TOUT EST DIT

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samedi 8 septembre 2012

Bernard Arnault dément tout exil fiscal en Belgique

La quatrième fortune mondiale a sollicité la double nationalité franco-belge, mais assure rester résident fiscal français.
Le patron français de l'empire du luxe LVMH, Bernard Arnault, a démenti samedi son exil fiscal en Belgique, mais sa démarche de naturalisation dans ce pays a fait l'effet d'une bombe en plein débat sur la taxe à 75 % des très hauts revenus promise par le président François Hollande. Quatrième fortune mondiale et première de France et d'Europe dans le classement du magazine Forbes, le milliardaire a affirmé qu'il avait "sollicité la double nationalité franco-belge" à seule fin de développer ses investissements personnels dans le pays.
"Contrairement aux informations publiées ce jour, Bernard Arnault précise qu'il est et reste résident fiscal français", ont assuré ses services dans un communiqué diffusé après la révélation par le quotidien La Libre Belgique d'une demande de naturalisation déposée à Bruxelles. "L'obtention éventuelle de la double nationalité franco-belge ne change rien à cette situation, ni à sa détermination de poursuivre le développement du groupe LVMH et les créations d'emplois qui en sont la conséquence en France", souligne le texte. "Le groupe LVMH embauche, chaque année, plusieurs milliers de personnes en France, et ce, depuis plus de 20 ans", rappelle-t-il, en faisant valoir que le numéro un mondial du luxe "contribue massivement aux exportations françaises".

"Attaches véritables"

Bernard Arnault a déposé sa demande la semaine dernière, selon Georges Dallemagne, le président de la commission des naturalisations de la Chambre des représentants, une des deux chambres du Parlement belge. "Le dossier sera traité comme tous les autres. Il y en a 47 000 sur notre table", a déclaré Georges Dallemagne à La Libre Belgique, en expliquant que les postulants doivent notamment "prouver trois ans de résidence en Belgique" ou a minima "des attaches véritables avec" le royaume. Avant Bernard Arnault, d'autres Français fortunés, comme Johnny Hallyday, se sont heurtés à ces conditions.
Bien que résidant à Paris, Bernard Arnault dispose aussi d'un domicile à Bruxelles, selon La Libre Belgique. Les services du milliardaire ont rappelé pour leur part que "M. Arnault, originaire du nord de la France, a de nombreux liens avec la Belgique tant sur le plan personnel et familial que sur le plan professionnel". "Son groupe privé (Groupe Arnault) a de nombreux investissements en Belgique, et entend les développer. C'est dans cette perspective que monsieur Bernard Arnault a sollicité la double nationalité", ont-ils insisté. La révélation de cette requête risque d'enflammer le débat sur les projets fiscaux du gouvernement français, au moment où le président de la République a réaffirmé son intention de taxer à 75 % les plus hauts revenus.

L'exil de 1981

Soupçonnés de vouloir renier cette promesse-phare de la campagne présidentielle, François Hollande et le gouvernement ont martelé vendredi qu'ils tiendraient tous leurs engagements fiscaux dans le budget 2013. "J'ai pris des engagements et ils seront tenus", a assuré le chef de l'État. Premier à réagir samedi, le PCF a dénoncé une "lâche trahison" du patron de LVMH et appelé à "mettre hors d'état de nuire les dirigeants irresponsables et cupides".
Lors d'un entretien mercredi avec le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, Bernard Arnault avait réitéré son opposition connue à la taxe sur les hauts revenus. Ce rendez-vous avait été relativisé par les deux parties comme relevant d'un dialogue régulier. Plusieurs spécialistes interrogés par La Libre Belgique rappelaient samedi que la fiscalité est plus avantageuse en Belgique qu'en France pour les grandes fortunes, notamment en raison d'une faible taxation du capital et de l'absence d'impôt sur la fortune (ISF), mais notaient aussi que c'est la résidence qui prime et non la nationalité.
Certains ont évoqué la possibilité que Bernard Arnault souhaite devenir Belge et se débarrasser de la nationalité française pour s'installer ensuite à Monaco. Proche de l'ancien président Nicolas Sarkozy et libéral revendiqué, M. Arnault possède une fortune estimée à 41 milliards de dollars par Forbes. Après la victoire de la gauche en 1981, il s'était exilé aux États-Unis pendant trois ans.

Le président normal face à la supertaxe 


 Cette affaire de tranche d'impôt à 75 % est certes symptomatique du dilemme posé à François Hollande devant les délicats choix fiscaux qu'il a à faire. Elle l'est aussi de l'impréparation de l'équipe gouvernementale. Elle l'est encore de la difficulté à mettre les promesses en musique et d'installer un rapport de confiance avec le monde de l'entreprise, alors que sa mobilisation est ardemment souhaitée. Selon des fuites, organisées ou pas, la douloureuse pour les ménages aisés serait moins salée que prévu puisque le taux de 75 % pourrait être ramené à 67 % et que seuls les très hauts revenus d'activité ne réservant aucun aléa (sic) seraient pris en compte. Seraient ainsi écartés les artistes, les écrivains, les sportifs dont on découvre avec compassion les risques insoupçonnés du métier, et la population visée se limiterait à un millier de ménages. En somme, le candidat Hollande s'inscrivait dans le symbole d'une mesure de justice à l'efficacité contestée ; le président Hollande dans le registre de la mesurette, marqueur d'une gauche aux joues à peine rosissantes ! Le ministre de l'Économie a démenti qu'elle serait édulcorée. Dont acte. Il a donc démenti son collègue du Budget qui avait évoqué une telle dispense. Une clarification s'impose pour le Président qui subit la litanie des patrons du CAC 40 pour le dissuader de créer cette « mesure Fouquet's ». Un recul enflammerait le procès en immobilisme contre lui et ferait crier à la trahison une aile gauche qui le suspecte d'écouter les privilégiés. Car s'il s'agit d'éviter l'exil d'entrepreneurs talentueux, on reviendrait aux arguments des détracteurs du dispositif, pour l'essentiel la droite…

Le président normal peut-il être à la hauteur de son destin ?

Normalité, exception… jamais la France n’avait autant disserté sur 2 notions pourtant assez quotidiennes. A l’heure de cette rentrée pénible pour l’exécutif, où les ministres se tirent dans les pattes y compris au sein d’un même ministère… A l’heure où le nouveau gouvernement a réussi la gageure de se mettre à dos, en 3 mois, les patrons comme les syndicats… A l’heure où les électeurs commencent à se dire que finalement, le changement, c’était peut être un peu survendu… A l’heure où même la presse, y compris Marianne et le Nouvel Obs, dégaine cartouche sur cartouche contre un pouvoir qui n’en attendait pas tant, en tout cas pas si vite. En fait, cette rentrée 2012 sent la fin de règne à peine 4 mois après l’investiture du nouveau président. Un comble !

Crétin 1er dédicace sur un mensuel de gauche avant gardiste usé.
Alors les éditorialistes, quelque peu amnésiques, rivalisent d’idées, de conseils, d’analyses (et j’apporte discrètement mon écot) pour sortir le nouveau pouvoir de l’ornière : plus de réformes, plus vite, plus à gauche, plus à droite, plus d’Europe, plus de frontières, plus de rigueur, plus de dette… Le citoyen observateur s’y perd un peu. J’ai personnellement la faiblesse de penser que la seule question qui se pose au président, question à laquelle lui seul a la réponse plus ou moins consciente : François Hollande peut-il être à la hauteur de son destin ?
La réponse, objectivement, est évidente: oui, bien sûr. L’homme normal qu’il est peut se hisser à la hauteur des enjeux qui se posent. Son équation personnelle, comme on dit dans les milieux politiques autorisés, fait qu’il doit désormais dépasser ce qu’il a toujours été.
1. Il doit d’abord apprendre à décider, à trancher ; bref à gouverner. Dans les brochures de ventes, on a loué son esprit de synthèse lorsqu’il dirigeait le PS. On a post-rationnalisé en disant que son talent était de ne jamais contredire, ne jamais froisser, ne jamais fermer une option. On l’a dit, cette pratique des courants et contre-courants socialistes ne fonde pas une politique en période de tempête. L’homme consensuel doit se faire violence pour tracer une route, celle non pas de ses amis ou telle coterie, mais celle de son pays. Dans cette entreprise, jusqu’à maintenant, il a failli.
2. Décider, c’est naturellement créer des mécontentements. Surtout chez son électorat, forcément. Mais après tout, ne pas être aimé des gens qui n’ont pas voté pour vous, ça ressemble à une lapalissade démocratique. Mais que faut-il comme courage pour oser aller contre les intérêts corporatistes qui ont fait de vous ce que vous êtes. Pour Hollande, être à la hauteur de son destin passe nécessairement par une part de renoncement à la tactique électorale au profit de la stratégie politique : quel sens donné au pays, quelle place je veux le voir occuper dans l’histoire des Hommes, quel destin commun je dessine, même contre le pays lui-même. Ou contre l’idée que je m’en fais. En ce sens la crise profonde, violente et totale que le pays traverse représente une opportunité. Encore faut-il la lire comme telle.
3. Accepter de s’être trompé, de ne pas avoir perçu immédiatement tous les enjeux, d’avoir sous-estimé telle dimension ou telle autre : tout lui aurait été permis. J’en parle au passé parce qu’il aurait fallu qu’il adopte ce discours de vérité, de transparence et d’humilité très rapidement après son élection. Les français lui en auraient été forcément reconnaissants. D’ailleurs, il aurait été aidé dans cette tâche, humainement compliquée dans l’euphorie de la victoire, nous n’en doutons pas. Mais la Cour des Comptes par exemple lui fournissait le diagnostique et l’Europe la direction. Ne lui restait qu’à tourner le volant et de l’annoncer aux français.
4. Fondamentalement, cette épreuve personnelle de vérité implique sans doute la part de courage la plus profonde de l’homme politique, cette part qui fait les grands hommes : sacrifier son destin personnel à court terme (et donc sa réélection potentielle) sur l’autel d’une certaine idée du destin de la France. Oui, il peut incarner le Gerhard Schröder français, l’homme courageux aux réformes impopulaires mais qui a fait il y a 10 ans de l’économie allemande la réussite d’aujourd’hui. Social démocrate, comme Hollande. Européen, comme Hollande. Courageux, comme Hollande ? Ce dernier peut-il embrasser une ambition aussi immense que celle d’adapter le modèle social le plus avancé qui soit au contexte mondialisé du 21° siècle. Quel défi intellectuel ! L’entrée dans l’Histoire, monsieur Hollande, est à ce prix.
Alors Hollande peut-il être ce président. Peut-il être celui qui réussira cette adaptation aussi nécessaire qu’inéluctable. Car il faut en être persuadé : Soit les français maitrisent encore un peu cette mutation profonde, sous la direction d’un pilote habile autant que visionnaire. Soit ils la subiront, imposée qu’elle sera par Bruxelles. On peut raisonnablement douter qu’il y a chez lui cette capacité à diriger : diriger au sens donner la direction d’abord et emmener le bateau ensuite… On peut en douter parce qu’il a raté au moins 2 excellentes occasions d’incarner ce patron.
La première opportunité : au lendemain des élections législatives, gagnées par son camp. Dans une bienveillante cohérence, les français lui ont donné une majorité législative pour gouverner, sans qu’il dépende d’alliés turbulents tels que les Verts ou le Front de Gauche. Tant mieux. Le durcissement des propositions pré-législatives n’aura pas été vain. Aussi, auréolé d’une victoire nette, il avait tout le loisir de prendre la parole et d’annoncer une vision claire et courageuse : faire en sorte que la France soit encore ce qu’elle est dans quelques années, c’est-à-dire un pays qui compte dans le concert des nations : qui compte diplomatiquement, politiquement, socialement, culturellement. Une nation sûre d’elle-même, qui n’aurait pas peur de l’avenir, qui trouverait dans les dérèglements du monde autant d’occasions de donner du sens à l’Histoire des hommes. Où sont les Voltaire, Tocqueville, Aron… Cet esprit universel a-t-il définitivement disparu sous l’énervement médiatique d’un BHL ?
La seconde opportunité était plus évidente : l’allocution du 14 juillet. Il fallait bien la remettre à l’ordre du jour, Sarkozy l’avait supprimée. Devant la nation réunie, sur fond de drapeau tricolore, dans le bruit des chenilles de nos fiers chars Leclerc descendant triomphalement les Champs Elysées, n’y avait-il pas tous les ingrédients pour une déclaration solennelle d’un chef qui aurait exprimé sa vision, son ambition pour son peuple ? Je ne suis pas le premier supporter de Hollande, loin s’en faut, mais je dois reconnaitre que cela aurait eu de l’allure, un président nouvellement élu annonçant au peuple attentif une phase de sang et de larmes mais qui laisserait la place bientôt à une force retrouvée, un esprit de nouveau conquérant, un des lendemains enfin sereins. Une France fière d’elle-même, de retour dans le tumulte du monde, avec son modèle, ses certitudes, son esprit, sa culture éternelle, avec la certitude que jamais l’histoire de l’humanité ne peut s’écrire sans elle ! Oui, reconnaissons-le volontiers, on se serait dit « Voilà un Homme d’Etat, au niveau des enjeux qui sont les nôtres ».
Malheureusement, au lieu de se hisser au niveau que l’histoire exigeait, il nous a livré une pathétique démonstration d’autorité qui sonnait faux avec un rappel à l’ordre de sa copine : « Je suis pour une pleine distinction entre vie publique et vie privée. (…) Les affaires privées se règlent en privé (…) Je l’ai dit à mes proches ».
On dit d’un candidat qu’il doit « fendre l’armure » pour espérer passer le cap de l’élection présidentielle. Ce qu’on dit moins, c’est qu’un président doit prendre la mesure de son rôle devant l’histoire. Je ne sais pas si François Hollande n’a jamais fendu quoi que ce soit, mais c’est certain qu’il n’est pas encore un Homme d’Etat.

La raison et le mystère 


le fait divers, surtout quand il relève du carnage, est l’occasion pour les émotions de prendre l’ascendant sur ce qui nous reste de raison. Un ancien président l’avait compris qui, après le malheur, se pressait d’apparaître, pariant sur l’impact rassurant d’une figure autoritaire.
Sans doute est-ce pourquoi son successeur se démarque par une grande sobriété de propos. Lui se borne à promettre que « tout sera fait pour retrouver les coupables ». Au fait, pourrait-il en aller autrement ?
Cette réaction de manière accessoire, mais surtout l’ensemble des circonstances du crime de Chevaline concourent à en brouiller la perception, comme si la tragédie ne se suffisait pas à elle-même.
Le déroulement du massacre, les conditions de sa découverte, le contexte social et familial des victimes, le miracle des survivantes, le sort d’un cycliste, jusqu’à la variété des nationalités en jeu : tout s’enchevêtre de façon à ce que les hypothèses les plus folles, les phantasmes les plus divers puissent prospérer.
Passé le moment de sidération, on se demande si un auteur de polar même patenté, face à un tel entrecroisement de mobiles envisageables, n’en viendrait pas à se défier de sa propre imagination. C’est dire, sauf coup de théâtre, la complexité de la mission imputée aux enquêteurs. Et le travail méthodique, de raison donc, à mener.
Le drame le plus vif, le plus brutal, le plus absolu et immédiat tient dans ces morts administrées de manière si sauvage. Mais une douleur plus diffuse, aussi dérangeante, à plus long terme, et collective, serait que n’en ressortent jamais les causes.

La liberté d'expression menacée 

  Elle a bien du chemin à parcourir la liberté d'expression, si elle veut atteindre le monde entier, et aussi bien des obstacles à franchir. En effet, ses porteurs de flambeaux, les journalistes, sont la cible de ceux, et ils sont nombreux, qui veulent l'ombre, l'obscurité, le secret pour porter leurs mauvais coups.

Les choses ne s'arrangent pas. Ainsi 500 journalistes ont été assassinés en dix ans. Cette année, depuis janvier jusqu'à septembre, 78 journalistes ont été tués ; deux fois plus que lors de la même période, en 2011. L'attaque commence généralement par des conseils appuyés de ne pas traiter telle ou telle question. Puis les menaces suivent et s'aggravent : menaces de mort pour le journaliste, puis pour ses amis, puis pour sa famille.
Comment se protéger, alors que les États concernés, la police, la justice ferment la plupart du temps les yeux ? L'Onu, inquiète de ces pratiques et de leurs conséquences pour la démocratie dans le monde, va élaborer un plan de protection. Une conférence internationale sur le sujet aura lieu le 22 novembre à Vienne. Suivra, le 23, une journée mondiale contre l'impunité de ces crimes, qui se répand un peu partout.

L'Onu à la rescousse
 
C'est, bien sûr, en vue de maintenir et de développer la liberté d'expression qu'est décernée, chaque année, la Plume d'Or de la liberté de la presse, par l'Association mondiale des journaux (Wan). Celle-ci regroupe 18 000 publications, 15 000 sites web dans vingt pays. Son congrès vient de rassembler 1 000 participants à Kiev où, du reste, des journalistes ukrainiens persécutés, menacés, empêchés d'exercer leur métier, sont venus protester contre la politique de l'actuel gouvernement ukrainien qui, cependant, imperturbable, autoritaire, persiste dans la prise en main des médias...
Cette année, la Plume d'Or a été décernée à Anabel Hernandez, journaliste mexicaine d'investigation. Elle est indomptable. Elle est prête à affronter tous les dangers, y compris la mort. Les risques sont terribles au Mexique : trente-neuf journalistes y ont été assassinés ; trois ont disparu depuis que le gouvernement, en 2006, a déclaré la guerre aux narcotrafiquants (1). Mais l'impunité des assassins demeure.
Ces attaques viennent s'ajouter aux difficultés que rencontre la presse dans tous les pays, car elle s'appauvrit du fait de l'éparpillement des ressources publicitaires entre les nombreux supports qui naissent chaque année. Du coup, certains médias et même certains journalistes en certains pays n'hésitent pas à se vendre aux firmes publicitaires ou gouvernementales qui les utilisent, non plus pour informer objectivement, mais pour manipuler les opinions en faveur de leurs entreprises gouvernementales ou commerciales sous couvert de véritable information.
Face à ces dérives, à ces menaces, il n'y a qu'une attitude acceptable. S'en tenir absolument à la mission originelle de la presse : informer dans l'indépendance.

Dites « 33 » 


Vous vous souvenez ? Dans le temps, il fallait dire « 33 » au toubib qui n’avait pas encore son stéthoscope. Trente-trois, des « t » et des « r » pour vérifier que l’on ne manquait pas d’air, même si nos bronches n’allaient pas fort.
Dimanche soir sur TF1 le docteur Chazal risque de faire répéter plusieurs fois « 33 » à notre Président. « 33 », comme 33 milliards d’euros… L’enveloppe que François Hollande doit trouver urgemment dans nos poches mais aussi dans la réduction des dépenses, pour tenir sa promesse – rappelée hier devant la cour des comptes – de ramener le déficit public à 3 % du PIB à la fin 2013.
33 milliards ! Pas une mince affaire… Surtout que pour l’instant les réductions de dépenses sont plutôt des augmentations, promesses électorales oblige.
Restent nos poches. Mais le Président a juré hier qu’il n’y aurait pas une hausse des impôts « générale et indifférenciée ». Alors où va-t-il les trouver ses 33 milliards ? Dites « 33 », François, que nous voyions si vous ne manquez pas d’air.

La rentrée ratée du gouvernement

Cotes de confiance en baisse, interrogations au sein même du gouvernement, erreurs stratégiques... François Hollande et Jean-Marc Ayrault sèment le doute.

«Il faut arrêter avec la normalité!» Ce jugement ne vient pas d'un dirigeant de l'UMP en mal de critiques contre François Hollande. Ni même d'un Jean-Luc Mélenchon impatient de prendre sa revanche sur son ancien camarade socialiste. C'est un ministre qui le prononce à la fin de la semaine dernière, afin d'illustrer la nécessité pour le président de la République de changer rapidement de stratégie.
Bon, alors ? T'attends quoi pour remuer ton gros cul ??
Officiellement, les ministres assurent évidemment que le chef de l'État et son premier ministre ont pris la mesure de la gravité de la crise et gèrent parfaitement la délicate séquence de la rentrée. Le discours de François Hollande à Châlons-en-Champagne vendredi dernier n'est-il pas la preuve que l'exécutif a entendu le message des Français et qu'il a su réagir rapidement? «Les hésitations ont été levées à Châlons», veut croire un membre du gouvernement. Peut-être. Mais il ne faut pas les pousser loin dans leurs retranchements pour que certains ministres reconnaissent que la gestion des premiers mois du quinquennat n'a pas été à la hauteur.
«On ne vend pas très bien nos mesures», admet une ministre. «Sur le prix des carburants, nous avons sous-estimé l'impact d'un sujet important pour les gens. Résultat, nous avons perdu la bataille de la communication sur la mise en route de l'augmentation de l'allocation de rentrée scolaire, parce qu'on a réagi trop tard sur la hausse du prix de l'essence.» «On s'est planté sur le calendrier et l'annonce de la baisse du prix des carburants», confirme un autre ministre, agacé de constater que, alors que la promesse de campagne se contentait d'un blocage des prix, la mesure du gouvernement impose une baisse! «François Hollande a sous-estimé l'attente à son égard et la demande d'action des Français», estime un troisième. «Après la séquence internationale du début du quinquennat, il a dit qu'il allait maintenant s'occuper des affaires intérieures. Sauf qu'il ne l'a pas fait.»
Pire, aux yeux de certains au PS, il aurait dû profiter des premières semaines pour faire voter une des mesures emblématiques de sa campagne, comme le non-cumul des mandats ou le mariage homosexuel. À défaut de mesures économiques et sociales, la communication du gouvernement aurait trouvé quoi répondre à ceux qui ont brandi des pancartes, vendredi dernier, au passage de François Hollande: «Le changement, c'est pour quand?»«On a écrit une histoire fabuleuse en mai, et là...» constate, dépitée, une ministre qui ne comprend pas comment le capital de sympathie du printemps a pu fondre aussi rapidement à la rentrée. Tous les ingrédients étaient réunis pour que le président et son gouvernement bénéficient, à défaut d'un état de grâce, au moins d'un répit. Affaiblie par sa double défaite présidentielle et législative, concentrée sur la guerre des chefs qui commence pour la succession de Nicolas Sarkozy à sa présidence, l'UMP n'est pas encore audible. En dehors du Front de gauche, les alliés radicaux et Verts sont au gouvernement et avalent les couleuvres, en râlant, certes, mais en veillant tout de même à conserver leur portefeuille ministériel. Quant aux ténors du PS, ils sont tenus à la solidarité gouvernementale, au moins jusqu'au congrès de Toulouse.

François Hollande et Jean-Marc Ayrault ne peuvent donc s'en prendre qu'à eux-mêmes si les Français affichent leur mécontentement de façon aussi brutale. Car le président a commis, dès le début de son quinquennat, trois erreurs qui lui coûtent cher aujourd'hui. La première a été de croire que les Français avaient rejeté Nicolas Sarkozy à la fois en raison de son comportement mais aussi de son action. Si l'anti-sarkozysme a pu fonctionner dans la campagne, c'est parce que le comportement de l'ancien président ne plaisait plus aux Français. Mais ces derniers appréciaient toujours son volontarisme et son action. «Il n'y a qu'un patron sous la Ve République, c'est le président, constate un membre du gouvernement. Le quinquennat, l'époque, les médias, obligent le chef de l'État à agir.» On l'a vu au mois d'août. Le président et le chef du gouvernement ont tous les deux pris quinze jours de vacances. Mais c'est à François Hollande que le reproche a été fait de ne plus être dans l'action. Même quand les deux sont rentrés de vacances et que Jean-Marc Ayrault a multiplié les interventions après le 15 août, cela n'a pas suffi. «La parole du premier ministre ne remplacera jamais celle du président de la République», reconnaît un membre du gouvernement. L'hôte de l'Élysée doit désormais assumer d'être en première ligne.
La deuxième erreur a été de mettre en scène ses «vacances normales». Les Français ne sont plus dupes de ces coups de com'. S'ils se félicitent que le président prenne le train plutôt qu'un avion pour se rendre sur son lieu de vacances, ils savent que ces images n'ont pas été volées et que les photographes et les caméramen ont été convoqués. Ils ne sont pas dupes. La série Hollande en train, puis Hollande à la plage et enfin Hollande faisant ses courses au Lavandou a fini par lasser des Français qui avaient été habitués, pendant cinq ans, à ce que le président, même en vacances, publie des communiqués ou n'hésite pas à les interrompre pour se déplacer ou convoquer des ministres pour une séance de travail. Une stratégie de communication, bien sûr, mais qui montre des politiques au travail.
François Hollande a commis une troisième erreur, stratégique celle-là, quand il n'a pas voulu, avant les vacances, dire la vérité aux Français sur l'ampleur de la crise. «Les premières semaines, on a hésité», reconnaît un ministre. Faut-il dire la vérité aux Français ou gagner du temps? Le discours de politique générale de Jean-Marc Ayrault reflète cette hésitation, qui ne tranche pas la question parce qu'à l'Élysée, François Hollande n'a pas choisi. Il consulte, tergiverse, veut gagner du temps pour pouvoir faire voter ses promesses. Il lui a fallu du temps pour trancher et reconnaître, dans son discours de Châlons-en-Champagne, la «gravité exceptionnelle» de la crise.

La chute inattendue dans les sondages

Cette reconnaissance n'arrive-t-elle pas trop tard aux yeux des Français? Ceux-ci ont tiré la sonnette d'alarme au début du mois, en orientant clairement à la baisse la cote de confiance du chef de l'État (- 11 points à 44 % dans le baromètre Ipsos, - 5 points à 50 % dans celui de TNS-Sofres) et celle de son premier ministre (- 9 points à 46 % pour Ipsos et - 3 à 51 % pour TNS-Sofres). Une chute que l'exécutif n'a pas vu venir. Et pour cause: obnubilé par le désir de faire l'inverse de son prédécesseur, François Hollande a décidé de ne plus recourir aux sondages d'opinion dont Nicolas Sarkozy, il est vrai, abusait quelque peu. Résultat, l'Élysée s'est retrouvé aveugle et a été pris de court quand les enquête d'opinion ont été publiées, faute d'avoir pu prendre le pouls de la société française.
Le plus curieux reste qu'un politique aussi avisé que l'ancien premier secrétaire du PS se soit laissé prendre au piège de la rentrée. De 1997 à 2002, quand il était Rue de Solferino, il avait pu voir les difficultés dans lesquelles se débattait Lionel Jospin à Matignon pour imposer son tempo au lendemain de l'université d'été de La Rochelle. Chaque rentrée le voyait se débattre avec les mêmes problèmes: le gouvernement était revenu de vacances et essayait d'imposer ses thèmes, mais en l'absence du Parlement, puisqu'aucune session extraordinaire n'avait été convoquée, impossible d'y arriver. Résultat, les Français s'impatientaient et les médias imposaient leurs thématiques. Alors qu'il avait assuré avoir tiré les leçons de ces rentrées successives ratées, François Hollande s'est laissé surprendre. Ses proches peuvent bien assurer qu'il «avait senti que quelque chose n'allait pas pendant ses vacances», il a attendu la publication des courbes de confiance pour changer de comportement.

La crise et l'impatience des Français

La preuve? Avant de partir en vacances, le président et son premier ministre décident de ne pas convoquer le Parlement en session extraordinaire avant la fin du mois de septembre. Il faut attendre la dernière semaine du mois d'août pour que Hollande demande à Ayrault de convoquer le Parlement en session extraordinaire plus tôt qu'il ne l'avait prévu, le 10 septembre au lieu du 24! Là encore, la volonté de faire l'inverse de ce qu'avait entrepris Nicolas Sarkozy a été plus forte. De 2007 à 2011, l'ancien président de la République avait convoqué une session extraordinaire en septembre, en plus de celle de juillet, pour faire passer d'importantes réformes (RSA en 2008, retraite en 2010) ou plusieurs dizaines de texte en attente.
Pour mettre fin à cette boulimie législative, l'exécutif a donc décidé de se contenter de la session extraordinaire de juillet et de laisser le mois de septembre en jachère. La crise et l'impatience des Français l'ont obligé à réviser ses plans. Autre exemple: face aux critiques, les éléments de langage des ministres étaient simples, tout le monde entonnait le même refrain: le président a été élu pour cinq ans, ce n'est pas en cent jours qu'il doit être jugé. Depuis vendredi, le ton a changé et les arguments aussi. Place désormais à l'urgence en raison de la gravité de la crise. Pour éviter de se retrouver dès sa première rentrée dans une situation politique délicate, François Hollande aurait dû relire cet été les comptes rendus des Conseils des ministres du dernier quinquennat. En janvier 2009, au cours de l'un d'eux, Nicolas Sarkozy avait dit à ses ministres: «On nous promet des difficultés. Il y en aura. Mais, attention, elles n'arrivent jamais d'où l'on croit...» -

Marseille : les tueurs à la kalachnikov n’ont rien à craindre du comité interministériel ! 


Comme un triste symbole à l’image de ce qu’est devenue Marseille, gangrenée par les trafics et le règne des voyous, mercredi, le plafond du bureau du préfet délégué à la sécurité, Alain Gardère, s’est effondré quasiment sur sa tête. Et tous les policiers ont dû évacuer les lieux dare-dare. Un arrêté de « péril imminent » devait être signé.
Il est clair que ce n’est pas une réunion de quelques heures qui va changer quelque chose à une situation marseillaise qui date de dizaines d’années, avec un grand banditisme de banlieue enraciné qui bénéficie d’une tolérance largement enracinée elle aussi.
Le premier point qui frappe dans ces propositions c’est qu’il n’y a aucune réponse forte contre la criminalité. A part la création d’une préfecture de police et le déploiement de 205 policiers supplémentaires (ce qui ne serait pas dérisoire si on leur donnait les moyens et les ordres pour intervenir face à des tueurs armés d’armes de guerre), il n’y a pas de mesures liées à la criminalité. Pas même celle d’appliquer dans « les quartiers » la loi existant déjà ! Le meilleur moyen d’arrêter un criminel c’est quand même une paire de menottes, des policiers qui ont l’ordre de le « loger » et de le « serrer » et des magistrats qui ne le remettent pas dehors l’après-midi même. A aucun moment on ne sent la volonté de ce coup de balai sur les zones tenues en coupe réglées par les gangs.
Aux 19 morts de l’année 2012, aux braquages en plein centre commercial, aux règlements de compte sanglants, aux quartiers entiers régis par la loi des trafiquants de drogue, Jean-Marc Ayrault répond « réforme administrative pour développer l’agglomération » et, tenez-vous bien : « accueil plus précoce à l’école »…
Voilà comment le chef du gouvernement envisage de « sortir Marseille de ses difficultés ». « Une question d’intérêt national », prend-il la peine de préciser.
Déterminé à apporter une « réponse globale » et « pas uniquement sécuritaire » à la situation marseillaise, une réponse socialiste, Ayrault a promis une « nouvelle organisation administrative » et un coup d’accélérateur donné à la pré-scolarisation des moins de trois ans dans les zones prioritaires.
Les programmes de rénovation urbaine vont pour leur part passer au rythme supérieur. Quant au projet d’autoroute L2, qui doit permettre le contournement de la ville mais a pris du retard, il doit être achevé en 2016, a annoncé le Premier ministre. Ça va tout changer !
En admettant que la scolarisation dès 2 ans des bébés des quartiers nord ait le moindre impact sur le destin des dealers (on sait que c’est tout le contraire et qu’en matière d’équilibre et de développement harmonieux, un enfant en bas âge a surtout besoin de sa mère) le moins que l’on puisse dire c’est que c’est un plan qui s’inscrit sur le long terme et dont on n’est pas près de recueillir les fruits qui s’annoncent de toute façon pourris.
« Politique familiale », nous dit-on, mais on sait que les petits guetteurs ont parfois 9, 10 ans et sont donc théoriquement scolarisés depuis longtemps ; les mères quant à elles auront les coudées franches pour jouer d’autres « nourrices » (personne rémunérée dans le trafic de drogue pour garder chez elle la came, les armes ou l’argent pour le compte des trafiquants)…
Marine Le Pen a estimé jeudi matin à propos du comité interministériel sur la criminalité à Marseille que « la France a perdu la guerre contre la drogue » : « La France a perdu la guerre contre la drogue pour une raison simple, c’est qu’elle ne l’a jamais menée, ni sous les gouvernements socialistes, ni sous les gouvernements de droite. »
« Il y a des quartiers entiers qui sont en quelque sorte en autogestion criminelle, c’est-à-dire qui sont sortis du cadre de la loi, sortis du cadre républicain et que les pouvoirs publics ont abandonnés aux mains d’organisations mafieuses », a déclaré la présidente du Front national. « Depuis des années, on dit aux policiers “surtout faites-en le minimum, parce que votre simple présence dans certains quartiers (…) est déjà une provocation et si vous voyez des délits commis en mobylette et en moto, surtout vous n’intervenez pas, parce que si jamais le type tombe ça va créer une émeute” ».
Pour Marine Le Pen, « il y a 5 000 leaders de délinquance ». « Ces 5 000 là, il faut les mettre hors d’état de nuire » pour « que la criminalité et la délinquance baissent de manière tout à fait spectaculaire. « Et ça, ça peut se faire en six mois ». « Les motifs on les a, encore faut-il avoir la volonté », a-t-elle jugé, avant d’évoquer des quartiers où « des gamins de 14 ans gagnent 10 000 euros par mois avec le trafic de drogue ».
« C’est une économie souterraine qui peut rapporter à certains gamins de 16-17 ans jusqu’à 100 000 euros par mois », a précisé de son côté le vice-président du Front national, Florian Philippot.
Seul le Front national a le courage de dire la scandaleuse vérité : à Marseille, le trafic de drogue se fait au vu et au su de la police qui n’a pas le droit d’intervenir, ou le moins possible, et certainement pas en proportion de la véritable guerre déclarée par les trafiquants. C’est une économie parallèle dans des zones sinistrées, par laquelle les pouvoirs publics achètent la « paix ».
Rappellons que les premiers signes forts du gouvernement socialiste envoyés à la criminalité organisée ont été l’annonce de la suppression des peines plancher, la suppression des tribunaux correctionnels pour les adolescents de 16-18 ans, la promesse de vider les prisons et puis tout récemment la création de salles de shoot qui va conduire à la légalisation de la consommation de drogue.
A quoi on peut ajouter aussi que tant que le socialiste Guérini sera président du conseil général, il sera difficile pour les socialistes, dont beaucoup l’ont « couvert », d’aller faire la leçon dans les quartiers, alors que les frères Guérini fricotent allégrement avec le grand banditisme.

Après les annonces de Mario Draghi, on voit la fin de la crise?

Une semaine déterminante, une de plus pour la zone euro... Les décisions mensuelles de la Banque centrale européenne étaient particulièrement attendues et, déjà, il se murmure que le 6 septembre 2012 et les annonces de Mario Draghi concernant le rachat de dette des Etats membres par l'institution monétaire pourraient rester dans l'histoire de la crise de la dette.
Pourtant, s'il y a bien de nouvelles raisons d'espérer, elle est longue encore la route qui conduit la zone euro à la sortie de crise. Franck Guillory, au risque d'être taxé de Cassandre, passe en revue les prochaines étapes... 
Mario Draghi aura mis le temps – suscitant au passage d’immenses doutes sur ses intentions et motivations – mais il a fini par tenir parole… la Banque centrale européenne rachètera bien, de manière illimitée, de la dette des États membres de la zone euro en difficulté sur le marché obligataire. Un « Ouf ! » de soulagement a été poussé à travers l’Europe et il a été entendu, bien au-delà, aux quatre coins du monde…

Sur le principe, la décision de la Banque centrale européenne et de son président va indéniablement dans le bon sens, et c’est pour cela qu’elle est majoritairement saluée – à part peut-être en Allemagne

Pas une solution miraculeuse

Pourtant, si le rachat de dette des pays en difficulté – et on pense en premier lieu à l’Espagne et à l’Italie, mais aussi, bien sûr, à la Grèce – permettra sans doute de réduire la pression que ces pays subissent de la part, notamment, des marchés financiers, et de faire baisser leurs coûts de financement, il ne s’agit, en aucun cas, de la solution miraculeuse. Si le 6 septembre pourrait rester une date importante dans l’histoire de cette crise, il reste de nombreuses embûches sur la voie du rétablissement économique et financier de l’Europe.

Le 12 septembre, l’autre échéance cruciale

Conformément à ce qu’a annoncé Mario Draghi, l’intervention de la BCE sur le marché secondaire de la dette, à travers son nouveau programme de rachat d’obligations – baptisé Outright monetary transactions –, se fera conjointement à celle des États membres sur le marché primaire à travers le MES – Mécanisme européen de stabilité -, nouveau fonds de secours européen appelé à remplacer le FESF –Fonds européen de stabilité financière.
Or, le MES n’existe pas encore. Et, avant de pouvoir être mis en place, il lui faut être adopté par tous les États membres. Dans ce cadre, mercredi 12 septembre est une échéance cruciale puisque la Cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe doit se prononcer sur sa conformité à la constitution allemande. Que les sages d’outre-Rhin retoquent le mécanisme et tout s’effondre. En effet, on imagine mal le MES fonctionner sans son plus important contributeur – à hauteur de 27,1%.
Selon un sondage YouGov pour l’agence DPA, 54% des Allemands souhaiteraient que la Cour dise « Nein » au MES. Pourtant, les sages ont sans doute conscience de ce qui est en jeu et des conséquences de leur décision. Et puis, l’an dernier, le 7 septembre 2011, n’ont-ils pas validé le FESF, dont le principe était assez proche. À suivre…

Pour être aidé, encore faut-il le demander

Les interventions de la BCE et du MES ne sont pas automatiques, ce ne sont pas les experts de Francfort ou Bruxelles qui, seuls, décident de la nécessité ou pas d’intervenir. Pour être aidé, un État membre doit le demander, et cela pourrait être plus difficile qu’il n’y parait, comme le montre le cas de l’Espagne.
Attaquée de toute part, l’Espagne apparait comme le bénéficiaire n°1 de ce dispositif, taillé a priori sur mesure pour éviter un effondrement et une faillite aux conséquences autrement plus tragiques que ne le serait celle de la plus petite Grèce. Mais Mariano Rajoy, le président du gouvernement espagnol, hésite à solliciter une aide. D’abord, il s’interroge sur les contreparties qui pourront être exigées en échange de cette intervention de la BCE.
Ensuite, il craint la réaction de son opinion publique, déjà fortement mobilisée contre les mesures successives d’austérité imposées par son gouvernement depuis décembre dernier. Si cette intervention était synonyme d’une mise sous tutelle, elle serait inacceptable pour Madrid, plus que pour n’importe quelle autre capitale. Et puis il y a la fierté nationale…
C’est là qu’est intéressante la suggestion – encore officieuse – de Mario Monti. Le président du Conseil italien envisagerait une sollicitation groupée de Rome et Madrid, quelque part beaucoup moins « déshonorante ». S’il y parvenait, Mario Monti s’imposerait indéniablement comme la révélation politique de l’année sur la scène européenne. Son influence est croissante et il joue un rôle, semble-t-il, pacificateur entre les deux acolytes franco-allemands. Déjà surnommé « Super Mario », l’ancien commissaire européen est, de plus en plus, comparé à Alcide de Gasperi, premier président du Conseil de l’Italie post-Mussolini – de 1945 à 1953 – et un des pères fondateurs de l’Europe…

Le test des opinions publiques

Si Mariano Rajoy n’a rien à craindre – ou presque – de son opinion publique, puisqu’il dispose – sauf circonstances exceptionnelles d’une révolte populaire –d’une majorité stable aux Cortès, le Parlement espagnol, et cela pour encore un peu plus de quatre ans. Idem pour François Hollande, jusqu’en 2017.
Mais ce n’est pas le cas de tous les dirigeants européens. Dès ce mercredi 12 septembre, les Hollandais – je devrais dire pour éviter toute confusion… les Néerlandais – se rendront aux urnes. La campagne a été marquée par l’euroscepticisme et, longtemps, les socialistes – la gauche « dure » - ont été en tête dans les sondages. Pourtant, ces derniers jours, portés par d’excellentes performances télévisées de leur leader, Diederik Samsom, les travaillistes du PvdA, pro-européens, ont regagné du terrain… Dans toutes les hypothèses, l’issue de ce scrutin apparait très incertaine.
Idem l’an prochain, année durant laquelle l’Italie d’abord, au printemps, puis l’Allemagne en automne, connaitront des campagnes législatives. Si l’action de Mario Monti est saluée à travers l’Europe, sa situation sera difficile sur la scène nationale et cela que le Cavaliere Silvio Berlusconi tente – ou pas – une ultime passe d’armes. La situation d’Angela Merkel apparait aussi bien compliquée même, à un an de l’élection, son opposition n’apparait pas en ordre de bataille. On sait désormais en France combien il convient de se méfier des candidats semblant insuffisamment préparés…
Incertitudes politiques, incertitudes économiques… La pente est raide et il est encore long le chemin du redressement en Europe. Pour autant, pourquoi se priver de reconnaitre que les annonces de Mario Draghi donnent, enfin, de belles raisons d’espérer. Ne nous privons pas, c’est gratuit. Merci, monsieur Draghi !

vendredi 7 septembre 2012

Hollande: pourquoi tant de Unes de journaux?

La Grèce se meurt, la Grèce est morte ?

« Les forces vives du monde entier s’éveillent d’un long sommeil. La Grèce est au centre de cette violence d’un monde à créer, appelée à supplanter la violence absurde d’un monde fasciné par le progrès de son autodestruction. » Raoul VANEIGEM
« La Grèce a fait de moi un homme libre et entier » Henry Miller
« Les empires ne retiennent pas les leçons de l’histoire » Noam Chomsky
Timeo Danaos (Prenez garde aux grecs)
Dehors, la troïka !
Depuis des mois interminables que je joue les Cassandre en hurlant « Ellas Ellas » pour la Grèce, je préviens d’abord les économistes distingués que ceci n’est pas un article documenté sur un assassinat financier honteusement orchestré par la Troïka (je suis bien incapable de décortiquer la situation avec chiffres sérieux et démonstrations de haute voltige à la clé !), simplement un grand cri d’amour et d’angoisse mêlés pour la patrie de mes aïeux, face au désastre annoncé d’un torrent furieux que l’on voit arriver, enfler, gonfler, déborder jusqu’à la précipitation inéluctable vers la catastrophe et le chaos finals tels qu’ils se produisaient dans toutes les tragédies antiques.
Oui, la Grèce est en train de mourir – dans l’indifférence la plus totale de tous les pays d’Europe (bonjour la solidarité que nous avait promise Maastricht !) ou, pire, au milieu d’attaques en règles bien orchestrées par les médias contre cette contrée de feignants, de tricheurs, de voleurs qui savent rien que noyer leur chagrin dans du Ricard frelaté pendant que le bateau coule, et si leur incurie entraîne toute la zone euro dans sa chute et qu’on est tous dans la merde ça sera bien leur faute, on n’avait pas besoin d’eux après tout (résumé concis des conversations matinales chez ma boulangère les jours, rares, où un J.T. rompt le silence en tirant la sonnette d’alarme).
Eh bien si, justement, on avait besoin d’eux ! Tout le monde (enfin le monde politique) savait comment fonctionnait l’économie grecque, et que son entrée dans une monnaie communautaire ne serait pas viable à long terme. Mais vous imaginez la déesse Europa amputée de la patrie des pères fondateurs de la démocratie ? C’était pas crédible … Et tant pis pour les risques encourus, fallait la faire, cette sacré U.E. flanquée de l’inflexible B.C.E. - quant aux dégâts collatéraux on aurait bien le temps de voir plus tard !
Et voilà : on voit !
On voit les misères multiples provoquées par le piège de l’austérité carabinée, un « mordorandum » qui atteint son niveau de tolérance maximum ; des retraités sans retraites, le salaire des fonctionnaires divisés par deux, et les suicides multipliés d’autant.
Athènes en perdition transformé en champ de ruines sociales ; les commerces en faillite, les hôpitaux en souffrance, les grévistes en combat héroïque ; les jeunes diplômés sans futur grimpant sans retour dans des charters australiens.
Des manifestations qui tournent à l’émeute, des policiers désemparés, des arrestations violentes d’immigrés clandestins.
Des SDF par milliers qui finissent par trouver refuge, sous des cartons, dans des théâtres antiques, puissant symbole d’un monde qui naufrage.
Des enfants affamés qui tapent sur des casseroles pour occuper leurs nuits d’angoisse.
On voit des magasins sans marchandises, des écoles sans cahiers, des malades sans soins ; des musées sans gardiens, des trésors oubliés, une mémoire pillée.
La lutte quotidienne est épicière et les lendemains, parfois, se trouvent au fond des poubelles.
On voit la place Syntagma écartelée entre symbole politique du pouvoir et contestation en longs défilés rageurs ; Exarcheia survolté, Plaka dévasté et Omonia transformé en ghetto de pauvreté ; les îles boudées par les touristes, les potagers salvateurs qui fleurissent et les poulaillers comme ultime recours à la disette.
On voit trop de souffrances et trop de larmes.
La litanie des sept douleurs à la puissance dix millions..
On voit un peuple entier guillotiné sous le joug d’un mépris délétère et des rêves évaporés ; une destruction totale massive passant par la remise en cause de tous les fondements culturels et par la démolition programmée d’un art de vivre ancestral.
Je préfèrerais ô combien que l’anaphore s’arrête là, mais elle ne semble pas près de mettre une sourdine à son triste lamento…
Laissons la parole aux murs, ils affichent mieux l’indicible qu’un long discours explicatif :
« Feu au temple de la consommation » « Je souffre »
« La junte ne s’est pas arrêtée en 73 »
« Ne vivons plus comme des esclaves »
« Maman, je vais être en retard, on est en guerre »
« Nous ne pouvons pas, nous ne voulons pas, nous ne paierons pas »
« Te suicider, ce n’est pas ce que tu as fait toute ta vie ? »
« Ne nous habituons pas à la mort »
« Troïka, assassins »
« Il n’y a pas d’étrangers, il n’y a pas de grecs, il n’y a que des prolétaires en colère »
« Liberté pour la Grèce »
Il semble que les grecs n’attendent plus qu’une chose : que tout pète, que tout se casse la gueule, que vienne le grand Chaos. Et qu’ils puissent retourner à la case départ du super Monopoly sans passer par les banques et sans toucher des milliards.
Seule petite note positive : l’étymologie du mot « crise ». Du grec « krisis », décision importante, choix, jugement, renvoyant à l’idée du moment-clé où tout doit se décider. Dans la pensée ancienne, cette notion sous-entendait le libre-arbitre de l’être et la souveraineté de son jugement critique, c’est-à-dire une opportunité plus qu’une malédiction. C’est une remise en question de soi-même (qui suis-je, que vais-je faire de ma vie ?), un ensemble de contractions débouchant sur une re-naissance salvatrice, un entre-deux fécond qui relance la créativité et devient la source de nombreux possibles. (En même temps, allez dire ça à quelqu’un qui n’a rien mangé depuis trois jours ?)
Et question cruciale qui divise les débats : va sortir de l’euro, va pas sortir ? La presse, malhonnête ou bâillonnée, est unanime : NON, bien sûr ! Hypothèse aussi impossible qu’improbable, dormez tranquilles braves gens, pendant que les athéniens crèvent dans les rues… S’ensuivent de longues et savantes démonstrations économiques pour expliquer qu’il n’y a rien à craindre, que ça va s’arranger et que l’euro, quand même, est plus fort que le dollar, alors vous voyez… On ne lit ni n’entend jamais cette simple contre-vérité évidente : ON N’EN SAIT RIEN, la machine infernale est lancée, personne ne peut dire où elle va aller Est-ce si difficile à admettre, que l’économie n’est pas une science exacte, que l’histoire est une gamine capricieuse et redondante, que personne n’avait prévu le Jeudi Noir, et qu’on fonce dans le brouillard – ou dans le mur – en criant bien fort « on va gagner » ?
Pendant ce temps-là, des gens souffrent en silence alors qu’on leur avait promis le paradis de la croissance. D’accord, c’était une erreur que d’y croire, la croissance obligatoire n’a jamais apporté à la longue que du malheur, mais comment résister aux chants des sirènes du libéralisme lorsque l’on a égaré dans la tempête d’un bonheur consumériste annoncé les boules Quiès de la sagesse odysséenne ?
J’emprunte à Giraudoux (oui, je sais, il ne fut pas très clair pendant l’occupation, mais c’est pas une raison pour jeter l’œuvre avec le dramaturge…) une conclusion en forme d’espoir fugace et de petite lueur entr’aperçue au fond d’un tunnel de ténèbres :
« Comment cela s’appelle-t-il quand tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et qu’on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entretuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ? – Cela a un très beau nom, Femme Narsès, cela s’appelle l’Aurore… » (Electre – 1937)
Encore bien pâle l’aurore, et bien fragile l’espérance ?
Attendons de voir…
Pour l’instant, ce sont nos racines que l’on assassine.

Présentéisme : l'autre visage (inquiétant) de l'absentéisme

Faut-il se réjouir du recul de l'absentéisme relevé par l'étude du cabinet Alma Consulting Group ? Ces bons scores traduisent en filigrane un phénomène apparu depuis quelques années qui inquiètent les psychologues du travail : le présentéisme ou "démission intérieure".
Présent mais...totalement absent. Voilà le paradoxe que traduit le présentéisme. Envers de l'absentéisme, il illustre à bas bruit souvent une situation de « burn out » ou de démission intérieure. Le salarié est présent physiquement mais psychiquement absent. Certains s'efforcent même de donner l'impression qu'ils travaillent alors qu'en réalité ils en font le moins possible. Une présence qui traduit plus un désengagement qu'une réelle motivation. Le taux d'absentéisme n'est donc plus un indicateur très fiable de la motivation des troupes en ces temps chahutés. D'ailleurs, la barre des 3 millions de chômeurs franchit depuis quelques jours risque fort d'amplifier ce phénomène. Crainte de perdre son emploi, angoisse de la précarité, difficulté à boucler les fins de mois, pression galopante au bureau, fermeture de sites, fusions et restructurations, tout concourt aujourd'hui à considérer son travail plus pour sa feuille de paye que pour une satisfaction personnelle. Et l'on craint désormais plus de se faire remarquer par son absence et de perdre le fil de l'information interne qui permettra en cas de coup dur de se repositionner. En clair : perdre du terrain. D'autant que nombre de consultants en ressources humaines conseillent aujourd'hui aux salariés de soigner leur « visibilité ».
Facteur de risque pour la santé au travail
D'où la sonnette d'alarme tirée par les médecins du travail qui voient dans le présentéisme un facteur de risque pour la santé des salariés. Travailler même quand on ne se sent pas bien ou qu'on est très fatigué, au bout du rouleau, ce n'est en effet pas sans risques. Au même titre qu'un sportif de haut niveau peut se retrouver sur le banc de touche pour avoir trop forcé, un salarié qui dépasse trop ses limites verra ses symptômes s'aggraver. Sans compter qu'il y a une forte adéquation entre l'état psychologique d'une personne et son état physiologique : une personne souffrant de fatigue émotionnelle aura une santé plus fragile. Enfin le présentéisme a un effet non négligeable sur la productivité : n'étant pas au mieux de leur forme ceux qui jouent la carte du présentéisme ne sont guère rentables. Mieux vaut donc qu'un salarié s'absente deux jours pour se reposer que six mois pour dépression, fait valoir le corps médical. Des études américaines ont ainsi montré que le présentéisme peut coûter cher aux organisations : on impute environ 60% des coûts du stress au présentéisme et 40% à l'absentéisme. En Europe le présentéisme coûterait en moyenne 20 milliards d'euros par an. Et une enquête de l'Université de Fribourg estime à près de 15% le taux d'employés en « démission intérieure ». Une moyenne plus faible dans les PME mais supérieure dans les administrations, les banques, et les compagnies d'assurance.

Mal typiquement français
La France reste encore la championne toute catégorie de ce phénomène. En Allemagne, en Suisse ou aux Etats-Unis, celui qui reste au bureau tard le soir est soupçonné de surfer sur Internet ou au pire d'être très mal organisé. A l'inverse, chez nous, celui qui part à 18 heures se verra apostrophé en blaguant d'un « bon week end ». Contredisant la croyance patronale qui voudrait qu'au moindre petit bobo un salarié s'absente, une étude menée au Canada par la chaire en gestion de la santé et de la sécurité au travail de l'Université de Laval a d'ailleurs montré que le présentéisme se nourrissait essentiellement à la source de la loyauté et du professionnalisme: ne pas laisser tomber les collègues, assurer sa charge de travail. L'étude souligne ainsi que la plupart se présente au travail même lorsque leur santé est défaillante. Quand on sait combien le sens de l'honneur et du travail bien fait dominent largement les affects des salariés français, on comprend aussi mieux pourquoi le présentéisme marque des points dans l'Hexagone. Ceux-ci attendront que leur productivité s'érode pendant plusieurs semaines voire plusieurs mois, avant de se retrouver contraints et forcés à prendre...un congé maladie. Si l'on s'en tient au bon vieil adage "mieux vaut prévenir que guérir", diminuer l'absentéisme comme le présentéisme reviendrait donc à améliorer l'hygiène de travail, son organisation et son ambiance. La clef restant la qualité des relations, des réunions d'équipe et de la gestion.

Pernod-Ricard innove plus que Google et Apple

Au palmarès des entreprises les plus innovantes dressé par le magazine Forbes, Pernod-Ricard dépasse Google mais aussi Apple, Starbucks, Danone...
Le petit jaune peut voir la vie en rose... Le groupe français Pernod-Ricard peut en effet se targuer d'être considéré comme plus innovant que... Google et même Apple. Dans le top 100 des entreprises les plus innovantes du monde établit par le magazine  Forbes, Pernod-Ricard est 15e. Le géant du web, lui est "seulement" 24e et la firme à la Pomme 26e. C'est la dégringolade pour les deux compagnies: Google a perdu 17 places par rapport au classement de 2011 et Apple 21. Pour établir ce classement, Forbes prend en compte les gains espérés par chaque entreprise sur la valeur de leurs actions grâce à leurs investissements en innovation (nouveaux produits, services et marchés). 
Danone plus innovante qu'Apple
D'autres grandes entreprises sont également moins bien placées que le groupe de vins et spiritueux, comme la chaîne de café Starbucks 21e qui multiplie pourtant les initatives en développant, par exemple, le paiement sans contact. Pernod-Ricard est par ailleurs considérée comme la plus innovante des entreprises françaises, devant le géant Danone (25e). Ce dernier est d'ailleurs, lui aussi, classé devant Apple.
Amazon perd du terrain 
Sur le podium figurent tout de même trois entreprises américaines: le producteurs de logiciels et d'applications Salesforce, qui conserve sa place de numéro un, le groupe pharmaceutique Alexion Pharmaceuticals et le géant de la librairie en ligne, Amazon, doublé par le précédent.

Un petit pas 


Ce n’est pas la panacée qui balaiera la crise de l’euro. Pas non plus une « révolution » dans la gestion à l’européenne des dettes publiques. Mais l’annonce faite par Mario Draghi signifie un pas en avant, même si cette avancée est plus idéologique que réelle. Car l’intervention de la BCE sur le marché secondaire des emprunts d’Etat, bien qu’« illimitée » en quantité, reste, en fait, limitée en soumettant les solliciteurs aux conditions draconiennes à établir par les Fonds de secours européens, peut-être aussi par le FMI. Le tout sous le manteau du « pacte budgétaire », le fameux traité « Merkel-Sarkozy » que la France doit encore adopter…
Très révélatrice hier était la double présence du chef de l’Eurogroupe Juncker et du commissaire de l’UE Rehn à la conférence de la BCE. L’Europe institutionnelle et la zone euro approuvent les décisions prises, également le Parlement européen par la voix de son président Martin Schulz. Des décisions qui ne plaisent guère en Allemagne, surtout pas à la Bundesbank, premier bailleur de fonds de l’Euroland, d’ailleurs ouvertement opposée à ces mesures. Des protestations se font déjà entendre au gouvernement de Berlin et au sein de la majorité parlementaire d’Angela Merkel qui, elle, reste très prudente. Outre-Rhin, on craint la planche à billets. On s’interroge aussi sur le curieux mécanisme, genre « chaises musicales », que mettrait en œuvre la BCE pour racheter des dettes d’Etat en empruntant aux banques, pour ne pas financer directement, ce qui serait contraire à ses statuts !
À la limite, peu importe. La BCE est « technicienne ». La vraie impulsion pour mettre fin à la crise ne peut venir que des Etats, forcément par compromis entre les grandes économies : l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne. Sans oublier les Pays-Bas, de plus en plus eurosceptiques, qui le 12 septembre éliront un nouveau gouvernement. Le même jour où la Cour constitutionnelle de Karlsruhe se prononcera sur le Mécanisme européen de stabilité. Un rejet – guère envisagé, il est vrai – serait catastrophique. Mais remettre, comme l’attendent les opposants allemands, toutes les décisions concernant l’euro au vote du Bundestag, et au cas par cas, serait irréaliste.
Et il y a encore un autre obstacle de taille : l’avenir de la Grèce… L’automne en Europe, n’en doutons pas, sera entièrement consacré à l’euro et à la crise. Sous des perspectives guère encourageantes, peut-être susceptibles de créer un effet de choc : selon l’OCDE, la récession menacera partout en 2013. Y compris en Allemagne.

Le défi asiatique


En 1966, Jean-Jacques Servan-Schreiber utilisait l'Amérique pour réveiller l'Europe. Son célèbre essai Le défi américain aurait pu tout aussi bien s'intituler Le défi européen.
En 2012, voici Le défi asiatique. Derrière la Chine et l'Inde, ce continent joue, pour le monde occidental, le rôle que l'Amérique joua, hier, pour l'Europe. Il constitue un appel à l'effort et au renouveau. Ces dernières années, le monde occidental a vécu très au-dessus de ses moyens matériels, et très en dessous de ses moyens intellectuels, spirituels sinon éthiques. La crise qu'il traverse aujourd'hui lui donne l'occasion inespérée de se ressaisir, ne serait-ce que pour stopper la contagion, inévitable dans l'univers de la mondialisation, qui affecte les pays émergents.
L'Europe, en particulier, est devenue « l'homme malade de la planète ». Mais comme tout le monde occidental, elle possède ces anticorps institutionnels que sont la démocratie et l'état de droit. Elle peut donc se révéler plus résistante à la crise que ne le sont les pays émergents, plus vulnérables encore à la baisse de leurs taux de croissance que ne le sont des pays démocratiques face à l'absence même de croissance.
L'industrie du luxe, experte en matière de mondialisation et de gestions des risques, a bien compris cette évolution. Pendant plus de vingt ans, elle a fait le choix de l'Asie et des pays émergents en général. Aujourd'hui, pour ne pas « mettre tous ses oeufs dans le même panier », elle réinvestit dans le monde occidental et plus particulièrement en Europe. En pleine crise grecque, Louis Vuitton a ouvert une boutique à Mykonos.
Alors que la presse ne parle que de la chute de l'euro et de la fin du monde occidental, la réalité est infiniment plus complexe. Hier, l'Europe constituait pour les pays émergents un miroir reflétant leur réussite. Ils pouvaient y comparer leurs taux de croissance aux nôtres et se conforter dans leur sentiment de supériorité : la croissance était à « l'est », les dettes à « l'ouest ». Aujourd'hui, à l'inverse, ils s'inquiètent d'une crise européenne qui agit comme un révélateur et un accélérateur de leurs faiblesses structurelles : corruption, inégalités sociales...
Accepter le changement du monde, en comprendre les ressorts, s'ajuster à cette évolution : les défis auxquels le monde occidental est confronté sont redoutables. Mais avec un juste mélange de modestie, par rapport à l'autre, et d'ambition, par rapport à soi, ils peuvent être surmontés.
Les cartes de l'Amérique et de l'Europe sont loin d'être identiques. Elles représentent une réalité de plus en plus éclatée. Cette réalité inclut désormais sans doute, en termes d'émotions et de valeurs, un pays comme le Japon, de ce point de vue plus « occidental » qu'asiatique. Mais les cartes du monde occidental, et de l'Europe en particulier, sont bien réelles avec cette combinaison unique d'unité et de diversité, source de créativité.
« Les caisses sont vides, il est temps de se mettre à penser », disait, en 1922, le prix Nobel de chimie Sir Ernst Rutherford. Le temps de la pensée et celui de l'action commencent maintenant. C'est une question de volonté et d'intelligence politique. Il s'agit de concilier effort, justice et compétitivité. L'exercice est difficile, mais pas impossible. Il suppose de privilégier la pédagogie sur la démagogie.

Rêves 


Un Noir entrait il y a quatre ans à la Maison Blanche en affirmant : « Yes, we can » – oui, nous pouvons. Une formulation nouvelle du vieux rêve américain, de cette obsession de la frontière à conquérir, plus loin et plus haut, à l’Ouest ou sur la lune. Et cette nuit, après quatre ans de pouvoir, Barack Obama devait réveiller le vieux rêve, comme l’avait fait quelques jours auparavant son adversaire Mitt Romney. C’est toute la différence entre les Etats-Unis et la France : souvenez-vous des ricanements devant le rêve français François Hollande. Nous n’osons plus rêver, accablés par une crise sans fin, plombés par une démographie qui fait de la retraite l’emploi d’avenir le plus répandu. Alors, bien sûr, nous moquerons la naïveté des Américains, la violence de leur société, leur insistance à mettre Dieu partout, et jusque dans leurs programmes politiques… Mais quelle force, dans un peuple qui rêve.

Les buralistes mobilisés 
contre le paquet uniforme

Taxe à 75% : la reculade du gouvernement en trois actes

L'Elysée se défend de tout recul. Et pourtant, la taxe à 75% sur les très hauts revenus devrait être sérieusement édulcorée, selon Le Figaro et Les Echos, par rapport aux engagements de François Hollande durant la campagne présidentielle. FTVi revient en trois actes sur cette mesure symbolique.

Acte 1 : une annonce improvisée
Benet premier dans le vide....
L'annonce avait surpris au sein même de l'équipe de campagne de François Hollande. Sur le plateau de TF1, le 27 février, le candidat à la présidentielle avait promis un taux d'imposition de 75% pour les très hauts revenus, supérieurs à un million d'euros par an. Il s'était d'ailleurs pris les pieds dans le tapis en évoquant par erreur les revenus supérieurs à un million d'euros par mois, avant de rectifier son erreur par la suite.
Quelques minutes plus tard, dans l'émission "Mots croisés", en direct sur France 2, Jérôme Cahuzac, alors responsable des questions budgétaires dans l'équipe Hollande (devenu depuis ministre délégué au Budget), avait semblé apprendre en direct la déclaration, refusant même de la commenter.
Si cette proposition surprise du candidat socialiste avait été brocardée par ses adversaires, elle avait en revanche été perçue comme une bonne opération stratégique pour François Hollande. Il avait ainsi réussi à monopoliser l'attention médiatique plusieurs jours, reléguant au second plan les annonces de Nicolas Sarkozy sur l'éducation.
Dans le détail, cette taxe de 75% devait s'appliquer à tous les revenus supérieurs à un million d'euro par an et par part fiscale. A l'époque, FTVi avait calculé l'impôt supplémentaire que les personnes à très hauts revenus auraient dû payer si cette taxe avait été appliquée telle quelle.
Acte 2 : sportifs et artistes se rebiffent
Immédiatement après l'annonce de François Hollande plusieurs catégories de contribuables se sont offusquées de cette proposition. A commencer par le monde du football. Car la mesure aurait potentiellement pu concerner une bonne cinquantaine de joueurs de Ligue 1. "Cela freinerait l'arrivée sur notre territoire de joueurs en provenance d'autres pays", affirmait alors le président de l'Union nationale des footballeurs professionnels, Philippe Piat. Des craintes exprimées aussi par des présidents de club.
Les artistes français n'étaient pas restés silencieux. "C'est de la confiscation", avait protesté Patrick Bruel sur RTL, tandis que Françoise Hardy craignait de se retrouver "à la rue" en cas d'élection de François Hollande. Dans une interview à Paris-Match, elle envisageait même d'aller se réfugier à Londres ou à New York.
Acte 3 : le gouvernement détricote la promesse
Par petites touches, et sans jamais communiquer tout à fait officiellement, le gouvernement Ayrault laisse filtrer des informations qui vont dans le sens d'un assouplissement de cette mesure phare de la campagne de François Hollande. "Il faut que cette taxe soit intelligente. Nous ne souhaitons pas qu'elle entraîne un exode des cadres et des chefs d'entreprise", affirmait ainsi le ministre de l'Economie et des Finances, Pierre Moscovici, le 29 août dans Les Echos.
Outre les éventuels effets néfastes sur l'économie que pourrait causer cette mesure, le gouvernement avait redouté que cette taxe soit jugée confiscatoire par le Conseil constitutionnel. A plusieurs reprises, l'exécutif avait ainsi laissé entendre que les sportifs et les artistes pourraient voir leur fiscalité lissée sur plusieurs années.
Mais les informations publiées par Les Echos et Le Figaro vont plus loin. Dans la mouture du texte qu'envisage de présenter le gouvernement, les revenus des artistes et des sportifs, considérés comme exceptionnels, ne seraient plus concernés.
Le seuil d'un million d'euros de revenus serait maintenu, mais seulement pour les célibataires. Pour les couples, le seuil au-delà duquel la taxe de 75% serait appliqué serait revu à 2 millions d'euros.
Autre retouche importante : les revenus du capital (intérêts, dividendes, plus-values) seraient exonérés de cette taxe. Seuls les revenus d'activité, "ceux qui ne réservent aucun aléa et n'impliquent aucune prise de risque" seraient pris en compte, affirment Les Echos.
Limitée dans le temps, cette taxe de 75% ne sera pas une nouvelle tranche d'impôt sur le revenu, mais une surtaxe qui comprendrait la CSG (7,5%) et la CRDS (0,5%) dont les Français s'acquittent déjà. Le taux effectif de cette nouvelle taxe ne serait donc que de 67%.

Discrimination : le mot qui tue


Prenant tout le monde de court, Jean-Marc Ayrault a annoncé à la sortie du premier Conseil des ministres de la rentrée, le 22 août, que le projet de loi visant à légaliser le « mariage » et l’adoption allait être déposé dès la fin du mois d’octobre. Une contre-proposition, par laquelle les Verts cherchent à s’imposer dans le débat en prenant à leur tour les socialistes de court, a été déposée sur le bureau du Sénat le 27 août (voir notre numéro de mardi). L’histoire s’accélère. Il ne reste au mieux qu’une cinquantaine de jours avant que la machinerie lourde du projet gouvernemental, assuré – a priori – de la majorité absolue au Parlement, soit mise en mouvement.
La mobilisation contre le « mariage » ouvert aux couples de même sexe, c’est ici et maintenant. Par tous les moyens. Tout ce qui ira contre, tout ce qui voudra empêcher cette loi folle, sera bon à prendre et à saluer.
Il faudra se méfier des mots. Le débat, tel qu’il doit se tenir, tel qu’il faudra l’exiger afin que l’on puisse parler en toute vérité d’une question que les gros médias, à la remorque de l’agitation mondiale en faveur de la reconnaissance des unions des couples de même sexe, ont réussi à confisquer, se jouera sur une notion clef : celle de la discrimination.
Et c’est une notion pipée, faussée, dangereuse à manier.
La non-discrimination est aujourd’hui, au cœur de la « morale laïque », une « valeur » qui ne se discute pas, qui s’est médiatiquement imposée, qui est à ce point chargée d’émotion et de bons sentiments que nul ou presque n’ose dire que la discrimination n’est pas toujours un mal. Qu’elle peut être un bien, une nécessité, une prudence.
Avec le refus de la « discrimination à raison de l’orientation sexuelle », aujourd’hui inscrite dans la loi française et aussi, de manière plus agressive encore, dans la Charte européenne des droits fondamentaux, un pas décisif a été accompli pour fausser et confisquer le débat. Celui-ci exige de clarifier d’abord les termes. Je vois avec inquiétude des initiatives et des déclarations contre le « mariage » gay qui s’empressent d’emblée d’affirmer qu’il faut combattre toute discrimination à l’égard des personnes en raison de son orientation sexuelle. Non pas par mauvaise volonté : c’est une manière, bien entendu, de dire que l’on ne veut pas de mal aux homosexuels que nous respectons et que nous devons aimer en tant que personnes, et approcher avec bienveillance, en voulant leur bien. Mais par une sorte d’automatisme imposé par le langage ambiant : il a fait perdre le sens des mots.
Qu’est-ce que la discrimination ? Littré l’appelait « la faculté de discerner, de distinguer ». Et fait la citation d’un psychologue qui la décrit comme « le fondement de notre intelligence ». Une définition moderne, celle du Larousse, rend compte du glissement de sens actuel : « Fait de distinguer et de traiter différemment (le plus souvent plus mal), quelqu’un ou un groupe par rapport au reste de la collectivité ou par rapport à une autre personne. »
Le fait de s’interdire toute « discrimination », supposée mauvaise parce qu’elle traduit une différence de traitement, à l’égard des homosexuels, c’est déjà accepter de débattre selon les termes imposés, non par « les homosexuels », mais par le lobby qui veut ouvrir l’accès au mariage aux couples de même sexe. C’est le mythe égalitariste. Il a très bien fonctionné en Argentine, par exemple, où, contre la volonté d’une population largement attachée au mariage naturel, traditionnel, normal, le « mariage » gay a été imposé comme le « mariage égalitaire », accessible à tous au nom de la non-discrimination. C’est une logique de plus en plus acceptée dans le domaine juridique. Une notion dangereuse aux conséquences parfois insoupçonnées.
Peut-il être juste de discriminer à l’égard de personnes, de groupes de personnes, d’une religion ? Bien sûr que oui ! Une religion qui prône la mise à mort des apostats peut et doit être discutée ; une secte qui repose sur l’extorsion de fonds et les abus sexuels mérite d’être interdite ; le fait de réserver les postes de fonctionnaires ou de militaires aux nationaux d’un pays est légitime ; interdire l’embauche d’un pédophile condamné pour certains emplois est une mesure de prudence ; refuser l’ordination aux femmes est un droit de l’Eglise catholique ; Tant que cela durera, évidemment. Préférer ne pas engager un homosexuel comme assistante maternelle est une liberté – mais à condition de ne pas le dire ainsi, car cela tombe déjà sous le coup de la loi sur la discrimination à l’embauche.
Une discrimination est toujours un choix, et ce choix peut être injuste, méchant, arbitraire. Mais elle est une opération normale et nécessaire de l’intelligence. La nouvelle loi « antiraciste » chilienne, par exemple, moins extrémiste que la nôtre, pénalise les « discriminations injustifiées ».
L’expérience de plusieurs pays plus avancés que la France sur le chemin de l’égalitarisme forcené devrait nous inciter à réfléchir.
Au Royaume-Uni, un couple de chrétiens propriétaires d’une pension de famille qui est aussi son domicile a été condamné pour avoir refusé une chambre à un couple d’homosexuels. Aux Etats-Unis, des procédures s’ouvrent contre des établissements louant des salles pour des mariages qui les ont refusées pour des « mariages » gays. Au Brésil, la loi antiraciste en cours de discussion veut punir de deux ans de prison toute réaction négative à une manifestation d’affectivité d’un couple homosexuel dans tout lieu « ouvert au public » (une église, c’est ouvert au public). Dans les pays scandinaves, en Espagne, des procès ont été intentés contre des prêtres ou des pasteurs qui ont condamné l’acte homosexuel comme moralement mauvais. En France, en application de la loi, il est possible d’être condamné si l’on refuse de louer un appartement à un couple homosexuel en raison de son orientation sexuelle.
Accepter le discours sur la discrimination, c’est se soumettre d’emblée à la dictature du relativisme. C’est ouvrir la porte, demain, à la persécution des religions qui ont un discours moral traditionnel sur le comportement homosexuel.
C’est un danger qu’il ne faut pas minimiser.