jeudi 23 décembre 2010
Du foie gras "made in china" pour les fêtes ?
Dans la ferme de madame Wang, 60.000 canards picorent en liberté du maïs local. Plus que 75 jours d'élevage, 13 jours de gavage, et les poussins tout juste arrivés de Canton par avion donneront des foies de grande qualité. Car, depuis 2007, la ferme de madame Wang est possédée par le français Euralis, leader mondial du foie gras, qui commercialise ces foies chinois sous sa marque Rougié, destinée à la restauration haut de gamme. Pourtant, la marque française n'est que numéro trois du marché derrière... deux groupes chinois : San Rougey et Jilin Zhengfang ! Mais comment cet emblème de la gastronomie hexagonale peut-il être produit par des Chinois ? Comme dans d'autres secteurs, par la simple copie de nos savoir-faire. "Les Chinois sont très friands de tous nos produits français", explique René-Pol Bouldoires, directeur du restaurant Mr & Mrs Bund, à Shanghai. D'autres mets de notre table de Noël sont concernés, comme les chocolats ou les vins fins.
Euro : l'Allemagne proposerait un fonds monétaire européen
A peine annoncé la volonté de réformer les traités européens pour instaurer un mécanisme de sauvetage permanent des membres de la zone euro en difficulté, les grandes manœuvres diplomatiques s'accélèrent. Et, selon le Süddeutsche Zeitung du jeudi 23 décembre, Berlin passe à l'offensive avec une proposition très concrète : la création d'une sorte de fonds monétaire européen.
Elle pourrait aider en urgence des Etats de la zone euro, en échange de conditions économiques sévères. Les Etats qui demanderaient des crédits à ce fonds devraient ainsi lui fournir en guise de garanties des réserves d'or ou des obligations privées par exemple. Ce nouveau fonds devrait avoir une "capacité illimitée de refinancement" pour défendre l'euro, selon le document de travail.
Plusieurs pays soutiendraient la proposition allemande. Selon le quotidien, outre l'Allemagne, les Pays-Bas, la Finlande et l'Irlande ont également fait des propositions sur ce dossier, en préparation de la prochaine réunion des ministres européens des finances à Bruxelles à la mi-janvier.
PARIS PRÈFÈRE UN "GOUVERNEMENT ÉCONOMIQUE"
En revanche, la France développerait son propre plan, différent de celui d'Angela Merkel. Christine Lagarde, ministre de l'économie et des finances, évoque dans une interview au journal la création d'un gouvernement économique européen qui regrouperait les seize membre de la zone euro, qualifié de "Formule 16". Ce groupe pourrait s'ouvrir aux autres pays de l'UE, dans le cadre de la "Formule 16 plus", mais sans la Grande-Bretagne, "qui ne doit pas bloquer tous les autres", estime la ministre.
Selon elle, ce gouvernement économique devrait donner son accord à toute décision économique nationale qui pourrait avoir un impact sur les autres pays de l'UE. Différence sensible avec le plan allemand, ce seront bien les chefs d'Etat et de gouvernement qui auront "le dernier mot".
Autorité indépendante contre gouvernement économique dans la main des politiques : Berlin et Paris divergent complètement sur les solutions à apporter à la crise que traverse la zone euro. Une rencontre est justement prévue jeudi à Strasbourg entre Christine Lagarde et son homologue allemand, Wolfgang Schäuble. "Nous discutons de la façon dont nous pouvons travailler encore plus étroitement ensemble", explique-t-elle au journal.
Lagarde plaide pour une coordination économique de la zone euro
"Je ne pense pas qu'il soit possible d'ôter aux Etats la souveraineté sur leurs budgets mais nous pourrions nous coordonner les uns avec les autres lorsque nous élaborons nos législations fiscales", estime la ministre française de l'Economie dans un entretien à la Süddeutsche Zeitung. Les politiques économiques doivent être mieux coordonnées en Europe et cette coordination doit s'opérer dans un premier temps au niveau des 16 pays de la zone euro, a déclaré ce mercredi Christine Lagarde, dans un entretien au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung. La ministre de l'Economie ajoute que d'autres pays hors de la zone euro pourraient choisir de participer à cette coordination. "La crise nous a montré que limiter la dette, comme le prévoit le traité de Maastricht, n'est pas suffisant. L'Irlande respectait ces critères et se trouve quand même en difficulté", dit-elle avant d'ajouter : "L'UE ne doit pas simplement regarder les budgets, elle doit surveiller comment évoluent les économies des pays membres."
Des politiques nationales visant à doper les exportations et à accroître l'investissement dans certains secteurs, par exemple, affecteraient directement les autres Etats de la zone euro, estime également Christine Lagarde: "Je ne pense pas qu'il soit possible d'ôter aux Etats la souveraineté sur leurs budgets mais nous pourrions nous coordonner les uns avec les autres lorsque nous élaborons nos législations fiscales. C'est exactement ce que prévoient la France et l'Allemagne. De plus en plus, nous voulons nous coordonner lorsque nous préparons nos budgets pour les années à venir."
Christine Lagarde rejette dans cet entretien l'idée d'émettre des obligations communes aux pays de la zone euro, parfois surnommées "E-Bonds", avant la mise en place d'une politique économique commune. A la question de savoir si la France soutenait une telle idée, la ministre répond : "Pour l'instant, absolument pas. Avant d'introduire des euro bonds, il nous faut en premier lieu avoir une gouvernance économique plus étroite".
Les politiques de formation, en France, coûtent cher, très cher. Notre pays est l'un des tout premiers au monde pour les ressources qu'il consacre à l'enseignement, de l'école maternelle à l'université. Aux contributions de l'État, s'ajoutent celles des collectivités locales, des entreprises et des familles. Un effort colossal mais nécessaire.
Malheureusement, les résultats ne sont pas à la hauteur de l'investissement, comme viennent de le rappeler quelques rapports internationaux ou nationaux récents. Ils montrent que, si l'argent est indispensable, il ne peut compenser des choix contestables. L'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) estime que les résultats obtenus par les élèves sont déterminés, à plus de 90%, par les politiques éducatives et pour le reste par la richesse du pays.
Une rafale d'études éclaire l'ampleur du problème. À la sortie du collège, un enfant sur cinq ne maîtrise pas les fondamentaux que l'on acquérait avec le vieux certificat d'études accordé à 14 ans : c'est-à-dire lire, écrire, compter. Mesure-t-on bien ce que signifie le fait qu'un quart de la population ne possède pas les minima requis pour s'insérer dans le monde du travail ?
L'analphabétisme n'est pas nouveau, mais il est inquiétant qu'il augmente et qu'il se concentre dans les catégories sociales déjà défavorisées. Dans la récente étude Pisa effectuée sous l'égide de l'OCDE, non seulement la France glisse de la douzième à la dix-huitième place, mais elle se révèle comme l'un des pays impuissants à corriger, grâce à l'école, les inégalités d'origine.
Le fameux élitisme républicain n'est plus qu'un miroir aux alouettes. La triste réalité est celle d'une inégalité des chances que l'école confirme au lieu d'éliminer, ce que les parents ont bien compris, comme en témoignent les stratégies pour inscrire les enfants dans le « bon » lycée ou les transférer dans une école privée.
Le système fonctionne à la sélection, mais sur la base de l'échec. Au lieu que les professions manuelles ou techniques soient choisies en raison des talents ou goûts de l'enfant, elles deviennent les débouchés repoussoirs, l'exutoire des recalés alors que, en Allemagne, le système mixte école/apprentissage forme toujours des techniciens valorisés.
Le tri sauvage continue, faute d'une sélection adéquate, fondée sur la qualification et les qualités de chaque étudiant. Le corps social ¯ à commencer par les étudiants ¯ refuse d'entendre parler de cette nécessaire orientation, mais se voile la face devant le scandale que constitue l'élimination d'un étudiant sur deux, au cours des deux premières années d'université.
Chaque année, des centaines de jeunes sont victimes d'un tri dont ils ne sont que partiellement responsables et qui se poursuivra encore sur le marché du travail. L'observatoire des zones urbaines sensibles vient de publier des chiffres qui témoignent de l'abîme dans lequel nous sommes tombés : 43 % des jeunes hommes et 37 % des jeunes femmes étaient au chômage fin 2009 !
L'indifférence des uns, l'aveuglement des autres aboutissent à ce paradoxe que la France dépense beaucoup pour des résultats piteux sur le plan économique, désastreux sur le plan social et lourds de conséquences sur le plan politique.
(*) Institut universitaire européen de Florence.
(1) « Sécurité alimentaire : un enjeu global », de Bernard Bachelier (Fondapol FARM)
Le président de l'UE présente ses voeux sous forme de haïku
mercredi 22 décembre 2010
On avait cru les religions définitivement reléguées dans les oubliettes de l’histoire républicaine, avec la loi de séparation des Églises et de l’État. Depuis 1905, elles se sont maintenues avec discrétion dans l’espace public, parfois sous les traits de la culture, pour ne pas provoquer les défenseurs d’une laïcité pure et dure. Or voici que le religieux revient progressivement au grand jour. Et si l’islam cristallise certainement le plus d’attention, chrétiens et juifs ne sont pas en reste pour sortir de leurs lieux de culte et investir la rue, pour afficher leur appartenance par des signes et des comportements visibles.
Devant cette nouvelle donne, on a vu au cours des dernières semaines surgir une génération spontanée de défenseurs d’une absolue neutralité de l’espace public. Mais ces nouveaux croisés se trompent de combat à se situer d’abord sur le plan religieux. Car la problématique de fond est avant tout sociale. L’affichage identitaire et la montée des exigences communautaires vont en effet de pair avec la crise du modèle d’intégration. Dans un pays davantage marqué par le pluralisme des origines, les institutions républicaines ont du mal à forger l’unité de la communauté nationale, unité sans cesse à renégocier en démocratie. Dans un tel contexte, les références religieuses comblent un manque.
Plus encore, la quête identitaire à travers le religieux exprime peut-être la difficulté, voire l’incapacité à vivre sereinement la remise en cause permanente des termes du vivre-ensemble dans un monde qui n’offre plus guère de points de repères. En fin de compte, les traditions religieuses dynamiques représentent des ressources précieuses sur lesquelles les pouvoirs publics peuvent compter pour construire la vie en commun. À condition bien sûr qu’elles ne cherchent pas à échapper aux règles du droit commun ou à imposer des manières particulières de vivre. C’est même faire vivre l’esprit du principe de laïcité tel qu’il fonctionne dans la loi de 1905 que de reconnaître la place du religieux dans la construction du vivre-ensemble. La loi n’est pas hostile aux religions. Au contraire, elle reconnaît implicitement une entière liberté à tous les cultes, au nom même d’un principe qui fonde le contrat social en démocratie : la liberté de conscience . Tout défenseur de la laïcité doit s’en souvenir.
La marque de luxe Cerruti rachetée par un distributeur chinois
Le distributeur chinois Trinity Limited va racheter la maison française de prêt-à-porter de luxe et de parfums Cerruti à la société de capital-investissement MatlinPatterson pour un montant "maximum""un accord pour racheter 100 % de l'activité de Cerruti et les licences détenues par la marque". de 53 millions d'euros, a-t-il annoncé mercredi 22 décembre dans un communiqué. Trinity Limited indique avoir signé
Cerruti était détenu depuis 2006 par MatlinPatterson, une société de capital-investissement spécialisée dans le rachat d'entreprises en difficulté, alors que la maison de mode traversait une grave crise financière. Trinity Limited, qui est coté à la Bourse de Hongkong, est une filiale du groupe de distribution Li & Fung Group, qui a réalisé un chiffre d'affaires de 16 milliards de dollars en 2009. Il possède 381 magasins dans 53 villes en Chine et commercialise notamment les marques de prêt-à-porter Cerruti 1881, Kent & Curwen et Gieves & Hawkes.
"L'acquisition de Cerruti s'inscrit dans notre stratégie, qui vise à investir dans des marques emblématiques ou à détenir des licences à très long terme dans le prêt-à-porter masculin haut de gamme et luxe, a déclaré Wong Yat Ming, directeur général de Trinity. Le siège de Cerruti et son magasin amiral à Paris, qui sont essentiels au développement de Cerruti, continueront à apporter leur savoir faire et leur support aux licenciés de la marque."
Des quotidiens nationaux absents des kiosques
Une nouvelles fois, les Franciliens sont privés mercredi 22 décembre des quotidiens nationaux dans leurs kiosques. La distribution a en effet été bloquée mercredi matin à Paris et dans sa proche banlieue à la suite d'une grève de cadres d'exploitation de la Société de presse Paris service (SPPS), filiale parisienne de Presstalis.
Le blocage touche l'ensemble des points de vente de Paris et de onze des communes limitrophes, mais la distribution des quotidiens dans le reste de l'Hexagone est assurée normalement. Le mouvement a été lancé par des cadres du Syndicat général du livre et de la communication (SGLCE-CGT) qui contestent les dernières propositions négociées actuellement pour réorganiser la SPPS.
DEUX MILLIONS DE PERTES PAR MOIS
Cette filiale est structurellement déficitaire et a rendu nécessaire l'injection de 150 millions d'euros depuis sa création en 2004. Avec 280 salariés aujourd'hui, elle perd 2 millions d'euros par mois. Depuis plusieurs semaines, des salariés de la SPPS empêchent sporadiquement les 1 200 points de vente de Paris et de sa petite couronne d'être livrés.
La distribution des magazines est quant à elle très fortement perturbée depuis un mois et seuls les "plans de secours" mis en place par Presstalis et certains éditeurs permettent de pallier les effets de ce mouvement social.
Contrairement aux blocages précédents, ce ne sont pas les ouvriers du Syndicat général du livre et de la communication (SGLCE-CGT), fraction née de l'éclatement du syndicat du Livre, qui sont à l'origine du mouvement. Ce mercredi doit se tenir un comité central d'entreprise de Presstalis et un comité d'entreprise de la SPPS, consacré justement à la restructuration de cette dernière.
Six mois après le discours de Grenoble, la loi Loppsi 2 ne se contente pas d’entériner les orientations sécuritaires dont le président de la République avait présenté les grandes lignes à l’orée de l’été. Elle confirme un repositionnement de l’UMP et annonce une stratégie.
Avec le vote solennel du texte, cet après-midi à l’Assemblée, les « ultras » de la droite populaire triomphent. Ils ont profité de l’affaiblissement du président dans les sondages pour atteindre leur but : imposer un recadrage de la majorité parlementaire sur une politique délibérément musclée. Ils en sont sûrs : la « droitisation », il n’y a que ça de vrai pour permettre au camp sarkozyste de faire la différence face à une gauche régulièrement accusée de laxisme.
A l’image du rapporteur du texte, Éric Ciotti - un lieutenant de Christian Estrosi - ses promoteurs étaient jusque-là des députés d’importance secondaire. Longtemps minoritaires, ils ont peu à peu pris du poids dans un groupe déjà inquiet pour les échéances législatives de 2012. La montée en puissance de Marine Le Pen, et avec elle le retour d’un FN qu’on croyait avoir définitivement confiné sous la barre des 10 %, ont achevé de convaincre leurs collègues, plutôt réservés jusque-là, de l’efficacité supposée d’un serrage de vis.
Après le remaniement - qui a éliminé toutes les figures de l’ouverture - ce sont les avancées progressistes du président de 2007 qui sont liquidées les unes après les autres. Avec la possibilité offerte aux jurys d’assises de prononcer une peine complémentaire d’interdiction du territoire à l’encontre d’un « criminel de nationalité étrangère », c’est bien la double peine supprimée à la demande de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, qui est clairement rétablie. En version suisse. Quant au principe des peines planchers, longtemps resté étranger à la logique du droit français, il est non seulement confirmé mais étendu. L’outil répondrait à une attente de la société : punir les violences avec exemplarité. Mais son périmètre, relativement flou, qui contraint les magistrats, ouvre la voie à une dérive vers une sévérité sans discernement, perméable à tous les excès répressifs.
Le président a tranché sans états d’âme sur ce dossier, et c’est pour les mêmes raisons qu’il soutient son encombrant ministre de l’Intérieur et ami. En difficulté avec la justice, Brice Hortefeux est en… sécurité place Beauvau où il est conforté dans toutes ses orientations par l’Élysée. Ses écarts, ses déclarations à l’emporte-pièce, ses condamnations ? Les aléas de sa fonction, voilà tout… Il incarne trop l’esprit dans lequel le chef de l’État abordera sa probable campagne présidentielle pour être débarqué.
L’économie de l’Irlande va mal, on le sait. Les agences de notation financière ont donc abaissé hier sa note, façon de dire aux marchés : ne lui prêtez pas d’argent, elle n’est pas sérieuse. Simple bon sens… Oui, mais on voit bien que ça va aggraver la situation, comme pour un malade qu’on priverait de nourriture. Mieux, ces agences expliquent : l’Irlande n’est pas fiable, car sa croissance est faible. Or, c’est justement pour leur faire plaisir que l’Irlande s’est mise à la diète. Vous suivez la logique ? Le plus drôle, si l’on peut dire, est que ces agences ont prouvé leur incompétence, voire leur malhonnêteté, dans la crise financière. Mais elles continuent, imperturbables, de noter et dégrader des pays. Hier, la Grèce, aujourd’hui l’Irlande, demain peut-être la France… Apprenez leurs noms : Moody’s, Fitch et Standard & Poor’s.
Y a-t-il un lien entre le monde des métiers et le destin des hommes ? Oui, si l'on écoute l'un des plus grands savants de l'histoire contemporaine, Albert Einstein, dont Jean d'Ormesson nous apprend, dans son dernier livre, qu'il aurait préféré être plombier. Le grand physicien allemand lança cette phrase énigmatique : « L'artisanat sauvera l'humanité. »
Sans doute voulait-il rappeler que c'est en se faisant artisan et en inventant les premiers outils que l'homme a assuré sa survie sur la Terre et que si, par malheur, un séisme ou la folie des hommes créait la désolation et le chaos, l'humanité pourrait espérer se remettre en marche par l'habileté, l'inventivité et le génie des « mains ».
Mais peut-être aussi le créateur de la loi de la relativité anticipait-il que la science, avec ses nombreuses découvertes, était capable de produire non seulement le meilleur, mais aussi, malheureusement, le pire. Et que, pour obtenir le meilleur, l'humanité devrait adopter une éthique et un mode d'organisation proches de l'artisanat.
Précisément, quel est ce modèle ?
C'est d'abord le parti pris d'une économie pacifiée, certes basée sur la compétition, mais porteuse d'une richesse sociale qui donne des perspectives à la technologie et à l'économie. Un boulanger veut faire du bon pain parce qu'il connaît les personnes qui vont le manger. Un maçon veut faire une belle maison, aussi parce qu'il connaît les personnes qui vont l'habiter.
Ce type d'économie est aux antipodes d'une économie complètement dématérialisée, totalement virtuelle, où le profit devient la seule finalité et l'humain la variable d'ajustement. L'artisanat - et les valeurs qu'il illustre en matière économique - peut donc aider à inventer un nouveau modèle, où priment toujours la recherche, l'innovation et les découvertes technologiques, mais où l'individu retrouve une juste place.
Le modèle artisanal, c'est aussi une certaine idée du développement durable basée sur la proximité, les circuits courts, la durabilité des objets. La planète est, aujourd'hui, menacée par des excès qui ont progressivement transformé notre société de consommation en une société du jetable. Or, si nous voulons contrer les dangers que nous avons nous-mêmes créés, un autre modèle doit être adopté dans lequel la durabilité et la réparation des objets seront déterminants. C'est ainsi que l'on pourra passer d'une logique du plus à une logique du mieux.
Enfin, le modèle artisanal, c'est encore un certain rapport au travail, l'idée d'une réelle autonomie, d'une nécessaire créativité, où l'enthousiasme est possible. Il faut entendre le passionné cuisinier de Cancale, Olivier Roellinger, pour comprendre que le talent et l'esprit d'innovation peuvent aller de pair avec la passion et l'amour du métier.
Dans un monde où l'on s'interroge parfois pour savoir « si la vie vaut la peine d'être vécue », l'envie de se réaliser dans l'amour d'un métier est l'un des critères d'une vie réussie. Sans nul doute, si l'on veut réenchanter le monde et l'économie, comme cela apparaît urgent, il faut d'abord commencer par redonner du sens au travail. Sur ce terrain, l'artisanat a des solutions à proposer. Il n'a peut-être pas vocation à sauver l'humanité, mais il peut l'aider, dans une période de doute et d'incertitudes.
Les recettes de l'aéroport de Montréal pour contrer la neige et le verglas
"Ici, on est né dans la neige", lâche Donald Desrosiers, directeur de l'entretien des installations à l'aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal, qui accueille 12,8 millions de passagers par an. Compatissant envers les Européens, aux prises avec des chutes de neige inhabituelles qui ont causé de graves difficultés au transport aérien, notamment à l'aéroport londonien d'Heathrow, il se montre très serein quand on l'interroge sur la façon de gérer les "tempêtes" de neige à Montréal, comme ailleurs au Canada.Le tout est bien sûr coûteux mais quand la neige tombe cinquante fois par hiver, avec une moyenne annuelle de 2,20 mètres au total, sans compter de fréquentes pluies verglaçantes, un aéroport comme celui de Montréal ne peut se permettre de faire les choses à moitié. Surtout s'il veut rester fidèle à sa réputation d'aéroport ultra-performant en matière d'enlèvement de la neige et de la glace, réputation reconnue par un premier prix remporté en 2008 au concours américain Balchen/Post, catégorie grands aéroports.
DE L'ACÉTATE DE POTASSIUM POUR DÉGLACER
La compagnie Aéro Mag a le contrat de dégivrage des avions depuis 1997. Avec sa soixantaine d'employés saisonniers, elle dégivre 7 000 aéronefs par an à l'aéroport de Montréal ! Le reste du travail "hivernal" se fait en interne. "Nous surveillons en permanence, explique M. Desrosiers, les prévisions météo émanant de deux sources différentes. J'ai 110 employés sur le qui-vive, prêts à venir travailler en équipes de jour et de nuit, sept jours sur sept, avec des quarts de douze heures, en cas de chutes de neige ou de verglas."
En 2008, l'aéroport a complètement renouvelé son parc d'équipements lourds pour l'entretien hivernal des pistes et des aires de manœuvre, soit 250 kilomètres au total, tarmac compris. Objectif : réduire le temps de déneigement pour répondre aux besoins des compagnies aériennes et maintenir la fluidité des mouvements d'aéronefs même pendant les intempéries. "Nous nettoyons le tarmac et les pistes en fonction des horaires des vols, pour éviter les retards."
Le "plan de neige" de l'aéroport prévoit d'ailleurs les interventions sur les pistes de façon à ce qu'elles soient fermées le moins longtemps possible. Le nerf de la guerre prend la forme de huit grosses "déneigeuses", équipées d'impressionnantes charrues de plus de sept mètres de large à l'avant qui poussent la neige sur le côté et d'un balai presque aussi large à l'arrière.
"Grâce à elles, souligne M. Desrosiers, on a réduit de cinquante à vingt-cinq minutes le temps de déneigement d'une piste et des voies de circulation qui y sont associées." Chacune des cinq souffleuses, également acquises il y a deux ans, enlève du tarmac 5 000 tonnes de neige à l'heure, soit 50 % de plus que les anciennes !
Pour le verglas, "nous avons plus de mal", admet le directeur. C'est plus difficile, semble-t-il, de se débarrasser de cinq millimètres de verglas que de vingt-cinq centimètres de neige, même avec un nouveau camion-épandeur d'acétate de potassium (un déglaçant liquide) capable de traiter une bande de plus de 30 mètres de large en effectuant un seul passage sur une piste plutôt que deux ou trois auparavant. "Le mieux, ajoute M. Desrosiers, est d'intervenir en déversant le produit avant le verglas, pour que la glace ne colle pas sur le béton"… quand c'est possible.
Vague de froid
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La pression s'accroît sur les banques de financement et d'investissement (BFI). Après l'Europe, c'est au tour des Etats-Unis de réfléchir à un nouveau tour de vis sur les bonus. L'objectif est clair : éviter que les figures de proue de la finance de marché, sauvées du naufrage en 2008 par les contribuables, ne reprennent le train-train du « business as usual ».
Il faut dire que la petite musique émise par les BFI peut laisser supposer que rien n'a changé dans ce monde doré. Encouragées par le vif rebond de leur activité en 2009, elles se sont remises à embaucher à tout-va. A tel point qu'à Wall Street, leurs effectifs ne sont plus très éloignés du pic d'avant-crise ! De même, sur le front des rémunérations, certaines ont augmenté le fixe de leurs traders de 30 % à 50 % pour compenser la baisse de leurs bonus.
Mais on aurait tort de se fier à ces seuls indicateurs. Le monde d'avant n'est pas près de revenir à Wall Street ou à la City. Car, derrière la façade toujours aussi brillante des Goldman Sachs, Morgan Stanley, Credit Suisse et autres, la réalité a déjà changé. L'onde de choc provoquée par la crise financière les oblige à faire profondément évoluer leur modèle. D'abord, parce qu'il faudra demain trois fois plus de fonds propres qu'hier pour être autorisé à opérer dans ces métiers. Ensuite, parce que les activités les plus lucratives seront soit strictement encadrées (produits dérivés, titrisation), soit bannies de leurs desks (opérations pour compte propre aux Etats-Unis) . A cela s'ajoute le fait qu'autour de la table il y a toujours autant de joueurs. Les grands noms engloutis par la crise ont été remplacés au pied levé par les Nomura, Barclays Capital et autres Standard Chartered. Quant aux nouveaux territoires, les pays émergents, il reste à prouver qu'ils leur seront réellement ouverts.
Résultat, l'histoire est écrite. Les BFI de demain n'auront plus grand-chose à voir avec les formule 1 du milieu des années 2000 aux rentabilités supérieures à 30 %. Elles ressembleront davantage à des 4 · 4 toujours aussi rutilants en apparence, mais beaucoup moins véloces et bien plus coûteux à entretenir et à faire rouler. Ce qui veut dire qu'elles offriront certes des profils de risque bien moins agressifs, mais que leur rentabilité, le juge du paix du secteur, en sera fortement réduite. A peine supérieure à celle des « utilities » pour la plupart des acteurs, selon certains analystes.
Dans ces conditions, les grandes banques de marché dans leur ensemble n'auront d'autre choix que d'adapter leur structure de coût. C'est-à-dire de réduire leurs effectifs - une saignée de 10 % est attendue l'an prochain outre-Atlantique -et de revoir à la baisse les bonus de l'essentiel de leurs équipes. Ce n'est qu'une question de temps.
"Grèce, Irlande et Portugal doivent sortir de l'euro" (Pimco)
Avec leur propre monnaie, ces pays "pourraient exporter à moindre prix", la hausse de leurs exportations aboutissant au retour "de la croissance économique nécessaire", poursuit-il.
Et une fois la croissance et la confiance des marchés obligataires retrouvées, ces pays pourraient réintégrer l'union monétaire, estime Bosomworth.
Evoquant la question de l'Espagne, l'Italie et la Belgique, dont les taux d'emprunt souffrent aussi, Bosomworth jugent qu'ils peuvent "réussir" à surmonter leurs difficultés en restant dans l'Union monétaire mais avec un soutien fort de leurs partenaires.
Ce qui signifie, selon lui, que l'introduction d'euro-obligations est inévitable "à plus ou moins long terme", n'en déplaise à l'Allemagne, qui s'y oppose fermement de crainte de voir ses taux d'emprunt grimper, et à la France qui lui a apporté son soutien.















