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samedi 21 décembre 2013
L’ennui du mort-vivant
L’ennui du mort-vivant
Noël à Matignon. Pâques à la maison ? Jean-Marc Ayrault, usé jusqu’à la corde, a répété hier soir qu’il bénéficie toujours de la confiance du président de la République. Ce genre de propos fera mourir de rire le moindre fan de foot : quand un entraîneur affirme que son président croit encore en lui, il est rapidement viré.
Malgré deux recadrages sur la fiscalité et le rapport sur l’intégration, Ayrault restera à Matignon. Sa capacité à avaler les boas explique son maintien. Taclé par le président de la République, ignoré ou bousculé par ses ministres, il s’accroche. Ses sondages apocalyptiques ne le dérangent pas. Les Français ne l’aiment pas ? Et alors ? Il est là pour imposer une politique impopulaire. Après tout, on n’a jamais demandé à un purgatif d’être agréable à avaler.
Le Premier ministre donne même l’impression d’être fier de son statut de fusible qui ne saute pas, même quand tout le tableau électrique est en feu. Hier soir, Jean-Marc Ayrault a énuméré ses travaux, notamment sa réforme fiscale. Tant pis si les prélèvements doivent augmenter l’an prochain. « J’assume » a-t-il répondu. Même certitude à propos des relations tendues avec ses ministres : « Je n’ai jamais douté du soutien du président ». Tout est dit.
Histoire de prouver sa fidélité, le chef du gouvernement a même assuré qu’il croyait dans l’inversion de la courbe du chômage. Un tel dévouement lui vaudra un sursis supplémentaire.
Avec Jean-Marc Ayrault, hier soir, TF1 avait programmé l’ennui du mort-vivant. Cette interview est d’autant plus étonnante que, comme le veut la tradition, le chef de l’État s’adressera aux Français le 31 décembre. Il y avait donc urgence à lancer une contre-offensive pour faire taire les mal-pensants, quitte à provoquer une overdose chez le téléspectateur.
L’autre indigestion, encore plus douloureuse, est annoncée au 1er janvier avec la hausse de la TVA. En attendant le grand soir fiscal mitonné par Matignon, les contribuables n’ont aucune raison de se réjouir. 2014 sera une année difficile, avec ou sans Jean-Marc Ayrault, bien carré sur sa dunette alors que l’iceberg électoral se rapproche.
mardi 17 décembre 2013
L’Europe des mafias
L’Europe des mafias
Les mafias ignorent les frontières et elles savent, mieux que le citoyen ordinaire, se glisser entre les mailles du filet de la loi. L’étude de l’Observatoire national de la délinquance confirme ce que tout un chacun ressentait : l’activité criminelle issue des anciens pays de l’Est est en hausse.
Le démantèlement de réseaux de prostitution comme celui de gangs spécialisés dans le vol à l’arraché ont souvent mis en cause des bandes issues de l’ancien monde communiste. Une autre forme de délinquance, liée cette fois aux personnes venues du Maghreb, ne fait que confirmer le renforcement des routes de la drogue en provenance d’Afrique. La déstabilisation des États et le financement du terrorisme intégriste par la drogue sont à l’origine de cette délinquance.
Aucune nationalité ou origine ne prédispose à la criminalité. Les mafias italiennes ou irlandaises qui sévirent aux États-Unis ont marqué les esprits, sans que tous les émigrants des Pouilles ou du Connemara soient complices du crime organisé. Ce constat doit être le même pour les personnes originaires des Balkans ou du Maghreb.
Les chiffres de la délinquance étrangère confirment qu’il faut combattre le crime à l’échelle du continent, pas seulement à l’intérieur de nos frontières. L’ex-Yougoslavie est devenue un incubateur de criminels à cause de la guerre qui l’a ravagée. Il en va de même pour la Tchétchénie.
Les autorités de ces pays doivent commencer par faire le ménage chez elles. L’Europe doit les aider en restant ferme sur les principes que sont la sécurité des citoyens ou la lutte contre la corruption. Or, on ne peut que constater que ni la Roumanie, ni la Bulgarie ne remplissent de manière satisfaisante cette liste de critères. Il serait bon de s’en souvenir avant d’accueillir d’autres candidats à l’entrée dans l’Union européenne.
La coopération internationale ne saurait exonérer la France de sa responsabilité en matière de sécurité publique. Les lois existent, elles doivent être appliquées rigoureusement. C’est la seule solution pour éviter les amalgames douteux et, à l’inverse, un angélisme dévastateur qui serait une invitation à détourner les règles de notre société.
dimanche 15 décembre 2013
Ayrault, la faute
Ayrault, la faute
Raciste, bornée, fermée à l’autre : la France dessinée par le rapport sur l’intégration serait un pays à mettre au ban des nations. Jean-Marc Ayrault a cru bon de publier cette charge contre la République sur le site de Matignon. À trois mois des élections, un tel brûlot est plus fait pour déchaîner les passions que pour apaiser les Français.
Selon ce texte, notre histoire devrait être remise à plat, le voile islamique autorisé à l’école et l’on devrait bâtir une France communautariste, au mépris de tout ce que notre pays a pu apporter et apporte encore aux valeurs de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Étaient-ils racistes nos deux soldats morts à Bangui, là où, justement, le communautarisme religieux déchire la Centrafrique. Racistes, les jeunes parachutistes musulmans tués par Merah, un fanatique ? Ils portaient l’uniforme d’un pays qui n’a eu de cesse de défendre la tolérance et le vivre ensemble.
Les crimes de la colonisation, le racisme, les dérives de l’extrême-droite alimentent ce rapport. Ils sont condamnables et ont été condamnés. Ceux qui l’ont pondu tirent un trait sur Schoelcher ou de Gaulle. La France qui accueillit Picasso ou l’écrivain algérien Yasmina Khadra ne mérite pas d’être ainsi malmenée. Notre modèle d’intégration a fonctionné, pas aussi bien qu’on aurait pu le souhaiter, en s’ouvrant aux migrations successives, y compris maghrébines. Il coince aujourd’hui. Mais doit-on démonter l’Histoire de France, les lois et le creuset national pour sacrifier à quelques intégristes ou aux loulous en rupture d’école ?
La République est toujours là. Marianne ne porte pas le voile. Est-ce un crime ? Faut-il interdire La Liberté guidant le peuple de Delacroix parce que cette fichue Marianne a le sein nu et que sur les barricades de 1830, la « diversité » n’est pas représentée ?
Une fois de plus, le gouvernement prend le risque de jeter les Français les uns contre les autres, alors que le pays a besoin de se retrouver pour sortir de la crise qui la ronge. Cette critique du pacte républicain risque d’accentuer le repli sur soi et les votes extrémistes.
Un sacré lapin
Un sacré lapin
Les Chinois ont posé un sacré lapin sur la Lune ! Le succès de la sonde spatiale « Lapin de jade » fait de l’Empire du milieu la troisième nation à réussir l’alunissage d’un engin. Seuls les USA et l’Union soviétique étaient parvenus à un tel exploit. Depuis 1976, le satellite de la Terre n’avait pas reçu de visite. Washington et Moscou avaient arrêté leur compétition dans l’espace pour se consacrer à une lutte plus terrestre.
L’exploit chinois confirme que Pékin joue la carte de l’excellence sur tous les terrains, de l’économie au ciel. Cela n’a rien de surprenant. Les Chinois ont réussi à bâtir une telle puissance qu’ils peuvent tout décrocher, y compris la Lune. Ils possèdent la technologie et l’argent qui permet de gagner des paris auxquels les Américains ont renoncé faute de moyens financiers.
Il y a quarante ans, un Français, Alain Peyrefitte jouait les prophètes en écrivant : « Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera ». La Chine s’est éveillée, le monde ne tremble pas, mais il frissonne face aux appétits de la superpuissance asiatique. Des cités surpeuplées d’Afrique aux grands vins de Bourgogne, les millionnaires de Canton ou Shanghai investissent pour leur plus grand profit et celui de leur patrie.
Mao est mort et bien enterré. Marxistes convertis au capitalisme, les Chinois restent traditionalistes et le Grand Timonier est honoré au même titre que tous les ancêtres. Les derniers fruits de son héritage, les plus amers, permettent aux dirigeants chinois d’étouffer la liberté pour bâtir un nouvel empire sans opposition. Les maîtres de Pékin savent pertinemment que leurs compatriotes ont besoin de riz, d’une liberté minimum et de fierté nationale. Le « Lapin de jade » va faire l’effet d’une surdose de ginseng sur l’ego de tout un peuple. Une idée, fausse, veut que la muraille de Chine soit le seul monument terrestre que l’on puisse voir depuis la Lune.
Les Chinois se marrent : ils voient toute la terre de là-haut, maintenant qu’ils ont largement dépassé leurs frontières traditionnelles. Désormais, ils n’ont plus de limite. L’Empire du Milieu a un centre : la Terre et l’espace pour s’étendre.
mardi 10 décembre 2013
Tanguy et Laverdure
Tanguy et Laverdure
Nelson Mandela a failli réaliser, post-mortem, un miracle digne de la canonisation : réconcilier François Hollande et Nicolas Sarkozy. Raté ! Les deux hommes se rendront bien aux obsèques du vieux lutteur, mais dans deux avions séparés. Le président de la République a invité son prédécesseur. La courtoisie républicaine s’arrêtera là. Il faut que les choses soient claires : Hollande et Sarkozy ne seront pas les Tanguy et Laverdure de la cohabitation, même éphémère. La haine est toujours aussi vive entre le « baron rose » et son adversaire du « Grand cirque » médiatico-politique.
Cette affaire aérienne a tout pour se transformer en crash ridicule. Alors que le commandant de bord élyséen adjure ses compatriotes de boucler leur ceinture pour faire des économies, il affrète deux avions, pour ne pas avoir à cohabiter avec son prédécesseur. À 8000 euros l’heure de vol, ça fait cher la bouderie. La grandeur française ne se serait pas relevée de voir les deux présidents descendre l’un derrière l’autre sur le tarmac de Johannesburg.
Les Américains, eux, n’ont pas ce genre de vapeurs. Barack Obama a invité George W. Bush à bord d’Air Force One. Les deux hommes ne sont pourtant pas des proches, mais ils savent où se situe l’intérêt supérieur de leur pays. François Hollande aurait pu faire de même en utilisant l’Airbus présidentiel. Celui que les mauvais esprits avaient baptisé « Air Sarko One ». Le président ne supportait pas l’idée de monter dans cet avion en même temps que celui qui l’avait commandé.
Et pourtant, l’Élysée comptait bien l’utiliser au départ. Ordre a été ordonné à Jean-Marc Ayrault d’écourter son voyage en Chine pour que l’Airbus soit disponible. Tant pis pour l’orgueil des Chinois mis devant le fait accompli. Eux, qui avaient déjà mal vécu la très courte visite de François Hollande en avril dernier, risquent de faire payer très cher ce manque d’égards.
Le protocole sud-africain va devoir marcher sur des œufs pour éviter l’impair. Alors que le monde entier s’apprête à saluer l’homme qui a œuvré à la délicate réconciliation des Blancs et des Noirs dans son pays, le duel franco-français a quelque chose d’affligeant.
lundi 9 décembre 2013
Plomberie en mauvais état
Plomberie en mauvais état
La législation européenne ressemble un peu à un champ de mines. Elles explosent quand on ne s’y attend pas et les dégâts sont terribles. Le dossier des travailleurs détachés appartient à cette catégorie des bombes à retardement. La directive n’est pas récente : elle date de 1996. Il aura donc fallu près de vingt ans pour s’apercevoir des dommages qu’elle pouvait occasionner. À l’époque, l’Union européenne était encore grisée par l’effondrement des pays de l’Est. Le souci d’intégrer ces nations, pour leur éviter de sombrer dans le chaos qui venait de ravager l’ex-Yougoslavie, explique que politiques et eurocrates aient confondu altruisme et réalisme.
Plusieurs crises sont passées par là et une majorité de pays européens s’aperçoivent que l’opération portes ouvertes tourne à la confusion. Comme il est impossible de faire marche arrière, on se remet à table pour corriger les effets pervers de cette directive. Sauf qu’une fois de plus, les Européens ne sont pas d’accord. Et pour cause ! Il y a ceux qui voient leur marché du travail souffrir des fraudes et les autres qui, eux, se réjouissent de voir leur chômage baisser et leurs salariés rapporter de l’argent.
La France est au premier rang des victimes avec 400 000 travailleurs détachés, légaux ou pas. D’autres pays la suivent dans sa volonté d’amender la directive. Face à eux, on trouve l’alliance des nations de l’Est et des libéraux forcenés menés par Londres. La Pologne sort bec et ongles pour défendre son trop célèbre plombier.
Les deux camps se retrouvent sur un point : faute d’accord, les prochaines élections européennes s’annoncent désastreuses. Les formations politiques traditionnelles craignent d’être sanctionnées par un vote en faveur de l’extrême droite ou de l’extrême gauche. Ces deux ailes se rejoignent dans une égale détestation d’une Europe brouillonne, incapable de se protéger des fraudes. La multiplication des sommets et des conciliabules pour réparer les gaffes fait effectivement désordre.
La tuyauterie européenne, que l’on nous promettait « nickel », est une passoire dans laquelle s’engouffrent tous ceux qui réduisent l’Europe à un libre-service que l’on braque impunément.
dimanche 8 décembre 2013
Danger, c’est Noël !
Danger, c’est Noël !
C’est fou ce que les fêtes de Noël sont dangereuses ! À en juger par les contrôles de plus en plus nombreux effectués sur les jouets ou les décorations, les pouvoirs publics nous protègent à peu près autant du Père Noël que d’un autre barbu moins sympathique, adepte de la kalachnikov.
Il faut dire que le bonhomme rouge et blanc peut vite se transformer en ordure, quand il tente de fourguer aux gamins un ours en peluche toxique ou un jeu de construction qui ferait le bonheur d’un marchand de sommeil. Les Italiens viennent de saisir une cargaison en provenance de Chine qui promettait un Noël sans merci aux malheureux gogos qui auraient acheté des guirlandes dangereuses ou des jouets empoisonnés.
Si l’on en croit nos services spécialisés, jamais la hotte du Père Noël n’aura été aussi propre. Un vrai bonheur pour les maniaques du balai et les dévoreurs de notices. Encore un effort et on va nous vendre la poupée plus écolo qu’un Vert de chez nous. Il paraît même qu’il y aura la version « transformer » : on passe du gilet en laine du Larzac au tailleur ministériel.
Dans le monde aseptisé et bien policé qu’on nous bâtit, même l’alimentation est sous contrainte. Les inspecteurs traquent le frigo atteint par le réchauffement, le code-barres douteux et la terrine de lapin fabriquée avec un vainqueur d’Auteuil aussi clean qu’un cycliste américain. On n’échappe pas non plus au petit couplet sur le foie gras et son mode de fabrication. Le palmipède doit être chouchouté avant de passer de vie à trépas. Certains pays en ont même suspendu la vente. Faudra-t-il bientôt « vapoter » un produit aromatisé au foie gras pour éviter d’être taxé pour conduite addictive ?
Doucement, mais sûrement, nos Noëls sont placés sous haute surveillance. On passe des contrôles indispensables à la sécurité à une frénésie procédurière. Le mouton de la crèche est-il conforme aux normes bruxelloises ? À quand la procédure contre Joseph et Marie pour maltraitance ? Laisser dormir un gamin dans une mangeoire, quelle honte ! Quant aux rois mages, ils ont intérêt à faire gaffe : fumer de la myrrhe et de l’encens en important frauduleusement de l’or, ça va chercher dans les combiens ?
vendredi 6 décembre 2013
Hollande saute sur Rennes
Hollande saute sur Rennes
François Hollande est un vrai chef de guerre. Il en a administré une nouvelle preuve mercredi soir. Le président de la République a retrouvé discrètement des élus de gauche au ministère de la Défense pour y parler, non pas de l’intervention en Centrafrique, mais de la contre-attaque en Bretagne. Tels les légionnaires à Kolwezi, François Hollande s’apprête à sauter sur Rennes pour sauver les Bretons.
Le chef des armées a eu le langage martial qu’il fallait pour doper ses troupes : « Moi je suis au travail, vous, vous devez être au combat ». Ses « p’tits gars » revigorés sont retournés dans leur région affronter les bonnets rouges. Ils ne repartent pas les mains vides, puisque le gouvernement fait donner l’artillerie lourde. Deux milliards d’euros seront consacrés au « pacte d’avenir », destiné à redonner du tonus à l’économie bretonne. C’est pas mal, même si c’est moins que les cinq milliards promis à Marseille. Comme quoi, le bruit de la kalachnikov est plus efficace que le son du biniou, même en colère, pour faire bouger l’État.
Les premières réactions ne sont pas à la hauteur de l’effort. Les révoltés du poulet volent dans les plumes de Matignon et les élus de droite ont l’impression de sentir l’algue verte. Le président de la République a choisi les godillots de gauche pour remettre la Bretagne au pas. L’enjeu est électoral. Il faut éviter de rester en rade à Brest ou Lorient.
Alors que la majorité chante joyeusement « ils ont les chapeaux pleins de ronds, vive les Bretons », les autres régions murmurent « elles n’ont pas un rond, les autres sont des c… » Une telle politique revient à favoriser ceux qui hurlent le plus fort ou cassent le plus de péages. La sage Alsace n’a pas peint ses bretzels en rouge pour défendre son TGV ou sa centrale nucléaire sacrifiée. La Bourgogne n’a même pas dit que la moutarde lui montait au nez. Bien mal leur en a pris. La manne élyséenne les ignorera.
En revanche, aucune région ne sera laissée de côté quand il s’agira de trouver les milliards si généreusement octroyés. L’offensive bretonne sera financée à crédit. Mais une chose est sûre : on ne gagne jamais la guerre en tirant à blanc.
mardi 3 décembre 2013
Un dimanche déjà dépassé
Un dimanche déjà dépassé
Si Dieu choisit de se reposer le dimanche, il n’en va pas de même pour la technocratie. Le rapport Bailly, présenté hier au Premier ministre, ne laisse pas augurer la fin de la cacophonie dominicale. À en juger par les propositions de l’ancien directeur de la Poste (établissement fermé le dimanche), les disparités ne seront pas toutes gommées, loin s’en faut.
Le gouvernement entend cependant faire voter une loi destinée à clarifier la situation actuelle. Et, comme le veut désormais la tradition, il y aura une phase de consultation avant l’élaboration du texte qui sera présenté au Parlement. On souhaite bien du plaisir aux consultants. Le rapport Bailly propose de remplacer un puzzle par un jeu de construction. Il y aura toujours des disparités selon les zones. La liste des commerces ouverts ou pas risque de faire grincer les dents des exclus. On annonce d’ores et déjà « dérogations » et « règles transitoires » qui sont autant de bombes à retardement. Ainsi, l’Alsace-Moselle conservera son statut fixé par le droit local, allègrement contourné par ceux qui profitent des dimanches ouverts au commerce en Allemagne ou chez des voisins moins contraints.
Jean-Marc Ayrault promet qu’il « n’y aura pas de remise en cause de la règle du repos dominical ». Sauf qu’un tiers des salariés travaille déjà occasionnellement ou régulièrement ce jour-là, volontairement ou non. La future loi devra encadrer les modalités du travail dominical pour éviter les dérives. Il faudra donc accorder les violons des syndicats et ceux des patrons. Le tout sous l’œil des consommateurs qui, eux, veulent majoritairement faire leurs courses le dimanche.
Ce dossier apporte une nouvelle preuve de l’évolution de la société. La pratique religieuse régresse et les modes de consommation changent. Le e-commerce ignore les heures et les jours d’ouverture. Il est le principal concurrent des enseignes en dur. Le rapport Bailly s’y réfère et prévient que le commerce traditionnel doit se préparer à des heures d’ouverture plus larges. Le débat sur l’ouverture dominicale risque d’être rapidement dépassé par celui sur l’avenir des magasins plombés par les achats sur internet.
lundi 2 décembre 2013
Clopes sans frontières
Clopes sans frontières
La ligne Maginot érigée par nos législateurs contre les achats de tabac dans les autres pays européens est morte. L’Assemblée s’apprête à voter la fin des quotas d’importation. Les fumeurs français pourront aller faire le plein chez leurs voisins sans risquer les foudres de la douane.
Les députés français ne voteront pas cette réforme de gaîté de cœur. Ils sont obligés de revoir la loi sous la pression de la Cour européenne de justice, qui estime que les restrictions à l’importation servaient à protéger la production française de tabac. Eh oui, on ne mégote pas avec l’Union européenne, même quand on met en avant l’excellent argument de la santé des bronches nationales.
La nouvelle n’a pas de quoi réjouir les buralistes français, proches de pays où le tabac est moins cher. L’opération « clopes sans frontières » est lancée et on risque de voir revenir des voitures émettant une jolie fumée, aussi bleue que le drapeau d’une Union qui fait tout et son contraire. On ne peut dépenser des milliards d’euros dans la lutte contre le tabagisme et, dans le même temps, au nom de l’ouverture des frontières, menacer un État de représailles parce qu’il érige des quotas protecteurs de la santé.
Pour être, malgré tout, optimiste, ces nouvelles normes permettront, peut-être, de freiner le trafic de cigarettes qui surfe sur les hausses à répétition du tabac. Les dealers risquent de ne pas être les seuls à râler. L’État a, lui aussi, quelques soucis à se faire, car cette mesure pourrait bien priver le Trésor public de taxes, si utiles en ces périodes difficiles. Les hausses du prix des paquets vilipendés arrangeaient bien les finances du pays. La future augmentation de 20 centimes, prévue le 1er janvier, risque fort de renforcer les charters de la nicotine, au détriment de la bronchite civique.
Évidemment, le fumeur de la Creuse ou de la Haute-Loire sera lésé. Il n’aura guère le loisir de franchir la frontière pour remplir sa pipe. Faudra-t-il voter une défiscalisation au nom de l’égalité ? On en doute. Ces enclavés se retourneront peut-être vers la grande armée des vapoteurs, reconnaissables à leurs petits nuages de fumée aromatisée.
En lambeaux
En lambeaux
Quand le pays ne marche pas comme il le souhaite, le Français, lui, marche. Les râleurs et les inquiets avaient le choix hier. Ils pouvaient manifester contre l’écotaxe, la crainte du racisme, les rythmes scolaires ou la fiscalité. Pourtant, on ne peut pas dire que les thèmes désignés à la vindicte populaire aient remarquablement mobilisé. Les organisateurs auront eu l’appui des plus motivés, les autres se seront contentés de remâcher leur rancœur dans leur coin.
Cette grogne diffuse, à l’origine de ces mouvements sporadiques, alimente les mauvais sondages et les inquiétudes des partis. Il n’est pas du tout sûr que les marcheurs protestataires enfileront leurs chaussures pour aller voter. D’ici là, les manifestations risquent de continuer face au gouvernement, qui joue le pourrissement. La météo, aussi maussade qu’un contribuable, est la principale alliée de Jean-Marc Ayrault et de François Hollande, en attendant, évidemment, la fameuse trêve des confiseurs.
Cette pause est trompeuse. Elle dissimule le blues national. Seule la hotte du Père Noël est capable, aujourd’hui, de donner un peu de tonus à la consommation en berne. La hausse de la TVA prévue au 1erjanvier n’arrangera rien, même si elle doit contribuer à combler une partie du déficit budgétaire. Faute d’un discours rassembleur, les Français ont de moins en moins la tripe consensuelle. On n’est plus très loin du sauve-qui-peut, chacun pour soi.
Les manifestations en ordre dispersé, les bonnets de toutes les couleurs, les pigeons et autres emblèmes désespérés sont autant de signes d’un pays qui part en lambeaux. La crise n’est pas seulement économique, elle est politique et morale. Chacun défend son pré carré. On est bien loin de l’image gastronomiquement sympathique d’une France aussi diverse que ses fromages. On plonge dans le communautarisme, le clanisme et le corporatisme.
Tout cela se déroule sous les yeux d’une classe politique qui ressemble à une espèce de hamster uniquement préoccupé de tourner dans sa belle roue en plastique. L’opposition se déchire, la majorité se chamaille et le FN se pourlèche les babines. Cela ne donne plus envie de marcher, mais de courir !
samedi 30 novembre 2013
Appel de détresse
Appel de détresse
La violence appelle, malheureusement, la violence. Le bijoutier de Sézanne qui a abattu un braqueur était attaqué pour la quatrième fois. Il a brandi son arme pour se défendre. C’est à la justice, désormais, de déterminer s’il y a eu légitime défense. En attendant, on se bornera à constater que le commerçant faisait face à une agression caractérisée. Les deux braqueurs avaient visiblement sous-estimé la capacité du bijoutier à s’opposer à leur attaque. Mal leur en a pris.
Sitôt ce drame connu, les témoignages de solidarité avec le commerçant se sont multipliés. Ils témoignent d’un ras-le-bol généralisé face à la recrudescence de ce que l’on hésite à encore appeler la « petite criminalité ». Outre la multiplication des braquages, on note une très forte hausse des cambriolages en France. À cela viennent s’ajouter les vols agricoles, véritable pillage des campagnes.
Cette vague de criminalité fait régner un climat d’inquiétude dans un pays déjà fortement atteint par la morosité que génère la crise économique. Privés d’emplois, en perte de pouvoir d’achat, les Français vivent très mal la délinquance quotidienne.
Ce désarroi explique également les réactions de rejet à l’égard de certaines communautés dont sont originaires plusieurs bandes mises en cause à de nombreuses reprises dans des affaires de vols. Ces gangs se jouent des frontières et font souvent usage de violence. Ils ajoutent à l’inquiétude due au petit banditisme issu des quartiers. Qu’ils soient ou pas situés en zones de sécurité prioritaire.
Le danger est grand de voir les citoyens s’armer, comme à Sézanne ou à Nice. La loi du Colt renvoie à une image plus proche de l’Ouest sauvage que de la démocratie apaisée. La tentation de l’autodéfense n’est pas récente, elle n’en demeure pas moins inquiétante. L’État et l’Europe doivent mieux prendre en compte les inquiétudes de leurs citoyens. Inquiets, déboussolés, ceux-ci multiplient les appels au secours. Le vote en faveur des partis d’extrême-droite est un signal de détresse adressé à des gouvernements qui semblent oublier le bien-être de leurs concitoyens, de plus en plus persuadés d’être condamnés à souffrir dans la solitude.
vendredi 29 novembre 2013
Le fût du canon
Le fût du canon
François Hollande ressemble aux Hercule de foire qui s’évertuaient à plier une énorme barre de fer. Soufflant, rougissant, suant, ils y parvenaient sous les applaudissements des badauds. Sauf que la fameuse courbe du chômage résiste, elle, aux efforts du costaud élyséen. Et, même si l’embellie d’octobre lui permet de souffler, rien ne dit que le chômage baissera durablement.
Craignant de décevoir son public, le président de la République a même laissé échapper hier matin que l’inversion « prendra tout le temps qui est nécessaire ». Le ministre de la Défense aurait pu préciser que, ce « temps nécessaire » rappelle celui que met le fût du canon à refroidir, selon Fernand Raynaud.
À peine lâché cet aveu pessimiste, le président a enclenché la marche à arrière pour réaffirmer qu’il est persuadé que la courbe du chômage se mettra à la baisse. Ce nouveau faux-pas en matière de communication met à mal le volontarisme élyséen. Si même le chef de l’État en arrive à se contredire, c’est la preuve d’une certaine gêne au sommet.
L’optimisme affiché par l’Élysée est démenti par quasiment tous les organismes économiques. La France manque de croissance, seul moyen de créer des emplois productifs. Jusqu’à présent le gouvernement a joué la carte des emplois subventionnés pour faire baisser les chiffres de Pôle Emploi. Cette politique génère plus de déficits publics qu’elle ne crée de richesse.
Or, les perspectives 2014 ne s’annoncent guère brillantes. Le FMI table sur une croissance de 1 % en France l’année prochaine, ce qui n’incite guère à l’optimisme en matière de créations d’emplois. Cette prévision est doublement inquiétante pour la majorité, économiquement et électoralement.
La France a promis de continuer sa cure d’austérité. Faute de croissance, l’économie générera moins de richesses, donc moins de rentrées dans les caisses de l’État qui devra serrer un peu plus la vis en matière d’économies et, il faut le craindre, de prélèvements. Tout cela risque de se payer cash en mars aux municipales et aux européennes.
S’il y a une courbe qui risque de fortement s’inverser, c’est celle des élus socialistes.
Et cela malgré les mantras présidentiels, scandés sans répit.
S’il y a une courbe qui risque de fortement s’inverser, c’est celle des élus socialistes.
Et cela malgré les mantras présidentiels, scandés sans répit.
jeudi 28 novembre 2013
Chassez le client…
Chassez le client…
La prostitution est un débat qui passionne, au moins, la classe politique. Alors que la France était encore en ruines, Marthe Richard avait obtenu la fermeture des maisons dites de tolérance. Puis, de temps à autre, les parlementaires ont continué à œuvrer pour éradiquer « le plus vieux métier du monde ».
L’épisode actuel témoigne de l’évolution des mœurs politiques : les élus furent longtemps abonnés aux maisons closes. Cette fois, ils s’attaquent à un nouvel ennemi : le client. Une fois le texte voté, le fameux « micheton » risquera désormais gros s’il s’offre les services d’une prostituée. Les initiateurs de cette loi espèrent qu’en réduisant la demande, l’offre se tarira.
La gauche s’apprête à voter le texte alors que la droite hésite encore. Le sujet est délicat car l’unanimité est loin de prévaloir au sein de la population. Défenseurs et opposants se déchirent à coups de pétitions. Même au sein des associations, le texte ne convainc pas tout le monde. C’est dire, qu’une fois de plus, dans une période difficile, cette loi semble bien loin des préoccupations des gens. Pour la majorité, c’est du pain béni : les Français n’arpenteront ni les rues, ni les trottoirs pour défendre l’utilisateur d’amours tarifées. Voici au moins un texte qui passera sans anicroche. Le gouvernement n’aura pas à mettre la main à la poche pour se concilier les faveurs d’une minorité agissante. Seuls les sceptiques risquent d’être accrochés à la lanterne moralisatrice.
La chasse au client présente un immense avantage : il est plus facile à identifier que les réseaux mafieux qui mettent sur le trottoir des milliers de malheureuses. Cette prolifération est un véritable échec européen. La prostitution est une immense source de profits pour le crime organisé qui saura, une fois de plus, contourner l’obstacle.
Les péripatéticiennes vont devoir séduire un client qui fait mine de ne pas les voir. C’est délicat. Sauf si les deux personnes intéressées se retrouvent dans des lieux discrets, loin des regards policiers. Autrement dit, la prostitution risque de plonger un peu plus dans la clandestinité, ce qui n’améliorera en rien le sort des professionnelles de l’amour tarifé.
dimanche 24 novembre 2013
« Nervous breakdown »
« Nervous breakdown »
Voici Lautner et Audiard réunis, laissant derrière eux quelques millions d’orphelins. De flingueurs, les malheureux tontons se retrouvent flingués. Évidemment, nous connaissions la fin, inéluctable. Elle est aussi brutale qu’un alcool indéterminé avalé sur un coin de table de cuisine. Au bout du bout, la Camarde finit toujours par triompher.
Lautner, comme tous les grands faiseurs de films, dynamitait, dispersait, ventilait la morosité. Il va sérieusement nous manquer. Non qu’il n’y ait pas de successeurs. Mais on a rarement connu un tel concentré de bonne humeur. Notre époque riche en « nervous breakdown » aurait bien besoin d’autres élixirs de ce genre pour calmer les tord-boyaux que la crise nous distille.
Le réalisateur et son dialoguiste doivent se marrer sur leur nuage en écoutant les éloges funèbres unanimes à propos de Lautner et de ses « films cultes ». Adieu le message « poujadiste » et « franchouillard » que d’aucuns leur collèrent. On encense les triquards, on sanctifie les politiquement incorrects. Le premier qui pense que « les c… ça ose tout et c’est à ça qu’on les reconnaît » gagne une photo dédicacée de Lulu la Polonaise.
Certes, on sait que ce qu’il y a de curieux chez les politiques (comme chez les marins), « c’est ce besoin de faire des phrases ». Mais à force de manier l’encensoir hier, certains risquent la crampe. On peut même se demander si, aujourd’hui, quelques répliques de Michel Audiard ne lui vaudraient pas d’être cloué au pilori par les bien-pensants. Nos cultureux, toujours à la recherche de « l’anti-accord absolu » que mitonnait l’excellent Claude Rich dans son grenier, en avaleraient leur dernière subvention.
Malgré le noir et blanc, l’absence de trucages, les Français, toutes générations confondues, se marrent comme des baleines depuis cinquante ans. Ça mérite le respect. Même François Hollande s’est inspiré de la saine leçon des « Tontons flingueurs » avec sa boîte à outils. Il s’est rappelé ce conseil crucial : « Si on bricolait plus souvent, on aurait moins la tête aux bêtises. » À moins que, las des mauvais sondages, il ne soupire : « On ne devrait jamais quitter Montauban » ou Tulle.
samedi 23 novembre 2013
Le charbon de la colère
Le charbon de la colère
Le moral des associations écologistes présentes à la conférence sur le climat à Varsovie est à peu près aussi noir qu’un morceau de charbon. On ne peut pas dire que le choix de la capitale polonaise fut particulièrement judicieux pour parler d’écologie. La Pologne est l’un des plus gros utilisateurs mondiaux de charbon. Pis : les Polonais ont poussé la provocation jusqu’à organiser un sommet parallèle consacré justement à ce type d’énergie.
Faut-il pour autant accabler les Polonais ? Ils ne sont pas seuls à trouver au charbon des vertus économiques. L‘Allemagne se retourne également vers cette énergie vouée aux gémonies par les écologistes. Seulement, Fukushima est venu brouiller les cartes. La République fédérale a brutalement décidé de tourner le dos au nucléaire. Il fallait bien trouver des énergies de substitution pour faire tourner la belle mécanique économique allemande.
La Chine, de moins en moins rouge, est plutôt noire de suie tant le charbon y est brûlé pour maintenir la croissance industrielle. Tous ces pays se moquent de l’ours blanc ou des îliens du Pacifique. Seule compte l’économie, source de revenu et de bien-être.
Ce débat agite aussi la France. Quand les Français disent « non » à l’écotaxe, ils défendent leur pouvoir d’achat et relèguent l’écologie au second plan. Le baromètre économique des entreprises et des ménages est entré dans la zone des tempêtes et les bonnes résolutions sont emportées par l’orage budgétaire.
Le gouvernement, qui semblait vouloir réduire la part du nucléaire, hésite aujourd’hui. Au final Fessenheim risque d’être arrêté plus par idéologie que par nécessité. Or, il n’est plus temps de faire la fine bouche. L’économie française a besoin d’énergie et celle-ci doit être la moins chère possible sous peine de voir s’éteindre la petite étincelle d’une croissance faiblarde.
Une fois de plus, le monde fonctionne sur le principe du chacun pour soi. Tant pis si la Terre est de plus en plus petite et usée. Ce que les pays développés n’ont pas fait du temps de leur prospérité, ils ne le feront pas aujourd’hui. Pour une fois optimistes, ils espèrent avoir le temps de le faire… un jour.
vendredi 22 novembre 2013
La grande illusion Kennedy
La grande illusion Kennedy
Vivant, Kennedy séduisait. Mort, il a pris la dimension d’un mythe. À Dallas, l’Amérique a perdu bien plus qu’un président. Elle a dit adieu à une forme d’optimisme et de croyance en un avenir meilleur. Les Américains ne furent pas seuls à subir cette perte. Aujourd’hui encore, les contemporains du drame se rappellent ce qu’ils faisaient lorsqu’ils encaissèrent le choc.
Kennedy succédait à de vieux présidents. Eisenhower était l’homme du Débarquement de 1944. Il était d’un autre temps. L’Amérique de 1960 aspirait à tourner la page d’un siècle douloureux. Kennedy a fait rêver ses compatriotes, y compris en leur promettant la Lune. Sa nouvelle frontière a séduit la génération de l’après-guerre. Son sourire, sa famille, sa vie étaient aussi clinquants qu’un pare-chocs de Cadillac. En un mot comme en cent, il était jeune. De Gaulle, Churchill étaient de grands hommes, mais ils étaient vieux, gris, tristes. Surtout, ils étaient le souvenir vivant de l’horreur du monde des parents.
Dallas a sonné le glas de cette insouciance. On ne l’a pas su tout de suite. Pourtant, très vite, la statue de l’idole a été érodée par les révélations, les critiques. Pêle-mêle, la Baie des Cochons, l’affaire Marylin, les amitiés douteuses avec des mafieux, le passé du père ont éclaboussé sa légende. La vie de l’idole est sortie ternie par cette grande lessive.
À peine le sang de Dallas avait-il séché que les boys sont partis en masse au Vietnam. La guitare électrique était remplacée par les rotors des hélicos. Puis vint le temps des contestataires. Une nuit de juillet 69, les Américains décrochèrent la Lune. Kennedy avait gagné, au-delà de la mort. Mais les Trente Glorieuses n’avaient plus que quelques années à vivre.
Un demi-siècle après sa mort, Kennedy hante toujours la planète. Ses succès comme ses turpitudes passionnent. Il fut le dernier président américain qui fit croire à ses compatriotes que tout était possible. Sa mort, nul ne pouvait alors le prévoir, mettait fin à notre croyance en un monde sans limite, où tout est possible. À l’heure de la survie planétaire, JFK redevient plus que jamais ce qu’il fut : une grande illusion. La nôtre.
vendredi 15 novembre 2013
« Humour » nostalgique
« Humour » nostalgique
L’humour et la provocation sont deux domaines où la France excelle. On le sait depuis fort longtemps. Il fut des époques où l’humour conduisait en prison. Les impertinents purent même passer pour les hérauts de la liberté. Leurs descendants ne risquent plus la bastonnade ou la cellule. Cela ne donne pas pour autant le droit de camoufler l’ignominie sous les oripeaux de la caricature.
La « Une » de Minute s’égare dans les mêmes marigots que certaines feuilles d’avant-guerre. Le débat politique d’alors était souvent brutal. Il a pu tuer, à l’image du suicide de Roger Salengro. Quelques-uns de ces journaux allèrent jusqu’à ouvrir leurs colonnes aux pires théories raciales. On pensait la France d’aujourd’hui vaccinée. Erreur.
La liberté de la presse est vitale, mais, comme toutes les libertés, elle doit se fixer ses propres limites. Les attaques contre Christiane Taubira les ont franchies en jouant sur les mots et les images. Les journalistes de Minute pensent n’avoir usé que de leur droit à l’irrévérence. La justice devra se prononcer sur ce point. Comparer cette affaire à celle des couvertures de Charlie Hebdo dénonçant les djihadistes musulmans est un argument fallacieux. La lutte contre le fanatisme ne saurait être comparée à un douteux amalgame.
Pierre Desproges disait que l’on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui. L’extrême droite veut faire croire que l’on peut rire de tout en faisant n’importe quoi. Pas n’importe quand en l’occurrence. La crise donne des ailes aux extrémistes. La multiplication des attaques contre la garde des Sceaux n’a rien de surprenant. Elle concentre bien des rancœurs, parfois à cause de son militantisme. Ses adversaires, jamais remis de l’élection de 2012, emploient tous les moyens pour prendre leur revanche, quitte, pour certains, à nier les règles les plus élémentaires de la démocratie.
Les sondages calamiteux pour les partis traditionnels, comme les résultats des élections partielles, alimentent le triomphalisme de ceux qui aimeraient capter le ras-le-bol actuel. On devine même chez certains des penchants pour une croix mal gommée. Ils nous renvoient aux pires moments de notre histoire.
jeudi 14 novembre 2013
« Humour » nostalgique
« Humour » nostalgique
L’humour et la provocation sont deux domaines où la France excelle. On le sait depuis fort longtemps. Il fut des époques où l’humour conduisait en prison. Les impertinents purent même passer pour les hérauts de la liberté. Leurs descendants ne risquent plus la bastonnade ou la cellule. Cela ne donne pas pour autant le droit de camoufler l’ignominie sous les oripeaux de la caricature.
La « Une » de Minute s’égare dans les mêmes marigots que certaines feuilles d’avant-guerre. Le débat politique d’alors était souvent brutal. Il a pu tuer, à l’image du suicide de Roger Salengro. Quelques-uns de ces journaux allèrent jusqu’à ouvrir leurs colonnes aux pires théories raciales. On pensait la France d’aujourd’hui vaccinée. Erreur.
La liberté de la presse est vitale, mais, comme toutes les libertés, elle doit se fixer ses propres limites. Les attaques contre Christiane Taubira les ont franchies en jouant sur les mots et les images. Les journalistes de Minute pensent n’avoir usé que de leur droit à l’irrévérence. La justice devra se prononcer sur ce point. Comparer cette affaire à celle des couvertures de Charlie Hebdo dénonçant les djihadistes musulmans est un argument fallacieux. La lutte contre le fanatisme ne saurait être comparée à un douteux amalgame.
Pierre Desproges disait que l’on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui. L’extrême droite veut faire croire que l’on peut rire de tout en faisant n’importe quoi. Pas n’importe quand en l’occurrence. La crise donne des ailes aux extrémistes. La multiplication des attaques contre la garde des Sceaux n’a rien de surprenant. Elle concentre bien des rancœurs, parfois à cause de son militantisme. Ses adversaires, jamais remis de l’élection de 2012, emploient tous les moyens pour prendre leur revanche, quitte, pour certains, à nier les règles les plus élémentaires de la démocratie.
Les sondages calamiteux pour les partis traditionnels, comme les résultats des élections partielles, alimentent le triomphalisme de ceux qui aimeraient capter le ras-le-bol actuel. On devine même chez certains des penchants pour une croix mal gommée. Ils nous renvoient aux pires moments de notre histoire.
mercredi 13 novembre 2013
Risques d’explosion
Risques d’explosion
Les sifflets du 11 Novembre, aussi indignes soient-ils, ont confirmé que la France traverse une crise profonde. Crise économique, certes, mais aussi morale et sociétale. Les difficultés économiques déchirent le tissu national. Les « bonnets rouges » bretons illustrent ce désarroi. La tentation d’un repli identitaire est bien là. Même si la colère mobilise surtout l’Ouest, d’autres régions souffrent, à commencer par l’Alsace, jadis prospère. Il serait extrêmement dangereux de traiter la Bretagne comme une entité à part. Jusqu’à preuve du contraire, les Français sont égaux et la solidarité nationale ne saurait se mesurer à une bouée de sauvetage lancée à celui qui crie le plus fort.
La tentation du « sauve-qui-peut » est là et elle réjouit tous ceux qui ont envie de profiter de la situation pour tordre le cou à la République. Extrémistes de droite ou de gauche partagent au moins une chose : la haine de la démocratie. L’instrumentalisation du désespoir fait partie du manuel du petit extrémiste.
L’État n’a visiblement pas su ou voulu prendre la mesure de ces périls. François Hollande confond courage et entêtement stérile. Son Premier ministre est un véritable boulet qui risque de transformer la coque du bateau France en épave. Même les socialistes tirent désormais la sonnette d’alarme. Cette frayeur va au-delà de la simple angoisse électorale. La France est au bord du naufrage et le capitaine et son second feignent de mépriser le danger. Les déclarations musclées de Jean-Marc Ayrault, hier, ne changeront rien à l’affaire. Il ne sera pas entendu car il n’est plus écouté.
Le président de la République est confronté à une véritable crise de régime. Il incarne constitutionnellement la France et potentialise donc toutes les colères. Il doit d’urgence prouver que ses références au sursaut national de 14-18 ne sont pas de vains mots. Ce sera difficile, mais il n’a guère d’autre choix. Confronté à un pays meurtri, en proie au doute, le chef de l’État ne peut se contenter d’attendre un miracle qui le sauverait ainsi que son peuple. Le temps lui est compté et chaque jour perdu accroît les risques d’explosion généralisée.
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