TOUT EST DIT

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mercredi 8 octobre 2014

Redevance : mais qu’ils arrêtent de tout taxer ! C’est notre vie, pas la leur !

Jamais à court d’idées pour taxer encore et encore les Français jusqu’à ce que le pays s’écroule ou se révolte, François Hollande a carrément proposé devant le CSA le 2 octobre, d’étendre la redevance télé aux détenteurs de tablettes et d’ordinateurs… Selon lui, en effet, «on peut regarder les chaînes du service public sur d’autres instruments que la télévision» et donc, pour un socialiste, il faut taxer.
Évidemment qu’on peut regarder la télé sur nos ordinateurs ! Mais le Président de la République comprendra-t-il un jour que c’est précisément pour ne PAS regarder les chaînes d’État que nous sommes de plus en plus nombreux à prendre le maquis sur le web, à faire sécession sur internet et à nous déconnecter de leurs indigentes et nullissimes chaînes d’État ! (rien que ces deux mots : “chaînes” et “État”…).
“Je rassure, l’objectif n’est pas d’accroître les recettes»… a aussitôt précisé Hollande. Tu parles ! Ils ont une peur panique de voir les gens filer et provoquer une baisse massive des recettes liée à la redevance télé. Que feraient-ils sans leurs médias contrôlés et soumis ? Que deviendraient-ils avec un web indépendant et libre ? Le problème, avec ces déclarations intempestives et cette manie de tout taxer, c’est qu’il va vraiment falloir songer à descendre dans la rue. Sinon rien ne les arrêtera ! Mais qu’ils cessent de contrôler ce qu’on regarde et qu’ils arrêtent de mettre leurs grosses pattes pleines de doigts crochus sur nos vies !
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Les chaînes publiques ne devraient pas être financées par une redevance fiscale
La question n’est pas, comme le dit François Hollande, d’étendre la redevance aux tablettes sous prétexte qu’on peut y regarder les chaînes publiques. Elle est d’arrêter d’asseoir la redevance sur le poste de TV lui-même. Il n’y a en effet strictement aucune raison que la redevance perçue au bénéfice des chaînes publiques soit liée au poste de télé acheté. La redevance — comme tout abonnement — devrait être liée aux chaînes regardées (ou au bouquet de chaînes) — et pas au poste utilisé pour les regarder.
Si elles ont besoin d’argent, les chaînes publiques n’ont qu’à devenir payantes : si les gens veulent les regarder, qu’ils s’y abonnent. Mais ceux qui veulent utiliser leur poste de télévision pour en faire un aquarium n’ont pas à payer la redevance. À fortiori les possesseurs de tablettes et les smartphones : on ne va tout de même pas payer une redevance à l’État sous prétexte qu’on “pourrait” visionner des chaînes publiques qu’on ne regarde pas ! Il faut donc arrêter de faire payer — par tous ceux qui ont un poste — le coût de chaînes publiques discréditées par leur médiocrité. Vous prenez l’autoroute, vous payez le péage. Vous regardez un bouquet de chaînes du câble, vous payez l’abonnement. Si vous voulez regarder les chaînes du service public parce que vous les aimez, eh bien vous vous abonnez à un bouquet public et c’est tout. En aucun cas la redevance ne devrait être assise sur la possession du poste de télé lui-même – ou a fortiori d’une tablette ou d’un ordinateur. Les chaînes publiques devraient être financées soit par la publicité soit par abonnement. Pas question de faire payer ceux qui ne veulent pas les regarder !
Actuellement — même si vous ne regardez PAS les chaînes publiques et même si vous n’avez acheté un poste de télé que pour y mettre un poisson rouge — vous devez payer la redevance ! Ahurissant mais c’est comme ça. C’est le truc de fou qu’ils ont inventé pour financer leurs chaînes – même si vous refusez de les regarder, vous devez payer.
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Et dans le “service public”, pas question de faire des économies ! En période de crise vous pourriez imaginer qu’ils réduisent la voilure ? Mais pas du tout. Pourquoi voulez-vous qu’ils fassent des économies puisque vous êtes là pour payer !
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La télé sombre dans la nullité et tout le monde s’en fout. Personne ne dit rien : vous avez entendu le Président ? l’Académie ? le Collège de France ? des grandes personnalités ? un collectif d’intellectuels ? des chiennes de garde ? Rien : silence absolu. La télé est de plus en plus nulle et de plus en plus vulgaire mais personne ne bronche.
Si les chaînes publiques sont nulles à ce point, qu’on nous rende la redevance ! On achètera des fleurs ou davantage de livres.
Marre de payer tout deux fois
• l’enseignement public n’est pas bon, vous mettez vos enfants dans le privé et donc vous payez deux fois.
• La télé publique n’est pas bonne, vous prenez le câble et donc vous payez deux fois.
• L’eau du robinet n’est pas bonne, vous prenez des bouteilles d’Evian et donc vous payez deux fois.
• Les légumes sont OGN, vous devez aller dans des magasins Bio et donc vous payez plus cher…
• etc.
Tiens, faudrait faire la liste exhaustive de tout ce qu’on paye deux fois dans ce pays de fous ! Même ma retraite va falloir que je la paye deux fois : à l’Etat au titre de la répartition et à des organismes privés au titre de la capitalisation. Bon, j’arrête ils me rendent fou.

Tabac: le paquet neutre de cigarettes prévu pour début 2016

Selon la ministre de la Santé Marisol Touraine, le paquet de cigarettes neutre devrait arriver dans les débits de tabac d'ici début 2016. Ceci dans le cadre du plan anti-tabac présenté récemment par le gouvernement.

Selon la ministre de la Santé Marisol Touraine, le paquet decigarettes neutre devrait arriver dans les débits de tabac d'ici début 2016. 
La conne de haut vol en action
Le gouvernement a décidé d'instaurer le paquet de cigarettes "neutre", sans logo, dans le cadre du plan ainti-tabac. Si les images choquantes et des messages de type "fumer tue" demeureront, il sera interdit d'apposer un signe distinctif pour différencier une marque d'une autre. 
Le projet de paquet neutre "sera inscrit dans la loi de santé que je présente dans quelques jours au Conseil des ministres", a précisé Marisol Touraine. "Nous allons, conformément à la règle, informer l'Union européenne de notre intention", a-t-elle ajouté.  
Après l'annonce gouvernementale, les fabricants se sont inquiétés d'une forte perte de valeur de leurs marques, n'excluant pas le recours à des procès, qui pourraient coûter cher à la France.  

L'adoption du paquet neutre avait été annoncée dans le plan anti-tabac présenté fin septembre par la ministre. L'Australie est le seul pays à avoir pour l'instant mis en place une telle mesure. 
Et elle ne fonctionne pas du tout, notre ministre est une conne de haut vol, méfiez vous des contrefaçons ( tabagiques ) qu'une telle mesure risque aussi de provoquer. 

mardi 7 octobre 2014

Michel Sapin dénie à Bruxelles le pouvoir de rejeter le budget

Le ministre français des Finances a contesté mardi le pouvoir de la Commission européenne de rejeter le budget de la France, dont le projet de loi de finances 2015 est sous haute surveillance des instances de Bruxelles.
Interrogé par RTL, Michel Sapin a déclaré qu'il n'était pas question pour la France de faire plus d'économies en 2015 que les 21 milliards d'euros déjà prévus, ni d'augmenter les impôts pour réduire les déficits publics.
Il réagissait à des informations de sources européennes selon lesquelles la Commission s'apprêterait à rejeter d'ici la fin du mois le projet de budget présenté la semaine dernière au conseil des ministres français.
Selon le quotidien le Figaro, elle pourrait demander à la France un effort budgétaire supplémentaire de huit milliards d'euros, sous forme d'économies ou d'impôts, afin de réduire le déficit structurel français de 0,5 point au lieu de 0,2 point annoncé par le ministère des Finances pour 2015.
Ces informations sont "erronées", a répliqué Michel Sapin, selon qui "ça n'est pas dans les pouvoirs de la Commission" de censurer le budget d'un Etat membre de l'Union européenne.
"Elle ne peut pas censurer, elle ne peut pas rejeter ni le budget français, ni aucun budget", a-t-il insisté. "Heureusement que dans nos démocraties, le seul endroit où on adopte, où on rejette, où on censure, ce sont les Parlements de chacun des pays concernés."
Il a admis qu'il y aurait "des discussions entre les uns et les autres" entre la mi-octobre et la mi-novembre au sein de la zone euro. Mais prié de dire s'il n'y aurait effectivement en France ni économies ni impôts supplémentaires en 2015, il a répondu : "Evidemment."
"Vous imaginez qu'on rajoute encore des économies à ces 21 milliards d'économies qui sont déjà difficiles, qui font déjà réagir ?" a-t-il ajouté. "Et au moment où nous amorçons la baisse des impôts, vous croyez qu'on va aller dire maintenant, finalement on va les augmenter ? Non, ce serait incohérent."
NOUVELLE TRAJECTOIRE
Dans une interview au Figaro, le secrétaire d'Etat au Budget explique pour sa part que la situation économique française, avec une croissance en panne, ne "permet pas de réduire davantage les dépenses l'an prochain ni d'augmenter les impôts".
"Nous l'expliquerons à nos partenaires européennes, même si la situation actuelle, marquée par la fin de mandat de la Commission Barroso, ne facilite pas vraiment les choses", ajoute Christian Eckert.
Michel Sapin a réitéré sur RTL la position de Paris : la question fondamentale, a-t-il dit, est de savoir comment sortir l'Europe, pas seulement la France, de sa situation actuelle de croissance et d'inflation faibles.
Le projet de budget 2015 de la France renvoie au second plan le redressement des comptes publics pour conforter l'objectif prioritaire du gouvernement : préserver la croissance et enrayer la hausse du chômage, coûteuse politiquement.
La réduction des déficits publics à 3% du PIB est ainsi renvoyée à 2017 au lieu de 2015.
En dépit des 21 milliards d'économies programmés sur les dépenses de l'Etat, des administrations sociales et des collectivités locales, ces déficits devraient encore atteindre l'an prochain 4,3% du PIB, après 4,4% cette année, selon les prévisions du gouvernement.


Le Haut conseil des finances publiques estime cependant que le respect de la nouvelle trajectoire n'est pas acquis parce que le scénario macroéconomique retenu repose sur des hypothèses trop favorables.
 

Air France : un très gros calibre va quitter la compagnie

Selon des sources concordantes, Bruno Matheu, directeur général délégué à Air France, serait sur le point de quitter la compagnie. Bertrand Lebel, directeur général adjoint serait également sur le départ. Début septembre, Florence Parly, également directrice générale déléguée, avait quitté Air France.
Vague de départs au comité exécutif d'Air France. Et non des moindres. Après le départ début septembre de Florence Parly, directrice générale déléguée en charge du réseau court et moyen-courrier de point-à-point (nommée depuis directrice générale de la SNCF), un autre poids lourd serait sur le point quitter la compagnie. Selon plusieurs sources concordantes, Bruno Matheu, directeur général délégué d'Air France lui aussi en charge du hub et du long-courrier, mais avec le statut particulier de conseiller du PDG d'Air France-KLM, aurait indiqué son intention de quitter l'entreprise à Alexandre de Juniac et Frédéric Gagey, respectivement PDG d'Air France-KLM et d'Air France. Il serait pressenti pour rejoindre une compagnie étrangère en pleine ascension. Le nom d'Etihad, la compagnie d'Abu Dhabi, est cité en interne.
Interrogé, Air France ne fait aucun commentaire. Des trois directeurs généraux délégués, il ne resterait donc plus qu'Alain Bassil, responsable des opérations.

Candidat à la présidence d'Air France en 2011

A 51 ans, Bruno Matheu est un pilier d'Air France qu'il a rejoint en 1992 après la fusion entre Air France et UTA où il commença sa carrière. Entré au comité exécutif en 1998 à l'âge de 35 ans, il a assuré pendant des années la responsabilité du programme de vols, du marketing, du commercial au sein d'Air France puis d'Air France-KLM après la fusion en 2004 dont il fut l'un des principaux artisans avec Jean-Cyril Spinetta (PDG), Pierre-Henri Gourgeon (DG), et Philippe Calavia (directeur financier).
Dans les années 2000, Bruno Matheu était cité par les observateurs (au même titre que Pascal de Izaguirre, aujourd'hui PDG de TUI France) comme un prétendant sérieux à la présidence d'Air France. Or, en 2011, quand le poste s'est libéré, sa candidature n'a pas été retenue. Celle de Florence Parly, également candidate, non plus.

Alexandre de Juniac nommé PDG d'Air France en 2011

En effet, après une violente guerre des chefs entre Jean-Cyril Spinetta et Pierre-Henri Gourgeon, alors président du conseil d'administration et directeur général d'Air France et d'Air France-KLM, c'est en effet Alexandre de Juniac, ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde qui fut nommé président d'Air France, aux dépens de Lionel Guérin, PDG de Transavia et d'Airlinair à l'époque, aujourd'hui PDG de HOP.
Au tour d'après, quand Alexandre de Juniac a pris du galon pour devenir PDG d'Air France-KLM en juillet 2013, c'est Frédéric Gagey, directeur financier d'Air France, qui fut choisi pour diriger la compagnie tricolore.

Un autre membre du Comex sur la sellette

En cas d'évolution de la gouvernance à terme, Bruno Matheu n'était pas le mieux placé. Si Alexandre de Juniac doit un jour quitter la présidence d'Air France-KLM, Frédéric Gagey semble aujourd'hui le mieux placé pour le remplacer, tandis que Lionel Guérin, aujourd'hui président de Hop, apparaît en pôle position pour prendre un jour les rênes d'Air France.
Enfin, un autre membre du comité exécutif d'Air France, Bertrand Lebel, directeur général adjoint organisation et développement durable, serait lui aussi sur le départ. Bertrand Lebel est un très proche du président d'honneur actuel d'Air France-KLM, Jean-Cyril Spinetta.

Grèce: inculpation pour la déshérence des installations olympiques 2004

Athènes - Dix ans après les JO d'Athènes 2004, la justice grecque a inculpé pour "mauvaise gestion" un ancien responsable de l'entreprise chargée de valoriser les installations olympiques de la capitale qui sont pour certaines toujours à l'abandon, a-t-on appris mardi de source judiciaire.

Ancien responsable de l'établissement public "Olympiaka Akinita" créé en 2002, Konstantinos Matalas a été inculpé au terme de huit mois d'enquête judiciaire après des information de presse faisant état d'un manque à gagner de 10 milliards d'euros pour les finances publiques lié à la déshérence de plusieurs équipements bâtis pour les jeux d'été. 
Les magistrats ont également demandé la levée d'immunité parlementaire d'un député du parti conservateur au pouvoir Nouvelle Démocratie, successeur de M. Matalas à la tête de l'établissement public aujourd'hui disparu. 
Ce député, Dyonisis Stamenitis, a contesté, dans un communiqué, les accusations de la justice et souligné qu'au moins trois installations avaient trouvé un usage post-olympique tandis que de nombreuses démarches avaient été menées pour l'ensemble des équipements. 
En plus des débats sur l'inflation des coûts d'organisation des JO grecs, la gestion des suites de l'événement ont été au coeur de nombreuses critiques lorsque le pays s'est retrouvé au bord de la faillite à plusieurs reprises depuis 2010, en raison d'une dette abyssale. 

"Brave new world"

"Brave new world"

sans-titre
Ce matin sur Europe 1, au lendemain de la "manif pour tous", j’écoutais le témoignage d’une "mère porteuse", qui en était à son troisième bébé, conçu aux Etats-Unis à la demande de couples pour une somme de 20 000 dollars chacun. Cela me faisait penser à un  livre célèbre, jadis bien connu de tous les lycéens de France qui avaient obligation de le lire au passage en seconde, dans les années 1970: le meilleur des mondes(brave new world), d’Aldous Huxley. Extraodinaire prophétie, écrite en 1945, d’un monde où les enfants sont conçus en série pour répondre à la demande des adultes. Nous n’en sommes pas exactement là, mais la même logique de cauchemar est bien à l’œuvre, celle de la marchandisation du corps féminin et de l’enfant. Nous tentons d’en retarder le triomphe par différentes digues, mais combien de temps vont-elles résister? Par association d’idées, un autre roman me
images
revient à l’esprit: 1984 de Georges Orwell, qu’il fallait impérativement lire aussi quand nous avions 14 ans. Il annonçait, 60 ans avant, la pensée unique, l’obligation de penser tous pareil, dans le même moule idéologique, avec les mêmes mots destinés à formater les esprits (Novlang) sous le contrôle d’un gigantesque ordinateur "big brother", le moindre écart vous exposant à d’effroyables tortures, en particulier morales. La prophétie est à mes yeux le paroxysme de l’intelligence – déduire des observations présentes ce qui nous attend demain – et aussi de la subversion, au meilleur sens du terme. C’est pourquoi, sans doute (vérification faite) on ne lit plus le meilleur des mondes ni 1984 dans les lycées de France.

Triste record

Triste record

   Evidemment, on devrait s’en réjouir. En ces temps de dépression et de manque de confiance en soi, la France va battre un record. La chose est si rare qu’elle mérite d’être soulignée. Ce n’est pas tous les jours que nous pouvons nous glorifier. Trop souvent, nous pleurnichons et nous nous désolons de notre état. Enfin voilà des performances que peu d’autres pays dans le monde sont capables de réaliser. En ce domaine, nous sommes en tête et largement. Mais arrêtons ce suspense insoutenable pour en venir aux faits : pour la troisième année consécutive, la croissance française sera inférieure à 1%. Ce qui n’était pas arrivé depuis la dernière guerre mondiale. C’est l’occasion d’appliquer le proverbe selon lequel, devant certaines situations, il vaut mieux rire que pleurer.

Le road show de la démagogie perdue

Le road show de la démagogie perdue



C'est la tournée des promesses non tenues, la grande boucle de la démagogie perdue. Après Berlin où il avait essayé de plaider auprès d'Angela Merkel la relance de l'économie promise par François Hollande pour se faire élire, après Bruxelles où il fallait effacer des tablettes son engagement à renégocier le Traité européen pour l'assouplir, voici Manuel Valls en road show auprès de la City de Londres pour faire oublier à ce temple de la finance que le président de la cinquième puissance mondiale l'a considéré, ne fût-ce que l'espace d'une campagne, comme le centre de l'enfer.


A première vue, les efforts de notre Premier ministre "pro-business" n'ont pas encore été couronnés d'un franc succès. L'Allemagne, exaspérée par notre désinvolture dépensière, reste hostile à toute demande de dopage de l'économie. Comme elle, l'Europe du Nord nous prend pour d'irréductibles keynésiens. Et Pierre Moscovici ressent ces jours-ci à Bruxelles l'humiliation d'être pris pour ce qu'il est: le énième ministre des Finances français à échouer sur les déficits.
Il y a malheureusement peu de chances pour que Londres se montre plus indulgent à notre égard. Mais, pour quelqu'un d'aussi valeureux que Manuel Valls, il n'est pas utile de réussir pour persévérer. On attend donc avec impatience un déplacement aux États-Unis, terre du plein emploi, où il pourra essayer de faire oublier que François Hollande avait promis d'inverser la courbe du chômage. On conseillera de la même manière un voyage en Chine, là où le ralentissement de l'économie permet à ce pays d'afficher un rythme de 6 à 7% l'an, alors qu'à l'inverse la reprise maintes fois promise par le chef de l'Etat laisse la France collée à un triste 0,3%.
Sait-on jamais: tous ces voyages peuvent peut-être, même à la marge, améliorer un peu notre image...

Le piège pour tous

Le piège pour tous

La Manif pour tous d'hier a au moins atteint son objectif quantitatif. Malgré le ridicule persistant des estimations policières, les organisateurs ont fait aussi bien qu'en février 2014, certes avec Frigide Barjot en moins, mais du professionnalisme en plus. Preuve a ainsi été donnée d'un enracinement dans la durée d'un mouvement mal identifié mais capable de fidélisation autour de la défense de la famille, et aussi d'adaptation conjoncturelle dans ses thématiques. Exit le combat passéiste contre le mariage gay et cap sur les questions éthiques à travers le combat contre la PMA et la GPA.
Au fond, la Manif pour tous est devenue un peu manif attrape-tout, fédérant sur des questions nullement fantasmées. Ce sont justement les limites de cette mobilisation mais c'est aussi sa réussite, car elle a réussi à imposer un débat et une écoute nécessaires. La différence est frappante entre le Manuel Valls ministre de l'Intérieur qui mobilisait ses troupes contre les débordements de manifestants conservateurs, et le Manuel Valls Premier ministre fermement hostile à la gestation pour autrui (GPA) actuellement interdite en France.
Ceux qui dénonçaient les risques d'effets pervers de la loi Taubira n'avaient pas fatalement tort. La condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l'homme pour refus de reconnaissance de la filiation d'enfants nés par GPA à l'étranger, a ouvert une boîte de Pandore. Comment interdire à des couples hétérosexuels ou homosexuels de recourir à une GPA à l'étranger si la France légitime ensuite la filiation de l'enfant né d'une mère porteuse ?
Le souci d'humanité envers ces « bébés de l'ombre » conduit à un détournement impuni de notre loi. Le sort de l'enfant ne devrait pas dispenser les parents fraudeurs d'une sanction. Surtout que 200 bébés conçus par GPA entreraient chaque année en France. Il est étrange que les belles âmes qui dénoncent à tout propos les méfaits du libéralisme mondialisé ne se révoltent pas contre le business des agences internationales qui « louent » des ventres pour 120.000 euros. Cette loi Taubira est bien un piège. Pour tous.

Manif pour tous

D’une certaine façon ce fut le plus beau parcours de tous. Parce qu’il était jalonné d’un affichage massif de PrésentPrésent mis en avant comme jamais, en 32 ans d’existence. Grâce à LMPT ? Pas précisément. Après le refus de la Manif pour tous de la distribution de notre hors-série et notre absence criante sur leur site à la rubrique « La Presse en parle », nous avons décidé de contourner la difficulté avec nos moyens à nous.
Et nous avons marché. Avec nos enfants. Pour la énième fois. Comment ne pas y être ? Aux côtés de ces familles, dans ce tsunami français dont le nombre de participants et la mobilisation ne se démentent pas deux ans après. (Le même nombre qu’en février dernier, le même décalage entre les chiffres de la police et ceux des organisateurs). La présence massive était là. Pour dire non au changement de civilisation, au monde de science-fiction d’épouvante qu’il nous prépare. Mais sincèrement, j’aurais voulu un cortège moins plan-plan. Avec des « fascistes en loden » ?
J’ai regretté que la reconduction de Taubira au gouvernement et l’insupportable nomination de l’ayatollah Belkacem à l’éducation de nos enfants ne nous fassent pas passer automatiquement sur un mode plus revendicatif.
Peut-être parce que ça doit être la sixième ou septième fois que je défile sur ce tempo rose dragée et techno, j’ai regretté l’absence de slogans plus radicaux et le manque d’agressivité politique de ces braves gens que le gouvernement continue de mépriser, de laminer, de saigner financièrement alors que dans le même temps il ne touche jamais à ses vaches sacrées. Tous les jours en ce moment, les familles trinquent. Et le changement de civilisation est bien en route. On va se faire avoir comme ça jusqu’à quand ? Jusqu’où ? On n’impose pas une réforme quand on a un million de personnes dans la rue. Mitterrand l’avait compris. Hollande non.
J’ai regretté la retape pour les élus de l’UMP. Ces représentants du système que nous avons déjà eus aux commandes et qui ont largement contribué à la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui. Aucune envie de subir leur prêchi-prêcha. On nous avait annoncé que personne ne monterait à la tribune. Et donc pas les représentants du Front national. Habile ! C’était pour mieux nous diffuser sur grand écran les clips vidéos publicitaires préparés à l’avance d’Hervé Mariton, Claude Goasguen, ou Laurent Wauquiez dont on sait très bien qu’ils n’ont aucune chance d’être élus aux primaires. Leurs leaders Sarkozy et plus encore Juppé qui a réaffirmé récemment toutes ses sympathies LGBT, ne reviendront jamais sur le « mariage pour tous » et ses conséquences (à la différence de Marine Le Pen).
Qui se fait avoir dans tout ça ? Sinon les manifestants.
Nous voulons la dissolution de l’Assemblée. Croyez-vous que c’est ce que veulent Mariton, Goasguen, ou Wauquiez ? Nous voulons le « Mai 68 à rebours » si redouté par Hollande. Le changement c’est maintenant ! Il ne se fera pas en mode bisounours. 

lundi 6 octobre 2014

La République contre la folie

Ci-dessous une contribution d’hier qui m’a été demandée par Atlantico. En toute franchise, je n’ai rien, strictement contre Alain Juppé, mais j’observe, fasciné, la manière dont le monde médiatique tente de construire son favori pour 2017, un peu comme Dominique Strauss Kahn dans les années 2007-2011. Avec le succès que l’on sait. Toute la politique actuelle me révulse, ses coups d’éclats, ses trahisons, ses crises de mégalomanie, ses sondages bidons, sa démagogie, ses effets d’annonce, ses émissions de télévision qui puent la manipulation à plein nez, sa propagande, ses cris de haine et ses petites larmes, sa communication, ses pitres, sa pensée unique, ses histoires de clans ou de familles, ses idoles et ses gibiers de potence, son affligeante hypocrisie, ce tourbillon de folie autour de la course à l’Elysée – la course au néant – qui amuse tant le monde médiatique. Je me dis, devant ce spectacle misérable, humiliant pour la France, qu’il n’existe que deux réponses possibles: la monarchie de type britannique ou espagnole – une famille régnante – ou la République authentique, pure et dure, impersonnelle, la plus impersonnelle possible: le pouvoir anonyme du peuple et de ses représentants. Par réalisme et affinité (n’aimant pas les héritiers), je pencherais personnellement pour la seconde solution.

Le fan club d’Alain Juppé



Ce rassemblement à la candidature pour les primaires de 2017 du Maire de Bordeaux pourrait s’inscrire dans le scénario des « Papys font de la Résistance », et comme Alain Juppé vient de recevoir le prix de l’humour politique, il ne serait sans doute pas fâché de ce soutien cinématographique.  En revanche, on se demande si après François Bayrou qui a voté Hollande, maintenant Jacques Chirac et son, non moins célèbre, éloge en faveur du candidat corrézien, ses amis fidèles ou reconnaissants ou les deux à la fois, ne lui font pas plus de tord que de bien. Quid, en effet, de la lucidité politique de ceux qui ont vu en François Hollande, le président à ce point normal qui n’est plus (après 30 mois de mandat) qu’un survivant grâce aux institutions de la Vème république. 
Alain Juppé a connu tous les épisodes qu’offre la vie politique et dans la reconquête de son image a-t-il besoin des ex soutiens de François Hollande pour consolider son statut d’homme d’Etat ? Même auprès de la ménagère de plus 50 ans, les publicités peuvent être contre productives ! 

M.Sapin illusionniste

M.Sapin illusionniste

  Michel Sapin est un ministre amusant. Il tonne et il adoucit dans la même phrase. C’est un as de la sémantique, il a du métier. Depuis le temps qu’il promène sa tête de notable revenu de tout, il sait qu’on peut faire prendre des vessies pour des lanternes pour peu qu’on y mette de la conviction apparente. Alors il y va franchement. « Ce serait inadmissible », s’est-il offusqué hier, que la France demande une dérogation aux règles bruxelloises en matière de déficit budgétaire. Bon sang, on nous l’a changé, le voilà déterminé. Heureusement, il se retrouve, il se reprend, il précise. « Dérogation » non, mais « adaptation » oui. Le tour est joué, il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas saisir la différence. M. Sapin est un illusionniste qui ne fait pas illusion.

Des choix mal préparés, mal partagés, mal conduits

Des choix mal préparés, mal partagés, mal conduits

Un ministre qui rebrousse chemin devant une poignée d’intermittents en colère, un président de la République qui renonce aux déplacements en province et ne sort plus de l’Elysée que pour des visites surprises ou, comme au Salon de l’automobile, pour inaugurer en catimini, loin de la presse et des badauds, l’une des expositions populaires les plus importantes de l’année. Petit à petit, le pouvoir se claquemure et perd le lien avec les Français. Comme s’il avait peur de ses réactions et redoutait d’affronter les effets de sa propre politique.

Pourtant – et c’est un des grands enseignements du sondage que nous publions aujourd’hui – les Français prennent de plus en plus conscience de la nécessité de la réforme. Ils ont en majorité intégré que la France décrochait, que son modèle social dérapait, et qu’il fallait remettre en question le rôle de l’Etat et son poids. Et s’ils manifestent, ce n’est pas tant parce que les réformes sont douloureuses, mais parce qu’elles sont mal préparées, mal partagées, mal conduites. Mal préparées, toutes celles qui viennent en contradiction flagrante avec ce qui avait été promis par le candidat Hollande. Mal partagés, ces bouleversements de société qui, à l’instar de la question du mariage des homosexuels, ont été utilisés pour cliver et rassembler un camp contre un autre. Mal conduites, toutes ces réformes qui font l’objet de zigzags permanents, donnant le sentiment d’un pouvoir qui, si même il savait ce qu’il voulait, ne saurait pas comment le faire.
Découragés par les effets catastrophiques de la politique actuelle, échaudés par l’accumulation des promesses bidon du pouvoir, les Français ont perdu confiance. Mais ils prennent conscience de la nécessité d’une transformation radicale de notre société. Même s’ils ne savent pas encore comment y parvenir. Ni avec qui.

Interpol’art, le noir lui va si bien

Alors que la 9e édition du festival Interpol’art se déroule le week-end prochain à Reims, retour sur la genèse de ce rendez-vous focalisé sur le genre littéraire le plus populaire.

Dans un autre siècle, Reims servait déjà de cadre à un événementiel focalisé sur le genre policier. Ce « polar » qui, sur grand écran ou dans les livres, prend à l’estomac et raconte des meurtres, des coups de feu et des enquêtes complexes. Qui met en scène détectives, flics, femmes de mauvaise vie, épouses bafouées, politicards corrompus, truands et tueurs, liste non exhaustive. En 1979 fut créé sous l’impulsion de Jacques Baudou un festival du roman et du film policier. L’aventure dura huit éditions. Dans l’une des dernières, des Rémois médusés purent voir un jour le regretté Peter Falk, alias l’inspecteur Colombo, débarquer en grande pompe au café du Palais pour recevoir les honneurs qui lui étaient dus.

Vingt ans après sa disparition, le festival ressuscita sous une nouvelle identité : Interpol’art, association née en 2005 de quelques nostalgiques et aujourd’hui présidée par Jacques Michelet. Modeste dans ses premières années, ce nouveau projet veut mêler roman, cinéma, musique, BD, gastronomie, arts graphiques, photographie et théâtre. Là encore, le temps a passé et Interpol’art, doucement, s’est étoffé. Certes loin encore, avec son budget de 24 000 € (dont 14 000 de subventions), des cadors de la catégorie comme le Quai du Polar à Lyon mais tout de même capable cette année de décrocher la présence des Pétros Markaris, Tobie Nathan, Alfredo Noriega, Romain Slocombe ou encore Marc Villard.

Pétros Markaris, Alfredo Noriega, Romain Slocombe…

Un mot sur le premier nommé qui succède à Dominique Manotti en tant qu’invité d’honneur du festival : prix du polar européen Le Point en 2013 pour Liquidations à la grecque, premier volume d’une trilogie où meurtres et crise économique cohabitent, Markaris est également connu pour ses scénarios portés au cinéma par son compatriote Theo Angelopoulos, avec qui il partagea une palme d’or cannoise pour L’éternité et un jour (1998) et un Grand Prix pour Le regard d’Ulysse (1995). Une sacrée pointure, ce Markaris.
Parmi les invités les plus attendus figure Alfredo Noriega, dont il faut vite lire Mourir, la belle affaire (2013), roman très noir où l’auteur dissèque Quito, méconnue capitale de l’Équateur ; et côté Français, il n’est pas trop tard pour découvrir le style glacial, soigné et ultra-réaliste de Romain Slocombe (Première station avant l’abattoir fait dans l’espionnage historique,Monsieur le Commandant, retenu sur la liste Goncourt en 2011dissèque la France collabo).
À la veille d’une 9e édition qui culminera le week-end prochain avec moult tables rondes (voir ci-dessous), la petite équipe du festival, complétée par une vingtaine de bénévoles, est en ébullition. Denys Ménétrey, directeur d’Interpol’art, résume d’une formule savoureuse :« En ce moment, on est obligés de jouer du piano des dix doigts. » Seul rendez-vous de l’année culturelle rémoise axé sur la littérature, Interpol’art « a pour but de jouer un rôle de passerelle, de découverte auprès de publics qu’on essaie d’élargir chaque année, fixe M. Ménétrey. Cette année, avec Tobie Nathan qui vient, on ouvre sur l’ethnopsychiatrie, c’est super intéressant… La ligne éditoriale de ce festival se bâtit au fur et à mesure. »

Évolution notable depuis trois ans, la volonté de multiplier les rencontres entre les scolaires et les auteurs invités, histoire que ces derniers transmettent le goût de la lecture, voire de l’écriture. Cette semaine, douze établissements répartis dans toute la région, écoles primaires, collèges et lycées, seront ainsi visités. Enfin, histoire de montrer que pour se pérenniser, un festival doit sans cesse se renouveler, Interpol’art s’offre aussi ses trois premiers rendez-vous cinéma (voir programme), histoire d’apprendre deux ou trois choses de plus sur l’argent, la mort, le pouvoir, la vie et la noirceur de celle-ci.
 

Juppé, la révolution tranquille

Que tout change pour que rien ne change. L’air de Lampedusa, déclamé par Alain Delon, ambitieux Tancrède du Guépard de Visconti, se démodera-t-il un jour ? Slogan victorieux en 2012, la rime riche du “changement maintenant”, n’est plus que pataquès et l’opinion redouble de vigilance à l’égard de qui, après Hollande, osera encore promettre un virage radical. Sarkozy garantit qu’il n’est plus le même. Pourtant le naturel affleure de meeting en meeting. Il n’est qu’à écouter l’esquisse de son programme, ses supporters, vantant une énergie intacte, et ses détracteurs, déplorant ce même caractère clivant, pour en douter. Bonaparte, de retour d’Elbe, jurait avoir chassé ses démons guerriers. Retenant le sabre jusqu’à Paris, ses 100 jours s’achèveront dans le sang de Waterloo.
Et voilà comment, Alain Juppé, perdreau déplumé d’il y a 30 ans, fait figure de sage rassurant aujourd’hui. L’engouement populaire, selon les sondages, se porte vers celui qui, à 69 ans, a traversé bien des orages. Sa popularité est le signe de son évolution. Avec Sarkozy et Fillon, les apparatchiks de l’UMP ; à lui, l’énarque, les électeurs. Qui l’eût cru ? Lui, le Premier ministre droit dans ses bottes qui faisait descendre le pays dans la rue en 1995 ? Le cassant Juppé se détend et décroche le prix de l’humour politique. Il séduit même au comptoir de Bourdin, sur RMC, et Cohn-Bendit lui promet la voie royale. Ses idées, jeudi, chez Pujadas, n’avaient rien de bouleversant. Mais s’il est élu, le “papy”, réformateur modéré, ne fera qu’un mandat, dit-on. Sans souci de réélection. Ce serait là un changement majeur d’une classe politique en mal de renouvellement. Mieux, une révolution.

dimanche 5 octobre 2014

Haute fonction publique : ceux qui en vivent et ceux qui la font vivre

Comme le faisait remarquer judicieusement Clemenceau, à l’instar des étagères, plus un fonctionnaire est haut placé, moins il sert.

On pourrait croire qu’il est doux d’être haut fonctionnaire en France, mais il n’en est rien. Certes, la haute fonction publique a ses avantages, mais comme le faisait remarquer judicieusement Clemenceau, à l’instar des étagères, plus un fonctionnaire est haut placé, moins il sert. Ceci entraîne inévitablement deux effets pervers que tout individu à leur place ressentirait naturellement.
D’un côté, les hauts fonctionnaires, sentant confusément mais de façon répétée que leur utilité est plus que discutable, s’ennuient parfois et se perdent souvent dans des considérations ou des projets ineptes, d’autant plus facilement d’ailleurs qu’ils sont pilotés par une caste politique pour laquelle l’ineptie est devenue, au fil du temps, un modus operandi.
De l’autre côté, la hauteur de leurs fonctions leur interdit mécaniquement de prendre part à la vie du petit peuple qu’ils administrent avec un bonheur disons… fluctuant. En conséquence, le peuple ne les connaît pas et les considère comme une caste de privilégiés, de par leurs salaires, leurs avantages, leurs réseaux ou leurs connaissances. De cette façon, ces hauts fonctionnaires se sont lentement mais sûrement rapprochés dans l’imagerie populaire du clergé de l’Ancien Régime. Après tout, ce sont eux qu’on retrouve derrière les discours des élus et des politiciens d’importance. Ils jouent le rôle d’éminences grises et dirigent les domaines que la caste élue s’est octroyés.
Cette proximité métaphorique est renforcée par le fait qu’ils ont tous reçu la même formation, l’ENA étant à ce sujet devenu une véritable caricature de Xerox, où chaque promotion est la reproduction mécanique de la promotion précédente, avec tous les soucis que comporte une copie de copie : affadissement, perte de contraste, bavures, impuretés qui grossissent. Or, ce formatage est autant idéologique qu’intellectuel, et ajoute au caractère « doctrinaire » de ces corps et des individus qui en sont issus : une même école de pensée (étatiste, centralisatrice, jacobine, républicaine, dans laquelle toutes les solutions passent par l’État d’une façon ou d’une autre) et une même façon de concevoir le monde, au début tendrement décalée, maintenant outrageusement ridicule où la France est encore une puissance majeure, baignant dans la richesse et les opportunités, œuvrant pour le bien de toute l’Humanité (au moins) et éclairant le monde de sa lumière philosophique et culturelle.
Comme on le voit, le constat est sans appel : la France souffre d’une fracture nette entre sa haute administration et le peuple qui la fait vivre. Ce problème est fort gênant : on ne conduit pas un peuple qui regarde ailleurs, écoute peu et se méfie de ses leaders. Pas de doute : si l’on veut sortir la France de l’ornière autiste dans laquelle elle est tombée, il faut rapidement contourner cet écueil.
Pour cela, on peut commencer par décloisonner ces pauvres hauts fonctionnaires. Leur faire prendre l’air et découvrir le monde réel sera une excellente démarche qui rafraîchira les idées qui circulent encore dans les corps d’élite. On pourrait ainsi les envoyer en stage pendant un ou deux ans dans différentes entreprises privées, pas grandes, pas connues, pas au service de l’État. Les exemples abondent, mais avouez qu’imaginer Pepy, actuellement chargé de la SNCF, faisant un stage chez un artisan-tailleur pour lequel la prise des mesures est une seconde nature, ça ne manquerait pas de sel. De même, Mongin, le haut fonctionnaire chargé de la RATP, pourrait gagner à passer plusieurs mois chez un horloger, qui lui apprendrait sans doute l’importance de la précision chronométrique qui fait cruellement défaut au service public parisien.
Inversement, histoire de mesurer à la fois l’écart entre le réel et leur vision du monde et la nécessité d’avoir des gens si qualifiés pour faire leur travail, on pourrait envisager de placer à leurs postes ces petits patrons de PME qu’ils remplaceraient, dans une version vitaminée de « Vis ma vie de haut fonctionnaire » pour les uns et « Vis ma vie de patron de PME » pour les autres. Difficile d’imaginer que leurs remplaçants feraient pire puisqu’en matière d’administration (comme en matière de législation ou de fiscalité, d’ailleurs), ne rien faire du tout est, bien souvent, le gage d’une amélioration sensible et mesurable. Et ce rafraîchissant changement de têtes dans les hautes sphères de l’État entraînerait sans doute un renouvellement salutaire des idées, ces petites choses rigolotes qu’on n’a plus vues à ces endroits-là depuis près d’un demi-siècle…
En réalité, cette expérience, purement intellectuelle, ne sera jamais possible. D’une part, on ne peut pas écarter complètement le fait que des patrons de PME, même sans les diplômes prestigieux de nos hauts fonctionnaires, fassent aussi bien voire mieux qu’eux, ce qui engendrerait inévitablement des problèmes pour justifier l’existence même de ce corps si particulier.
D’autre part, rien n’interdit d’imaginer que les hauts-fonctionnaires, une fois en place dans ces entreprises, ne prennent goût à la réalisation d’un travail réellement productif, proche des clients et loin des magouilles et compromis politiques permanents que les grandes administrations leur réservent.
Pourquoi ne pas imaginer que ces individus, intellectuellement bien dotés, ne trouveraient pas dans le travail dans le privé et dans le secteur concurrentiel un vrai sens à leur vie ? Et au pire, découvrant tout l’abrutissant mépris dans lequel les administrations tiennent les PME françaises, nos si importants personnages prendraient toute la mesure des vexations qu’ils font subir aux entreprises, indirectement et par le truchement des entités qu’ils dirigent…
À n’en pas douter, la stupeur et l’effroi qu’engendreraient ces constats interdisent une telle expérience au pays du principe de précaution, même si elle pourrait produire une administration plus fine, plus juste et plus efficace. Ce serait trop beau, et on est en France. Un peu de sérieux, que diable !

Un monde sous morphine

Un monde sous morphine

Si les choses étaient normales, nous devrions vivre une période… anormale!
Comment expliquer que le pétrole soit si bas – sous les 100 $ le baril – alors qu'une coalition internationale est en train de frapper en Irak, le deuxième pays exportateur de l'Opep?
Comment expliquer que les taux d'intérêt soient à leur plus bas niveau historique – à peine 1,3 % – alors que les agences de notation sermonnent la France, mettant en doute notre capacité à rembourser notre dette?
Comment expliquer que la Bourse de Paris évolue sur ses plus hauts niveaux depuis six ans – autour des 4.400 points – alors que l'économie française flirte avec la récession et que le Premier ministre irakien évoque des risques d'attentat dans le métro parisien?
Explication : les marchés sont sous l'emprise de la morphine monétaire. Ils sont totalement shootés par les milliers de milliards de dollars qui coulent dans leurs veines. Les drug dealers sont les banques centrales. Depuis 2008, pour soutenir l'économie, elles prêtent à tout va des dollars, euros, yens, livres sterling… Tout cet argent – initialement destiné aux entreprises – se retrouve investi en actions, en obligations d'État ou sur les marchés pétroliers.
Mais attention, l'Amérique s'apprête à retirer la morphine. L'économie américaine repart, le taux de chômage est tombé à 6,1 %, la Banque centrale américaine estime qu'il est temps de mettre fin à cette politique monétaire ultra-accommodante.
Le choc s'annonce violent et il sera mondial : l'argent va brutalement se retirer. Les marchés vont se réveiller et voir le massacre : guerre, terrorisme, déflation… Tout le monde va déguster : l'automobiliste qui paiera plus cher son essence, l'épargnant qui verra chuter les cours de Bourse, mais aussi l'État ou le propriétaire immobilier vont souffrir de la remontée des taux d'intérêt. Pas très gai comme programme… 
Bon dimanche quand même!

Vers la banqueroute…

Le scénario noir prédit une dévaluation qui conduirait à un appauvrissement du pays.
Il est prédit dans plusieurs ouvrages, tels ceux de Gaspard Kœnig (La Nuit de la faillite, Grasset) ou de Philippe Jaffré et Philippe Riès (Le jour où la France a fait faillite, Grasset). Celui d'une France soudainement incapable d'emprunter et de rembourser sa dette. Une hypothèse que le chiffre de 2.000 milliards, rendu public par l'Insee, a réveillée. Le déclencheur serait le coût de l'argent. "En France, contrairement au Japon par exemple, l'État emprunte principalement à l'étranger. Nous sommes à la merci d'une décision qui ne nous appartient pas : l'augmentation des taux d'intérêt", s'est alarmé cette semaine Jacques Attali, auteur en 2010 de Tous ruinés dans dix ans? (Fayard).
Aux États-Unis, la reprise économique conduit la Banque centrale à changer sa politique. Les taux américains vont devenir plus attractifs pour les créanciers. Autrement dit, les fonds, assurances et banques qui doivent chaque jour placer l'épargne de leurs clients vont être incités à l'envoyer ailleurs qu'en Europe. "Ce qui nous mettrait en danger, c'est un basculement des flux de financement en direction de la zone dollar et un sentiment antieuropéen", renchérit l'économiste Christian Saint-Étienne, professeur aux Arts et Métiers et auteur de
 La Fin de l'euro (François Bourin Éditeur).
En outre, l'Allemagne, dont l'économie ralentit, risque aussi d'avoir à nouveau besoin d'argent. Quant à l'Italie, elle a un programme d'emprunts supérieur à celui de la France. La compétition des États pour capter l'épargne mondiale se durcira. Paris va devoir payer plus cher pour s'endetter. Jusqu'où? "La hausse conjointe des taux et des déficits peut changer le regard des agences de notation et provoquer un effet boule de neige sur le refinancement. Il y a un match entre l'Italie et la France pour ne pas être le prochain domino", estime Pierre-François Gouiffès, maître de conférences à Sciences-Po Paris et auteur de L'Âge d'or des déficits (La Documentation française).

Une mise sous tutelle

Or, 1% supplémentaire sur les taux d'intérêt représente une facture de 20 milliards d'euros pour le Trésor. Si le loyer de l'argent revenait à son niveau de 2007, c'est-à-dire 4%, le coût supplémentaire atteindrait 50 milliards d'euros par rapport aux conditions actuelles – certes étalés dans le temps. Soit l'équivalent de l'impôt sur les sociétés et de la taxe sur les carburants réunis.
Une envolée des taux d'intérêt au-delà de 8% et un mouvement de défiance des créanciers obligeraient le gouvernement à trouver des fonds en urgence. Comme, en leur temps, la Grèce, la Russie ou l'Argentine. Hausse des impôts, baisse des retraites, suppression de postes de fonctionnaires, cession de patrimoine public… Les remèdes basiques poussent les épargnants à retirer leurs avoirs des banques, menaçant celles-ci d'effondrement, et aggravant la difficulté de l'État à se financer. Dans le cas ultime, des pans du patrimoine sont concédés à l'étranger, comme le port du Pirée ou certaines îles en Grèce.

Pour limiter la casse, la France devrait se tourner vers le FMI et faire appel au dispositif du mécanisme européen de stabilité, son équivalent européen, donc obtenir un plan de sauvetage de l'Allemagne. Ce qui correspondrait à une mise sous tutelle avec application d'un programme d'austérité. Que ferait Berlin? La crise politique et le poids de notre économie mettrait en question l'unité franco-allemande. L'autre voie est celle de la sortie de la monnaie unique. "Les pays ne se suicident pas! Si on doit choisir entre l'euro qui a 15 ans et la France qui a 1.500 ans… ce sera vite vu", tranche Christian Saint-Étienne. La conséquence serait alors une dévaluation qui provoquerait, elle, une poussée d'inflation, autre forme d'appauvrissement.

Sapin : "Les 2.000 milliards de dette sont le reflet du passé"

Michel Sapin, ministre des Finances, estime que la responsabilité de l’endettement du pays incombe à la droite. Il s’en prend à François Fillon, qu’il qualifie de "recordman de l’endettement annuel". Et promet d’empêcher le fardeau de dépasser 100% du PIB.
La dette de la France a atteint 2.000 milliards d’euros. Le candidat Hollande avait promis de la réduire. Vous y avez renoncé?
Les 2.000 milliards de dette sont le reflet du passé. Ce n’est pas le bilan de deux ans de gouvernement socialiste. Je conseille aux donneurs de leçons de se souvenir de leurs responsabilités, en particulier ceux qui ont alourdi la dette de 1000 milliards entre 2002 et 2012. Notre volonté est de baisser le déficit, pour stabiliser la dette en-dessous de 100% du PIB puis pour la réduire. Nous le faisons à un rythme adapté. Diminuer la dette sans tenir compte de la santé de l’économie française serait la meilleure façon de ne pas y arriver.
Mr j'y peut rien, c'est les autres
(…)
François Fillon estime que la France est "à la veille d’un accident financier grave". Que répondez-vous?
Monsieur Fillon devrait maîtriser son langage. Il ne sert à rien de faire peur. La brutalité de ses propos aujourd’hui ne peut pas occulter ses responsabilités d’hier. Il avait dit avoir trouvé un Etat en faillite mais qu’en a t-il fait?! Il l’a endetté de 600 milliards d’euros supplémentaires. Le recordman de l’endettement annuel, c’est monsieur Fillon, sans commune mesure avec ce qui s’est passé depuis.
La France ne réduit pas son déficit comme prévu. Avez-vous l’assurance que Bruxelles valide le budget sans demander de modification?
La Commission n’a pas encore entamé l’examen de notre budget. Notre politique lui a été signifiée au printemps, et elle n’a pas changé depuis. C’est la conjoncture qui a changé. Nous sommes dans un dialogue avec Bruxelles.
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Juppé, non renouvelable

Juppé, non renouvelable

Il était « droit dans ses bottes », en 1995, face aux manifestants qui le défiaient. En 2014, il sort sa… botte secrète, le quinquennat non renouvelable, qu'il s'appliquerait à lui-même s'il était élu à l'Élysée en 2017, à 71 ans. Alain Juppé ou l'art de transformer un possible handicap (l'âge) en atout ?
C'est l'un de ses lieutenants, l'ancien ministre Benoist Apparu, qui est monté au créneau pour expliquer que le président Juppé, en s'interdisant de postuler à un second mandat, pourrait « faire ce qui est nécessaire pour la France et non ce qui est nécessaire pour assurer sa réélection ».
L'argument ne manque pas de poids. Mais pourquoi serait-il valable seulement lorsqu'un septuagénaire est en cause ? Et seulement lorsqu'il s'agit de la magistrature suprême ? Tout élu – du moins ceux qui se sont « professionnalisés » – travaille naturellement à sa réélection, qu'il ait 30 ou 70 ans…
Qu'il le veuille ou non, Alain Juppé remet donc sur le tapis le débat sur le cumul des mandats. Non pas le cumul dans l'espace (plusieurs mandats à la fois), affaire qui semble réglée sauf pour quelques sénateurs modèle « Jurassic Park », mais le cumul dans le temps (plusieurs mandats successifs dans la même fonction), qui n'est pas un sujet tabou. Jadis, les Athéniens se posaient déjà la question.
En toute logique, si ce qui est bon pour lui l'est aussi pour les autres, Alain Juppé devrait prôner le septennat – qui laisse plus de temps pour agir – présidentiel non renouvelable.