vendredi 22 août 2014
« Peu élégant », « triste »... Duflot critiquée pour son offensive contre le gouvernement
Lire l'interview de Cécile Duflot : « La France peut être confrontée à un tsunami social »
« C'est un manque de considération envers la fonction de ministre qu'elle a exercée », l'a taclée la ministre du droit des femmes, Najat Vallaud-
Belkacem, sur BFMTV. « C'est un manque de considération envers ses collègues du gouvernement » et « envers les Français eux-mêmes, elle qui prétend les réconcilier avec la politique », a-t-elle poursuivi.
Pour la ministre du commerce extérieur, Fleur Pellerin, « on peut êtredéçu, avoir des reproches à faire », mais « les exposer à des fins politiques à un moment où il va y avoir à nouveau des échéances électorales, je trouve que c'est assez peu élégant ».
« NE PAS HÉSITER À LUI RENTRER DEDANS ! »
« Tout ça est très triste quand on a été ministre. On devrait d'abordfaire sa propre introspection », a déploré le secrétaire d'Etat à la réforme de l'Etat et à la simplification, Thierry Mandon, invité de Sud radio. Il note par ailleurs qu'à travers ce livre, Mme Duflot contredit ce qu'elle avait dit en sortant du gouvernement, « elle ne critiquait queManuel Valls et pas le président de la République ».
« Ce n'est pas très bien du point de vue éthique », a ajouté sur iTélé le secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen.
Est-ce une attaque concertée des ministres ? D'après Le Canard enchaîné du 20 août, Manuel Valls serait très remonté contre Cécile Duflot. « Il faut taper et ne pas hésiter à lui rentrer dedans ! », aurait lancé un ministre important du gouvernement Valls, cité par l'hebdomadaire.
« UNE FORME DE TRISTESSE »
L'ancienne secrétaire nationale d'EELV s'est expliquée jeudi matin. Il ne s'agit pas d'un règlement de comptes avec M. Hollande, dit-elle dans son entretien au Monde.
« Mes critiques existaient quand j'étais ministre, et celui qui les connaît le mieux, c'est le président de la République lui-même. Je raconte les choses telles que je les ai vécues. Je dis avec franchise qu'on ne peut pas ne pas voir la déception que suscite la politique menée. »
« Oui, c'est un livre sévère, mais il l'est aussi à mon égard », assure Cécile Duflot à Europe 1. « C'est un livre sur la période où j'ai essayé de faire bouger les choses, notamment en direction de l'écologie. Il y a une forme de tristesse aussi, de reconnaître que les choses ne se sont pas passées comme elles auraient dû ou comme elles auraient pu se passer », reconnaît-elle.
Dans son ouvrage — De l'intérieur, voyage au pays de la désillusion(Fayard, en librairies le 25 août) — l'ancienne ministre s'attaque au chef de l'Etat socialiste, dont elle dénonce notamment le caractère indécis : « A force d'avoir voulu être le président de tous, il n'a su êtrele président de personne. »
ÉVITER « LES STIGMATISATIONS, LES PROCÈS D'INTENTION »
Plus tôt, la secrétaire nationale d'EELV, Emmanuelle Cosse, tentait d'éteindre l'incendie en appelant à « élever le débat ». Mme Cosse a jugé positivement la publication de ce livre : « C'est un bon retour d'expérience », a-t-elle déclaré à la presse. « Ce que les Français attendent des écologistes, ce sont des réponses concrètes, a-t-elle dit,c'est là-dessus que je veux que nous nous attelions ».
Au sein d'un parti divisé depuis que les écologistes ont refusé departiciper au gouvernement de Manuel Valls, Jean-Vincent Placé, président du groupe des sénateurs écologistes, a en revanche déploré sur BFMTV un « jugement extrêmement sévère » contre le président, ajoutant qu'il faut « évite[r] les stigmatisations, les procèsd'intention » pour « aller vers l'unité ».
« La loi sur l'énergie, pour nous, c'est ça le gros sujet de la rentrée », a lancé pour sa part François de Rugy, coprésident du groupe EELV de l'Assemblée nationale. S'il n'a pas encore lu le livre, il espère cependant y trouver les explications « du choix d'abord personnel d'avoir quitté le gouvernement » de Mme Duflot.
Luc Carvounas, secrétaire national aux relations extérieures du PS, présent à Bordeaux, a jugé auprès de l'Agence France-presse que le livre de Cécile Duflot « ne s'adresse pas aux Français, c'est une stratégie interne au parti de vouloir avoir une ligne majoritaire ».
Le socialiste parle d'« une faute politique dans le contexte actuel », « à un mois des élections sénatoriales où chacun sait qu'il sera compliqué de garder cette chambre haute à gauche ». Et M. Carvounas derappeler « l'accord de novembre 2011 [entre Europe Ecologie-Les Verts et le Parti socialiste] qui a[vait] permis aux écologistes d'obtenir deux groupes parlementaires ».
jeudi 21 août 2014
Courses de vitesse
Courses de vitesse
La vie politique hexagonale a enregistré un sérieux coup d'accélérateur, hier. Chacun à sa façon, François Hollande et Alain Juppé se sont lancés dans des courses de vitesse en lorgnant sur le même objectif : 2017 ! Il y a cependant une différence de nature entre les défis que le chef de l'État et l'ancien Premier ministre de Chirac vont devoir relever. Pour François Hollande, engagé dans une course à handicap, il s'agit d'atteindre la ligne d'arrivée de 2017 sans être prématurément disqualifié par son bilan, pour prétendre à un nouveau tour de piste. Pour Alain Juppé, à l'inverse, il s'agit de faire la course en tête, pour être le premier prétendant de la droite sur la ligne de départ en 2017.
Voilà pourquoi, dès hier, François Hollande a décidé de changer de braquet, et qu'Alain Juppé est sorti des starting-blocks. Le chef de l'État, à qui certains reprochaient de « sucer la roue » de Manuel Valls, a pris les devants pour accélérer le rythme des réformes et distiller dans le journal Le Monde une avalanche d'annonces. Alain Juppé, lui, a fait acte de candidature à la primaire UMP sur son blog, à un moment un peu insolite témoignant d'une impatience mal dissimulée.
Mais ni le président ni le maire de Bordeaux ne sont au bout de leurs peines. Refusant la « godille » qui a pourtant, jusque-là, caractérisé son action, le chef de l'État entend bien imposer toutes les réformes (fiscale, territoriale, sociale) qui braquent sa majorité. Le problème est qu'une bonne politique se juge aux résultats et non à l'abondance des promesses. Sans oublier l'épineuse question du financement des largesses compensatoires.
Alain Juppé, de son côté, n'aura pas de trop de cette popularité si tardivement et chèrement acquise après ses déboires de « surdoué » autoritaire et cassant. À l'évidence, il a voulu couper l'herbe sous le pied d'un Sarkozy aux insupportables finasseries. Avec une ligne plus centriste que celle de l'ex-président, il espère rassembler plus largement. Reste, pour Hollande comme pour Juppé, une même et cruelle interrogation : derrière eux, combien de divisions ?
L'Allemagne ne paiera pas ; et elle aura bien raison !
François Hollande a plongé l'économie française dans le chaos, comme en témoignent les récents chiffres sur la croissance publiés par l'Insee. Non seulement l'économie française tourne deux fois moins vite que ce qui était promis pour cette année par le chef de l'État.
Non seulement l'investissement des entreprises a fondu et la consommation des ménages s'est évanouie. Non seulement les faillites d'entreprises augmentent en flèche. Mais surtout les recettes fiscales ne seront pas au rendez-vous cette année. Si bien que la France sera le seul pays européen qui verra s'accroître, cette année, son déficit budgétaire par rapport à 2013. Le problème du président de la République, c'est qu'il ne veut pas reconnaître que c'est sa politique fiscale insupportable qui a plongé notre économie dans cet état-là. À tel point qu'à ce rythme, la France risque de se retrouver d'ici deux ans dans le même état que la Grèce. N'en déplaise aux agences de notation qui recommandent toujours aux investisseurs l'achat des emprunts d'État tricolores comme s'ils étaient aussi solides que de l'or. De fait, François Hollande a trouvé le coupable idéal. Tout en multipliant les embrassades avec les officiels d'outre-Rhin pour commémorer le déclenchement de la Première Guerre mondiale, il s'en prend à Angela Merkelet à une Allemagne qu'il considère comme égoïste car «ses excédents commerciaux et sa situation financière lui permettent d'investir davantage. C'est le meilleur service que l'Allemagne peut rendre à la France et à l'Europe».
La réponse de la bergère allemande au berger français ne s'est pas fait attendre. Et la chancelière a immédiatement rétorqué que «les déclarations très générales en provenance de Paris ne fournissent aucune raison pour de quelconques corrections dans la politique économique (…) l'Allemagne est déjà la locomotive la plus importante pour la conjoncture de la zone euro».
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| Le baisé de Judas |
Et comme à Paris les voix autorisées faisaient semblant de ne pas avoir compris, Jens Weidmann, le président de la Bundesbank, a rappelé à nos dirigeants socialistes qu'avant de demander à leurs voisins de faire des efforts, peut-être pourraient-ils s'atteler à des réformes de structure. «La France a des défis structurels à relever, elle doit redresser sa compétitivité et réduire le niveau très élevé de ses dépenses publiques», a déclaré le grand argentier allemand avant d'ajouter: «Paris devrait exercer son leadership en donnant le bon exemple, notamment en matière budgétaire.»
Ce n'est pas la première fois que François Hollande essaye de se défausser sur notre voisin et de faire croire aux Français qui l'ont élu, que «l'Allemagne paiera», reprenant ainsi la fameuse expression de Clemenceau après la signature, en 1919, de l'humiliant traité de Versailles. Ce texte imposa à l'Allemagne défaite de payer pas moins de 269 milliards de marks-or, soit quatre fois plus que ce que l'économiste Keynes, alors jeune expert à cette conférence de la paix, jugeait supportable. Même si François Hollande aime à se replacer un siècle en arrière et si Manuel Valls a fait de Clemenceau son modèle en politique, l'Allemagne ne paiera pas.
Tout simplement parce que si l'Allemagne est devenue l'une des principales puissances exportatrices mondiales et si elle a réduit à néant son déficit budgétaire, c'est après avoir mené des réformes drastiques. Tant au profit des entreprises et de leur compétitivité que de l'État fédéral. Angela Merkel avait récolté les fruits de la politique audacieuse de Gerhard Schröder et notamment de son efficace réforme du marché du travail. À son tour elle a amplifié ce rebond en instaurant une sorte de TVA sociale destinée pour partie à alléger les charges des entreprises et pour partie à réduire le déficit budgétaire. Cela fait maintenant une décennie que les Allemands se saignent aux quatre veines pour que l'Allemagne profite de la mondialisation plutôt que de la subir. Et pendant ce temps, la France joue la cigale dépensière, qui danse sur des montagnes de déficit en attendant de tendre la sébile à sa voisine. Pourquoi donc Angela Merkel braderait-elle des années de sacrifices faits par son peuple pour des Français incapables de se réformer?
Il y a quelque chose de pathétique à voir notre chef de l'État se comporter ainsi avec son puissant voisin. Cet épisode a néanmoins l'intérêt de révéler les défauts structurels de la construction européenne. Cela démontre l'impuissance de la France, qui, en ayant accepté d'abandonner sa politique monétaire puis soumis sa politique budgétaire à des zombies bruxellois, se retrouve contrainte de mendier une relance à l'Allemagne. Mais le pire est qu'après d'aussi longues années d'échec, personne ne semble prêt à remettre en cause cette construction qui ne marche pas et qui finit par se retourner contre la grande idée européenne.
Frondeurs : de la gauche plurielle à la gauche plus rien ?
A dix jours de l'université d'été du PS à La Rochelle, le fossé se creuse entre la gauche et les frondeurs qui sont en train de constituer un nouveau courant du nom de «Vive la gauche». Agacé par Cécile Duflot, qui s'apprête à sortir un livre racontant son aventure au gouvernement, Joseph Macé-Scaron dans unédito sur Europe 1 a parlé de passage «de la gauche plurielle à la gauche plus rien». Partagez-vous son point de vue?
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| Rassemblement de la nullité parfaite |
Non. Au contraire, je trouve que le débat actuel à l'intérieur de la gauche est particulièrement fécond et intéressant sur le fond. C'est tout le contraire d'une «gauche plus rien»: c'est plutôt une «gauche trop-plein», au sens où la diversité des orientations politiques exprimées est très forte.
D'un côté, il y a la gauche sociale-démocrate du tandem Hollande-Valls. Elle applique une politique de l'offre dans l'idée de s'adapter au libre-échange mondialisé. De l'autre, il y a la gauche socialiste: les frondeurs du PS, tels Pascal Cherki et Jérôme Guedj ; une partie d'EELV, à l'instar de Cécile Duflot ; et bien sûr les forces du Front de gauche. Cette gauche-là prône davantage de politique de la demande, elle rejette le programme de réformes du Consensus de Washington, et elle préconise le protectionnisme.
La gauche est-elle plus désunie aujourd'hui qu'elle ne l'a jamais été? Si oui, comment l'expliquez-vous?
La fracture n'est pas nouvelle. Si l'on résume le clivage à son essence, ces deux grands camps s'affrontent une fois de plus sur le choix politique fondamental, crucial, entre libre-échangisme et protectionnisme. C'était déjà la ligne de fracture du tournant de la rigueur en 1983, du référendum sur Maastricht en 1992, et du référendum sur la Constitution européenne en 2005. Peu ou prou, la gauche est unanimement progressiste sur les sujets de société, mais sur le projet socio-économique, elle est fracturée entre libre-échange et protectionnisme.
Cela étant, si cette fracture entre gauche libre-échangiste et gauche protectionniste est de plus en plus ouverte depuis 2012, c'est pour une raison simple: la situation socio-économique du pays, l'état de ses comptes publics, et le poids des prélèvements obligatoires, s'aggravent de plus en plus vite. En clair, la marche du pays vers la «triple faillite» s'accélère: dette publique, dette sociale, dettes privées. Dans ce contexte de naufrage, les divergences sur le cap à suivre s'exacerbent de plus en plus. C'est compréhensible.
Les primaires de 2012 ont-elles accentué le phénomène en multipliant les écuries?
Non. La primaire de 2011 a eu surtout quatre conséquences, toutes positives. D'une, après l'affaire du Sofitel abattant DSK, elle a permis au PS de se doter in extremis d'un candidat par défaut sans avoir à en passer par une crise interne. De deux, elle a donné aux protectionnistes du PS une figure de proue en la personne d'Arnaud Montebourg, alors que la gauche du PS était orpheline depuis plusieurs années. De trois, elle a modernisé la vie politique française en important de la gauche italienne une méthode nouvelle de désignation du chef de file. De quatre, elle a permis à deux nouveaux talents, Arnaud Montebourg et Manuel Valls, de se révéler au «peuple de gauche» comme visages de la relève au PS: l'un pour l'aile gauche et l'autre pour l'aile droite.
Paradoxalement, en voulant réaliser la synthèse à tout prix, François Hollandea-t-il fait imploser la gauche?
Il est clair que François Hollande a longtemps poussé l'obsession du compromis jusqu'à l'absence de cap, avec sa synthèse bancale dans l'affaire Leonarda Dibrani pour point d'orgue. Cependant, depuis janvier 2014 et l'annonce du pacte de responsabilité, l'Elysée a incontestablement un cap clair et il s'y tient: la politique de l'offre.
Au-delà des querelles personnelles et des stratégies en vue de 2017, le PS et plus largement la gauche ne souffrent-ils pas d'un problème idéologique plus profond? Qu'est-ce qui distingue le socialisme de l'offre de Manuel Valls de la droite modérée ou du centre?
Fondamentalement, il y a aujourd'hui dans notre vie politique deux clivages cruciaux: l'un est le choix entre libre-échange et protectionnisme en matière socio-économique ; l'autre est le choix entre progressisme et conservatisme sur les sujets de société. L'aile sociale-démocrate du PS et la droite libérale de l'UMP adhèrent toutes les deux au libre-échange. Mais sur les sujets de société, l'une est progressiste alors que l'autre est conservatrice. Au contraire, à l'intérieur même du PS, les sociaux-démocrates façon Hollande et les socialistes façon Montebourg adhèrent identiquement au progressisme sur les sujets de société. Mais en matière socio-économique, les uns sont libre-échangistes et les autres sont protectionnistes.
Le Noir tué par un policier blanc L’avant-scénario d’une guerre civile
Le Noir tué par un policier blanc L’avant-scénario d’une guerre civile
L’amorce d’une guerre ? Sur un bouillon de culture qui fermente depuis des générations, et dont certains ingrédients s’avèrent particulièrement inflammables, on laisse tomber, par calcul ou négligence, une simple étincelle dont le pouvoir dévastateur peut paraître inversement proportionnel à son intensité. Une bavure incongrue, un dérapage inexplicable, une erreur imprévisible peuvent alors dégénérer en drame. D’autant plus que le combustible est là, prêt à être dévoré par des passions mal éteintes, des illusions perverses, des équilibres ambigus.
A quelle distance exactement la ville de Ferguson est-elle passée de l’explosion ? On ne le saura jamais. On n’a connu que le premier acte, lorsque l’étincelle s’approcha dangereusement du bouillon de culture comme si elle avait décidé de tout faire sauter. Mais il lui manqua et la force et la durée pour passer de l’embrasement à l’événement, pour entrer carrément par effraction dans l’histoire d’une nation. Le second acte du scénario se déroba. Pourtant, le décor du premier acte pouvait encore servir et les acteurs – les mêmes – auraient pu facilement aller jusqu’au bout de leur rôle, ajouter à la haine les armes de la haine. Le second acte resta dans les tiroirs d’un diabolique metteur en scène qui ne voulut conférer à Ferguson que les attributs d’un banc d’essai – un test en creux, un avertissement destiné à ceux ayant pris conscience que le second acte de ce genre de pièce consiste à pétrifier toute émotion, toute révolte humaine, afin de laisser couler, sur des planches sonores devenues silencieuses, des filets de sang.
Violence à tous les carrefours
D’une banalité à hurler, la ville, coincée comme un fibrome sur les flancs de Saint-Louis, Etat du Missouri, ne vaut pas un détour, encore moins un voyage. Ferguson fait partie de cette Amérique que l’on rencontre par une incongruité stupide ou sous les effets d’un contretemps fâcheux. Il faut vraiment tomber en panne d’essence pour traîner ses guêtres dans ce quadrillage de rues où 21 000 personnes sont bien obligées de faire semblant de croire que le rebond économique dont tout le monde parle n’est pas forcément aussi loin qu’on le dit. C’est là, à la pliure de deux avenues, entre des rangées de façades mal guéries de la lèpre, que le cadavre d’un Noir de 18 ans est resté, le 9 août dernier, cinq heures allongé sur l’asphalte. Comme pour bien montrer que, dans ce pays, la violence surgit à tous les carrefours, que la mort se glisse dans toutes les communautés raciales. Le tribut paraît trop souvent plus lourd pour les Noirs, pense la foule, qui se demande pourquoi l’un des siens, victime d’un meurtre, est exhibé si longtemps dans un périmètre délimité au ruban jaune par les autorités.
On s’indigne. On s’exalte. On veut comprendre. Le jeune Noir vient d’être tué par un policier blanc. Schéma extrémiste, radical, explosif. L’inverse passerait inaperçu. Mais lorsque la mort mêle les races dans le mauvais sens, le résultat recèle une charge détonante maximale. Pourquoi a-t-on tiré ? Et dans quelles circonstances ? On nous assure que l’enquête commence. Quelle enquête ? Celle des Blancs, bien sûr. Ferguson est à 67% noire, mais sa police est à 94% blanche. Alors ?
Alors, tout est en place pour creuser le lit de la désinformation qui, en général, après une gestation accélérée, engendre un monstre : l’intoxication. Ces deux phénomènes, dont les plus habiles parmi les manipulateurs combinent cyniquement les effets, peuvent aisément déboucher sur un pan de guerre civile. Ferguson y a échappé – de justesse. Voyons les faits, dépouillés, peu compréhensibles, à la logique brisée. Le samedi 9 août, en début d’après-midi, Michael Brown, accompagné de l’un de ses copains de 22 ans, Dorian Johnson, lui aussi noir, pénètre sournoisement dans une supérette de la ville et y dérobe un paquet de cigarillos coûtant 49 dollars. Une caméra vidéo filme le forfait, identifie son auteur mais, pour l’instant, les deux jeunes sortent du magasin sans être inquiétés. Sans doute grisé par sa rapine et son habileté, Brown n’hésite pas, par bravade et mépris des usages, à marcher en plein milieu de la chaussée. L’initiative n’a pas échappé à Darren Wilson, depuis quatre ans gardien de l’ordre à Ferguson. Avec sa voiture de patrouille, il fait un crochet, rejoint les deux jeunes pour leur conseiller, avec calme mais fermeté, de rester sur le trottoir. Ensuite, les clips se déroulent à toute allure. Brown, qui mesure près de deux mètres et pèse 125 kilos, frappe au visage le policier toujours assis derrière son volant.
Quand la réalité s’affole
Une lutte rapide s’engage, violente, chaotique, au cours de laquelle Brown tente d’arracher le pistolet de son adversaire qui réussit à se dégager et à sortir de voiture. Là, le récit vacille, se crispe, suffoque. Que se passe-t-il exactement dans ces fractions de secondes décisives ? On n’en sait encore rien. Tout juste quelques éléments d’un puzzle.
Les deux hommes ont dû se dégager l’un de l’autre car, à un certain moment, Brown se trouve à deux ou trois mètres du policier. Un policier dont on imagine l’état d’esprit : il vient d’être agressé, blessé, humilié dans ses fonctions par un jeune à qui il a seulement conseillé de ne pas risquer d’être accroché par un automobiliste. De plus, on a essayé de lui prendre son arme, ce qui constitue pour un cop la gifle suprême. Brown se trouve donc à deux ou trois mètres de Wilson – cela, nous le savons grâce au témoignage du copain Johnson – et c’est alors que le policier sort son pistolet et tire. Quelque chose a dû se brouiller dans sa tête : décidément, les images s’entrechoquent, la réalité s’affole, les leçons apprises à l’académie de police ne correspondent plus à rien. Wilson tire une fois, deux fois, et finalement vide la moitié de son chargeur. On retrouvera six balles dans le corps de Brown : deux dans la tête, quatre dans le bras droit. Les balles de la désinformation, puis de l’intoxication.
Alors que Wilson est conduit dans un lieu tenu secret pour éviter tout lynchage, les manipulateurs de la conscience noire bâtissent un roman afin de transformer cette dramatique bavure en massacre prémédité à connotation hautement raciste. La désinformation s’articule d’abord autour de deux « oublis » de taille : on n’évoque absolument pas ni le vol des cigarillos ni l’agression dont a été victime le policier. Ensuite, la désinformation se meuble d’un portrait grotesque : on peint Brown sous les traits d’un-bon-petit-gars-toujours-prêt-à-rendre-service-et-qui-est-élevé-par-sa-grand-mère. Sur les lieux du drame, les fleurs s’accumulent. Les fleurs et les bougies que l’on allume le soir. Les Blancs rasent les murs. Dans les quartiers chauds, on pille, on casse, on détruit. Ferguson vit à l’heure du racisme cru. La Garde nationale montre ses muscles. Pendant ce temps, le copain Johnson en ajoute une couche en clamant que Brown levait les bras au ciel en hurlant : « Ne tirez pas ! Ne tirez pas ! »
mercredi 20 août 2014
Le prix de la confiance
Le prix de la confiance
Les Français sont devenus de tristes écureuils. La Banque de France nous apprend qu’ils épargnent 16 % de leurs revenus, un niveau très élevé, jamais vu depuis cinq ans. Les entreprises de l’Hexagone, elles, ont rarement distribué autant de dividendes : 40,7 milliards de dollars au 2e trimestre, selon la société de gestion d’actifs Henderson. Si les Français épargnent, c’est qu’ils consomment peu ; si les entreprises rémunèrent mieux leurs actionnaires, c’est qu’elles ont arrêté d’investir. Ces deux pannes, dramatiques pour la croissance, ont une même explication : l’absence de confiance. Les consommateurs, comme les entrepreneurs, n’attendent rien de bon de l’avenir.
On les comprend. On chercherait en vain dans l’interview de rentrée du président de la République, publiée dans Le Monde du 21 août, de quoi leur redonner l’envie de dépenser. La vraie-fausse baisse des impôts consiste à donner d’une main une fraction de ce qu’on reprend de l’autre. La relance du bâtiment équivaut à reconstruire péniblement ce que la loi Duflot a détruit en début d’année. Les invocations à investir plus méconnaissent les réalités de l’entreprise, François Hollande soulignant lui-même que les marges de l’industrie sont au plus bas depuis trente ans. Quant à sa volonté affichée d’accélérer les réformes, elle ne demande qu’à être traduite dans les faits. Depuis 2012, les Français se sont vu promettre l’inversion de la courbe du chômage, la reprise économique et la maîtrise des déficits publics ; leur scepticisme est fondé. La crédibilité de la parole présidentielle est l’une des principales victimes de la première partie du quinquennat. « La confiance ne se décrète pas, elle se mérite, elle se vit » a écrit Charles de Gaulle. Et son absence a un prix.
Arnaud Montebourg devrait s’occuper de trompettes
Arnaud Montebourg devrait s’occuper de trompettes
Pour Arnaud le Frétillant, ce n’est pas tous les jours simple de s’occuper à la fois des économies de la France et de son redressement productif. D’abord, des économies, le pays n’en a pas ce qui oblige son copain Michel, le Rameur des Finances, à ramer encore plus fort. Ensuite, pour ce qui est du Redressement, le pauvre Arnaud n’a pas franchement fait preuve, ces derniers temps, de beaucoup de vigueur. Cela ne se redresse pas des masses, dirait-on. Mais tout espoir n’est pas perdu !
Eh oui, Arnaud, mon petit Arnaud, j’ai une bonne nouvelle pour toi ! On a trouvé un dossier parfaitement adapté à tes compétences, et tu vas enfin pouvoir exhiber un exemple taillé sur mesure d’entreprise sauvé par tes bons soins. En plus, le cas est vraiment très simple et ne méritera pas d’y passer des heures de ton emploi du temps qu’on sait déjà fort chargé, notamment sur le pilotage discret mais précis et ô combien efficace de toutes ces entités administratives d’investissement qui, tous les jours, redressent le cap de la France à grands coups de pelle dans la nuque volants nerveux.
Cette entreprise, c’est Cuivres et Bois. C’est un magasin spécialisé dans les instruments de musique et en particulier, comme son nom l’indique, dans les cuivres et les bois. Fondé par d’anciens élèves de conservatoires et des musiciens sans cesse à la recherche d’instruments de musique de qualité, ce commerce est dirigé par des gens conscients que seule une manufacture artisanale répond à une haute qualité de fabrication, et la fiabilité, l’originalité et l’élégance qui permettent au musicien de ne faire qu’un avec son instrument. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est eux-mêmes, et on est prêt à les croire, d’autant plus qu’ils n’ont pas hésité, pour le prouver, à passer moult contrats avec l’armée française.
Eh oui : en plus d’armes sophistiquées (comme des Mirages par exemple), l’armée française entretient aux frais du contribuable une troupe de fins musiciens qui se chargent d’emporter les troupes sous les flonflons rythmés de nos hymnes les plus chaloupés. Et pour ces musiciens, il faut, bien sûr, le meilleur, qu’on trouve – notamment – dans cette charmante boutique, qui livre depuis quatre ans de nombreux instruments (400) au ministère de la Défense. Sur les trois dernières années, ce sont de multiples trompettes de Cuivres et Bois qui sont allés retrouver les troupes tintinnabulantes de France.
Mais voilà, il y a un hic : les dettes s’accumulent. Selon le dirigeant de l’entreprise musicale, l’État lui devrait 381 000 euros. Entre les contentieux divers et variés et les délais de paiements qui s’allongent dangereusement, l’entreprise est maintenant au bord de la faillite pure et simple.
L’armée aura beau jeu d’exhiber quelques cas, forts suspects, de livraisons incomplètes — l’article de Médiapart relate ainsi le cas d’un lot de trois trompettes, à 2500€ pièce, dont le poids n’a pas varié entre son départ et sa livraison acceptée à Bordeaux-Mérignac, mais dont l’armée déclare pourtant qu’il ne contenait que deux éléments sur les trois attendus. Pour Pierre Vicogne, le commerçant, il y a clairement de l’abus de la part de l’armée :
« Le client doit vérifier la quantité reçue le jour de la livraison, puis a un délai de sept jours pour signaler un problème sur la qualité du matériel. Ces délais-là, l’armée ne les respecte jamais. »
Réclamant le retour de l’étui déclaré vide, Vicogne attend depuis deux ans, en vain. Des litiges s’amoncellent ainsi entre lui et l’armée à hauteur de 50.000 euros. Pire : à chaque contentieux, l’armée refuse de payer le moindre euro de la commande, impose un délai et une nouvelle facturation. C’est cette accumulation de problèmes qui aboutit à la coquette somme de 370.000 euros d’impayés par l’armée. Et avec ces impayés grandissant, les créanciers de la petite entreprise se montrent de plus en plus intraitables. Au point, bien sûr, que Bercy s’en mêle et menace d’un contrôle fiscal le commerçant fragilisé.
Et voilà, Arnaud, le moment précis et subtil où tu peux entrer en scène, drapé de ta cape bleu, blanc, rouge, de ta marinière et de ta frétillance communicative. Parce qu’après tout, Bercy, c’est ton domaine, non ? Il ne devrait pas être hors de tes cordes de recontacter ton copain Michel et de lui demander de faire un petit geste pour cette entreprise, par exemple en lui épargnant un contrôle fiscal qui ne manquera pas de l’envoyer directement au casse-pipe, non ?
Et puis, c’est aussi de ton ressort de sauver les entreprises en difficultés, celles qui manquent de trésorerie, qui représentent un vrai savoir-faire national et ont de bonnes perspectives d’avenir. Après tout, Arnaud, c’est bien toi qui fanfaronne sur les ondes que tu as sauvé des milliers d’emplois, non ? Eh bien voilà pour toi l’occasion d’en sauver encore tout un paquet ! D’autant que le problème est simple : il s’agit d’un unique mauvais payeur. Là encore, on sent que c’est dans tes cordes, et que ta capacité de concentration sur le dossier ne sera pas trop mise à l’épreuve. Mieux, le créancier, tu le connais comme le fond de ta poche, c’est l’État ! Et mieux encore, c’est un socialiste, comme toi, Jean-Yves Le Drian, qui dirige le ministère incriminé, celui de la Défense. Nul doute que tu vas pouvoir le recontacter très vite (il doit y avoir des lignes directes de ton bureau au sien, j’en suis sûr). Allez, Arnaud, toi le ministre de choc : sois chic, fais un chèque !
Et puis tant que tu y es, regarde un peu le compte des autres commerçants en contrat avec l’État en général et l’armée en particulier. Il semblerait que ce soit un peu la panique actuellement, du côté des paiements, et le nombre des entreprises qui sont en contentieux avec l’État n’est pas mince : d’après Anne Grommerch, député de Moselle, dans un rapport à l’Assemblée Nationale de juin 2013, près de 3600 PME auraient constaté des retards de paiements.
Et comme on sait bien que, si le fournisseur carafe, le client peut discrètement garder son chèque, qu’il y a plusieurs milliers de fournisseurs pour l’armée et que cette dernière n’est actuellement pas très en fonds, on se demande si tout ceci ne serait pas une tactique délibérée pour éviter de payer les factures, et tant pis pour l’emploi. Rooh. Ce serait très mal, ça. Voilà qui ne serait absolument pas compatible avec ton Redressement Productif, mon brave Arnaud.
Alors, Arnaud, c’est le moment d’agir. Les contribuables et des milliers de salariés et d’employeurs français comptent sur toi.
Nadine à la plage
Nadine à la plage
Sans doute s'ennuyait-elle dans la torpeur estivale et devant l'endormissement idéologique de son parti. Alors, Nadine Morano, la Madame Sans- Gêne sarkozyste, s'est fendue, à sa manière, d'une carte postale vacancière. Sur ses comptes Twitter et Facebook, elle a livré un billet d'humeur, accompagnant la photo d'une femme voilée restant sur une plage pendant que son compagnon en maillot de bain allait se baigner. Nadine Morano, dont on ne savait pas la fibre féministe aussi développée, s'est indignée devant « cette défiance envers la femme » et cette atteinte à notre culture de l'égalité homme-femme, invitant ceux qui ne la respectent pas à « aller ailleurs ». Effet garanti
L'incorrigible pipelette a soulevé, de la façon la plus désinvolte et sommaire, une question (intégration ou assimilation) méritant d'être abordée beaucoup plus sérieusement. Que savait-elle en effet de ce couple ? S'agissait-il, pour elle, de défendre les droits de la femme ou de condamner une religion ? Était-il bien opportun, en ces temps troubles, d'agiter, par amalgame, le voile d'un islamisme radical ?
Avec ses gros sabots, Nadine Morano a engendré le trouble, au point d'obtenir le soutien paradoxal d'Harlem Désir et de provoquer le « lâchage » de Valérie Pécresse. Et l'on ne parle pas du silence gêné de la triplette dirigeante de l'UMP. Alors que la loi française n'interdit aucunement à une femme, au visage non dissimulé, de porter le voile sur une plage, Nadine Morano a relancé de façon malsaine la polémique. Ce n'est pas ainsi que doit être conduit le débat.
Car on ne niera pas qu'existe une surenchère de revendications de groupes islamistes. S'y ajoute une banalisation du port du voile, même s'il ne répond pas toujours à des motifs religieux. Certaines femmes le portent par conviction. D'autres par soumission, mode, convention ou provocation. À cela, il convient de répondre par l'éducation et non la stigmatisation. Mais aussi, au-delà de toute récupération politique, par un arsenal législatif garantissant à notre laïcité d'être bien plus qu'un fragile château de sable.
Rentrée sinistrée
Rentrée sinistrée
?Le professeur Hollande appréhende beaucoup cette rentrée politico-sociale, dont la date se rapproche inexorablement et où il craint d’être fortement chahuté. Y compris dans son propre camp. Voici venu le temps des échéances, et celles-ci sont lourdes. Et plus question d’entourloupes verbales pour faire passer la pilule. Même les électeurs de gauche ne croient plus au discours du président de la République et à son sempiternel : « Ça ira mieux demain ! » L’hypnotiseur a perdu son fluide : il n’endort plus personne. Les lendemains hollandais ne chantent plus : ils crissent, grincent et gémissent ! L’inverseur de la courbe du chômage a pris celle-ci, tel un ressort trop tendu, en pleine figure. Le « réenchanteur » proclamé du « rêve français » a transformé celui-ci en cauchemar.
Chômage, fiscalité, professions réglementées, réforme territoriale, rythmes scolaires, autant de dossiers hautement inflammables. Sans oublier celui de la GPA. La Manif pour tous, comme le savent nos lecteurs, appelle à la mobilisation le 5 octobre prochain. De son côté, l’extrême gauche va sans doute appeler à descendre dans la rue, avec l’espoir d’amalgamer les mécontentements. Mais, pour l’instant, la GPA divise le PS. Jacques Delors, Jospin et son épouse, Sylviane Agacinski, soutenus par une soixantaine de personnalités du PS, « enjoignent » à François Hollande « de s’opposer publiquement à l’admission par le droit des contrats de mères porteuses », afin de « ne pas voir se constituer un marché des bébés ». Quitte à s’opposer frontalement à la Cour européenne des droits de l’homme… Qu’ils rejoignent donc la Manif pour tous !
Duflot, Montebourg, Aubry…
Dans ce contexte tempétueux, Le Monde identifiait mardi trois personnalités du PS « susceptibles » de mener une guérilla interne et de surfer, à l’intérieur de la gauche, sur ces vagues de mécontentement s’apprêtant à déferler : Cécile Duflot, Arnaud Montebourg et Martine Aubry.
Duflot ? L’ex-ministre démissionnaire sortira lundi prochain, aux éditions Fayard, un livre sur son expérience gouvernementale : Voyage au pays de la désillusion. Mais n’est-elle pas elle-même une grosse désillusion pour les adhérents et électeurs d’EE-LV ? Son passage au ministère du Logement constitue un tel ratage – elle apparaît aujourd’hui comme une sorte d’Attila de l’immobilier – que son discrédit l’empêchera de jouer un rôle de leader dans une contestation anti-Hollande au sein de l’actuelle majorité. Très peu probable de voir, à côté des bonnets rouges, émerger un mouvement de bonnets verts avec Cécile Duflot comme égérie.
Montebourg ? Son sondage à 10% du début août semble lui avoir – momentanément ? – cassé la voix. Et douché quelque peu ses ambitions…
Aubry ? Les sarcasmes qu’elle a lancés ces dernières semaines contre la politique du gouvernement ressemblent à des galops d’essai. Et puis, pas question pour elle de laisser sans réagir sa région du Nord-Pas-de-Calais fusionner avec la Picardie. « C’est une aberration économique et sociale. On est en train de faire du Monopoly, de jouer à Sim City sans demander l’avis des élus concernés. » Et surtout, Martine Aubry voit dans la fusion de ces deux régions l’ombre menaçante du Front national. Celui-ci, lors des européennes de juin dernier, est arrivé à 35% dans le Nord-Pas-de-Calais, et il a rassemblé plus de 38% en Picardie. En cas de mariage des deux régions, le parti de Marine Le Pen serait en position, l’année prochaine, d’emporter cette méga-région. Martine Aubry en a des sueurs froides… Si, à la faveur d’une contestation à gauche de la réforme territoriale en chantier, elle prenait la tête des frondeurs, elle pourrait certainement, dans ce climat de grandes turbulences, entraîner derrière elle des déçus de Hollandisme et des anti-Valls. Cela fait pas mal de monde. Mais pour aller où ? Pêcher à la ligne au bord du Rubicon qu’elle n’aura sans doute jamais l’audace de franchir ?
Il y a un quatrième larron, que Le Monde ne cite pas et qui pourtant existe, et même un plus que les autres puisqu’il détient sur eux l’avantage de diriger le PS : Jean-Christophe Cambadélis.
A la conquête du pouvoir
L’ancien agitateur trotskiste (du courant lambertiste, le plus dur), spécialiste en intrigues politiques de tous genres, pourrait bien être tenté, en cas de tourmente, de jouer les premiers rôles. « Conquérir le pouvoir, c’est ce qu’il sait faire de mieux. » A 63 ans, si l’occasion se présente, Cambadélis ne manquera pas de la saisir, elle qui lui permettra de prendre sa revanche sur ses déboires passés : ses ennuis judiciaires (emplois fictifs de la MNEF) l’ont empêché, en 1997, d’être nommé à la tête du PS. Et si, en 2011, Strauss-Kahn n’avait pas trébuché sur la moquette du Sofitel new yorkais, l’actuel premier secrétaire du PS aurait eu de bonnes chances d’être son Premier ministre. Il peut de nouveau, en cas de grand chambardement, entrevoir Matignon… Cette fois dans le sillage d’un autre strauss-kahnien : Manuel Valls, si celui-ci parvenait à l’Elysée. Ce serait la revanche de DSK. L’objectif est, certes, loin d’être atteint, mais rien n’empêche les deux compères d’y travailler. C’est ce que redoute François Hollande.
Pour ce dernier, il s’agit en quelque sorte, lors de cette reprise de la vie politique, de réussir ce que les footballeurs appellent : une rentrée en touche. Sauf que François Hollande ne sait plus très bien dans quelle direction et vers qui envoyer le ballon…
mardi 19 août 2014
Le riz de Fukushima de nouveau en vente à l’étranger
Le riz de Fukushima était l’un des plus réputés du Japon. Trois ans et demi après l’accident nucléaire, il est de nouveau exporté.
La Fédération japonaise des coopératives agricoles a annoncé recommencer à exporter ce mois-ci du riz de la préfecture de Fukushima, pour la première fois depuis l’accident nucléaire survenu le 11 mars 2011 dans un complexe atomique de la région. La première destination de ce riz soumis à des contrôles particuliers sur la radioactivité est Singapour, qui a montré sa « compréhension » vis-à-vis des mesures prises pour éviter la distribution de produits contaminés.
Des sacs de 5 kilogrammes de riz de type Koshihikari (un des plus réputés du Japon) y seront vendus dès le 22 août. Une campagne de promotion aura lieu sur place pour expliquer que ce riz est sûr et qu’on peut le consommer en toute tranquillité.
Le riz de Fukushima, contrôlé, est déjà vendu dans l’archipel mais les pays étrangers comme la Chine et la Corée du Sud qui importaient ce type d’aliment de la région de Fukushima (nord-est) avant la catastrophe atomique ont stoppé les achats par précaution. Pour le moment, Singapour est la seule destination qui a accepté de recevoir à nouveau cette production. Plusieurs pays imposent encore de fortes restrictions sur les aliments de la province agricole et rizicole de Fukushima, ce qui ennuie les autorités nippones enclines à juger infondées ces mesures.
Le gouvernement, la Fédération des coopératives, les collectivités locales et diverses organisations s’escriment à tenter de prouver que les produits de Fukushima mis sur le marché sont sûrs, dans le strict respect de la limite sévère de césium radioactif fixée à moins de 100 becquerels par kilogramme. Toutefois, la population étrangère et une partie des Japonais restent méfiants et réticents à acheter les fraises, pêches, concombres, tomates ou autres produits de la région saccagée par le désastre atomique provoqué par un gigantesque tsunami.
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