TOUT EST DIT

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jeudi 14 avril 2011

Cet homme est dangereux...

La forme a été vieillotte et parfois poussive. Tout le reste a été moderne.

Le mail d’invitation à la conférence de presse de Nicolas Hulot avait annoncé la couleur. Ce serait solennel. Ce le fut. Ce serait dense. Ce le fut. Ce serait frugal. Ce le fut. La sobriété du décor (fond bleu modèle FR3 des années 70), la modestie du son (un micro tenu à la main par le présentateur-autocandidat), le lieu (une salle des fêtes de banlieue) et jusqu’à l’éclairage, glauque à souhait : tout indiquait un dépouillement choisi au service d’une voix et de son message.

Hulot a été un peu longuet et parfois un peu verbeux, mais il a atteint son objectif. Il est parvenu à montrer avec une efficacité certaine qu’il était différent. Qu’il courait au service d’un idéal d’une autre essence que celle du reste de la classe politique : il ne veut pas seulement changer la société à coup de «plus de», il veut en faire naître une nouvelle, écologique et sociale. Il a exalté les solidarités, notamment avec le sud, mais semble aussi avoir trouvé le nord de ses convictions. C’est qu’il a réglé sa boussole personnelle avant de s’élancer : ses «amis» politiques les plus proches sont chez Europe-Ecologie-Les Verts et son projet est incompatible avec la politique actuelle de la majorité. Le solitaire orgueilleux qui, en 2007 avait voulu convertir toute la galaxie du pouvoir de gauche à droite et de droite à gauche, l’inspirateur d’un Grenelle de l’environnement consensuel qui a dépassé les frontières des partis, s’est clairement positionné, cette fois, dans une sphère électorale qu’il a longtemps répugné à explorer. L’homme qui présentait ses émissions en survolant la Terre a donc finalement décidé d’aller se poser sur le territoire du combat politique.

Sur son parcours dans cette jungle inhospitalière - la nature des hommes peut être venimeuse - les primaires écologistes l’ennuient, aussi artificielles qu’une épreuve de Koh-Lanta. Puisqu’il le vaut bien, et puisqu’il le faut bien, il les traversera par nécessité en espérant que, sur son passage, on se ralliera à son panache vert flamboyant sans trop le contrarier. Et que la guerre avec Eva sera jolie. Ensuite, il marchera sans se décourager, nous promet-il, la volonté dans son sac à dos, pour conjurer le déclin annoncé de la planète. Le fin-du-mondisme n’est pas une fin en soi, à la fin, tempête-t-il, à condition de réformer le progrès. Tout simplement…

Déjà un petit miracle : son annonce a été plutôt bien accueillie chez les Verts, au soutien volontiers soupçonneux, mais qui reconnaissent en lui une énergie nouvelle capable de produire des voix. Alors, l’inconnu le plus redoutable que devra maintenant affronter Hulot, c’est lui-même. Le candidat sera-t-il capable de faire rayonner le charisme et la générosité de l’agitateur d’idées dans un univers qui n’est pas le sien ?

Populaire


C’est décidé, des jurés populaires siègeront aux côtés des magistrats professionnels, afin que notre justice devienne enfin populaire. Belle idée démocratique, ce jugement du peuple par le peuple. Mais pourquoi s’arrêter là, Monsieur notre Président ? On pourrait également asseoir un ou deux ministres populaires à la table du conseil, on appellerait ça le gouvernement du peuple par le peuple. Et pourquoi pas un peu de peuple en classe avec l’enseignant, pour une éducation vraiment populaire ? Et à la télévision avec Claire Chazal, dans les conseils d’administration, le cabinet du médecin et la cuisine de Paul Bocuse... Le peuple est partout chez lui, dans une vraie démocratie populaire. D’ailleurs, si l’on osait... Pourquoi pas un peu de peuple à vos côtés à l’Elysée, Monsieur notre Président, dans l’espoir de rendre votre politique enfin populaire ?

Libye : l'Otan divisée


Dans l'histoire de l'Alliance Atlantique, c'est une première qui n'est pas sans surprendre les habitués des couloirs de l'Otan. L'organisation dirige une opération militaire sans que les Américains y tiennent un rôle vraiment dominant. On pourrait s'en réjouir si cet effacement relatif était compensé par une plus grande cohésion de l'Alliance, ou de son pilier européen. Or, c'est tout le problème : si l'opération menée en Libye s'appelle « Protecteur unifié », rarement les divisions ont été aussi apparentes au sein de l'Otan.

Deux pays essentiels dans le dispositif atlantique, l'Allemagne et la Turquie, rament en sens inverse. L'Allemagne s'est non seulement abstenue au Conseil de sécurité lors du vote de la résolution 1973 qui a autorisé le déclenchement, dans l'urgence, de l'opération. Elle a aussi décidé de retirer ses quatre navires du dispositif de contrôle de l'embargo sur les armes à destination de la Libye. Ce retrait rend encore plus évidentes les divisions européennes en matière de politique étrangère et de défense.

Quant à la Turquie, pièce maîtresse des équilibres stratégiques américains en Méditerranée, elle mène une diplomatie de plus en plus autonome. Après avoir rompu l'axe qui l'unissait à Israël, elle tente de jouer les médiateurs entre Kadhafi et les rebelles, freinant en cela les prises de décisions au sein de l'Otan.

« Pas de solution militaire »

On pourrait ajouter les réticences italiennes ou suédoises. Ces deux pays envoient des avions qui peuvent participer activement au respect de la zone d'exclusion aérienne (et donc abattre des avions ennemis), mais ils refusent que leurs appareils tirent sur des cibles au sol. Or, les avions de Kadhafi sont de plus en plus rares dans le ciel libyen et c'est justement au sol que se joue actuellement la bataille. Que se joue aussi le drame humanitaire des 300 000 habitants de Misrata, assiégés depuis maintenant cinquante jours.

Tous ces éléments expliquent pourquoi l'impression initiale d'assister surtout à une opération franco-britannique est corroborée chaque jour davantage par les faits. À tel point que Londres et Paris ont jugé nécessaire de tirer la sonnette d'alarme cette semaine, Alain Juppé, le ministre de la Défense, estimant que l'Otan ne joue « pas suffisamment » son rôle.

La réunion de l'Otan qui se tient aujourd'hui à Berlin promet donc d'être assez tendue. D'autant que le secrétaire de l'organisation est le premier à affirmer qu'il « n'y a pas de solution militaire à ce conflit ». Pour une raison très simple, connue depuis le début. Les rebelles sont trop faibles et désorganisés militairement, et si l'Otan compense l'avantage des troupes de Kadhafi, la résolution 1973 interdit explicitement le déploiement de troupes au sol, pourtant indispensables pour porter l'estocade finale. La Côte d'Ivoire vient d'en fournir une illustration.

Alors, une solution politique ? Bien sûr. C'est, tôt ou tard, le passage obligé. Mais les protecteurs de Benghazi ne sont pas plus unis sur ce volet. Les rebelles font du départ de Kadhafi une condition non négociable. Encore faut-il déloger le Guide. En outre, la méfiance continue de régner autour du Conseil national de transition et des forces qui le soutiennent (ou pourraient profiter de sa montée en puissance). Pendant ce temps, l'heure tourne et l'enlisement guette.



When it comes to Facebook, EU defends the 'right to disappear'/UE-Facebook, bras de fer sur la vie privée

"Leaving Facebook? It was a Kafkaesque nightmare!" says Sean McTiernan, a 20-something Dublin arts journalist, who tried to quit the social network but found that Facebook really didn't want him to leave.
It's rare enough for a young person to ignore the magnetic forces of Facebook, doubly so for someone working in an industry where social media is becoming paramount. But Mr. McTiernan says he was simply exhausted by all the "oversharing" among his online friends. He knew the break wouldn't be easy (and what would become of his social life?), but he forged ahead to pry himself from his virtual community.
"In the end," he says, "I found a program that deleted, one-by-one, every single comment I'd made, every photo I'd uploaded, and every post on my wall."
But even that wasn't enough to convince him that he would vanish. "I revived my profile and left it blank: no pictures, no posts, no friends. It felt safer that way," he says. That way, based on his reasoning, he can make sure he's not on Facebook by maintaining a shadow presence on Facebook.
If the European Union gets its way, people like McTiernan may have an easier time erasing their online selves. The EU wants to give Internet users the right to what the French call le droit à l'oubli – literally, the right to oblivion.

EU in vanguard of Internet privacy


Viviane Reding, the EU's justice commissioner, is pushing for tougher privacy safeguards in an effort to give Internet users more control of their personal data that is collected, stored, mined, and could potentially be sold by companies like Facebook, Google, or any of the vast number of sites where users upload photos, provide private details, and, every once in a while, post something embarrassing.
The new rules, which are set to be in place later this year, put the EU in the vanguard of Internet privacy laws and could influence other countries, namely the United States, as Internet law becomes an increasingly pressing and controversial arena. What's more, the stronger EU stance on privacy may have profound effects on companies like Facebook, which declined to be interviewed for this article, that have millions of users across Europe.
"While social networking sites and photo-sharing services have brought dramatic changes to how we live, new technologies have also prompted new challenges," said Ms. Reding in a February speech. She went on to say it is "now more difficult to detect when our personal data is being collected."
She says "people shall have the right – and not only the possibility – to withdraw their consent to data processing. The burden of proof should be on data controllers – those who process your personal data."
Reding's spokesman, Matthew Newman, says the right to be forgotten is simply a modernization of existing laws: "It already exists in the sense that if you live in the EU you have control over your data. But what's missing is that it hasn't taken account of how we use the Internet now. Fifteen years ago, there was no such thing as social media."
The legal rejig will also see companies forced to prove they need to collect the data for which they ask and allow users to remove all traces of themselves from sites they join.
"If you sign up for Twitter or Face­book or a photo-sharing site," he says, "you agree to share your data, though you probably don't read the terms. It should be very easy for you to delete it, and it should be really deleted."

 La volonté européenne de graver le "droit à l’oubli" dans le marbre d’une loi sur la protection de la vie privée sur Internet pourrait radicalement changer la donne pour des entreprises comme Facebook et suscite des interrogations sur la liberté d’expression en ligne. 

 "Quitter Facebook ? Ca relève du cauchemar kafkaïen ! ", s’exclame Sean McTiernan, journaliste de Dublin d’une vingtaine d’années qui en tentant de sortir du célèbre réseau social, a découvert à quel point Facebook ne voulait pas le voir partir.
Il est rare pour un jeune d’aujourd’hui de ne pas succomber à l’appel de Facebook, a fortiori quand il travaille dans un secteur où le média social est devenu si prépondérant. Mais voilà, McTiernan en avait tout simplement assez de "l’hyper partage" avec ses amis en ligne.
Il savait qu’il ne serait pas facile d’en sortir (et qu’allait-il advenir de sa vie sociale ?) mais il décida de se lancer et de briser les chaînes de sa communauté virtuelle. "Au bout du compte, dit-il, j’ai fini par trouver un programme pour effacer, un à un, tous les commentaires, toutes les photos et tous les posts que j’avais pu mettre en ligne".
Il n’était toutefois pas encore certain d’avoir complètement disparu du réseau. "J’ai donc réactivé mon profil et je l’ai laissé vierge : pas de photo, pas de post, pas d’ami. Je me sentais plus rassuré comme ça ", poursuit-il. En maintenant une présence fantôme, il était certain de ne pas être sur Facebook.

Les réseaux sociaux et le besoin d'ajustement juridique

Si la proposition européenne aboutit, les gens comme McTiernan pourraient avoir nettement moins de mal à effacer leurs traces de la Toile. L’Union européenne veut en effet offrir aux internautes le droit à l’oubli. Viviane Reding, commissaire européenne à la Justice, plaide pour un renforcement de la protection de la vie privée et souhaite donner aux internautes un meilleur contrôle sur les informations privées qui sont collectées, archivées, exploitées et éventuellement vendues par des sociétés comme Facebook, Google ou tout autre site permettant à ses utilisateurs de poster des photos, des informations privées ou quoi que ce soit de potentiellement embarassant.
Cette nouvelle réglementation, dont la mise en place est prévue dans le courant de l’année, place l’UE à la pointe de la protection de la vie privée sur Internet et pourrait inspirer d’autres pays à mesure que le débat sur la réglementation en ligne devient plus pressant et polémique. Cette initiative pourrait également avoir de lourdes conséquences pour des sociétés comme Facebook, qui compte des millions d’utilisateurs en Europe et n’a pas souhaité répondre à nos questions.
"Si les sites de réseaux sociaux et les services de partage de photos ont radicalement changé notre mode de vie, ces nouvelles technologies posent également de nouvelles questions", déclarait Viviane Reding en février dernier. Il est aujourd’hui "plus difficile de savoir quand des informations personnelles sont collectées. Les gens devraient avoir le droit – et pas seulement la possibilité – de retirer leur consentement à la collecte d’information. La charge de la preuve devrait être du côté de ceux qui utilisent vos données personnelles".
Le droit à l’oubli n’est qu’une modernisation de lois existantes, a déclaré Matthew Newman, porte-parole de la commissaire à la Justice. "Ce droit existe déjà au sens où tous les résidents européens ont le contrôle de leurs données personnelles. Ce qui manque, ce sont les nouveaux usages apparus sur Internet. Il y a quinze ans, les médias sociaux n’existaient pas".
Cet ajustement juridique devrait également obliger les sociétés à prouver qu’elles ont besoin des informations qu’elles demandent et permettre aux utilisateurs d’effacer toute trace de leur passage sur des sites qu’ils ont pu rejoindre. "Si vous ouvrez un compte sur Twitter, Facebook ou n’importe quel site de partage de photo, vous acceptez de partagez vos données même si vous ne lisez probablement pas les termes de cet accord, explique Newman. Il devrait être très simple de les effacer et d’obtenir qu’elles soient réellement effacées".

643 millions d'utilisateurs Facebook dans le monde

Avec près de 643 millions d’utilisateurs dans le monde, Facebook a fait l’objet de critiques persistantes ces dernières années, ses détracteurs lui reprochant de n’offrir que la possibilité de "désactiver" un compte et non de le supprimer. Si certains saluent l’initiative européenne, d’autres – notamment du côté des sociétés américaines – s’élèvent contre ce qu’ils considèrent comme une atteinte à liberté d’expression. Sur son blog, le responsable de la protection des données personnelles chez Google trouve qu’il s’agit d’une "idée fumeuse" et écrit que "la protection de la vie privée est le nouveau noir des fashionistas de la censure".

"Le problème concerne essentiellement les jeunes qui ont plus tendance à poster des photos embarassantes qui reviendront les hanter des années plus tard", explique Gavin Phillipson, professeur de droit à l’université Durham en Angleterre. Face à ce problème généralisé, les Etats-Unis préfèrent inciter les utilisateurs à davantage de responsabilité tandis que l’Europe a tendance à épingler la conduite des entreprises concernées.
Lilian Edwards, professeur de droit à l’université de Strathclyde à Glasgow, est réputée pour ses positions libertariennes sur la question. Elle n’est pourtant pas entièrement hostile à la proposition européenne. "J’ai d’abord été séduite par cette idée, puis j’y ai trouvé quelques inconvénients, explique-t-elle. Le premier est d’ordre technique : sur Internet, l’information circule. Mais d’un point de vue légal et moral, le problème est surtout que la protection de ma vie privée empiète sur votre droit à la liberté d’expression. Si j’écris sur mon blog, 'John était bourré hier soir', c’est une information personnelle mais c’est aussi mon droit de m’exprimer librement".

Débat

Oui à la vie privée, non à l’oubli

La militante des libertés civiles Tessa Mayes écrit dans The Guardian qu'à l'ère d'Internet, il existe des tensions croissantes entre le droit à la vie privée et la liberté d'expression. "Les demandes devant les tribunaux pour garder des détails d'une histoire privée anonymes sont de plus en plus courantes", écrit elle. "L'année dernière, l'ex-femme d'une célébrité de la télévision s'est vue imposer par la justice une interdiction de divulgation de données personnelles le concernant "
Par ailleurs, l'arrivée de services permettant de gérer sa réputation en ligne, capables de faire disparaitre toute information compromettante sur Internet signifie que "le commun des mortels entend bénéficier d'une protection aussi solide que celles des gouvernements, des célébrités et des grosses entreprises".
Toutefois, "si se faire oublier peut séduire certains, faire de cet oubli un droit porte atteinte au concept même de droit. Plutôt que d'être quelque chose qui incarne la relation entre l'individu et la société, il prétend que cette relation n'existe pas".

"Le droit à la vie privée s'explique parce que nous vivons dans une société. Nous exigeons d'avoir ce droit dans une société tout en restant impliquée dans celle-ci. Pour que notre vie publique fonctionne bien, nous avons parfois besoin de nous en éloigner".
"En revanche, le droit à l'oubli est un retrait extrême, et dans sa forme la plus dure peut être assimilé à un acte antisocial et nihiliste. S'il est adopté, ce droit à l'oubli signifierait l'émasculation de notre pouvoir d'agir dans le monde".

Ce qui va changer pour les Français qui paient l'ISF

L'impôt sur la fortune ne sera pas supprimé mais les Français dont le patrimoine est inférieur à 1,3 million d'euros ne le paieront plus. Pour compenser la perte des recettes que cette réforme va générer, plusieurs hausses d'impôts sont annoncées.
Officiellement, il ne s'agissait que d'une réunion de travail entre les parlementaires de la majorité et le ministre du Budget François Baroin. Mais la rencontre, qui s'est déroulée mardi soir dans une annexe du ministère des Finances à deux pas de l'Assemblée nationale, avait en réalité un objectif bien précis : informer les élus des derniers arbitrages sur la réforme fiscale. Et en particulier, leur expliquer comment le gouvernement compte aménager l'impôt de solidarité sur la fortune, en échange de la suppression du bouclier fiscal. Car il s'agit bien du scénario d'un toilettage de l'ISF qui a été retenu et non sa disparition, pourtant souhaitée initialement par Nicolas Sarkozy
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Avec la modification du barème envisagée, l'ISF ne concernera plus que les contribuables disposant d'un patrimoine supérieur à 1,3 million d'euros et ne comprendra plus que deux tranches : 0,25% entre 1,3 et 3 millions d'euros, 0,5% au-delà. Selon "Le Figaro", seuls les redevables de la tranche à 0,5% auront à remplir une déclaration d'ISF, les autres déclareront leur patrimoine sur leur déclaration de revenu et acquitteront leur ISF en même que leur impôt sur le revenu.
Plusieurs hausses d'impôts en vue pour compenser cette baisse
Pour boucler le financement de cette réforme — celle-ci doit être neutre pour les finances publiques — plusieurs hausses d'impôts sont annoncées. D'une part, les donations en franchise d'impôt ne seront plus possibles que tous les 10 ans, au lieu de tous les 6 ans. La tranche sur les plus importantes successions sera relevée de 5 points, tandis qu'une "exit tax" sera créée pour les particuliers qui s'expatrient afin d'échapper à l'impôt. Cette taxe serait prélevée au moment de la vente des biens.
La question du calendrier de cette "exit tax" est importante dans la mesure où la France, qui avait instauré un mécanisme équivalent en 1999 et s'était vue condamnée par la Cour de justice des communautés européennes au motif que "le principe de liberté d'établissement posé par l'article 43 du traité instituant la Communauté européenne doit être interprété en ce sens qu'il s'oppose à ce qu'un État membre institue, à des fins de prévention d'un risque d'évasion fiscale, un mécanisme d'imposition des plus-values non encore réalisées, en cas de transfert du domicile fiscal d'un contribuable hors de cet État". En précisant que c'est une fois les biens cédés que cette taxe s'appliquera, le gouvernement estime avoir toutefois contourné l'obstacle.
En revanche, un temps envisagée, la taxation des gros contrats d'assurance-vie est écartée. À moins de 13 mois de l'élection présidentielle, c'est donc la solution de compromis qui l'a emporté.
La réforme devrait être entérinée au plus tard le 13 juillet
Une réforme trop radicale aurait entamé un peu plus la popularité du gouvernement. Promise par Nicolas Sarkozy, la réforme fiscale présentée hier soir par François Baroin, sera sur le bureau du Conseil des ministres le 11 mai prochain. Le texte partira ensuite à l'Assemblée nationale (vote le 8 juin) puis au Sénat ( vote le 23 juin) avant d'être débattu en commission mixte paritaire (début juillet) en vue d'une adoption le 12 ou 13 juillet en sessions extraordinaire.
Reste que le toilettage fiscal prévu est loin de faire l'unanimité. Si Gilles Carrez, rapporteur de la commission des finances de l'Assemblée nationale, se félicite « de la justice et de l'équité fiscale » du projet présenté mardi soir par François Baroin, d'autres élus se montrent plus réservés. C'est le cas de Pierre Méhaignerie, député UMP d'Ille-et-Vilaine, qui confie à la Tribune qu'il présentera des amendements "afin d'encourager la fiscalité de ceux qui souhaitent transmettre leurs entreprises dans le cadre familial".
Pour Charles de Courson, député du Nouveau Centre, lui aussi présent à la réunion avec François Baroin "il reste des détails à régler, en particulier le choix du calendrier d'application de la suppression de la première tranche de l'ISF". Quant au Sénateur Jean Arthuis, en voyage en Allemagne et qui ne pouvait assister au rendez-vous budgétaire de François Baroin, il a résumé le fond de sa pensée sur son blog. Selon le président de la commission des finances du Sénat, la réforme de l'ISF proposée se résume à "prendre un problème global par « le petit bout de la lorgnette». Selon Jean Arthuis, il serait « plus sage de le rien faire en cette fin de printemps".

mercredi 13 avril 2011

Interdire la burqa, un mauvais calcul

Il est désormais interdit de porter la burqa dans les lieux publics en France. Pour The Independent, cette nouvelle loi est une manœuvre électorale de la part d’un Nicolas Sarkozy en difficulté, qui ne va qu’aggraver la situation des musulmans en Europe.
Quand Otto von Bismarck, le Chancelier de Fer, s’attaqua au pouvoir de l’Eglise catholique dans l’Allemagne unifiée depuis peu, dans les années 1870, l’affrontement fut baptisé le Kukturkampf — la lutte pour la culture. Se fondant sur l’idée qu’un bon Allemand ne pouvait être loyal envers une autorité religieuse étrangère puisque basée à Rome, il fut présenté comme la volonté de libérer les croyants plutôt que de les opprimer.
Sans résultat. Les catholiques, flairant le piège, se rallièrent autour de leur Souverain pontife, et quand on les contraignit à choisir entre leur foi et leur fidélité à l’Etat, penchèrent souvent en faveur de la première.
Ce sont des considérations de cet ordre que les gens devraient avoir à l’esprit en France, alors que leur propre Kulturkampf contre le port du voile intégral acquiert force de loi — et alors qu’un certain nombre de Françaises se sont dites, au contraire, plus décidées que jamais à porter la burqa, ou le niqab, en public maintenant qu’elles risquent d’être interpellées.
L’opinion publique britannique est passée à côté de l’importance que revêt ce débat en France, se contentant la plupart du temps de considérer que cette hostilité au voile n’est qu’un slogan des islamophobes de l’extrême droite. C’est un malentendu. La France connaît, bien mieux que la Grande-Bretagne, le sens terrible des guerres de religion.
Dans les années 1570, le sang des protestants massacrés avait littéralement ruisselé dans les rues de Paris, et le conflit qui s’en était suivi avait déchiré le pays pendant des générations. Cette conscience aiguë des souffrances infligées par la religion à la France est à la source du consensus gauche-droite sur la nécessité de défendre la laïcité dans la vie publique.
Il est malheureux que cette philosophie admirable sous bien des aspects se retrouve engluée dans les calculs douteux d’un président aux abois. Ce dernier espère être réélu en 2012 mais accuse une chute catastrophique dans les sondages, quelques-uns le plaçant en deuxième position derrière Marine Le Pen et l’extrême droite. Nicolas Sarkozy ne répugnerait peut-être même pas à quelques passes d’armes publiques avec des musulmans ultraconservateurs au sujet du voile, puisqu’il y verrait un moyen de récolter des voix.
Mais beaucoup de musulmans français désapprouvent ouvertement que leur communauté soit prise pour cible, et l’on court le risque que cette nouvelle interdiction soit contre-productive. Il est heureux qu’aucun des grands partis en Grande-Bretagne ne souhaite nous engager dans cette voie.

L’Europe, pour quoi faire ?

"Pour ou contre l'entrée dans l'UE ?" D'ici à la fin de l'année, les Croates devraient être appelés à répondre à cette question. Mais après de nombreux obstacles sur le chemin de l’adhésion, ils se désintéressent d’une Europe qu'ils associent à leurs élites discréditées. 

A première vue, à l’exception de l’actuel mouvement de contestation [depuis fin février, des manifestations ont eu lieu dans les grandes villes croates pour réclamer le départ du gouvernement de Jadranka Kosor, accusé de corruption et de mauvaise gestion], tout tourne autour de l’Union européenne. Tous les regards sont fixés sur Bruxelles et les messages qui parviennent de là-bas. A première vue seulement.
Car, abstraction faite des médias et des hauts responsables politiques, rares sont les gens qui pensent encore à l’adhésion à l’UE. Accablés par la crise et les problèmes de survie, la majorité des citoyens croates accordent aux messages de Bruxelles autant d’importance qu’aux neiges d’antan !
De leur point de vue, les négociations se déroulent dans une sphère qui leur est inaccessible, et ils ne veulent ni ne peuvent en savoir grand-chose. Sur le chemin des négociations, l’Union européenne a perdu les citoyens censés s’y intéresser.

Une histoire qui traîne depuis trop longtemps

Pourquoi ? Sans doute cette histoire avec l’Europe traîne-t-elle depuis trop longtemps. La plupart des jeunes qui manifestent ces jours-ci dans les rues ne se souviennent plus ni du Sommet de Zagreb [qui a rassemblé les Etats des Balkans de l'Ouest et l'UE en 2000], ni des Accords de Stabilisation et d'Association, ni du moment où la Croatie a posé sa candidature à l’adhésion à l’UE [en février 2003].
Il y a eu tellement d’obstacles et d’humiliations sur ce long chemin, à commencer par la traque du général Gotovina [en mars 2005, l’UE a repoussé l’ouverture des négociations d’adhésion, réclamant que la Croatie arrête et remette au Tribunal pénal international ce général accusé de crimes de guerre], en passant par le différend avec la Slovénie au sujet de la Zone de protection écologique et de pêche (Zerp), jusqu’au blocage slovène des négociations d’adhésion [en 2008 et 2009, les deux pays se sont opposés sur le tracé de leur frontière maritime dans la zone de la baie de Piran], que l’on a un peu oublié d’où l’on est parti, mais également où l’on est censé arriver.
Après une décennie de réformes et de réajustements, nous sommes dans une crise profonde et douloureuse. D’autant plus que depuis un an ou deux ans, plus aucune bonne nouvelle n’arrive d’Europe. Il suffit de voir ce qui se passe en Grèce, en Irlande, au Portugal et en Espagne.
Mais, plus que ces facteurs extérieurs, c’est l’attitude des élites politiques croates qui a rebuté les citoyens. Dans la tentative de se faire plus européens que ceux de Bruxelles, nos hommes politiques ont montré qu’ils étaient prêts à payer n’importe quel prix pour atteindre l’"objectif stratégique".

Le mépris du pouvoir à l'égard des citoyens

Si l’on ajoute que de nombreuses décisions impopulaires prises par le gouvernement n’avaient pas grand-chose à voir, ni avec les négociations, ni avec les conditions imposées par l’Europe pour l’adhésion, il ne faut pas s’étonner d’avoir réussi à dégoûter de nombreux europhiles de l’idée même d’Union européenne.
Les médias ont également leur part de responsabilité. Cinq ans et demi après le début des négociations avec Bruxelles, on n’y trouve toujours pas de vrai débat argumenté sur les aspects positifs et négatifs de l’adhésion à l’UE.
Et nous voilà au bout de la route, fatigués du long chemin parcouru, épuisés par la crise et le manque de confiance, ignorants du but qui nous est présenté comme une réalité sans alternative.
Au moment où la clôture des négociations semble à portée de main [fin juin, si tout va bien, voir ci-dessous], et à quelques mois seulement du référendum sur l’Union européenne, nous voici confrontés à la question qui sera posée à cette occasion : "Etes-vous pour ou contre l’entrée de la Croatie dans l’UE ?"
Comment le gouvernement envisage-t-il ce référendum – le premier depuis l’indépendance de la Croatie ? Quel sera le taux de participation des citoyens ? Et s’il est important, ne sauteront-ils pas sur l’occasion pour dire ce qu’ils pensent du pouvoir en place et de l’opposition – qu’ils connaissent sans aucun doute mieux que la construction européenne !
Ceux qui ont arraché et brûlé sur les places publiques les drapeaux de la HDZ (Union démocratique croate, parti au pouvoir), du SDP (Parti social-démocrate, opposition) et de l’Union européenne seront-ils tentés de sanctionner ces partis et l’Union ? Le mépris persistant du pouvoir à l’égard des citoyens concernant la décision la plus importante à prendre depuis vingt ans montre bien l’état de la démocratie en Croatie.


Adhésion

Nuages sur les négociations

"Un mauvais présage", estime Jutarnji List qui commente le silence du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, de passage en Croatie, sur la date exacte de clôture des négociations. Et si elle n'a pas été balayée, l'échéance initiale de fin juin a été qualifiée "d'ambitieuse". La présidence hongroise de l'UE considère pour sa part que le retard dans les négociations, qui butent toujours sur le chapitre de la justice, "remet en question la crédibilité de tout le processus de l'élargissement."
Le quotidien viennois Die Presse estime de son côté "plus probable" que la clôture des négociations d'adhésion — et la signature du traité afférent — soit reportée au mois d'octobre, pour une adhésion en 2013. En mars dernier, lors de son dernier bilan sur l'avancée des travaux, la Commission avait critiqué le peu de progrès en matière de lutte contre la corruption. Par ailleurs, 7 chapitres sur 33 posent encore problème, notamment celui sur la justice, note Die Presse. Selon un sondage publié par le Jutarnji List, "la majorité des Croates soutiennent l’adhésion de leur pays à l’Union européenne (56% contre 37% de contraires), malgré l’euroscepticisme affiché dans les manifestations" des dernières semaines. Ils sont par ailleurs 63% à considérer que l'UE a été "injuste" à l'égard de la Croatie dans le processus d'adhésion, contre 23% à trouver qu'il n'y a rien à reprocher aux conditions posées par Bruxelles.


Le “fardeau” n’est pas si lourd à porter

Face à l’arrivée de plusieurs milliers de migrants d’Afrique du Nord, l’Italie invoque la solidarité de ses partenaires. Mais le 11 avril, les ministres de l’Intérieur et de la Justice des Vingt-Sept ont rappelé à Rome qu'en matière d'immigration, la règle du chacun pour soi s’impose. 

L’Italie, si l’on en croit le gouvernement de Silvio Berlusconi, est confrontée à un véritable tsunami d’immigrés illégaux, essentiellement Tunisiens. Elle réclame à cor et à cris un partage du "fardeau" entre les Etats membres de l’Union européenne et menace de laisser ces clandestins passer librement chez ses partenaires en les dotant de "permis temporaires de séjour" valables trois mois ce qui, selon elle, les obligerait à les accueillir…
Lesdits partenaires, en particulier l’Allemagne, l’Autriche et la France, n’ont guère apprécié ce chantage et l’ont clairement exprimé le 11 avril, à Luxembourg, lors d’une réunion du Conseil des ministres de la Justice et de l’Intérieur, au représentant italien, Roberto Maroni – membre éminent de la Ligue du Nord, un parti régionaliste et xénophobe.
"Nous ne pouvons accepter que de nombreux migrants économiques viennent en Europe en passant par l’Italie. C’est pourquoi, nous attendons de l’Italie qu’elle respecte les règles juridiques existantes et fasse son devoir", a lancé le ministre allemand de l’Intérieur, Hans-Peter Friedrich, qui s’est dit prêt à rétablir des contrôles aux frontières intérieures de l’UE. Le Français Claude Guéant a annoncé dans la foulée qu’il allait renforcer les contrôles à la frontière franco-italienne afin de renvoyer de l’autre côté des Alpes les clandestins tunisiens. Pas question, donc, de céder au chantage italien. Maroni a laissé éclater sa colère et a franchi un pas de plus dans l’escalade verbale : "L’Italie est laissée seule. […] Je me demande si cela a vraiment un sens, dans cette position, de faire partie de l’UE."

"De la pure agitation électoraliste"

"Tout cela, c’est de la pure agitation électoraliste, en Italie, mais aussi en France", estime Patrick Weill, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l’immigration. "Car il n’y a pas d’arrivée massive, contrairement à ce qu’affirme le gouvernement italien et ce que laissent croire les images spectaculaires provenant de l’île de Lampedusa", porte d’entrée de la plupart des sans-papiers tunisiens.
De fait, depuis la révolution tunisienne, en janvier, 25 800 personnes ont débarqué sur les côtes italiennes, ce qui est très peu au regard de la situation économique en Tunisie et de la guerre en Libye. Ce chiffre est d’autant moins spectaculaire en ce qui concerne la Botte, que l’Italie – devenue terre d’immigration – a régularisé, en plusieurs vagues, plus d’un million de sans-papiers ces dernières années. La dernière opération de ce genre date de 2009. "Il n’y a en réalité aucun 'fardeau' à partager, ironise Patrick Weill, cet afflux est dans la norme et gérable."
Mais Rome veut faire de cette question un problème européen, en laissant croire que l’UE est une passoire. Elle fait ainsi coup double en flattant à la fois la xénophobie et l’euroscepticisme d’une partie de l’électorat italien. Or, contrairement à ce que le gouvernement Berlusconi affirme, la délivrance de titres de séjour temporaire ne permet pas de s’installer librement dans un autre pays de l’Union, comme l’a rappelé la Commission européenne, furieuse de ce détournement des règles.
En effet, si une directive de 2003 accorde un droit de séjour aux étrangers non communautaires dans l’ensemble de l’UE, c’est à condition qu’ils aient un titre de longue durée (et non de trois mois) et qu’ils aient les moyens de subvenir à leur besoin (travail ou économies). De même, si un étranger non communautaire en situation régulière a le droit de circuler librement dans l’UE, c’est aussi à condition qu’il en ait les moyens. Des étrangers munis de simples autorisations temporaires de séjour et n’ayant pas d’argent pourront donc être renvoyés dans le pays de premier accueil, en l’occurrence l’Italie…

Une nouvelle coopération des autorités tunisiennes

Le fait que les contrôles fixes aient été supprimés entre les Etats membres de l’espace Schengen ne signifie pas non plus que les Etats ont renoncé à tout contrôle : les contrôles mobiles sont parfaitement légaux et, en cas de menace à l’ordre public ou à la sécurité publique, les frontières peuvent être temporairement rétablies. Bref, Claude Guéant sait qu’il joue sur du velours en affirmant qu’il utilisera "tous les moyens de droit pour faire respecter la convention de Schengen".
L’Italie est d’autant plus mal venue de critiquer ses partenaires que Frontex peut l’aider à gérer ses frontières. Cette agence européenne permet, en effet, de mutualiser les moyens des différents Etats membres en cas de problème. C’est déjà largement le cas aux frontières orientales de l’UE.
D’ailleurs Guéant et Maroni ont convenu, vendredi à Rome, "d’organiser des patrouilles communes sur les côtes tunisiennes pour bloquer les départs", et ce, dans le cadre de Frontex. Enfin, l’UE, qui a promis d’aider financièrement la Tunisie à gérer sa transition, va exiger en contrepartie une coopération des nouvelles autorités dans la lutte contre l’émigration clandestine, ce qu’elles ont déjà commencé à faire. Beaucoup de bruit pour rien ?


Vu d'Italie

Les Européens sourds aux appels de Rome

Les Européens sourds aux appels de Rome
Sorti bredouille du Conseil des ministres de l'Intérieur et de la Justice de l'UE de Luxembourg, où il avait réclamé la solidarité des partenaires européens dans l'accueil des milliers de migrants débarqués en Italie ces dernières semaines, le ministre italien de l'Intérieur Roberto Maroni a affirmé qu'il valait mieux "quitter l'UE", rapporte La Stampa. Ses confrères ont également critiqué la décision italienne d'accorder des permis de séjour temporaires aux migrants pour soulager les camps de rétention italiens surchargés. "22 000 réfugiés indésirables sont-ils suffisants pour gâcher en l'espace de 48 heures des dizaines d'années de construction européenne ? " se demande le quotidien turinois. Pour La Stampa en effet, la proposition italienne "a mis en avant les nouvelles angoisses profondes de l'Europe des gouvernements. On a en effet l'impression que la perspective de devoir accueillir les migrants crée davantage d'inquiétudes que de payer le sauvetage financier de la Grèce ou du Portugal". Son confrère Il Sole 24 Ore estime toutefois qu'il ne faut pas parler d'"égoïsmes nationaux", car "cette fois, les Européens ne sont pas en ordre dispersé : les Français et les Allemands ont fait bloc, avec le soutien du Royaume-Uni. Plus que d'égoïsmes nationaux, il faudrait plutôt parler d'un pacte continental, ou mieux, nord-européen, dont l'Italie est restée exclue, trop faible sur le plan politique pour faire valoir ses raisons". L'humiliation de l'Italie s'explique également par l'absence de Silvio Berlusconi : le chef du gouvernement est occupé par son procès à Milan pour prostitution de mineure et abus de pouvoir. "Dans des conditions normales, l'Italie aurait négocié au niveau des chefs de gouvernement un compromis honorable. Cela n'a pas été le cas et nos représentants ont été laissés seuls".

L’islam, une épine dans le pied de l’Europe

Tandis que la communauté musulmane française a perçu le débat sur la laïcité organisé par l'UMP comme une attaque contre l'islam, la gauche y a vu une manoeuvre électoraliste pour récupérer des voix au FN. Mais ne pas débattre de la laïcité revient à faire le lit des extrémistes en Europe, assure un éditorialiste polonais. 

Abderrahmane Dahmane, ancien conseiller du président Sarkozy pour la diversité, a déclaré que l’islam en France était devenu un “objet de stigmatisation”. En signe de protestation, il a entrepris de distribuer des étoiles vertes à ses coreligionnaires, en souvenir des symboles que les juifs d’Europe avaient dû porter pendant la Seconde Guerre mondiale.
La campagne de l’étoile verte n’est pas tant la preuve de la stupidité de son auteur que de son insolence crasse, d’autant plus que ce seraient plutôt les Français qui pourraient se sentir mal à l’aise dans certains quartiers de leurs villes, confrontés à des bandes de jeunes Algériens et Marocains.
Quant à la notion de “stigmatisation”, elle paraît grotesque, quand on voit comment les catholiques sont tournés en ridicule sur les bords de la Seine et dans bien d’autres pays d’Europe de l’Ouest. Ce n’est pas à la Grande mosquée de Paris, mais dans la cathédrale Notre-Dame qu’un groupe d’activistes gays a orchestré une "cérémonie de mariage" homosexuel il y a six ans, au cours de laquelle le pape Benoît XVI a été insulté.
Le débat sur la laïcité se concentre effectivement sur l’islam. Mais il porte aussi sur l’avenir de l’islam dans toute l’Europe. Le parti de Sarkozy s’interroge sur des questions concrètes qui concernent également l’Italie, les Pays-Bas et la Suède. Que faire des musulmans qui organisent des prières de masse dans les rues des villes ? Faut-il proposer des repas halal dans les cantines scolaires ? Que faire des élèves originaires d’Afrique du Nord qui protestent contre les leçons sur l’Holocauste, qui n’est selon eux qu’une invention des sionistes ? Les piscines publiques devraient-elles prévoir des horaires séparés pour les jeunes musulmanes ?
Pour la gauche européenne, toute tentative de débattre de ces problèmes n’est que l’expression du racisme, pour les musulmans radicaux, c’est de la stigmatisation. Mais si l’on n’en débat pas, voilà ce qu’il adviendra : d’ici une dizaine d’années, la majorité des pays du Vieux Continent seront gouvernés par les clones de Marine Le Pen et Geert Wilders.

 Le commentaire politique de Christophe Barbier




Pour saluer Jean-Louis Trintignant

La nouvelle était tombée comme une petite bombe d’indécence : l’annonce que Bertrand Cantat, la brutasse qui a tué Marie Trintignant, allait se produire au Festival d’Avignon, puis en 2012 à Montréal (1). Dans une pièce fagotée par le metteur en scène libano-québécois (sic) Wajdi Mouawad, Des Femmes (une compilation de trois pièces de Sophocle).

L’apprenant, le père de la victime de Cantat, Jean-Louis Trintignant, qui est lui-même programmé à Avignon, pour le spectacle Trois poètes libertaires du XXe siècle, avait immédiatement réagi :

— Je ne peux pas accepter de dire des poèmes dans le cadre du Festival alors que Bertrand Cantat va s’y produire. Je ne comprends pas cet homme. Je ne comprends pas qu’il puisse se présenter sur une scène cet été à Avignon (…). C’est un homme que je déteste. Il s’est conduit comme une merde et il est l’homme que je déteste le plus au monde.

Une prise de position confirmée par un communiqué de son agent, Olivier Gluzman : « Refusant d’être programmé à une manifestation où se produit également l’homme qui a tué sa fille, le comédien Jean-Louis Trintignant (…) a décidé d’annuler la représentation. »

Même levée de bouclier du côté canadien. Présidente du Conseil du statut de la femme, Christiane Pelchat déclare que la présence de Cantat sur scène reviendrait à « banaliser la violence faite aux femmes. » Même refus de la part de Gérard Detell, leader de l’Action démocratique du Québec : « Cantat n’est pas le bienvenu au Québec. Sous aucun prétexte. » Et de la directrice du Théâtre du Nouveau Monde où Wajdi Mouawad doit se produire, Lorraine Pintal : « Il est assuré que Bertrand Cantat ne jouera pas sur les scènes du Québec et du reste du Canada. Il va de soi que, s’il y avait une demande de sa part pour fouler le sol du Canada, ce permis ne serait pas accordé. » En effet : interdit de séjour au Canada en raison de sa condamnation, Cantat devrait obtenir une dérogation pour passer la frontière.

Cette mobilisation a payé. Cantat annonce qu’il renonce à se produire sur scène à Avignon. Bertrand Cantat fait cale. Bertrand Cantat fécal. On ne saurait mieux résumer le dégoût que nous inspire – et, a fortiori, au père de sa victime – ce tabasseur qui, au lieu de se faire oublier, prétendait s’afficher sur scène. Et, de surcroît, dans une pièce intitulée Des Femmes.

Inutile de dire que les mangiacagas du show-biz et des médias s’étaient mobilisés pour défendre la petite frappe : « Il a déjà été jugé. On ne va pas lui interdire de vivre. » Ah bon ? Sauf que, en d’autres temps, Cantat aurait pu être condamné à mort (alors qu’il n’a fait qu’un temps de prison très symbolique) pour ce qu’il a fait. Que c’est lui, et personne d’autre, qui a interdit de vivre à Marie Trintignant. Cantat sur les planches et Marie Trintignant entre quatre planches ? Il y avait là une indécence heureusement corrigée.

(1) Et aussi au Théâtre des Amandiers (qu’on devrait rebaptiser « des Maronniers » pour le coup…) à Nanterre, en novembre prochain.

Tirs nourris d’hypocrisies

Ce n’est pas une nouveauté ivoirienne: le mensonge fait partie intégrante de la diplomatie. Encore faut-il qu’il soit crédible dans la bouche de ceux qui le profèrent avec un talent d’arracheurs de dents, et que ceux qui le dénoncent ne fassent pas semblant d’y croire sur le grand air du secret d’État. Hier, cette délicate figure de style a été ridiculisée par les uns comme par les autres. Au regard de cette séquence, on ose espérer que la majorité comme l’opposition travailleront un peu leur art du camouflage sémantique car la prestation a été proche du risible, ce qui est toujours embarrassant quand la situation est grave. S’il faut mentir, autant le faire bien. C’est un devoir aux yeux de l’Histoire...

Mais qui pourra croire le Premier ministre sans sourire quand il affirme que les soldats français sont sagement restés sur le seuil de la demeure de Laurent Gbagbo? Alors, c’est ça, ils ont dit, comme dans un sketch des Inconnus: «Ça ne nous regarde pas», on n’y va pas, et ils ont détourné pudiquement les yeux? François Fillon joue sans doute sur le mot «soutien» tant il apparaît clair que l’appui des troupes françaises a été décisif pour faire tomber l’ancien président ivoirien.

Soyons clairs: la France n’avait pas le choix. Elle a pris ses responsabilités en mettant les mains dans le cambouis et elle a été logique avec sa stratégie en finissant le travail à Abidjan. Mais qui le chef du gouvernement pense-t-il abuser en tentant de faire croire que la France n’est pour rien dans l’arrestation finale de celui qui a empoisonné les relations franco-ivoiriennes depuis dix ans? Tout le monde a bien compris à Paris comme dans toute l’Afrique qu’il n’est dans l’intérêt ni de l’ancien colonisateur, ni du président Ouattara de voir la main de la France derrière la chute de Gbagbo. Mais était-ce nécessaire de jouer à ce point les innocents sous couvert de neutralité onusienne? Les chefs d’État africains ont dû sourire en entendant cette langue de bois en teck massif, tellement énorme, qu’elle cache forcément quelque chose.

L’opposition n’est pas en reste. Pour avoir exercé le pouvoir, la gauche sait parfaitement que M. Juppé ne pouvait pas dire la vérité et claironner partout que la France avait fait ce qu’il fallait jusqu’au bout pour arriver à déboulonner Gbagbo. Le quai d’Orsay n’allait tout de même pas tirer une balle dans le pied de son protégé Ouattara, qu’il avait eu tant de mal à porter jusqu’au pouvoir.

Les gesticulations auxquelles on a assisté à Paris ne sont que des postures d’amateurs. Sauf une: pourquoi le pouvoir exécutif persiste-t-il à mettre systématiquement le parlement hors-jeu sinon pour lui faire approuver le fait accompli? Un débat - un vrai celui-là - serait pourtant justifié pour faire réfléchir la représentation nationale sur la place de la France, qui reste à trouver, dans l’Afrique du XXI e siècle.

Des trublions dans la campagne

Quel jeu pratiquent Nicolas Hulot, l'écolo-social, et Jean-Louis Borloo, le social-écolo ? Personnages politiques atypiques, on a peine à les imaginer assez suicidaires pour se lancer dans une aventure sans lendemain, fût-ce au nom de vraies convictions.

En passant de témoin médiatique à acteur politique, le créateur d'Ushuaïa va vite découvrir qu'une cote d'amour ne se traduit pas mécaniquement en intentions de vote. Pour Nicolas Hulot, peu habitué à ce qu'on le critique et peu rompu à la dureté d'une campagne, les déboires pourraient commencer aujourd'hui, avec l'annonce de sa candidature.

À gauche, la concurrence qu'il représente au premier tour et ses amitiés de droite vont en indisposer plus d'un. À droite, son attelage avec Eva Joly lui vaudra quelques sarcasmes et des demandes d'explications de l'UMP qui considère avoir exaucé ses souhaits de 2007 à travers le Grenelle de l'environnement. Chez Europe-Écologie, il reste à démontrer que la greffe peut prendre entre un homme épris d'indépendance et une turbulente famille d'adoption, aux règles compliquées et à l'électorat volatile.

Bref, pour un bébé dauphin de la politique, l'océan de la présidentielle est immense. Pourtant, après avoir soldé ses contrats avec TF1 et organisé l'autonomie de sa fondation, Nicolas Hulot a franchi un point de non retour et forcément flairé toutes sortes d'abysses. S'il persiste à écrire le chapitre politique de sa vie, parions que son aura et sa quête d'efficacité le guideront vers un futur gouvernement écolo-compatible.

Le pari de Borloo

Pour Jean-Louis Borloo, l'aventure est plus incertaine encore. En fédérant les centres hors de l'UMP, il prend le risque de dévitaliser le parti présidentiel déjà concurrencé par Marine Le Pen et affaibli par la distance critique instaurée par Christine Boutin, Philippe de Villiers, Nicolas Dupont-Aignan, Dominique de Villepin, Hervé Morin, François Bayrou... La droite, qui ironise un peu facilement sur la primaire socialiste, semble tout faire pour transformer le premier tour de 2012 en finale éliminatoire.

Avec un Front national à un haut niveau, Jean-Louis Borloo, mais aussi Dominique de Villepin qui présente son programme demain, prendraient le triple risque de s'isoler - on comptera les députés UMP qui oseront les suivre avant les législatives - d'empêcher leur camp d'accéder au second tour et d'emmener droit dans le mur ceux que leur panache séduit.

Accélérateurs de défaite, bouées de sauvetage, mouches du coche ou simples guetteurs d'aubaines ? Jean-Louis Borloo et ses amis font le pari que Nicolas Sarkozy peut perdre et que le clivage idéologique entre une UMP droitisée et une large alliance républicaine, écologiste et sociale est tellement cristallisé que leur électorat, de toute façon, ne voterait pas pour le président sortant.

Sauf si Nicolas Sarkozy renonçait à se présenter - tabou levé depuis la semaine dernière - il sera intéressant de voir, à l'heure des choix, si « l'horloger de Valenciennes », constant allié de la droite et ministre pendant neuf ans, lève l'ambiguïté. On ne fait pas trébucher celui dont on souhaite la victoire. D'ailleurs, hier, on l'a vu applaudir l'appel à l'unité lancé par François Fillon. Comprenne qui pourra !



La chute de Gbagbo et l'increvable Françafrique




mardi 12 avril 2011

Sarkozy acteur du changement en Afrique

Isolé par la diplomatie, abandonné par l'armée, lâché par son propre camp, il opposait une résistance acharnée pour se maintenir coûte que coûte au pouvoir. La contre-offensive lancée depuis sa résidence-bunker aura été le stade ultime de sa folle fuite en avant. Laurent Gbagbo a été cueilli comme un fruit mûr. Lui que l'on surnommait le boulanger, pour sa capacité à rouler tout le monde dans la farine, ne pouvait plus reculer l'échéance de la bataille d'Abidjan. Il était temps. La capitale ivoirienne était devenue un champ clos dévasté, théâtre de combats à l'arme lourde. Les atrocités se multipliaient, semble-t-il pour des raisons ethniques et à l'initiative des deux camps. La Côte d'Ivoire était au bord de la guerre civile. Il faut retenir que sa souveraineté aura été respectée et que celui qui a usurpé le résultat des urnes sera tombé dans le cadre d'un mandat légal de l'ONU, l'un des rares potentats à être chassé par les armes. De ce point de vue, cette « guerre » pourrait peser sur l'avenir de la démocratie sur le continent africain où dix-huit scrutins doivent encore avoir lieu en 2011. Voilà les dictateurs et les jusqu'au-boutistes prévenus. Est-ce à dire que le vainqueur, reconnu par la communauté internationale, aura été installé par la force, fût-elle légitimée par une résolution de l'ONU ? La réponse est oui et ce sera peut-être aussi la faiblesse d'Alassane Ouattara, à qui il appartient de réconcilier un pays meurtri. La tâche est immense. Quant à la France, à défaut de connaître sa contribution exacte, elle aura joué un rôle de premier plan dans l'assaut conduisant à la capture de Gbagbo. L'ancien pays colonisateur, arbitrant politiquement et intervenant militairement en appui dans un conflit interne en Afrique de l'Ouest, il s'agit bien d'une rupture du dogme de non-ingérence édicté par Nicolas Sarkozy.

« Le cauchemar est terminé » Pas sûr, hélas...

« Le cauchemar est terminé. » On voudrait tellement croire cette affirmation de l’ancien Premier ministre ivoirien Guillaume Soro ! On voudrait tellement croire que l’arrestation de Laurent Gbagbo mettra fin à la guerre civile. Et on voudrait tellement croire que dix années d’instabilité ne seront bientôt plus qu’un mauvais souvenir, et que le pays retrouvera rapidement le chemin du développement.

Le vainqueur de l’interminable duel qui a mené la Côte d’Ivoire au bord de l’abîme a voulu donner des gages de l’avenir de la réconciliation nationale en se proclamant, à la télévision, comme « le président de tous les Ivoiriens ». Émanant d’un homme qui a loin d’avoir un charisme capable de soulever les montagnes, à la Mandela, cette incantation ne suffira probablement pas.

L’opposition entre le nord majoritairement musulman et le sud, dominé par les catholiques, est sans commune mesure, c’est vrai, avec le type de haine ancestrale que se vouaient Hutus et Tutsies au Rwanda. La déchirure ethnique qui a eu le temps de s’infecter depuis 2000 reste réductible et soignable. En revanche, la violence du conflit va laisser des traces qui ne s’effaceront pas sous l’effet de la volonté de l’ONU. Tout laisse redouter que les massacres, viols et autres exactions perpétrés par les deux camps - qu’on redoute de découvrir maintenant que les armes vont se taire - attisent des pulsions de vengeance que la diplomatie et la logique du rapport de forces peineront à contenir.

Vaincu, le président déchu n’était pas isolé, comme l’étaient Ben Ali et Moubarak. Non seulement, il reste le chef d’un clan mais aux yeux de ses partisans il va continuer d’apparaître comme le porte-flambeau de la résistance d’un nationalisme ivoirien face à la puissance coloniale française. Il incarne aussi le symbole d’une « ivoirité » dont il s’est autoproclamé le héraut et dont les ressorts continuent de jouer dans une nation jeune toujours à la recherche d’une identité collective.

Les conditions de la défaite finale de Gbagbo affaiblissent, paradoxalement, la légitimité de la victoire de son vainqueur. Toutes les précautions oratoires prises par Paris n’y changeront rien : Alassane Ouattara restera, dans les esprits, un président installé par les bombardements et les hélicoptères français... Qu’ils aient pris le soin d’opérer à la demande express du secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki Moon, n’y changera rien !

La France a tout fait pour ne pas être piégée dans ce rôle tutélaire qui est loin d’être un atout diplomatique d’avenir pour compter dans l’Afrique de demain. En vain. Trop d’intérêts économiques et humains étaient en jeu... Il ne lui reste plus qu’à aller jusqu’au bout de son statut en inspirant un règlement apaisé et conciliant du cas Gbagbo, pour faire retomber la pression. Ce n’est pas gagné.

Gbagbo, l’exemple à ne pas suivre

Celui qui bafouait le verdict des urnes depuis quatre mois a donc subi la loi des armes. C’est la fin de l’élection en Côte d’Ivoire, dont le “troisième tour” a provoqué destructions et carnages. Combien de massacres, perpétrés par les deux camps, avant que ne s’impose la volonté populaire ? On le saura plus tard, lorsque le dernier mort sera exhumé du dernier charnier. Le président sortant, refusant de sortir, a permis et encouragé ce déchaînement de violences. Un jour, peut-être, il en rendra compte devant la justice internationale.

En attendant, l’arrestation de Laurent Gbagbo provoque des vagues. Officiellement, les forces d’Alassane Ouattara en revendiquent le mérite. Mais sans l’apport de l’armée française, nul doute que le tyran fanfaronnerait encore sur les ruines d’Abidjan. Tel Néron, jadis, dans Rome incendiée…

Il a bien fallu l’apport des blindés de Licorne pour boucler victorieusement l’opération. Doit-on, pour autant, hurler au “néocolonialisme” ? Sans doute pas. D’abord parce que Gbagbo n’a jamais contrarié les intérêts économiques de la France. Avec lui, au contraire, Total, Bouygues, Bolloré et consorts faisaient de bonnes affaires.

Ensuite parce que Nicolas Sarkozy, même si quelques arrière-pensées l’habitent, a toujours agi sous mandat de l’Onu. Ne pas intervenir, ici, revenait à enterrer la démocratie en Afrique. Alors que dix-huit scrutins présidentiels, pas moins, s’annoncent sur le continent noir en 2011…

Marcel


Ah ! les belles âmes... A peine Gbagbo tombé, elles se sont levées, drapées d’indignation, pour accuser notre Président d’avoir aidé à la chute. Bien sûr qu’il y a aidé, et il a bien fait : voilà des années que Gbagbo narguait la « communauté internationale », comme on dit. Des années qu’il jouait avec le feu sur le baril de poudre des rivalités ethniques. Et des mois qu’il s’accrochait à son fauteuil, poussant son pays vers la guerre civile... Gbagbo est tombé, enfin. Et si le spectacle d’un homme déchu est toujours pitoyable, qui pleurera devant les images de l’ancien dictateur en « marcel » blanc, et de la terrible Simone son épouse, décoiffée et muette ? Les belles âmes diront leur manque de confiance en Ouattara, leur regret d’une issue trop violente. Elles couperont en quatre les cheveux de la Licorne... N’empêche : Gbagbo est tombé, notre Président y a aidé, et c’est une bonne nouvelle.

L'espoir revient à Abidjan


Un grand port, Abidjan. Deux présidents, Gbagbo et Ouattara. Quatre mois d'attente et de manoeuvres en coulisse. Ce sont les éléments du drame ivoirien qui vient, en partie, de se dénouer, hier, avec l'arrestation de Laurent Gbagbo. La Côte d'Ivoire a désormais un seul Président, reconnu internationalement : Alassane Ouattara. Le pire, une guerre civile sans frein, a sans doute été évité. Le plus difficile commence pourtant : la pacification.

Au lendemain de l'élection présidentielle, Alassane Ouattara était dans une situation étrange. Reconnu par Paris, Washington, l'Onu et bientôt l'Organisation de l'unité africaine, épaulé par le ralliement du Premier ministre Guillaume Soro, acteur central du processus politique ivoirien, il était isolé dans Abidjan. Cloîtré, même, à l'Hôtel du Golf, sous la protection des Casques bleus. Contraint d'engager une bataille de légitimité qui semblait devoir rouvrir inexorablement les profondes divisions ivoiriennes.

En quatre mois, Ouattara est parvenu à renverser ce rapport de force. En obtenant d'abord des soutiens extérieurs pour isoler diplomatiquement, politiquement, financièrement, son adversaire. Puis en oeuvrant sur la scène intérieure pour rallier des militaires, avant de porter, à la fin mars, une offensive décisive. Il ne restait plus qu'à prendre le président sortant, cloîtré à son tour dans Abidjan. Avec suffisamment de force pour ne plus lui permettre de jouer la montre. Avec suffisamment de doigté pour ne pas commettre de faux pas.

Ainsi racontée, la stratégie du président élu s'est révélée subtile et payante. Mélange de force et de patience. Ancien fonctionnaire du Fonds monétaire international, Alassane Ouattara a parfaitement saisi l'importance des alliances internationales. Il a compris que, même si sa victoire dans les urnes risquait d'être confisquée, sa reconquête sur le terrain devait être encore plus légitime que le vote.

De ce point de vue, le rôle de Paris a été déterminant. Dès le lendemain de l'élection, avec la reconnaissance immédiate du nouveau Président. Aux Nations unies, où la France a fait adopter des textes décisifs. Auprès des instances africaines, pour isoler financièrement Gbagbo. Sur le terrain, enfin, au moment de l'encerclement final. Un rôle si déterminant qu'il va rester, aux yeux de la population ivoirienne, associé à l'installation du nouveau pouvoir. Pour les douze mille expatriés français qui résident sur le sol ivoirien, c'est un facteur qui peut peser, voire inquiéter, notamment à Abidjan où le camp Gbagbo était majoritaire.

L'arrestation de Gbagbo donne raison à la stratégie déployée depuis quatre mois. Elle ne peut, toutefois, faire oublier les populations civiles victimes de massacres, notamment à Abidjan et dans l'ouest du pays. Dans les deux camps, des crimes ont été commis. Alassane Ouattara a promis de faire juger tous les responsables, quel que soit leur bord. C'est là que va maintenant se jouer sa légitimité.

L'espoir reste fragile, les clivages profonds et les blessures ouvertes. Mais une majorité d'Ivoiriens sont sans doute soulagés de voir la décennie Gbagbo et ses violences prendre fin. Il revient à Ouattara de donner corps à cet espoir, en oeuvrant immédiatement à la réconciliation. Son chantier le plus difficile.





La chute de Gbagbo en huit actes

Après l'arrestation de Laurent Gbagbo ce lundi, retour sur la crise, déclenchée par l'élection présidentielle ivoirienne le 28 novembre 2010 qui a dégénéré en guerre civile.

Acte 1: une élection sous tension
Après six années de report, l'élection présidentielle ivoirienne se déroule dans le contexte d'un pays divisé. Pendant la campagne électorale, les prémices des tensions à venir sont palpables. Le premier tour, organisé le 31 octobre 2010, en porte les traces. Mais c'est au second tour, le 28 novembre, qui oppose le président sortant Laurent Gbagbo à l'ex-Premier ministre Alassane Ouattara, que la situation se détériore. La veille, une manifestation de l'opposition contre le couvre-feu instauré par le président Gbagbo a fait trois morts.  

L'attente des résultats du vote plonge le pays dans la confusion, comme l'illustre cet incident: le 30 novembre, deux jours après l'élection, des représentants de Laurent Gbagbo au sein de la commission électorale empêchent l'annonce de résultats partiels à Abidjan. Cette crispation au sein de la commission retarde l'annonce des résultats; les partisans d'Alassane Ouattara accusent le président sortant de bloquer l'annonce avant le délai initialement prévu, le 1er décembre à minuit.  
Acte 2: deux présidents pour un Etat
Un premier verdict tombe le 2 décembre: la commission électorale indépendante donne le challenger de Gbagbo vainqueur, avec 54,1% des voix. Ces résultats sont aussitôt invalidés par le Conseil constitutionnel, proche de du président sortant. Le Conseil estime que les chiffres, qui ont été annoncés après l'expiration du délai de trois jours prévu par le code électoral, sont nuls. Le lendemain, le Conseil constitutionnel proclame Laurent Gbagbo président de la République. 
Les deux hommes revendiquent alors chacun de leur côté la victoire. Le 4 décembre, Laurent Gbagbo se fait investir président et son opposant prête serment "en qualité de président de la République". Le lendemain, après avoir reconduit comme Premier ministre Guillaume Soro, Alassane Ouattara forme un gouvernement. Son rival réplique en annonçant la nomination de Gilbert Marie N'gbo Aké au poste de Premier ministre. 
Acte 3: Condamnation de la communauté internationale
Dès le 3 décembre, les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne reconnaissent la victoire de Ouattara. Le 7, la Cedeao --la Communauté des Etats d'Afrique de l'ouest-- suspend la Côte d'Ivoire. Le lendemain l'ONU appelle au respect des résultats annoncés par la Commission électorale indépendante, sous peine de sanctions. Même la Russie, après quelques jours d'hésitation, adopte la déclaration du Conseil de sécurité de l'ONU. Le 9 décembre, c'est au tour de l'Union africaine (UA) de suspendre la Côte d'Ivoire, avant de durcir le ton le 18: le président de la Commission de l'Union africaine, Jean Ping, remet à Laurent Gbagbo une lettre qui lui demande de quitter le pouvoir.  
Le 17 décembre, l'Union européenne (UE) appelle l'armée ivoirienne à se placer sous l'autorité de Ouattara et le président français Nicolas Sarkozy lance un ultimatum à Laurent Gbagbo: il exige son départ avant la fin de la semaine, sous peine d'être frappé par des sanctions de l'UE. C'est chose faite le 20 décembre: Laurent Gbagbo, son épouse ainsi que 17 proches (puis 59 fin décembre), sont privés de visas d'entrée en Europe. Le lendemain, ceux-ci sont interdits de voyager aux Etats-Unis. 
Acte 4: sanctions et bataille pour les leviers financiers
Le 22 décembre, le président de la Banque mondiale annonce que les crédits accordés à la Côte d'Ivoire ont été gelés. Plus important, le lendemain, sept ministres des Finances de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa) demandent à la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest (BCEAO) d'autoriser uniquement les représentants du président ivoirien "légitimement élu", Alassane Ouattara, à gérer les comptes du pays. 

Les avoirs de Laurent Gbagbo sont gelés le 6 janvier aux Etats-Unis, tandis que l'UE gèle les avoirs du président sortant et de 84 membres de son camp, le 14. 
Dès lors s'engage une bataille entre les deux rivaux sur les leviers financiers du pays. Le 24 janvier, Alassane Ouattara ordonne l'arrêt des exportations de cacao dont le pays est 1er producteur mondial, espérant étrangler financièrement Gbagbo. En réaction, Laurent Gbagbo prend le contrôle de l'achat et l'exportation du cacao, le 8 mars.  
Le 22 février Ouattara obtient le départ du gouverneur ivoirien de la BCEAO, proche de Laurent Gbagbo qui refusait de lui donner la signature au nom de son pays. Laurent Gbagbo ordonne alors la "réquisition" des agences en Côte d'Ivoire de la BCEAO, mais Alassane Ouattara réplique en annonçant leur "fermeture". Cette stratégie d'asphyxie finit par bloquer le système financier du pays. 
Acte 5: Navettes africaines et menace d'intervention militaire
Le 24 décembre, la Cedeao organise à Abuja (Nigeria) un sommet extraordinaire sur la Côte d'Ivoire. Les pays d'Afrique de l'Ouest annoncent l'envoi d'émissaires dans le pays et menacent de déloger par la force Laurent Gbagbo.  
Alors que la pression internationale sur Gbagbo s'accroît, Alassane Ouattara, prône, le 6 janvier, une action commando "non violente" de l'Afrique de l'Ouest pour chasser Laurent Gbagbo de la présidence. mais l'option d'une intervention militaire suscite des interrogations: "Qui est prêt à envoyer des troupes dans un centre urbain comme Abidjan ?", s'interroge un spécialiste nigérian du dossier. Mêmes réserves côté français: une opération militaire de la Cedeao pour chasser Laurent Gbagbo "ne peut être qu'un dernier recours que nous voulons absolument éviter" selon selon la ministre des affaires étrangères française Michèle Alliot-Marie, interrogée le 28 janvier. 
Dans le même temps, l'Union africaine demande au Premier ministre kényan, Raila Odinga, de tenter de résoudre la crise politique, puis met en place un "panel" de chefs d'Etat sur la crise. Plusieurs navettes de la Cedeao et de l'UA se succèdent à Abidjan, en vain. Finalement, le 31 mars, le Conseil de sécurité des Nations unies vote à l'unanimité la résolution 1975 qui exhorte Laurent Gbagbo à se retirer et soumet le président sortant et ses proches à des sanctions. 
Acte 6: montée de la violence
Des affrontements éclatent peu après le scrutin: 173 personnes sont tuées entre le 16 et le 21 décembre, selon l'ONU.  
Les partisans de Gbagbo s'en prennent aussi à l'ONU qu'ils accusent d'être favorable à Alassane Ouattara: Charles Blé Goudé, leader des "Jeunes patriotes" appelle, le 25 février, les jeunes à "s'organiser en comités pour empêcher "par tous les moyens", la force de l'ONUCI de circuler à Abidjan.  
Au mois de janvier, les violences se propagent, en particulier dans l'ouest du pays, région la plus instable du pays, et à Abidjan, La situation se dégrade sérieusement en février et en mars. Après que des manifestants aient été tués par les Forces de Défense et de Sécurité (FDS), dans les quartiers d'Abobo, Koumassi, et Treichville, un "commando invisible" est formé dans les quartiers pro-Ouattara qui mène des embuscades contre les FDS.  

Après la mort d'au moins six femmes, tuées par balles par les forces pro-Gbagbo qui dispersaient une manifestation à Abidjan, le 3 mars, l'ONU craint la "résurgence de la guerre civile" de 002-2003
Des témoignages confirment l'instauration dans le Grand Abidjan d'une terreur milicienne, incarnée par les Jeunes Patriotes, qui, armés de gourdins et de machettes, dressent des barrages sauvages ou incendient maisons, échoppes et minibus. Dans le camp d'en face, l'ex-rebellion des Forces nouvelles (FN) qui durcit sa riposte, se livre elle aussi à des exactions
Les agences humanitaires de l'ONU estiment que près d'un million de personnes ont du quitter leur domicile pour fuir les violences qui ont fait, depuis l'élection présidentielle du 28 novembre, des centaines de morts.  
Acte7: l'offensive des Forces républicaines de Côte d'ivoire
Les ex-rebelles du nord alliés à Alassane Ouattara ont prisdeux localités de l'ouest sous contrôle du camp Gbagbo le 25 février, puis les villes de Toulépleu, le 6 mars et Doké le 13 mars. Le 17 mars, Alassane Ouattara crée les Forces républicaines de Côte d'ivoire (FRCI), composées de de soldats des FDS ayant fait défection et d'ex-rebelles des Forces nouvelles.  
Le 28 mars, les FRCI lancent une grande offensive militaire, quatre mois jour pour jour après le début de la crise post-électorale. Ils progressent rapidement rencontrant peu de résistance, en raison des défections au sein de l'armée notamment, et atteignent Yamoussoukro, la capitale administrative le 30, puis Abidjan le 31. Mais les FRCI se heurtent à la résistance des partisans de Laurent Gbagbo dans leurs bastions d'Abidjan, livrée au pillageet aux violences. Le 4 avril, L'Onuci et la force française Licorne frappent les derniers bastions de Gbagbo, tirant sur des camps militaires et des batteries situées à la résidence et au palais présidentiel. Des négociations sont entamées avec Laurent Gbagbo pour demander sa reddition, mais malgré l'écroulement de son régime, celui-ci, retiré dans sa résidence du quartier de Cocody, s'y refuse.  
Acte 8: la chute de Gbagbo
Après que les forces pro-Gbagbo aient réussi à regagner du terrain à Abidjan à partir du 8 avril, reprenant le contrôle de plusieurs quartiers, les forces françaises de l'opération Licorne et l'Onuci lancent une campagne de frappes sur les bastions du président ivoirien sortant, le 10 avril.  
Le 11 avril, en début d'après-midi, Laurent Gbagbo est arrêté par les forces d'Alassane Ouattara et conduit au Golf hôtel, QG du camp Ouattara dans Abidjan.