TOUT EST DIT

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ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

jeudi 3 mars 2011

François Pérol

Le patron du groupe Banque Populaire Caisses d'Epargne, mécène du monde de la bande dessinée, aurait certainement préféré que sa fréquentation du juge soit réservée à l'album de Lucky Luke du même nom. L'accusation de prise illégale d'intérêts sur laquelle doit statuer aujourd'hui la cour d'appel de Pari constitue pour lui un grain de sable malvenu dans une carrière jusque-là aussi bien huilée que les rouages d'une pendule de bureau ministériel. C'est quand il exerçait l'influente fonction de secrétaire général adjoint de l'Elysée que cet inspecteur des finances a eu à traiter le dossier de l'établissement dont on lui a ensuite confié les rênes, nomination qui lui vaut maintenant de se voir accuser de mélange des genres. Le brillant esprit faussement nonchalant qui a aligné Sciences po, HEC et l'ENA, dont il est sorti major, avait déjà alterné dans son parcours le service de l'Etat avec celui de l'économie privée, puisque, après avoir effectué ses premières armes au Trésor, il a été associé-gérant de Rothschild & Cie. Il fut aussi le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy à Bercy et cultive l'empathie avec le chef de l'Etat jusqu'à faire de lui d'excellentes imitations. Auditeur fidèle de la radio Rire et Chansons, le fils de médecin qui affectionne les plaisanteries de carabin pousse volontiers lui-même la chansonnette en l'honneur de Dalida ou Joe Dassin. Il s'adonne aux randonnées alpestres près de son chalet de la Tarentaise, histoire d'oublier un peu en fréquentant les marmottes ses soucis à l'Ecureuil .

Wall Street 1 -NFL 0

Lorsque les temps sont durs, il vaut mieux être trader que sportif de haut niveau aux Etats-Unis. Le bras de fer engagé depuis de longues semaines entre les propriétaires des clubs de football américain et leurs joueurs en témoigne. Au coeur de l'épreuve de force, l'acceptation par les stars de la NFL d'une certaine modération salariale pour tenir compte de la moindre croissance des recettes. La partie est loin d'être gagnée. Et si aucun compromis n'est trouvé d'ici à ce soir, la prochaine saison risque d'être annulée, entraînant dans son sillage les autres sports professionnels, basket en tête. Dans ces conditions, la fermeté des dirigeants face à des divas extrêmement bien payées - Kobe Bryant, le joueur le mieux rémunéré de la NBA culmine à 25 millions de dollars par saison -n'en a que plus de valeur.

Et l'on se prend à rêver que les patrons des grandes banques américaines aient été aussi bien inspirés au lendemain de la crise financière. Car, enfin, si le sport pro et la haute finance appartiennent à des univers complètement différents, les principes qui les régissent ne sont pas finalement si éloignés. Dans les deux cas, on trouve un nombre restreint de « franchises » qui s'arrachent à prix d'or des stars à la carrière relativement courte au regard du régime commun. Surtout, à Wall Street comme sur les parquets ou sur les terrains de football, le partage de la valeur entre actionnaires et salariés n'est pas un vain mot. Après l'effondrement de l'URSS et la conversion de la Chine communiste à l'économie de marché, le sport professionnel américain et les « floors » de Manhattan sont même parmi les derniers vestiges du collectivisme, dans lequel le salarié a droit à une part importante de la rente générée.

Mais les stars du sport américain sont manifestement moins douées que leurs homologues de la finance pour défendre leurs acquis sociaux. A moins que les intérêts des dirigeants de Wall Street et ceux de leurs traders n'aient été convergents sur cette question. Une chose est sûre, la volonté politique existait. Portée par les Européens, la question du plafonnement des bonus était sur la table lors du G20 de Londres en avril 2009. Elle a été balayée au profit d'un simple encadrement des rémunérations des traders. Une contrainte que les banquiers américains appliquent, de l'avis général, avec un zèle très modéré.

Alain Mic est l'invité politique de Christophe Barbier



Le commentaire politique de Christophe Barbier



Quand le monde arabe met Pékin sous pression


Et si les révolutions du monde arabe finissaient par faire bouger la Chine ? Vingt et un ans après le massacre de Tian'anmen, c'est la question que se posent de plus en plus d'observateurs occidentaux. Il n'est pas étonnant qu'elle refasse surface : voir vaciller les fondations politiques de ce colosse à l'ascension fulgurante représenterait sans doute un soulagement pour l'ensemble des démocraties d'Europe ou d'Amérique, déstabilisées devant cette Chine dont le modèle autoritaire s'est révélé, jusqu'à présent, diablement efficace. C'est parce qu'un tel biais idéologique vient parasiter le débat qu'il semble essentiel de se pencher sur le cas de la Chine avec prudence. Malgré d'incontestables tensions dans la société chinoise, rien ne permet de postuler l'existence d'un risque insurrectionnel élevé. Mais, paradoxalement, tout prouve que le pouvoir chinois n'a pas tort d'avoir peur.


L'avenir du régime en place dépendra pour beaucoup du degré d'inégalité dans la société chinoise. Celui-ci atteint actuellement 0,47, selon le coefficient de Gini, qui le mesure. C'est plus que la barre du 0,4, considérée comme potentiellement dangereuse. Cette diversité extrême des niveaux socio-économiques a même été, jusqu'à présent, une condition sine qua non du développement chinois : la Chine ne serait pas devenue la deuxième puissance économique mondiale sans sa main-d'oeuvre peu onéreuse. Or, aujourd'hui, les plus démunis font face à une inflation qui rogne substantiellement leur pouvoir d'achat. Jusqu'où peut-on laisser les pauvres s'appauvrir lorsque les riches sont déjà extrêmement riches ? Preuve de l'importance du sujet, le Premier ministre chinois en a fait son thème principal dans ses interventions médiatiques.


La corruption des fonctionnaires locaux n'arrange pas les choses. Elle provoque chez le petit peuple une exaspération perceptible. Cette situation génère de nombreuses tensions. Grâce à un contrôle des médias très serré, Pékin parvient à éviter que les manifestations ou les révoltes, toujours localisées, ne fassent tache d'huile. Mais celles-ci sont fréquentes, et le fait que le gouvernement ait cessé, depuis plusieurs années, d'en publier le nombre, donne précisément à penser qu'elles sont en augmentation. Il y a quelques mois, des internautes s'étaient livrés à un recensement exhaustif des lieux de résistance à des expropriations abusives, et avaient ainsi dressé une carte légendée de la Chine qui a connu un réel succès sur le Web.


Mais en rester à ce constat ne suffit pas. Inégalitaire, la croissance chinoise ? Certes. Mais tout de même inclusive. Plus de 300 millions de gens sortis de la pauvreté : voilà une autre réalité qu'il ne faut pas occulter. Contrairement à l'Egypte, la Chine ne compte pas, parmi ses jeunes diplômés, des armées de chômeurs. Dans le pays, avoir un bon diplôme est le plus souvent la garantie de bénéficier du système. En outre, la politique de l'enfant unique s'avère être une chance pour le pouvoir. La jeunesse est d'autant moins désoeuvrée... qu'elle n'est pas pléthorique. Les tentatives de manifestation à Pékin mobilisent, pour l'heure, plus de policiers que de protestataires. Il ne flotte pas aujourd'hui, dans les rues de la capitale, le parfum d'aspiration à la liberté que décrivent ceux qui ont vécu le 4 juin 1989 à Pékin. Pour preuve, cette conversation surprise récemment dans un groupe de trentenaires, l'un expliquant aux autres que des dictateurs venaient d'être renversés dans le monde arabe. La conclusion de l'un d'eux devant les violences qu'ont connues ces pays ? « Tout de même, quelle chance d'être en Chine ! »


Depuis plusieurs semaines, pourtant, il est manifeste que le pouvoir s'inquiète. Dans la presse, les éditos se répondent, l'un remettant en question la notion de justice, concept « occidental », quand l'autre appelle à des réformes profondes, pour tenir compte des « changements radicaux » qui ont affecté la société. Le président, Hu Jintao, a récemment exhorté les cadres du parti à tout faire pour réduire les inégalités. Plus récemment, c'est le dispositif répressif qui a été renforcé, notamment pour les journalistes étrangers, dont l'un a même été battu.


Pourquoi une telle inquiétude ? Probablement parce que les événements du monde arabe ont agi comme un électrochoc à Pékin. Plus précisément, ils semblent avoir rendu plus vif que jamais le débat entre les tenants de l'ouverture et ceux qui considèrent, au contraire, que celle-ci serait synonyme de déclin, à l'image de l'URSS des années 1980. Les premiers s'étaient retrouvés isolés, il y a quelques mois, lorsque leur chef de file, le Premier ministre, Wen Jiabao, avait milité sur CNN pour des réformes politiques, et avait été censuré dans son propre pays. La légitimité de leur position est aujourd'hui renforcée. De fait, si la probabilité d'une émeute de la faim semble relativement faible tant que l'économie reste sur de bons rails, celle d'une distance croissante entre le pouvoir et le peuple, elle, est très forte. A mesure que la société chinoise se modernise, l'anachronisme de son appareil politique apparaît de plus en plus patent. Comment devenir une société avancée, réactive au monde et à ses nouveaux outils technologiques lorsqu'ils sont verrouillés ? Comment empêcher une population de plus en plus voyageuse d'aspirer à ce qu'elle observe ailleurs ? Comment développer la créativité dans un système où les idées sont encadrées ? Que Pékin le veuille ou non, l'équation chinoise est aujourd'hui la suivante : engager dès maintenant une réforme politique progressive, ou s'exposer à un divorce avec le peuple, qui, à long terme, pourrait se révéler explosif.

Les chefs d'entreprise plaident pour un retour aux 39 heures

Selon un sondage Viavoice, les trois quarts des dirigeants souhaitent revenir à une durée légale du temps de travail de 39 heures. Ils ne sont, en revanche, qu'un gros tiers à se déclarer favorables à la mise en place d'une TVA sociale

Créant de profondes divisions à droite comme à gauche, la réouverture du débat sur les 35 heures avait animé la classe politique en début d'année. Les chefs d'entreprise ne souhaitent visiblement pas que ce débat se referme. Selon un sondage réalisé par Viavoice pour l'Assemblée des chambres françaises de commerce et d'industrie (l'ACFCI), Grant Thornton et « Les Echos », 73 % des dirigeants interrogés disent « préférer » que la durée légale hebdomadaire du travail repasse à 39 heures. Inversement, ils ne sont que 22 % à souhaiter un maintien des 35 heures.
Que les chefs d'entreprise dénoncent les 35 heures n'est, en soi, pas vraiment étonnant. « Cela répond à la volonté persistante de promouvoir la valeur travail, à l'idée que la France doit se retrousser les manches dans la compétition mondiale », analyse François Miquet-Marty, directeur associé de Viavoice.
Plus surprenant est la proportion élevée des dirigeants à vouloir réhabiliter les 39 heures. Et ce alors que cinq lois ont assoupli les 35 heures (loi Tepa de 2007 sur la défiscalisation des heures supplémentaires, loi de 2008 autorisant à fixer la durée du travail par accord collectif, etc.), faisant d'ailleurs dire à certains hommes politiques de tous bords que les 35 heures n'existaient plus.
Sauf que, « au-delà de la posture idéologique des dirigeants, l'adhésion massive pour les 39 heures répond également à des préoccupations très pragmatiques de patrons de petites sociétés, pour qui les 35 heures peuvent être considérées comme des sources de perturbation dans l'organisation du travail », poursuit François Miquet-Marty. Le sondage a été réalisé sur un échantillon représentatif d'entreprises de cinq salariés et plus. Or, beaucoup de PME sont concrètement restées aux 39 heures. Les DRH des grandes entreprises, qui ont signé il y a dix ans des accords de réduction du temps de travail accompagnés d'une flexibilité accrue, sont beaucoup moins enclins à une évolution de la durée légale. La réhabilitation des 39 heures est « évidemment séduisante pour la performance des entreprises mais il convient néanmoins de bien appréhender le risque de négociations syndicales que cette réforme peut entraîner », met ainsi en garde Jean-Jacques Pichon, associé chez Grant Thornton.

Préoccupés par la conjoncture

Les chefs d'entreprise sont nettement plus circonspects sur la « TVA sociale » pour alléger le coût du travail. Une majorité des sondés (53 %) ne souhaite pas de modification du mode de financement de la Sécurité sociale, tandis que 38 % plaident pour que celle-ci soit « financée également par une augmentation de la TVA ». La proposition de Jean-François Copé de relever la TVA pour diminuer les charges sur le travail avait là encore suscité un tollé au sein de la majorité. Le chef de l'Etat a renvoyé le débat à 2012, considérant néanmoins que la question du financement de la protection sociale reste incontournable.
Sur la conjoncture, les patrons restent préoccupés : 59 % (- 3 points par rapport à décembre) se disent encore « directement touchés » par la crise et près des deux tiers (63 %) repoussent la « vraie » sortie de crise au-delà de 2012. Certes, les entrepreneurs sont plus nombreux à se dire confiants pour l'emploi (36 %, + 7 points en trois mois), mais ils s'inquiètent de plus en plus de l'inflation, la hausse du prix des matières premières pesant sur les coûts de production.

35 heures : la voix des PME

Que les 35 heures ne soient pas populaires parmi les dirigeants d'entreprise n'est pas vraiment une information. Qu'ils soient massivement, à plus de 70 %, en faveur d'un retour aux 39 heures, comme il ressort du sondage ViaVoice que nous publions (voir plus haut), surprendra en revanche tous ceux qui avaient cru percevoir une certaine résignation du monde patronal aux 35 heures. Mais c'est cette surprise qui est surprenante ! Car, en réalité, chez les dirigeants de PME, sous la pression d'une concurrence sans cesse plus acérée, avec le casse-tête que sont la gestion du temps de travail ou des RTT -casse-tête que les amendements successifs à la loi Aubry n'atténuent qu'en partie -les 35 heures ne sont jamais « passées ». Les chefs d'entreprise ont saisi l'occasion pour sortir d'un non-dit trop vite considéré comme une forme d'acquiescement.

Une fois de plus, on voit dans la gestion de ce dossier les effets pervers d'une perception de l'économie influencée à l'excès par les grandes entreprises. Les groupes du CAC 40 ont à la fois les effectifs et les moyens pour s'être peu à peu accommodés des 35 heures, au point souvent de préférer aujourd'hui ne pas rouvrir la boîte de Pandore de la durée légale du travail. Dans les PME, en revanche, les aménagements de la loi Tepa, avec la défiscalisation des heures supplémentaires, révèlent plus crûment leur vraie nature : celle d'un pis-aller. Dans une vie de dirigeant, dans laquelle la quête de performance, de productivité, de marchés ne souffre pas le compromis, subir depuis plus de dix ans une politique du moindre mal est une anomalie, sinon une aberration. Nicolas Sarkozy a eu beau affirmer en début d'année que « les 35 heures uniformes et obligatoires ont disparu », le Medef peut bien souligner que la réforme des 35 heures « ne figure pas à l'agenda » du dialogue social, le temps est sans doute venu de refuser plus nettement la succession d'Henri Queuille et sa fameuse devise : « Il n'est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout. » Certes, un tel dossier ne se rouvre pas à la hussarde. Ne serait-ce qu'en raison de la difficulté à reparler de temps de travail sans s'interroger sur les rémunérations et sur les charges. Mais il apparaît de plus en plus nettement que le débat présidentiel se focalisera sur le triptyque compétitivité des entreprises-maîtrise des dépenses publiques-pouvoir d'achat. Contourner encore longtemps la pierre d'achoppement des 35 heures, ce serait exclure les PME de ce débat national.

Théorie « économique » de la révolution


La révolution tunisienne a été exceptionnelle à deux titres. Tout d'abord, elle a révélé un mécontentement populaire d'une ampleur insoupçonnée, sans complot préalable ni dimension autre, idéologique ou religieuse. Ensuite, cette révolution s'est exportée très rapidement et presque à l'identique dans plusieurs pays. Face à des événements aussi improbables, les économistes ont fait preuve d'une surprenante réserve, oubliant qu'il existe tout un ensemble de travaux consacrés à la « théorie économique de la révolution », dont les analyses sont très pertinentes sur au moins trois points :


Le caractère politiquement déstabilisant de la croissance. La Tunisie et l'Egypte, premiers pays concernés, font partie des pays arabes dont la croissance a été la plus forte et la plus régulière dans les années 2000 (avant la crise). Dès 1963, un auteur célèbre, Mancur Olson, a appelé l'attention sur les aspects politiquement déstabilisants d'une croissance longue : premièrement, elle bouleverse les structures économiques, ce qui multiplie le nombre des gagnants et des perdants ; deuxièmement, elle fait naître des anticipations très optimistes, qui, en cas de ralentissement, impliquent des réajustements douloureux ; troisièmement, elle accroît les attentes de la population vis-à-vis du gouvernement.


La transformation d'un mécontentement populaire en révolte de masse dans une autocratie est exceptionnelle. Selon Gordon Tullock, autre auteur célèbre, les révolutions sont très rares et leurs chances de l'emporter sont a priori très faibles. Elles peuvent en effet s'analyser comme la fourniture privée d'un bien public : un individu sait qu'il en bénéficiera même s'il ne participe pas aux actions révolutionnaires -il n'a donc aucun intérêt « rationnel » à le faire, compte tenu des risques personnels que cela implique. De plus, les gouvernements ont par définition un avantage considérable quant à l'usage de la violence (à condition qu'ils en assument les conséquences). Les autocraties ne peuvent alors être renversées que si une dissension a lieu à l'intérieur de la classe dirigeante, comme cela s'est produit en Tunisie, en Egypte ou en Libye (même si dans le cas présent les problèmes internes à la classe dirigeante ont été plus une conséquence qu'une cause des manifestations initiales).


Le caractère imprévisible des révolutions dans les régimes autocratiques a des raisons précises. Un troisième auteur important, Timur Kuran, inspiré par l'expérience de la révolution iranienne (1978-1979), s'appuie sur une distinction ingénieuse entre les préférences privées et les préférences publiques pour expliquer pourquoi « une étincelle peut mettre le feu à toute une prairie » (Mao Tse Toung). Dans un régime autocratique, afficher ses vraies préférences est très risqué. Les individus vont alors révéler des préférences publiques « stratégiques », c'est-à-dire plus en accord avec la pensée officielle. Toutefois, quand l'écart entre préférences privées et préférences publiques dépasse un certain seuil, un réajustement brutal se produit. La différence entre préférences privées et préférences publiques disparaît. La plupart des individus constatent alors qu'ils partagent les mêmes aspirations. L'effet de surprise s'explique donc simplement par le fait que, dans une autocratie, personne ne dispose d'une information correcte sur les vraies préférences des individus - ni le gouvernement, ni l'opposition, ni la population.


Il y a enfin un quatrième point qui, lui, n'est pas intégré dans la théorie : le rôle joué par une autre « révolution », celle de l'information et du multimédia. Déjà, lors de la chute du mur de Berlin, on avait souligné l'impact de la télévision ouest-allemande en Allemagne de l'Est. Certes, les effets en cascade ne sont pas en soi des phénomènes nouveaux. Ils s'expliquent en général, très simplement, par des processus d'imitation : ce qu'un pays est parvenu à faire, un autre peut espérer le reproduire. Mais, avec l'Internet, les satellites et les téléphones mobiles sophistiqués, on peut maintenant transmettre n'importe quel type d'information n'importe où. Cela permet non seulement d'envoyer des témoignages à l'ensemble de la planète mais aussi de coordonner « en direct » l'action des manifestants, comme des armées en opération - et cela de façon quasi anonyme.

Le coup médiatique d'Eric ZEMMOUR à l'UMP

Hervé Novelli, secrétaire général adjoint de l'UMP et organisateur de la convention nationale des réformateurs libéraux hier sur le thème « Les normes vont-elles tuer les libertés des Français ? De l'air ! », avait convié hier le polémiste Eric Zemmour, très applaudi, à converser sur la liberté d'expression. Une présence qui a suscité une controverse : Eric Zemmour a été condamné le 18 février pour « incitation à la haine raciale » et a décidé mardi de ne pas interjeter appel. Sa venue « a fait un buzz médiatique », admettait hier Hervé Novelli, pas mécontent de son effet. « De toute façon, les cartons étaient déjà imprimés », soufflait-il la semaine passée. « Je n'ai pas pris ma carte à l'UMP, je suis simplement venu réfléchir et m'expliquer devant des élus pour dire combien la libre expression est aujourd'hui menacée par une judiciarisation liberticide », a expliqué aux « Echos » Eric Zemmour, visiblement agacé par « ces apprentis maccartistes qui demandent [sa] tête tous les jours ». Le journaliste, aux propos parfois repris dans les milieux extrémistes, confiait il y a peu : « Personne ne me récupère. » A qui profitera cet attelage d'un soir ? Face
à la polémique, Jean-François Copé a dû monter au créneau pour défendre sa présence.

Clochers


Monsieur Wauquiez est le bon élève de notre gouvernement - pardon: le meilleur élève. Assis au premier rang de la classe, il suit les désirs du maître, notre Président, et souvent les précède. Ainsi, devant le recevoir aujourd’hui dans sa ville du Puy-en-Velay, il a anticipé l’homélie présidentielle: la France, a psalmodié Monsieur Wauquiez, «doit assumer ses racines chrétiennes». Comme il est très européen, d’ailleurs ministre en ce domaine, il avait naguère élevé semblable prière pour que nous célébrions «l’Europe des clochers», marque de notre identité. Monsieur Wauquiez a également réclamé hier que l’Europe se protège des «flux d’immigration illégaux» venus de Libye, qui menacent de venir chercher asile sous nos clochers. Infatigable, notre meilleur élève déjeunera le 8 mars, journée des Femmes, avec des femmes. Et soyez sûr que le jour de l’Aïd, il déjeunera avec des musulmans.

Urgence au Maghreb

La politique, c'est d'abord s'occuper des hommes. Et même si les politiques l'oublient parfois, les hommes le leur rappellent. En occupant les places de Tunis ou du Caire, la jeunesse arabe a fait tomber les dictateurs. En fuyant sur les routes libyennes pour échapper à la folie irréductible de Kadhafi, les réfugiés qui se massent à la frontière tunisienne lancent un appel de détresse. Il s'adresse au monde, et à l'Europe en particulier.

Car si depuis sept semaines, l'Union Européenne (et chacun de ses membres) a été une spectatrice passive des révoltes arabes, l'urgence humanitaire la contraint à sortir de sa torpeur. En dix jours, environ 75 000 personnes ont fui la Libye vers la Tunisie, 55 000 vers l'Égypte. La plupart sont Égyptiens, mais il y aussi de nombreuses autres nationalités, notamment des migrants d'Afrique subsaharienne qui travaillaient illégalement en Libye.

Le chaos libyen a déclenché un exode massif. Ni la Tunisie ni l'Égypte ne sont, naturellement, en mesure d'y faire face. On a pu entendre, ici ou là, des responsables politiques italiens ou français mettre en avant, comme premier argument, le risque d'un exode biblique sur les côtes européennes. C'est, une nouvelle fois, mettre la peur en avant. Et, ce faisant, rater un choix plus politique des priorités.

Car la première urgence est humanitaire. Dix mille réfugiés arrivent, chaque jour, à la frontière tunisienne. Les autorités de Tunis ont d'autant plus besoin d'une aide internationale pour y faire face, que la démission du Premier ministre laisse craindre un très dangereux vide de pouvoir dans cette si délicate période de transition.

L'aide humanitaire est aussi une façon, très concrète, de prêter main forte aux démocrates tunisiens. Le scénario libyen montre clairement que l'effet dominos n'est pas écrit d'avance. Que certains pays (Tunisie, Égypte) ont une chance inespérée de pouvoir s'engager sur la voie de la démocratisation. Que d'autres (Algérie, Maroc) sont encore en deçà de la rupture, et que celle-ci peut aussi déboucher sur la violence, comme en Libye. Même si le départ de Ben Ali et la chute de Moubarak ont pu, un moment, nous faire rêver d'une Afrique du Nord libérée totalement et pacifiquement de ses autocrates, le réveil humanitaire vient de sonner.

Aider Tunis et Le Caire, c'est autant une urgence politique qu'humanitaire, pour renforcer le coin de démocratie que les jeunes arabes ont eux-mêmes créé sur l'autre rive. Car la magie de toute libération est éphémère. Sans un soutien concret, politiquement clair, aucune intervention militaire, pour empêcher Kadhafi de continuer à nuire, aucune intervention policière, pour endiguer l'immigration clandestine, ne seront légitimes aux yeux de tous ces jeunes qui ont bravé la peur pour se libérer.

Longtemps pétrifiés par l'échec de leurs prévisions et l'affichage souvent inavouable de leurs relations amicales avec les autocrates arabes, les dirigeants européens sortent enfin de leur forteresse. Pour la première fois, la Commission a, hier, clairement condamné Kadhafi. La France, par la voix d'Alain Juppé qui sera au Caire ce dimanche, affiche son choix pour le camp démocrate. On parle, ici ou là, de plan Marshall. Paris relance son idée d'Union pour la Méditerranée. Qu'importe l'étiquette. C'est par des gestes d'aide concrets que les deux rives peuvent nouer de nouveaux liens. Maintenant.

L’islam, à tort et à travers

En 2007, Nicolas Sarkozy avait réussi à “pomper” les voix du FN. Pourquoi laisser à la famille Le Pen l’immigration, la sécurité et l’identité nationale ? Avec ces trois thèmes, quitte à les mélanger un peu, le candidat victorieux bâtit son socle de campagne.

Dans la perspective de 2012, le chef de l’État veut reconduire sa tactique gagnante. N’est-ce pas dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes électorales ? D’où son idée de lancer au printemps “un grand débat sur l’islam”. Mais l’initiative, jusqu’au sein de la majorité, soulève de vives contestations. Hervé de Charette, par exemple, claironne sa “franche hostilité” et dénonce “une espèce de manipulation politique”. Ici, une bonne partie de l’UMP partage ses réserves.

Sur un sujet aussi sensible, plutôt que de parler à tort et à travers, mieux vaudrait agir. Aux uns et aux autres, on pourrait déjà commencer par appliquer les lois existantes. Les Français ne demandent rien de plus que le respect, partout, des principes républicains. Et que les religions demeurent dans la sphère privée.

Quant aux préoccupations quotidiennes, loin de porter d’abord sur le minaret, elles s’appellent chômage, retraite et précarité. Voilà le sillon que doit creuser tout prétendant à l’Élysée.

Sentant monter la grogne, M.Sarkozy annule “le débat sur l’islam” au profit “d’un débat sur la laïcité”. Habile revirement sémantique. On change le contenant pour garder le même contenu…

Les libéraux de l'UMP veulent gagner en visibilité

Les réformateurs entendent peser davantage à l'UMP, avec l'arrivée au gouvernement de l'un des leurs, Gérard Longuet.

On a dû refuser du monde ! » s'est réjoui le chef de file des réformateurs libéraux, Hervé Novelli, secrétaire général adjoint de l'UMP, pour leur convention conclue hier soir par le patron du parti présidentiel, Jean-François Copé, dans les locaux de l'Assemblée nationale. L'aile libérale de l'UMP s'est penchée deux heures durant sur la question des normes et pesanteurs administratives ou réglementaires. Qui, selon Novelli et ses amis, asphyxient la liberté des Français, et, en particulier, celle d'entreprendre.
Le mouvement d'Hervé Novelli sort d'une période d'effacement, régénéré par l'arrivée au ministère de la Défense de Gérard Longuet, son vice-président et principal ténor. « C'est bien sûr d'abord la reconnaissance de son mérite et de sa grande compétence, mais aussi celle de notre sensibilité, importante au sein de l'UMP , qui était amoindrie depuis mon départ du gouvernement », confie l'ancien secrétaire d'Etat chargé des entreprises et du commerce extérieur.

« En phase » avec Sarkozy

Hervé Novelli avait dû batailler ferme, mi-novembre, pour se faire une place au sein de l'état-major de l'UMP, menaçant même de fonder une entité dissidente à l'Assemblée. Aujourd'hui, il veut croire à son influence dans la campagne présidentielle : « Je suis persuadé que le retour aux idées de croissance va sonner ; le débat présidentiel aura besoin de notre contribution. » Pour l'heure, les libéraux, qui se félicitent du succès des auto-entrepreneurs ou de l'autonomie des universités, maintiennent le cap sur la suppression de l'ISF. « Il n'y a rien de pire que de renier ses idées », jure Hervé Novelli, « en phase », dit-il, avec Nicolas Sarkozy.
Il compte bien donner davantage de visibilité à la centaine de parlementaires de sa sensibilité, à l'identité très hétéroclite, entre les ex-RPR, les anciens UDF et les libéraux très ancrés à droite comme Christian Vanneste ou Lionnel Luca. Et refonder, ces jours-ci, la « charte d'engagement » du mouvement , pour mieux fédérer une équipe plus resserrée autour de thèmes clefs, comme la lutte contre le « fossé qui se creuse entre les Français et les élites politiques », le refus du « culte du principe de précaution » qui « tue l'initiative en France », selon le député Yanick Paternotte, numéro trois des libéraux.

Libye: Chavez en médiateur ?

Le plan de Chavez accepté par Kadhafi ?
Mouammar Kadhafi et la Ligue arabe auraient accepté le plan de paix proposé par le président vénézuélien Hugo Chavez pour mettre un terme à la crise en Libye, affirme jeudi la chaîne Al Djazira. Information démentie par la Ligue arabe, qui dit étudier le plan de paix, jugeant prématurées les annonces d'accord. Caracas propose l'envoi d'une mission de médiation internationale formée de représentants de pays d'Amérique latine, d'Europe et du Moyen-Orient pour tenter de négocier une issue entre le pouvoir libyen et les forces rebelles. Hugo Chavez s'est entretenu mardi avec le dirigeant libyen pour lui exposer son projet de réglement négocié des violences, a dit le ministre vénézuelien de l'Information, Andres Izarra. Les autorités vénézuéliennes n'ont pas fait état publiquement de la réponse du dirigeant libyen. Mais Al Djazira affirme que Kadhafi a donné son accord au plan Chavez. Et Dima Khatib, correspondante de la chaîne à Caracas, précise qu'Amr Moussa, le secrétaire général de la Ligue arabe, en a fait de même. Hugo Chavez, proche allié de Mouammar Kadhafi, accuse les Etats-Unis d'exagérer la situation libyenne pour justifier une invasion du pays producteur de pétrole.
Des soldats néerlandais capturésTrois soldats néerlandais ont été faits prisonniers dimanche par des hommes armés lors d'une opération d'évacuation de civils en Libye, a-t-on appris jeudi auprès du ministère néerlandais de la Défense. Selon le quotidien populaire néerlandais De Telegraaf, les trois soldats néerlandais ont été capturés par des hommes armés du colonel Kadhafi alors qu'ils participaient à l'évacuation à Syrte de deux civils, un Néerlandais et un autre Européen, menée en hélicoptère. Les soldats néerlandais ont été attaqués après l'atterrissage de  l'appareil. Les deux civils ont été remis par les Libyens à l'ambassade des Pays-Bas et ont depuis quitté la Libye, selon De Telegraaf.
Paris envoie le porte-hélicoptères Mistral La France a décidé d'envoyer le porte-hélicoptères Mistral vers la Libye pour participer notamment à des évacuations de travailleurs étrangers empêchés de rejoindre leur pays, dans le cadre des mesures décidées par l'Union européenne, a annoncé mercredi le ministère de la Défense. Le Mistral, qui se trouvait mercredi au large du Portugal, devait entrer dans la nuit ou jeudi matin en Méditerranée pour rejoindre le port de Toulon. Le porte-hélicoptères, accompagné de la frégate Georges-Leygues, devait se diriger ensuite vers les côtes libyennes. Le Mistral "a été mis à disposition pour évacuer les ressortissants étrangers en Libye dont les Etats n'avaient pas les moyens d'assurer" leur évacuation, a déclaré le président Nicolas Sarkozy lors d'une conférence de presse à l'issue d'un entretien à Paris avec le président sud-africain Jacob Zuma. "La marine française est dans le cadre d'une opération humanitaire", a souligné le chef de l'Etat, en dénonçant la "folie meurtrière de Kadhafi".
Les forces de Kadhafi attaquentLes forces de sécurité de Mouammar Kadhafi ont repris mercredi le contrôle de la ville de Marsa el Brega, premier signe d'une contre-offensive organisée dans l'Est de la Libye aux mains des insurgés. Dans cette région se trouve un important terminal pétrolier. Les rebelles avaient pris la ville la semaine dernière. Le terminal pétrolier de Marsa el Brega est l'un des deux plus importants de Libye, avec Ras Lanouf, tous deux étant situés dans le golfe de Syrte. La chaîne Al Arabiya a affirmé que les partisans de Kadhafi avaient également pris le contrôle de l'aéroport de la région. Des bombardements ont également été rapportés par Al Djazira à Ajdabyah, où se trouve une base militaire rebelle et une cache d'armes. 
Des soldats fidèles à Kadhafi sont aussi entrés mercredi dans Ajdabyah, grande ville de l'Est de la Libye tenue par des rebelles, rapporte Al Djazira. Une forte explosion, suivie d'un épais nuage de fumée, a aussi secoué mercredi après-midi la ville de Brega où des forces de Kadhafi menaient une contre-offensive contre les insurgés, selon un journaliste de l'AFP.
6.000 morts ?Depuis le 17 février, les violences ont fait 6.000 morts, dont 3.000 dans la seule ville de Tripoli, a affirmé mercredi à Paris le porte-parole de la Ligue libyenne des
droits de l'homme, Ali Zeidan.
Les rebelles demandent une intervention militaire étrangère contre les mercenairesLa coalition anti-Kadhafi a officiellement sollicité une intervention militaire étrangère contre les mercenaires. "Nous appelons les Nations unies et tout pays qui soutient la Révolution du 17 février à lancer des frappes aériennes sur les sites et positions des mercenaires dont il est clair qu'ils sont utilisés contre les civils et le peuple libyen", a déclaré lors d'une conférence de presse le porte-parole de l'insurrection, Abdelhafez Ghoqa.

Intervention étrangère ? La France s'y opposeLa France a réaffirmé mercredi son opposition à une opération militaire, qui risquerait de "ressouder contre le nord de la Méditerranée les peuples arabes". "Nous avons fait part de nos réticences" lors d'une réunion mercredi à Bruxelles des ambassadeurs des pays membres de l'Otan, a déclaré le chef de la diplomatie Alain Juppé. "En revanche, il est possible de continuer à planifier par exemple une zone d'exclusion aérienne à condition qu'elle ne soit activée que sur une décision du Conseil de sécurité des Nations unies", a-t-il dit. Alain Juppé a aussi indiqué que la première cargaison d'aide humanitaire française était en cours d'acheminement vers la ville libyenne de Benghazi. De leur côté, les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe se réunissent ce mercredi au Caire pour débattre d'un projet de résolution rejetant l'idée de toute intervention militaire étrangère en Libye.
Des millions d'aide débloquésLe Programme alimentaire mondial (PAM), agence de l'ONU, a annoncé mercredi un plan d'aide alimentaire d'urgence de 38,7 millions de dollars (28 millions d'euros) pour 2,7 millions de personnes en Libye, en Egypte et en Tunisie.

Le cas Hollande

Lorsqu'en 2008 il a passé les commandes du Parti socialiste à Martine Aubry, on ne pariait pas cher sur les actions de François Hollande. Il venait de passer onze années rue de Solferino et ses détracteurs dressaient de lui le portrait d'un notable affable, disant oui à tout le monde et ne tranchant jamais rien. Il laissait un parti profondément divisé entre les partisans de son ex-compagne, Ségolène Royal, et les multiples chapelles n'ayant en commun que le rejet de la même Ségolène, difficilement regroupées aux dernières heures du calamiteux congrès de Reims autour de Martine Aubry.

Trois ans plus tard, sa photo reparaît à la une des magazines et certains évoquent l'hypothèse que, aux prochaines primaires socialistes, il pourrait souffler la politesse à Aubry et Strauss-Kahn. Les sondages lui accordent depuis plusieurs mois une cote constamment croissante, au point désormais de battre Nicolas Sarkozy au second tour de la présidentielle. Comment un tel retournement de situation est-il possible ? Comme toujours dans une compétition, une part de l'explication vient du profil des concurrents. Certains se disent que DSK ne parviendra pas à surmonter son handicap sur la gauche du PS et d'autres estiment que la raideur de Martine Aubry ne lui permettra pas de rassembler suffisamment. Un troisième homme à la fibre plus sociale que DSK et au sourire plus diplomatique que le ton péremptoire de la première secrétaire pourrait séduire davantage.

Mais l'explication première découle, bien sûr, du parcours de Hollande lui-même. Il ne faut jamais oublier que tous ceux qui l'ont approché de près, depuis ses camarades de promotion de l'ENA où figurait un certain Dominique de Villepin, jusqu'à Bernadette Chirac en Corrèze, Jacques Delors et Lionel Jospin à Paris, ont de lui l'image d'un esprit très brillant. A quoi il faut ajouter que, en onze ans de direction du PS, il s'est acquis dans toutes les provinces de solides amitiés. Qu'enfin et surtout c'est un homme qui travaille ses dossiers et qui s'exprime rarement à la légère. Les Français le constatent et les sondages s'en ressentent. A suivre...

La résistance fiévreuse du petit peuple de Brega

La rébellion est parvenue à repousser les milices pro-Kadhafi dans cette ville de l'est de la Libye.

La route est jonchée d'étuis de lance-roquettes vides, de douilles de mitrailleuses et de cartouches d'armes légères. Tout autour, le sable jaune du désert a déjà effacé les autres traces des intenses combats qui ont opposé les milices fidèles à Kadhafi aux troupes de la révolution.
Un groupe de gamins, dans des uniformes improvisés, kalachnikov sur l'épaule, surveille avec fierté les vestiges de leur demi-victoire. «On se serait battu jusqu'à la mort. Jamais Kadhafi ne reviendra dans l'est de Libye», jure Youssef, entre deux «Allah akbar» et une rafale tirée en l'air. Au loin, une fumée noire monte dans le ciel. Un bâtiment touché par une bombe larguée par des chasseurs achève de brûler. Youssef avoue avoir été surpris par son baptême du feu.
Le raid des partisans de Kadhafi sur Brega a semé la stupeur dans cette petite ville, située à 240 kilomètres à l'ouest de Benghazi. Construite il y a une dizaine d'années pour loger les ouvriers du grand complexe gazier voisin, la cité a de faux airs de station balnéaire. «Ce sont ces usines que Kadhafi veut détruire», assure Mashala Agoub, un ingénieur chimiste qui, le temps d'une révolte, s'est mué en «commandant». Le site est stratégique : il approvisionne en gazole les stations-service et les centrales électriques de Benghazi et de sa région. «Sans ce complexe, la région serait vite plongée dans le noir», jure Mashala Agoub.
Les miliciens ont lancé leur coup de main peu après l'aube. Les soldats de la révolution en faction et les civils armés à la hâte n'ont pu offrir qu'une résistance symbolique à leur adversaire. «Nous nous sommes repliés pour aller chercher des renforts à Ajdabiya, la grande ville voisine», raconte un combattant. L'annonce du retour des gardes de Kadhafi a électrisé la région.
Sur la route qui rejoint le front, des dizaines de voitures filent, drapeau au vent, chargées d'hommes aux yeux exorbités. La plupart n'ont pas d'armes. D'autres une mitraillette, parfois un pistolet ou seulement un couteau. Mais tous veulent en découdre et mourir en martyr, tout du moins l'affirment-ils. On monte au combat par principe. «J'ai cinq enfants, mais ma femme m'a dit de partir. Cela ne sert à rien de vivre avec Kadhafi. Quarante-deux ans cela suffit», s'époumone Hajib, entassé avec six autres néocombattants dans une somptueuse berline ivoire.

Au plus près de la mitraille, le silence se fait

Montés sur deux gros Land-Cruiser, une dizaine de soldats professionnels comptent leurs caisses de munitions et leurs roquettes avant de tenter d'encadrer un enthousiasme militaire qui menace de tourner au chaos. Ils abandonnent vite. Abdoul Bouraïd, cheveux longs et barbe fournie, décide de diriger sa troupe droit sur l'ennemi en plein désert. Au loin, les explosions des roquettes et les coups sourds des mitrailleuses signalent la bataille. Dans un coin, quatre vieux artilleurs ont monté à la hâte un canon antiaérien. Au jugé, ils arrosent de longues rafales les positions supposées de l'ennemi. Chaque détonation est longuement saluée par la foule qui s'est massée sur les dunes environnantes et contemple la bataille. Tous sont comme autant de Napoléon, qui discutent des heures de la meilleure stratégie pour encercler l'adversaire réfugié autour de l'université. Au plus près de la mitraille, le silence se fait. Les visages sont tendus tandis que les tirs partent. «Le problème est que les miliciens ont pris des civils et même des enfants comme bouclier humain. On ne peut pas les attaquer», affirme Moussa Arib Moussa, qui se dit le responsable militaire de la ville. Vers dix-sept heures, les miliciens décrochent de leur position pour se regrouper autour de l'aéroport local. Mercredi soir, les combats continuaient.
Chacun tente de se déplacer vers le nouveau champ de bataille dans les hurlements des Klaxon. Ils ne se taisent que pour laisser passer une camionnette chargée de corps. L'hôpital de Brega n'a pas échappé à la frénésie. La maison du gardien a été transformée en morgue. Quatre cadavres, victimes d'un bombardement, attendent leurs funérailles. «Il y a au moins huit morts et onze blessés, mais ce n'est qu'un bilan provisoire car beaucoup de gens ont préféré emmener leurs blessés vers de plus grands hôpitaux comme Benghazi», explique le Dr Mohammed Masreid. Dans une petite chambre, de jeunes blessés pleurent doucement. Seul le bruit d'un avion de chasse dans le ciel les fait réagir. L'appareil décrit de larges cercles avant de piquer sur Ajdabiya. Le dépôt de munitions à la sortie de cette localité est la cible de raids répétés. Ils visent un immense champ entouré de barbelés dans lequel sont stockés, dans de petits bunkers, des milliers d'obus et de cartouches. «Nous sommes une poudrière car Ajdabya est une cité clef, le verrou qui contrôle les routes de l'est et du sud du pays», rappelle Youssef Mohammed, un avocat qui est à la tête du comité local. Mais l'homme est inquiet. «Il nous faut des renforts car il sera difficile de défendre la ville en cas d'attaque coordonnée» . À la tombée de la nuit, des bombardements continuaient autour du dépôt de munitions tandis que les tirs s'intensifiaient.

Une intervention étrangère en Libye est-elle envisageable ?

Pressé de quitter le pouvoir par les insurgés libyens et la communauté internationale, Mouammar Kadhafi s'accroche. Les forces loyales au Guide de la révolution ont lancé, mercredi 2 mars, une contre-offensive dans l'est du pays, menant des raids aériens dans la région d'Ajdabiya, au sud de Benghazi, et engageant des troupes au sol à Berga, théâtre de violents combats.

Face à d'éventuels débordements, les puissances occidentales hésitent à réagir militairement. Le Guide, lui, a prévenu : "des milliers de Libyens mourront en cas d'intervention de l'Amérique ou de l'OTAN".

* Des désaccords persistent au sein de l'Alliance atlantique

L'éventualité d'une intervention militaire a été discutée mercredi au cours d'une réunion des ambassadeurs des 28 pays membres de l'organisation à Bruxelles, mais comme l'a souligné le secrétaire à la défense américain, Robert Gates, "il n'y a pas de consensus au sein de l'OTAN pour le recours à la force". Le flou persiste sur les modalités et l'opportunité même d'un tel engagement.

Pour le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, "l'OTAN n'a rien à faire là-bas. Il ne peut intervenir militairement que lorsqu'un pays allié est attaqué". Moscou, qui coopère avec l'Alliance atlantique, a également exprimé son désaccord, accusant l'organisation d'"essayer de s'implanter dans cette région, sous couvert de vouloir pacifier la situation en Afrique du Nord".

* La difficile instauration d'une zone d'exclusion aérienne

Faut-il établir une zone d'exclusion aérienne pour empêcher les avions du colonel Kadhafi de bombarder la population ? Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne y sont favorables, mais la mesure est "extrêmement compliquée" à mettre en place, selon l'amiral américain Mike Mullen. Parce qu'il consiste à interdire le survol aérien d'un espace déterminé, le dispositif suppose une surveillance permanente et un déploiement de moyens considérables (Lire Libye : la création d'une zone d'exclusion aérienne en discussion).

Son instauration exige également au préalable la suppression des capacités de défense aérienne de l'ennemi. "Ce serait une opération militaire", comme l'a expliqué devant une commission du Sénat américain le général James Mattis.

L'OTAN, dotée d'une flotte d'une vingtaine d'avions-radar Awacs, a déjà mené dans le passé des missions d'exclusion aérienne, et elle pourrait compter facilement sur des contributions en avions de chasse de ses membres. Mais la décision ne fait pas l'unanimité. Côté français, le ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, s'est dit réticent à toute intervention en Libye "sans un mandat clair du Conseil de sécurité des Nations unies".

* Démonstration de force de l'USS Kearsarge au large des côtes libyennes

Faute de décision commune pour le moment, les Occidentaux s'efforcent de maintenir la pression sur le régime de Kadhafi par d'autres moyens. Deux navires de guerre américains sont entrés mercredi en mer Méditerranée après avoir franchi le canal de Suez. Le porte-hélicoptères USS Kearsarge et l'USS Ponce, deux bâtiments amphibies, peuvent assurer un soutien à des opérations humanitaires aussi bien que militaires.
Un porte-avions américain, l'USS Enterprise, transportant des avions de chasse capables le cas échéant d'imposer une zone d'exclusion aérienne, pourrait également être appelé en renfort. Il croise actuellement dans le nord de la mer Rouge, selon le site de la Navy.

* L'opposition libyenne est hostile à une intervention

Récusant "toute ingérence ou opération militaire étrangère", un porte-parole du comité de la révolution de Benghazi affirme que "le reste de la Libye sera libéré par le peuple libyen. Nous comptons sur l'armée pour libérer Tripoli."
"Si quiconque peut aider les Libyens à se débarrasser du régime Kadhafi, ce sera apprécié. Mais il y a un consensus national en Libye pour considérer qu'aucune intervention étrangère directe ne serait acceptée sur le terrain", a insisté pour sa part l'ambassadeur adjoint de la Libye à l'ONU, Ibrahim Dabbashi.

* Les dangers d'une opération au sol

Dans un tel contexte, la perspective d'un débarquement de troupes sur le sol libyen est pour le moins irréaliste. Interrogé sur TF1, Alain Juppé a clairement exprimé ses réserves, s'inquiétant de "la réaction de la rue arabe, des populations arabes tout au long de la Méditerranée".

"Les Etats-Unis, stratégiquement empêtrés en Irak et en Afghanistan, n'ont aucun intérêt à s'engager dans un nouveau guêpier", explique au Monde.fr le général Vincent Desportes, ancien directeur de l'Ecole de guerre. "Comme le disait Colin Powell, quand vous entrez dans un magasin de faïence et que vous cassez quelque chose, les débris vous appartiennent. La seule solution pour ne pas y rester, c'est de ne pas y aller."

mercredi 2 mars 2011

Minc condamne les propos de Jacob sur DSK

Alain Minc, proche conseiller de Nicolas Sarkozy, a jugé mercredi "insupportables" les propos du chef de file des députés UMP Christian Jacob reprochant au socialiste Dominique Strauss-Kahn de ne pas représenter "la France des terroirs". "L'idée de penser qu'un Français issu des terroirs est un meilleur Français que Dominique Strauss-Kahn, Nicolas Sarkozy ou moi, qui sommes des enfants de l'immigration, est quelque chose d'insupportable", a déclaré Alain Minc sur France Inter.
"J'avais détesté les propos de François Bayrou sur ce terreau-là à l'égard de Nicolas Sarkozy et je déteste au moins autant ceux de Christian Jacob à l'égard de Dominique Strauss-Kahn", a-t-il ajouté. "Et donc je mets M. Bayrou il y trois ans et M. Jacob aujourd'hui dans le même sac". Le 13 février sur Radio J, Christian Jacob avait dit à propos de DSK: "Ce n'est pas l'image de la France, l'image de la France rurale, l'image de la France des terroirs et des territoires, celle qu'on aime bien, celle à laquelle je suis attaché", provoquant de vives réactions à gauche.
Au printemps 2009, à la sortie du livre de François Bayrou "Abus de pouvoir", un pamphlet anti-Sarkozy, Alain Minc avait qualifié le président du MoDem de "Le Pen light". "Il veut jouer à Péguy, c'est-à-dire le catholicisme de progrès, je trouve que parfois il se rapproche de Barrès, c'est-à-dire le catholicisme réactionnaire, et je me demande s'il n'y a pas un soupçon d'ombre de Charles Maurras, c’est-à-dire un catholicisme hyper xénophobe qui parfois affleure", avait écrit alors l'essayiste.

Que valent les sondages à un an de la présidentielle?

Quelle importance faut-il accorder aux sondages politiques, publiés en nombre à plus d'un an de l'élection présidentielle? "Ce sont des intentions de vote", explique au JDD.fr le directeur du département opinion de l'Ifop, Frédéric Dabi, insistant sur le fait qu'ils ne sont en rien "prédictifs". Reste que, au vu des précédents, la situation de Nicolas Sarkozy reste délicate. 

La phrase est tranchée. Mais en disant cela, François Baroin a sûrement souhaité montrer que les sondages n'étaient pas une science exacte. En effet, ces enquêtes politiques n'ont pas pour but de prédire les résultats d'une élection quelle qu'elle soit. "Ce sont des intentions de vote, c'est-à-dire un rapport de force électoral à un moment donné", explique le directeur du département opinion de l'Ifop, Frédéric Dabi, joint par leJDD.fr. Toutefois, le sondeur relativise, précisant que, pour autant, les sondages "ne veulent pas rien dire", puisqu'ils "donnent une sorte d'information aux Français".
Une information qui n'est effectivement en rien "prédictive". Et ce, pour plusieurs raisons. A quatorze mois de la présidentielle, l'offre électorale n'est pas encore connue dans sa globalité: beaucoup de candidats ne se sont pas encore déclarés et peu de partis ont déjà choisi les personnalités qui les représenteront en 2012. D'autre part, il est encore trop tôt pour mesurer des dynamiques concrètes. "Pour cela, il faut attendre les dernières semaines avant l'élection. Actuellement, les Français s'intéressent à 2012, mais ne sont pas dans un contexte présidentiel", insiste Frédéric Dabi.

Sarkozy devancé par DSK dès le premier tour dans les sondages

Mais si François Baroin a voulu rassurer sur les chances du - probable - candidat Sarkozy à effectuer un second mandat à l'Elysée, reste que la situation est quand même quelque peu inédite. "On n'a jamais vu un président sortant être devancé (dans les sondages) au premier tour" à un an de la présidentielle, affirme le sondeur, en référence aux récentes enquêtes qui donnent Dominique Strauss-Kahn devant Nicolas Sarkozy dès le premier tour du scrutin. Dans un sondage CSA pour BFM TV/RMC/20 minutes, publié le 24 février, 28% des sondés déclarent qu'ils voteraient pour le patron du FMI si le premier tour avait lieu aujourd'hui, contre 23% pour Nicolas Sarkozy et 18% pour Marine Le Pen. Et nombreuses sont les études qui vont dans ce sens. Une première donc dans l'histoire de la Ve République. Pourtant perdant au final en 1981, même Valéry Giscard d'Estaing était largement donné vainqueur au premier tour dans les sondages à un an de la présidentielle. "Il y avait encore, à l'époque, une incertitude sur le candidat socialiste, entre Mitterrand et Rocard", tient à préciser le sondeur.
"Il y a des élections où, un an avant, je ne dirais pas que la messe était dite, mais il y a quand même une tendance nette qui se dessine", assure Frédéric Dabi. En citant l'exemple de la réélection de François Mitterrand en 1988: "Il n'y avait pas un sondage qui donnait Mitterrand perdant." Quelques années plus tard, en 2002, alors que tout le monde se prononçait pour un duel Chirac/Jospin, le Front national est arrivé au deuxième tour. "Il faut être extrêmement prudent, il peut se passer beaucoup de choses" en douze mois, précise donc le directeur du département opinion de l'Ifop.

Une cote de popularité très basse

Tout en restant prudent, plusieurs facteurs montrent quand même la situation délicate dans laquelle se trouve Nicolas Sarkozy. Si l’on reprend la cote des prédécesseurs de l'actuel chef de l'Etat qui ont brigué un second mandat, on s’aperçoit qu'à 500 jours de l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy occupe le bas du classement. En effet, en novembre 2010, seuls 32% des sondés se disaient "satisfaits" de son action, contre 47% pour Valéry Giscard d'Estaing, 56% pour Jacques Chirac et 61% pour François Mitterrand, le président le plus populaire. "La cote de popularité de Nicolas Sarkozy (mesurée dans le baromètre Ifop pour le JDD, ndlr) est très proche de son socle électoral" de 2007, précise Frédéric Dabi. Le sondeur met en avant d'autres différences notables: "Depuis les régionales de 2010, il est minoritaire en satisfaction chez les personnes âgées, qui sont pourtant son cœur de cible électoral; et depuis le remaniement de novembre dernier, il recule régulièrement chez les sympathisants UMP".
Alors, s'il est vrai que les sondages ne veulent pas tout dire, le combat risque d'être rude pour Nicolas Sarkozy d'ici 2012, car "jamais un président n'a été si bas à un an de la présidentielle".

20 ANS...DÉJÀ.


Gorbatchev, mal-aimé des Russes, fête discrètement ses 80 ans à Moscou

Le dernier dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, célébré dans le monde pour avoir mis fin à la guerre froide, fête discrètement, mercredi 2 mars, ses 80 ans en Russie, où il suscite l'indifférence, voire le mépris. M. Gorbatchev, Prix Nobel de la paix en 1990, doit accueillir trois cents amis et proches dans une salle de banquet d'un centre commercial moscovite.

Le principal événement sera organisé à Londres, au Royal Albert Hall le 30 mars avec des acteurs, monarques et personnalités politiques du monde entier. Les recettes du concert, auquel participeront notamment Sharon Stone, Bryan Ferry et le groupe de rock Scorpions, iront au centre de traitement de la leucémie des enfants créé par son épouse Raïssa, morte des suites d'un cancer en 1999.
Les télévisions publiques russes ont diffusé des émissions sur la perestroïka et l'évolution de la carrière politique de Mikhaïl Gorbatchev. Les journaux ont publié des interviews, où il critique le régime russe actuel, et des commentaires sur son rôle pour la Russie, sans lui rendre un hommage particulier.
UN "LOURD HÉRITAGE ÉCONOMIQUE"
Le quotidien de référence Kommersant n'accorde aucune couverture à l'événement, alors que le journal économique Vedomosti analyse dans un éditorial les raisons de la chute de l'URSS, que la majorité des Russes attribuent à Gorbatchev. "Ce ne sont pas les réformes de Gorbatchev qui ont provoqué la chute de l'URSS, mais les problèmes économiques", écrit Vedomosti en soulignant que l'ex-dirigeant avait reçu "un lourd héritage économique".
Le quotidien officiel Rossiiskaïa Gazeta donne la parole à l'académicien Rouslan Grinberg, un ancien collaborateur de M. Gorbatchev, pour qui il reste "celui qui a dirigé le pays, entre espoirs et déceptions". A Ekaterinbourg, fief de l'ex-président russe Boris Eltsine, ennemi juré de M. Gorbatchev, l'avenue Lénine a été rebaptisée mercredi en avenue Gorbatchev, et un panneau où il est écrit "Merci Gorbatchev" y a été affiché, a rapporté l'agence Interfax.
Mais le jugement des Russes reste sans appel : près de la moitié d'entre eux éprouvent de l'indifférence envers Gorbatchev, 20 % éprouvent du "mépris" et seulement 10 % du "respect" pour l'ancien dirigeant. M. Gorbatchev ne désespère pas pour autant. "La lutte n'est pas finie. De plus en plus de Russes comprennent que Gorbatchev avait raison", estime-t-il dans un entretien à Komsomolskaïa Pravda publié mercredi.
"LES RACINES POURRIES" DU POUVOIR RUSSE
Il se souvient, dans cette interview, de son enfance dans "un bled perdu" dans le sud de la Russie "où il n'y avait ni radio ni électricité", où il a travaillé pendant cinq ans sur une moissonneuse-batteuse avec son père tout en rêvant de voyages. Il confie aussi que le moment le plus heureux de sa vie a été sa rencontre avec Raïssa, qu'il épousera à 22 ans et avec qui il vivra 46 ans. "J'ai pris 20 kilos après sa mort. La vie m'est devenue indifférente", témoigne-t-il.

Dans une autre interview au journal Argoumenty i Fakty, M. Gorbatchev critique un pouvoir russe dont "les racines sont pourries" et met en garde contre la répétition des scénarios des révolutions qui secouent les pays arabes. "Il ne faut pas agacer les gens et continuer de les priver" de liberté, prévient-il.

Les nouvelles frontières de l’Europe

Il y a trente ans, personne n’imaginait le processus qui aurait amené les pays du Pacte de Varsovie à adhérer à l’UE. A présent que les pays d’Afrique du Nord se soulèvent, l’Union devrait leur offrir la même occasion de renforcer la démocratie, en leur offrant la perspective d’une adhésion, écrit l’ancien directeur de The Economist dans La Stampa (Extraits). 
Nul ne devrait s'étonner que le colonel Kadhafi, retranché à Tripoli et avec plus de la moitié du pays (en termes de population) aux mains de l'opposition, se refuse à accepter la logique morale ou pratique de sa situation. En plus de quarante ans à la tête de la Libye, il n'a jamais fait preuve d'instinct moral ni pratique sauf pour préserver son pouvoir.
Quoiqu'il en soit, […] les évènements d'Egypte, de Tunisie et maintenant de Libye causeront une surprise qui nous envoie loin dans l'avenir. Ce sont les conséquences pour l'Union Européenne de la révolution démocratique qui s'étend dans une grande partie de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Nous devons nous montrer patient avant d'évaluer jusqu'où ira cette révolution, comme nous l'avons été dans les premiers mois qui ont suivi la chute du mur de Berlin en 1989. Mais aujourd'hui comme à l'époque il est utile de réfléchir à ce qui va se passer et de faire des projets pour l'avenir.
L'évolution de l'UE s'est faite à partir d'une série d'idées qui semblaient tirées par les cheveux quand elles ont été proposées mais qui sont apparues par la suite comme inévitables. La prochaine de ces idées sera probablement l'élargissement de l'UE à la côte sud de la Méditerranée. Nul ne s'attend à une telle évolution actuellement : la France, l'Allemagne et plusieurs autres pays de l'UE ne peuvent même pas accepter l'idée d'une adhésion de la Turquie, qui est déjà une démocratie.

Elargir l'UE à la côte sud de la Méditerranée

Mais repensez au début des années 1990 : il est vite devenu évident que l'Europe occidentale avait vivement intérêt à favoriser la stabilité, l'amitié et le développement économique de ses voisins anciens satellites soviétiques. C'est ce qu'elle a fait au cours d'un long et lent processus qui a culminé par l'adhésion pleine et entière à l'EU de dix d'entre eux plus de dix ans plus tard. Tous les anciens satellites de l'Union Soviétique ne sont pas devenus des démocraties et tous n'ont pas rejoint l'UE. On verra probablement le même phénomène pour l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient.
Songez toutefois aux parallèles qui existent entre la chute de l'Union Soviétique, à l'Est de l'UE, et la chute des dictatures arabes de la côte méridionale de la Méditerranée. Comme après 1989, le réveil arabe d'aujourd'hui présente pour l'Europe un vif intérêt et une occasion historique qui deviendront de plus en plus évidents au fil des mois et des années à venir, pour le meilleur et pour le pire.
Les Etats-Unis sont confrontés à des problèmes militaires délicats dans la région et seront tenus pour responsable de ce qui se produira ou ne se produira pas en Palestine. L'Europe a, comme après 1989, essentiellement des liens économiques et culturels à offrir, ce qui est plus positifs. Les pays européens sont déjà les plus grands partenaires commerciaux de la plupart des Etats d'Afrique du Nord ; l'Italie a des relations privilégiées en matière de gaz et de pétrole avec la Libye et l'Algérie par exemple. La logique de ces liens ne peut pointer à long terme que dans une direction : l'adhésion à l'UE, sous une forme ou une autre, de certains pays nord-africains.

Vers une Union européenne et Méditerranéenne

Plus qu'une adhésion pleine et entière telle qu'on l'entend aujourd'hui, on aura probablement une nouvelle sorte d'union qui connaîtra plusieurs formes d'adhésion. C'est déjà le cas actuellement avec la zone euro, qui ne regroupe que certains des 27 membres de l'UE, ou l'espace Schengen.
Il faudra donc trouver une nouvelle formule pour permettre l'intégration économique, puis la libre circulation des biens et le marché unique, des pays démocratiques d'Afrique du Nord. On s'arrêtera probablement avant la libre circulation du travail. Avec tout ceci, l'Union Européenne devra encore changer de nom pour devenir par exemple l'Union Européenne et Méditerranéenne.
Sans une telle proposition, sans ce projet à long terme, qu'est-ce que l'Europe aura à offrir aux nouvelles démocraties nord-africaines quand elles feront leur apparition ? Un peu d'aide et quelques places dans les universités, c'est tout. Pourtant, comme après la chute du mur de Berlin, nous avons une chose très précieuse à offrir pour inciter aux réformes démocratiques : la possibilité de nous rejoindre.
Cela paraît difficile, même sans parler de l'islam. N'oublions pas cependant que cette évolution serait logique politiquement et économiquement pour l'Europe. Après tout, la Méditerranée, en latin, c'est le centre de la terre, pas une sorte de frontière méridionale ni une barrière. Ce fut le centre de notre monde pendant des siècles. Elle fait partie du voisinage de l'Europe.

Un horizon néolibéral

Projet d'origine sociale-démocrate, la stratégie de Lisbonne n'a favorisé ni l'innovation ni la cohésion sociale dans l'UE. Au contraire, la Commission européenne l'a transformée en programme néolibéral. Et la stratégie 2020 qui lui succède va accentuer cette tendance, estime un économiste français. 

Il faut reconnaître aux (contre-)réformateurs néolibéraux des qualités qu’on ne trouve pas toujours chez leurs opposants : ils savent ce qu’ils veulent et ce qu’il faut faire pour l’obtenir, ils sont patients et ne se découragent pas. C’est encore une fois du côté de l’Union européenne qu’une partie de l’action se passe.
On se souvient de la "stratégie de Lisbonne" lancée en 2000, qui avait pour objectif de faire de l’Union européenne "l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010". Elle se donnait des objectifs en matière d’innovation, de "cohésion sociale" et d’emploi. A peu près aucun n’a été atteint, bien que les taux d’emploi se soient rapprochés des 70% (de la population âgée de 20 à 64 ans) espérés. Mais les dépenses en recherche et développement ont faiblement augmenté et restent loin de la cible de 3% du PIB. Quant à la cohésion sociale, il suffit de remarquer que le risque de pauvreté (après transferts sociaux) a augmenté.
Ce bilan médiocre n’a pas empêché la Commission d’attribuer à la stratégie de Lisbonne la création de 18 millions d’emplois dans l’Union européenne. Ce chiffre ne mesurait cependant que l’augmentation de l’emploi en Europe entre 2000 et 2008. Créditer la stratégie de Lisbonne de l’ensemble de cette augmentation était donc un peu héroïque. Au passage, la moitié de ces créations correspondait à des emplois à temps partiel.

Un programme de réformes structurelles néothatchériennes

Le plus comique dans cette histoire est que la stratégie de Lisbonne avait été inspirée par des universitaires majoritairement classés "à gauche" et initialement mise en œuvre par des gouvernements supposés "de gauche". Mais l’affaire était tellement mal conçue dès le départ que cela avait été un jeu d’enfant pour la commission Barroso de récupérer le mouvement et de transformer une affaire gentiment social-démocrate tendance technologies de l’information en un programme de réformes structurelles néothatchériennes.
Ceci dit, la stratégie de Lisbonne à elle seule n’a eu qu’un faible impact sur les réformes structurelles menées dans les différents pays, ces dernières résultant de compromis politiques principalement nationaux. Mais elle a quand même joué un rôle de ressource politique et idéologique à disposition des acteurs nationaux.
La suite de l’histoire s’appelle "Europe 2020", "une stratégie pour une croissance intelligente, durable et inclusive". D’ici 10 ans, tout en Europe est supposé être "intelligent" : la croissance et l’économie bien sûr, mais aussi la réglementation, la spécialisation, les maisons, les réseaux, la gestion du trafic… Tout est supposé être durable aussi : l’économie, la croissance…
Pour le reste, peu de surprises : l’objectif de taux d’emploi passe à 75%, une politique industrielle visant à améliorer l’"environnement des entreprises", une réglementation "intelligente", forcément, qui doit diminuer le "fardeau administratif pesant sur les entreprises", l’approfondissement du marché unique notamment grâce à la directive "services" (née directive Bolkestein) et plus généralement la réaffirmation que la concurrence (comprendre : déréglementation, privatisations, démantèlement des services publics) favorise la croissance et l’innovation, ce qui reste douteux.

"Europe 2020" vient d’un document du lobby patronal européen

Bref, que du connu. Comme l’a montré le Corporate Europe Observatory, l’inspiration d’Europe 2020 vient en partie d’un document produit par le lobby patronal européen : "ERT’s Vision for a competitive Europe in 2025".
Ce qui est un peu nouveau concerne la gouvernance de la chose et doit se comprendre en lien avec une innovation récente dans ce domaine, le semestre européen, qui fait passer un examen aux budgets nationaux devant la Commission et le Conseil avant adoption par les parlements nationaux. La "discipline budgétaire" et les réformes structurelles sont ainsi réunies dans une "gouvernance plus forte": "L’assainissement budgétaire et la viabilité financière à long terme devront aller de pair avec d’importantes réformes structurelles, notamment dans les domaines des retraites, des soins de santé et des systèmes de protection sociale et d’éducation" (Europe 2020, page 28).
Sur le plan des réformes structurelles, rien de véritablement contraignant ne peut être mis en œuvre, mais de nouvelles ressources politiques sont mises à disposition des acteurs nationaux souhaitant suivre la voie néolibérale et il vaudra mieux avoir des finances publiques "saines" si on souhaite préserver son système de protection sociale.