TOUT EST DIT

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lundi 10 février 2014

Copé s'interroge sur le livre Tous à poil!

Invité du Grand Jury sur RTL/LCI/Le Figaro, Jean-François Copé s'est insurgé dimanche contre un livre pour enfants intitulé Tous à poil!, figurant selon lui dans la "liste des livres recommandés aux enseignants" en primaire. L'un des auteurs dénonce un "faux débat autour de la nudité". 
"Quand j'ai vu ça, mon sang n'a fait qu'un tour", a lancé Jean-François Copé dimanche sur le plateau du Grand Jury sur RTL/LCI/Le Figaro. La raison de sa colère? Un livre pour enfants intitulé Tous à poil! publié en 2011 aux éditions Rouergue. "A poil le bébé, à poil la baby-sitter, à poil les voisins, à poil la mamie, à poil le chien (…) On ne sait pas s'il faut sourire, mais comme c'est nos enfants, on n'a pas envie de sourire", a déclaré le président de l'UMP, en affirmant que cet ouvrage faisait "partie de la liste des livres recommandés aux enseignants pour faire la classe aux enfants de primaires". Selon Jean-François Copé, cette consigne viendrait du Centre national de documentation pédagogique, qui dépend du ministère de l'Education nationale. "Il y a un moment où il va falloir qu'à Paris on atterrisse sur ce qui est en train de se faire dans ce pays", a-t-il renchéri.
Mais ce livre - qui a pour objectif "d'apporter un regard décomplexé sur la nudité" comme l'indique les auteurs sur la 4e de couverture - ne figure pas parmi cette liste. Ni dans celle destinée à l'école maternelle pour "entrer dans une première culture littéraire", ni dans celles de l'école élémentaire (cycle II ou cycle III), accessibles sur le portail national des professionnels de l'éducation (Eduscol).
En fait, l'ouvrage de 40 pages de Claire Franck et Marc Daniau, où des personnages de tout âge et catégorie professionnelle se mettent à nu pour aller se baigner dans la mer, fait partie de 92 livres jeunesse visant à "bousculer les stéréotypes fille garçon". Cette sélection, reprise par l'académie de Grenoble, est réalisée par l'Atelier des merveilles avec le soutien des Centres départementaux de documentations pédagogique de Drôme et d'Ardèche, et vient dans la foulée de deux précédents outils similaires en 2009 et 2011. Le but de cette sélection? Permettre aux "accompagnateurs de lectures, aux parents, aux animateurs de centres de loisirs, aux professeurs des écoles" de bénéficier "d'histoires modernes, des récits où filles et garçons s'engagent dans la vie avec une vision moins stéréotypée et à chances égales". La sélection est toutefois présente sur le site de l'ABCD de l'égalité.
L'Atelier des merveilles - qui réalise cette bibliographie depuis 2009 - est une association de lecture composée de "parents non professionnels et bénévoles".

Peillon appelle "à la raison"

Echaudé par le débat sur la théorie du genre, Vincent Peillon a réagi lundi, appelant à revenir "à la raison" et à laisser "les enfants tranquilles dans ce temps électoral". "Je le demande solennellement à Monsieur Copé", a ajouté le ministre de l'Education nationale, qui ne nie pas que l'ouvrage apparaît dans la sélection visant à lutter contre les stéréotypes. Ce livre propose "un travail (...) sur le corps, sur l'identité, le fait de ne pas avoir peur de son corps et de dire des choses et d'enseigner des choses aux enfants qui sont extrêmement simples", a-t-il résumé. Quant à la pertinence du livre, Vincent Peillon a affirmé faire "confiance" aux enseignants et aux parents. "Il y a des listes d'ouvrages qui sont mis à leur disposition, après ils ont la liberté de les acheter ou de ne pas les acheter", a-t-il poursuivi. Avant de conclure : "Quelques-uns cherchent en permanence à attiser de la violence, de l'incompréhension, de la rumeur, du mépris (…) C'est quand même, au bout du bout, les enfants qui sont victimes."
Dès dimanche soir, la ministre Cécile Duflot était également revenue sur la sortie de Jean-François Copé. Sur Twitter, elle a publié la bibliographie de l'Atelier des merveilles et interpellé le président de l'UMP sur son approche "bourrine" de la littérature jeunesse :



Pour finir, c'est l'un des auteurs de l'ouvrage qui a pris la parole.Sur le site du Nouvel Obs, Marc Daniau parle d'un "faux débat autour de la nudité". "Qu’y trouve-t-on de choquant? Ce sont des images avec très peu de texte, une liste de personnages que l’on voit se déshabiller. À la fin du livre, ils se retrouvent à la plage, nus et vont se baigner dans la joie et la bonne humeur", ajoute-t-il. "Nous avons voulu montrer que nous sommes tous différents, qu’il des gros, des petits, des maigres, des grands, des noirs, des blancs. Il n’y a aucun gros plan sur les corps", explique l'auteur, en précisant aussi que cet ouvrage "était une réponse à ces images de corps retouchées que l’on voit apparaître partout". Il juge donc que "la grille de lecture de Jean-François Copé semble superficielle". Et prend un exemple : "Si l’on suit la façon de penser du patron de l’UMP, il ne faudrait plus emmener les enfants au musée. Le plafond de la chapelle Sixtine ne choque personne!"
Dans l'entourage de Jean-François Copé, on assure que ce n'est pas "une mise en cause" de l'ouvrage en lui-même. "Est-ce qu'on accepte que ce livre soit référencé comme un outil pédagogique? Est-ce que c'est un outil à mettre entre les mains d'un enfant?", s'interroge-t-on, en expliquant "soulever une question" sur "le choix" de telles recommandations.

dimanche 6 janvier 2013

Zemmour "dit tout haut, ce que l'UMP pense tout bas"


Mercredi, Eric Zemmour n'a pas mâché ses mots et s'en est pris aux associations antiracistes. Le journaliste, récemment condamné, a notamment demandé à ce qu'elles ne puissent plus se constituer partie civile. Pour leJDD.fr, le président de SOS Racisme, Dominique Sopo, et du CRAN, Patrick Lozès, reviennent sur cette intervention.
Mercredi, à la tribune de la convention UMP sur l'hyper-réglementation, Eric Zemmour n'a pas caché son aversion pour les associations antiracistes. Le polémiste – récemment condamné par la justice – a critiqué "le politiquement correct" et exhorté l'abandon de la possibilité pour les associations antiracistes de se constituer partie civile lors d'un procès. "Il vous faut donc désormais débrancher tous les fils qui donnent vie au monstre. Supprimer l'action pénale pour les associations antiracistes", a clamé le journaliste, devant les responsables UMP présents. Avant d'ajouter: "Pendant que vous y êtes, si vous pouviez supprimer leurs subventions, ça ferait du bien au budget de l'Etat."
Des propos qui ont fait réagir les associations concernées. "Eric Zemmour a la défaite mauvaise", a jugé jeudi le président de SOS Racisme, Dominique Sopo, joint par leJDD.fr. "Oui, il est interdit en démocratie de jeter à la vindicte publique des groupes parce que cela risquerait de les mettre en péril dans la société", a-t-il ajouté en réponse aux critiques du polémiste. Pour Dominique Sopo, l'action pénale des associations est une démarche essentielle, "d'autant plus que les individus ont parfois besoin de notre soutien, car le processus judiciaire peut être complexe, lourd et que le fait d'être épaulé est extrêmement important". Un point de vue partagé par Muriel Joseph, avocat à la cour d'appel de Paris, spécialisée dans le droit des associations: "Elles sont les porte-parole des individus, qui, seuls, n'auraient pas les moyens, les compétences et l'énergie pour se porter partie civile", a-t-elle assuré au JDD.fr.

"Le chaînon manquant entre l'UMP et le FN"

Choqué par l'ovation faite à Eric Zemmour, le président du CRAN va plus loin et affirme que le journaliste "dit tout haut, ce que l'UMP pense tout bas", devenant ainsi "le chaînon manquant entre le parti majoritaire et le Front national". "C'est quand même ironique que quelqu'un condamné par la justice vienne nous donner des leçons", estime Patrick Lozès, contacté par leJDD.fr. Ce dernier met aussi en garde contre l'attitude de l'UMP qui s'enfonce dans "l'injustice" et qui remet sur le devant de la scène des débats "qui ramènent le pays des décennies en arrière".
Mercredi, les associations ont également été attaquées sur leur financement par l'Etat, via des subventions. "Le fait que de l'argent public permette de financer des associations qui sont là pour défendre les valeurs de la République est quand même la moindre des choses", s'est défendu Dominique Sopo, ajoutant que sur le budget global de SOS Racisme – qui est d'un million d'euros –, un peu moins de 50% vient des subventions de l'Etat. "Les associations n'ont pas besoin des subventions publiques pour exister", renchérit de son côté Patrick Lozès, qui refuse de rentrer dans le jeu d'Eric Zemmour.
Jeudi, dans un communiqué, la Licra a demandé un droit de réponse suite à la tribune du polémiste. Un courrier signé par le président de l'association, Alain Jakubowicz, a d'ailleurs été adressé au secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé. "Il est non seulement souhaitable, mais véritablement indispensable que les parlementaires puissent entendre un autre avis que celui qui leur a été exposé, pour forger leur opinion", peut-on y lire. "C'est toujours très étrange ces personnes qui appellent à la liberté de débattre, mais qui débattent toujours entre eux", a également jugé Dominique Sopo de SOS Racisme. La demande est faite. Reste à savoir quelle sera la réponse du parti majoritaire.

mercredi 2 mars 2011

Que valent les sondages à un an de la présidentielle?

Quelle importance faut-il accorder aux sondages politiques, publiés en nombre à plus d'un an de l'élection présidentielle? "Ce sont des intentions de vote", explique au JDD.fr le directeur du département opinion de l'Ifop, Frédéric Dabi, insistant sur le fait qu'ils ne sont en rien "prédictifs". Reste que, au vu des précédents, la situation de Nicolas Sarkozy reste délicate. 

La phrase est tranchée. Mais en disant cela, François Baroin a sûrement souhaité montrer que les sondages n'étaient pas une science exacte. En effet, ces enquêtes politiques n'ont pas pour but de prédire les résultats d'une élection quelle qu'elle soit. "Ce sont des intentions de vote, c'est-à-dire un rapport de force électoral à un moment donné", explique le directeur du département opinion de l'Ifop, Frédéric Dabi, joint par leJDD.fr. Toutefois, le sondeur relativise, précisant que, pour autant, les sondages "ne veulent pas rien dire", puisqu'ils "donnent une sorte d'information aux Français".
Une information qui n'est effectivement en rien "prédictive". Et ce, pour plusieurs raisons. A quatorze mois de la présidentielle, l'offre électorale n'est pas encore connue dans sa globalité: beaucoup de candidats ne se sont pas encore déclarés et peu de partis ont déjà choisi les personnalités qui les représenteront en 2012. D'autre part, il est encore trop tôt pour mesurer des dynamiques concrètes. "Pour cela, il faut attendre les dernières semaines avant l'élection. Actuellement, les Français s'intéressent à 2012, mais ne sont pas dans un contexte présidentiel", insiste Frédéric Dabi.

Sarkozy devancé par DSK dès le premier tour dans les sondages

Mais si François Baroin a voulu rassurer sur les chances du - probable - candidat Sarkozy à effectuer un second mandat à l'Elysée, reste que la situation est quand même quelque peu inédite. "On n'a jamais vu un président sortant être devancé (dans les sondages) au premier tour" à un an de la présidentielle, affirme le sondeur, en référence aux récentes enquêtes qui donnent Dominique Strauss-Kahn devant Nicolas Sarkozy dès le premier tour du scrutin. Dans un sondage CSA pour BFM TV/RMC/20 minutes, publié le 24 février, 28% des sondés déclarent qu'ils voteraient pour le patron du FMI si le premier tour avait lieu aujourd'hui, contre 23% pour Nicolas Sarkozy et 18% pour Marine Le Pen. Et nombreuses sont les études qui vont dans ce sens. Une première donc dans l'histoire de la Ve République. Pourtant perdant au final en 1981, même Valéry Giscard d'Estaing était largement donné vainqueur au premier tour dans les sondages à un an de la présidentielle. "Il y avait encore, à l'époque, une incertitude sur le candidat socialiste, entre Mitterrand et Rocard", tient à préciser le sondeur.
"Il y a des élections où, un an avant, je ne dirais pas que la messe était dite, mais il y a quand même une tendance nette qui se dessine", assure Frédéric Dabi. En citant l'exemple de la réélection de François Mitterrand en 1988: "Il n'y avait pas un sondage qui donnait Mitterrand perdant." Quelques années plus tard, en 2002, alors que tout le monde se prononçait pour un duel Chirac/Jospin, le Front national est arrivé au deuxième tour. "Il faut être extrêmement prudent, il peut se passer beaucoup de choses" en douze mois, précise donc le directeur du département opinion de l'Ifop.

Une cote de popularité très basse

Tout en restant prudent, plusieurs facteurs montrent quand même la situation délicate dans laquelle se trouve Nicolas Sarkozy. Si l’on reprend la cote des prédécesseurs de l'actuel chef de l'Etat qui ont brigué un second mandat, on s’aperçoit qu'à 500 jours de l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy occupe le bas du classement. En effet, en novembre 2010, seuls 32% des sondés se disaient "satisfaits" de son action, contre 47% pour Valéry Giscard d'Estaing, 56% pour Jacques Chirac et 61% pour François Mitterrand, le président le plus populaire. "La cote de popularité de Nicolas Sarkozy (mesurée dans le baromètre Ifop pour le JDD, ndlr) est très proche de son socle électoral" de 2007, précise Frédéric Dabi. Le sondeur met en avant d'autres différences notables: "Depuis les régionales de 2010, il est minoritaire en satisfaction chez les personnes âgées, qui sont pourtant son cœur de cible électoral; et depuis le remaniement de novembre dernier, il recule régulièrement chez les sympathisants UMP".
Alors, s'il est vrai que les sondages ne veulent pas tout dire, le combat risque d'être rude pour Nicolas Sarkozy d'ici 2012, car "jamais un président n'a été si bas à un an de la présidentielle".

mardi 1 mars 2011

Rocard soulagé par la sortie d'Hortefeux du gouvernement

Sur le plateau de l'émission Ça vous regarde sur LCP, en partenariat avec leJDD.fr, l'ancien Premier ministre Michel Rocard s'en est pris à Brice Hortefeux, qui avait, selon lui, "l'insulte facile". Pour le socialiste, le départ de l'ex-ministre de l'Intérieur est l'élément le plus "important" du remaniement. 

 La critique est acerbe. Lundi soir, le socialiste Michel Rocard a taclé l'ancien ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, estimant que son départ du gouvernement était sans aucun doute la meilleure nouvelle du remaniement du week-end. Et ce, au nom de "la dignité collective du gouvernement". L'ancien Premier ministre – de 1988 à 1991 sous la présidence de François Mitterrand – a en effet pointé du doigt l'attitude de "l'ami" de Nicolas Sarkozy, qui va devenir conseiller politique du chef de l'Etat en vue de 2012. "Nous avions quand même au gouvernement un ministre qui avait l'insulte facile, qui venait d'être condamné pour diffamation par un tribunal (…) et qui accumulait des bourdes racistes à mettre la France dans une atmosphère de guerre civile permanente. Insupportable!", s'est insurgé Michel Rocard.
Sur le plateau de l'émission Ça vous regarde sur LCP, présentée par Arnaud Ardoin en partenariat avec leJDD.fr, l'ancien Premier ministre s'est donc félicité de l'arrivée de Claude Guéant place Beauvau. "Un choix correct" au moins sur la forme. "Claude Guéant fera une politique probablement pas très différente sur le fond, mais le vocabulaire ça compte", a poursuivi Michel Rocard. Avant d'ajouter: "C'est par le vocabulaire que l'on insulte", faisant référence à la communauté d'origine musulmane vivant en France "qui n'aspire qu'à vivre tranquillement". Pour le socialiste, ce qui se passait jusqu'à présent sur le plan du discours public était "parfaitement injustifié".

lundi 14 février 2011

L'immigration tire-t-elle les salaires vers le bas?

La question risque de faire débat. Marine Le Pen a affirmé haut et fort, lundi lors de son débat avec Jean-Luc Mélenchon sur BFM TV, que l'immigration tirait à la baisse les salaires. Si la chef de file du FN s'appuie, en effet, sur les chiffres d'un rapport du Conseil d'Analyse Economique remis au ministre Eric Besson en 2009, le phénomène doit être relativisé. "De façon globale, l'immigration est plutôt favorable à la croissance économique et à l'emploi", assure au contraire l'économiste Nicolas Bouzou, joint par leJDD.fr. Tentative d'explication. 

Le débat était animé lundi matin entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Surtout sur la question de l'immigration. Si le leader du Parti de gauche s'est dit pour une régularisation massive des travailleurs sans papier, la chef de file du Front national a réaffirmé sa position contre l'immigration massive. Tout en donnant des arguments. "Plus de 1% d'immigration est égale à une baisse de 1,2% des salaires", a déclaré Marine Le Pen sur BFM TV, citant un rapport du Conseil d'Analyse Economique (CAE). Vérification faite, ce rapport - réalisé par l'économiste Gilles Saint-Sauveur et intitulé "Immigration, qualification et marché du travail" - a bel et bien été présenté, le 27 mai 2009, à Eric Besson, alors ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale.
Et on y retrouve les chiffres cités par Marine Le Pen, qui reprend une étude de Joseph Atlonji et David Card. Seul petit bémol, les deux économistes ajoutent que, "paradoxalement", une hausse de la proportion d'immigrés d'un point de pourcentage "réduit également le taux de chômage de 0,25%". L'immigration aurait bien un impact sur le marché du travail. Dans ce même rapport, l'économiste Hunt avance, lui, qu'une "hausse de la proportion de rapatriés d'un point de pourcentage a réduit le salaire d'environ 0,8%". Egalement cité, l'Américain George J. Borjas met en avant l'exemple des Etats-Unis dans une étude datant de 2003: "Entre 1980 et 2000, l'immigration a accru l'offre de travail d'environ 11%, ce qui aurait réduit le salaire des natifs d'environ 3,2% et que cette réduction frappe la plupart des catégories d'expérience et d'éducation, mais de manière inégale".

L'immigration "plutôt favorable" à la croissance

Alors comment expliquer ce phénomène qui, selon Marine Le Pen, satisfait le patronat? "Que certains natifs rejettent certains types d'emplois peut simplement signifier que les travailleurs ont de meilleures opportunités que d'occuper ces emplois, et donc que les salaires correspondants devraient augmenter pour qu'ils soient pourvus", précise le rapport du CAE. Or, ce n'est pas le cas. Face à cette pénurie, le recours à une main d'œuvre plus faible se met donc en place, justifiant ainsi l'afflux migratoire. "Les nouveaux immigrés entrent en concurrence avec les salariés peu qualifiés déjà présents (…) et font baisser les salaires", explique, de son côté, la démographe Michèle Tribalat, auteur d'un livre intitulé Les yeux grands fermés: l'immigration en France. Et d'ajouter: "Les nombreuses études étrangères s'accordent généralement pour constater un effet négatif sur les plus bas salaires lorsque l'immigration est faiblement qualifié". Elle dénonce également le faible écho du rapport du CAE jugé, selon elle, "trop dérangeant", puisqu'il mettait en évidence "la faiblesse de l'argument économique pour justifier l'immigration".


Mais ce phénomène reste toutefois à relativiser et à analyser avec précaution. "De façon globale, l'immigration est plutôt favorable à la croissance économique et à l'emploi", assure l'économiste français Nicolas Bouzou, contacté par leJDD.fr. Et d'ajouter que l'on ne peut pas trancher de manière globale sur la question. "Cela dépend vraiment des secteurs d'activité", explique-t-il, précisant qu'aucune étude n'a jamais démontré que l'immigration tirait les salaires vers le bas. "Si vous prenez le secteur de la construction - dans lequel on n'arrivait pas à trouver de main d'œuvre - il est clair que l'immigration a permis de créer un cercle vertueux", conclut Nicolas Bouzou. Surtout qu'en France, comme le rappelait l'économiste Bernard Girard en 2004, "nous avons un salaire minimum qui met un plancher et évite la concurrence entre travailleurs sur les emplois les moins qualifiés". Pour justifier ses dires, il met, là encore, une étude en avant. Celle des économistes Fix et Passel, datant de 1994, qui affirmait que l'immigration "n'a pas d'effet discernable sur les salaires. Leurs évolutions, tant à la hausse qu'à la baisse ne dépendent pas de l'immigration". Le débat est lancé…