TOUT EST DIT

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jeudi 23 décembre 2010

Du foie gras "made in china" pour les fêtes ?

Vins, foies gras, chocolats... les entreprises chinoises lorgnent le savoir-faire français. Une opportunité à haut risque pour leurs partenaires hexagonaux.

 Dans la ferme de madame Wang, 60.000 canards picorent en liberté du maïs local. Plus que 75 jours d'élevage, 13 jours de gavage, et les poussins tout juste arrivés de Canton par avion donneront des foies de grande qualité. Car, depuis 2007, la ferme de madame Wang est possédée par le français Euralis, leader mondial du foie gras, qui commercialise ces foies chinois sous sa marque Rougié, destinée à la restauration haut de gamme. Pourtant, la marque française n'est que numéro trois du marché derrière... deux groupes chinois : San Rougey et Jilin Zhengfang ! Mais comment cet emblème de la gastronomie hexagonale peut-il être produit par des Chinois ? Comme dans d'autres secteurs, par la simple copie de nos savoir-faire. "Les Chinois sont très friands de tous nos produits français", explique René-Pol Bouldoires, directeur du restaurant Mr & Mrs Bund, à Shanghai. D'autres mets de notre table de Noël sont concernés, comme les chocolats ou les vins fins.
Au départ, des entreprises hexagonales ont donné un coup de main. Dans le foie gras, la société Val de Luce a créé en 2006 la marque Délice du Périgord avec son partenaire local, Jilin Zhengfang, aujourd'hui numéro deux du marché. La même année, Delpeyrat s'est associée au chinois Jifa. Le chocolat est encore aux mains des Lindt, Valrhona ou Barry Callebaut mais ces marques transmettent leurs savoir-faire aux grands chefs chinois. Dans le vin, le leader local, Changyu, qui pèse près de la moitié de la production en Chine, a commencé avec le français Castel. Et il existe beaucoup de petits partenariats, comme la coentreprise baptisée Château Reifeng Auzias dans la région du Penglai. Aujourd'hui, les vignes sont plantées à marche forcée dans cette province du Shandong, au sud de Pékin, où les propriétés viticoles se multiplient. "Les Chinois ne veulent pas automatiser car ils ont la main-d'oeuvre, mais ils sont preneurs de nos outils sophistiqués comme les pressoirs, les filtres, etc.", explique l'oenologue Jean-Luc Berger.
Une fois les connaissances et les outils acquis, les partenaires français sont souvent écartés. Val de Luce et Delpeyrat se sont ainsi fait sortir. Et la qualité peut vite décliner. "Les Chinois importent en vrac des vins du Chili, d'Argentine ou des pays de l'Est et l'assemblent avec leur raisin local", dénonce Yves Benard, président de l'Organisation internationale de la vigne et du vin.
Pour le moment, ces produits français sont limités à une consommation locale. Seuls les riches clients de Pékin, Shanghai ou Canton s'en délectent au restaurant ou les offrent pour montrer leur richesse. Mais les ventes progressent au même rythme que la classe supérieure. Entre 2005 et 2010, la consommation de chocolat à Shanghai est passée de 700 g à 1,8 kg par habitant et par an. Celle de foie gras se limite à quelque 200 tonnes sur toute la Chine mais progresse de plus de 20 % par an. Enfin, le vin, consommé à hauteur d'environ œ bouteille par personne, a des perspectives quasi infinies. On observe cependant peu d'exportation. Les Français pourront donc attendre quelques Noëls de plus avant que la nourriture ne rejoigne leur nappe et leur vaisselle dans les cargos du "made in China".

Crise de l'euro : prévenir ou punir ?

Pour faire face à la crise de l'euro, les gouvernements de la zone ont donc fini par se mettre d'accord sur une esquisse de compromis. Mais les discussions qui ont abouti à la création d'un mécanisme permanent de secours révèlent de profondes divergences, qui promettent quelques problèmes de mise en oeuvre. Le différend porte sur les objectifs, ou plutôt sur le dosage entre deux objectifs : s'agit-il prioritairement de défendre l'euro - son statut international, son efficacité comme gardien des disciplines budgétaires et rempart contre l'inflation -ou d'empêcher les Etats trop endettés de faire faillite ? En gros, faut-il punir ou prévenir ? La question oppose l'Allemagne, qui prône la sévérité, aux autres pays membres qui, à des degrés divers, privilégient la solidarité.

Cette différence d'objectifs se traduit dans le choix des moyens. Et d'abord celui du timing : quand une difficulté se déclare, à quel moment le mécanisme de sauvetage doit-il jouer ? Réponse de l'Allemagne : le plus tard possible (Angela Merkel aurait même voulu préciser « en dernier ressort »), de sorte que le pays endetté subisse, par des taux d'intérêt élevés, les conséquences de son laxisme, et sente passer, pour ainsi dire, le vent du boulet - alors que pour la plupart des autres pays membres, l'intervention doit être précoce pour prévenir l'emballement de défiance des marchés. Autre question : faut-il impliquer les créanciers privés dans les mécanismes de sauvetage, par une restructuration de la dette des Etats insolvables ? L'Allemagne l'a exigé, et même si cette implication doit être décidée au cas par cas, les banques prêteuses intégreront à coup sûr une prime de risque supplémentaire dans les taux consentis aux pays les plus fragiles. Sévérité ou solidarité ? Chaque position, poussée à l'extrême, a ses inconvénients : trop d'indulgence encourage le laxisme, trop de sévérité conduit à côtoyer dangereusement une aggravation irréversible de la crise. La politique européenne naviguera encore longtemps entre ces deux écueils.

Euro : l'Allemagne proposerait un fonds monétaire européen

A peine annoncé la volonté de réformer les traités européens pour instaurer un mécanisme de sauvetage permanent des membres de la zone euro en difficulté, les grandes manœuvres diplomatiques s'accélèrent. Et, selon le Süddeutsche Zeitung du jeudi 23 décembre, Berlin passe à l'offensive avec une proposition très concrète : la création d'une sorte de fonds monétaire européen.

Cette nouvelle institution, "indépendante", viendrait s'ajouter à la Banque centrale européenne (BCE). Le document de travail du gouvernement que s'est procuré le Süddeutsche Zeitung évoque ainsi un "fonds européen de stabilité, de croissance et d'investissement", qui ressemble sur le papier au Fonds monétaire international.
Elle pourrait aider en urgence des Etats de la zone euro, en échange de conditions économiques sévères. Les Etats qui demanderaient des crédits à ce fonds devraient ainsi lui fournir en guise de garanties des réserves d'or ou des obligations privées par exemple. Ce nouveau fonds devrait avoir une "capacité illimitée de refinancement" pour défendre l'euro, selon le document de travail.
Plusieurs pays soutiendraient la proposition allemande. Selon le quotidien, outre l'Allemagne, les Pays-Bas, la Finlande et l'Irlande ont également fait des propositions sur ce dossier, en préparation de la prochaine réunion des ministres européens des finances à Bruxelles à la mi-janvier.
PARIS PRÈFÈRE UN "GOUVERNEMENT ÉCONOMIQUE"
En revanche, la France développerait son propre plan, différent de celui d'Angela Merkel. Christine Lagarde, ministre de l'économie et des finances, évoque dans une interview au journal la création d'un gouvernement économique européen qui regrouperait les seize membre de la zone euro, qualifié de "Formule 16". Ce groupe pourrait s'ouvrir aux autres pays de l'UE, dans le cadre de la "Formule 16 plus", mais sans la Grande-Bretagne, "qui ne doit pas bloquer tous les autres", estime la ministre.
Selon elle, ce gouvernement économique devrait donner son accord à toute décision économique nationale qui pourrait avoir un impact sur les autres pays de l'UE. Différence sensible avec le plan allemand, ce seront bien les chefs d'Etat et de gouvernement qui auront "le dernier mot".
Autorité indépendante contre gouvernement économique dans la main des politiques : Berlin et Paris divergent complètement sur les solutions à apporter à la crise que traverse la zone euro. Une rencontre est justement prévue jeudi à Strasbourg entre Christine Lagarde et son homologue allemand, Wolfgang Schäuble. "Nous discutons de la façon dont nous pouvons travailler encore plus étroitement ensemble", explique-t-elle au journal.

Lagarde plaide pour une coordination économique de la zone euro

"Je ne pense pas qu'il soit possible d'ôter aux Etats la souveraineté sur leurs budgets mais nous pourrions nous coordonner les uns avec les autres lorsque nous élaborons nos législations fiscales", estime la ministre française de l'Economie dans un entretien à la Süddeutsche Zeitung. Les politiques économiques doivent être mieux coordonnées en Europe et cette coordination doit s'opérer dans un premier temps au niveau des 16 pays de la zone euro, a déclaré ce mercredi Christine Lagarde, dans un entretien au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung. La ministre de l'Economie ajoute que d'autres pays hors de la zone euro pourraient choisir de participer à cette coordination. "La crise nous a montré que limiter la dette, comme le prévoit le traité de Maastricht, n'est pas suffisant. L'Irlande respectait ces critères et se trouve quand même en difficulté", dit-elle avant d'ajouter : "L'UE ne doit pas simplement regarder les budgets, elle doit surveiller comment évoluent les économies des pays membres."
Des politiques nationales visant à doper les exportations et à accroître l'investissement dans certains secteurs, par exemple, affecteraient directement les autres Etats de la zone euro, estime également Christine Lagarde: "Je ne pense pas qu'il soit possible d'ôter aux Etats la souveraineté sur leurs budgets mais nous pourrions nous coordonner les uns avec les autres lorsque nous élaborons nos législations fiscales. C'est exactement ce que prévoient la France et l'Allemagne. De plus en plus, nous voulons nous coordonner lorsque nous préparons nos budgets pour les années à venir."
Christine Lagarde rejette dans cet entretien l'idée d'émettre des obligations communes aux pays de la zone euro, parfois surnommées "E-Bonds", avant la mise en place d'une politique économique commune. A la question de savoir si la France soutenait une telle idée, la ministre répond : "Pour l'instant, absolument pas. Avant d'introduire des euro bonds, il nous faut en premier lieu avoir une gouvernance économique plus étroite".

Le gâchis de la formation


Les politiques de formation, en France, coûtent cher, très cher. Notre pays est l'un des tout premiers au monde pour les ressources qu'il consacre à l'enseignement, de l'école maternelle à l'université. Aux contributions de l'État, s'ajoutent celles des collectivités locales, des entreprises et des familles. Un effort colossal mais nécessaire.


Malheureusement, les résultats ne sont pas à la hauteur de l'investissement, comme viennent de le rappeler quelques rapports internationaux ou nationaux récents. Ils montrent que, si l'argent est indispensable, il ne peut compenser des choix contestables. L'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) estime que les résultats obtenus par les élèves sont déterminés, à plus de 90%, par les politiques éducatives et pour le reste par la richesse du pays.


Une rafale d'études éclaire l'ampleur du problème. À la sortie du collège, un enfant sur cinq ne maîtrise pas les fondamentaux que l'on acquérait avec le vieux certificat d'études accordé à 14 ans : c'est-à-dire lire, écrire, compter. Mesure-t-on bien ce que signifie le fait qu'un quart de la population ne possède pas les minima requis pour s'insérer dans le monde du travail ?


L'analphabétisme n'est pas nouveau, mais il est inquiétant qu'il augmente et qu'il se concentre dans les catégories sociales déjà défavorisées. Dans la récente étude Pisa effectuée sous l'égide de l'OCDE, non seulement la France glisse de la douzième à la dix-huitième place, mais elle se révèle comme l'un des pays impuissants à corriger, grâce à l'école, les inégalités d'origine.


Le fameux élitisme républicain n'est plus qu'un miroir aux alouettes. La triste réalité est celle d'une inégalité des chances que l'école confirme au lieu d'éliminer, ce que les parents ont bien compris, comme en témoignent les stratégies pour inscrire les enfants dans le « bon » lycée ou les transférer dans une école privée.


Le système fonctionne à la sélection, mais sur la base de l'échec. Au lieu que les professions manuelles ou techniques soient choisies en raison des talents ou goûts de l'enfant, elles deviennent les débouchés repoussoirs, l'exutoire des recalés alors que, en Allemagne, le système mixte école/apprentissage forme toujours des techniciens valorisés.


Le tri sauvage continue, faute d'une sélection adéquate, fondée sur la qualification et les qualités de chaque étudiant. Le corps social ¯ à commencer par les étudiants ¯ refuse d'entendre parler de cette nécessaire orientation, mais se voile la face devant le scandale que constitue l'élimination d'un étudiant sur deux, au cours des deux premières années d'université.


Chaque année, des centaines de jeunes sont victimes d'un tri dont ils ne sont que partiellement responsables et qui se poursuivra encore sur le marché du travail. L'observatoire des zones urbaines sensibles vient de publier des chiffres qui témoignent de l'abîme dans lequel nous sommes tombés : 43 % des jeunes hommes et 37 % des jeunes femmes étaient au chômage fin 2009 !


L'indifférence des uns, l'aveuglement des autres aboutissent à ce paradoxe que la France dépense beaucoup pour des résultats piteux sur le plan économique, désastreux sur le plan social et lourds de conséquences sur le plan politique.


(*) Institut universitaire européen de Florence.

Mme l’ambassadrice Rama Yade


C’est son cadeau de Noël. Évincée du gouvernement, Rama Yade retrouve un emploi. Le conseil des ministres l’a faite ambassadrice auprès de l’Unesco. Elle qui cherchait un emploi dans le privé “grâce à ses relations”, disait-elle, peut interrompre la rédaction des CV et cesser de se ronger les ongles près du téléphone...

Bonne fille, la République sait épargner à ses serviteurs éconduits les affres de la recherche d’un boulot. Les exemples se ramassent à la pelle... Lorsque leur reclassement dans le giron de l’État paraît trop voyant, les organisations internationales, la FAO, l’Onu, aujourd’hui l’Unesco, font l’affaire en assurant une reconversion discrète.

S’agissant de Rama Yade, Nicolas Sarkozy estime que cette fonction va “comme un gant” à son ancienne secrétaire d’État. Auteur de fraîche date d’un livre sur les jeunes, Rama Yade ne pouvait rêver meilleur point de chute pour exercer toute son expertise.

Mme l’ambassadrice a appris la bonne nouvelle le jour où elle a rejoint le Parti radical. Jugé comme une audace, ce passage osé de l’UMP à un parti composant l’UMP n’aura pas affecté la bienveillance présidentielle.

Seul le Premier ministre s’est inquiété de savoir si cette fonction est compatible avec une présence assidue sur les plateaux de télévision. Une mauvaise manière pour François Fillon de souligner que le bilan de son ex-ministre est largement plus médiatique que politique...

Avis de sévérité

«Quand il est pris dans la nasse, le poisson commence à réfléchir». Ce pragmatique proverbe africain a inspiré la Banque mondiale : elle serre la vis autour de Laurent Gbagbo dans l’idée de le faire plier par des voies pécuniaires là où la diplomatie a jusqu’ici échoué.

Cette sanction accentue l’isolement du président battu mais ne change rien à court terme à la difficile mise en œuvre de la démocratie en Côte d’Ivoire, où organiser un scrutin ne dit rien de ce qui se passera ensuite. On est loin des règles sophistiquées du suffrage universel, exercice hautement ritualisé où celui qui est déclaré battu s’efface discrètement même s’il se sent lésé. George W. Bush n’a vraiment gagné l’élection de l’an 2000 que quand son rival Al Gore a admis l’arrêt de la Cour suprême qui lui était défavorable.

Dans les démocraties balbutiantes en revanche (et sous réserve que le vote ait été sincère), on n’est jamais sûr que le perdant acceptera sa défaite. En Afrique ou ailleurs, trop de candidats ne consentent à la liturgie électorale que parce qu’ils tablent sur leur victoire, une jolie victoire ornée du brevet de modernité politique décerné par une «communauté internationale» ravie de voir s’éloigner l’ère des coups d’État et des révolutions de palais. Combien d’anciens putschistes se sont-ils ainsi recyclés ?

Hostile aux scrutins qui lui nuisent, Gbagbo s’en tient à la conception antique du duel où le perdant est celui qui a physiquement touché terre. On lui dit qu’il a perdu, il s’en moque puisqu’il est encore debout... C’est tout le problème de l’Union européenne, des États-Unis, de l’ONU, du Fonds monétaire international, de l’Union africaine et de la Communauté économique des États d’Afrique de l’ouest, tous désireux de voir Alassane Ouattara présider, mais réticents à engager des opérations militaires à hauts risques.

Gbagbo mise sur cette inaction pour se maintenir. Cynique, il s’empressera d’accuser l’Union européenne et plus encore la France d’ingérence néocoloniale si jamais les casques bleus de l’ONUCI s’avisent de faire contre lui usage de leurs armes.

Il joue la montre, convaincu que la faible capacité opérationnelle de l’ONUCI, ajoutée aux atermoiements ou scrupules des diplomates, qu’ils soient européens ou africains, est son meilleur atout. En cas de bain de sang, celui qui sera soupçonné d’en être responsable aura perdu. D’où la nécessité que les sanctions financières ouvrent une issue rapide. Il faudra pour cela qu’elles pèsent plus lourd que le trésor de guerre amassé depuis dix ans par Gbagbo, lequel a dans l’immédiat de quoi tenir grâce aux bénéfices accumulés autour du cacao, du café et des taxes portuaires.


Nouveau défi agricole

On peut accuser les spéculateurs, regretter les tensions en Côte d'Ivoire, s'emporter contre l'aléa climatique… la réalité est implacable : si le prix des matières agricoles flambe, cela n'est pas que pour des raisons conjoncturelles. Les sommets atteints en cette fin 2010 par le sucre, le blé ou l'arabica illustrent aussi de profonds bouleversements structurels.

Tant sur un plan démographique qu'économique, l'agriculture est, en ce début de XXI e siècle, confrontée à un nouveau défi. D'ici à 2050, la population mondiale devrait passer de plus de 6 à près de 9 milliards d'habitants. La planète va compter de plus en plus de bouches à nourrir. Et des bouches qui, portées par l'enrichissement de la majorité des économies, exigent une alimentation de plus en plus riche et variée. La planète agricole va devoir produire plus. Beaucoup plus : 70 % de plus d'ici à 2050, estime la FAO (1).

Fini l'époque où, dans les pays riches, on considérait que la priorité était de lutter contre la surproduction et de réduire les subventions. Plus qu'à la mise en jachère ou à l'instauration de mécanismes généralisés de soutien des prix, l'heure est à la recherche d'une augmentation de la production.

Pour produire plus, on peut, bien sûr, chercher à conquérir de nouvelles terres. Mais plus que la découverte de nouveaux horizons agricoles, la priorité doit être d'exploiter mieux les terres déjà cultivées en améliorant les rendements. Aussi bien dans les pays développés, que dans ceux en voie de développement, qui trop longtemps ont cessé d'investir dans la modernisation de leur agriculture. Comme pour n'importe quelle activité économique, il va falloir investir plus et mieux. Il faudra en particulier miser sur la technologie, en évitant de diaboliser par principe les OGM. D'autant que si les OGM de première génération avaient surtout pour vocation d'améliorer les marges des semenciers, les générations futures, qui doivent permettre de consommer moins d'eau ou de pesticides, seront bénéfiques également pour le consommateur-citoyen.

L'enjeu n'est pas qu'économique, il est aussi géopolitique. L'augmentation à venir de la population interviendra en grande partie en Afrique du Nord ou au Proche-Orient, dans des zones qui, en raison du climat et de la pénurie d'eau, continueront à importer massivement des denrées alimentaires. Si l'on ne veut pas voir se répéter les émeutes de la faim de 2008, si l'on veut minimiser les risques de conflits, il est donc impératif de garantir une hausse de la production, qui seule permettra d'éviter que la flambée actuelle des prix se transforme en bulle folle.


(1) « Sécurité alimentaire : un enjeu global », de Bernard Bachelier (Fondapol FARM)

Le président de l'UE présente ses voeux sous forme de haïku

Le président permanent de l'Union européenne, Herman Van Rompuy, a composé des voeux aux Européens sous forme de haïku, un bref poème japonais, qu'il présente à la fin d'un message vidéo dans lequel il revient sur sa première année en poste.
"Nous devons tous travailler à donner de l'espoir aux gens", dit-il en souhaitant un joyeux Noël et une bonne année aux Européens. Avant d'ajouter: "Permettez-moi de le dire avec un haïku: +Silence et joie/De Noël à Nouvel An/En espérant aussi pour l'espoir+".
Ces douze derniers mois ont été "turbulents", estime-t-il également dans ce message, en rappelant que l'UE a principalement été occupée à maintenir la stabilité de la zone euro. "Je suis convaincu que nous sommes en train de réussir", assure-t-il.
Herman Van Rompuy est poète à ses heures. Nommé en novembre 2009 premier président permanent du conseil européen en vertu du traité de Lisbonne, il avait publié au printemps un recueil de haïkus.
A l'occasion du dernier sommet Europe-Asie en octobre à Bruxelles, le Premier ministre japonais, Naoto Kan, en avait d'ailleurs profité pour se procurer ledit recueil et obtenir de son auteur une dédicace.

mercredi 22 décembre 2010

L'esprit de la loi

On avait cru les religions définitivement reléguées dans les oubliettes de l’histoire républicaine, avec la loi de séparation des Églises et de l’État. Depuis 1905, elles se sont maintenues avec discrétion dans l’espace public, parfois sous les traits de la culture, pour ne pas provoquer les défenseurs d’une laïcité pure et dure. Or voici que le religieux revient progressivement au grand jour. Et si l’islam cristallise certainement le plus d’attention, chrétiens et juifs ne sont pas en reste pour sortir de leurs lieux de culte et investir la rue, pour afficher leur appartenance par des signes et des comportements visibles.


Devant cette nouvelle donne, on a vu au cours des dernières semaines surgir une génération spontanée de défenseurs d’une absolue neutralité de l’espace public. Mais ces nouveaux croisés se trompent de combat à se situer d’abord sur le plan religieux. Car la problématique de fond est avant tout sociale. L’affichage identitaire et la montée des exigences communautaires vont en effet de pair avec la crise du modèle d’intégration. Dans un pays davantage marqué par le pluralisme des origines, les institutions républicaines ont du mal à forger l’unité de la communauté nationale, unité sans cesse à renégocier en démocratie. Dans un tel contexte, les références religieuses comblent un manque.


Plus encore, la quête identitaire à travers le religieux exprime peut-être la difficulté, voire l’incapacité à vivre sereinement la remise en cause permanente des termes du vivre-ensemble dans un monde qui n’offre plus guère de points de repères. En fin de compte, les traditions religieuses dynamiques représentent des ressources précieuses sur lesquelles les pouvoirs publics peuvent compter pour construire la vie en commun. À condition bien sûr qu’elles ne cherchent pas à échapper aux règles du droit commun ou à imposer des manières particulières de vivre. C’est même faire vivre l’esprit du principe de laïcité tel qu’il fonctionne dans la loi de 1905 que de reconnaître la place du religieux dans la construction du vivre-ensemble. La loi n’est pas hostile aux religions. Au contraire, elle reconnaît implicitement une entière liberté à tous les cultes, au nom même d’un principe qui fonde le contrat social en démocratie : la liberté de conscience . Tout défenseur de la laïcité doit s’en souvenir.

Copé... calé !

Tous les voyages ne forment pas la jeunesse ! Il faut croire qu'entre la Chine, d'où il revient, et Cuba, où il se rend, Jean-François Copé a laissé en route quelques repères. Sinon, on a peine à comprendre comment il a pu sous-estimer l'effet calamiteux de son amendement sur le patrimoine des élus. Avec son successeur à la tête du groupe parlementaire, le nouveau boss de l'UMP n'a d'abord rien trouvé de mieux que de saper le travail de la commission des Lois. Dans un rare consensus droite-gauche, elle proposait de sanctionner les députés qui rempliraient intentionnellement une fausse déclaration de patrimoine.

Son refus d'accroître les pouvoirs de la Commission pour la transparence de la vie financière, au motif qu'elle n'a pas à se transformer en autorité judiciaire et qu'elle peut déjà saisir le procureur en cas de fraude, a failli provoquer un mini-séisme politique. Si Copé avait gagné son bras de fer contre une partie de ses troupes et le gouvernement, on en aurait fatalement conclu que les députés se protégeaient.

Le pire a donc été évité in extremis puisque, sans préjuger de l'issue de la navette parlementaire, le couple Copé-Jacob a été contraint d'accepter l'incrimination pénale pour les députés. Les fraudeurs encourent une peine d'inéligibilité et une amende, mais pas la prison. C'est mieux que rien et la transparence l'a échappé belle. On remarquera toutefois que les élus du peuple ne sont toujours pas soumis à la règle commune, celle du citoyen ordinaire passible de trois ans de prison pour un simple vol.

Le faux pas de Jean-François Copé laissera des traces. À l'UMP, que le fougueux président a failli envoyer dans le mur avec son attitude « incompréhensible », selon son rival Xavier Bertrand. Ceux que l'ambitieux présidentiable et donneur de leçons irrite ne pourront que savourer son revers. Traces aussi dans l'opinion qui n'a, hélas, pas besoin de nouveaux biscuits pour alimenter le réflexe populiste du « Tous pourris ! ». Jean-François Copé aura bientôt l'occasion de se refaire la transparence quand on parlera de la prévention des conflits d'intérêt.

La marque de luxe Cerruti rachetée par un distributeur chinois

Le distributeur chinois Trinity Limited va racheter la maison française de prêt-à-porter de luxe et de parfums Cerruti à la société de capital-investissement MatlinPatterson pour un montant "maximum""un accord pour racheter 100 % de l'activité de Cerruti et les licences détenues par la marque". de 53 millions d'euros, a-t-il annoncé mercredi 22 décembre dans un communiqué. Trinity Limited indique avoir signé
Cerruti était détenu depuis 2006 par MatlinPatterson, une société de capital-investissement spécialisée dans le rachat d'entreprises en difficulté, alors que la maison de mode traversait une grave crise financière. Trinity Limited, qui est coté à la Bourse de Hongkong, est une filiale du groupe de distribution Li & Fung Group, qui a réalisé un chiffre d'affaires de 16 milliards de dollars en 2009. Il possède 381 magasins dans 53 villes en Chine et commercialise notamment les marques de prêt-à-porter Cerruti 1881, Kent & Curwen et Gieves & Hawkes.
"L'acquisition de Cerruti s'inscrit dans notre stratégie, qui vise à investir dans des marques emblématiques ou à détenir des licences à très long terme dans le prêt-à-porter masculin haut de gamme et luxe, a déclaré Wong Yat Ming, directeur général de Trinity. Le siège de Cerruti et son magasin amiral à Paris, qui sont essentiels au développement de Cerruti, continueront à apporter leur savoir faire et leur support aux licenciés de la marque."

Neige : les passagers doivent être dédommagés



Les avions cloués au sol en Europe du Nord



Des quotidiens nationaux absents des kiosques

Une nouvelles fois, les Franciliens sont privés mercredi 22 décembre des quotidiens nationaux dans leurs kiosques. La distribution a en effet été bloquée mercredi matin à Paris et dans sa proche banlieue à la suite d'une grève de cadres d'exploitation de la Société de presse Paris service (SPPS), filiale parisienne de Presstalis.
Le blocage touche l'ensemble des points de vente de Paris et de onze des communes limitrophes, mais la distribution des quotidiens dans le reste de l'Hexagone est assurée normalement. Le mouvement a été lancé par des cadres du Syndicat général du livre et de la communication (SGLCE-CGT) qui contestent les dernières propositions négociées actuellement pour réorganiser la SPPS.
DEUX MILLIONS DE PERTES PAR MOIS
Cette filiale est structurellement déficitaire et a rendu nécessaire l'injection de 150 millions d'euros depuis sa création en 2004. Avec 280 salariés aujourd'hui, elle perd 2 millions d'euros par mois. Depuis plusieurs semaines, des salariés de la SPPS empêchent sporadiquement les 1 200 points de vente de Paris et de sa petite couronne d'être livrés.
La distribution des magazines est quant à elle très fortement perturbée depuis un mois et seuls les "plans de secours" mis en place par Presstalis et certains éditeurs permettent de pallier les effets de ce mouvement social.
Contrairement aux blocages précédents, ce ne sont pas les ouvriers du Syndicat général du livre et de la communication (SGLCE-CGT), fraction née de l'éclatement du syndicat du Livre, qui sont à l'origine du mouvement. Ce mercredi doit se tenir un comité central d'entreprise de Presstalis et un comité d'entreprise de la SPPS, consacré justement à la restructuration de cette dernière.

Ce n’est pas une suite, mais un début.

Six mois après le discours de Grenoble, la loi Loppsi 2 ne se contente pas d’entériner les orientations sécuritaires dont le président de la République avait présenté les grandes lignes à l’orée de l’été. Elle confirme un repositionnement de l’UMP et annonce une stratégie.

Avec le vote solennel du texte, cet après-midi à l’Assemblée, les « ultras » de la droite populaire triomphent. Ils ont profité de l’affaiblissement du président dans les sondages pour atteindre leur but : imposer un recadrage de la majorité parlementaire sur une politique délibérément musclée. Ils en sont sûrs : la « droitisation », il n’y a que ça de vrai pour permettre au camp sarkozyste de faire la différence face à une gauche régulièrement accusée de laxisme.

A l’image du rapporteur du texte, Éric Ciotti - un lieutenant de Christian Estrosi - ses promoteurs étaient jusque-là des députés d’importance secondaire. Longtemps minoritaires, ils ont peu à peu pris du poids dans un groupe déjà inquiet pour les échéances législatives de 2012. La montée en puissance de Marine Le Pen, et avec elle le retour d’un FN qu’on croyait avoir définitivement confiné sous la barre des 10 %, ont achevé de convaincre leurs collègues, plutôt réservés jusque-là, de l’efficacité supposée d’un serrage de vis.

Après le remaniement - qui a éliminé toutes les figures de l’ouverture - ce sont les avancées progressistes du président de 2007 qui sont liquidées les unes après les autres. Avec la possibilité offerte aux jurys d’assises de prononcer une peine complémentaire d’interdiction du territoire à l’encontre d’un « criminel de nationalité étrangère », c’est bien la double peine supprimée à la demande de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, qui est clairement rétablie. En version suisse. Quant au principe des peines planchers, longtemps resté étranger à la logique du droit français, il est non seulement confirmé mais étendu. L’outil répondrait à une attente de la société : punir les violences avec exemplarité. Mais son périmètre, relativement flou, qui contraint les magistrats, ouvre la voie à une dérive vers une sévérité sans discernement, perméable à tous les excès répressifs.

Le président a tranché sans états d’âme sur ce dossier, et c’est pour les mêmes raisons qu’il soutient son encombrant ministre de l’Intérieur et ami. En difficulté avec la justice, Brice Hortefeux est en… sécurité place Beauvau où il est conforté dans toutes ses orientations par l’Élysée. Ses écarts, ses déclarations à l’emporte-pièce, ses condamnations ? Les aléas de sa fonction, voilà tout… Il incarne trop l’esprit dans lequel le chef de l’État abordera sa probable campagne présidentielle pour être débarqué.

Tentation berlusconienne

Silvio Berlusconi a échappé à une motion de censure, la semaine dernière. Est-ce la victoire à l’arraché de celui qui, en Italie, a pris l’habitude de faire voter des lois pour empêcher toute poursuite pénale à son encontre, qui a inspiré Jean-François Copé, le patron de l’UMP, et son lieutenant Christian Jacob, président des députés du parti présidentiel ? Les deux hommes n’ont pas trouvé cause plus importante à défendre que celle des élus qui mentiraient à propos de leur déclaration (obligatoire) de patrimoine. Pensez donc : infliger aux fraudeurs 30 000 euros d’amende et une peine d’inéligibilité, quel scandale !

Le tandem Copé-Jacob pousse le bouchon très loin, provoquant l’émoi non seulement sur les bancs de la gauche, mais aussi sur ceux de la droite. Comment demander aux Français de penser à l’intérêt général, quand deux des députés les plus en vue défendent par avance d’éventuels filous ? L’initiative Copé-Jacob est un bras d’honneur à ceux qui sont appelés à faire des efforts pour sauver les retraites, et plus généralement à tous ceux à qui l’on annonce des temps difficiles pour sortir de la crise. L’égoïsme, mâtiné de cynisme, est de mise.

La tentative, heureusement, a avorté. Mais la morale n’est pas sauve, car la peine de deux ans de prison pour les fraudeurs a été retirée. Elle serait, paraît-il, « stigmatisante ». Un député menteur (et cupide, car la déclaration de patrimoine vise à dépister l’enrichissement indu) risque donc moins qu’un cambrioleur. Il fait pourtant plus de victimes qu’un vulgaire monte-en-l’air, puisqu’il vole moralement – et aussi financièrement, en cas de conflit d’intérêts — des milliers d’électeurs.

Quelques heures après la passe d’armes sur l’amendement Copé-Jacob, l’Assemblée votait la loi Loppsi 2, qui durcit plusieurs sanctions pénales contre la délinquance. Le message des deux défenseurs de parlementaires potentiellement ripoux sonne de façon encore plus provocatrice.

Et dire que les députés voulaient « moraliser » le fonctionnement de l’Assemblée ! Les « berlusconneries » de quelques-uns jettent au contraire le discrédit sur toute la représentation nationale, alimentant le poujadisme. Il y a de quoi rendre verts de colère les nombreux élus, de droite, du centre et de gauche, qui n’ont rien à cacher.

Notes

L’économie de l’Irlande va mal, on le sait. Les agences de notation financière ont donc abaissé hier sa note, façon de dire aux marchés : ne lui prêtez pas d’argent, elle n’est pas sérieuse. Simple bon sens… Oui, mais on voit bien que ça va aggraver la situation, comme pour un malade qu’on priverait de nourriture. Mieux, ces agences expliquent : l’Irlande n’est pas fiable, car sa croissance est faible. Or, c’est justement pour leur faire plaisir que l’Irlande s’est mise à la diète. Vous suivez la logique ? Le plus drôle, si l’on peut dire, est que ces agences ont prouvé leur incompétence, voire leur malhonnêteté, dans la crise financière. Mais elles continuent, imperturbables, de noter et dégrader des pays. Hier, la Grèce, aujourd’hui l’Irlande, demain peut-être la France… Apprenez leurs noms : Moody’s, Fitch et Standard & Poor’s. 

Et sachez qu’elles sont très prospères – elles.

Anelka, Henry, Jacob et Copé…

L’exemplarité ne se marchande pas. Aux milliardaires du ballon rond, dépositaires des rêves de millions d’enfants, on réclame pudeur et dignité. Leur prestation en Afrique du Sud, à cet égard, fut un lamentable fiasco. Les dirigeants de la Fédération française de football sont peut-être des “clowns”.

N’empêche, l’infâme “cirque” du dernier Mondial revient d’abord aux joueurs. Il semblait entendu, pour tourner enfin la page, que ceux-ci renoncent à leurs primes publicitaires. Mais deux récalcitrants rechignent, Anelka et Henry tardent à signer la feuille. Peu importe les raisons qu’ils avancent, l’effet produit reste désastreux.

L’exemplarité ne se marchande pas. Aux politiciens, dépositaires des mandats du peuple, on réclame intégrité et transparence. La République, longtemps, se contenta ici d’un flou fort périlleux. Il semblait entendu, pour tourner enfin la page, qu’une loi sévère serait votée. Une sanction pénale menacera ainsi tout député qui “ment sciemment” sur l’évaluation de son patrimoine.

Lundi soir, au Palais-Bourbon, deux récalcitrants rechignent. MM. Jacob et Copé, ténors de l’UMP, bataillent pour obtenir davantage d’indulgence en faveur des élus. Ils n’y sont parvenus qu’en partie, provoquant l’indignation de nombreux collègues , à droite et à gauche.

Sinon, dans le pays, l’exaspération prospère. Sur n’importe quel terrain, maintenant, les titulaires de privilèges gagneraient à ne pas trop en abuser…

La richesse des métiers


Y a-t-il un lien entre le monde des métiers et le destin des hommes ? Oui, si l'on écoute l'un des plus grands savants de l'histoire contemporaine, Albert Einstein, dont Jean d'Ormesson nous apprend, dans son dernier livre, qu'il aurait préféré être plombier. Le grand physicien allemand lança cette phrase énigmatique : « L'artisanat sauvera l'humanité. »


Sans doute voulait-il rappeler que c'est en se faisant artisan et en inventant les premiers outils que l'homme a assuré sa survie sur la Terre et que si, par malheur, un séisme ou la folie des hommes créait la désolation et le chaos, l'humanité pourrait espérer se remettre en marche par l'habileté, l'inventivité et le génie des « mains ».


Mais peut-être aussi le créateur de la loi de la relativité anticipait-il que la science, avec ses nombreuses découvertes, était capable de produire non seulement le meilleur, mais aussi, malheureusement, le pire. Et que, pour obtenir le meilleur, l'humanité devrait adopter une éthique et un mode d'organisation proches de l'artisanat.


Précisément, quel est ce modèle ?


C'est d'abord le parti pris d'une économie pacifiée, certes basée sur la compétition, mais porteuse d'une richesse sociale qui donne des perspectives à la technologie et à l'économie. Un boulanger veut faire du bon pain parce qu'il connaît les personnes qui vont le manger. Un maçon veut faire une belle maison, aussi parce qu'il connaît les personnes qui vont l'habiter.


Ce type d'économie est aux antipodes d'une économie complètement dématérialisée, totalement virtuelle, où le profit devient la seule finalité et l'humain la variable d'ajustement. L'artisanat - et les valeurs qu'il illustre en matière économique - peut donc aider à inventer un nouveau modèle, où priment toujours la recherche, l'innovation et les découvertes technologiques, mais où l'individu retrouve une juste place.


Le modèle artisanal, c'est aussi une certaine idée du développement durable basée sur la proximité, les circuits courts, la durabilité des objets. La planète est, aujourd'hui, menacée par des excès qui ont progressivement transformé notre société de consommation en une société du jetable. Or, si nous voulons contrer les dangers que nous avons nous-mêmes créés, un autre modèle doit être adopté dans lequel la durabilité et la réparation des objets seront déterminants. C'est ainsi que l'on pourra passer d'une logique du plus à une logique du mieux.


Enfin, le modèle artisanal, c'est encore un certain rapport au travail, l'idée d'une réelle autonomie, d'une nécessaire créativité, où l'enthousiasme est possible. Il faut entendre le passionné cuisinier de Cancale, Olivier Roellinger, pour comprendre que le talent et l'esprit d'innovation peuvent aller de pair avec la passion et l'amour du métier.


Dans un monde où l'on s'interroge parfois pour savoir « si la vie vaut la peine d'être vécue », l'envie de se réaliser dans l'amour d'un métier est l'un des critères d'une vie réussie. Sans nul doute, si l'on veut réenchanter le monde et l'économie, comme cela apparaît urgent, il faut d'abord commencer par redonner du sens au travail. Sur ce terrain, l'artisanat a des solutions à proposer. Il n'a peut-être pas vocation à sauver l'humanité, mais il peut l'aider, dans une période de doute et d'incertitudes.




(*) Secrétaire général de la Chambre de métiers et de l'artisanat des Côtes-d'Armor.

Les recettes de l'aéroport de Montréal pour contrer la neige et le verglas

"Ici, on est né dans la neige", lâche Donald Desrosiers, directeur de l'entretien des installations à l'aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal, qui accueille 12,8 millions de passagers par an. Compatissant envers les Européens, aux prises avec des chutes de neige inhabituelles qui ont causé de graves difficultés au transport aérien, notamment à l'aéroport londonien d'Heathrow, il se montre très serein quand on l'interroge sur la façon de gérer les "tempêtes" de neige à Montréal, comme ailleurs au Canada.
"Nous avons, explique-t-il, soixante-dix ans d'expérience à l'aéroport de Montréal, des équipements à la fine pointe de la technologie et un personnel très professionnel", dédiés à l'application d'un plan d'entretien hivernal rigoureux.
Le tout est bien sûr coûteux mais quand la neige tombe cinquante fois par hiver, avec une moyenne annuelle de 2,20 mètres au total, sans compter de fréquentes pluies verglaçantes, un aéroport comme celui de Montréal ne peut se permettre de faire les choses à moitié. Surtout s'il veut rester fidèle à sa réputation d'aéroport ultra-performant en matière d'enlèvement de la neige et de la glace, réputation reconnue par un premier prix remporté en 2008 au concours américain Balchen/Post, catégorie grands aéroports.
DE L'ACÉTATE DE POTASSIUM POUR DÉGLACER
La compagnie Aéro Mag a le contrat de dégivrage des avions depuis 1997. Avec sa soixantaine d'employés saisonniers, elle dégivre 7 000 aéronefs par an à l'aéroport de Montréal ! Le reste du travail "hivernal" se fait en interne. "Nous surveillons en permanence, explique M. Desrosiers, les prévisions météo émanant de deux sources différentes. J'ai 110 employés sur le qui-vive, prêts à venir travailler en équipes de jour et de nuit, sept jours sur sept, avec des quarts de douze heures, en cas de chutes de neige ou de verglas."
En 2008, l'aéroport a complètement renouvelé son parc d'équipements lourds pour l'entretien hivernal des pistes et des aires de manœuvre, soit 250 kilomètres au total, tarmac compris. Objectif : réduire le temps de déneigement pour répondre aux besoins des compagnies aériennes et maintenir la fluidité des mouvements d'aéronefs même pendant les intempéries. "Nous nettoyons le tarmac et les pistes en fonction des horaires des vols, pour éviter les retards."
Le "plan de neige" de l'aéroport prévoit d'ailleurs les interventions sur les pistes de façon à ce qu'elles soient fermées le moins longtemps possible. Le nerf de la guerre prend la forme de huit grosses "déneigeuses", équipées d'impressionnantes charrues de plus de sept mètres de large à l'avant qui poussent la neige sur le côté et d'un balai presque aussi large à l'arrière.
"Grâce à elles, souligne M. Desrosiers, on a réduit de cinquante à vingt-cinq minutes le temps de déneigement d'une piste et des voies de circulation qui y sont associées." Chacune des cinq souffleuses, également acquises il y a deux ans, enlève du tarmac 5 000 tonnes de neige à l'heure, soit 50 % de plus que les anciennes !
Pour le verglas, "nous avons plus de mal", admet le directeur. C'est plus difficile, semble-t-il, de se débarrasser de cinq millimètres de verglas que de vingt-cinq centimètres de neige, même avec un nouveau camion-épandeur d'acétate de potassium (un déglaçant liquide) capable de traiter une bande de plus de 30 mètres de large en effectuant un seul passage sur une piste plutôt que deux ou trois auparavant. "Le mieux, ajoute M. Desrosiers, est d'intervenir en déversant le produit avant le verglas, pour que la glace ne colle pas sur le béton"… quand c'est possible.
 

Finance : l'oeuvre du temps

La pression s'accroît sur les banques de financement et d'investissement (BFI). Après l'Europe, c'est au tour des Etats-Unis de réfléchir à un nouveau tour de vis sur les bonus. L'objectif est clair : éviter que les figures de proue de la finance de marché, sauvées du naufrage en 2008 par les contribuables, ne reprennent le train-train du « business as usual ».


Il faut dire que la petite musique émise par les BFI peut laisser supposer que rien n'a changé dans ce monde doré. Encouragées par le vif rebond de leur activité en 2009, elles se sont remises à embaucher à tout-va. A tel point qu'à Wall Street, leurs effectifs ne sont plus très éloignés du pic d'avant-crise ! De même, sur le front des rémunérations, certaines ont augmenté le fixe de leurs traders de 30 % à 50 % pour compenser la baisse de leurs bonus.


Mais on aurait tort de se fier à ces seuls indicateurs. Le monde d'avant n'est pas près de revenir à Wall Street ou à la City. Car, derrière la façade toujours aussi brillante des Goldman Sachs, Morgan Stanley, Credit Suisse et autres, la réalité a déjà changé. L'onde de choc provoquée par la crise financière les oblige à faire profondément évoluer leur modèle. D'abord, parce qu'il faudra demain trois fois plus de fonds propres qu'hier pour être autorisé à opérer dans ces métiers. Ensuite, parce que les activités les plus lucratives seront soit strictement encadrées (produits dérivés, titrisation), soit bannies de leurs desks (opérations pour compte propre aux Etats-Unis) . A cela s'ajoute le fait qu'autour de la table il y a toujours autant de joueurs. Les grands noms engloutis par la crise ont été remplacés au pied levé par les Nomura, Barclays Capital et autres Standard Chartered. Quant aux nouveaux territoires, les pays émergents, il reste à prouver qu'ils leur seront réellement ouverts.


Résultat, l'histoire est écrite. Les BFI de demain n'auront plus grand-chose à voir avec les formule 1 du milieu des années 2000 aux rentabilités supérieures à 30 %. Elles ressembleront davantage à des 4 · 4 toujours aussi rutilants en apparence, mais beaucoup moins véloces et bien plus coûteux à entretenir et à faire rouler. Ce qui veut dire qu'elles offriront certes des profils de risque bien moins agressifs, mais que leur rentabilité, le juge du paix du secteur, en sera fortement réduite. A peine supérieure à celle des « utilities » pour la plupart des acteurs, selon certains analystes.


Dans ces conditions, les grandes banques de marché dans leur ensemble n'auront d'autre choix que d'adapter leur structure de coût. C'est-à-dire de réduire leurs effectifs - une saignée de 10 % est attendue l'an prochain outre-Atlantique -et de revoir à la baisse les bonus de l'essentiel de leurs équipes. Ce n'est qu'une question de temps.

"Grèce, Irlande et Portugal doivent sortir de l'euro" (Pimco)

La Grèce, l'Irlande et le Portugal doivent sortir de l'euro s'ils veulent redresser leurs économies, a estimé un responsable du plus grand fonds obligataire mondial, l'américain Pimco, dans un entretien au quotidien allemand "Die Welt". Par contre, la Belgique pourrait surmonter ses problèmes en restant dans l'UE, selon Pimco. 
 "La Grèce, l'Ir­lande et le Por­tu­gal, sans leur propre mon­naie ou des trans­ferts de fonds im­por­tants, ne re­tom­be­ront pas sur leurs pieds", es­time ainsi An­drew Bo­som­worth, ges­tion­naire de por­te­feuille chez Pimco Eu­rope.

Avec leur propre mon­naie, ces pays "pour­raient ex­por­ter à moindre prix", la hausse de leurs ex­por­ta­tions abou­tis­sant au re­tour "de la crois­sance éco­no­mique né­ces­saire", pour­suit-il.

Et une fois la crois­sance et la confiance des mar­chés obli­ga­taires re­trou­vées, ces pays pour­raient ré­in­té­grer l'u­nion mo­né­taire, es­time Bo­som­worth.

Evo­quant la ques­tion de l'Es­pagne, l'I­ta­lie et la Bel­gique, dont les taux d'em­prunt souffrent aussi, Bo­som­worth jugent qu'ils peuvent "réus­sir" à sur­mon­ter leurs dif­fi­cul­tés en res­tant dans l'U­nion mo­né­taire mais avec un sou­tien fort de leurs par­te­naires.

Ce qui si­gni­fie, selon lui, que l'in­tro­duc­tion d'euro-obli­ga­tions est in­évi­table "à plus ou moins long terme", n'en dé­plaise à l'Al­le­magne, qui s'y op­pose fer­me­ment de crainte de voir ses taux d'em­prunt grim­per, et à la France qui lui a ap­porté son sou­tien.