par exemple, permet de savoir où chacun se trouve et à quel moment. Les applications et les opportunités sont innombrables dans ce secteur. Notons que la mobiquité n'est pas étrangère à une évolution de la consommation culturelle. On ne cherche plus à posséder livres ou CD, à les emporter avec soi, mais à accéder aux textes ou aux morceaux de musique, où que l'on soit.
Entre la mobiquité et l'hyperconnexion, c'est la consécration du "big brother" de George Orwell ?
Le citoyen doit veiller à garder la maîtrise des données. Et de leur utilisation. Par exemple, il se développe des applications de "geofencing", qui déclenchent un envoi automatique d'information lorsqu'on entre dans un périmètre géographique. Il faut que nous puissions refuser.
Il y a des risques, bien sûr, mais je préfère voir dans la pénétration accrue des technologies de l'information et de la communication (TIC) l'ouverture de nouveaux espaces de lutte. Il faut lutter contre la concentration excessive, par exemple, contre l'abus de surveillance, pour l'accès aux données publiques, ce qu'on appelle l'"open data". En ouvrant la porte sur les secrets diplomatiques, Wikileaks nous a servis. Il faut maintenant institutionnaliser, en tout cas partiellement, le processus. Il faut se battre pour l'accès, le contrôle et la récupération des données. C'est un des nouveaux devoirs du citoyen.
N'oublions pas que les mouvements de contestation de "big brother" et des systèmes autoritaires de toutes sortes utilisent massivement les nouvelles technologies de l'information pour agir au niveau local et développer de nouvelles formes de démocratie. Dans ce domaine, nous avons beaucoup à apprendre de ce qui se passe en Espagne où les "indignés" - de même que les différents "occupy" - recherchent l'autonomie et déploient leurs propres réseaux sociaux.
Le Net semble aujourd'hui dominé par quelques grands acteurs américains...
Bien sûr, Apple, Google, Amazon... sans oublier Microsoft qui a lancé des choses intéressantes, récemment comme Kinect et son Windows Mobile. Mais cette concentration n'est pas le problème le plus grave. Je crains la progression des "jardins entourés de murs", ces zones du Net fermées sous le contrôle d'une entreprise, comme Apple, ou la volonté de centralisation de Facebook.
Mais le monde s'ouvre. C'est pour mieux le comprendre que j'ai lancé Winch5 (Winch5.blog. lemonde.fr), un projet d'enquêtes sur le terrain et de veille sur les acteurs du changement qui utilisent les nouvelles technologies aux cinq coins du monde. Force est de constater qu'il y a un déplacement inéluctable de la création en dehors des États-Unis. La Silicon Valley s'essouffle. Il y a plus d'internautes en Chine qu'aux États-Unis aujourd'hui. Et rappelons que 600.000 ingénieurs sortent des universités chinoises chaque année... On voit émerger des acteurs chinois très importants comme QQ, un géant qui combine messagerie instantanée, réseau social et jeu social et qui réunit... 700 millions d'utilisateurs actifs ! Mais surtout, il faut regarder au-delà des pays émergents. En Afrique subsaharienne, on voit naître beaucoup d'innovations dans le secteur des technologies de l'information. Par exemple, M-Pesa ["pesa" veut dire argent en swahili, Ndlr], développé au Kenya, est le premier service de transfert d'argent sur mobile. En Afrique, où j'étais récemment, geeks, entrepreneurs et activistes ne cessent de se croiser et d'échanger. Ils ont en commun la volonté de "changer le monde" alors que les entrepreneurs de la Silicon Valley s'assèchent parce qu'ils ne s'intéressent plus qu'à l'argent.

Pourra-t-on encore l'appeler SeaFrance ?

Elle était touchée, elle est coulée. La liquidation définitive de SeaFrance a été prononcée hier, c'est dire l'ampleur du désastre économique et l'urgence à rembourser les créanciers. Elle était la seule compagnie de ferries transmanche à battre pavillon français ; elle laisse à quai 880 salariés. Renaît-on d'une liquidation ? Les « SeaFrance » peuvent-ils espérer ? Tous les acteurs de ce dossier explosif veulent le croire, qui voient poindre une catastrophe pour l'emploi. Or, des deux solutions susceptibles de relancer l'activité - du moins une activité -, aucune n'offre de garantie de viabilité. La première, une coopérative financée par les indemnités des licenciés, majorées par la SNCF, repose sur une alliance avec Eurotunnel. La SNCF qui n'est pas exempte de responsabilité vis-à-vis de sa filiale d'une part ; de l'autre, l'exploitant du tunnel, concurrent direct de SeaFrance et qui d'une certaine façon a précipité la crise, sorti tel un diable de sa boîte. L'option de la Scop, paradoxalement, ou malicieusement, n'est pas rejetée par l'Élysée, mais combien d'ex-salariés sont-ils prêts à courir le risque d'une aventure ? La seconde option, un partenaire extérieur adossé à un armateur danois, fait peser une hypothèque sur l'emploi et des doutes sur le contrat social. Elle a déjà été retoquée et signerait la fin du pavillon français. Le drapeau du low cost flotte dans l'air calaisien. Le sauvetage est périlleux, il ne manque pourtant pas d'attirer les convoitises de « prédateurs » alléchés par un marché annuel de deux millions de passagers. SeaFrance, c'est l'histoire annoncée d'un gâchis national, amplifié par les errements d'un syndicat nageant en eaux troubles.

Une question de cohérence

Peut-on faire, dire ou écrire à peu près n’importe quoi en période préélectorale ? La question s’adresse à tous les candidats à l’élection présidentielle de 2012. Elle n’est pas si outrancière si on en juge par la propension des impétrants à privilégier l’effet d’annonce au-delà du raisonnable. D’une certaine façon, Angela Merkel leur a répondu. En ne cédant pas au caprice du président français, qui voudrait lui imposer une taxe sur les transactions financières dont elle ne veut pas en l’état, la chancelière a tracé les limites de ce que son interlocuteur considère comme une audace exemplaire et qu’elle n’est pas loin de qualifier, elle, de précipitation dangereuse tant que l’ensemble de la zone euro ne l’adopte pas.

Pendant la séance de vœux de la presse, à Matignon, le Premier ministre s’est pourtant donné beaucoup de mal pour justifier la démarche du chef de l’État et infirmer la thèse d’un spectaculaire revirement : cette taxe, la France en portait l’idée depuis « un an et demi » ! À preuve, une proposition de directive européenne — en réalité très nébuleuse et résolument attentiste — était en chantier…

Soyons clairs : le président de la République a parfaitement le droit de changer d’avis- il n’y a que les imbéciles qui ne le font pas -, lui qui dénonçait par avance les ravages d’une initiative unilatérale… Mais par pitié qu’on nous épargne une réécriture de l’histoire mettant en avant la vertu d’une France qui irait « de l’avant ». Dans une période où sans cesse le sol se dérobe sous leurs pieds, les opinions ont besoin de clarté et d’un minimum de cohérence. Il y a moins de deux mois, le gouvernement n’avait-il pas voué aux gémonies un amendement de la majorité de gauche au Sénat qui prévoyait une mesure franco-française tout aussi hardie, et en tous points semblables ?

Tout cela ressemble à une politique de gribouille. En voulant jouer sur un sentiment populaire sévère à l’endroit des pratiques — moralement contestables — des circuits financiers, M. Sarkozy joue ouvertement sur la crédulité générale. Ce faisant, il ne peut produire que de la déception. Après le « nein » clair de Mme Merkel, au moins pour le moment, la taxe « Tobin » en version uniquement française ne deviendrait, au mieux, qu’une modeste taxe boursière sans grand intérêt. Un simple produit électoral dont l’Élysée ne peut pas garantir la mise en place avant le premier tour, et qui n’a même pas réussi à piéger la gauche. Un triomphe ! La France a-t-elle vraiment les moyens et l’énergie de gaspiller du temps dans ces enfantillages quand elle a d’autres chats à fouetter ?

Trop petites, nos régions ?

C'est un vieux refrain. Il a repris de la vigueur récemment lors de l'élaboration du projet de réforme territoriale : les régions françaises sont trop petites face à leurs homologues européennes. Il faudrait donc en réduire le nombre pour qu'elles atteignent une mythique « taille standard européenne » leur permettant de s'affirmer. Passons de vingt-deux régions métropolitaines à quinze, disent certains ; voire à huit, disent d'autres ; et même, pourquoi pas à quatre, ajoutent les plus téméraires...

L'Ouest n'échappe pas à ce constat de faiblesse. Pour y remédier, toutes sortes de scénarios sont échafaudés : les deux Normandie pourraient fusionner ; la Loire-Atlantique rejoindre la Bretagne ; Basse-Normandie, Pays de la Loire et Bretagne ne faire plus qu'une seule région, etc. On manie les ciseaux dans tous les sens...

Mais il y a un « hic » : sur quel critère peut-on s'appuyer pour dire que nos régions de l'Ouest sont trop petites ? Leur superficie ? Non : elles supportent même plutôt bien la comparaison. La Bretagne, qu'on dit souvent trop étroite, est plus vaste que chacune des régions belges ou hollandaises, mais aussi que la plupart des régions allemandes ou italiennes ou même que l'État du Mississippi !... Leur démographie ? Pas davantage : les Pays de la Loire, souvent présentés comme de taille trop modeste, sont plus peuplés que la Galice ou le Pays Basque. Et la Basse-Normandie compte presque autant d'habitants que bien des pays de l'Est (Lettonie, Slovénie, Estonie...) Leurs productions ? Toutes les statistiques montrent que nos régions supportent aisément la comparaison... Bref, sur la base de tous ces critères, les territoires de l'Ouest ne sont ni plus petits ni plus grands que la moyenne européenne.

En revanche, il existe une mesure qui traduit, mieux que toute autre, la vraie taille des régions : c'est l'importance de leurs pouvoirs et de leurs budgets. Là, effectivement, nos régions apparaissent comme des nains. Dans les nations où l'État est très centralisé et délègue peu de compétences, comme en France, les ressources des régions sont automatiquement limitées, puisque leurs obligations sont faibles ; inversement, au coeur des nations décentralisées, où l'État fédéral a transféré bon nombre de ses prérogatives aux régions, leurs ressources soient importantes.

Il apparaît ainsi que le gabarit-type de la « région européenne » n'existe pas. La vraie dimension d'une région est avant tout affaire de pouvoirs, c'est-à-dire d'aptitude à définir des stratégies et de capacité à les mettre en oeuvre. Cette dimension peut s'estimer, d'une part, à l'aune de l'ampleur des compétences qui leur sont attribuées (enseignement, santé, infrastructures...), d'autre part, au regard de la réalité des pouvoirs qu'elles détiennent, tant sur le plan juridique (peuvent-elles s'imposer aux autres collectivités ou édicter des normes ?) que sur le plan financier (possèdent-elles une autonomie fiscale ? Peuvent-elles lever des impôts ?).

Vouloir accroître la taille des régions, au prix de redécoupages, réunifications ou fusions en tous genres, est certes concevable, mais ce serait en pure perte si on n'accroissait pas simultanément leurs compétences et leurs pouvoirs : « Trois grenouilles, même bien gonflées, n'auront jamais la puissance d'un boeuf. » En France, toute évolution dans ce sens constituerait évidemment un profond changement dans notre organisation politique et territoriale.

La reconquête de l’Europe selon Geert Mak

L’Union est-elle entrée en phase terminale ? Dans un essai, le journaliste et historien néerlandais Geert Mak estime qu’en 2012, elle doit choisir la voie politique qui la fera sortir de la logique de l’argent. Sous peine de perdre sa place dans le monde. 
Cela ne faisait pas vraiment partie de ses projets immédiats. Geert Mak écrit actuellement un livre sur les Etats-Unis, l’Europe était donc un peu passée au second plan. Mais quand l’hebdomadaire allemand Die Zeit s’est demandé pourquoi les intellectuels européens se muraient dans le silence, il a écrit De hond van Tišma. Wat als Europa klapt? [Le chien de Tišma. Et si l’Europe explosait ?]
Le chien de Tišma est un sombre petit livre. Avec Norman Davies, historien spécialiste de l’Europe, Geert Mak en est venu à la conclusion que le sommet des dirigeants européens en décembre a englouti son dernier espoir. "Je crains que ce ne soit fini."
C’est l’histoire de trop peu, trop tard. Trop peu d’argent pour le fonds de sauvetage, trop peu de possibilités de sanctions, trop peu de vision et en définitive trop peu de direction européenne. "L’Allemagne de Merkel, écrit Geert Mak, a manqué une occasion historique de devenir le véritable dirigeant de l’Europe. Par peur du mauvais spectre, le spectre de l’inflation, l’Allemagne pousse l’Europe dans une récession". "C’est une erreur, dit Geert Mak. Mieux vaudrait faire tourner la planche à billets. Et ne pas serrer la vis au Sud au point de l’étouffer".
Il faut reconquérir l’Europe, qui doit cesser d’obéir à une logique de l’argent, écrivez-vous. Mais comment ? En 1989, l’Occident libre l’a emporté sur le communisme. Et a autorisé un terrible dérapage vers un capitalisme de casino.
Quand on fait des affaires, on prend des risques. On peut voir ses efforts récompensés, mais cela peut aussi mal tourner. Tous les marchands forains le savent. Mais le libre-échange est perturbé par les banques, qui ont quasiment amorcé une révolution antidémocratique. Elles se sont emparées du pouvoir. Tout le monde sort extrêmement malmené de cette crise, sauf ceux qui en sont responsables. Les banques ne courent aucun risque et le secteur public en fait les frais.
Récemment, j’ai assisté à une réunion où un grand économiste chinois et un responsable africain de banque centrale chapitraient un groupe de spécialistes européens du secteur financier. Un revirement historique intéressant.
L’Africain disait : vos banques sont remplies de personnes extrêmement compétentes, mais elles ont commis toutes les erreurs possibles et imaginables. Cela ne peut s’expliquer que parce que d’autres facteurs sont intervenus dans leurs décisions. En Afrique, nous qualifions ces autres facteurs de corruption. Il y a eu un silence dans la salle. Il faisait référence aux primes, et il avait parfaitement raison.
L’Europe était une tentative de hisser la démocratie au-dessus des frontières nationales. La démocratie est-elle incapable d’affronter un marché mondial débridé ?
C’est bien ce qui m’attriste profondément. Malgré tous ses défauts, malgré toutes ses plaies et ses bosses, l’Union européenne est une expérience fantastique dans ce domaine. C’est pour cela que nous devons la défendre bec et ongles. En ce XXe siècle féroce, l’UE devrait être le modèle qui sert à maintenir debout les valeurs démocratiques. Si cela disparaît, d’autres combleront le vide laissé par l’Europe. Les Américains, les Chinois, les Brésiliens, les Russes.
L’UE est un produit caractéristique de la foi dans la faisabilité d’une vie communautaire. Les populistes vont-ils finir par avoir raison ? Cela ne fonctionne donc pas ?
Non. Ils ont raison sur un seul point : un sentiment de malaise s’abat sur l’Europe comme un brouillard. Aux Pays-Bas, ce sentiment est très fort. D’autres pays ronronnent encore de satisfaction. Les populistes traduisent ce malaise. Je comprends les critiques vis-à-vis de l’Europe. Mais se replier sur soi, c’est croire à la magie. Un mythe national est incroyablement séduisant.  Parfois il m’arrive aussi de me dire le soir dans mon lit : et si j’étais de droite pendant un quart d’heure. Ce serait délicieux !
Ce malaise est tangible dans votre livre. Vous êtes européen dans l’âme, et vous portez le regard d’un historien. Mais vous ne vous en sortez pas. Vous finissez par admettre que cela ne fonctionne pas.
C’est peut-être triste, mais je n’étais pas surpris. Dans le dernier chapitre de mon livre In Europa [Voyage d’un Européen à travers le XXe siècle, traduit du néerlandais par Bertrand Abraham, Gallimard, 2007, NdT], j’écrivais déjà que le bateau est très déséquilibré avec 27 capitaines sur le pont. J’avais annoncé que cela poserait de très gros problèmes en cas de tempête. Et maintenant, la tempête fait rage.
Votre petit livre se termine sur une note sombre. Quel est votre espoir pour 2012 ?
L’année à venir, la question est de savoir à quoi va ressembler l’Europe. Va-t-elle rester un système communautaire sous la direction d’une puissante Commission européenne ou va-t-elle devenir un système intergouvernemental décentralisé, comme le souhaitent les Allemands. Les Pays-Bas peuvent jouer à cet égard un rôle d’intermédiaire. Nous ne sommes pas aussi dogmatiques que les Allemands. Jouons donc ce rôle pleinement, rien que dans notre intérêt personnel. Car nous sommes, et nous demeurons, un pays tourné vers le monde.

L’anniversaire de Jeanne à Orléans

« Avec Jeanne », ce sera une belle année !

Nous étions bien cinq cents, samedi matin, en la cathédrale d’Orléans qui s’ouvre avec éclat à la célébration du 600e anniversaire de la naissance de la sainte et de l’héroïne de la patrie. Cinq cents personnes de tous âges ont rempli et fait déborder l’immense chœur de Sainte-Croix de belle et sobre liturgie, de chants aimables et solennels : la cathédrale était froide de ce froid pénétrant des jours humides de l’hiver, le décor nu, mais quelle foi, quelle espérance… Quelle chaleur profonde et quel réconfort que de voir la divine, l’extraordinaire liturgie reprendre ses droits dans ce vaisseau intimement lié à l’histoire de France !

Lorsqu’on y entre, on est d’ailleurs saisi d’un esprit de victoire. Contre les hauts piliers de la longue nef, les blasons des compagnons d’armes de ce général de dix-sept ans redonnent à la cathédrale des couleurs et une gaîté toute médiévale (même celui de Gilles de Rais !) et devant le nouvel autel du transept, la bannière de Jeanne semble claquer comme à la bataille… ou au Te Deum de 1429.

C’est à l’appel de l’association « Avec Jeanne », lancé le mois dernier juste avant le tourbillon de la Noël et du Nouvel An, annoncé dans « notre » presse et guère ailleurs, que cet événement s’est créé. Evénement, oui, car il marque – avec les autres initiatives qui commencent à se multiplier – le grand besoin qu’ont les fidèles de s’en remettre à Jeanne d’Arc, et le grand secours qu’elle peut apporter, pourvu que cela lui soit demandé, en cette année 2012. Qu’il s’agisse d’une « année johannique » en fait d’abord et surtout une année d’espérance. Cela a été dit joliment et avec une érudition nourrie de poésie par Yves Avril, qui mit fin aux repas pris en compagnie des pèlerins d’« Avec Jeanne » en soulignant la commune espérance de Jeanne d’Arc et de Péguy.

Le moindre signe de cette espérance ne fut pas l’accueil réservé aux pèlerins de Jeanne par le recteur de la cathédrale, le père Claude Girault, fier de l’édifice (il le présenta avec panache) et pénétré de l’histoire de Jeanne, qui, il y a un peu moins de six cents ans, y entra victorieuse et remercia Dieu de la victoire, voyant exactement ce que nous voyons, nous, en 2012.

Le moindre signe de cette espérance ne fut pas l’amicale et très chrétienne coopération, pour l’occurrence, de l’abbé Guillaume de Tanoüarn, de l’Institut du Bon Pasteur, initiateur de la journée, et de l’abbé Vincent Ribeton, supérieur de district de la Fraternité Saint-Pierre en France venu avec diacre et sous-diacre pour célébrer selon le rite traditionnel, et cédant avec élégance la parole au premier pour une homélie centrée sur l’esprit d’action de Jeanne d’Arc : un esprit tout spirituel.

On trouvera le texte complet de l’homélie de l’abbé de Tanoüarn sur son « Metablog » (ab2t.blogspot.com) qui a rappelé la vraie nature et le vrai combat de Jeanne, et la qualité de son espérance :

« Quelle est cette espérance ? On a trop tendance à s’imaginer l’espérance comme une vertu passive, simple capacité à attendre ce que la Providence nous aura ménagé. Le paradoxe de Jeanne d’Arc, c’est qu’elle est à la fois le signe historique de cette attente et sans doute le personnage historique qui aura le plus détesté attendre. »

Et de rappeler l’histoire de son épée, trouvée grâce à la « prescience véritablement divine » de Jeanne en creusant derrière le chœur de Sainte-Catherine de Fierbois :

« On découvrit l’épée à quelque profondeur. Et on la lui rapporta immédiatement : c’était une belle épée qui n’avait qu’à peine servi. Pourquoi cette épée ? Pourquoi là ? A Sainte Catherine de Fierbois, Charles Martel passait pour avoir offert l’épée avec laquelle il avait fait reculer les Maures. »

Encore un signe. Ou un intersigne, si vous voulez.

Comme est un signe le jour de la naissance de Jeanne, traditionnellement fixée au 6 janvier ; l’abbé de Tanoüarn allait rappeler combien Jeanne d’Arc est du même esprit que celui des Mages : une fois la vérité connue, ils passent à l’action. « Hardiment », « volontiers », pour reprendre les mots si chers à Jeanne. Nourris de son espérance surnaturelle qui lui permettra de se battre sans récuser l’aide de ses vertus naturelles.

« Face à tous les Cauchons, face à tous les Hérode, Jeanne représente la résistance spirituelle. Pas politique. Pas nationaliste d’abord. Non : spirituelle. Dans les grandes crises, dans la crise sociale sans précédent que traversait un Royaume livré aux écorcheurs et aux grandes compagnies, c’est le spirituel qui décide de l’issue bonne ou mauvaise de la conjoncture », dit l’abbé de Tanoüarn.

C’est bien là la leçon pour notre temps, celle qui nous accompagnera en cette année johannique, an de grâce comme tout temps donné par Dieu : prendre les batailles quelles qu’elles soient à bras-le-corps, mais n’oubliant jamais Messire Dieu premier servi.

La disparition de l’Euro n’est pas possible !

Quelles que soient les raisons invoquées, l’Euro baisse ! On parle de la Crise de l’Europe ! La Crise de la Dette  et donc de la Crise de l’Euro ! L’Euro baisse et c’est tout de même une bonne nouvelle pour l’Europe, en particulier pour les exportateurs Européens. On ne peut pas se plaindre quand l’Euro est au plus haut et aussi quand il est au plus bas !
Dans une phase économique « molle » telle que nous la vivons, « un peu de carburant supplémentaire » (baisse de l’Euro) injecté dans l’économie ne peut pas faire du mal (augmentation des exportations).
Pour l’Europe, il n’y a pas d’autres moyens (dans cette guerre des changes) d’annoncer de mauvaises nouvelles pour faire baisser sa monnaie !
Mais est-ce que l’Euro peut disparaitre et peut-on revenir à notre ancienne monnaie ?
Clairement NON ! Il n’y a aucunes chances même avec une Crise extrêmement grave ! L’Euro sera maintenu ! Quand un pays connaît une crise grave, sa monnaie est dévaluée et ne disparait pas ! Cela sera la même chose avec l’Euro : si la Crise de la dette Européenne s’accélère, l’Euro continuera à baisser et même si elle atteint son record de baisse (0,80), il n’y aura pas de disparition.
On peut cependant imaginer qu’il y aura un Euro à 2 vitesses :
_ Un Euro noyaux dur pour les pays tels que l’Allemagne….etc.
_ Un Euro « mou » qui serait « une sorte de purgatoire de transition pour les pays en grandes difficultés ».
Dans tous les pays en Crise, on a connu cela : « Les Doubles Cotations » : cela aurait l’avantage de maintenir un socle pour la monnaie Européenne tout en permettant d’offrir « une bouffée d’oxygène temporaire » pour les pays en difficultés avec un Euro « mou » qui pourrait arbitrairement dévaluer !

L’Euro : Ne rêvez pas ! Il ne disparaîtra pas !

   Quand j’entends que l’Euro est la cause de la crise, de l’augmentation des prix, de « l’origine du mal et du réchauffement climatique »…..etc. Et que certains partis politiques préconisent le retour au Franc, je ne peux m’empêcher de penser que la mémoire de l’être humain est sujette à Alzheimer !
   Rappelons-nous pourquoi a été fait l’euro ! Quelles étaient ses objectifs et motivations ? Pourquoi n'y avait-il pas une autre solution que l’Euro ? 
A l’époque nous étions au sein du marché unique. Ce n’est pas très loin et c’est facile de se rappeler avec un minimum d’effort ! Le 1er janvier 2012, l’euro a 10 ans. En mars 1998, l’ancien commissaire européen disait  « l’euro est totalement irréversible, le monde entier ne comprendrais pas qu’on ne le fasse pas et l’Europe ne serait plus crédible sur la scène internationale ».
Pourquoi a-t'on fait l’euro ?
L’euro a était faite pour sauver le marché unique. Les 2 tiers du commerce entre les pays européens se font entre eux, par conséquent on avait des monnaies qui fluctuaient parce qu’il y avait de la spéculation avec des très grandes disparités. Pour arrêter cela et faire que le marché fonctionne normalement, la monnaie unique a été créée.
 On a sauvé le marché commun en faisant l’euro car un marché unique sans euro, cela n’allait pas marcher : cela bloquait !
 Les résultats de l’euro depuis sa création jusqu’à la crise des surprimes Américaine : c’est 2% d’inflation, des taux d’intérêts bas, 15 millions d’emplois dans la zone euro créés contre 5 millions dans la décennie précédente… et pour les entreprises, cela a était une source de simplification extraordinaire du point de vue administrative et financier. Quand l’euro a été fait, il y a eu en place des règles de gouvernances économiques et les Etats se sont engagés à respecter de réduire leurs déficits (ce n’est pas un sujet d’aujourd’hui !). Il faut bien dire que ces décisions n’ont pas été appliquées ! 
Ce n’est pas l’Europe et sa commission qui sont responsable de la non application des règles mais belle et bien les Etats QUI ont fraudés, qui n’ont pas appliqué leurs règles. La situation actuelle n’est pas une crise de l’euro mais c’est une crise de solvabilité de l’Europe qui vient du fait que les Etats n’ont pas respecté leurs engagements pris.
 
Alors pourquoi certains Etats à l’époque qui ne devaient pas  rentrer dans  la zone Euro le sont au final ?
Il faut noter qu’à l’époque du Commissaire Européen, Yves Thibault de Silguy (le père de l’euro !) la Grèce n’était pas apte à rentrer et que la Commission ne le suggérait pas ! Alors pourquoi est-elle rentrée?????
L’euro joue toujours son rôle de bouclier protecteur !
Si on n’avait pas l’euro, avec la crise des surprimes Américaine et la crise de solvabilité Européenne, on aurait de la spéculation avec une crise de change et une fuite des capitaux. On aurait aussi une crise de taux d’intérêt et une crise bancaire et donc plus de chômage. On aurait pour les pays les plus endettés des ruines totales…..etc.
Quand on dit aujourd’hui, qu’il faut sortir de l’euro ! Ce n’est pas le problème ! Le problème est de faire face à l’urgence  de la situation : On a 3 incertitudes majeures :
-          _ Les dettes souveraines : Les marchés ont besoin de sécurité pour l’avenir !
-          _ La bonne discipline budgétaire : une mesure claire, simple et convaincante : c’est à dire  la prise en compte en 1er par la Commission Européenne des budgets nationaux, si on avait fait cela avant, il n’aurait pas eu le cas de la Grèce !
-          _ Il faut redonner du dynamisme à l’économie en faisant un plan de relance non budgétaire si possible pour débloquer l’investissement. Par exemple, rallonger la durée des concessions faites par les Etats comme les autoroutes (c’est autant d’investissement en moins pour l’Etat).
 Peut-on sortir vraiment de l’euro ? La réponse est simple : NON ! Ce n’est pas prévu juridiquement ! Et dites aux entreprises françaises que demain on revient au Franc ; elles ne savent pas faire et cela gèlerait le tissu économique. Alors de grâce, un peu de mémoire et de raisonnement !
Par ailleurs, je vous envoie à un article de 2010 : La disparition de l’Euro n’est pas possible !

lundi 9 janvier 2012

Les think tanks, des idées en l'air

Omniprésents, ils passent d'un plateau de télévision à un micro, analysent, évaluent, conseillent, proposent, pérorent à l'occasion. Quand ils ne parlent pas, ils écrivent ou font écrire des études pour ausculter le pays sous toutes les coutures, pointer failles et atouts, suggérer ordonnances et médications. Pas un sujet ne leur échappe, ou presque. Ils ont des idées et espèrent qu'elles feront leur chemin. Même s'ils sont encore très loin d'avoir la puissance et le pouvoir d'influence de leurs équivalents américains.

Qui sont ces champions du prêt-à-penser ? Les think tanks – des réservoirs d'idées, en bon franglais – et leurs animateurs vedettes. Quelque 160 associations, fondations ou groupes de réflexion sont répertoriés par l'Observatoire français des think tanks. Mais seuls quelques-uns d'entre eux ont l'ambition de peser sur le débat politique, présidentiel en particulier. Signe d'une époque en mal d'idées neuves, ces lieux de réflexion sont apparus récemment.

Sur le versant libéral, pour ne pas dire à droite puisqu'ils se défendent de toute attache partisane, l'Institut Montaigne et la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol) dominent le "marché". Le premier, créé en 2000 et toujours présidé par Claude Bébéar, l'ancien PDG d'Axa, se veut un instrument capable de proposer de solides pistes de réflexion pour améliorer la compétitivité de l'économie nationale et la cohésion de la société française. Ses études - une soixantaine en huit ans - ne passent pas inaperçues, comme celles, récentes, sur la réorganisation du maquis de la formation professionnelle, ou encore sur le poids croissant de l'islam dans les banlieues les plus déshéritées, analysé pendant dix-huit mois à Montfermeil et Clichy-sous-Bois par cinq chercheurs sous l'autorité de Gilles Kepel. "Nous avons besoin d'outils nouveaux pour penser la crise", note le directeur de l'Institut Montaigne, Laurent Bigorgne, un jeune agrégé d'histoire qui fut le bras droit de Richard Descoings à la direction de Sciences Po, à Paris. Faute de les trouver ailleurs, il entend bien les forger.
"12 IDÉES POUR 2012"
La Fondapol a une genèse plus tourmentée. Créée en 2004 par Jérôme Monod, conseiller de Jacques Chirac, elle était destinée à devenir la tête chercheuse du parti du chef de l'Etat. Marginalisée après l'arrivée de Nicolas Sarkozy à la tête de l'UMP, elle est repartie de l'avant en 2008 sous la houlette de son nouveau président, Nicolas Bazire, numéro deux de LVMH et proche de M. Sarkozy, et de son nouveau directeur général, Dominique Reynié.
Celui-ci, professeur à Sciences Po, à Paris, et qui a d'ailleurs installé ses locaux à deux pas de la rue Saint-Guillaume, se situe volontiers sur le terrain académique. Plusieurs études intéressantes réalisées en 2011 en témoignent : l'évolution des droites en Europe face à la montée des populismes, ou le grand blues des classes moyennes. Mais le politique n'est pas loin, affichant sa volonté de refonder une pensée "libérale, progressiste et européenne". Les "12 idées pour 2012" que la Fondapol vient de rendre publiques se présentent carrément comme un programme de gouvernement. Mais, "au-delà de l'ingénierie administrative" (comment maîtriser la dette, repenser l'Etat, révolutionner l'école, marier France et Allemagne...), il s'agit pour Dominique Reynié de "redéfinir notre projet de société".
Toujours dans la famille libérale, l'Institut français pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques (Ifrap), apparu en 1985 et devenu fondation d'utilité publique en 2009, n'a pas cette ambition. Mais il s'est fixé une mission : évaluer l'efficacité des mesures mises en place. "Dans un contexte de plus en plus contraint par la crise et la dette, il est impératif de dépenser mieux et moins", résume sa jeune directrice, Agnès Verdier-Molinié. La campagne présidentielle va offrir à ce contre-pouvoir déclaré l'occasion de s'exercer en chiffrant le coût des programmes des candidats. A l'instar de l'Institut Montaigne, qui s'est engagé avec le quotidien économique Les Echos dans cette bataille des chiffrages, ou de l'Institut de l'entreprise, qui avait été précurseur en 2007.
"UN TRAVAIL DE REFONDATION"
Deux think tanks dominent le paysage à gauche. Ils revendiquent leur liberté d'esprit mais ne cachent pas leur inscription dans l'espace socialiste. C'est une évidence pour la Fondation Jean-Jaurès (FJJ), créée en 1992 par Pierre Mauroy, alors premier secrétaire du PS, et installée cité Malesherbes à Paris, dans l'immeuble qui abrita longtemps la SFIO puis le Parti socialiste. Toujours présidée par M. Mauroy, elle est dirigée par Gilles Finchelstein, directeur des études d'Euro RSCG et proche de Dominique Strauss-Kahn.
Définie par ce dernier comme un lieu de "libre débat collectif", à l'écart des enjeux internes du parti, la FJJ a pour vocation de contribuer à "la rénovation de la pensée socialiste" en associant chercheurs, hauts fonctionnaires et responsables politiques. Elle y consacre de très nombreuses notes sectorielles, mais aussi, tous les deux mois, des essais plus transversaux. "Il est décisif d'avoir une analyse juste de l'état de la société", souligne M. Finchelstein, rappelant l'enquête remarquée de la fondation sur "Le descendeur social", avant la présidentielle de 2007, ou celle, récente, sur "Le nouveau paysage idéologique" français.
Fondée en 2008 par Olivier Ferrand, entreprenant énarque de 42 ans, installée de façon un brin provocatrice sur les Champs-Elysées (dans des locaux prêtés par un proche de Michel Rocard), la Fondation Terra Nova s'est imposée comme un acteur infatigable du débat public. Mobilisant un réseau de quelques centaines d'experts, elle est d'abord une machine qui produit des notes sur les sujets les plus variés de l'action publique, à une cadence spectaculaire : "Cinquante rapports programmatiques en un an", s'enorgueillit M. Ferrand. Qui n'entend pas seulement animer une boîte à idées. A ses yeux, c'est "le modèle de développement français et européen du dernier demi-siècle qui est mort. Il faut mener un travail de refondation et retrouver une vision globale".
Fort différente est la Fondation Copernic, créée en 1998. Pour Pierre Khalfa, l'un de ses animateurs, syndicaliste à Solidaires et membre du conseil scientifique de l'organisation cousine Attac, la volonté était alors de "répondre à l'offensive intellectuelle du néolibéralisme et au dépérissement idéologique" de la gauche socialiste. C'est toujours le cas : "Nous combattons explicitement les idées défendues par Terra Nova et la Fondation Jean-Jaurès." Il s'agissait en outre de rassembler les courants de la gauche critique, syndicale, associative et intellectuelle, "très méfiants à l'égard des partis politiques". Deux débats ont favorisé ces convergences : celui sur les retraites, depuis une douzaine d'années, et la campagne contre le traité constitutionnel européen, en 2005, dans laquelle Copernic a pris l'initiative de lancer les comités pour le non.
MÉFIANCE À L'ÉGARDS DES PARTIS
La méfiance à l'égard des partis est un des moteurs de l'émergence des think tanks. "Les partis politiques sont en crise, leurs taux d'adhésion sont très faibles, leurs organisations de jeunesse exsangues, ils ne sont plus des laboratoires d'idées mais des machines bureaucratiques essentiellement occupées à la distribution des investitures. Il est donc logique que le débat naisse à leur périphérie", analyse Pascal Perrineau, directeur du Cevipof, le centre d'études politiques de Sciences Po, et membre du conseil scientifique de la Fondapol. Laurent Bigorne confirme : "La panne intellectuelle des partis est saisissante. Ils ne posent ni les vraies questions ni les vrais enjeux."
A cela s'ajoute l'affaiblissement de la capacité d'analyse stratégique de l'Etat. Le Commissariat général au plan tenait ce rôle. Mais il a été supprimé en 2006 et il n'a été remplacé ni par le Conseil d'analyse stratégique, très discret, ni par le Conseil d'analyse de la société, qui l'est plus encore. "Les cabinets ministériels sont pris à la gorge par la crise et les contraintes budgétaires immédiates", note Laurent Bigorgne. Dominique Reynié va dans le même sens : "Nous sommes des sas de fertilisation entre les savoirs disponibles et le monde politique, qui n'a pas le temps de réfléchir."
Julien Vaulpré connaît bien les acteurs de cet écosystème : brillant trentenaire, il a participé à la petite équipe réunie entre 2005 et 2007 par Emmanuelle Mignon pour aider Nicolas Sarkozy à gagner la bataille des idées et a été le conseiller "opinion" du chef de l'Etat à l'Elysée jusqu'à récemment. "Les partis sont dissuasifs et n'attirent plus. Non encartés, plus souples, les think tanks permettent une externalisation attractive", note-t-il.
A gauche, Aquilino Morelle, ancienne plume de Lionel Jospin à Matignon et directeur de campagne d'Arnaud Montebourg lors de la primaire socialiste, fait le même constat, pour le déplorer : "Les think tanks occupent un vide et assurent une sorte de sous-traitance du travail intellectuel", quand il faudrait que le PS redevienne un lieu de pensée qui produit des idées. Alexis Corbière, responsable des études au Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, est encore plus sévère : il y aurait externalisation, mais aussi "marchandisation politique" : "Ces think tanks sont des lobbies malins, qui, sous un vernis scientifique, prétendent produire des idées non partisanes, alors qu'ils défendent les intérêts généraux des groupes privés qui les financent. C'est une supercherie."
La réponse d'Olivier Ferrand est plus pragmatique, d'autant qu'il vient d'être investi par le PS comme candidat pour les législatives de 2012 dans les Bouches-du-Rhône. A ses yeux, "l'élaboration intellectuelle s'est toujours faite à la marge des partis, par des groupes d'experts, des clubs ou des conseillers du prince. Ce que nous apportons de neuf, c'est une professionnalisation de cet espace de proposition".
Historien et "sage" du PS, participant aux travaux de Terra Nova comme à ceux de la Fondation Jean-Jaurès, Alain Bergougnoux partage en partie cette analyse, rappelant la tradition des clubs, comme le Club Jean-Moulin dans les années 1960 : "Le fonctionnement repose sur un cocktail comparable de commissions d'experts (associant universitaires, hauts fonctionnaires, responsables politiques et acteurs de la société civile), produisant des publications et organisant des colloques." La nouveauté, concède-t-il, c'est le nom de "think tank", qui fait moderne, leur efficacité médiatique, et le renouvellement de génération des animateurs.
D'"UTILES MÉDIATEURS"
Le phénomène des think tanks est également symptomatique de l'évolution du monde universitaire, de plus en plus marqué, selon Pascal Perrineau, par "la segmentation des disciplines et les crispations identitaires du monde académique". Pour lui, ces cercles de réflexion sont une sorte d'"ersatz de la figure du grand intellectuel généraliste et engagé dans le débat public, qui est en train de disparaître". Marc-Olivier Padis, rédacteur en chef de la revue Esprit et qui travaille aux côtés d'Olivier Ferrand à Terra Nova, partage ce constat, mais se réjouit de voir émerger "de nouvelles formes d'ingénierie intellectuelle, permettant de retrouver des approches globales grâce au travail collectif".
Ce n'est pas l'analyse de Daniel Cohen, responsable de l'Ecole d'économie de Paris, président du conseil scientifique de Jean-Jaurès (et membre du conseil de surveillance du Monde). A ses yeux, c'est précisément parce que les chercheurs en sciences sociales ont dépassé les cloisonnements théoriques anciens et se sont mis à explorer la "globalité vivante" de l'économie et de la société que leurs travaux peuvent nourrir le débat. A cet égard, les think tanks sont d'"utiles médiateurs".
Médiateurs, donc. Car chacun le souligne : s'ils sont des centres d'expertise et des lieux de rencontre où peuvent se construire des propositions, les think tanks ne produisent pas vraiment d'idées neuves. Ils ne sont pas un "lieu d'élaboration", dit le sociologue Michel Wieviorka. A cet égard, Daniel Cohen rend à César ce qui lui revient : "Celui qui irrigue véritablement la réflexion, à gauche, c'est Pierre Rosanvallon et le travail éditorial qu'il a engagé depuis des années, avec la République des idées, pour rendre accessible le pan de la recherche en sciences sociales."
Les animateurs des think tanks brandissent pourtant comme des trophées les initiatives qu'ils ont fait aboutir. La Fondapol revendique la paternité de la notion de "règle d'or" sur l'équilibre budgétaire, préconisée il y a deux ans par une note de l'économiste Jacques Delpla avant d'être reprise par Nicolas Sarkozy. Terra Nova a indéniablement été l'importateur, en France, de la procédure de la primaire pour désigner le candidat socialiste à la présidentielle. Et une note de Frédéric Bonnevay pour l'Institut Montaigne prônait, il y a deux ans déjà, la création d'eurobonds pour surmonter la crise de l'euro.
QUELLE INFLUENCE SUR LE DÉBAT PRÉSIDENTIEL ?
Mais les faits d'armes des think tanks sont peu nombreux, sans commune mesure avec leur résonance médiatique. Leurs initiateurs admettent qu'ils sont plus passeurs que producteurs d'idées. Faute de moyens suffisants pour commanditer des recherches au long cours, soulignent-ils tous. Le mieux doté, l'Institut Montaigne, a un budget annuel de 3 millions d'euros, grâce aux cotisations d'une petite centaine de grandes entreprises ; Jean-Jaurès, de 2,2 millions, dont deux tiers de subventions publiques ; la Fondapol, de 2,2 millions (deux tiers de subventions, un tiers de cotisations d'entreprises) ; l'Ifrap, de 1 million (presque exclusivement des donateurs privés) ; Terra Nova, de 400 000 à 500 000 euros (à 80 % du mécénat d'entreprises) ; Copernic vit avec 80 000 euros de cotisations individuelles.
Ces budgets (hormis pour Copernic) permettent de publier des études et de financer de petites équipes, de quatre à douze permanents, chargées de faire tourner la machine plus que de l'alimenter en idées, encore moins de faire du lobbying pour les imposer. Les dizaines d'experts qui rédigent des études pour Terra Nova sont bénévoles, alors que l'Institut Montaigne et la Fondapol rémunèrent, peu ou prou, les travaux. Tout cela reste artisanal par rapport aux think tanks allemands (plus de 100 millions d'euros de budget pour la Fondation Friedrich-Ebert) ou américains. Le seul point commun avec l'étranger n'est pas vraiment positif : ne pas froisser les entreprises qui financent les structures.
Reste à savoir si ces think tanks pèseront sur le débat présidentiel. Ils l'espèrent. Les responsables politiques sont plus dubitatifs, et même distants. "Les clubs, dans les années 1960, ou la Fondation Saint-Simon dans les années 1980, ont été les acteurs d'un renouveau parce qu'ils étaient articulés d'un côté avec la société civile, de l'autre avec la sphère politique. C'est peu le cas des think tanks actuels", estime Pascal Perrineau.
De fait, pour préparer son projet pour 2012, le Parti socialiste a préféré créer son Laboratoire des idées interne, qui a, pendant deux ans, mobilisé de 400 à 500 chercheurs, experts et politiques, bien au-delà du cercle des think tanks. "Le projet et le programme du parti, ça ne se délègue pas", tranche Christian Paul, député de la Nièvre et président de ce "Labo". De son côté, Jean-François Copé, le secrétaire général de l'UMP, a bien créé, début 2011, un Conseil national des think tanks, mais ceux qui ont accepté l'invitation jugent l'initiative décorative. Quant à la ministre de l'écologie et du développement durable, Nathalie Kosciusko-Morizet, elle trouve les think tanks "très académiques et traditionnels. Ce dont nous avons besoin, c'est de produire des intuitions neuves".
Laurent Bigorgne, de l'Institut Montaigne, le dit à sa manière, feutrée et lucide : "Ce qui m'intéresse en 2012, ce n'est pas le mois de mai et la campagne, mais le mois de septembre et l'action du futur gouvernement. C'est à ce moment-là que nous pourrons exercer notre influence." Bon résumé du rôle d'interface, encore expérimental, qu'entendent jouer ces boîtes à idées.