TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

lundi 8 décembre 2014

dimanche 7 décembre 2014

La grogne monte, l’espoir renaît

Les Français expriment leur grogne : leurs idées changent, leur comportement suit. La France sera-t-elle bientôt libérée de l’intérieur ? 
Les hommes politiques ont comme toujours fait des promesses qu’ils n’ont pas tenues. La principale d’entre elles, c’était le changement, la rupture.
Le changement allait permettre d’améliorer le pouvoir d’achat, restaurer la compétitivité des entreprises, renouer avec la croissance. Mais le changement n’a pas eu lieu, ou ce n’était pas le bon. Après le mandat de Nicolas Sarkozy fait d’occasions manquées d’améliorer la liberté des Français, François Hollande saisit chaque occasion qu’il a de l’empirer.
La déception ayant gagné assez de terrain, elle s’est muté en contestation. En quelques années, des mouvements se sont rassemblés autour de causes diverses, allant du refus musclé de l’écotaxe à la TVA équestre en passant par les entrepreneurs. Ces causes diverses avaient en commun d’être des mouvements d’opposition, en réaction face à des lois et impôts nouveaux – et c’est en train de changer.
Désormais, le ras-le-bol fiscal s’est généralisé, renforcé par les hausses d’impôts mais aussi par le gaspillage et les scandales de plus en plus apparents. Il s’est transformé en haut-le-cœur fiscal selon le Premier Ministre Manuel Valls, qui a cherché avec des baisses d’impôts pour les contribuables les moins aisés à calmer la naissante révolte. Trop tard.
Trop tard, car les Français sont à bout de nerf et à bout de souffle. Subissant toujours plus de taxes et de lois aussi complexes qu’inutiles, ils manifestent de plus en plus ouvertement leur colère. En quelques mois, du fumier a été déversé devant un centre des impôts (Sarreguemines) alors qu’un autre a été incendié (Morlaix). Bercy a été cadenassé par les petits chefs d’entreprise en colère. L’impôt est de plus en plus contesté – y compris par les Français.
Un tiers d’entre eux voit désormais les impôts comme « une extorsion de fonds ». 37%, et la majorité des ménages les moins aisés, est de cet avis. Et seulement 6% considèrent que les impôts sont un acte solidaire.
Sans doute parce qu’ils considèrent, à raison, que l’argent des impôts est gaspillé (84% des Français) et mal redistribué (84% également) et sert à payer les fonctionnaires (59%) et le train de vie des élus (54%). Les résultats du sondage sont disponibles ici.
Alors que la gronde des Français dépasse leur situation personnelle pour devenir une révolte contre l’impôt, l’espoir est permis. D’autant plus qu’ils se déclarent prêts à composer une véritable société civile, et ne sont plus prêts à confier leur argent et leur liberté à des hommes politiques incapables et omnipotents.
3/4 des Français préféreraient choisir comment les impôts sont affectés. Plus de la moitié aimeraient pouvoir aider directement les entreprises locales, principalement en investissant. Et ils sont deux fois plus nombreux à penser que la solidarité passe par le don de soi (63%) ou de son bien (47%) que par l’impôt (32%).
D’une façon générale, on semble assister en France à un mouvement de fond : la corde sur laquelle on a trop tiré est en train de se rompre, et les citoyens veulent se libérer du lien étatique. Les hommes politiques parviendront peut-être à le comprendre, mais sans doute pas à enrayer la tendance.
Une société libre semble désormais possible en France, mais la route est encore longue. Pour aboutir, l’état d’esprit plus libre des Français doit se transformer en attitude et se traduire en actions. S’ils sont mécontents de payer l’impôt mais ne font rien, rien ne changera, d’autant plus que les hommes politiques tiennent à leur joli gaspillage et leur train de vie confortable.
Il ne faudrait pas non plus changer pour pire. Entre les come-backs politiques et les nouvelles promesses de changement, les Français doivent éviter le piège de confier leur destin au plus offrant et comprendre que c’est à eux de le prendre en main.
Enfin, les Français semblent prêts à faire société en renouant avec la vraie solidarité et en choisissant eux-mêmes comment affecter leurs ressources. C’est un grand pas dans la bonne direction, mais ils doivent désormais articuler leur défiance de l’État et leur volonté de reprendre leur destin en main sous forme d’un projet cohérent.
Ce projet passerait nécessairement par la réduction de la taille de l’État qui, alors que renaîtrait la solidarité privée, serait recentré sur ses fonctions légitimes. Les Français doivent l’accepter, et accepter de mettre fin à leurs privilèges avec autant de sincérité qu’à ceux des autres.
S’ils sont prêts à mener ce projet – et à le mener ensemble – les Français ont une chance de réussir, et libérer la France de l’intérieur. Qu’attendons-nous pour nous retrousser les manches, faire passer le message et lancer sa réalisation ?

Les Juifs et l'argent, un préjugé tenace

« Les Juifs, ça a de l'argent », ont déclaré les agresseurs d'un couple juif à Créteil pour justifier le choix de leurs victimes. D'où vient ce stéréotype ?
«Le caractère antisémite de l'agression semble avéré», a expliqué jeudi Bernard Cazeneuve au sujet de l'attaque à Créteil d'un couple juif par deux hommes. Les auteurs de l'agression auraient invoqué la religion de leurs victimes pour justifier leur choix: «Ils pensaient qu'étant donné que ma famille est juive, les juifs, ça a de l'argent, c'est comme ça qu'ils l'ont dit, a raconté l'une des victimes à France Info, et en plus les Juifs ça ne met pas l'argent à la banque.». Une «raison» invoquée également par les agresseurs d'Ilan Halimi, jeune homme juif enlevé et torturé à mort en 2006 par le «gang des barbares» qui espérait une rançon de sa famille «supposée riche car juive».

• Préjugé historique. L'antisémitisme «économique» est une conséquence de l'antijudaïsme religieux: considéré comme le peuple «déicide» (pour avoir tué le Christ), les Juifs sont mis au ban de la société par les chrétiens. Comme le rappelle le sociologue Michel Wieviorka dans une interview à l'Obs: «au Moyen Age, les juifs ont souvent été, sinon expulsés, maltraités et confinés à des fonctions liées à l'argent, ce qui était mal considéré. Beaucoup travaillaient dans la banque. Ils ont alors commencé à subir des accusations de rapacité et d'avarice.». Mais c'est à l'orée du XIXème siècle, avec l'émergence du capitalisme industriel, que le cliché des Juifs et de l'argent s'affirme avec une nouvelle force. Les Juifs sont alors accusés d'être les promoteurs du capitalisme mondialisé. Le cliché se transforme en complot. L'historien Gerald Krefetz dans son livre Les juifs et l'argent: les mythes et la réalité, résume l'idée de l'antisémitisme économique en une phrase: «[les juifs] contrôlent les banques, la réserve monétaire, l'économie et les affaires — de la communauté, du pays, du monde».
Si le nouvel antisémitisme- ce que Pierre-André Taguieff appelle en France «nouvelle judéophobie»- qui se cache derrière le masque de l'antisionisme radical fait de nombreux adeptes, notamment dans les banlieues où se transposent le conflit israélo-palestinien, l'antisémitisme «à l'ancienne» reste tenace. On trouve par exemple dans les vidéos de Dieudonné et d'Alain Soral de nombreuses allusions à des liens entre la «communauté organisée» et les milieux d'affaires.
• Comment combattre ce préjugé? A l'Obs, l'auteur de L'antisémitisme expliqué aux jeunesinsiste sur le rôle primordial de l'école pour lutter contre ces stéréotypes. «Comme il est difficile de convaincre les plus convaincus, les efforts doivent être fournis au plus tôt, dès l'école. Après, c'est trop tard.». Il conseille de doter les enseignants d'outils pédagogiques pour aborder ce sujet délicat.
Pour lutter contre ce préjugé, un Français Sasha Andreas a réalisé un documentaire «Jews got money» où il enquête sur la pauvreté dans la communauté juive à New-York, ou un Juif sur cinq vit sous le seuil de pauvreté. En France, où les statistiques ethniques sont interdites, il est impossible de déterminer le niveau de vie des Juifs. Mais les deux plus grandes communuatés juives se situent à Sarcelles et dans le XIXème arrondissement de Paris, quartiers plutôt populaires, où la population a plutôt un train de vie modeste.
«On a donc voulu démontrer ce qui semble pourtant évident: la pauvreté existe aussi dans cette communauté.» explique la productrice du film Anna Heim, à BFMTV. Le documentaire a connu des difficultés de diffusion en France et en Israël, que l'auteur explique par une «peur de la stigmatisation». Sur le blog «Les Juifs ont de l'argent», les auteurs du documentaire s'appliquent à faire la généalogie historique de ces préjugés et à les démonter.

vendredi 5 décembre 2014

Le retour du sparadrap du capitaine Haddock

Après le long et désastreux feuilleton de la taxe à 75 %, la promesse de François Hollande de ne plus augmenter aucun impôt d'ici à 2017 risque de devenir son nouveau morceau de sparadrap, celui dont le capitaine Haddock ne parvient jamais à se défaire. 

Sur le fond, l'engagement, réitéré hier par Michel Sapin, est louable : après des hausses massives des prélèvements, il faut alléger la pression pour retrouver de la compétitivité et soutenir la croissance. Il s'agit aussi de donner un cap, des garanties, alors que les entreprises comme les ménages n'y croient pas. Mais voilà le hic : comme ils ont été échaudés par les promesses non tenues (la fameuse « pause fiscale » de 2013), ils n'y croient toujours pas. D'autant que, comme le reconnaît le ministre des Finances, l'engagement doit être entendu en mettant de côté les mesures déjà décidées et courant jusqu'en 2017 : hausse des cotisations retraite, de la taxe carbone, de la contribution sur l'électricité, etc. Sans parler des impôts locaux, que l'Etat ne maîtrise pas. Ce scepticisme généralisé va être encore alimenté par le vote, dans la nuit de mardi à mercredi à l'Assemblée, d'une nouvelle taxe ciblée sur la grande distribution, avec l'appui du gouvernement et contre l'avis de la rapporteure du budget, Valérie Rabault (PS). Un mois après l'annonce du chef de l'Etat de l'arrêt de toute hausse d'impôt, la contradiction est flagrante. L'exécutif avait déjà bien du mal à justifier la litanie des taxes du collectif budgétaire - surtaxe sur les résidences secondaires, taxe de séjour, taxe sur les banques, sur les bureaux, etc. - arguant du fait que ces projets étaient déjà lancés (mais pas votés) quand François Hollande s'est exprimé le 6 novembre… La taxe sur les surfaces commerciales met à bas ce fragile justificatif. Comment croire qu'aucun impôt d'aucune sorte n'augmentera pendant trois ans quand le gouvernement est incapable de tenir parole pendant un mois ? La promesse est intenable. Christian Eckert le sait bien, lui qui avait estimé que l'on ne pouvait graver dans le marbre un tel engagement. Le secrétaire d'Etat au Budget n'en a pas fini de se démener avec le sparadrap…


Au-delà de la perte de crédibilité de la parole présidentielle, l'argumentaire employé à propos de la taxation des grandes surfaces a de quoi inquiéter les entreprises. Il s'agit de récupérer le crédit impôt compétitivité emploi qui leur est versé, au motif que ce secteur est protégé de la concurrence internationale. Ce qui ouvre la voie à bien des mesures de ce type dans différents secteurs… Enfin, la propension de l'exécutif à utiliser l'arme fiscale pour boucler son budget interpelle. Le plan de 3,6 milliards détaillé hier, qui a permis à la France d'éviter un veto de Bruxelles, ne comprend aucune mesure d'économie nouvelle. Il en faudra beaucoup plus pour convaincre la Commission, au printemps, de ne pas sanctionner la France. 
 

Qu’exprime le score de Bruno Le Maire au Congrès de l’UMP ?

Bruno Le Maire est-il le signe d’un renouveau au sein de la droite ?

Dimanche matin, Bruno Le Maire, fort des 29,18% obtenus lors de l’élection du président de l’UMP, était en une de tous les journaux. S’il ne faut pas exagérer la portée de ce score en criant à la révolution au sein du premier parti d’opposition, il faut tout de même noter les tendances et les aspirations que celui-ci exprime. Et celles-ci sont très intéressantes dès lors que l’on prend conscience du fait que les militants UMP représentent majoritairement la frange la plus « radicale », comme tout adhérent à un parti, des sympathisants de droite et du centre.

Bruno Le maire, incarnation du « renouveau » au sein de l’UMP ?
Tout d’abord, les suffrages exprimés en faveur de Bruno Le Maire sont évidemment le signe d’une volonté de changement des pratiques politiques au sein de l’UMP. En effet, l’ex-ministre de l’agriculture a fait du « renouveau » le cœur de sa campagne en déclinant des propositions pour réformer la vie publique : non-cumul des mandats, limitation du nombre de mandats dans le temps, démission des élus de la fonction publique… Plus que ces mesures, qui n’ont rien de révolutionnaires, le « renouveau » a été incarné par les personnes qui se sont engagées dans le sillage de Bruno Le Maire. La cinquantaine de parlementaires, la centaine de maires et l’armée de « jeunes BLM », réseau que le député de l’Eure a construit durant ces deux dernières années, ont fortement contrasté avec la vieille garde sarkozyste, que le nouveau président de l’UMP s’est pourtant appliqué à cacher. Certains ont fait le parallèle entre ces jeunes militants ou sympathisants aux t-shirt aux couleurs criardes et les jeunes giscardiens. Cette comparaison, non sans un poil de moquerie envers l’homogénéité sociologique des jeunes BLM, souligne néanmoins comment Bruno Le Maire semble incarner le renouvellement ou la modernisation de la vie politique comme Valéry Giscard d’Estaing en son temps.
Au-delà de la volonté de renouvellement de la vie publique, on peut lire dans le score de Bruno Le Maire, la manifestation d’un changement de culture politique des militants UMP. On a souvent décrit les adhérents du parti comme des Français dont la tradition bonapartiste ou gaulliste – appelez ça comme vous le souhaitez – les rendait dépendant d’un chef dont ils attendaient presque tout. Cette conception césariste de la vie publique les rendait relativement imperméables aux affaires politico-judiciaires de leur leader, à ses revirements politiques ou à ses échecs. Il faut dire que les plus vieux de la vieille ont su rester dans le parti malgré les scandales au sein du RPR avec les Chirac et autre Pasqua, avant de supporter tour à tour l’affrontement Copé/Fillon, Bygmalion, le « sarkothon »… On peut presque y voir une forme de cynisme, un dédain affiché envers quelconque moralisation de la vie publique.
Nicolas Sarkozy, étant conscient de l’ampleur de cette culture politique au sein de l’UMP, en redoutable politicien qu’il est, a très bien su en jouer. Sur les neuf affaires judiciaires dans lesquelles il est impliqué, silence-radio ou négation en bloc. Aucune critique de son quinquennat précédent. Présentation de son retour comme une nécessité pour la France après deux ans de prise de hauteur.« Non seulement j’ai envie, mais j’ai pas le choix » assénait-il à Laurent Delahousse pour annoncer son retour. Son retour à la tête de l’UMP était alors conçu comme le moyen d’un plébiscite qui consacrerait sa légitimité.
Cependant, il semble que cette conception de la vie publique a fait son temps. À travers le vote pour Bruno Le Maire, presque un tiers des militants ont exprimé une volonté d’oxygéner la classe politique, de laisser la place à une nouvelle génération. Ils ont été sensibles à la « campagne de terrain » de l’ancien ministre de l’agriculture, non pas commencée en Juin dernier, mais en 2012, depuis la défaite de Nicolas Sarkozy. Certes, ce dernier a nettement remporté la présidence de l’UMP, mais la différence avec son score de 2004 (85 %) indique que celui qui, plus que quiconque, a cherché à incarner et personnaliser le pouvoir doit faire face à une mutation de la culture politique de son parti. Et si celle-ci est en cours au sein des militants du parti, alors elle est déjà bien avancée parmi les sympathisants de droite et du centre. Bruno Le Maire l’a bien compris en annonçant que ce vote n’était qu’un début pour le « renouveau ».
Une volonté de remettre les sujets primordiaux au cœur du débat
Enfin, bien qu’il ait été relativement peu question de son programme politique national, Bruno Le Maire ayant cherché à faire une campagne directement adressée aux militants, certaines de ses idées pour la France ont pu être néanmoins esquissées. Par un discours qui n’a rien de révolutionnaire et dans lequel on peut même voir des contradictions, notamment sur la vision de l’Europe ou sur la réforme territoriale, il faut reconnaître le mérite de M. Le Maire d’avoir cherché à remettre les sujets primordiaux au cœur du débat. Exit les débats sans fin sur le mariage pour tous, exit les polémiques sur l’immigration ou l’identité nationale, le discours du député de l’Eure a su trancher avec les digressions de Nicolas Sarkozy sur la définition de la République ou sur la nécessité du leadership en politique. Il a remis les sujets majeurs sur la table à savoir la liberté économique, la réforme de notre modèle administratif et social et l’éducation avec une volonté de « parler vrai ». Les militants UMP, ainsi que tous les Français, ont apprécié cette constance dans ses propos qui font beaucoup de bien au débat politique.

Retraité grâce à Pékin

Retraité grâce à Pékin

  Pour peu que l’on ait l’esprit cynique, il est des nouvelles réjouissantes. Apprendre que les Chinois vont financer le trou de la sécu est l’une d’elles. Leurs épargnants pourront en effet bientôt acheter de la dette sociale française en yuans. C’est dire qu’ils financeront en partie nos retraites et contribueront à notre protection sociale. Qu’ils participent à notre confort de vie illustre l’abnégation de ce grand peuple. Ce qui, l’on en conviendra, est assez méritoire de la part d’une nation où les salaires sont si bas, l’assistance aux travailleurs quasi nulle et la pénibilité une notion inconnue. Notre reconnaissance est telle que nous devrions être prêts à admettre que la Joconde, notre Joconde, représente une esclave chinoise comme le prétend un chercheur italien.

Le Président d’une République du scandale

Le Président d’une République du scandale



Le serment d’un « comportement en chaque instant exemplaire » ? Un artifice de campagne, égaré dans une anaphore devenue énumération des promesses bafouées. L’engagement sur « l’exemplarité des responsables publics, totale » ? Une autre finasserie présidentielle, pour couper court au scandale. Après le fiasco de la « République irréprochable » de son prédécesseur, François Hollande promettait la vertu, l’honnêteté, l’intransigeance, l’honneur. Résultat, nous avons eu Cahuzac, Morelle, Thévenoud, Arif et, maintenant, Lamdaoui. A la droite affairiste devait succéder – classique – la gauche morale. Résultat, au plus proche du pouvoir élyséen, nous avons les suspicions de conflit d’intérêts, d’usage de faux, de fraude fiscale, d’abus de biens sociaux.


Face à toutes ces affaires, la condamnation de comportements personnels ne saurait suffire. Sans que sa probité soit mise en cause, le chef de l’Etat est a minima coupable de légèreté, de défaut de lucidité. Mais pire, sous couvert de beaux principes déclamés, le Président contribue au délitement de la démocratie, décomposition qu’il aspirait à stopper. Car aux belles âmes qui prétendent faire barrage aux extrêmes, comment ne pas opposer que ce sentiment d’impunité, de déconnexion à la réalité fait le jeu du Front national, de l’abstention, de l’exaspération sociale ? Et aux défenseurs de la réforme, comment ne pas répliquer que le discrédit de la parole politique, le mensonge et la dissimulation corrodent la confiance, cette espérance sans laquelle rien n’est possible ? A d’autres le « tous pourris » ; mais plus que jamais la reconstruction de notre cadre politique devient une priorité, le préalable à tout rebond.

jeudi 4 décembre 2014

Marisol Touraine : pénible pour tout le monde !

La ministre des Affaires sociales développe une conception des relations sociales qui rappelle les heures les plus reculées de la lutte des classes.
Peu importe que le ministre de l'Économie, Emmanuel Macron, et le secrétaire d'État à la réforme de l'État et à la Simplification, Thierry Mandon, aient abouti à la même conclusion : il faut rendre plus simple et supportable pour les chefs d'entreprise la loi sur la pénibilité. Car Marisol Touraine, elle, ne veut pas changer une virgule à cette "avancée sociale majeure". Elle l'a dit lundi 1er décembre, elle l'a répété deux jours plus tard, sur i>Télé. 
Que dit-elle ? "La loi est votée, les décrets ont intégré des assouplissements pour entendre les préoccupations du patronat. Donc quand j'entends le patronat qui défile en disant : le compte pénibilité n'est pas praticable et ne peut pas se mettre en oeuvre, je veux marquer mon étonnement et mon interrogation, puisque nous lançons maintenant à peine une mission de réflexion pour faire en sorte que les critères de mise en oeuvre du compte pénibilité soient le plus simples possible. Laissons donc ce travail se faire, mais je le répète, le compte pénibilité, c'est une avancée sociale majeure et il n'est pas question d'y renoncer."

Une mission de réflexion sur la mission de facilitation 

C'est un immense défi à la logique la plus élémentaire que de constituer une mission de réflexion après la publication de décrets d'application. Peut-être eût-il fallu réfléchir... avant. Mais ce que ne dit pas Marisol Touraine, c'est qu'elle voulait "sanctuariser" cette "avancée sociale majeure" afin qu'elle entre en application tambour battant. De plus, la mission de réflexion succède à une "mission de facilitation et de concertation permanente" confiée au magistrat à laCour des comptes Michel de Virville, qui a rendu ses conclusions en juin 2014. 
Dans un souci d'apaisement, Manuel Valls a retardé l'application de six critères sur dix (postures pénibles, manutention de charges, exposition au bruit, à des agents chimiques, vibrations mécaniques, températures extrêmes) au 1er janvier 2016. Dès le début 2015, les fiches pénibilité que devront remplir les entreprises pour chaque salarié concerneront déjà le travail répétitif, de nuit, en horaires alternants, ou encore en milieu hyperbare. 
Cette innovation bureaucratique lourde, semble, pour la ministre, le prix à payer par les entreprises pour l'allègement des charges dont elles bénéficient. Elle confond - à dessein ? - l'équité sociale et la lutte des classes : ce que les entreprises gagnent, elles doivent le perdre autrement. Par exemple, en effectuant des tâches répétitives : cocher des cases sur des fiches. Quel petit entrepreneur pourra prendre sur son temps de travail cette activité de remplissage ? Et, peut-être, dans une situation "hyperbare", la pression risque de monter de quelques crans... La prochaine mission de Marisol Touraine : évaluer la pénibilité induite par son cher compte personnel de prévention de la pénibilité, nom officiel de cet ovni législatif. 

Pacte de responsabilité : quand ça ne veut pas, ça ne veut pas

Hier, nous avons vu qu’en terme de simplification administrative, les réformes lancées jusqu’à présent comme des chatons dans un lac plein de crocodiles se traduisaient surtout par une augmentation importante de l’enfer paperassier français. À présent, et puisque l’actualité semble s’y prêter, c’est le moment de revenir un peu sur l’autre réforme phare du gouvernement, dont le jeune Emmanuel Macron a la charge : le pacte de responsabilitruc.
Il y a presque un an, alors que Macron n’était pas encore le nom d’un virus urticant et qu’on évoquait en hauts-lieux la nécessité d’un « choc de compétitivité », le Chef de l’État, prenant ses plus belles lunettes et sa cravate la moins mal placée, s’adressait aux Français et leur proposait, entre deux petits-fours de fin d’année, la mise en place d’un « pacte de responsabilité » fondé sur un principe simple, voire franchement simpliste : d’un côté, le gouvernement s’engageait à réduire les charges sur le travail, les contraintes sur les activités des entreprises, et en contrepartie, demandait plus d’embauches, plus de dialogue social et quelques bisous pour que tout reparte comme aux Trente Glorieuses.
Partant du principe qu’en diminuant (même symboliquement) les charges des entreprises, ces dernières recommenceraient à dégager des marges et pourraient en conséquence embaucher à tour de bras, relançant ainsi une machine économique grippée depuis un peu trop longtemps pour n’accuser que le précédent président, Hollande a donc largement misé sur une belle « politique de l’offre » bien polie, bien propre sur elle, et propulse donc l’idée à la télé devant des Français qui, recomptant bien les petits sous-sous qu’ils ont versés aux impôts en cette fin d’année 2013, se demandent un peu à quelle sauce ils vont être mangés en 2014.
parcours institutionnel suiteFin février 2014, le Haut Conseil du financement de la protection sociale, énième bidule technocratique chargé de valider a posteriori les idées lumineuses de nos dirigeants, émet un premier prout papetier dont les conclusions sont, évidemment, toutes en faveur du plan hollandiste : avec de telles mesures, le PIB grossirait de 0,8 à 0,9%, ce qui se traduirait par plusieurs dizaines de milliers d’emplois créés en cinq ans. Aucune raison, donc, de ne pas se lancer à corps perdu dans une telle tentative. Fin avril, le pacte se traduit en propositions qui trouvent une place dans le programme budgétaire, approuvé le 29 par une Assemblée Nationale un peu tendue par la présence de quelques frondeurs. Tout va bien. Courant juillet, cela se gâte d’un coup avec le rejet du Sénat, et le 6 août, le Conseil constitutionnel rejette à son tour la baisse des charges sur les bas salaires c’est-à-dire les salaires compris entre 1 et 1,3 SMIC. Flûte et zut, le parcours institutionnel continue de présenter cet aspect maintenant caractéristique de chaos et de bricolage qu’il affecte à chaque fois que le gouvernement tente des trucs et des machins.
(Duflot ne fera aucun commentaire pertinent. C’est dommage puisqu’en terme de parcours parlementaire chaotique, elle en connaît un rayon.)
macron droiteLe temps passe. La rentrée se fait, cahin-caha, permettant de virer quelques impétrants trop remuants, de placer quelques têtes nouvelles et de laisser en place ceux dont la sinécure est trop bonne pour qu’il leur prenne l’envie absurde d’ouvrir leur clapet et de risquer le départ précipité. Le pacte progresse son insinuation lente et pervasive dans les entreprises françaises pendant qu’entre temps, les contraintes légales, les obligations absurdes et les nouveautés législatives kafkaïennes dégringolent sur leurs têtes dans un déluge rarement vu jusqu’alors : l’introduction de la pénibilité au travail s’avère être un cauchemar de complexité inutile, l’obligation d’un minimum de 24h par semaine dans le temps partiel provoque de plus en plus de remous tant il sera difficile à appliquer, et l’introduction d’une obligation d’information préalable des salariés en cas de cession transforme les passations d’entreprises en abomination administrative inapplicable.
Nous sommes en décembre 2014.
L’affichage publicitaire du gouvernement Valls et du président Hollande a beaucoup jauni. Les lendemains ne sifflotent pas des masses, et le patronat, qui a très bien compris qu’à chaque ajustement d’une charge correspondrait une ponction fiscale et une avanie taxatoire débile camouflée ici ou là, rouspète de plus en plus ouvertement.
Dernier exemple en date : nos fins politiciens viennent de se rendre compte que le CICE (crédit d’impôt – compétitivité emploi), sur lequel se base la politique de Hollande, est d’une complexité invraisemblable et qualifiée par Piketty lui-même d’usine-à-gaz et de verrue, au point de n’avoir qu’un effet marginal dans l’économie, les entreprises fuyant le dispositif auquel elles ne comprennent rien. Et lorsque les patrons tentent tout de même l’aventure rocambolesque, ils ne peuvent que noter que ce qu’ils touchent, ne couvre qu’en partie les hausse d’impôts déjà décrétées. En vertu de quoi, pour compenser ce CICE qui dépote, … l’Assemblée nationale a adopté mardi dernier des amendementsmajorant la taxe sur les surfaces commerciales pour la grande distribution de 50%. Vlan, ça leur apprendra, tiens !
loup qui court et paf le loup FAIL
Surprise et étonnement : cela n’enchante pas les patrons, pour le dire gentiment. Les voilà qui refusent de retenir les annonces d’il y a un an, pleines d’espoir du gouvernement, pour s’entêter à ne retenir que cette réalité qui refuse de se plier (comme certaines courbes) à la volonté présidentielle, et qui les embourbe dans des taxes et des contraintes se traduisant, in fine, par une activité qui périclite et, pour les plus faibles, la faillite.
Du côté du gouvernement, c’est la consternation : pour Emmanuel Macron, l’échec du pacte de responsabilité est imputable à ces patrons, MEDEF en tête, qui ont refusé de jouer le jeu ! Salauds d’entrepreneurs qui refusent d’investir lorsqu’on leur donne de l’argent d’un côté en échange de bâtons dans les roues de l’autre !
Cet agacement gouvernemental, voire cette quasi-colère d’un Valls tout remonté contre Gattaz, l’actuel dirigeant du MEDEF, donne une mesure assez bonne de l’écart qu’il y a entre les espoirs, chimériques et presque enfantins de nos dirigeants et les comportements observés dans la réalité face aux bricolages qu’ils ont mis en place. Ils n’ont toujours pas compris que l’emploi ne se décrète pas, pas plus qu’il ne se provoque en diminuant par ici les charges des entreprises pour les rattraper par là avec des mécanismes de plus en plus loufoques.
Comme le fait remarquer Nicolas Doze dans un récent édito, nos petits alchimistes gouvernementaux se sont employés à bricoler des « solutions » orientées vers l’emploi alors que c’est l’investissement productif qui doit être favorisé, ou, à tout le moins, qu’on doit arrêter de le tabasser consciencieusement pour des raisons idéologiques d’un dogmatisme affolant. L’emploi est la résultante de cet investissement.En petits keynésiens brouillons, ils tentent désespérément de faire croire à l’allègement des charges des entreprises (sans y parvenir, du reste), tout en loupant l’évidence que l’emploi n’est qu’une résultante d’une entreprise qui se développe, c’est-à-dire pour laquelle le fuel essentiel, le capital, ne vient pas à manquer ou à se divertir dans les milliers de petites tubulures chromées et chuintantes de l’administration fiscale ou sociale du pays.
Non seulement, le pacte de responsabilitruc ne marchera pas comme le prédit déjà Doze, mais la solution évidente (exposée ici par Naudet sur Contrepoints), « moins d’impôts (défiscaliser), moins de réglementations (déréguler), moins d’État (désétatiser) » est absolument hors de leur portée intellectuelle.
Et le pire est que, de « réformes » en « réformes » et donc d’échecs en échecs, tout ce que ce gouvernement de clowns peut nous offrir est le spectacle pathétique d’un déni de réalité et d’un rejet permanent de ses échecs sur les autres acteurs de l’économie. Partant de là, une seule conclusion s’impose.
Ce pays est foutu.
epic fail

Claude Allègre : «François Hollande a mis la France par terre»

 Après presque deux ans de silence, l'ancien ministre de Lionel Jospin revient et porte un jugement très sévère sur la présidence socialiste.
Claude Allègre a été, entre 1997 et 2000, ministre de l'Education nationale du gouvernement Jospin. Mais depuis, il a fait du chemin. Militant socialiste de trente ans, il a soutenu Nicolas Sarkozy depuis 2008, lui accordant un soutien officiel pour l'élection présidentielle de 2012. Depuis deux ans, Claude Allègre s'en tient au silence, après avoir été terrassé par une crise cardiaque en pleine conférence sur le climat au Chili, en 2013.
Sur RTL, il revient et n'épargne pas François Hollande. Dans un entretien diffusé ce jeudi soir, il s'avoue «très déçu» par la présidence du socialiste. «C'est simplement qu'il a mis la France par terre, la France qui se portait pas si mal…», lâche-t-il. Puis il énumère des éléments de critiques: «Il a augmenté les impôts et puis il a surtout manqué de leadership ; on ne voit pas de capitaine dans le bateau», estime-t-il.
Le scientifique, aux propos contestés sur le changement climatique, y va de son conseil à François Hollande: «changer du tout au tout». «D'abord de changer son premier ministre et puis de changer son équipe», poursuit-il. «Non, il n'a pas une posture de président», conclut-il.
En janvier 2013, juste avant son accident, Claude Allègre avait déjà eu des mots durs à l'égard de François Hollande. Dans une interview accordée à Nice-Matin, il avait jugé que le chef de l'Etat n'était «pas à la hauteur». «Il faut qu'il comprenne que gouverner ce n'est pas une technique de gestion. On a besoin d'inventer, d'innover, et pas seulement d'équilibrer les comptes», déclarait-il.

Hollande s'en va : quand Philippulus imagine le départ du chef de l'Etat

À l'occasion de la parution de la politique-fiction Hollande s'en va, son auteur Philippulus revient sur la source de son inspiration, et explique en quoi le départ du Président reste plausible.
Qui est Philippulus, ce prophète de malheur? On aurait tort de le réduire au personnage de Tintin qui déambule en bure blanche, tapant sur un gong. Après avoir prédit l'an dernier, dans «Le Coup du Père François», la déroute de Jean-Marc Ayrault, son remplacement par Manuel Valls, le départ d'Arnaud Montebourg, la révolte fiscale et le triomphe du FN aux européennes, le mystérieux auteur récidive en imaginant la démission du président de la République. «Hollande s'en va», son récit que les lecteurs du Figaro ont lu avec passion tout l'été, sort aujourd'hui en librairie, enrichi de nombreux chapitres. Est-il écrivain? C'est une évidence. Sa plume connaît le rythme, la musique et les secrets de la langue française. Ses portraits sont fins, sa ligne claire, et aucun ridicule n'échappe à son esprit féroce. Est-il politique? Assurément. L'homme connaît, en détail, le bureau du chef de l'État à l'Élysée, le goût des «haleurs» de Dominique de Villepin, les colères secrètes de François Rebsamen («plus c'est de gauche, plus c'est con!»). Est-il journaliste? Comment ne le serait-il pas? Philippulus nous promène dans le Paris politique avec une aisance rare comme s'il faisait visiter sa propriété. Est-il prophète? Philippulus n'a pas la barbe de Jacques Attali mais sait pourtant tout, du passé, du présent et de l'avenir. Vous le croiserez sans doute mais sans le reconnaître: Philippulus est un homme normal. Il roule en scooter.

Philippulus, vous aviez écrit en 2013 dans les colonnes du Figaro «Le Coup du Père François» et, depuis, plusieurs événements décrits alors se sont effectivement produits: la révolte fiscale, le départ d'Arnaud Montebourg… Cette fois-ci, vous nous prédisez le départ de François Hollande…
PHILIPPULUS - Disons que je m'amuse à imaginer le départ du chef de l'État. Est-ce invraisemblable? A priori oui. Mais la vie est ainsi faite que ce qui semble invraisemblable peut devenir vrai. J'ajouterais qu'avec François Hollande, tout est invraisemblable mais tout est vrai! Qui aurait dit en 2010 que François Hollande deviendrait président de la République? Qui aurait pu prévoir qu'un ministre socialiste du Budget, taxant de bon cœur le contribuable, cacherait de l'argent en Suisse? Qui aurait imaginé qu'un jour on reconnaisse sur une photographie le président de la République, assis à l'arrière d'un scooter, quittant l'Elysée pour se rendre chez son amie de coeur, trompant ainsi la première dame, laquelle se vengerait par le biais d'un livre retentissant? C'est invraisemblable? Non, c'est vrai! Le président supposé normal ne l'est pas du tout. Ce phénomène aiguise forcément l'imagination.
François Hollande vous inspire beaucoup. Ne vous obséderait-il pas un peu?
Quelque chose me frappe chez lui. C'est l'homme politique qui s'est attiré le plus de sobriquets: «Fraise des bois», «Flanby», «Culbuto», «Ni oui ni non», «Guimauve le Conquérant» et, depuis qu'il est à l'Élysée, «Pépère». Ça fait beaucoup pour un seul homme! Je pense depuis le début qu'il s'est embarqué dans une mauvaise aventure. Donc, tout devient possible! Y compris le fait qu'en décembre 2015, après des élections cantonales calamiteuses, un congrès du PS tonitruant puis des élections régionales cataclysmiques, il choisisse de partir… Qui vivra verra!
Vous avez choisi un mode burlesque pour décrire les mœurs et coutumes du monde politique. Or, l'époque n'est pas particulièrement burlesque…
Certes non, mais, sur le Titanic, l'orchestre a joué jusqu'au bout… Je suis frappé par le visage toujours jovial de Michel Sapin qui, s'il n'avait été nommé aux Finances, serait toujours ministre de l'Emploi aujourd'hui et nous dirait que si le chômage progresse, c'est, en fait, parce qu'il régresse… Les hommes politiques nous servent d'étonnants numéros d'acteurs. La particularité de cette époque, c'est que ça commence à se voir…
Vous surnommez Michel Sapin Séraphin Lampion, ce personnage de Tintin qui veut vendre coûte que coûte ses improbables polices d'assurance. Hergé fait partie de vos sources d'inspiration?
Hergé et d'autres. J'y ai mis un peu de poésie, avec Dominique de Villepin qui récite du Rimbaud et du Paul-Jean Toulet à Nicolas Sarkozy, lequel s'est entiché de Baudelaire. Je me suis attaché à caricaturer tous mes personnages à partir de tel ou tel aspect de leur personnalité. Nicolas Sarkozy, toujours survolté, François Fillon et son amour des voitures pleines de chevaux, Arnaud Montebourg, qui semble perpétuellement déclamer, Manuel Valls et sa fièvre espagnole... Et puis, vers la fin de l'ouvrage, je me suis amusé à donner à ces pages la tournure d'un roman policier.
Malgré tout, il arrive que vous vous trompiez dans vos prédictions…
Oui, j'avoue! Les lecteurs du Figaro qui auront lu au mois d'août «Hollande s'en va» constateront que j'ai dû remanier l'histoire. J'avais imaginé que Jean-Pierre Raffarin deviendrait président du Sénat fin septembre… et ce fut Gérard Larcher! Le détail avait son importance puisque, si François Hollande s'en va, il est remplacé par le président du Sénat. Errare humanum est! J'ai donc profondément modifié l'histoire, et j'ai rajouté un ultime épisode.
Si Hollande s'en va avant la fin, pensez-vous ouvrir un cabinet de voyance ou de conseil en stratégie?
Peut-être. Ou bien irai-je jouer au Loto…
Hollande s'en va, par Philippulus, Les éditions des Equateurs - Le Figaro, 240 pages, 18 euros.

Le patronat comme punching-ball



On a cru un moment que la gauche se divisait désormais en deux camps : ceux qui aiment les entreprises, et ceux qui ne les aiment pas ; ceux qui ont compris que la croissance et les emplois ne se feraient pas sans elles, et ceux qui imaginent encore que le collectif et l’étatique ont une légitimité et une efficacité supérieures à tout.
 
On sait maintenant que la gauche, qu’elle aime ou pas les entreprises, se retrouve unie sur un point : elle n’aime pas les patrons. Elle les suspecte de geindre, de quémander, de pleurnicher toujours et d’être un bloc d’ingratitude. Elle pense que le gouvernement cajole les entreprises (on retrouve alors les deux camps : ceux qui l’admettent et ceux qui combattent cette trahison de classe). Et elle s’exaspère donc de voir que les patrons ne s’en contentent pas. C’est une curieuse malédiction française que cette relation de méfiance ou pire, d’hostilité, entre le monde de la production et l’univers de la politique. Ça ne date évidemment pas d’hier. Mais rarement la tension a été aussi forte entre un gouvernement qui attend des patrons une contrepartie aux milliards d’euros qui se déverseraient sur les entreprises, et le patronat qui attend du pouvoir que les discours se traduisent en actes et que la majorité cesse de se servir de lui comme d’un punching-ball politique.
Chez tous nos voisins, les gouvernements ont compris que leur rôle était de créer un contexte de confiance et un environnement économique favorable aux entreprises. En France, le pouvoir en est encore à croire habile d’opposer les petits patrons aux grands PDG, les start-up aux multinationales, l’industrie à la finance, les chefs d’entreprise au patronat. Et refuse de comprendre que leur volonté commune de se développer sans étouffer sous les contraintes est ce qu’il peut arriver de mieux pour la croissance et l’emploi.