En Socialie Française, il n'est pas de problème qu'une solution
ridicule et contre-productive n'arrivera à empirer dans des proportions
absurdes au point d'entraîner ensuite la création de toute une clique de
commissions et un bataillon de lois afin de corriger les effets
délétères constatés. Pour les aggraver. Dernièrement, c'est au-dessus du
berceau des problèmes énergétiques des Français que les fées
gouvernementales se sont penchées vigoureusement au point de tomber
dedans avec fracas.
La nouvelle lubie du moment consiste donc à proposer un tarif progressif de l'énergie.
Derrière cette périphrase un peu longue se cache, comme d'habitude
pour résoudre un problème complexe, une idée simple et parfaitement
idiote : rendons les tarifs de l'énergie (ici le gaz et l'électricité)
progressifs en fonction des revenus de la personne ou du foyer qui les
consomme pour atténuer l'indigne écart entre les riches, qui bénéficient
d'une énergie abondante puisqu'ils sont riches, et les pauvres, qui ont
bien du mal à se tenir chaud en hiver et froid en été. Ou l'inverse,
y'a plus de saisons.
Introduisant donc dans la plus grande décontraction une inégalité
flagrante entre les citoyens devant l'accès à une ressource, le
gouvernement entend proposer une nouvelle tarification de l'énergie avec
trois paliers, qui distingueraient les consommations de base, facturées
à un niveau inférieur au tarif de base actuel, un second palier appelé
"de confort", et enfin le palier dit "de gaspillage", qui coûteraient
plus cher, parce qu'il y a des choses avec lesquelles on ne rigole pas,
bande d'épicuriens éhontés.
Pour arriver à cette proposition finement polie au contact abrasif de
nombreuses commissions et autres institutions républicaines de
réflexion, c'est François Brottes, fier député de l'Isère (que vous
pouvez
injuriercontacter sur le mail fbrottes@assemblee-nationale.fr), qui a coordonné les
méfaitstravaux du groupe socialiste. Il explique l'introduction de ces trois paliers avec la phrase suivante :
"Puisque les tarifs sont dans une logique
d'augmentation, pour diminuer la facture des ménages, il faut fixer un
objectif de diminution de consommation sans forcément perdre en
confort."
Dans un siècle, des hordes de linguistes chevronnés, aidés par des
supercalculateurs et la version thermonucléaire de Google, plancheront
sans relâche pour comprendre ce que le député a bien voulu dire par
cette saillie dont tout indique qu'elle fut prononcée en présence de
stupéfiants : selon ce petit gars payé par vos impôts, pour diminuer la
facture des ménages, il faut fixer des objectifs de consommation.
Arbitrairement. Au niveau gouvernemental. Par des députés qui savent
mieux que ces ménages ce qui est bon pour eux.
Et si on dépasse ces objectifs de consommation ?
Matraquage, pardi. C'est comme ça qu'un pays fonctionne, surtout
lorsqu'il est en déficit chronique depuis quarante ans et qu'il lui faut
trouver des thunes très vite alors que les échéances s'amoncellent et
les réserves de trésorerie s'épuisent. Et lorsqu'on lit les détails de
ces paliers et de ces nouveaux tarifs, on est tout de suite rassuré.
Ainsi, le premier tarif, qui sera "3 à 10% moins cher" que le tarif
de base actuel, correspondra au volume de consommation de base de chaque
ménage, minutieusement calculé par une cohorte de ronds-de-cuir dans
des centaines de bureaux (chauffés à vos frais), en fonction de mesures
et de grilles bureaucratiques choisies par décret. Budgétairement
parlant, on en salive d'avance : le nombre de kilowattheures ou de
mètres cubes sera défini selon trois critères: le nombre de personnes
occupant le logement, la région parce que, comprenez-vous, on ne se
chauffe pas de la même façon en montagne et à Cannes, et enfin le mode
de chauffage. Bien évidemment, on tiendra aussi compte du revenu du
foyer, de l'isolation de la maison, des impôts locaux ou que sais-je
encore. On cherchera à savoir, avant de décider si la consommation est
"de base" ou "de gaspillage", si la famille considérée est une électrice
potentielle des barons locaux ou si, au contraire, on se trouve avec un
nid de conspirationnistes un tantinet libres-penseurs, voire,
abomination, des libéraux pur sucre qu'une bonne surfacturation fera
réfléchir un peu.

Évidemment, devant telle certitude, certains naïfs s'écrieront que
j'exagère : bien sûr que les fonctionnaires en charge de déterminer de
quel tarif vous allez bénéficier seront impartiaux et d'une justesse
d'airain. Bien sûr ! Ceux-là, soyez-en sûrs, seront heureux de payer la
nouvelle facture une fois le système mis en place et le sourire
crispéqu'on pourra voir sur leur visage dans quelques mois sera la marque
indélébile que oui, ils payent effectivement ce qu'ils doivent payer.
Il apparaît très clairement, même aux débiles légers qui ont voté
socialiste en y croyant plus d'une minute, que tout ce système va très
vite se transformer en usine à gaz pré-victorienne, surtout qu'on
apprend que les bonus-malus seront gérés par la CDC (oui, cette caisse
des dépôts et consignations qui a été de tous les bons coups fumeux de
l’État sur le demi-siècle écoulé). On sait déjà toute la finesse et la
précision qu'on peut attendre d'un appareil d'état qui devra à la fois
se mêler d'aller fouiller dans votre
casier fiscal, dans le
cadastre (pour l'implantation géographique) et les petits papiers des
politiciens locaux, régionaux et nationaux pour tenir compte de tous les
barèmes qui seront en vigueur pour votre "tarif". On connaît le but
officiel de tout cet énorme bousin : donner l'accès au tarif social de
l'énergie à quatre millions de ménages, et éviter simplement de
distribuer ce tarif social sans aucune vérification ahem. Et pour ça,
nos amis socialoïdes avaient un besoin pressant d'usine à gaz.
On sait que les vérifications seront effectuées par sondage, de façon
complètement pifométrique, avec la belle part de grosse louche qui sied
à ce genre d'opérations. On sait aussi que les lois, nombreuses, qui
s'agglutineront autour du projet initial essaieront de couvrir des cas
particuliers toujours plus nombreux. On sait aussi que ce sera voué à un
échec cuisant précisément parce que d'un côté, les élus et ceux qui
rédigent les lois voudront pouvoir passer au travers des mailles d'un
filet républicain un peu trop serré, et qu'ils laisseront donc de petits
trous sympathiques pour bénéficier eux-mêmes du
tarif social,
et de l'autre, comme chacun voudra tirer son petit morceau de privilège
sur cette nouvelle usine à gaz monstrueuse, créatrice d'une nouvelle
brouettée d'inégalités, il n'y aura bientôt que les gens honnêtes à
découvrir que chauffer leurs chambres à 18°C en hiver, c'est "Tarif De
Gaspillage". Les autres, d'une honnêteté adaptée aux temps modernes,
sauront où aller pleurer pour bénéficier de l'autre tarif (pas de
confort, le troisième).
Enfin, pour la bonne bouche, le projet en cours prévoit que
l'interdiction des coupures de gaz, d'électricité et de chaleur en hiver
sera "généralisée". La France est un pays de cocagne où la moindre
facture peut et doit immédiatement être répartie sur les 65 millions
d'habitants, pardon les 36 millions de ménages imposables, pardon, les
26 millions d'imposés, pardon les 10 millions qui seront dans les bonnes
tranches, pardon les 5 millions qui ont les moyens, ... heu finalement
non, ce sera toi, toi et toi qui paierez. Pas de doute : comme
d'habitude, c'est bien la classe moyenne, celle-là même qui fait vivre
l’État et permet, in fine, à la France d'enregistrer une (de plus en
plus rare) croissance, qui va s'en prendre plein la figure ; les riches
échappent aux impôts soit par la fuite, soit par l'optimisation fiscale,
soit par le copinage permanent avec le pouvoir. Les pauvres y échappent
par copinage électoral ou clientélisme. Reste le coeur de cible, les
moyens, les ni vraiment pauvres, ni vraiment riches sur qui tous les
autres vont passer, avec délectation.
Maintenant, quelques remarques s'imposent tout de même à l'honnête homme avant qu'il n'aille, le pas léger, à la tonte.
D'une part, on peut regretter le manque évident de courage du gouvernement.
Bien timoré fut-il lorsqu'il se contenta de proposer cette salvatrice
progressivité seulement sur le gaz et l'électricité. Je pense (et tout
le monde en conviendra aisément) qu'on doit pouvoir, avec exactement la
même usine à gaz et moyennant l'introduction d'un petit paramètre ici,
d'un petit taux différentiel ici ou là sur la quotité algébrique
forfaitaire prévisible et autre intérêt de rattrapage pour indemnité à
contribution sociale qui fait pouic, on doit pouvoir, dis-je, étendre le
procédé sur le fuel et l'eau, non ?
Bingo ! C'est aussi prévu, un peu plus tard dans le débat
parlementaire ! Magnifique, non ? Mais ne vous inquiétez pas : on sent
qu'on n'est qu'à une foulée ou deux du tarif progressif de l'essence,
puis de la nourriture et enfin des biens secondaires (alcool, clopes, et
encadrement médical de qualitaÿ pour les salles de shoot). L'étape
ultime sera atteinte lorsqu'on appliquera la progressivité au sexe
tarifé. On imagine déjà, bonheur humide de tout socialiste qui sommeille
en chaque parasite, devoir se munir d'un triplet de feuilles de paye
avant d'aller faire le plein ou culbuter une escort. On voit déjà cette
belle société où chaque personne trimballera avec elle, sur fichier
électronique (ou sur une puce implantée dans le cou, encore mieux !) son
dossier médical, son casier juridique, fiscal et écologique pour
pouvoir faire un achat dont le prix sera calculé en fonction de tout un
tas de paramètres obscurs.
D'autre part, tout ceci sent bon le big brother, non ?
On
ne peut en effet s'empêcher de noter que cette brillante initiative va
permettre, enfin, le grand rassemblement de toutes les données
personnelles du cheptel français en une seule grosse base de données
(peu ou prou) pour pouvoir, enfin, étalonner comme il faut chaque
misérablepetit individu, atome vibrant et parfois salement autonome de cette
belle société solidaire. Plus personne ne sera à l'abri d'aucune société
privée sous contrat d'état et en monopole de droit. Plus aucune donnée
ne sera à l'abri d'être englobée dans les analyses et recoupements
informatiques de l'hydre étatique.
Et ça, rien que ça, franchement, c'est du bonheur en barre, non ?