TOUT EST DIT

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mardi 1 octobre 2013

Fini le « bricolage » du dimanche ?

Fini le « bricolage » du dimanche .
Et vlan un coût sur la Liberté de travailler
 Clarifier plutôt que continuer à bricoler autour de la question du travail dominical. Le problème est, qu'aujourd'hui, le gouvernement ne dispose pas de la bonne boîte à outils. La loi Mallié de 2009 est loin d'être frappée au coin du bon sens. Elle a créé un tel entrelacs juridique de dérogations entre les zones géographiques ou touristiques et les secteurs d'activité qu'il est temps de revoir la copie pour éviter que la polémique n'enfle. Et que le droit, parfois inadapté à l'évolution de la société, ne soit bafoué. En bravant l'interdiction faite par la justice d'ouvrir leurs magasins d'Ile-de-France le dimanche, Castorama et Leroy Merlin, forts du soutien de leurs clients et de leurs salariés, ont engagé une partie de bras de fer avec l'État. Comme Bricorama, à l'origine de la plainte contre ses deux concurrents (poursuivi par FO et condamné aussi à ne plus ouvrir ce jour-là !) et qui ne veut pas s'avouer vaincu. Lancer ainsi des pierres dans le jardin de son voisin est si ubuesque en la circonstance que la réalité du terrain impose au gouvernement de traiter le problème d'urgence. Sans mettre de gros coups de rabot ici ou là. Sans prendre le risque - mais n'est-ce pas illusoire ? - de fragiliser plus encore le commerce traditionnel, concurrencé par les sites Internet qui ne baissent jamais le rideau. Alors qu'il apparaît insensé qu'un Chinois ne puisse plus se payer le luxe de faire son shopping nocturne sur les Champs-Élysées, le gouvernement l'a redit, hier, haut et fort : travailler le dimanche doit rester une exception. Même sur la base d'un volontariat revendiqué par certains salariés soucieux de gonfler leur fiche de paye en fin de mois ? Des résistances Il faut absolument sortir de ce casse-tête non réglé en amont par le duo Sarkozy-Fillon. Oui mais comment ? Pour le savoir, attendons, fin novembre, les conclusions de la mission conduite par l'ex-patron de La Poste, Jean-Paul Bailly. À la croisée d'enjeux économiques, sociaux et sociétaux, répondra-t-elle, pour de bon, aux aspirations des consommateurs, au respect des droits des salariés et à l'attractivité des territoires ? La feuille de route est claire autant que les réponses demeurent complexes. Aujourd'hui, près d'un tiers (29 %) des salariés français travaillent déjà le dimanche. Pour autant, la libéralisation du travail dominical se heurte encore à de fortes résistances. Sociales, on l'a vu. Culturelles aussi, sur fond de défense de valeurs familiales et de pratiques religieuses. Gêné aux entournures, le gouvernement, qui a fait de la relance de l'activité et de l'emploi ses deux priorités, affronte de pair syndicats et patronat. Ce dernier voit, là, une occasion en or de toiletter l'indigeste Code du travail. Et s'il dénonce au passage un frein à l'emploi et à la croissance, sans qu'il ne soit possible de quantifier le tout avec précision, nombre d'économistes réfutent l'argument d'un impact massif du travail dominical sur la création de richesses. Ce que ne manquent pas de marteler les syndicats. Alors que l'Europe avance en ordre dispersé sur le sujet, irons-nous vers un compromis acceptable ? Oui, si chacun parvient à dépasser toute posture idéologique. Dans le cas contraire, ce fichu millefeuille juridique (symbole du génie français !) persistera, au point de semer le doute sur nos capacités à évoluer collectivement. Et de nous laisser vraiment dans le pétrin, dimanche compris. 

jeudi 29 août 2013

Réforme ou replâtrage ?


En cette rentrée déjà plombée par le chômage de masse et le choc fiscal, le gouvernement s'attaque, avec la réforme des retraites, au dossier le plus explosif de tous. Jean-Marc Ayrault termine aujourd'hui son tour de table avec les partenaires sociaux avant de dévoiler ses arbitrages d'ici la fin de la semaine.
À quoi faut-il s'attendre avant la présentation du projet de loi à la mi-septembre ? Pas au grand soir, ni au big-bang. À une réforme de plus, la quatrième en vingt ans. Un replâtrage homéopathique qui, selon le gouvernement, se veut plus juste que les précédents. Un bricolage inopportun selon l'aile gauche du PS mais destiné, toutefois, à combler les 7 milliards d'euros de déficit du régime général attendus en 2020.
Pour y parvenir, pas question, avait sommé le chef de l'État, de toucher à nouveau à l'âge légal de départ, reporté à 62 ans par la droite en 2010. Pas question non plus de s'attaquer aux régimes spéciaux, ni d'aligner le régime du public sur le privé. Les fâcheux calculs politiciens à l'approche des échéances électorales (municipales en mars, européennes en mai 2014) ont tué dans l'oeuf toute réforme d'envergure.
On l'a vu par le passé : coller des rustines à la va-vite sur les flotteurs d'un pédalo à la dérive ne suffit pas dans la durée à le maintenir au-dessus de la ligne de flottaison. Faute de courage politique et d'une indispensable réflexion globale sur l'État providence, on retient qu'il faudra bien un jour remettre le couvert.
Le coût du travail entre en jeu
En attendant, la réforme se dessine sur la base d'une hausse de la durée de cotisation, mais pas avant 2020. Estampillée à gauche avec la prise en compte de la pénibilité, des droits pour les femmes et les jeunes, déclenchera-t-elle l'onde de choc promise le 10 septembre par les syndicats les plus contestataires ? Pas sûr, car la CGT et FO sont loin d'afficher un front uni avec les centrales réformatrices à l'image d'une CFDT plutôt satisfaite. Une certitude : actifs, retraités et entreprises seront mis à contribution pour « sauver » ce système par répartition auquel les Français restent très attachés. Un dispositif qui pèse 13 % de la richesse produite chaque année par le pays.
Maintenant, comment passer à la caisse ? Via une hausse de la CSG, un brin controversée ces dernières heures ? Une hausse des cotisations patronales et salariales ? Un peu des deux ? Le suspense sur le financement demeure.
En recourant à la fiscalité, cet instrument usé par la gauche jusqu'à la corde, l'exécutif prendra-t-il le risque de freiner la consommation des ménages en mal de pouvoir d'achat, de gripper le moteur de la croissance, de mettre à mal la compétitivité de la France qu'il cherche par ailleurs à restaurer ?
(Sur) taxer n'est pas réformer. Pour contrer l'exaspération du patronat, vent debout lui aussi face au ras-le-bol fiscal, le Premier ministre a cherché, hier, à désamorcer la bombe en proposant au Medef une réflexion sur la baisse du coût du travail pour compenser une hausse des cotisations. Manoeuvre politique ou vraie main tendue ? L'avenir va vite nous le dire.

mardi 27 août 2013

Réforme ou replâtrage ?


En cette rentrée déjà plombée par le chômage de masse et le choc fiscal, le gouvernement s'attaque, avec la réforme des retraites, au dossier le plus explosif de tous. Jean-Marc Ayrault termine aujourd'hui son tour de table avec les partenaires sociaux avant de dévoiler ses arbitrages d'ici la fin de la semaine.
À quoi faut-il s'attendre avant la présentation du projet de loi à la mi-septembre ? Pas au grand soir, ni au big-bang. À une réforme de plus, la quatrième en vingt ans. Un replâtrage homéopathique qui, selon le gouvernement, se veut plus juste que les précédents. Un bricolage inopportun selon l'aile gauche du PS mais destiné, toutefois, à combler les 7 milliards d'euros de déficit du régime général attendus en 2020.
Pour y parvenir, pas question, avait sommé le chef de l'État, de toucher à nouveau à l'âge légal de départ, reporté à 62 ans par la droite en 2010. Pas question non plus de s'attaquer aux régimes spéciaux, ni d'aligner le régime du public sur le privé. Les fâcheux calculs politiciens à l'approche des échéances électorales (municipales en mars, européennes en mai 2014) ont tué dans l'oeuf toute réforme d'envergure.
On l'a vu par le passé : coller des rustines à la va-vite sur les flotteurs d'un pédalo à la dérive ne suffit pas dans la durée à le maintenir au-dessus de la ligne de flottaison. Faute de courage politique et d'une indispensable réflexion globale sur l'État providence, on retient qu'il faudra bien un jour remettre le couvert.
Le coût du travail entre en jeu
En attendant, la réforme se dessine sur la base d'une hausse de la durée de cotisation, mais pas avant 2020. Estampillée à gauche avec la prise en compte de la pénibilité, des droits pour les femmes et les jeunes, déclenchera-t-elle l'onde de choc promise le 10 septembre par les syndicats les plus contestataires ? Pas sûr, car la CGT et FO sont loin d'afficher un front uni avec les centrales réformatrices à l'image d'une CFDT plutôt satisfaite. Une certitude : actifs, retraités et entreprises seront mis à contribution pour « sauver » ce système par répartition auquel les Français restent très attachés. Un dispositif qui pèse 13 % de la richesse produite chaque année par le pays.
Maintenant, comment passer à la caisse ? Via une hausse de la CSG, un brin controversée ces dernières heures ? Une hausse des cotisations patronales et salariales ? Un peu des deux ? Le suspense sur le financement demeure.
En recourant à la fiscalité, cet instrument usé par la gauche jusqu'à la corde, l'exécutif prendra-t-il le risque de freiner la consommation des ménages en mal de pouvoir d'achat, de gripper le moteur de la croissance, de mettre à mal la compétitivité de la France qu'il cherche par ailleurs à restaurer ?
(Sur) taxer n'est pas réformer. Pour contrer l'exaspération du patronat, vent debout lui aussi face au ras-le-bol fiscal, le Premier ministre a cherché, hier, à désamorcer la bombe en proposant au Medef une réflexion sur la baisse du coût du travail pour compenser une hausse des cotisations. Manoeuvre politique ou vraie main tendue ? L'avenir va vite nous le dire.

vendredi 14 juin 2013

Justice et solidarité entre générations

Justice et solidarité entre générations


Justice et solidarité, voilà deux mots bienveillants et lourds de (bon) sens. À l'approche de l'ouverture du chantier des retraites, l'Élysée les affiche comme des garde-fous après les avoir usés jusqu'à la corde depuis un an. Perdront-ils de leur éclat auprès des Français au pouvoir d'achat déjà écorné par des salaires en stagnation, le trop-plein d'impôts et l'annonce d'un méchant coup de rabot sur les allocations familiales ? Possible si ces mots s'avèrent n'être que de l'affichage.
Les premières fuites du rapport Moreau sur les retraites, remis ce matin au Premier ministre, laissent pourtant à penser que, cette fois, tout le monde sera mis à contribution. Actifs, retraités et fonctionnaires. Au nom de cette justice et de cette solidarité intergénérationnelle revendiquées, comment pourrait-il en être autrement à l'heure où le patronat dégage la voie royale pour Pierre Gattaz à la tête d'un Medef de combat ? À l'heure où les syndicats montrent leurs muscles ?
Le système de retraites par répartition, auquel les Français restent si attachés, va dans le mur. Chacun est d'accord sur le constat comme sur le début de solution dès l'instant où les efforts à faire portent sur le voisin. Dans un contexte tendu, avec un chômage catastrophique et une croissance en berne, l'indispensable réforme de nos pensions s'annonce, du coup, explosive même si une majorité des Français la juge incontournable.
Depuis trente ans, chaque gouvernement, de gauche comme de droite, s'est refilé la patate chaude. Et la loi Fillon de 2010, dernière en date, qui a reporté l'âge légal de départ de 60 à 62 ans à partir de 2017, n'a pas totalement réglé le problème. Sans chercher à noircir le tableau, il manquera 25 milliards d'euros pour le seul régime général en 2020 si on reste les bras ballants.
En responsabilité
Pour corriger le tir, la France, poussée à agir par Bruxelles, mettra-t-elle en veilleuse ses vieilles lunes idéologiques et corporatistes ? C'est à espérer dans ce dossier ultrasensible placé, avec l'emploi, au coeur des enjeux de la Conférence sociale des 20 et 21 juin.
Pour rendre la réforme efficace et acceptable par l'ensemble des Français, le gouvernement n'a pas d'autres choix que de tout mettre sur la table. D'abord, l'allongement de la durée de cotisation puisqu'il a écarté l'idée de toucher à l'âge légal de départ. Mais aboutira-t-on à un large consensus sur l'alignement des régimes entre fonctionnaires du public et salariés du privé, la réduction des avantages des régimes spéciaux, ou l'augmentation des cotisations, y compris pour les retraités ? Pas sûr.
Pourtant, mettre tout le monde à contribution ne signifie en rien dresser jeunes contre retraités, patrons contre salariés, public contre privé. Reste à s'en remettre au sens des responsabilités de chacun et aux vertus du dialogue social à la française. Va-t-il vraiment se durcir, comme certains le redoutent ?
En tout cas, rien ne serait pire, en contrepartie des efforts demandés, que de ne pas prendre en compte la pénibilité, le sort des femmes fortement pénalisées... C'est de tout cela que gouvernement et partenaires sociaux auront à finalement discuter, ensemble, dans les prochains mois. En gardant en tête que ce système, formidable dans l'esprit, repose sur le principe des sacrifices des uns justifiant ceux imposés à d'autres. Et qu'il faut en finir avec la politique de l'autruche. Car il y va, là, de sa survie.

mercredi 22 mai 2013

L'Europe contre la fraude fiscale ?


L'Europe va-t-elle caler dans la lutte contre l'évasion et la fraude fiscale ? Ou aura-t-elle la volonté politique de s'y attaquer de front ? Dans la foulée de l'affaire Cahuzac et des révélations de « l'Offshore leaks » sur les paradis fiscaux, les chefs d'État des Vingt-sept, réunis aujourd'hui à Bruxelles, ne sont pas tous sur la même longueur d'ondes.
Le fléau représente un manque à gagner colossal pour les Européens : 1 000 milliards d'euros par an, 80 rien qu'en France. C'est dire si la triche, où blanchiment et délinquance financière font bon ménage, s'est érigée en sport national ici ou là. C'est dire si le jeu, qui consiste pour chacun des pays floués à vouloir récupérer des fonds « souverains » évaporés dans des stratégies fumeuses de contournements fiscaux, en vaut la chandelle.
Reste, pour y parvenir, à faire sauter des verrous. Car la lutte ne sera efficace que si elle est internationale. Mais, puisque l'Asie et l'Amérique continuent d'oeuvrer sans trop se poser ce genre de questions, d'abord européenne. Or, l'Autriche et le Luxembourg, farouches défenseurs du secret bancaire, freinent des quatre fers. Ces deux-là demandent, au préalable, des négociations abouties avec les pays tiers comme la Suisse, pour éviter une fuite de leurs clients (et surtout de leurs capitaux !). Des postures intenables dans le contexte de crise persistante en Europe.
Vote à l'unanimité
Car la fraude galopante est plus insupportable que jamais pour nos économies. Pour tous ces États en mal de trésorerie, en quête de lendemains meilleurs pour les peuples à bout de souffle, soumis à l'austérité et aux affres d'un chômage record. Alors que la zone euro est engluée dans la récession, l'Europe doit donc absolument convaincre tous ses membres de lever leurs ultimes résistances.
Le changement des règles fiscales impose un vote à l'unanimité des 27. Pourquoi attendre pour agir ? Échouer, là, laisserait à penser que le scandale perdure à nos portes, au vu et au su de tous, alors que la fraude contribue à accroître le niveau d'endettement des États, détruit la possibilité de concurrence loyale entre les firmes honnêtes et les tricheuses.
La Suisse y mettrait-elle aussi de la mauvaise volonté ? Non-membre de l'UE mais place financière incontournable, elle ne veut pas entendre parler de nouvel arrangement avec les Européens tant qu'il n'y aura pas de standard mondial sur l'échange automatique d'informations de certaines données bancaires. La Commission européenne, mandatée pour renégocier des accords fiscaux avec elle comme avec Andorre, Monaco, Saint-Marin et le Liechtenstein, plaide pourtant pour que le principe d'un tel dispositif voie le jour au 1er janvier 2015. Que dira la Grande-Bretagne plutôt adepte, comme d'autres, d'accords bilatéraux ? Là encore, les chances de consensus restent faibles.
Fer de lance dans ce combat, la France, elle, continue la traque sans merci de ses exilés fiscaux, quitte à durcir son arsenal répressif. Mais quid de la fraude sociale estimée à 20 milliards d'euros annuels ? De l'économie souterraine ? Le seul travail au noir pèserait entre 6 et 10 % du Produit intérieur brut. Certes, c'est moins qu'en Bulgarie, en Grèce, en Italie ou en Allemagne. Mais dans un pays où un euro sur cinq échappe déjà à l'impôt, peut-on, sérieusement, s'en réjouir ?

vendredi 26 avril 2013

Sans croissance, pas de salut


Pic attendu, record battu. La France compte 3,224 millions de chômeurs (+ 36 900 en un mois). Du jamais vu. C’est forcément un gros « coup de massue ». « Le changement, c’est maintenant », avait promis François Hollande. Dans son slogan de campagne, beaucoup de Français, minés de près ou de loin par le chômage, ont entendu à l’époque ce qu’ils voulaient entendre. La promesse a minima d’une embellie. Un an après l’arrivée de la gauche au pouvoir, force est d’admettre qu’il faudra s’armer de patience pour voir cette embellie. Faute de croissance. 
Vivre sans croissance est pire que le mal. Un mal enkysté sous l’ère Sarkozy et qui continue son travail de sape avec ses destructions de valeur. Mille emplois disparaissent chaque jour en France, avec leur lot de fermetures d’usines. Quand ce désastre vat- il s’arrêter ? Les oracles de tous bords tablent sur une poursuite de la dégradation aggravée par la désindustrialisation des Trente Glorieuses. Trois décennies où la croissance s’est faite à crédit. Mais dette et déficits sont là, abyssaux. Et il faut bien les réduire, à l’heure où les syndicats, inquiets, demandent des comptes aux politiques. 
L’âge d’or est fini. Mais on veut croire que rien n’est perdu, même si les espérances de rebond se heurtent au mur des réalités de la mondialisation. Penser que la relance se fera par la consommation et non la production, via le soutien à l’industrie et aux entreprises, est une ineptie. À défaut de s’inverser, la courbe du chômage peutelle s’aplanir, à la fin 2013 ? Faute de croissance, cette prophétie du chef de l’État, confiant dans sa stratégie relayée par tout son staff, relève de l’auto-persuasion. 
L’emploi, cause nationale 
Pourtant, on ne peut pas dire que le gouvernement soit resté les bras croisés. Mais le temps lui file désormais entre les doigts. Que faut-il espérer des contrats d’avenir et des contrats de génération coincés dans les starting-blocks, alors que l’horizon des jeunes et des seniors ne cesse de s’assombrir ? Et de la réforme sur la sécurisation de l’emploi et du crédit d’impôt compétitivité (CICE) ? Que les greffes prennent – et vite – au moment où la politique de réduction des déficits, certes à mille lieues de l’austérité qui pèse sur nos voisins, produit l’effet contraire de celui recherché.
La France ne vit pas hors sol et doit se battre, dos au mur, pour rebondir. Un peu partout en Europe, le chômage atteint des niveaux sans précédent. Partout, on y traque le moindre sursaut d’une croissance en berne. Il faudrait qu’elle soit de 1,5 % pour espérer un recul du chômage ! Or, la France, au bord de la récession, sera encore loin du compte en 2014. 
Entrepreneurs et chômeurs de longue durée ou non, à commencer par eux, savent que les conditions de la relance ne sont pas réunies. Que la lutte pour l’emploi ne peut se satisfaire de seuls dispositifs défensifs à l’heure où l’intérim a lesdeuxgenoux à terre. Il faut donc aller plus loin pour renouer avec la compétitivité. Être audacieux sans jouer les risque-tout, faire de l’emploi une vraie cause nationale. 
Le dire de Chine, comme l’a fait, hier, François Hollande, c’est bien. Le faire, c’est mieux, à condition de chasser les dogmes paralysants et les postures politiciennes. De changer aussi de logiciel. Car la croissance de demain, verte ou pas, reste aussi à inventer et ne sera plus de même nature que celle connue jusqu’ici et après laquelle on court. Pour l’avoir crue durable.

jeudi 18 avril 2013

Le temps de la récession

Le temps de la récession


Appelons un chat un chat. La France a toutes les chances d'entrer en récession. Comme en 2009. Le mot peut faire peur tant il renvoie toujours, dans l'imaginaire collectif, au désastre de 1929. Mais si l'époque et la nature des crises n'ont rien de comparable, le Fonds monétaire international (FMI) et l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) sont formels. Ces institutions se trompent-elles ? C'est arrivé par le passé. Sont-elles, en la circonstance, plus lucides que le gouvernement dans l'appréciation de la situation économique réelle de la France ?
Une certitude : leurs prévisions convergent toutes au lendemain de la mise à mal, par le Haut Conseil des finances publiques, du scénario imaginé par l'Élysée et Matignon pour ramener, avec un an de retard, les déficits publics sous les 3 % du PIB. C'est dire si les nuages s'amoncellent au-dessus de la tête de l'exécutif. Et si le cap de sa politique, corsée et corsetée, sera dur à tenir sans retour de la croissance, le nerf de toute guerre économique.
Certes, la France, dans une spirale négative et sous pression de ses partenaires, est dans une situation dégradée depuis plus de dix ans. Certes, elle dépend largement d'une économie européenne en berne, contrairement à l'Amérique, l'Asie, voire l'Afrique.
Après son mea culpa - il avait reconnu avoir sous-estimé l'ampleur de la crise - François Hollande dit, aujourd'hui, savoir ce qu'il veut faire. Alors que tous les clignotants sont au rouge, son Premier ministre se montre volontariste, se défendant de tout optimisme béat. On voudrait les croire. Mais le temps file sans qu'apparaissent les effets notoires des mesures déjà engagées. Du coup, ces postures, empreintes de confiance, laissent perplexe.
Rien de bon sans croissance
Pourquoi ? Parce que la dette publique de la France atteindra un pic record en 2014, sans espoir d'amélioration avant 2015 ! Parce que, contrairement à ce que veut faire croire la gauche, le compte n'y est pas en matière d'engagement des réformes structurelles. Angela Merkel, la chancelière allemande, a beau nous souhaiter bonne chance dans nos tentatives de redressement, comment ne pas y voir, là, un brin d'ironie ?
La gauche a-t-elle pris le problème à bras-le-corps ? Elle a sans doute été bloquée, ici et là, par le poids des corporatismes, mal bien français. Pour l'heure, le président de la République, qui aimerait tant assouplir l'orthodoxie budgétaire défendue notamment par l'Allemagne, s'accroche à la relance. Comme un naufragé à sa bouée.
Or, alors que le doute s'installe partout - et c'est mauvais - la croissance se décrète non avec des mots mais avec des actes forts. Le ministre de l'Économie et des Finances affirme, dans un exercice d'équilibriste, que notre pays est armé pour réagir. Or, la dépense publique augmente elle aussi et les impôts s'alourdiront l'an prochain malgré les promesses gouvernementales de stabilité fiscale.
Comment s'en sortir au moment où le chômage enfle, où l'investissement des entreprises et la consommation des ménages sont en panne ? Si l'assainissement en cours, sans garantie de succès, repose pour beaucoup sur l'amélioration des comptes des organismes sociaux, les entrepreneurs aspirent, eux, à un acte II du pacte de compétitivité. Ne l'oublions pas, ils restent les moteurs de l'économie et plaident pour des mesures autres que défensives pour redresser la barre. Et pour retrouver la confiance dans cette France, à réformer d'urgence, mais (l'oublierait-elle ?) si riche de ses atouts.

lundi 4 mars 2013

Chômage, l'extrême urgence

Chômage, l'extrême urgence


L'urgence n'attend pas. Et pourtant. Après vingt et un mois consécutifs de hausse épouvantable du chômage, le recours à la méthode Coué du chef de l'État et de son ministre du Travail, qui veulent se (ou nous) persuader que l'inversion de la courbe reste tenable pour la fin de l'année, s'apparente à un leurre.
Les Français, en mal de confiance, n'en peuvent plus de ces effets de langage politique (de gauche comme de droite, du reste) alors que le secteur de l'intérim est, lui aussi, en panne sèche. Ils ne vivent pas hors sol de la mondialisation. Savent pertinemment que la France, en stagnation économique, n'est pas au bout de ses peines alors que la désespérance sociale gagne du terrain.
Avec une croissance quasi nulle en 2013, comment pourrait-il en être autrement dans ce nouveau monde quand 1,5 point de PIB est nécessaire pour créer de l'emploi ?
Le pays s'enkyste dans une crise qui l'obligera à changer de braquet pour l'attaquer de front alors que les prévisions de Bruxelles noircissent le tableau. Le Vieux Continent, touché par l'explosion du nombre des sans-emploi, se désespère du manque de perspectives pour sa jeunesse (sur)qualifiée et ses seniors (sur)sacrifiés. Seule, l'Allemagne résisterait mieux mais sans jamais avoir compté autant de travailleurs pauvres.
La solution passera-t-elle par plus d'Europe et de synergies économiques pour faire face à la concurrence mondiale ? Oui sans doute. Mais commençons, d'abord, par faire réellement le gros du travail chez nous. Car avec près de 3,2 millions de chômeurs en catégorie A, le record absolu de janvier 1997 sera dépassé demain.
Pourquoi ? Parce que la France, pourtant pleine d'atouts, n'a pas vraiment réformé ses structures en profondeur. Parce qu'elle a laissé la désindustrialisation filer un mauvais coton depuis trente ans. Parce que la puissance publique a manqué de hauteur de vue en considérant, trop souvent, que la relance de l'économie reviendrait par la seule consommation, de surcroît étouffée, ces temps-ci, par une fiscalité galopante.
Pôle Emploi dépassé
Résultat : on patine. Pire, on recule, à l'image de notre compétitivité qui ne retrouvera son punch d'antan qu'au prix d'un soutien fort à nos entreprises créatrices de richesses. Et d'emplois.
Pas question pour autant de balayer les mesures mises en place pour atténuer la violence de ce chômage endémique. Cet accompagnement social, au nom de la solidarité, est d'une nécessité absolue. Quand bien même Pôle emploi, dépassé par le flux et le volume des chômeurs, ne remplit plus bien sa fonction. Quand bien même la formation professionnelle demande à être remise à plat pour la rendre plus efficace. Quand bien même le rapprochement entre le monde de l'entreprise et les sphères de l'Enseignement doit devenir une règle d'or.
La politique de l'emploi est un tout. Elle avance mieux lorsqu'elle repose sur un dialogue social responsable. Le récent accord sur la réforme du travail s'avère un (bon) point de départ sur fond d'aggravation du nombre de chômeurs de longue durée et/ou en fin de droits d'indemnisation.
C'est dire si on n'en fera jamais assez pour tenter de venir à bout du chômage de masse. Mais la kyrielle d'aides défensives - comme les nouveaux contrats d'avenir ou de génération - n'y suffira pas. Pour espérer gagner la bataille, il faut passer à l'offensive et, tous ensemble, s'armer de courage. Vite et pour de bon.

mardi 9 octobre 2012

Internet, agitateur de la distribution

Internet, agitateur de la distribution 


La vente de la Fnac, de La Redoute et « accessoirement » du VertBaudet et de Cyrillus, deux autres belles marques grand public, sont-elles pour aujourd'hui ou pour demain ?
Une certitude : le groupe PPR, dans le droit fil des cessions des magasins Printemps, en 2006 et Conforama, en 2011, se prépare à prendre la porte de sortie du commerce populaire par excellence. Pas sur un coup de tête, mais dans le cadre d'une stratégie de croissance assumée et engagée de longue date. Scission, introduction en Bourse ? Ce n'est pas encore défini. Reste que la Fnac, peu rentable, est à vendre depuis quatre ans. Et que jusqu'ici, personne n'en a voulu.
Le recentrage sur le luxe du propriétaire des griffes Gucci, Bottega Veneta, Yves Saint Laurent est-il condamnable, à l'heure où des salariés du groupe s'inquiètent déjà, non sans raison, pour leur avenir ? Il souligne en tout cas avec force un virage et une volonté d'adaptation aux mutations en cours. La révolution du e-commerce bouscule désormais toute la chaîne de distribution. Du commerce traditionnel de proximité aux grands noms du secteur qui ont fait la réputation du « bien consommer » à la française. Elle menace un certain art de vivre vu sur catalogue à domicile pendant des décennies ; un savoir-faire ancestral, distillé à base de conseils éclairés, mais à l'efficacité aujourd'hui discutable. Changement de culture ? Assurément.
Le monde à l'envers ?
Dans un univers globalisé, la Fnac, agitateur de curiosité à bout de souffle, est un symbole. Un as de la distribution plombé par le progrès. Un leader à forte identité devenu, petit à petit, une enseigne de la grande distribution (presque) comme les autres, dans un secteur dynamité par Internet. La dématérialisation croissante des produits a été synonyme de casse des circuits de distribution. Regardez le disque, le DVD. Vous les trouvez en ligne. Le livre ? Le processus est à son tour enclenché avec l'explosion des liseuses. Quant aux écrans plats, aux ordinateurs classiques, ils sont banalisés, boudés par des clients contraints à des arbitrages financiers et tournés à fond vers l'e-mobilité.
Comment être performant dans ce contexte quand, à l'étranger, vos concurrents directs réduisent la toile ou tombent purement et simplement en faillite ? Voilà pourquoi PPR met le pied sur l'accélérateur de cette opération, dans l'espoir de récupérer 500 millions d'euros. De quoi investir ailleurs, aller chercher la croissance là où elle se trouve. Sur le terrain de LVMH, l'autre géant mondial du luxe à la française.
Car un autre match se joue en arrière-plan. Entre les Pinault et les Arnault. Deux groupes à l'appétit féroce, prêts à se rendre coup pour coup afin de répondre à la demande en flèche d'une clientèle internationale qui en pince pour les produits français rares, chers et bons. Ce qui est bon pour nos exportations en ces temps de disette.
Céder des activités en déclin, dont les biens viennent d'Asie, pour créer du business rentable avec des biens français envoyés en Chine, au Brésil ou en Russie ? C'est aussi la morale de l'histoire, à l'heure où les pays émergents et leurs millionnaires décomplexés tirent leur épingle du jeu en dépensant leur fortune dans une France corsetée, en panne de croissance et au bord de l'austérité. Question : notre monde se serait-il mis à tourner à l'envers ?

mercredi 12 septembre 2012

PSA : l'État au pied du mur 


Sévère. Sans concession. Le rapport d'Emmanel Sartorius, mandaté par le gouvernement et dévoilé hier par Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, n'épargne pas la direction de PSA Peugeot Citroën, jugée en grande difficulté. Inacceptable en juillet au plus haut niveau de l'État, la suppression de 8 000 postes dans ses usines françaises dont 1 400 à Rennes - La Janais et, pire, la fermeture de son usine d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) s'en trouvent du coup avalisées. L'analyse a beau s'avérer ultra critique à l'endroit du constructeur automobile, le séisme économique et social d'envergure, déclenché cet été et suivi d'une véritable onde de choc dans l'opinion publique, semble irréversible.
Au regard d'un marché mondial de l'automobile aux perspectives peu réjouissantes, « la nécessité d'un plan de réorganisation des activités industrielles et de réduction des effectifs n'est malheureusement pas contestable », concède Emmanuel Sartorius.
Que peut faire au juste le gouvernement ? Bloquer le plan social comme le demande la CGT ou plutôt faire pression sur PSA pour muscler les plans de reclassement ? En validant de facto, via ce rapport, les décisions du constructeur, il montre les limites de son champ d'action face à une entreprise privée qui, contrairement à Renault, ne compte pas l'État comme actionnaire. Cet aveu d'impuissance n'augure rien de bon pour les salariés concernés par cette restructuration. Comme pour l'emploi en général, priorité n°1 de l'Élysée et de Matignon, alors que le cap des trois millions de chômeurs vient d'être franchi.

Bon élève du patriotisme économique

Le lion, jadis rugissant, par ailleurs bon élève du patriotisme économique avec 46 % de sa production assurée sur le sol français, paye là au prix fort des erreurs stratégiques après avoir raté le virage de l'internationalisation, mieux réussi par Renault. Et par d'autres comme le japonais Toyota qui, lui, a bien trouvé la bonne clef pour fabriquer, en France près de Valenciennes, des voitures compétitives pour les marchés européen et américain !
Aujourd'hui, tout le monde s'accorde à reconnaître que PSA, 8e groupe automobile mondial, est loin de cet exemple et doit assurer son avenir en poursuivant son développement. Et en restaurant sa compétitivité sur fond d'innovations tous azimuts dans un contexte de surcapacité industrielle démontrée partout en Europe.
Une réalité clinique dure à accepter par l'opinion quand la catastrophe était prévisible de longue date. C'est le reproche fait aux dirigeants de PSA, alors que l'enjeu du gouvernement est, aujourd'hui, de trouver des solutions pour amortir le choc. Mais l'État ne peut pas tout. La phrase de Lionel Jospin, face aux 7 500 licenciements programmés par Michelin en 1999, avait fait couler beaucoup d'encre à l'époque.
Prendra-t-elle à nouveau tout son sens à Aulnay, comme à Rennes ? Dans son rapport, Emmanuel Sartorius insiste sur la nécessité absolue d'affecter la production d'un nouveau véhicule à l'usine de La Janais. De passage hier à Rennes, François Hollande, le président de la République, s'est entretenu avec des représentants de l'intersyndicale inquiets. Il leur a promis de tout faire pour limiter la casse chez PSA. Avec quelle marge de manoeuvre ?