TOUT EST DIT

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mercredi 11 décembre 2013

Pourquoi la France doit apprendre à ne pas avoir peur du voile "simple" mais refuser catégoriquement le voile intégral


Le procès de la femme au niqab, dont le contrôle d'identité avait entraîné des émeutes en juillet à Trappes, s'ouvre mercredi par l'examen de la première QPC (question prioritaire de constitutionnalité) déposée en France contre l'interdiction du voile intégral dans l'espace public.

 Au-delà du voile intégral, que représente vraiment le voile "simple" (hijab) pour les musulmans ? L'orthopraxie propre à la religion musulmane explique-telle la "crispation" des musulmans sur la question du port du voile ?

Claude Sicard : La première question qui se pose est de savoir quelle réponse il convient de donner à la revendication qui présente le port du voile en France par des épouses de musulmans comme une réelle obligation religieuse. La réponse à cette question est claire : le port du  hijab, pour des musulmanes ayant à vivre dans des pays non musulmans où ceux ci  se trouvent être minoritaires n’est nullement obligatoire. Le port du voile est certes obligatoire pour les femmes dans les pays musulmans, mais il ne l’est aucunement dans nos pays européens, du moins tant que les musulmans n’y seront pas majoritaires. Cela ressort du droit musulman, et avait été confirmé à Nicolas Sarkozy lorsque, en tant  que ministre de l’Intérieur, il s’ était rendu au Caire pour consulter les autorités religieuses à al-Azhar où il avait rencontré le cheikh  Muhammad Sayyid  Tantaoui, la plus haute autorité religieuse de l’Egypte à cette époque. Si donc une femme musulmane revendique ses obligations religieuses pour se munir d’un hijab en Europe, c’est soit qu’elle ignore le droit musulman, ce qui est fort possible car cette dispense ne leur est généralement pas dévoilée par les imams dans les mosquées, soit qu’elle veut afficher son appartenance à l’islam, bravant ainsi les mœurs de nos sociétés occidentales.
John Bowen Si "crispation" il y a, c’est plutôt à cause de lois et pratiques perçues comme des atteintes à la liberté religieuse, parmi lesquelles on trouve, pour des musulmans - pas pour tous évidemment - la loi de 2004 et la série d’arrêts depuis qui limitait la mobilité de femmes en hijab, par exemple dans l’accompagnement d’enfants aux sorties scolaires. Mais le sens du voile est variable. Il arrive que pour une musulmane le port du voile renforce un sentiment d’être sur "la bonne voie", en même temps qu’il donne une sorte de caution aux parents (on peut lui faire confiance). Le voile fait savoir aux gens qu’elle suit un certain train de vie, sans alcool, par exemple. Donc, pas "un sens" mais des sens.
Rémi Brague : Le commandement pour les femmes d’avoir à se voiler est l’objet de deux versets du Coran (XXIV, 31 et XXXIII, 59), dont je rappelle que, pour l’islam, il a été dicté par Dieu. Et par un Dieu éternel et omniscient, qui doit donc savoir ce qu’Il dit. Ce qui fait qu’on ne peut pas interpréter Ses commandements, en tout cas au sens où "interpréter" voudrait dire : remonter de la lettre d’une loi à son intention première. Si l’on accepte cette prémisse, il n’y a pas de "crispation", mais désir d’obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. On pourra tout au plus se demander si le voile sera long ou court, opaque ou plus ou moins transparent.

Quels défis le port du voile pose-t-il à la laïcité française ? Cette dernière est-elle compatible avec les rites inhérents à la religion musulmane ?

Claude Sicard : Cette question est sans cesse débattue dans notre pays. Dans la mesure où la laïcité consiste à ce que les croyances religieuses n’interviennent pas dans la façon dont la puissance publique organise la vie en société, on ne voit pas selon quels arguments on pourrait interdire le port du hijab. Par contre, des voiles  qui recouvriraient complètement le visage sont, eux, à juste titre, à proscrire car il y va de problèmes de sécurité, et la sécurité est le seul argument qui peut être opposé aux musulmans selon les textes de la Convention Européenne des droits de l’homme. Notons, à propos de ces problèmes de laïcité, que l’exigence de viande halal dans les cantines scolaires, dans les hôpitaux, ou dans les prisons, est  à rejeter car, là, effectivement, des préoccupations religieuses interfèrent avec la façon dont la puissance publique organise la vie en société. Il en est de même pour, par exemple, les exigences d’horaires spéciaux pour les femmes dans les piscines municipales, ou pour l’interdiction qu’un médecin masculin examine une femme musulmane ! Cela, curieusement, semble avoir échappé à nos autorités !
John Bowen : La laïcité française ? De quoi parlez-vous précisément ? S'il s'agit de la loi de 1905, qui ne contient pas le mot "laïcité" d’ailleurs, elle porte essentiellement sur la fin du financement de cultes publics et donne le droit au préfet de régler les pratiques religieuses dans la rue. Avec des lois postérieures (de 1906-1907) elle interdit à l’Etat de donner des subventions aux cultes - à moins que leurs bâtiments ne soient construits avant 1905 ! Aujourd’hui elle a donné naissance à une idée plus générale selon laquelle personne ne doit afficher ses convictions religieuses s’il agit au nom de l’Etat. Voici une idée cohérente de la laïcité française. Les acteurs publics musulmans - imams, pédagogues, responsables de culte - n’ont ou ne doivent avoir aucune difficulté avec la laïcité en tant que telle, surtout si on analyse la politique française envers les cultes en politique de "contrôler et soutenir" ; c’est ce que j’ai essayé de démontrer dans mon livre "l’Islam à la française". Alors, où se trouve le port du voile dans cet assemblage de lois et de principes ? 
Rémi Brague : Le mot même de religion est trompeur. Tous, même athées, nous nous faisons de ce que doit être une religion une image calquée sur le christianisme. Nous y incluons donc des "rites", la prière, etc., alors que nous en excluons le droit. Et le christianisme n’a pas d’autre morale que la morale commune du Décalogue. L’islam, lui, est essentiellement un système juridique à fondement divin. La mystique, la piété individuelle, y sont permises, mais facultatives. L’obéissance aux commandements "divins" y est en revanche obligatoire. La laïcité française, comme d’autres systèmes dans d’autres pays, a été rendue possible par une séparation qui est essentielle au christianisme et qui est absente de l’islam. 

Faut-il nécessairement voir dans le voile "simple" la manifestation d'un islam prosélyte, ou simplement un type d'habillement que notre société, devenue culturellement composite, devrait accepter en son sein ?

Claude Sicard : Le rappel que nous avons fait plus haut des dispositions de la loi islamique dispensant des musulmanes ayant à vivre en Europe du port du voile nous conduisent tout naturellement à considérer cette pratique de la part de personnes installées en France, en Italie, en Allemagne…comme une  véritable provocation. Ces personnes veulent manifester qu’elles appartiennent à une autre civilisation que la nôtre, et elles en tirent une certaine fierté. On ne doit pas se dissimuler que l’islam considère notre civilisation occidentale comme inférieure à la civilisation musulmane au plan des valeurs. Le prophète Mahomet, en effet,  a révélé aux musulmans qu’ils étaient la meilleure des communautés que Dieu ait jamais créée, et cela est une vérité coranique. Les musulmans qui sont croyants jugent sévèrement  notre civilisation : c’est une civilisation, disent ils, sans Dieu, une civilisation où les personnes se livrent à la débauche, autorisant l’adultère et l’homosexualité, où les individus sont foncièrement égoïstes, et où l’on idéalise par trop la réussite matérielle, les occidentaux ayant le culte de l’argent et des loisirs.
John Bowen : Deuxième option, dans la mesure où les femmes qui le portent restent plutôt dans les coulisses de la société française, telles sont les pressions et les réactions négatives qu’elles rencontrent en public. Si c’est du prosélytisme, c’est largement inefficace ! En même temps, bien évidemment l’islam prosélyte existe aussi, porté plus souvent par des hommes et par des médias islamiques. Ce n’est pas parce qu’on défend la liberté religieuse de l’individu qu’on pratique un angélisme par rapport aux formes plus radicales de l’islam.
Rémi Brague : Il y a un peu des deux, selon les personnes et les intentions de celles qui le portent et de ceux qui le leur font porter. Mais, dans tous les cas, j’y vois plutôt une sorte de préservatif, une défense contre ce que bien des musulmans considèrent comme la pourriture de sociétés en voie de décomposition.

Les Français affirment en majorité que le voile intégral porte atteinte à la dignité des femmes, ainsi qu'à celle des hommes. Quels dangers véhicule-t-il ? Faut-il effectivement le refuser catégoriquement dans tout espace public, c'est à dire s'interdire absolument de revenir sur la loi votée ?

Claude Sicard : L’argument que l’on voit avancé souvent dans nos pays occidentaux  pour condamner le port du voile consiste à considérer celui-ci comme une atteinte à la dignité de la femme : ce serait l’expression d’un machisme propre à la civilisation musulmane. Cet argument vaut dans le cas de musulmanes qui se trouveraient contraintes, effectivement, par leur époux : mais cela n’est pas le cas de femmes faisant librement ce choix, un choix souvent d’ailleurs dicté par la sociologie du milieu dans lequel elles évoluent. Beaucoup de jeunes, en effet, dans les banlieues des grandes villes et dans les cités à forte présence musulmane considèrent aujourd’hui les femmes qui se dispensent de porter le voile comme des filles de mauvaises mœurs, et ils les agressent. Ces filles se trouvent alors exposées à la vindicte populaire, et sont discréditées...
John Bowen : Si on pouvait démontrer - qui n’est pas la même chose que proclamer - que porter le voile intégral nuit à la dignité de ces femmes (et je ne sais pas comme démontrer un tel lien) alors pourquoi pas l’interdire partout et pour toujours ? Mais dès qu’on pense à cela il faut se poser d’autres questions. Est-ce que nous sommes certains que les mêmes inquiétudes et certitudes ne pourraient pas nous amener vers l’interdiction de toute représentation de femmes nues, ou semi-nues, dans l’espace public ? Comme justifier le premier sans accepter au moins la possibilité du deuxième ? Même dans une société homogène - que la France n'est pas - on hésiterait avant de commencer à dresser la liste des choses qu’"on" (qui ?) considère comme contraire à la dignité humaine.  
Rémi Brague : La notion de dignité est bonne fille, on peut la mettre à toutes les sauces. Qu’un avocat, à côté d’autres grands mots comme la liberté, l’utilise contre la loi interdisant le voile est de bonne guerre. Il retourne ainsi contre notre bonne conscience nos propres slogans.
L’État français a pris l’habitude de multiplier des lois abondamment claironnées, tout en faisant comme si elles étaient de simples conseils, qu’on peut suivre ou non. Et en tout cas qu’on se garde bien de faire respecter, sauf bien entendu envers les plus faibles, ou là où il s’agit d’argent.

La France peut-elle espérer dans un avenir proche atteindre un état de sérénité sur cette question du port du voile ? A savoir : une limite à ne pas dépasser qui soit clairement définie et acceptée (le voile intégral), et en même temps un voile simple qui ne susciterait pas d'impression négative au sein de la société dans son ensemble ?

Claude Sicard :  Faut-il définitivement interdire le port du hijab dans les lieux publics, ceci afin d’aller vers une société plus sereine ? Tout dépend du type de société que l’on souhaite avoir. Si l’on considère que le vivre ensemble harmonieusement, en partageant de mêmes valeurs, est le type de société qui convient le mieux aux êtres humains, une société solidaire où existe une réelle cohésion entre les individus, le port du voile est effectivement à prohiber, puisqu’il est la manifestation pour des femmes ainsi habillées de leur appartenance à un autre monde, un affichage voulu par elles d’une identité différente de celle des personnes qui constituent la société dans laquelle elles vivent.  Accepter le port du voile, c’est faire le choix du multiculturalisme, c’est à dire d’une société constituée de diverses communautés ayant chacune son identité propre et sa culture. Les anthropologues seront unanimes pour nous dire que les sociétés humaines ont besoin de cohésion et de communion, et de valeurs à partager en commun. D’ailleurs l’expérience des Pays bas est très instructive : ce pays, tout proche de nous, qui était traditionnellement fondé sur le multiculturalisme a accueilli les nouveaux arrivants musulmans en les aidant à conserver leur culture et leurs traditions : ils viennent de constater qu’il était temps pour eux de renoncer au multiculturalisme, et ils sont en train de mettre en place tous les instruments voulus pour que les nouveaux immigrés en provenance de pays musulmans puissent s’intégrer dans la société néerlandaise en s’assimilant correctement. Il s’agit pour notre voisin d’un changement  complet de paradigme. En somme, une expérience très instructive qui certainement mériterait d’être prise en considération par nos gouvernants, au moment où le problème du port du voile en France se pose à nouveau.
John Bowen : Je ne suis pas convaincu de la pertinence de la question, dans la mesure où on n’est pas certain que Strasbourg donnerait raison à la France en ce qui concerne cette "limite absolue". Mais j’accepte une certaine logique psychologique : si une limite est acceptée, cela pourrait apaiser les tensions autour du simple voile. Mais la question est plus large : est-ce que la France est prête à devenir une société cosmopolite et multiforme, avec de diverses formes de différences visibles dans la rue, sur les têtes, sur la peau des concitoyens et concitoyennes ? Il ne s’agit plus d’une question concernant  "les immigrés" mais "les citoyens".  

France: 15.6000 emplois détruits au 3e trimestre


L'emploi salarié dans les secteurs marchands non agricoles en France a diminué de 0,1% au troisième trimestre, confirme l'Insee ce mercredi. L'emploi intérimaire, lui, est reparti à la hausse.
-0,1%: l'Institut national de la statistique (Insee) a confirmé mercredi le recul de l'emploi salarié dans les secteurs marchands non agricoles en France au troisième trimestre. L'Insee révise toutefois à 15.600, contre 17.000 en première estimation, le solde net de postes détruits sur la période.
En revanche, l'Insee a revu à la hausse le nombre de postes détruits au deuxième trimestre, à 37.700 contre 34.600 dans sa précédente publication.
132.5000 emplois détruits sur 12 mois
Au total, sur les douze mois à fin septembre, 132.500 emplois ont été détruits dans le privé en France.
Le recul du troisième trimestre provient de l'industrie (-0,5%) et de la construction (-0,5%), l'emploi dans les services restant quasi stable (+5.600 postes).
L'emploi intérimaire, qui avait rechuté au deuxième trimestre après avoir mis fin au premier à une baisse ininterrompue depuis mi-2011, est reparti en hausse (+1,0%). Sur un an, il enregistre une progression de 0,6% de ses effectifs.
Hors intérim, l'emploi marchand a perdu 20.600 postes au troisième trimestre, après 34.400 au deuxième trimestre.

Prendre des photos pour se souvenir pourrait conduire... à oublier


Prendre des photos pour se souvenir de quelque chose pourrait paradoxalement aboutir au résultat inverse et faciliter l'oubli, révèle une étude américaine.Selon les résultats de ces travaux publiés dans la revue Psychological Science, des personnes ayant pris des photographies d'objets pendant la visite d'un musée avaient moins de chance de se souvenir de détails que ceux qui avaient simplement observé attentivement les objets en question. 

"Les gens sortent leurs appareils photo si rapidement, presque sans y penser, pour capturer un moment, qu'on en est à un point où ils oublient même ce qui se passe juste en face d'eux", souligne Linda Henkel, de la Fairfield University, auteur de l'étude.

Dans un musée, Henkel a demandé à des étudiants d'observer certains objets au  d'une visite, soit en les photographiant, soit en les observant simplement. Le jour suivant, leurs souvenirs étaient testés --et ceux qui avaient pris des photographies avaient plus de mal à reconnaître des détails de ces objets que ceux qui les avaient juste regardés.
"Quand les gens s'appuient sur la technologie pour qu'elle se souvienne à leur place (...) cela peut avoir un effet négatif sur le fait qu'ils se rappellent bien de leur expérience", souligne-t-elle dans un communiqué.
Dans une seconde expérience, des étudiants ayant pris une photo d'un détail d'un objet en zoomant semblait avoir un meilleur souvenir de l'objet dans son ensemble, et non pas du détail lui-même. "Ces résultats montrent à quel point +l'oeil de l'esprit+ et l'oeil de l'appareil sont différents", pointe Linda Henkel, rappelant que des travaux sur la mémoire suggéraient que prendre des photos pouvait aider à se souvenir de quelque chose, mais seulement si le photographe prenait du temps pour observer et étudier ensuite la photo.
"Une accumulation de photos numériques, et un manque de rangement, décourage beaucoup de gens d'y accéder et de se remémorer les souvenirs qui s'y rattachent", avance-t-elle encore. "Pour se souvenir, il faut avoir accès aux photos et interagir avec elles, pas simplement les amasser".

Tout pour les images

Tout pour les images


- Vous avez fait bon vol, Monsieur le Président ?
- Merci, Monsieur le Président. Mais appelez-moi François, si vous permettez que je vous appelle Nicolas? … Ah tiens, déjà des photographes.
- Avec plaisir…
- Et toutes ces caméras. Il faut s’y faire, à toutes ces télés en continu. C’est pire que pendant votre quinquennat.
- Il faut s’y faire… Oh, vous êtes venu avec Robert Hue ?! Remarquez, ça nous rajeunit (il est venu aussi avec la pluie : la flotte et les cocos, quel destin. Je suis sûr de le battre en 2017).
- Dites-moi Nicolas, ça ne vous ennuie pas qu’on fasse un peu semblant de parler. Ca énerve ma gauche et ça agace votre camp… Et puis les télés adorent ça.
- Pas de problème (il aurait mieux fait de se bouger pour être parmi ceux qui font un discours ; de mon temps j’aurais pas laissé faire !). Il fait froid, non ? Ouh là, mon ami Barack et ce vieillard de Castro qui se serrent la main.
- Y’en a toujours qui gâchent nos efforts. On perd au moins 2 minutes d’antenne au JT de 20h, avec une image comme ça.
- Dites, François : c’est votre collaborateur qui fait le discours sur la Centrafrique à l’Assemblée ?
- Oui, Jean-Marc a toute ma confiance (il n’a pas changé depuis sa défaite : toujours aussi méprisant pour la fonction de Premier ministre. Je suis sûr de le battre en 2017). Mais j’ai deux morts à Bangui. Ca casse un peu « l’effet Mali » sur mon image…Enfin, je vais y faire un saut, auprès de nos soldats.
- Ben oui, faut être partout. Je savais bien. Et Chirac, vous l’avez trouvé comment, il y a quinze jours ?
- Pas mal, et puis, c’était une belle image, lui s’appuyant sur moi…
- Oui, ben très peu pour moi, François : je suis en pleine forme. Et puis, question popularité, c’est plutôt vous qui avez besoin d’une béquille…
- Bon (énervé), je crois qu’on a assez parlé. Et puis, faut avoir l’air de s’intéresser un peu. On se reverra sûrement, hein Nicolas ?
- Comptez sur moi, François.

Mode d’emploi pour combattre la vieillesse


es personnes intelligentes vivent plus longtemps. C’est ce que montrent les statistiques de différents pays, dont la Russie. Qui plus est, il y a de plus en plus de personnes intelligentes dans le monde. Donc, l’espérance de vie moyenne augmente.

L’homme ne peut pas vivre éternellement, mais il est tout à fait possible que son espérance de vie moyenne atteigne 120 ans. Il est même probable que cela arrive au cours de ce siècle. C’est ce qu’a affirmé, entre autres, Sergueï Gradirovski, membre du conseil d’experts auprès du gouvernement de la Fédération de Russie, lors de la 11e conférence scientifique et pratique internationale, consacrée à l’anthropologie.
Les habitants des pays avec une économie en bonne santé vivent en moyenne 85 ans. Le professeur Viatcheslav Kroutko, directeur du Centre national de gérontologie russe, remarque que cette statistique augmente chaque jour.
« Au siècle dernier, l’espérance de vie a pratiquement doublé par rapport au début du siècle. C’est principalement dû au fait que l’homme a appris à faire face à son environnement. Un très grand nombre de vies humaines ont été sauvées grâce à la chloration de l’eau, à la découverte des vaccins, aux antibiotiques, aux progrès de la médecine en général. De ce fait, déjà dans les années 1960-1980, les habitants des pays développés avaient appris à confortablement coexister avec leur environnement. Ensuite, le phénomène suivant a été observé : l’espérance de vie dans les pays développés augmente d’environ trois mois par an. Au cours des cinq dernières années, la Russie a établi un record : l’espérance de vie a augmenté de neuf mois par an. C’est toutefois spécifique à la Russie. Nous sommes remontés du gouffre dans lequel nous sommes tombés dans les années 1990. »
Cependant, cette augmentation ne peut pas être éternelle. Vladimir Khavinson, président de l’Association européenne de gérontologie et de gériatrie et membre correspondant de l’Académie russe des sciences médicales, souligne que les ressources de l’organisme ont leurs limites, déterminées tout d’abord par la nature.
« L’espérance de vie de l’espèce humaine est unique depuis l’apparition de la vie sur Terre. Du point de vue de l’évolution, cette donnée n’a pas changé pour tous les animaux, dont l’homme. Chaque espèce à sa propre limite. Pour l’homme, elle est de 110-120 ans. »
Il est possible d’atteindre l’espérance de vie maximale, mais c’est très difficile. Premièrement, il vaut mieux pour cela vivre dans un pays avec une économie développée, où la médecine est excellente et les services sociaux à la hauteur. En d’autres termes, un pays où un habitant n’a pas à se soucier de chaque bagatelle. C’est que les névroses nous enlèvent des années de vie. Et, deuxièmement, selon Vladimir Khavinson, un mode de vie sain et la prise de médicaments spécifiques sont nécessaires.
« S'agissant des moyens qui permettent d’augmenter la durée de la vie, il faut obligatoirement limiter les aliments caloriques, prendre des antioxydants, des vitamines, des biorégulateurs peptidiques et des préparations de type metformine (médicament pour brûler les glucides). Si cette procédure complexe est respectée, il est possible de reforger les ressources de l’organisme de 20-30 %. »
 Il ne faut pas seulement augmenter la durée de la vie de l’homme, mais aussi sa période active, afin que la période qui s’appelle vieillesse ne débute que vers 90-100 ans, et pas avant. Pour les scientifiques, cela est possible grâce aux nouvelles technologies. En Russie, l’élaboration d’agents-activateurs de télomérases (ferment permettant aux cellules de se multiplier rapidement) et de moyens capables d’activer les cellules souches est considérée comme un des axes les plus prometteurs. Les résultats des essais sur les souris et les rats sont très impressionnants. La prochaine étape est l’expérimentation chez l’homme.
Mais, avant que les « cachets contre la vieillesse » ne reçoivent leur approbation, les scientifiques font la lumière sur un moyen d’assurer dès maintenant une vie plus longue avec un esprit sain dans un corps sain. Il s’agit de l’éducation. Viatcheslav Kroutko explique qu’il a déjà été démontré que plus une personne a l’esprit développé, plus longtemps elle vit.
« Il y a une règle claire : les personnes les plus intelligentes et les plus cultivées vivent plus longtemps. Cela a été démontré par des études, par les statistiques, en Russie comme à l’étranger. Par exemple, il y a à Saint-Pétersbourg un quartier où se sont installés des travailleurs d’un groupe scientifique et industriel. Ils ne sont pas plus riches que la moyenne de la ville, mais ils sont intelligents et ont une formation supérieure. Leur espérance de vie se rapproche de celle des habitants des pays européens. »
De plus, une tendance a fait son apparition au cours des dernières décennies : chaque génération est plus intelligente que la précédente. Par exemple, les auteurs des tests de QI, le quotient intellectuel, sont obligés d’élaborer des questions plus compliquées et d’élever la norme du niveau moyen tous les dix ans. Chaque nouvelle génération vivra donc plus longtemps.       

Les jours d’après…

Les jours d’après…


Évitons de tomber dans l'emphase et le dithyrambe pour évoquer la cérémonie d'hommage universel à Nelson Mandela, hier au Soccer City Stadium de Soweto. Ce serait oublier que ce si beau jour pour « Madiba », couvert de louanges posthumes, ne saurait suffire à garantir des lendemains radieux au pays. Ce serait aussi oublier l'étrange impression engendrée par une manifestation où l'on eut le sentiment que les grands de ce monde paraissaient en décalage avec une foule en liesse, bien que beaucoup moins nombreuse qu'annoncé, dans des gradins inondés.
Il y eut, en somme, deux célébrations hier. Celle, protocolaire, des officiels qui égrenèrent longuement des discours soigneusement convenus, et celle, spontanée, des Sud-Africains, souvent inattentifs aux propos officiels, qui chantaient et dansaient sous la pluie. Comme si la population, revenue de la sidération et du chagrin après des mois d'attente angoissée de l'inéluctable, voulait davantage célébrer joyeusement la vie de son héros que pleurer sa disparition.
Dans ces conditions, la tâche qui guettait les orateurs, soucieux d'échapper au pathos, relevait d'un exercice difficile. Il fallut les propos « iconoclastes » d'un Barack Obama, ovationné, pour rompre avec la similitude des homélies laïques successives. En dénonçant ceux qui encensent le combat de Mandela mais ne tolèrent pas la liberté de leur propre peuple, le président américain a rompu spectaculairement avec l'hypocrisie de quelques despotes présents « pour la galerie ». Et pour mieux illustrer son adhésion au message de Nelson Mandela, Obama s'est autorisé ensuite une poignée de main historique avec son homologue cubain Raul Castro.
C'est qu'en effet, ils étaient nombreux hier à se prévaloir des leçons de « Madiba ». À commencer par le président sud-africain, Jacob Zuma, plusieurs fois conspué. Alors que se dessinent, pour avril prochain, des législatives qui ne devraient pourtant pas échapper au pouvoir en place, Jacob Zuma est de ceux qui évoquent sans cesse l'héritage de Nelson Mandela mais ont bien du mal à s'en montrer dignes.

mardi 10 décembre 2013

Quand même les géants du Web disent stop... 6 exemples pour mieux comprendre en quoi la surveillance électronique des Etats impacte concrètement nos vies


Plusieurs grands noms du secteur technologique, dont Google, Microsoft, Facebook, Twitter et Yahoo!, réclament une meilleure protection de la vie privée des citoyens et un plus fort contrôle législatif sur des organisations telles que la NSA. Des journalistes américains démontrent, eux, comment le FBI peut allumer une webcam à distance pour surveiller un internaute.

 Qui de la NSA ou des géants du secteur technologique est vraiment le plus dangereux pour la vie privée ? L'espionnage des services de sécurité n'est-il pas finalement plus légitime que celui des réseaux sociaux ?

Michel Nesterenko : De très loin la NSA est la plus dangereuse. Les grandes compagnies américaines comme Microsoft ne se sont pas trompées en disant que c'était le gouvernement américain, donc la NSA, qui était une menace "complexe et persistante"En collectant tout, y compris une majorité d'erreurs et de ragots sans vérification, et en les stockant comme des vérités, la NSA met à risque la liberté de tous les citoyens y compris les ados. Même les jeux vidéos sont un lieu de collecte d'identité de terroristes futurs, par association, car sans preuve aucune la NSA affirme que les terroristes transmettent des informations critiques via les jeux vidéo en ligne. Puis dans quelques années, où même dans 10 ou 20 ans, cette information sans véracité aucune resurgira pour détruire l'avenir d'un jeune homme, qui en tant qu'ado a joué sur le web. Et il est quasiment impossible de se défendre contre les mensonges collectés par un organisme d'État, sans parti pris parait-il : calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose, dit le dicton.  

6 exemples concrets de surveillance du web dans la vie quotidienne des citoyens

1 - Marketing de la transparence

Fabrice Epelboin : La transparence totale du citoyen n'a rien de bien nouveau pour le monde du marketing. Ses champions actuels se nomment Google et Facebook, mais les acteurs d'hier, qui se cachaient derrière la carte de fidélité de votre supermarché, en savaient déjà bien plus sur vous que vous ne l'imaginiez.
La CNIL, créée dès la fin des années 70, avait déjà pour mission de limiter les abus et les dérives, mais cette instance peine à imposer ses règles à des acteurs étrangers, et le lobbying en cours a Bruxelles laisse peu d'espoir de voir apparaître une directive européenne qui viendrait protéger les citoyens européens.
La CNIL a par ailleurs été exclue - tout comme l'autorité judiciaire - du champ d'application de la loi de programmation militaire, dont l'article 13 autorise de nombreuses administrations et services de l’État à accéder à la totalité des données numériques privées des citoyens Français, sans intervention d’une quelconque autorité judiciaire et dans une gamme de cas plus que souple, qui va bien au-delà du terrorisme initialement pourchassé.
Vous allez voir que si vous avez pu vivre sans trop de soucis dans une forme de semi-transparence vis-à-vis de nombreuses entreprises, la perspective d'une transparence totale des citoyens et des entreprises vis à vis de l'Etat est sûre, elle, d'avoir un impact profond sur la façon dont vous allez vivre la décennie à venir.
Michel Nesterenko : Certaines publicités, déjà, attirent l'attention des ados du fait que certaines photos, un peu olé olé, peuvent avoir des effets destructeurs si elles tombent, des mois et des années plus tard, entre les mains de la direction du personnel de l'entreprise. Cet effet destructeur sur l'avenir du jeune adulte est beaucoup plus grave que les harcèlements que ce dernier aura pu subir pendant l'adolescence. Imaginez que l'acheteur devant vous se remémore une vidéo dénudée faite une année auparavant...

2 - Adieu liberté d'expression

Fabrice Epelboin : La liberté d'expression constitue – comme l'a remarqué récemment Manuel Valls – l'un des plus grands gaps culturels entre les États-Unis et la France. Là où elle est constitutionnellement garantie aux USA – "totale", diront certains – elle est très encadrée en France. Il n'y a, qui plus est, aucune protection quand à l'atteinte qui pourrait y être portée dans le droit français. En cas de limitation de votre liberté d’expression, vous aurez le plus grand mal à faire valoir quelque droit que ce soit, contrairement aux Etats-Unis où la simple allusion au premier amendement fait trembler tout profanateur.
Ce n'est pas nouveau, et l'idée que les citoyens français disposent d'une liberté d'expression est plus la résultante d'une omniprésence de la culture américaine, additionnée d'une inculture crasse des populations quand au droit français et entretenue par l'adoption en masse par la population Française de technologies sociales américaines qui lui a offert, de facto, un droit à la liberté d'expression qui n'a jamais existé en France.
Il n'est en effet pas légal, en France, d'exprimer un propos raciste, antisémite, homophobe, ou de remettre en question certains pans de l'histoire - choses qui sont, aux USA, parfaitement autorisées. Ce régime d'exception dans lequel se trouve Internet devrait s'arrêter sous peu. Légaliser une liberté d'expression "absolue" (à l'américaine) est impensable en France étant donné le climat de tension actuel : il est bien plus vraisemblable que le gouvernement choisisse la voie de la censure, par ailleurs en vigueur pour la presse. Une telle censure avait pointé son nez dans un article de la loi sur la prostitution, nul doute qu’elle refera son apparition sous peu et finira par s’imposer comme une évidence, à l’occasion d’un fait divers ou en abordant la chose par un biais qui rencontre plus l’unanimité.
Aucune chance que cette censure ne passe par voie de justice : celle-ci n'est pas en mesure de faire face à un tel flot d'expression enfreignant des lois telles que la loi Gayssot. La voie choisie semble être la responsabilisation des intermédiaires techniques - entendez par là que ce sera bientôt à votre opérateur Internet ou à votre plateforme de blog de faire la police et la justice, ouvrant ainsi la voie à un arbitraire face auquel le citoyen n'aura pas le moindre recours. La distinction entre une blague graveleuse, le second degré et la parole raciste sera ainsi laissée au bon vouloir d'acteurs privés.
La France n'est pas, loin de là, la première gouvernance à censurer les contenus sur Internet en vue de façonner une société mais jusqu'ici, cette démarche était réservée aux régimes autoritaires. Ceux-ci ont cependant montré les limites d'une telle approche du vivre ensemble, et les a conduit à la faillite (Egypte, Tunisie) ou à des dérives répétées en matière de droits de l’homme.
S'il est difficile à ce stade de prédire l'évolution qu'auront la surveillance généralisée et de la censure sur la société française, on peut cependant parier sans risque sur une explosion de la défiance vis-à-vis des élus et des administrations et une rupture définitive de la confiance, déjà largement entamée ces dernières années. Si on considère que la confiance est la base du contrat social d'une société démocratique, alors nous entrons aujourd'hui dans une société nouvelle, dont l’article 13 de la loi de programmation militaire est un symbole parfait, probablement celui que retiendront les livres d’Histoire demain quand il s’agira de dater arbitrairement un avant et un après.
Rappelons – pour clore le chapitre de la liberté d'expression – qu'il n'est techniquement pas possible de censurer quoi que ce soit sur Internet, on ne peut aboutir qu'à une société à deux vitesses, composée d'une part d'une masse de citoyens privés de droit d'accès à l'information et de liberté de parole, et d'une catégorie supérieure, apte à se saisir de ces droits et à reconquérir celui à une vie privée. Si une société fonctionnant à deux vitesses n'a rien de nouveau, en France comme ailleurs, ce n'est cette fois ci pas l'argent ou la naissance qui fera la moindre différence, mais la capacité à comprendre et maîtriser un outil technique bien plus complexe que ne l'imagine la plupart des gens. 
Michel Nesterenko : Le web de par son étendue et sa complexité est incontrôlable. Le gouvernement chinois a tenté de le contrôler pour finalement baisser les bras. Toutes les dérives sont possibles, de la vidéo de crimes terroristes à la pédophilie et la torture de très jeunes enfants. C'est pour cela qu'il est essentiel que la police soit dotée des moyens informatiques et des hommes formés pour mener à bien la traque sur Internet dans le stricte respect de la Constitution.
3 - "Espionnage industriel", qu'est-ce que c'est ?
Fabrice Epelboin : Pour faire simple, c’est, pour l’entreprise, ce qu’est la surveillance totale pour l’individu. Derrière ce mot fourre-tout se cache une réalité que la plupart des entreprises découvrent ces derniers temps : certains États sont en mesure d'accéder à tout ou partie des informations que les entreprises pensaient jusqu'ici confidentielles. Parmi ces États-espions se trouvent – dans le peloton de tête – les États-Unis, la Chine, et la France. Ces trois États disposent en effet de capacités de surveillance bien supérieures à tous les autres, et peuvent à loisir surveiller les moindres faits et gestes des entreprises qui auraient l'imprudence d'utiliser une technologie numérique sans prendre un nombre considérable de mesures de protection. Autant dire qu'en dehors de certains acteurs du secteur de la défense, toutes les entreprises sont concernées, petites ou grandes.
L'usage classique consiste à voler des secrets industriels à l'adversaire (économique) afin d'en faire profiter un acteur national, mais ce risque là n'est pas nouveau, et les révélations récentes sur la surveillance ne font que raviver les craintes autour d'un risque déjà bien identifié. Ce que la loi de programmation militaire laisse apparaître en terme de risque pour les entreprises est, là, tout ce qu'il y a de plus inattendu.
Au rang des administrations susceptibles de bénéficier de cette transparence absolue imposée aux citoyens comme aux entreprises françaises, Bercy pourrait voir là une corde supplémentaire qui lui serait donnée dans sa lutte contre l'évasion fiscale. A moins qu'ils ne soient chiffrés, les échanges entre une entreprise et ses systèmes comptables, ainsi que les emails échangés avec ses experts et ses conseillers financiers, sont désormais à la disposition de Bercy. Si d'aventure vous vous mettiez à utiliser le chiffrement du jour au lendemain, sachez que cela ne passera pas inaperçu, et ne manquera pas d'attirer l'attention de cette administration. 
Au final, si la perspective que votre entreprise soit totalement transparente aux yeux de l’État et de ses administrations vous donne des sueurs froides, il est temps de paniquer.
Michel Nesterenko : 90% de l'information se trouve sur le Net par des sources publiques et gratuites. Le logiciel Google Earth permet de vérifier la véracité d'un grand nombre d'informations géographiques et immobilières dans le temps d'un clic de souris. Un grand nombre de banques de données, ainsi que les réseaux sociaux, donnent des informations de caractère très privées sur les collaborateurs. Tout cela est accessible à tout un chacun, les consommateurs aussi bien que les concurrents. On ne peut pas parler d'espionnage industriel du fait qu'il s'agit d'informations publiques. Le web avec sa rapidité de transmission de l'information est un outil fabuleux pour augmenter la productivité. Dans ce contexte de vitesse et d'adaptation, les PME sont mieux à même d'exploiter les nouvelles opportunités, en temps réel, car elles ne pâtissent pas de l'inertie naturelle des grands groupes.
4 - Politique
Fabrice Epelboin : Pour le politique, la mise en place d'une surveillance globale ouvre un champ de possibles difficile à imaginer, mais dont les plus technophiles (ils existent) sauront se saisir.
Il est courant de dire à propos de Facebook qu'il sait si un utilisateur est homosexuel et quelle est son orientation politique, et de Google qu'il sait si vous êtes atteint d'un cancer ou si vous souffrez d'une MST, alors que vous pouvez cacher cette information à vos proches. Imaginez ce qu'il est possible de savoir si vous avez accès non pas aux seules informations détenues par Google et Facebook, mais à l'ensemble des informations électroniques que vous produisez à chaque moment de votre vie. 
C'est à cette énorme masse d'information que de nombreuses administrations, mais également le gouvernement, a désormais accès grâce à l’article 13 de la loi sur la programmation militaire. Miracle de la big data, et contrairement à la croyance populaire, il est parfaitement possible de faire sens d’un tel amas de données. Les usages sont quasi infinis.
Sans dériver d'une quelconque pratique démocratique, on peut parfaitement imaginer remplacer les sondages, chers aux politiques, par une analyse en continu et en quasi temps réel des réactions de la population au moindre fait d'actualité, et adapter ainsi son discours à la moindre réaction populaire. 
En étant un peu moins rigoureux quant au respect des principes démocratiques, on peut parfaitement envisager de contrer un mouvement de contestation politique – comme les bonnets rouges, par exemple – en détectant de façon précoce quels sont ses relais et en effectuant des actions ciblées destinées à y mettre fin. C'est d'ailleurs l'un des usages courants des technologies de surveillance dans les pays autoritaires.
Bien d'autres usages sont envisageables, et l'avenir ne manquera pas de mettre à jour moult dérives. Il vous est recommandé, pour comprendre les futurs gros scandales à venir touchant le monde politique, de vous mettre à jour en ce qui concerne les technologies de surveillance de masse.
Michel Nesterenko : Aujourd'hui les réseaux sociaux sont devenus une courroie de transmission incontournable de l'information politique et du processus électoral. Les outils d'analyse informatique permettent de mesurer avec une certaine précision, et en temps réel, le degré d'attractivité de certaines déclarations politiques. Tous ces outils du web étant dans le domaine publique, la concurrence politique se fait à armes égales, pourrait-on dire. 
Par contre l'espionnage de la NSA signifie, à terme, la mort de la démocratie. Tous les propos, même ceux un peu extrêmes, des opposants pourront être ressortis à bon escient et hors contexte, par le pouvoir en place pour se maintenir au pouvoir. Cela n'a rien à voir avec la "sécurité" nationale.
5 - Le journalisme, pilier de la démocratie ? Pas vraiment.
Fabrice Epelboin : Le secret des sources et la confidentialité d'une investigation en cours constituent la base indispensable au journalisme d'investigation. Ces deux éléments ne sont désormais à la portée que des seuls journalistes maîtrisant de façon avancée la sécurité informatique et le chiffrement. Les autres sont priés de changer de profession au plus vite, au risque de mettre en danger leurs sources. Les sources en question feraient mieux – à l'instar d'Edward Snowden avec Glenn Greenwald, de s'assurer préalablement à toute transmission d'information, d'avoir face à eux une personne en mesure de maîtriser les base de la cryptographie et de la sécurité informatique.
C'est donc la mort d'un certain type de journalisme qu'annonce la légalisation de la surveillance de masse en France. Il est probable que les acteurs de premier plan du journalisme d'investigation se forment, mais les autres devraient rapidement réaliser qu'il est dangereux pour eux de s'aventurer dans des investigations susceptibles de perturber la gouvernance, et vont vraisemblablement rester dociles et éviter de telles folies. Les sources, de leur côté, prendront soin de ne pas approcher de journalistes, sauf à s’assurer au préalable d’avoir à faire à un technophile averti.
6 - La société Panoptique, l'avenir de la République ?
Fabrice Epelboin : Tant que les dirigeants français respecteront scrupuleusement les principes de la démocratie et des droits de l'homme, les seuls effets de l'officialisation de la société de la surveillance sera de l'ordre de ce que Foucault appelle le Panoptisme. On peut en attendre une forme d'autorégulation, proche de ce que la multiplication des radars a apporté à la sécurité routière, mais on doit également s'attendre à l'apparition d'une caste supérieure, qui pourra à loisir s'abstraire de cette dictature de la transparence "top to bottom", s'en échapper et ne pas être contraint, du coup, par quelque loi que ce soit. 
Pour continuer sur cette métaphore, imaginons que je puisse – contrairement à vous – conduire à 250 km/h sur une route de campagne, avec pour seul risque de vous écraser, vous et votre famille, mais sans la moindre chance de me blesser ou de faire ne serait-ce qu’une rayure sur ma carrosserie, et en échappant à tout radar ou contrôle de police, et toute possibilité de poursuite.
Les compétences nécessaires pour appartenir à cette caste n'étant pas totalement hors de portée, on peut s'attendre qu’elle grossisse au fur et à mesure que l'on y poussera certaines populations, et il sera intéressant de voir la façon dont l'Etat construit cette caste au fur et à mesure des censures à venir, ou de l’attention qu’il met à surveiller certains agissements sur internet.
Nous avons échappé de peu à la censure des sites de proxénétisme lors du vote de la loi sur la prostitution, mais on aurait aussi bien pu pousser dans cette caste tous les amateurs de call girls. Si on censurait demain les propos racistes et antisémites, on aurait tôt fait de retrouver cette fange de la population dans cette caste. Censurer les contenus "pirates" y pousserait toute une génération de jeunes sans le sou et habitués depuis déjà longtemps à consommer de la culture de façon frénétique.
Tôt ou tard, cette caste – les Netocrates – finira par disposer sur le reste de la population de capacités quant à la chose technologique qui la poussera à réclamer sa place de dominant. Un phénomène naturel, qui a vu la bourgeoisie succéder à l'aristocratie, sauf que cette fois-ci, c'est la connaissance et non l'argent qui fera toute la différence. On pourrait presque croire à une promesse de progrès, si les premiers à constituer le gros des troupes n'étaient pas, selon toute vraisemblance, les racistes, les homophobes, les sexistes et les antisémites que l'Etat ne veut plus voir sur Twitter et Facebook.
Mais dans l’immédiat, la mise en place de la société de la surveillance, ainsi que la censure à venir de tout propos non conforme à ce que l’Etat souhaite voir dans la société qu’il dirige, devrait permettre à la gouvernance française de s’acheter du temps, et de reculer l’échéance qui consiste à faire face à une réalité sociale qui est, de toute évidence, très éloignée du storytelling en cours sous les ors de la République.

Vive l'élitisme !

Vive l'élitisme !


François Hollande n’aime pas les riches. Il l’a dit et ne cesse, depuis, de multiplier les preuves fiscales de sa détestation. Arnaud Montebourg combat la concurrence internationale. Il étrille les grands patrons « mondialisés » et le libéralisme sournois de Bruxelles. Et Vincent Peillon ? Le ministre de l’Education nationale stigmatise les professeurs des classes préparatoires, priés en quelque sorte de rentrer dans le rang. On peut bien sûr discuter du niveau de leurs rémunérations, de leur charge réelle de travail, du coût par élève de cette formation pour happy few. On peut aussi s’interroger sur ce corporatisme, ce fétichisme du statut bien français. Rien n’est tabou. Mais comment ne pas voir dans les manières du philosophe une attaque en règle contre une forme d’élitisme, tout comme le chef de l’Etat dévalorise la réussite financière ou le ministre du Redressement productif la compétition ? Comment ne pas percevoir un malaise face au succès, au talent, ennemis des modèles égalitaristes ? Nos grandes écoles sont appréciées du monde entier. Pas notre système scolaire qui devient, au fil des ans, une machine à fabriquer des cancres. Un cinquième d’une génération est ainsi sacrifié ! C'est pourquoi la chasse aux privilèges du ministre agrégé, aussi justifiée soit-elle, tient du leurre. Lancée par Jean-Pierre Chevènement, la politique de démocratisation a échoué : maintien d’un système dual qui défavorise les classes populaires, désavantage croissant de l’absence de diplôme dans une société pétrifiée par le déclassement social, persistance d’un chômage de masse faute de qualification adéquate… S’attaquer aux profs de prépas ne sauvera pas les ZEP.

Tanguy et Laverdure

Tanguy et Laverdure


Nelson Mandela a failli réaliser, post-mortem, un miracle digne de la canonisation : réconcilier François Hollande et Nicolas Sarkozy. Raté ! Les deux hommes se rendront bien aux obsèques du vieux lutteur, mais dans deux avions séparés. Le président de la République a invité son prédécesseur. La courtoisie républicaine s’arrêtera là. Il faut que les choses soient claires : Hollande et Sarkozy ne seront pas les Tanguy et Laverdure de la cohabitation, même éphémère. La haine est toujours aussi vive entre le « baron rose » et son adversaire du « Grand cirque » médiatico-politique.
Cette affaire aérienne a tout pour se transformer en crash ridicule. Alors que le commandant de bord élyséen adjure ses compatriotes de boucler leur ceinture pour faire des économies, il affrète deux avions, pour ne pas avoir à cohabiter avec son prédécesseur. À 8000 euros l’heure de vol, ça fait cher la bouderie. La grandeur française ne se serait pas relevée de voir les deux présidents descendre l’un derrière l’autre sur le tarmac de Johannesburg.
Les Américains, eux, n’ont pas ce genre de vapeurs. Barack Obama a invité George W. Bush à bord d’Air Force One. Les deux hommes ne sont pourtant pas des proches, mais ils savent où se situe l’intérêt supérieur de leur pays. François Hollande aurait pu faire de même en utilisant l’Airbus présidentiel. Celui que les mauvais esprits avaient baptisé « Air Sarko One ». Le président ne supportait pas l’idée de monter dans cet avion en même temps que celui qui l’avait commandé.
Et pourtant, l’Élysée comptait bien l’utiliser au départ. Ordre a été ordonné à Jean-Marc Ayrault d’écourter son voyage en Chine pour que l’Airbus soit disponible. Tant pis pour l’orgueil des Chinois mis devant le fait accompli. Eux, qui avaient déjà mal vécu la très courte visite de François Hollande en avril dernier, risquent de faire payer très cher ce manque d’égards.
Le protocole sud-africain va devoir marcher sur des œufs pour éviter l’impair. Alors que le monde entier s’apprête à saluer l’homme qui a œuvré à la délicate réconciliation des Blancs et des Noirs dans son pays, le duel franco-français a quelque chose d’affligeant.

Un peu de hauteur, SVP !

Un peu de hauteur, SVP !


Que ce soit à bord d'un ou deux avions, on ne saurait trop recommander à François Hollande et Nicolas Sarkozy de prendre de la hauteur. Les conditions du voyage aérien du chef de l'État et de son prédécesseur, pour les cérémonies officielles d'adieu à Nelson Mandela aujourd'hui à Johannesbourg, ont alimenté un babillage médiatique assez peu en rapport avec la grandeur planétaire de l'événement. Le débat a même volé plutôt bas, nous renvoyant aux petitesses politiciennes dont, décidément, nous parvenons difficilement à nous affranchir. Sans exonérer la presse d'une coupable propension à préférer l'insignifiant à l'essentiel, il convient d'admettre que l'on a du mal à comprendre à quel jeu ont joué François Hollande et Nicolas Sarkozy.
On en vient à se demander si chacun n'a pas fait semblant de se conformer aux convenances républicaines tout en dissimulant un calcul politique. L'invitation de François Hollande à Nicolas Sarkozy avait d'abord suscité des commentaires approbateurs sur cette « union sacrée » au sommet de l'État, jusqu'à ce que l'on annonce que les deux hommes feraient Falcon à part. Bizarre !
Et puis l'on a appris que Nicolas Sarkozy avait préalablement reçu une invitation directe de Pretoria et qu'il aurait son propre aréopage dans un deuxième Falcon de la flotte présidentielle qui lui éviterait la promiscuité socialiste. La communication laconique de l'Élysée, justifiant le recours à deux appareils par des « raisons pratiques, techniques et économiques », ne permet pas d'élucider les dessous de ces deux voyages en classe pas si économique.
Ce qui est sûr, c'est que l'inimitié que voulaient dissimuler les bonnes manières de François Hollande a ressurgi de plus belle dans les médias. Le « coup de com'» a capoté. Foin d'hypocrisie : entre l'actuel président et son prédécesseur, il y a trop d'hostilité pour qu'ils puissent « covoler » en juste compagnie. À Johannesbourg, ils seront de ceux qui célébreront le message de réconciliation et de pardon de Nelson Mandela une main sur le c'ur et l'autre prête à dégainer, dès leur retour au bercail.

France, reviens !

France, reviens !


Les scènes de liesse qui ont accueilli les soldats français dans l’ancienne Afrique équatoriale font évidemment plaisir à François Hollande le mal-aimé. Opération redorage du blason présidentiel ? Bien sûr « Sangaris » ne se limite pas à cela. Opération humanitaire, réponse à une pathétique demande d’aide d’un pays en proie à l’agressivité islamique et aux confrontations ethniques, c’est tout cela aussi. Mais il faut réfléchir au-delà. Car en descendant dans les rues de Bangui pour saluer leurs libérateurs, aux cris de « Merci, merci, merci ! », « Entrez comme chez vous », les Centrafricains ont exprimé une réalité aujourd’hui taboue. Leur pays a besoin de la France pour sa paix et pour sa prospérité. Et la décolonisation n’a pas apporté les bienfaits escomptés – loin s’en faut.
On appelait cela « le fardeau de l’homme blanc », expression aujourd’hui lourde de relents racistes – s’il faut en croire les protestations de ceux qui y voient une affirmation de supériorité raciale. Il s’agit en réalité de tout autre chose : la mise en regard de cultures différentes, certaines plus aptes à reconnaître la liberté et la responsabilité de chacun que d’autres, certaines moins violentes que d’autres. Nulle question de couleur de peau là-dedans : les pires totalitarismes ont semé leurs champs de ruines en Russie soviétique, en Chine, en Vendée, dans l’Allemagne nazie ou au Cambodge…
Il s’agit en réalité et encore davantage d’une question de civilisation. Par définition celle-ci repose sur une reconnaissance de la transcendance, et qui fleurit d’autant plus bellement qu’elle est plus proche de la vérité. Oui, osons le dire : en apportant – souvent malgré son parti pris laïque, malgré sa rupture déjà consommée avec sa mère l’Eglise – sa langue, ses routes, son travail, ses infrastructures, ses religieux, ses dispensaires et ses écoles dans ses colonies, la France a installé ce qui vient « par surcroît » : la possibilité de la paix, une promesse de prospérité, les conditions d’une réelle émancipation.
On sait la suite. Le rejet du colonisateur présenté comme un prédateur, alors qu’il a pu l’être mais ne l’était pas toujours. Puis l’instabilité, l’exploitation des fabuleuses richesses de ces pays africains au service de puissances qui n’avaient pas la préoccupation de venir en aide aux populations en vérité et en justice. D’ailleurs, prétendre leur venir en aide, n’était-ce pas déjà paternaliste ? Colonial, et donc suspect ?
La Chine l’a bien compris qui, dans l’indifférence générale, s’installe en Afrique sub-saharienne et s’assure une mainmise croissante sur les ressources cruciales. Voilà une colonisation qui n’est guère dénoncée. Comme c’est curieux !
Mais voici qu’une nouvelle fois, des Africains se tournent suppliants vers ceux qui les ont « opprimés », pour mettre fin à leurs querelles internes, pour prévenir de nouveaux massacres, pour protéger des chrétiens.
C’est une mission paradoxale qui s’impose à la France républicaine et laïciste ; une mission dont elle ne peut s’acquitter pleinement et dont elle refuse aussi bien les racines que les objectifs, mais qu’elle ne sait pas non plus oublier tout à fait.
Telle qu’elle est, imparfaite, tardive, doutant d’elle-même, exportant le pire en même temps que le meilleur, la réponse de la France est aussi un rappel à la réalité occultée. 
Cela mérite réflexion.